De xpavov, crâne; d’o-ù xpavaôç, âpre et stérile
SUR L’ILE DE RHODES
entre les dernières pentes du mont Krana à l’O. et la colline escarpée sur laquelle est assise la citadelle à l’E. Cette vallée domine elle-même la mer de 60 mètres, et elle s’abaisse au N. et au S. vers deux baies dont l’une, celle du N., est vaste et formait jadis le grand port de Lindos1; l’autre, celle du S., est beaucoup plus petite et ne pouvait recevoir dans son sein, par une passe fort étroite, que de faibles embarcations. L’entrée de la première est un peu abritée contre les vents d’E. par deux ilôts qui s’élèvent au N.-E. Dans sa partie méridionale , cette baie est accessible au vent soufflant du S.-E. Aussi était-elle défendue de ce côté par une digue dont on distingue encore les vestiges quand la mer est calme. Le bassin de ce port naturel est limité au N. par un promontoire à l’extrémité duquel on aperçoit les ruines d’une tour du moyen âge et celles d’une petite chapelle consacrée à Hagios Milianos, ce qui a fait donner à ce promontoire le nom qu’il porte. Au S., il est borné par un autre promontoire d’un développement moindre que le précédent, mais beaucoup pins élevé et dont la partie culminante formait l’acropole de Lindos. Une vallée demi-circulaire règne au bas de cette antique acropole ; la cité primitive, à l’époque de sa splendeur, l’occupait tout entière : aujourd’hui le bourg de Lindo n’en remplit que la partie moyenne.
A l’entrée de ce bourg , un magnifique platane om-
1. Ce port est probablement celui dont parle Lycophron vers 924 sous le nom de ®épp.v§pov, et Apollodore II, § ii , sous celui de ezpp.\)8pou, comme étant celui où aborda Hercule dans i’île de
194 ÉTUDE
brage une fontaine publique ; puis l’on s’engage dans des rues étroites bordées de maisons qui datent, la plupart, du temps des chevaliers ou qui ont été construites postérieurement sur le modèle de celles-ci. Des arcades aiguës , ici comme à Rhodes , font par intervalle l’office d’arcs-boutants qui rejoignent les maisons entre elles d’un côté de la rue à l’autre et les soutiennent ainsi mutuellement. Un grand nombre d’entre elles sont à moitié détruites ; quelques-unes même n’offrent plus que des substructions que le temps et les hommes font disparaître de plus en plus. 120 seulement sont actuellement habitées par une centaine de familles grecques et une vingtaine de familles turques. Ces demeures sont presque toutes bâties avec une certaine régularité et ornées de moulures aux portes et aux fenêtres. Plusieurs sont précédées de vestibules et de cours pavées avec ce petit cailloutage en mosaïque que nous avons déjà eu l’occasion de remarquer en tant d’endroits différents dans file de Rhodes. Le plafond des chambres est composé de belles poutres de sycomore ou consiste en une multitude de petits compartiments carrés de bois peint.
L’église qui sert de paroisse aux Grecs passe pour fort ancienne. L’intérieur en est décoré complètement de peintures, mais généralement assez grossières, qui représentent divers sujets tirés soit de l’ancien , soit du nouveau Testament.
Rhodes. Celte dénomination lui venait sans doute d'une source d’eaux thermales qui l’avoisinait. J’ai oublié de m informer si elle existait encore.
SUR L’ILE DE RHODES
Quant à la cité antique, elle n’a d’autres traces que celles de trois monuments dont le plus remarquable est un magnifique tombeau creusé dans le roc, à l’O. de la ville. Les habitants l’appellent vulgairement Franco-Ecclesia , et ils prétendent que c’était autrefois un sanctuaire chrétien. Leake1 voit là le temple de Minerve Lindia, maisHamilton2 et après lui M. Ross3 ont montré très-nettement que c’était un ancien tombeau. On le reconnaîtra du reste, de manière à ne pas en douter, rien qu’à la courte description que je vais en donner.
Qu’on se figure un portique dorique taillé dans les parois d’une montagne rocheuse et formé de 12 demicolonnes engagées dans le roc même du sein duquel elles ont été tirées, avec un entablement orné de tri— glyphes que surmonte un petit fronton. Ce portique a 4 mètres 70 centimètres de hauteur et 22 mètres de longueur.
Par l’effet d’un tremblement de terre, il est aujourd’hui en partie brisé et éboulé. Une porte avait été pratiquée au centre, qui permettait de pénétrer dans la chambre sépulcrale. Au-dessus du fronton régnait une sorte d’attique consistant en une bande large de 1 mètre 40 centimètres, ménagée horizontalement dans la montagne sur laquelle on avait placé quatre autels tumulaires en marbre gris-bleu : ils sont actuellement, avec les bases qui les supportaient, renversés à terre ainsi que la