PRÉSIDENCE MILITAIRE
Elle réunit sous sa direction le personnel et le matériel, le commandement supérieur, les fortifications, l’école militaire et le recrutement, par la conscription, comme en France. Les officiers sont indistinctement choisis dans toutes les classes sociales et, ainsi que chez nous, doivent leur avancement partie au choix, partie à l’ancienneté. Beaucoup d’usages français se conservent chez les militaires, et l’on doit louer l’humanité présidant aux punitions de^ soldats; douceur qui contraste heureusement avec la sévérité de plusieurs états voisins.
Les forces actives sont si peu importantes qu’il est presque inutile de s’en occuper ; elles ne dépassent pas un effectif de 1,200 hommes, parmi lesquels il faut compter 270 dragons à pied et à cheval, répartis en 2 compagnies et 33 brigades; véritables gendarmes employés à la sûreté des routes et au service de la police. Le reste se compose d’un bataillon de ligne de 5oo hommes, de
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hallebardiers pour la garde du palais ducal, d’une compagnie sédentaire de vétérans, d’invalides, de quelques canonniers et d’une soixantaine d’élèves du collège militaire institué à Parme.
L’usufruit du duché de Parme étant garanti à l’archiduchesse par les quatre grandes puissances et spécialement par l’Autriche, qui, en cas de besoin, mettrait ses troupes à la disposition de la souveraine, ces conventions diplomatiques ont permis une sage économie et la réduction de la force armée au strict nécessaire; savoir aux quatre petites garnisons de Parme, de Plaisance, des forts et châteaux de Bardi et Compiano, et à ce qu’exige la sûreté intérieure.
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Leur président a pour spéciales attributions le soin de la rentrée des recettes, de leurs modifications, des dépenses; et sa direction s’étend sur le trésor, la dette publique, la chambre des comptes, le cadastre, le patrimoine et le domaine de l'Etat, les contributions directes et indirectes comprenant
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le timbre, l’enregistrement, les hypothèques, les postes aux lettres et aux chevaux, les douanes, toutes les administrations productives, et nous donnerons tout à l’heure un aperçu des charges et des ressources du gouvernement. Sans doute on n’y verra pas figurer les milliards que présentent Jes budgets de la France et de l’Angleterre ; mais, quelque minime que soit le budget des trois duchés, s’il donne des preuves d’une bonne administration, si les vieilles dettes de l’Etat sont remboursées au fur et à mesure des possibilités, si plusieurs impôts ont été diminués ou même abolis sans nuire à l’exact payement des dépenses, il méritera l’attention du lecteur. Le spectacle du bien, quoique donné sur un petit théâtre, est toujours digne d’intérêt. Qui produisit ce bien pendant le cours d’un long ministère? M. le baron Mistrali. Après avoir montré la rectitude de son jugement en coopérant
la rédaction des nouveaux codes, il l’appliqua aux finances, aidé aussi des traditions françaises acquises en diverses fonctions qu’il remplit sous l’empire. Il a bien voulu nous fournir tant de précieux documents, que c’est pour nous un devoir de reconnaissance d’en faire un juste et véridique éloge.
Prenons pour point de départ la fin du dernier siècle} alors les revenus montèrent à peine à trois millions dont la moitié était fournie par la ferme
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des douanes, du sel et du tabac, et l’autre par les impôts, droits et revenus du domaine non compris dans le bail des fermiers. Mais ce revenu était loin de suffire aux besoins de l’Etat, aux prodigalités de la cour, et la France et l’Espagne comblaieut le déficit annuel, en faveur d’un prince de la famille des Bourbons. Aujourd’hui, grâce à un meilleur ordre administratif, à une comptabilité régulière et à la richesse du pays notablement augmentée par une excellente culture, les facultés financières de l’Etat ont doublé et les dépenses sont moindres que les recettes. Deux causes ont surtout contribué à cette réduction des débets : d’abord la noble résolution prise par la souveraine de diminuer sa liste civile, montant à ît,o53,ooo fr., et n’étant plus en 1840 que de i,5oo,ooo; secondement , l’amélioration qu’a éprouvée la dette publique descendue, à la même époque, du primitif capital de 12,000,000 à celui de 7,600,000} depuis i83o, son rachat avait été de plus d'un tiers.
