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CHAPITRE XII

CIMETIÈRES ET FAUBOURGS DE LA VILLE ACTUELLE DE RHODES. MONT SAINT-ÉTIENNE.

Cimetières. — D’immenses cimetières s’étendent autour des remparts, et d’innombrables tombes musulmanes remplissent presque tout l’intervalle qui est compris entre les fossés de la ville et les faubourgs. Ces tombes s’avancent jusqu’au haut des glacis dont elles occupent les pentes, et de là elles débordent dans un vaste espace ombragé, de distance en distance, par des bouquets de platanes, de peupliers

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blancs, de térébinthes, de cyprès et de sycomores. Là reposent les cent mille hommes que perdit Soliman, soit par la maladie, soit par le fer, dans les assauts meurtriers qu’il donna à la ville : beaucoup de tombes, en effet, qui peuplent cette nécropole remontent à cette époque. Elles consistent en une petite enceinte rectangulaire avec deux pierres levées, verticalement, l’une à la tête et l’autre aux pieds du mort.

Une foule de débris antiques y abondent, tels que plaques de marbre, fragments de colonnes, stèles funèbres, qui ont été, à leur partie supérieure, façonnées en turbans et sur lesquelles ont été gravées quelques inscriptions turques, et notamment des versets du Koran.

Près du port de l’Arsenal , on remarque également un assez grand nombrè de tombes musulmanes, et vis-àvis le lazaret est un enclos fermé qui contient plusieurs coubbeh ou coupoles funéraires, du milieu desquelles s’élève une mosquée célèbre consacrée à l’un des santons les plus en honneur à Rhodes, nommé Amuralh-Reiss. Les Musulmans d’aujourd’hui qui habitent cette ville continuent toujours à enterrer ceux d'entre eux qui meurent à côté des anciens conquérants de llle et quelquefois dans les mêmes tombeaux. Car, bien qu’en Turquie les morts doivent garder éternellement la place qu’ils ont une fois reçue, et qu’on regarde comme un véritable sacrilège la violation des sépultures, quelque anciennes qu’elles soient, cependant il arrive à la longue que, contrairement à cet usage consacré par la Religion, des générations

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nouvelles succèdent dans les mêmes tombes à d’autres qui sont éteintes depuis longtemps; autrement les cimetières s’étendraient indéfiniment et finiraient par absorber complètement l’espace réservé aux vivants.

Si les cimetières de Smyrne, de Constantinople et surtout de Scutari, avec leurs noirs ombrages de cyprès gigantesques et les nombreuses colombes qui les habitent et qui voltigent en gémissant d’arbre en arbre, font naître dans l’âme de celui qui les parcourt et qui s’égare sous leurs sombres allées une sorte de religieuse tristesse, dans la nécropole de Rhodes, c’est une impression différente que l’on éprouve : ici, rien de mystérieux et de lugubre; mais tout semble raconter encore le fameux siège de 1522. On reconnaît dans certains mouvements du terrain des restes de tranchées; ailleurs on rencontre des collines factices sur lesquelles les généraux de Soliman avaient établi leurs canons et leurs mortiers pour battre en brèche les remparts et foudroyer la ville : plus au S. les hauteurs du mont Saint-Etienne rappellent l’emplacement qu’occupait Soliman lui-même et d’où il pouvait voir et diriger les opérations de ses troupes. Et quand on considère ensuite les moindres plis du sol dans cette plaine onduleuse hérissés de pierres tumulaires jusqu’au bord des fossés de la place, le sentiment qui se présente aussitôt à l’esprit de l’Européen est celui d’une admiration profonde pour la longue et énergique défense des chevaliers qui eurent la consolation, en succombant, d’avoir terrassé tant d’ennemis et de n’a-

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voir livré qu’un tombeau autour de leurs remparts aux trois quarts des assiégeants.

Faubourgs. — Les faubourgs dont la ville est environnée au-delà des cimetières se divisent en trois faubourgs principaux qui, eux-mêmes, se subdivisent en neuf paroisses grecques, plus une paroisse catholique ou latine. Ces faubourgs sont connus sous les noms de Néo-Maras, Cato-Maras et Apano-Maras. On leur donne également la dénomination commune de Varousia.

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