Lettres sur la Grèce , p
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<( Il est plus probable, ajoute-t-il, que les feux volcaniques qui, la quatrième année de la trente-cinquième olympiade, firent sortir des abîmes de la mer Thérasia et Théra1, donnèrent autrefois naissance à Délos et à Rhodes. »
Les différentes chaînes de montagnes que j’ai énumérées étaient jadis couvertes de magnifiques forets qui malheureusement disparaissent de jour en jour. Bien aménagées, ces forêts formeraient l’une des plus grandes richesses de l’île, tandis que, si les dégâts continuels et les coupes mal réglées qu’elles subissent n’ont pas un terme prochain, les montagnes se dénuderont de plus en plus, et la terre végétale qui les revêtait, emportée par les pluies d’hiver et glissant le long de leurs flancs, laissera à découvert et en quelque sorte décharnées des pentes jusque-là fertiles et où le roc seul se montrera alors aux regards. L’île verra aussi par contre-coup diminuer ses sources déjà peu abondantes et la fécondité de son sol tarir en même temps.
Telle qu’elle est cependant, et bien que le déboisement d’une grande partie de ses montagnes soit presque achevé, c’est encore l’une des îles qui renferment les plus belles et les plus vastes forêts de l’Archipel. Le pin à pignons en constitue l’essence principale. Il s’y élève, en général, à une médiocre hauteur, et sa
4. L'apparition de Théra, aujourd’hui Santorin, au-dessus de la mer, est d’une époque bien antérieure à celle qu’indique ici Savary. — Lisez sur cette île l’excellent article de M. Ch. Benoit, inséré dans les Archives des Missions scientifiques , novembre 1850.
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tige est également d’une hauteur moyenne. Il ne faut pas s’imaginer, en effet, qu’on puisse trouver là des arbres comparables pour la majesté ni la taille altière à ceux que possèdent, par exemple, les forets de la Corse, où croissent ces pins superbes dont la tète atteint parfois une hauteur de 35 mètres et meme davantage, et dont la grosseur est proportionnée à une pareille élévation. A Rhodes, rien de semblable; les plus beaux ont tout au plus 20 mètres de haut, et la circonférence de leurs tiges ne dépasse guère un mètre. Mais, s’ils n’offrent point à l’œil l’aspect imposant et sublime que présentent en Corse ces géants du règne végétal, ils ont, d’un autre côté, une grâce et un charme qu’on ne saurait décrire. Dans la partie centrale de l’île principalement, on rencontre çà et là au milieu des montagnes de vastes espaces occupés par de vieilles forêts qui ombragent soit des flancs raides et presque verticaux, soit des pentes doucement inclinées, soit d’agréables et fraîches vallées. Qui ne connaît les harmonieux gémissements que fait entendre le pin, Lorsqu’il est agité par le vent? Les poètes anciens et modernes ne les ont point oubliés dans leurs vers, témoin entre autres Théocrite et Lamartine.
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a II est doux, ô chevrier, le murmure que module cé pin près des fontaines. »
Et dans une de ses plus belles Harmonies, celle qui
\ . Théoc., Idyll. I , v. \ et 2.
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a pour titre , Pensée des Morts , le second poète a dit :
« Quand le pin rend ses accords. »
Effectivement, rien n’est mélodieux comme le frémissement mélancolique qui s’échappe de cet arbre, quand la brise passe à travers ses rameaux; rien n’est suave aussi comme le parfum qui s’en exhale alors. Qu’on se figure donc l’espèce de ravissement qui s’empare du voyageur, lorsque, dans une île située sous un des plus heureux climats de la terre et éclairée d’une lumière si pure, il chemine au milieu de ces antiques forêts tout embaumées de senteurs sauvages et qui, mollement bercées par le vent, produisent par leur balancement musical ces longs soupirs et ces vagues murmures dont l’air frémit doucement.
Çà et là aussi s’élèvent quelques sapins et ces hauts cyprès de l’Orient qui rivalisent avec nos peupliers de France pour la hardiesse de leur taille élancée.
Dans d’autres endroits, des fourrés de chênes-verts forment des espèces de maquis presque impénétrables. Us sont mêlés d’arbousiers, de lentisques et de myrtes qui s’entrelacent et confondent leur verdure, leurs fleurs et leurs baies odorantes. Ces arbustes abondent dans tous les lieux que la culture n’a point encore envahis ou qu’elle a abandonnés.
Des différentes chaînes de montagnes de file descendent à la mer, à droite et à gauche, c’esl-ànlire à l’E. et à l’O., des cours d’eau assez nombreux qui sont presque tous à sec en été ou du moins qui ne sont plus alors que de simples ruisseaux. Bien que les ha-
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bitants les désignent tous par la dénomination de TiOTay.ol ou de fleuves, cependant aucun d’eux ne pourrait porter la moindre nacelle : ce ne sont, à proprement parler, que des torrents qui naissent avec les pluies d’hiver et meurent avec elles. Les uns se sont creusé des lits très-profonds et coulent entre des murs de rochers presque verticaux et qu’on croirait taillés par la main de l’homme; d’autres se répandent en de vastes lits sablonneux, larges et peu profonds; ceux-ci se précipitent en cascades multipliées, bondissent de roc en roc, roulent et entraînent tout sur leur passage; ceux-là semblent glisser sur des pentes plus douces et descendent moins impétueusement vers la mer.
Quelques-uns de ces torrents sont bordés d’arbres qui marient ensemble leurs rameaux et qui s’élèvent comme par étages sur leurs berges inclinées. Souvent des vignes sauvages et des lianes grimpantes courent en guirlandes d’un arbre à l’autre ou les enserrent étroitement jusqu’au faîte de leurs tiges, du haut desquelles elles retombent en festons verdoyants.
Mais la bordure la plus habituelle de tous les torrents de l’île consiste en touffes gigantesques de lauriersroses qui croissent le long de leurs rives et même au milieu de leur lit, comme de petites îles ou comme de fraîches corbeilles de verdure et de fleurs surnageant au-dessus des eaux. Ces magnifiques lauriers offrent un coup d’œil ravissant, lorsque s’épanouissent leurs belles roses qui, sans exhaler aucun parfum, charment du moins longtemps les yeux par le vif éclat de leurs * brillantes couleurs.
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A cet arbuste s’en mêlent d’ordinaire deux autres, le myrte aux baies parfumées et l’agnus-castus qui laisse pendre en molle chevelure ses fleurs blanches et bleues. Cet ornement est du reste celui qu’on retrouve sur les bords de presque tous les torrents de la Grèce et de la plupart des îles de l’Archipel ; mais il n’en est aucune où il soit aussi commun que dans celle de Rhodes.