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Monuments de Rhodes , p

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Chevaliers , la plus belle et la plus intéressante de Rhodes; mais, avant de nous y engager, considérons en passant, à noire gauche, le vaste bâtiment qui sert aujourd’hui de magasin et quelquefois de caserne, et qui, auparavant, était l’hôpital des chevaliers.

La façade principale, qui donne sur une place de moyenne grandeur, n’est pas régulière, la grande porte d’entrée étant placée d’un côté entre trois arcades et de l’autre entre quatre, ce qui offre à l’œil un aspect disgracieux. Cette porte est, du reste, élégamment sculptée en bois de sycomore; elle est du temps de Villiers de l’Ile-Adam, comme le prouvent les armoiries répétées sur les deux battants et surmontées d’un saint Jean.

Intérieurement, on aperçoit au rez-de-chaussée, autour d’une grande cour carrée, des magasins voûtés dont plusieurs, faute d’entretien, commencent à tomber en ruines. C’est dans un de ces magasins que M. Ross a vu, en 1843, la grande chaîne qui, sous les chevaliers, servait à fermer le port.

« Elle1 a, dit-il, 750 pieds de long; les anneaux ont la forme d’un ovale; chacun d’eux a 1 pied et demi de longueur. »

Depuis elle a été transportée à Constantinople.

Au premier étage, une magnifique galerie règne audevant de quatre vastes salles, dont celle qui regarde la place est la plus belle. Les arcades qui soutiennent cette longue galerie carrée, de 117 mètres de pourtour, sont en plein-cintre; elles reposent sur des co-

L Reisen auf den griechischen Inseln t. Ht, p. 82.

lonnes rondes et un peu massives. Les plafonds en sont plats et faits avec de superbes pièces de charpente en bois d’érable blanc ou de sycomore que le temps n’a nullement endommagées. Il en est de même des quatre salles dont j’ai parlé et où les armoiries de l’Ordre se retrouvent partout.

Cet hôpital, regardé par Rottiers comme le couvent des chevaliers, mais qui, à mon avis et d’après la tradition conservée à Rhodes, a plutôt eu la destination que je lui prête, fut commencé vers 1335, sous Hélion de Villeneuve; agrandi dans la suite, il ne fut terminé qu’un siècle plus tard, sous Antoine Fluvian ou de la Rivière, en 1436. La grande porte de la façade principale est d’une époque encore plus récente, puisqu’elle date seulement de Villiers de File-Adam.

La forme architecturale de ce bâtiment, avec sa cour au centre, ses magasins voûtés au rez-de-chaussée et au premier étage, sa galerie à jour, soulenue par des colonnes à arceaux, est tout à fait orientale. C’est ainsi que sont construits la plupart des khans les plus importants de l’Asie, espèces d’auberges publiques où logent les caravanes sur leur passage; et nul doute que la configuration de cet édifice n’ait été copiée sur le modèle de ces caravansérails.

Entrons maintenant dans la rue des Chevaliers : c’est la mieux bâtie, la plus droite et l’une des plus larges de la ville. Elle la traverse dans toute sa largeur, depuis la mosquée Kantouri, près de la porte de la M arine, jusqu’à l’ancienne église patronale de Saint- Jean et au palais des grands-maîtres. Elle est bordée,

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à droite et à gauche, d’un trottoir étroit, composé de dalles de marbre, la plupart antiques et dont quelquesunes portent des inscriptions qui ont été relevées par M. Hedenborg. Comme elle est encore à peu près telle que Font construite les chevaliers, elle est pleine d’intérêt pour ceux qui veulent avoir une idée exacte de l’architecture civile au xive et au xve siècle, et dans les premières années du xvie. On y remarque les différents prieurés de l’Ordre : vers le bas, celui d’Angleterre; plus avant, celui d’Italie; ensuite, celui de France; et, plus haut encore, ceux d’Espagne, de Portugal et d’Allemagne, avec les différents écussons qui les distinguent sculptés sur des plaques de marbre blanc; mais le plus élégant, sans contredit, de ces prieurés est celui de France.

