ET CONSEIL DES CONFÉRENCES
En outre de ces diverses présidences, il existe un conseil d’état indépendant des autres pouvoirs et chargé de décider en dernier ressort sur tous les points litigieux et administratifs ; il donne aussi, comme en France, son avis sur les affaires et projets d’ordonnances que lui soumet le souverain. Son chef a rang immédiatement après les présidents à portefeuille ou ministres ; mais le corps placé au-dessus de tous les autres est celui du con-
seil des conférences extraordinaires, et ii ne se rassemble que peu de fois chaque année pour discuter le budget, les comptes ou les mesures d’état de grande importance.
Telle est l’organisation générale du duché ; et en somme on peut dire qu’en principe et en fait, le gouvernement parmesan est un absolutisme paternel, guidé par les idées et les traditions que l’administration française lui a transmises.
Les Etats de Parme offrent trois sortes d’établissements pour l’instruction de divers degrés ; ceux qu’entretient le gouvernement et ceux que soutiennent soit les communes, soit des associations particulières. Nous allons tâcher de les faire connaître aussi exactement que possible.
Ce sont les communes qui subventionnent les écoles primaires, et c’est decetteobligation qu’elles prennent le nom de communales. Dans la capitale, à Parme, elles ont été divisées en six quartiers ou centres différents, et chacun possède trois classes
appelées inférieures , moyennes et supérieures. L’année scolaire de 1 845 à 1846 présente, pour ces dix-huit classes réunies, un effectif de 465 élèves, ce qui est peu, en apparence, pour une ville de 40,000 habitants ; mais on va voir bientôt qu’il est d’autres établissements du même genre, qui leur servent de succursales volontaires ; dans les communaux on enseigne les notions fondamentales de la religion et de la morale, la lecture, l’écriture, les éléments de la langue italienne, de la géographie, de l’histoire et les principes de l’arithmétique; ces écoles sont établies dans toutes les communes des duchés, pour les garçons, gratuitement; et l’on y reçoit, sans distinction de fortune, tous les enfants qui veulent les suivre; nous essaierons, à la fin de ce chapitre, d’apprccier leur nombre.
Les écoles secondaires, à la charge de l’Etat, ont passé, depuis quelques années, pour celles de Parme et de Plaisance, sous la direction des Jésuites; on y étend l’instruction primaire jusqu’à la latinité, les belles-lettres et la rhétorique; mais elles ne sont ouvertes qu’aux sujets montrant assez d’intelligence et d’aptitude pour annoncer qu’ils pourront être guidés vers une profession honorable. L’admission entraîne une faible rétribution. A Parme, le nombre de ceux reçus dans cette dernière année s’élevait à 36o.
La capitale possède aussi une école de sourdsmuets soutenue par le trésor public et on va l’agrandir pour y recevoir les deux sexes. En se basant sur le plus nouveau recensement de ces infortunés existant dans le pays, elle devra en loger et instruire 3oo. Ce nombre nous paraît extraordinaire, et nous ne croyons pas qu’en France aucun département, d’une population égale à celle des Etats Parinésans, en présente un aussi considérable.
Le philanthropique établissement de la salle d’asile pour l’enfance fut érigé en i84i par une société de 5oo citoyens qui contribuent encore à son entretien. L’archiduchesse Marie-Louise lui a fait l’abandon d’un local parfaitement approprié à sa destination, et, en octobre t846, il contenait 3oo enfants qu’on y admet à deux ans et demi ; renvoyés à huit et classés selon leur âge, ils reçoivent une instruction élémentaire proportionnelle au développement de leur intelligence plus ou moins précoce. Nourris, pendant le jour, par la charité des fondateurs, ils sont rendus le soir à leurs parents. Des femmes célibataires, dévouées à ce pénible et digne emploi, les surveillent seules et les instruisent.
