‹ Voyage dans l'île de Rhodes et description de cette îleChapitre 85 sur 134 · Id., XXXIII · texte numérisé non relu

Id., XXXIII

208 ÉTUDE

Sous Théodose \ la statue de Minerve fut transportée à Constantinople et placée à côté de la Junon de Samos et de la Vénus de Cnide. Le temple de la Déesse fut bientôt après détruit, et dans les siècles qui suivirent les débris en forent dispersés ou employés pour des constructions plus récentes.

Le plateau que nous venons de parcourir a environ 850 mètres de pourtour : son élévation, son escarpement et les murailles infranchissables qui l’entourent en ont fait à différentes époques un point militaire important.

Sous les chevaliers, il appartenait aux grands-maîtres de Rhodes et portait le nom de Castello di Lindo. Ce fut là que le premier des grands-maîtres de cette île, Foulques de Villaret, courut se réfugier en 1317, dans la crainte d’être traîné devant le Conseil , pour y rendre compte de sa déplorable administration. Il s’y retrancha fortement, et de là il protesta contre tout ce qu’on pourrait décider contre lui et fit appel au souverain pontife.

Si à cette époque, c’est-à-dire sept ans à peine après la prise de l’ile de Rhodes, le château de Lindo offrait déjà un asile sûr, à l’abri duquel Foulques de Villaret pouvait braver les décisions de l’Ordre tout entier , il est à croire que cette forteresse existait avant l’arrivée des chevaliers dans l’île, ou bien ceuxci s’empressèrent de profiter d’une position militaire si avantageuse et d’y construire le château actuel : dans tous les cas, l’hôtel où demeurait le gouverneur 1. Zonaras, Annal., t. III, p. 44.

SUR L’ILE DE RHODES

de la place a été certainement bâti par eux, ainsi que la chapelle de Saint-Jean; et ils ont dû également réparer le mur d’enceinte, s’ils n’en ont pas jeté les fondements.

Ce plateau, inabordable de trois côtés, l’est surtout du côté de l’E. : là en effet il se dresse comme une muraille gigantesque, et le rocher nu et vertical repose sur une plate-forme demi-circulaire à laquelle on arrive par un sentier étroit et difficile. On y trouve trois anciennes grottes creusées par l’homme dans le roc vif et qui jadis semblent avoir été consacrées à quelque divinité païenne. Aujourd’hui elles sont le refuge d’innombrables corneilles qui volent par nuées à l’entour. Cette plate-forme , limitée à l’O. par les flancs orientaux et perpendiculaires du Kastro, surplombe à l’E. au-dessus de la mer d’une hauteur de 100 mètres.

L’histoire de Lindos 1 se borne à quelques faits que je vais rappeler sommairement. Fondée par Lindus, l'un des fils de Cercaphus, à une époque qui se perd dans la nuit des temps moitié fabuleux et moitié historiques, cette ville naissante reçut bientôt une colonie égyptienne à l’arrivée de Danaüs , et c’est alors, comme nous l’avons vu, que fut bâti le fameux temple de Minerve, dû à ce prince ou à ses filles.

S’il faut en croire les marbres de Paros2, la venue

1. Bochart ( Geographia sacra , p. 396) dérive le mot Lindos du mot phénicien Limda , qui signifie pointe; quasi mucro , dit-il, aut aculeus. — Si cette étymologie est fondée, ce nom aurait été donné à la ville à cause de sa position sur une presqu’île qui avance dans la mer comme un promontoire.

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