Monuments de Rhodes, p
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Quelques années après, ainsi que je l’ai dit plus haut, Hamilton et ensuite M. Ross ont pu exécuter une exploration dans l’intérieur; mais comme elle a été assez courte et incomplète, la pensée m’est venue, au retour d’un voyage en Palestine, de parcourir ce qu’ils n’avaient point visité et de revoir avec plus d’attention ce qu’ils n’avaient pu considérer qu’à la hâte. Je débarquai donc à Rhodes le 5 juin 1854, et je fis le tour de l’île entière dont j’explorai pendant quarante jours les moindres villages aussi bien que la capitale.
Ma première visite fut naturellement pour M. Prus, vice-consul de France, qui m’accueillit avec beaucoup de bienveillance et qui me fit aussitôt faire la connaissance d’un savant médecin suédois, fixé à Rhodes depuis plus de seize ans. M. Hedenborg, c’est le nom de ce médecin, après de longs voyages en Europe, en Asie et en Alrique, a choisi l’île de Rhodes pour l’asile de ses vieux jours. 11 a acheté à Néomaras, l’un des faubourgs de la ville, une délicieuse maison de campagne où il vit paisible avec sa femme et sa fille. Pour occuper utilement ses loisirs, il amasse sans cesse, depuis plusieurs années, avec une persévérance continue et infatigable, les matériaux d’un ouvrage qui sera en quelque sorte monumental , et qui embrassera, dans quatre à cinq tomes enrichis de planches nombreuses, la description et l’histoire de file de Rhodes, depuis les temps les plus reculés jusqu’à l’époque actuelle. Connu de tout le monde, il doit en outre à son âge, car il a soixante-dix ans, et à sa qualité de médecin la facilité d’avoir un libre accès partout et jusque dans
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l’intérieur des maisons turques. Helléniste profond non moins que naturaliste distingué, il a su tourner au profit de la science l’inspection attentive qu’il a pu faire de tous les débris du passé, et, grâce à son long séjour dans l’île, il a réuni un nombre considérable d’inscriptions grecques inédites qui, à elles seules, formeront presque un volume.
Ma première entrevue avec M. Hedenborg, qui m’apprit lui-même que son ouvrage était sur le point d’être terminé et qu’il avait l’intention de se rendre dans dix mois en Allemagne pour le publier, déconcerta d’abord mes projets, et j’hésitai un instant si je ne dirigerais pas d’un autre côté mes explorations. « A quoi bon, en effet, me disais-je, entreprendre à mon tour, avec des ressources et un temps si limités, des recherches et une étude qui avaient coûté tant d’années à un homme vieilli dans la science et à qui rien n’avait manqué pour atteindre son but? L’île de Rhodes ne semblait-elle pas d’ailleurs comme la conquête et, si je puis dire, la propriété légitime et exclusive de M. Hedenborg, et n’était-ce pas, de ma part, à la fois une témérité et une sorte d’usurpation que de reprendre, après lui, un sujet auquel il travaillait depuis si longtemps et dont il achevait la dernière partie? )> Ces considérations étaient puissantes et peut-être aurais-je dû y céder. Toutefois j’ai cru devoir secouer cette première hésitation, et comme je ne voulais point être venu inutilement de si loin dans l’île de Rhodes, comme aussi l’ouvrage de M. Hedenborg sera publié en allemand et sera en outre très-volumineux (il n’a
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point encore, que je sache, commencé à paraître'), j’ai pensé qu’on m’excuserait volontiers, si, avant l’apparition de ce grand travail, j’osais, à simple titre d’essai préliminaire, tracer une esquisse géographique de l’île de Rhodes, qui serait comme l’humble préambule des vastes et savantes recherches de M. Hedenborg. Jusqu’à présent, en effet, cette esquisse manque ou du moins est très-imparfaite.
Je me mis donc en route pour l’intérieur de l’île. J’aurais pu, sans doute, obtenir préalablement sur le pays que j’allais parcourir des renseignements trèsprécis par le moyen de M. Hedenborg qui l’avait exploré en tout sens et à plusieurs reprises ; mais comme mes questions sur ce point pouvaient lui paraître indiscrètes et qu’il est naturel qu’il garde pour lui-même l’honneur de ses découvertes, je commençai mes excursions, muni seulement de quelques notes1 que j’avais recueillies auparavant et de la carte anglaise de Spratt.
Je visitai successivement chacun des quarante-sept villages de l’île, et partout je m’efforçai de tirer des habitants les documents qu’ils pouvaient me fournir. Malheureusement, cela se bornait d’ordinaire à fort peu de chose ; car ceux qui me les donnaient étaient de pauvres laboureurs ne sachant pour la plupart ni
4. Comme auteurs à consulter sur la géographie de Rhodes, je citerai surtout, parmi les anciens, Strabon, 1. XIV, c. n; et parmi les modernes : Coronelli, Isola di Hodi , Geographica, slorica. .. ; — Dapper, Description de L'Archipel , p. 88 et suiv. ; — Meursius, llhodus , t. 111, p. G8G et suiv.; Forbiger, Hàndbvch der allen Géographie, t. II, p. 241 et suiv., elc.
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lire ni écrire, et je ne pouvais arracher de leur ignorance que des renseignements inexacts ou confus. Cependant, à force de les questionner et de contrôler leurs témoignages les uns par les autres et surtout par mes explorations personnelles, j’ai fini par réunir un assez grand nombre de faits qui pourront, je l’espère, éclairer de quelques lumières nouvelles la géographie de l’île, dont l’ouvrage de M. Hedenborg doit nous donner le dernier mot.
J’avais d’abord eu l’intention, pour répandre plus d’intérêt sur cette étude et animer cette description géographique, d’y joindre un résumé historique de tous les principaux événements dont l’île de Rhodes a été le théâtre; mais l’analyse qui s’en trouve dans l’ouvrage de M. L. Lacroix1 sur les îles de la Grèce, m’a paru si nette, si élégante et si précise, que je ne puis mieux faire que de renvoyer le lecteur à cet article.
Avant de terminer cette préface, qu’il me soit permis de remercier publiquement M. Prus, vice-consul de France à Rhodes, de l’obligeant accueil qu’il m’a fait et en même temps de l’énergique assistance qu’il m’a prêtée pour vaincre les difficultés par lesquelles l’autorité locale avait d’abord voulu entraver mes explorations. Je dois ajouter ici que le pacha Ismaïl fit complètement droit aux réclamations de M. Prus et aux miennes, et qu’il m’autorisa par un second bouiourdi plus explicite que le premier qu’il m’avait accordé à tout voir et à tout examiner.
Je dois aussi des remerciements à M. le vice-con-