Frappée de l’abandon où les jeunes élèves de la salle d’asile étaient laissés lorsqu’ils en sortaient et avant que leur caractère et leurs habitudes eussent
été assez longtemps dirigés vers le bien et l’amour du travail, une autre réunion d’hommes charitables de la capitale, comptant 600 associés, voulut continuer l’œuvre précédente, en ne rendant à euxmêmes qu’à l’âge de dix-huit ans, les jeunes gens que l’asile de l’enfance renvoyait à huit. Sur le projet et les plans du révérend Pouzetli et de son collègue le père Borlenghi, tous deux appartenant à l’ordre des Bénédictins, une maison, dite de la Providence, a été ouverte à Parme en i 844* Cette institution, une des plus ingénieuses et des plus utiles que l’on puisse concevoir en ce genre, est déjà et sera, surtout dans l’avenir, une espèce de bazar industriel, d’école des arts et métiers, d’où sortiront des ouvriers probes et habiles, car la religion, la morale et l’enseignement y marchent de front. Des boutiques de toutes sortes y sont cédées gratis à des chefs d’ateliers de la ville, choisis parmi les plus dignes d’apporter leur concours à cette œuvre méritoire, et qui, transportant à ce centre commun leur industrie, instruisent dans toutes les professions ces jeunes enfants; ils les prennent d'abord pour aides et ensuite pour ouvriers recevant un léger salaire destiné à former une masse qu’on devra leur remettre, lorsqu’à dix-huit ans, ils quitteront cette Providence, dotés d’une utile profession. De même que dans la salle d’asile, ils sont nourris pendant la
journée et retournent le soir au logis paternel; mais ce qui rapproche cet établissement de ceux d’instruction secondaire, c’est qu’en même temps qu’on applique la plupart des élèves aux travaux industriels, l’éducation commencée dans l’asile continue et s’étend, selon la spécialité d’art ou de métier pour lequel les sujets ont le plus d’aptitnde. Le dessin linéaire et ornemental, la levée des plans et par conséquent les éléments de géométrie, l’architecture, et même la musique vocale et instrumentale y sont gratuitement enseignés par des professeurs qui font aussi à cette jeune et pauvre génération l’aumône, si l’on peut s’exprimer ainsi, de leur temps et de leurs leçons. Après dix-huit mois à peine d’existence, déjà cette belle institution offre un magasin d’objets divers fabriqués par les élèves et constatant leurs progrès. La douceur, la persuasion sont les moyens qu’on emploie pour les diriger, les exciter au travail, et rareme t il faut recourir à la rigueur. On voit, par ce rapide exposé, que l’enfant recueilli presqu’au sortir du berceau se trouve soutenu, guidé, instruit par ces deux établissements, l’un de l’autre complémentaires, jusqu’à l’âge où, devenu adulte, il doit entrer dans le monde pourvu de moyens d’existence, et de plus avec des sentiments moraux et religieux. Ce n’est donc pas sans raison que cette œuvre sainte et généreuse s’appelle la Providence.
L'institution des Luigines peut être considérée comme correspondant, pour les jeunes fillesj à celle que nous venons de faire connaître. Elle reçoit de petites élèves que leur âge ne permet pas d’admettre dans l’asile des enfants. Fondée, en 1775, sous l’invocation de santo Luigi -di-Gonzaga, par la pieuse liosaOzzi qui prit chez elle six jeunes filles, plus tard, cette maison de charitable enseignement obtint une heureuse extension. Le père Porta, de l’ordre des prédicateurs, et la marquise Dorotea Vidoni développèrent l’œuvre en la rendant complète et en disséminant des écoles dans la ville. Aujourd’hui lesLuiginesont trente-quatre élèves et donnent des leçons à quatre cents externes.
Dans un ordre supérieur vient ensuite l’établissement des Vieenzines (i), datant de il
est dû «à l’abbé Peroni, et son premier but était de recueillir les pauvres filles honnêtes et de leur donner quelque instruction; mais peu à peu ce lieu de refuge est devenu un pensionnat par la protection de Mgr Loschi, évêque de Parme. Les élèves y sont reçues de douze à dix-sept ans, et la plupart appartiennent à la classe bourgeoise; cependant on en compte aussi quelques-unes de nobles familles. Pour une modique rétribution
(1) Elles ont pris le nom de leur patron, saint Vincent de Paul , en italien Fincenzo.
de 3o francs par mois, elles reçoivent une bonne éducation, comprenant même l’étude des arts et des langues étrangères. Une fois admises dans l’établissement, si elles en sortent, on ne leur permet plus d’y rentrer. Maintenant les vicenzines comptent trente pensionnaires dont deux sont entretenues par l’Etat, une par la souveraine, dix par la confrérie de la Trinité composée d’ecclésiastiques et de citadins, neuf par l’association de Santo-Philippo-di-Neri, et huit parleurs parents. Une congrégation de six membres, divisée en prêtres et en laïques et que préside un chanoine de la cathédrale, dirige ce pensionnat, mais les maîtresses sont toutes séculières et non mariées.
