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Un triple fossé et des ouvrages avancés protègent ce palais du côté de FO.; vers le N. il a pour défense les remparts et les fossés de l’ancien boulevard de France. Depuis longtemps silencieux et désert, il a vu s’évanouir pour toujours sa splendeur d’autrefois; tel qu’il est cependant, et malgré l’aspect désolé qu’il présente, il frappe encore le regard d’étonnement, et les souvenirs qui s’éveillent en foule sous les pas, quand on le parcourt, semblent pour un instant redonner quelque vie à ses salles muettes et délabrées. L’imagination se représente aussitôt les dix-huit grands-maîtres qui l’habitèrent tour à tour et dont plusieurs furent à la fois des hommes de guerre éminents et d’habiles administrateurs. Elle croit encore y voir errer les ombres de ces nobles champions de la chrétienté qui, pour l’honneur de la France, appartiennent presque tous à notre patrie. Mais deux noms surtout éclipsent tous les autres et viennent s’offrir les premiers à la pensée ; ce sont ceux de Pierre d’Aubusson et de Villiers de lTle-Adam, l’un qui eut la double gloire de sauver Rhodes en 1480 et de réparer ensuite tous les désastres quelle avait subis, l’autre qui, moins heureux mais non moins grand peut-être, sut longtemps, à force d’héroïsme, arrêter, en 1522, l'innombrable armée de Soliman et suspendre la chute de cette importante place. Dernier hôte chrétien de ce palais, Villiers de lTle-Adam fut contraint de l’abandonner à son vainqueur le 1er janvier 1523, et depuis lors cette belle demeure n’a plus été réparée; elle n’offre plus même en certains endroits qu’un amas de
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décombres, du milieu desquels elle ne se relèvera sans doute jamais.
A gauche du palais des grands-maîtres ety tenant était la Loge de saint Jean, dont il ne subsiste plus que quelques débris. La grande salle du conseil touchait à la cathédrale avec laquelle elle communiquait par une porte aujourd’hui murée: pendant le dernier siège, le toit de cette salle fut défoncé par les projectiles énormes que l’ennemi lançait contre la ville; actuellement, elle est entièrement détruite, à l’exception d’un gros pilier dont la base est encore debout.
Le colonel Rottiers dit avoir trouvé au milieu de ces décombres l’inscription antique suivante, sur une pierre qu’il a transportée au musée de Leyde :
EHNHNNAOYMOY
APAAlOinPOIENOS
AllinTHPI
« Xénon, fils deNaumos, d’Aradus, proxéne, à Jupiter Sauveur. »
On pourrait inférer de cette inscription que remplacement de la Loge de saint Jean était jadis occupée par un temple consacré à Jupiter Sauveur.
La cathédrale ou église de Saint-Jean, transformée en mosquée par Soliman après sa conquête, a une aprence extérieure assez modeste. Sa façade principale est triangulaire et d’une grande simplicité. Elle regarde le couchant. La porte de cette façade est en bois de sycomore bien ciselé. On sait que le sycomore est un bois qui non-seulement se façonne et se sculpte
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avec facilité, mais encore qui est très-durable e); presque incorruptible : en Palestine, on en faisait jadis un très-grand usage pour la charpente. Cet arbre n’est pas rare encore maintenant dans l’île de Rhodes; i abonde aussi sur la côte voisine d’Asie.
On entre également dans la cathédrale de Saint-Jean par deuxautres portes latérales, faites de même en bois de sycomore, l’une au N. et l’autre au S. du transsept.
D’après les mesures prises par le colonel Rottiers1, cet édifice est long de 150 pieds et large de 52. L’enfoncement qui forme la croix de l’église ou le transsept en a 76. Le grande nef ou nef centrale est séparée des deux nefs latérales par 8 colonnes en granit, 4 de chaque côté. Ces colonnes, ainsi que le fait observer le même voyageur, ont presque toutes des chapiteaux différents. Il est très-probable qu’elles ont été enlevées aux ruines d’un ancien temple ou portique et que primitivement elles ont été transportées à Rhodes d’ailleurs; car je ne sache pas que dans file entière il y ait une seule carrière de granit. Le chœur se termine par trois absides. La toiture est soutenue par une charpente composée de fort belles poutres parsemées d’étoiles d’or sur un fond d’azur, mais ces étoiles sont en partie effacées. Les nefs sont recouvertes de nattes. Les tombeaux des grands-maîtres qui y avaient été ensevelis ont disparu; car l’histoire nous apprend qu’après la prise de Rhodes les janissaires, violant les clauses de la convention qui venait d’être signée, forcèrent une des portes deda ville, y commirent toutes sortes d’ex-
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cès et déchaînèrent principalement leur fureur contre l’église de Saint-Jean.
« Ils raclèrent les peintures à fresque représentant les saints, brisèrent les statues, ouvrirent les tombeaux des grands-maîtres, renversèrent les autels, traînèrent les crucifix dans la boue et mirent au pillage les ornements sacrés1. »
Cependant au milieu de la nef centrale on voit encore la pierre tumulaire qui indique l’endroit où furent placés les restes de Fabricius Carretti , le dernier grand-maître qui ait été inhumé dans cette église. Voici l’inscription qui recouvre cette pierre et qui a déjà été reproduite par Rottiers et par M. Ross.
RMVS. ET ILLMVS. D. F. FABRICIVS. DE CAR RECTO. MAGNUS. RHODI MAGI STER. VRB1S INSTAIRATOR. ET AD P VB LIC AM VT1LITATEM PER SEPTENNIVM RECTOR.