‹ Voyage dans l'île de Rhodes et description de cette îleChapitre 5 sur 134 · MONTAGNES. — SES FORÊTS. — SES COURS D’EAU · texte numérisé non relu

MONTAGNES. — SES FORÊTS. — SES COURS D’EAU

Si quelques-unes des nombreuses îles qui parsèment l’Archipel ont perdu presque entièrement les vestiges de leur primitive beauté et si dépouillées de la riche végétation qui les ornait jadis, elles affligent et étonnent maintenant le regard par la triste nudité de leur aspect et l’âpreté de leurs côtes stériles et incultes, le voyageur est loin d’éprouver un pareil désenchantement en présence de l’île de Rhodes. Sans doute, il ne faut pas s’attendre, là non plus, à ce que la réalité égale les descriptions idéales de la poésie et les rêves de l’imagination. La Rhodes d’aujourd’hui n’a jamais été l’île des bienheureux, Macaria insula , nom qu’elle a cependant porté autrefois, aux époques les plus reculées et encore mythiques de son histoire; car cette île-là ne se rencontre ni dans l’ancien ni dans le nouveau monde, et l’Éden seul des premiers jours de la création a pu être habité par le bonheur et s’ap

ÉTUDE

peler quelque temps la terre fortunée. Qu’on ne s’imagine pas davantage que l’on puisse retrouver dans laRhodes actuelle quelque chose de la Rhodes antique, telle que les historiens nous la représentent, lorsque ses navires sillonnaient toutes les mers et que sa capitale était regardée comme l’une des plus belles villes du monde, ni même qu’elle ait conservé l’éclat de la Rhodes du moyen âge, quand elle devint, sous les chevaliers de Saint-Jean, le boulevard de la chrétienté et le théâtre d’une des plus brillantes épopées chevaleresques dont l’histoire du monde fasse mention. Non; cette double gloire s’est éclipsée depuis longtemps, et l’île que nous allons examiner et décrire n’est plus que l’ombre d’ellemême. Toutefois, jusqu’au milieu de la décadence déplorable dans laquelle elle est tombée, et malgré les nombreux ravages du temps et des hommes qu’elle a subis, malgré l’administration funeste qui, depuis plus de trois siècles, pèse sur elle et qui l’a réduite, à force d’abus et d’exactions, à l’état de délabrement et de dépopulation où nous la voyons maintenant, sa position géographique est si heureuse, son climat si doux et la richesse de son sol si vivace et si variée, quelle a pu résister avec avantage à tant de causes de ruine et d’épuisement, et qu’elle offre encore partout à celui qui la parcourt, indépendamment des grands souvenirs qu’elle rappelle, mille choses qui attirent et qui enchantent; tant la nature a fait pour elle et semble avoir pris plaisir à y prodiguer d’une main libérale et féconde ses dons les plus précieux! Quelle devait donc être la beauté de cette île, lorsque, cultivée avec soin

SUR LUE DE RHODES

par une population nombreuse et active, elle voyait jadis jaillir de son sein avec profusion tous les trésors qu’il renferme, et qu elle était en outre ornée de tous les chefs-d’œuvre de l’art et de l’industrie!

La forme de l’île est celle d’une ellipse allongée. Elle s’étend du N. E. au S. O., au midi de l’ancienne côte de Carie, dont elle n’est séparée que par un canal assez étroit, d’environ 12 kilomètres de large. Sa longueur, à vol d’oiseau, est d’environ 78 kilomètres, et sa plus grande largeur, c’est-à-dire du cap Monolithos au cap Lindos, de 39. Sa circonférence, en ne tenant pas compte de toutes les sinuosités de la côte, est approximativement de 186 kilomètres. Ce chiffre est identique à celui de Pline1, qui lui donne CXXV mille pas de tour, ou environ 186 kilomètres, et dépasse un peu celui de Slrabon2, qui réduit cette circonférence à 900 stades ou 171 kilomètres.

Elle est située dans l’ancienne mer Carpathienne, dont elle était en quelque sorte la reine, bien qu’elle ne lui ait pas imposé son nom, car la plupart des îles que baignent les eaux de cette mer lui étaient soumises et s’appelaient îles Rhodiennes, sans en excepter celle de Carpalhos, aujourd’hui Scarpanto, placée entre les îles de Crète et de Rhodes, à 40 milles de la première, à 50 de la seconde, et à laquelle est échu l’honneur de donner son nom à cette partie de la mer Egée.

Les promontoires principaux de l’île sont : au N. le

\. Hist. nat 1. V, c. xxxvi.

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