C’est le boni, s’élevant déjà en iS35 à 814,079 fr., qui permit d’abolir le décime dont étaient chargées les contributions indirectes. Ce retour au chiffre normal porte principalement sur le tabac, la poudre à tirer, les cartes, les ports de lettres, le sceau extraordinaire, les taxes du contrôle, de la chancellerie et des hypothèques, la garantie de l’or et de l’argent, les boissons, les licen-
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ces pour la vente des liqueurs, les extraits des archives, les passeports, les permis de chasse et les péages des ponts de l’Enza , du Taro et de la Trebbia. On opéra aussi la suppression des droits perçus, au prolit du trésor, à Parme et à Plaisance, sur la vente des vins au détail, et sur leur diminution dans le reste du duché. Parme y gagna un soulagement de i58,ooo fr., et Plaisance de 108,000, et la campagne et Guastalla, précédemment moins chargés que ces deux villes, 49>5oo. Ce fut pour les deux principales cités du pays un profit , en moyenne, de 4 fr. par tête, et considérable pour les familles indigentes qui sont le plus obligées de recourir aux achats journaliers. Une autre taxe subsistait depuis longtemps, et on ne conçoit pas qu’elle eût été établie, même à une époque où l’on étudiait moins qu’on ne le fait aujourd’hui les principes de l’économie politique; c’était celle qui pesait sur l’exportation des cocons et portait le plus grand préjudice à la multiplication des mûriers et à la reproduction de la soie ; elle fut également abolie, et en traitant de l’agriculture nous ferons ressortir les curieux effets de cette abolition. L’entretien des digues du Pô et des torreuts, si coûteux pour le syndicat des riverains, éprouva aussi un soulagement, mais pas encore assez considérable; car il est telle propriété dont le revenu suffit à peine à payer sa quote-part de dé-
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pense. Cependant le gouvernement en prit la moitié à sa charge. Enfin, en i8/j5, les tarifs du transit et de la navigation sur le Pô, établis depuis trente ans, furent considérablement diminués (1).
En même temps qu’on diminuait le poids des impôts, on se livrait à d’importants travaux soit d’arts et d’embellissements, soit d’utilité publique, et les premiers furent presque tous accomplis par la liste civile; c’est à ceux-là que nous nous attacherons de préférence. Un théâtre, approprié aux usages modernes, s’éleva sur les dessins de l’architecte Bettoli; un nouveau palais, pour l’impératrice, moins vaste que l’ancien, mais plus élégant, remplaçait la vieille demeure des Farnèses, dès lors uniquement consacrée aux collections de tableaux et d’antiquités; on répara les jardins et la maison de plaisance de Colorno; la terre ducale de Sala, vendue à un spéculateur, fut rachetée par Marie-Louise, qui l'orna d’un casino et en fit don au domaine de la couronne, après que la mort eut frappé son fils; en sorte que ces biens reviendront au prince de Lucques, nu-propriétaire du duché; les sources hydro-sulfureuses de Tabiano, négligées au point d’ètre inaccessibles aux malades, furent acquises, pourvues d’un bâtiment, d’un chemin
(1) Cetexposédes réductions de droits provient des notes et renseignements communiqués à l’auteur par le président des finances.
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commode, et données à l’hospice de Borgo-Santo- Donnino par la souveraine, qui voulut y joindre une auberge construite et entretenue à ses frais pour soustraire ceux qui fréquenteraient ces eaux à l’exigence d’avides hôteliers. A ces générosités ajoutons les salles nouvelles de la bibliothèque ducale, celles du musée, des sommes accordées à l’agrandissement des collèges et des hôpitaux, et la centralisation des boucheries de Parme dans une construction spacieuse où se trouvent aussi l’abattoir et une glacière pour la conservation des viandes pendant l’été; c’est encore par la cassette particulière que la dépense fat acquittée (1).
Toutefois, les ouvrages que le trésor public exécuta sont d’une plus grande proportion et d’une plus générale utilité. Les voies de communication furent établies là où il était nécessaire, perfectionnées lorsqu’elles existaient déjà et parfaitement entretenues. La Trebbia, célèbre par la victoire qu’Annibal remporta sur les Romains et la bataille de trois jours que les Français et le général Mac- Donald soutinrent contre les Russes le 19 juin 1799, avait vu son vieux pont tomber en ruines; sa reconstruction fut ordonnée sur un plan de vingt-trois arches et un développement de
(1) Brièvement extrait de l'ouvrage de M. Jules Comte, intitulé : Parme et Marie Louite.
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quatre cent-soixante mètres; il en était de même pour l’Arda, dont le pont en brique devenait dangereux à force de vétusté; on le rebâtit en pierre. Des constructions plus considérables encore traversèrent la Nure et le Tidone; mais l’œuvre en ce genre qui les dépasse toutes, et une des plus remarquables de ritalie , est la longue file des arcs jetés sur le Taro, occupant une étendue de cinq cent soixante-cinq mètres; deux millions y furent employés. Dans la partie descriptive de ce volume, nous reviendrons sur tous ces ouvrages d’art , qui présentèrent de grandes difficultés d’exécution, ainsi que sur la magnifique route trace'e au milieu des Apennins et mettant en rapport direct le Parmesan avec le littoral méditerranéen et le beau golfe de la Spezzia; entreprise digne de l’antique Rome et que l’on peut presque comparer à celle qui rendit facile le passage du mont Cenis. Voilà ce que l’on peut exécuter avec une réduction d’impôts, de modestes ressources et une sage économie.
Après ces renseignements préliminaires sur les dégrèvements et l’emploi des finances, passons aux chiffres du budget et à son état présent. Pour terme de comparaison, nous allons présenter d’abord les recettes de i834, année qui précède les réductions faites au profit des contribuables ; secondement, sur deux colonnes, les encaisse-
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ments et les sorties de i83o et 1840, et enfin la situation officielle de i845, que nous devons encore à la complaisance de l’administration , ainsi qu’un état des recettes croissantes des contributions indirectes depuis 1 8 3 6 , époque où expira leur fermage mixte (l), et où le trésot' perçût la totalité du produit.