‹ Voyage dans l'île de Rhodes et description de cette îleChapitre 73 sur 134 · Hist. nat., V · texte numérisé non relu

Hist. nat., V

guide donnait le nom de Franco-Y ouno ou montagne des Francs.

Quatre kilomètres au-delà est un petit monastère dont la chapelle est sous le vocable de la Panagia- Eleousa ou Notre-Dame-de-la-Miséricorde. Elle est desservie par un vieux moine qui vit là paisible et solitaire. De magnifiques chênes vélanèdes, les plus beaux que j’aie vus dans File, croissent à l’entour.

Enfin on arrive à Kalithiæs. Ce village, comme son nom l’indique, est situé dans une jolie position.il est habité par 110 familles grecques. Les campagnes environnantes sont très-fertiles et parsemées de gros oliviers et de grands chênes vélanèdes.

Erimokastron. — Au S. du village, un torrent s’est creusé un lit très-escarpé entre deux collines; une fois parvenu dans la plaine, il se divise en deux branches ; son nom est Potos et la vailée qu’il arrose avant de se jeter à la mer porte celui de Psalido-Cambo parce qu’elle a la forme d’une grande paire de ciseaux ouverte1. Près de l’embouchure de ce torrent se dresse une montagne solitaire, hérissée de roches gigantesques. Son plateau supérieur, là où il est accessible, c’est-à-dire du côté de la terre, est environné d’un mur épais de deux mètres et construit sans ciment avec de gros blocs de dimensions et de formes différentes, entassés les uns sur les autres. L’emplacement d’une porte est encore visible. Du côté de la mer, on ne découvre aucune trace de mur : là en effet il était inutile, car la pente du mont est 1. VaàLq, ciseaux, et xàaCoç, plaine.

180 ÉTUDE

presque verticale. Le pourtour de cette enceinte fortifiée mesure environ 450 pas. L’intérieur en est actuellement embarrassé par un fourré presque inextricable d’arbousiers, de lentisques et de chênes-verts.

A quelle époque remonte cette espèce de citadelle, appelée encore aujourd’hui par les habitants Erimokastron1 ou le château solitaire ?

Les renseignements de l’histoire ou de la tradition nous manquent complètement à ce sujet. Mais, à en juger par l’aspect tout primitif de cette enceinte, ce genre de construction cyclopéenne à grand appareil polygonal dénote une antiquité très-reculée.

Aphandou. — Après avoir franchi les deux bras du torrent qui sillonne la vallée de Psalido-Cambo, laquelle est plantée de vignes et d’oliviers et produit en outre du blé, de l’orge et du tabac, on trouve, à 3 kilomètres au S., un autre cours d’eau bordé de lauriers-roses, et bientôt, à travers un bois d’oliviers, on parvient à Aphandou. Ce village est entouré de trois côtés par des hauteurs qui semblent le cacher; de là probablement la dénomination qu’on lui a donnée2 *. Il se compose d’une centaine de maisons habitées par autant de familles grecques. Le territoire qu’il possède s’étend jusqu’au bord de la mer et consiste en une belle et riche vallée, partagée entre les habitants par de petits murs ou par des haies et où fou admire de jolis ver-

1. Ou plutôt Erimokastro (’Epvî^o/acrrpô), par la suppression du v final.

2. ’Afc/.vSov pour 4Aÿ>àvTov, invisible. Les Grecs modernes adou-

cissent souvent la prononciation du t* qui se change alors en S.

SUR L’ILE DE RHODES

gers plantés d’oliviers, de figuiers, de grenadiers, de mûriers et de vignes.

Le sol, déjà très-fertile par lui-même, le devient encore davantage au moyen de nombreuses irrigations.

A quelques minutes du village, dans un jardin, on m’a montré les vestiges d’une tour carrée actuellement détruite et dont les fondations, encore visibles, indiquent une construction soit de l’époque des chevaliers, soit même de l’époque byzantine. Cet endroit a retenu le nom de Kastro. Près de là sont les ruines d’un autre édifice qui date du moyen âge, et un peu plus loin s’élève une petite chapelle qui semble avoir été construite sur l’emplacement et avec les matériaux d’un sanctuaire antique. On y remarque plusieurs fûts d’anciennes colonnes de marbre, et à l’entour apparaissent encore enfoncés dans la terre d’autres fragments de marbre et de grandes pierres helléniques.

Le village occupe lui-même la place d’une localité antique, comme le prouvent les médailles et les pierres taillées que l’on atrouvées plus d’une fois en creusant le sol, et il est à présumer que cette localité portait jadis la même dénomination qu’aujourd’hui, dénomination résultant de sa position entre des hauteurs qui la dérobent à la vue.

Psitos. — D’Aphandou à Psitosil y a deux grandes heures de marche, en se dirigeant vers le N. -O. -O., à travers des montagues incultes ou dont quelques pentes .seulement sont cultivées, et qui sont déchirées par de nombreux ravins que les eaux ont creusés. Psitos est situé dans une vallée arrosée par un tor-

ETUDE

rent nommé Vasouli . C’est un village où Ton ne compte qu’une soixantaine de maisons. Il est environné de andins où une végétation très-active se déploie aux regards. Les restes d’une ancienne tour carrée, ont les assises inférieures existent encore et que les habitants désignent toujours par le nom de Kastro, sont très-certainement de la même époque que ceux de la tour, également ruinée, du village précédent.

Psitos est exclusivement habité par des familles grecques; il en est de même d 'Arkhiboli, qu’on rencontre 7 kilomètres plus au S.

Arkhiboli. — Le sentier qui conduit àce village est trèsaccidenté : il monte et descend tour à tour. Il faut franchir successivement deux torrents, dont l’un, profondément encaissé, s’appelle Koutzouras, et l’autre, du nom de Loutanis, se répand en plusieurs lits dans une vallée couverte de sycomores, de platanes et de caroubiers et principalement de touffes gigantesques de lauriers-roses. Au-delà de cette vallée, on gravit une montagne couronnée de jeunes pins et de cyprès, puis, en redescendant, on aperçoit, sur un monticule rocheux, le village d’Arkhiboli, assemblage de 35 maisons groupées autour d’une église. Chaque famille a son jardin planté de figuiers, de grenadiers, de mûriers et d’oliviers.

La petitesse de ce village contraste avec le nom pompeux qu’il porte1, et l’on pourrait peut-être s’ima-

Arkhiboli a pour étymologie àpxh et Le mot s’écrit en grec ’A/r£ÛTo>i,et se prononce par l’adoucissement du tt.

SUR L’ILE DE RHODES, giner que ce n’est plus là que le faible reste d’une localité antique importante ; mais aucunes ruines et aucune tradition n’autorisent cette conjecture. M. Ross1 écrit le nom de ce village sans aspiration , Arkiboli (A pjuêoAvj), à la place d’Arkhiboli (Àp%inoh). L’étymologie alors en serait différente; mais je crois que ce savant s’est trompé, et je maintiens le mot tel que je l’ai écrit; car c’est ainsi que l’ai entendu prononcer.

Page 1