Vibius Sequester, p
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loux noirs et blancs, espèce de mosaïque très-commune à Rhodes. Cette estrade environne un bassin carré et rempli d’eau qu’avoisine une longue bande de rochers taillés par la main de l’homme et qui, au S., ferment le plateau de Symbülli; à l’O. et au N. règne un ravin large et profond, extrêmement pittoresque et dont les berges abruptes sont hérissées de broussailles, d’arbustes et même d’arbres élevés qui entremêlent ensemble leurs rameaux et leur verdure. Au fond du ravin, des touffes de lauriers-roses croissent au milieu d’un lit sablonneux qui est presque toujours à sec pendant l’été. D’énormes blocs de rochers qui ont roulé jusque dans ce lit semblent n’avoir pu être détachés des flancs de la colline que par un violent tremblement de terre ou par un affaissement des couches inférieures du sol. Ce ravin est le même que celui sur lequel, plus près de la mer, est jeté le beau pont antique que j’ai mentionné, et le méandre sinueux qu’il décrit égare agréablement le regard qui ne se lasse pas d’en admirer les charmants détours.
Pour compléter la beauté du site de Sumbülli, qu’on se figure une élégant aqueduc en pierres de taille, dont les gracieuses arches traversent le ravin vers le N. et vont porter à la ville de Rhodes les eaux de cette colline. Il est généralement attribué aux chevaliers, et en effet il offre tous les caractères d’une construction de cette époque; toutefois les assises inférieures sont probablement beaucoup plus anciennes, ce qui permet de supposer qu’il n’a été que réparé par les chevaliers. Dans tous les cas, il semble une imitation, sous forme
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réduite, de ces magnifiques aqueducs, aux proportions gigantesques que les Romains avaient élevés sur tant de points de leur vaste. empire.
S’il faut en croire une vieille tradition qui ne repose peut-être pas sur des fondements bien solides, mais que le voyageur admet volontiers, parce qu’elle sourit à l’imagination, ce serait sur ce plateau enchanteur que le célèbre orateur Athénien, Eschine, aurait enseigné l’éloquence. On n’ignore pas que, vaincu par Démoslhènes dans le procès qu’il avait intenté à Ctésiphon, et n’ayant point obtenu la cinquième partie des suffrages, cet orateur fut contraint de s’exiler de sa patrie, et qu’il choisit Rhodes pour le lieu de son bannissement.
L’éloquence était déjà en honneur dans cette île lorsqu’il y débarqua. Il y fonda une école qui porta son nom et qui contribua puissamment à préserver les Rhodiens du mauvais goût et de l’emphase asiatiques. Or, d’après la tradition que je viens de rapporter, ce serait sur la colline de Symbülli qu’il aurait commencé à naturaliser à Rhodes cette éloquence, à la fois grande, simple et noblement austère, pure et harmonieuse dans ses formes, sobre d’ornements et belle d’une beauté, qui s’adresse à l’esprit plutôt qu’aux sens, pour tout dire en un mot, l’Atticisme. On aime à se représenter ces lieux agréables prêtant leurs ombrages aux leçons de l’illustre rhéteur d’Athènes et retentissant des applaudissements qui accueillirent la lecture de sa harangue contre Ctésiphon et des transports d’admiration plus vifs encore qu’excita
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celle qu’il eut le courage défaire lui-même de l’immortel discours de son rival.
Cette école, fondée par un maître si habile, jouit pendant plusieurs siècles d’une grande célébrité et elle attira à Rhodes tous ceux qui voulaient se perfectionner dans l’art si difficile de la parole. Cicéron luimême, César et Pompée et une foule d’autres Romains de la première distinction quittèrent Rome pour venir écouter les rhéteurs Rhodiens, dont le plus illustre était alors Apollonius Molon, que le grand orateur Romain1 proclame avec reconnaissance son maître et celui aux leçons duquel il devait le plus.
Aucune preuve, je le répète, ne démontre victorieusement que l’école que je viens de nommer ait été réellement placée sur Je plateau de Syrnbülli; mais comme rien ne prouve non plus le contraire, que c’est en outre une tradition encore répandue et qui n’offre par elle-même rien d’invraisemblable, attendu que ce plateau devait toucher à l’acropole de l’ancienne ville, nous laisserons volontiers ce site gracieux en possession de sa gloire et de ses souvenirs, et nous nous garderons bien d’en chasser les ombres des rhéteurs fameux auxquels on associe son nom et celles des disciples plus célèbres encore qui accoururent de Rome pour les entendre.
