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ENCEINTE FORTIFIÉE DE LA VILLE ACTUELLE DE RHODES

La cité moderne de Rhodes s’élève par une pente assez douce autour de son principal port. Son étendue est à peu près le quart de celle qu’occupait jadis la cité antique. On peut évaluer la circonférence actuelle à 4 kilomètres. Les remparts qui délimitent cette en-

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ceinte constituent un polygone irrégulier qui affecte cependant une forme demi-circulaire et elliptique. Ils sont flanqués de distance en distance par des tours et des bastions et défendus en outre par plusieurs ouvrages avancés protégeant soit les courtines, soit les bastions, et qui forment, en certains endroits, comme une seconde enceinte très-formidable elle-même.

Les principaux bastions en se dirigeant de l’0. à l’E. parle S., sont ceux dits autrefois de France l, d’ Allemagne , à1 Auvergne, d'Espagne, d'Angleterre, de Provence et d’Italie. La largeur des fossés, qui sont en partie taillés dans le roc vif, varie entre 30 et 45 mètres, et la profondeur entre 16 et 20. L’escarpe et la contrescarpe sont maçonnées et revêtues de blocs de grès très-réguliers, mais d’une dimension moyenne. Le terre-plein des boulevards est large d’environ 14 mètres et bordé d'une banquette haute de 2, percée de nombreuses embrasures. De vieux et énormes canons, les uns montés sur des affûts et les autres à terre, se voient encore de distance en distance ; quelques-uns seulement sont d’origine et de fabrique turques; la plupart remontent à l’époque des chevaliers et sont ornés d’armoiries, de devises et d’inscriptions. On remarque aussi descouleuvrines et des mortiers gigantesques, et à côté des tas de projectiles d’une incroyable grosseur en pierre, en marbre ou en métal.

Il paraît que le nombre de ces beaux et curieux spé-

1. Chacune des langues de l’Ordre se partageait ainsi la défense de la place et arborait son enseigne sur un bastion distinct. Le port et les tours qui le protègent étaient ordinairement sous la garde de la langue de Portugal.

ÉTUDE

cimens de l’artillerie del’Ordre, marqués aux armes des différentes nations qu’on y comptait, a singulièrement diminué depuis quelques années , attendu qu’une grande partie, m’a-t-on dit, en a été transportée à Constantinople pour être fondue et convertie en monnaie.

Du côté de la mer, trois portes donnent sur le quai de débarquement du grand port. La première, située àl’extrémité méridionale de la courtine qui relie le môle et la tour Saint-Michel au bastion Saint-Paul, est appelée par les Turcs Tershaneh-Capou ou porte de l’Arsenal ; du temps des chevaliers, elle était connue sous la désignation de porte Saint-Paul, parce qu’elle avoisine une tour et un bastion de ce nom. Un basrelief en marbre est incrusté sur le devant de cette tour; il représente saint Paul tenant un glaive d’une main et de l’autre l’Évangile. Au-dessous et au milieu des deux principaux écussons de l’Ordre, on remarque celui du pape Jules II, surmonté des clefs et de la tiare avec l’inscription suivante : « Divo Paulo conventus sancti Joannishospitalis P etrus I)’ Aubussonius Rhodi Magisler dedicavit. »

Cette porte fait communiquer le quai du port du Commerce avec la demeure du pacha, autrement dit le Konak, et ensuite avec le chanlier de l’Arsenal. On franchit pour arriver au Konak un pont-levis jeté sur le fossé, après avoir passé devant une batterie de canons qui défend la rade.

Les deux autres portes s’appellent, l’une porte de la Marine (. Bahr-Capou ), l’autre porte du Bazar ( Ba -

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zar-Capou.) Celle-ci est l’ancienne porte Sainte-Catherine; elle est défendue par deux tours fort élégantes qui semblent l’encadrer. Au-dessus de cette porte est une inscription Irès-effacée, la voici :

<( Reverendus D. F. D’ Aiibussonius Rhodi magnus Magister hanc portam et turres condidit magisterii anno primo, 1477. »

Cette même porte est décorée de belles sculptures en marbre blanc qui sont malheureusement mu idées. La figure du centre représente sainte Catherine; à sa droite est le patron de l’Ordre, saint Jean, avec son agneau, et à sa gauche, saint Pierre , le patron du grand-maître.

Le colonel Rottiers y vit encore en 1825 les ossements d’un énorme requin qui y étaient suspendus.

« Pour peu que l’on se connaisse en ostéologie, ditil1, il n’est pas difficile de juger que ce fragment de squelette est celui d’un grand requin dont ces mers abondent. »

Thévenot, qui aborda à Rhodes en 1655, décrit avec quelques détails la tête de ce squelette, regardée longtemps comme celle du dragon tué par Gozon, opinion qu’il partage lui-même2.

« On entre à main gauche par une grande porte audessus de laquelle est la tête du dragon qni est beaucoup plus grosse, plus longue et plus large que celle d’un cheval : elle a la gueule fendue jusqu’aux oreilles avec de fort grosses dents de chaque côté ; jusque tout

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