Dans un rang plus élevé encore, on trouve enfin le couvent du Sacré-Cœur, soutenu aux frais du gouvernement. Dans un voyage fait en Piémont, l’archiduchesse, ayant visité à Turin la maison de cet ordre, résolut d’en fonder une analogue à Parme; s’étant adressée à la supérieure générale, elle en obtint les daines destinées à gouverner celle nouvelle pension à laquelle elle affecta l'ancien couvent de Saint-Paul. Le Sacré-Cœur de Parme est devenu la maison d’éducation de la classe élevée, de l’aristocratie. Les nobles demoiselles y reçoivent une complète instruction, embrassant tout ce que doit savoir une jeune personne destinée à tenir une place distinguée dans le monde; mais quelques
parents se plaignent que cette éducation est trop française, et que les élèves connaissent mieux notre langue, notre littérature et notre histoire que celles de leur patrie. Ce n’est pas nous qui nous associerons à ces plaintes; et nous voyons avec hou-, heur la pacifique influence que notre civilisation acquiert en Europe. Les pensionnaires étaient en 1846 au nombre de cinquante-deux et plusieurs instruites et entretenues sur la cassette de Marie- Louise. » .
C’est encore cette souveraine qui établit, en 1818, le college militaire servant pour le sexe masculin de transition entre les deux degrés de la première instruction et la supérieure. Ainsi que son nom l’indique, il fut d’abord uniquement consacré aux enfants d’officiers et de soldats, et portait le titre d’école du régiment; mais en i833 les admissions furent moins restreintes, et l’on reçoit maintenant les fils des autres citoyens dès l’âge de six ans pour continuer leurs études jusqu’à dixhuit. L’éducation qu’on leur donne comprend tous les degrés, depuis les éléments de lecture et d’écriture, et se termine par la connaissance de l’histoire et les principales notions des sciences et des arts utiles. Les élèves sont admis soit gratuitement, soit comme pensionnaires. Les premiers, enfants de militaires, doivent, à leur sortie de l’école, servir pendant cinq années dans la troupe de
l’Etat ; le grade qu’ils y obtiennent est en raison de leur conduite et de leur capacité ; ces boursiers sont au nombre de trente. Les cent cinquante pensionnaires, fils d’employés du gouvernement ou de bourgeois ne payant qu’une faible rétribution de 75 centimes par jour, soit annuellement 270 francs, et obtenant, à ce prix, logement, nourriture et instruction, font, comme on le pense bien, rejaillir sur le trésor public une forte partie de la dépense. Marie-Louise paye, sur sa liste civile, l’entretien de vingt élèves. Les résultats de la bonne discipline de ce collège et de l’éducation qu’on y reçoit sont tels, qu’un grand nombre d’excellents employés et d’officiers en proviennent.
Celui de Marie-Louise, sous l’égide aussi du gouvernement et en recevant des secours , était jadis uniquement destiné à la noblesse et eut pour fondateur, en 1681, le duc RanucioFarnèse; dirigé par les jésuites, il jouit longtemps en Italie d’une réputation que lui méritèrent les sujets distingués qui en sortirent. Parme possédait encore, depuis i5o3, un autre collège appelé Lalatta, du nom de l’homme de bien et ami des lettres qui l’érigea; mais, dès la fin du dernier siècle, l’un et l’autre étaient tombés en décadence, au grand regret des riches familles du pays. L’archiduchesse les fondit en un seul ouvert à toutes les classes de citoyens.
Aujourd’hui florissant, il est confié à la direction des pères barnabites, et les études y sont conduites jusqu’à la philosophie. On y comptait, en 1 846, une centaine d’élèves; savoir quarante boursiers, dont huit étaient entretenus par la bienfaisance ducale, vingt-quatre aux dépens de l’Etat, deux par la commune de Parme, deux par celle de Plaisance, un par la ville de Guastalla et trois sur les revenus de l’ancien collège Lalatta.