A partir de Syrnbülli vers le S., le sol, dans une étendue considérable, a été profondément creusé et l’on aperçoit plusieurs vastes carrières dont les galeries souterraines ont été pratiquées dans une roche 1. Cicéron, Brutus, c. xci.
calcaire très- tendre. Quelques-unes, après avoir été exploitées d’abord dans le but unique d’en extraire des pierres, ont servi ensuite de catacombes, et j’ai trouvé dans deux ou trois d’entre elles des débris d’urnes cinéraires et plusieurs caveaux funèbres à moitié détruits.
Non loin de ces carrières, un joli bouquet de pins s’élève sur une colline verdoyante, et près de là on remarque, au milieu d’autres chambres sépulcrales, toutes creusées dans le roc, les ruines d’un véritable monument funèbre du plus grand intérêt et qui, avec celui de Lindos, est le plus important que j’aie rencontré dans l’île de Rhodes. Je vais le décrire avec quelques détails, afin de pouvoir en donner au moins une faible idée.
Qu’on se figure un bloc énorme de rocher taillé carrément par la main de l’homme, ayant environ 28 mètres de longueur sur chaque face et 4 et demi de hauteur, et surmonté, en outre, d’un tertre pyramidal en terre. Sur chacune des faces régnaient 21 demi-colonnes, engagées dans l’épaisseur de la masse rocheuse, du sein de laquelle elles avaient été tirées, ce qui, eu tout, formait un pourtour de 80 demicolonnes de 40 centimètres de diamètre et séparées l’une de l’autre par un écartement de 1 mètre. On n’y observe ni cannelures ni bases : quant à leur chapiteau, j’ignore quel en était le style, car elles sont toutes mutilées à leur sommet.
La face nord de ce monument est seule assez bien conservée, ce qui permet de juger de la forme et de la
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grandeur du monument tout entier; les trois autres, en effel, ont été brisées, et le rocher semble avoir été fendu par un tremblement de terre; la face sud, principalement, n’existe plus, et de gros quartiers de roc décorés encore de leurs demi-colonnes gisent renversés dans un petit ravin qui avoisine ce tombeau et au fond duquel ils ont roulé.
On montait sur la plate-forme du monument par des degrés ménagés dans le roc et qui sont la plupart détruits.
Le tertre pyramidal en terre qui la couronnait a aussi en partie disparu : ce qui en reste est actuellement hérissé d’épaisses broussailles.
On a construit, au-devant de la face nord , un petit mur d’enceinte en pierre, mais tout moderne et qui sert à renfermer des troupeaux : quand on l’a franchi, on pénètre par une porte d’entrée rectangulaire, aujourd’hui presque entièrement brisée, dans un vestibule oblong taillé dans le roc; et de là, on passe par une autre porte, également mutilée et qu’entouraient d’élégantes moulures, dont celles d’en haut subsistent encore, dans une belle chambre sépulcrale de forme carrée. Les parois en ont été revêtues d’une couche de stuc. Le plafond est traversé, vers le centre, d’une sorte de poutre ménagée dans le roc; il est voûté, mais légèrement triangulaire. A droite et à gauche, plusieurs fours à cercueils, cinq d’un côté et trois de l’autre, s’enfoncent dans les parois latérales de celte chambre : ils ne sont pas tous de la même largeur ni travaillés avec le même soin : la forme qu’ils alfectent
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est celle d’un long rectangle recouvert d’un toit aigu, forme qui prédomine dans les plus anciens tombeaux de la Grèce et que j‘ai eu l’occasion d’observer aussi dans un grand nombre de ceux de la Palestine.
Il est probable que ce vaste monument funèbre renfermait d’autres chambres sépulcrales; mais aujourd’hui c’est la seule qui subsiste : très-dégradée elle-même et remplie d’immondices, on l’a transformée actuellement en étable.
A quelle époque faut-il rapporter la fondation de ce tombeau, et en l’honneur de qui a-t-il été élevé? Ce sont-là deux questions qu’il m’est impossible de résoudre, faute de documents certains, et les inscriptions qui auraient pu nous éclairer sur ce point manquent totalement. Toutce qu’il est permisde conjecturer, d’après l’inspection du monument, c’est qu’il paraît contemporain de l’époque la plus florissante de Rhodes. Son style est gréco-asiatique, comme celui de beaucoup de tombeaux de l’Asie Mineure.
Rottiers pense, je ne sais sur quel fondement, que ce monument avait été jadis un temple consacré à Cérés.
« Dimitri me conduisit, dit-il 4, à l’emplacement où avait jadis existé un temple de Cérés taillé carrément dans le roc. Le temps l’avait totalement détruit; mais on pouvait juger, par quelques débris , que sa façade et peut-être son intérieur avaient été revêtus de marbre. Il me montra, un peu plus loin, un trou en forme de cône, pratiqué dans le roc où l’on éteignait