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III. — Apano-M aras

Un troisième faubourg, celui d’ Apano-M aras, ou le Haut-Maras , domine le précédent. Il occupe les pentes septentrionales du mont Saint-Étienne et contient deux paroisses, celle de Saint-Anargyre et celle de Saint-J éan-le-Précurseur . Un grand nombre de débris antiques attirent l’attention dans ce dernier faubourg; mais ils ont été tellement dénaturés et dépla-

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cés qu’il est presque impossible de retrouver les vestiges et la forme d’un seul monument hellénique.

On estime à 5,000 âmes la population des trois faubourgs que je viens de mentionner; elle est presque exclusivement grecque, à l’exception des 120 catholiques latins de Néo-Maras et de quelques familles turques qui préfèrent au séjour de la ville celui des faubourgs.

Lors des deux sièges de 1480 et de 1522, Néo- Maras n’existait pas encore. Quant à Cato-Maras et à Apano-Maras, ils étaient déjà bâtis, du moins en partie.

Us furent naturellement abandonnés par leurs habitants qui se réfugièrent dans la ville forte à l’approche des ennemis, et nous savons que, pour empêcher les Turcs de s’y établir et de s y fortifier, d’Aubusson et à son exemple plustard Villiers de file-Adam donnèrent l’ordre d’abattre toutes les maisons et tous les arbres qui environnaient la ville. Cet ordre ne fut probablement pas complètement exécuté, car ces faubourgs possèdent encore des maisons qui doivent remonter à l’époque des chevaliers. Quand l’île futtombéeau pouvoir des Turcset queleshospitaliersdeSaint-Jean eurentété contraints de s’exiler de cette terre qu’ils avaient illustrée par leur valeur et couverte de monuments, les vainqueurs, en gardant pour eux la ville et en défendant aux chrétiens d’y résider, forcèrent les Grecs qui n’avaient pas suivi les destinées de leurs anciens maîtres de se retirer dans les faubourgs, dont les maisons détruites furent alors relevées et qui durent s’agrandir considérable-

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ment par suite de la population nouvelle qui y affluait.

Mont Saint -Étienne y ancienne Acropole de Rhodes.

La ville antique comprenait, indépendamment du Kastro actuel, les cimetières et les trois faubourgs dont je viens de parler. Son acropole embrassait en outre les hauteurs du mont Saint-Étienne, connu également sous le nom de mont Smith, en souvenir de l’amiral anglais ainsi appelé qui, en 1799, s’établit quelque temps dans un maison située sur le sommet de ce mont, pour observer de là les mouvements de la flotte française , lors de la fameuse expédition d’Égypte.

Ce plateau atteint vers l’O., son élévation la plus grande, qui n’est, du reste, que de 90 mètres au-dessus de la mer. De ce côté, les pentes du mont sont presque inaccessibles pendant l’espace d’un kilomètre de longueur : elle sont hérissées de blocs énormes de rochers dont la plupart semblent menacer ruine sur les flancs escarpés où ils sont comme suspendus; et d’autres, détachés de leur base par des tremblements de terre, ont déjà roulé jusqu’au rivage. Vers le N. au contraire et vers l’E., ce mont présente une inclinaison beaucoup plus douce. Il s’abaisse en quelque sorte par des terrasses successives dues à la fois à la nature et à la main de l’homme. Aujourd’hui toute la superficie de cette antique et immense acropole est occupée par des jardins mal entretenus et que délimitent de petits murs construits avec toutes sortes de dé-

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bris déplacés et entassés pêle-mêle. Au milieu de ces jardins, on aperçoit des maisons qui datent presque toutes du temps des chevaliers et qui leur servaient jadis de villas. Depuis qu’elles sont tombées entre les mains des Turcs, ceux-ci ont laissé se dégrader ces jolies et gracieuses demeures, dont quelques-unes sont complètement détruites et jonchent le sol de leurs ruines. Une végétation confuse et désordonnée a succédé aux magnifiques vergers qui embellissaient ces lieux. De vieux caroubiers, des térébin thés, des oliviers et des figuiers y forment encore en certains endroits des bosquets où chantent et s’ébattent de nombreux oiseaux. Je n’oublierai pas non plus de signaler quelques hauts palmiers qui s’élèvent çà et là. Ces divers enclos renferment des vestiges, mais à peine reconnaissables, d’anciens édifices, soit privés, soit publics et dont les restes dispersés ne permettent plus de reconstruire, même par la pensée, dans leur forme primitive, les monuments qu’ils composaient. Une des ruines les mieux conservées qui aient frappé mes yeux dans l’un de ces vergers consiste en un vaste temenos ou enceinte sacrée dont le pourtour existe encore, au moins dans une partie des assises inférieures qui sont très-remarquables : les blocs rectangulaires qui le constituent sont gigantesques et plusieurs ont une longueur de 5 mètres et une largeur proportionnée. Ce péribole est carré et il mesure 60 pas sur chaque face. II appartient certainement à quelque monument religieux dont je ne puis indiquer le nom, aucune inscription ne nous l’ayant révélé jusqu’ici.

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loi

Dans un autre jardin, trois ou quatre tambours de colonnes de marbre sont les seules traces d’un temple consacré à Apollon Pythien, comme le prouve une inscription trouvée sur place parM. Hedenborg.

Ailleurs, les débris d’un troisième temple consistent en quelques fragments de colonnes et d’entablement.

Ces fragments, qu’au premier abord j’avais pris pour du marbre, n’étaient en réalité que du grès qui, revêtu d’une couche extérieure de stuc, rivalisait jusqu’à un certain point, par sa surface polie et luisante, avec l’éclat des plus beaux marbres.

