‹ Voyage dans l'île de Rhodes et description de cette îleChapitre 64 sur 134 · Reisen auf den griechischen Inselnt p · texte numérisé non relu

Reisen auf den griechischen Inselnt p

SUR L’ILE DE RHODES

rongés par les eaux qui, lors des pluies torrentielles de l’hiver, coulent impétueusement dans le lit sablonneux qu’elles se sont creusé ; mais le reste de cette construclion est si bien conservé qu’on la croirait achevée d’hier, et elle compte sans doute 2000 ans. La seconde, bâtie avec la même élégance et également intacte, est élablie sur l’une des berges du ravin ; elle est moitié moins élevée que la précédente.

Après avoir franchi ce pont, on se trouve bientôt au milieu d’une ancienne nécropole. Si l’on suit le bord de la mer vers le S., on reconnaît qu’une très-longue bande de rochers qui court le long du rivage a été percée de toutes parts pour être taillée en une foule de chambres sépulcrales. Plus près de la mer encore on remarque des salines. Ce sont de petits compartiments creusés sur la surface de rochers plats et à fleur d’eau, qui sont inondés par les vagues, quand le ventd’E. les pousse de ce côté. Lorsque la mer se retire, ces réservoirs factices restant pleins, l'eau qui les remplit s’évapore peu à peu aux rayons du soleil et y laisse le sel qu’elle contenait en dissolution.

Mais revenons vers la nécropole que j’ai signalée tout à l’heure et co'nsidérons-la un instant.

L’entrée d’un très-grand nombre des excavations sépulcrales qu’elle renfermait est actuellement obstruée par des amas de pierres ou de terre ou par de hautes broussailles. Beaucoup d’autres ont été détruites; cependant on en distingue encore plus d’une centaine qu’il est facile d’examiner. La forme de ces excavations varie; tantôt ce sont de simples fours pratiqués dans

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le roc avec une voûte, soit surbaissée, soit cintrée, soit même aiguë vers le centre, avec une sorte d’arête longitudinale : quelquefois aussi, ces fours, au lieu d’être voûtés, sont rectangulaires. Ce sont là des tombeaux particuliers. Mais il en est de plus vastes et qui étaient destinés à des familles entières, consistant en de véritables chambres funèbres taillées artistement dans le roc,* carrées ou arrondies en voûtes, ornées de moulures et revêtues intérieurement de stuc, pour donner à la surface des parois l’apparence et le poli du marbre. A l’extérieur, on voit au-dessus de la porte de plusieurs de ces chambres l’emplacement des plaques de marbre qui y étaient jadis encastrées et où étaient probablement gravés les noms des morts qui reposaient dans ces caveaux. Ceux-ci étaient placés dans des sarcophages en marbre ou en pierre, occupant l’intérieur de la chambre sépulcrale, ou bien on les glissait dans les fours oblongs, creusés en nombre plus ou moins considérable et souvent sur deux rangs de hauteur audedans de ces mêmes chambres; quelques-unes d’entre elles sont précédées d’un vestibule. On sait que les anciens aimaient à se réunir quelquefois en famille près des tombeaux de leurs aïeux; or ces vestibules devaient servir de salles pour les repas funèbres, coutume qui remonte à la plus haute antiquité et qui est encore pratiquée en Orient par plusieurs peuples, entre autres, par les Mahométans et par les Juifs.

En s’éloignant de celte nécropole pour gravir les collines qui se rattachent au mont Saint-Étienne à TE., on arrive, au bout de quinze minutes de

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marche, au délicieux plaleau de Symbülli. La nature semble avoir pris plaisir à l’orner. Plusieurs gigantesques platanes y forment, avec de beaux peupliers, un des plus admirables ombrages qui puissent embellir un site. Sous cette voûte verdoyante qu’anime le chant des oiseaux et que les rayons du soleil ne peuvent percer coulent deux fontaines dont l’eau est d’une telle fraîcheur et d’une telle limpidité qu’on la vient chercher d’assez loin. Tous les jours, des ânes et des mulets en transportent de grandes jarres pleines à la ville : tous les jours aussi elle attire, durant la belle saison, soit des Grecs, soit des turcs qui la savourent en quelque sorte à loisir assis nonchalamment sons les vieux arbres dont les vastes rameaux les protègent contre la chaleur. La source qui alimente ces deux fontaines devait, sans contredit, être connue des anciens, et j’inclinerais à croire que c’est là le fons Inessa dont il est question dans un passage de Vibius Sequester1. Quoiqu’il en soit, la construction de ces fontaines ne dénote point une origine antique; les matéiiaux seuls qu’on a mis en œuvre le sont pour la plupart. Elles remontent très-probablement à l’époque des chevaliers : des inscriptions turques paraissent y avoir été ajoutées après coup et dans un temps postérieur à leur fondation.

L’une d’entre elles est décorée de jolies colonnettes de marbre, sur le fût desquelles on a sculpté avec délicatesse des grenades, les unes ouvertes, les autres fermées. A côté est une estrade pavée en petits cail—

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