Les dates et les armoiries qu’on voit sur la façade montrent qu’il avaitété presque entièrement détruit pendant le siège de 1480 par les bombes et les autres projectiles de l’ennemi, et qu’il fut reconstruit par d’Aubusson et après lui achevé par Emery d’Amboise.

L’édifice est surmonté des armes de France sculptées sur une grande plaque de marbre avec la légende « Voluntas Dei est »; au bas, et des deux côtés « Montjoie sciinct Denis » avec le millésime 1495. Sur une autre plaque de marbre on reconnaît les armes de d’Aubusson au-dessous d’un chapeau de cardinal, dignité dont ce grand-maître avait été revêtu par le pape Innocent VIII, le 9 mai 1488, pour sa belle défense de Rhodes.

Les moulures qui entourent les portes et les fenêtres

ÉTUDE

ont été exécutées avec soin; les croisées en pierre représentent exactement une croix, comme leur nom l’indique, forme qui fut adoptée à l’époque des croisades et qu’on retrouve ensuite jusqu’au xvne siècle. Les gouttières sont façonnées en têtes de crocodiles et de gracieuses tourelles en encorbellement font saillie sur la partie supérieure de la-façade. Le toit est plat et entouré d’un petit mur d’appui crénelé.

Les divers prieurés et les autres hôtels qui les avoisinent, et qui sont bâtis dans le même style, sont habités depuis longtemps par des familles turques, dont quelques-unes végètent dans la misère et n’ont ni les moyens ni le goût nécessaires pour entretenir les belles demeures où le hasard les a placées. La plupart de ces édifices ne se sont si bien conservés que grâce à la solidité de leur construction primitive. Extérieurement, on a ajouté aux fenêtres de plusieurs d’entre eux des balcons fermés en treillis pour empêcher le soleil et surtout les regards de s’introduire du dehors dans l’intérieur des chambres. Du reste, l’insouciance habituelle des Turcs qui laissent, il est vrai, tout dépérir, mais qui n’altèrent guère non plus par des modifications et des rajeunissements modernes les monuments du passé, fait que la Rhodes d’aujourd'hui a gardé fidèlement le cachet et le caractère qu’elle présentait à l’époque des chevaliers, remarque qui s’applique surtout à la rue qui porte encore leur nom.

Au sommet de cette rue qui va toujours montant, mais d’une pente peu rapide, on arrive, en tournant à droite, au palais des grands-maîtres. Il s’élevait sur

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une surface assez étendue et formait dans la cité noble une véritable forteresse intérieure. Actuellement, cet immense édifice commence à tomber en ruines de toutes parts. Le dernier tremblement de terre de 1851 l’a violemment ébranlé, et plusieurs pans considérables de murs se sont écroulés. Il contenait de nombreuses salles, une chapelle et de magnifiques souterrains. Ces souterrains voûtés devaient servir de magasins d’approvisionnements et aussi, en cas de siège, de lieu de refuge pour les femmes et les enfants.

Dans la grande salle d’audience, dont la voûte est défoncée, on voit encore debout deux colonnes à chapiteaux ioniques. <( Aux jours solennels, dit Bottiers lorsque tout l’Ordre allait complimenter le grandmaître, les prieurs et les commandeurs se réunissaient près de la colonne de droite et les chevaliers se groupaient autour de celle de gauche, tandis que les grands dignitaires de l’Ordre se tenaient rangés de chaque côté du grand-maître. »

Il est probable que ce palais, maintenant inhabitable, a dû souffrir singulièrement lors du dernier siège de 1522 et qu’une grande partie des dégradations qu’on y remarque datent de cette époque; le temps et surtout les tremblements de terre ont fait le reste.

La porte d’entrée est flanquée de deux petites tours; elle est ornée de moulures assez fines, mais qui disparaissent presque sous l’épaisse couche de chaux dont on les a recouvertes.

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