Sur ce même plateau, plusieurs chambres sépulcrales taillées dans le roc m’ont offert à peu près les mêmes caractères que beaucoup de celles que j’avais observées en Palestine et en Syrie. Elles sont à plafond voûté ou plat, de forme soit carrée, soit oblongue, et elles renferment un plus ou moins grand nombre d’excavations pratiquées à l’entour comme des espèces de fours, où les corps étaient déposés. Comme l’acropole de Rhodes était remplie de temples et de bois sacrés, il est probable que ces tombeaux étaient affectés à la sépulture des principaux ministres du culte, dont les cendres reposaient ainsi, après leur mort, près des sanctuaires qu’ils avaient desservis pendant leur vie.

En somme, le mont Saint-Étienne, avec ses nombreuses villas à moitié ruinées et ses enclos multipliés, ne présente presque rien de l’aspect qu’il offrait jadis. Sa physionomie première a tellement changé qu’il est difficile de se faire une idée de ce qu’elle pouvait être, lorsque, couvert de portiques et de temples qu’envi-

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ronnaient des champs et des bois sacrés, il étalait à la fois aux regards les merveilles réunies de l’art et de la nature. De la partie supérieure de ce mont on descendait graduellement, par une suite de plate-formes habilement ménagées, sur le vaste espace qu’occupent aujourd’hui les faubourgs et les cimetières, et, de là, une pente douce conduisait aux différents ports, autour et au-dessus desquels s’élevait cette ville magnifique, déclarée par Strabon la plus belle de l’antiquité. La situation, en effet, et la disposition générale de Rhodesétaientadmirables, et je comprends très-bien les éloges mérités d’un géographe aussi sérieux et même les emphatiques exagérations du rhéteur Aristide, lorsqueje contemple du haut, du mont Saint-Étienne, acropole réellement incomparable, le superbe panorama qui se déploie encore aujourd’hui devant les yeux et qui devait être singulièrement dépassé par celui dont ils étaient frappés autrefois.

En redescendant de ce plateau, arrêtons-nous un instant sur l’emplacement de l’ancienne église consacrée au saint dont ces hauteurs portent le nom et qui s'élevait sur le penchant septentrional du mont. Elle existait encore en partie en 1826, époque à laquelle le colonel Rottiers la visita.

« A l’intérieur, dit-il1, ses murs offraient des traces d’anciennes peintures à fresque. Au-dessus des pilastres qui soutenaient le dôme on voyait assez distinctement les quatre Évangélistes et, sur une autre partie du mur, nous trouvâmes les restes d’une As- 1. Monuments de Rhodes , p. 341.

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somption. Lors de l’arrivée des chevaliers, cette église était déjà délaissée par les Grecs depuis le séjour des Sarrazins, et Hélion de Villeneuve l’ayant fait restaurer, elle fut consacrée au culte romain. Elle a servi d’hôpital pour les officiers turcs blessés pendant les deux sièges, et aujourd’hui les dominateurs de Rhodes l’ont abandonnée à la destruction du temps. »

Cette destruction est actuellement achevée et j’ai déjà dit qu’on avait transporté les matériaux de cette église à Néomaras et qu’on les avait employés pour bâtir la chapelle et le couvent latin de Sainte-Mariede-la-Victoire.

Je n’ai pu savoir ce qu’était devenu le fragment de la pierre regardée par Rottiers comme étant celle qui formait le couvercle du tombeau de Gozon.

Avant de terminer ce chapitre, je signalerai l’emplacement présumé de deux temples helléniques dans le faubourg Néomaras : l’un aurait occupé une partie du jardin actuel de M. Hedenborg et aurait débordé dans un jardin voisin. M. Hedenborg suppose, à cause de plusieurs débris de statues qu’il a déterrés en défonçant le sol de son jardin, que les gros blocs rectangulaires dont il a retrouvé près de là des assises entières, pourraient bien avoir appartenu à l’enceinte sacrée du fameux temple de Bacchus qui était, nous le savons , un véritable musée de peinture et de sculpture. L’autre temple paraît avoir été le sanctuaire consacré à Esculape dont il est question dans un passage de Diodore de Sicile1, où il est parlé d'une inondation t. L. XIX , c. xlv.

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considérable qui affligea la ville de Rhodes et principalement le quartier du Digma, du temple de Bacchus et de celui d’EscuIape.

Si le temple de Bacchus était situé à l'endroit que lui assigne, avec quelque probabilité, M. Hedenborg, il faut chercher le Digma aux alentours de la propriété de ce savant. Ce Digma, comme son nom l’indique1, était une place publique où on étalait des marchandises : il y en avait également une à Athènes qui portait la même dénomination. Quant au temple d’EscuIape, il devait être voisin de celui de Bacchus, et il est permis d’en reconnaître les débris dans quelques tronçons de colonnes et autres fragments de marbre qu’on remarque près d’une tannerie, à l’extrémité méridionale du faubourg Néomaras.

Tous les monuments de l’ancienne Rhodes ont, comme on le voit, disparu entièrement, à l’exception de quelques faibles vestiges qu’on en découvre encore çà et là. Il faut en dire autant de l’immense mur d’enceinte qui environnait cette grande cité. Malgré la hauteur de ce mur et l’étendue de son pourtour, qui devait êlre de 15 kilomètres, c’est à peine si aujourd’hui il est possible d’en suivre la trace et d’en retrouver cinq à six pans un peu considérables sur toute la ligne de cette vaste circonférence.

Les tours élevées qui le flanquaient ont de même été rasées si complètement qu’on n’en distingue plus les fondements. Cette disparition totale de tant de puissants ouvrages étonne au premier abord; mais

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