‹ Voyage dans l'Italie méridionaleChapitre 26 sur 80 · FILLES · texte numérisé non relu

FILLES

, Ecoles.

Ecoliers.

Ecoles.

Écolières.

Ecoles communales. .

Etablissements publics d’instruction secondaire.

Ecoles particulières. .

Total

Total des écoles , 575 ; des écoliers des deux sexes , 9,706.

Par ces divers tableaux on a vu combien l'instruction publique et particulière languissait encore, en 1 835, dans les Etats Parmesans, en comparaison de celle des pays voisins dont les pre-

(*) Elles sont établies dans les couvents , les établissements publics et des maisons particulières,

miers volumes de cet ouvrage ont présenté la statistique. Mais l’élémentaire surtout répondait mal aux besoins des populations; car le rapport du nombre des enfants fréquentant les écoles primaires, à cette époque, était seulement, à celui

des habitants, comme i est à 48* Ün semblable » •

résultat prouve à quel point les parents négligeaient l’éducation de leur famille. Un tel fait devait d’autant plus surprendre que si on portait ses regards sur l’autre rive du Pô, on voyait que dansleroyaumeLombard-Vénitien, appartenant à l’Autriche, celte instruction était florissante, puisque les élèves la recevaient proportionnellement à la population comme 1 est à il 1/2. A l’époque où remontent ces tableaux, le quart des communes manquait d’écoles pour les garçons ; quant à celles communales élémentaires pour les filles, il n’en existait nulle part; il fallait donc recourir aux particulières, et alors le salaire des institutrices dépassait les facultés des parents, ou servait de prétexte à leur mauvaise volonté} mais disons qu’actuellemenl, et grâce au gouvernement, aux administrations et au zèle éclairé d’honorables citoyens, l’impulsion est donnée ainsi que le montre le commencement de ce chapitre. Les écoles de charité se multiplient et les moyens d’instruction supérieure sont surtout remarquables.

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Si l’instruction n’a pas encore obtenu toute l’extension qu’elle peut acquérir, il n’en est pas de même des secours accordés aux infirmités, aux misères corporelles. Excités par un noble sentiment de philanthropie, le gouvernement et la charité chrétienne ont fondé de nombreux hospices et hôpitaux pour les malades, les vieillards, les enfants abandonnés, les femmes enceintes, etc., et nous allons faire mention des plus remarquables.

Fondé au commencement du treizième siècle et successivement agrandi par des legs pieux et principalement par les bienfaits de Gerardo de Ferrara, patrice de Parme, mort en i548, le grand hôpital, à la fois civil et militaire, réunit aussi, dans un local séparé quoique communiquant avec lui, le service et l’administration des aliénés. Il est tenu et dirigé, pour les soins donnés aux malades, par des sœurs fr^hçaises de Saint-Vincent-de- Paul; du moins c’est le plus grand nombre, bien

que plusieurs soient Génoises, mais soumises à la supérieure venue de France (1).

Quatre vastes salles hautes, bien aérées et d’une parfaite blancheur reçoivent les lits des malades qui, ainsi que tout l’établissement, sont d’une extrême propreté. On voit que la main féminine s’est chargée 4e l'entretenir.

Le mouvement général d’entrée pour le civil a été en 1 844 3,382 (2), pour les militaires de 33i , et

pour les aliénés de 291 venus des trois duchés- Le mois le plus chargé a été celui de juin, qui a présenté un mouvement de 4% malades civils et militaires. Les aliénés, au nombre de ioo, jqot également augmenté à la même époque, et décembre au contraire a offert le moins d’entrée; savoir au civil et au militaire 399,. et pour les aliénés g3. La pclagra, dont nous nous occuperons lorsque nous en serons à la description de l’hospice de? fo.ms

(1) Longtemps, en Italie, ou ne voulut faire soigner Ie6 malades que par des hpmmes; mais on s’empresse .maintenant d’appeler, dans les hôpitaux et les établissements de charité, des sœurs do notre nation. Nous citons ce fait avec orgueil et bonheur.

(2) Il semble, an premier aspect, que ce nombre de 3,382 entrées à l'hôpital civil est énorme pour une ville de 40,000 âmes , puisqu’il donne une réception par douze habitants ; mais l’étonnement cesse lorsqu’on pense que cet établissement est, eu grande partie , le refuge de toutes les infirmitésphysiques et morales et des naissances illégitimes, non-seulemeiiroela banlieue de Parme, mais souvent encore des pays limitrophes.

à Reggio, s'introduit tellement dans le duché de Parme que souvent un tiers des réceptions est dû à cette cruelle maladie cutanée excitant à la folie ; et c'est ce qui explique pourquoi la partie du grand hôpital, destinée aux aliénés, est si peuplée. En octobre 1 845, une petite tille de onze ans, atteinte de cette pelagra, donnait déjà des signes d'aliéna-r lion mentale et de dispositions au suicide. L’instruction médicale et chirurgicale a lieu presque entièrement à l’hôpital, contenant à cet effet des salles et un amphithéâtre, et il faut visiter le beau cabinet du chirurgien eq chef, M. Rossi, où se trouve la plus complète collection d’instrument^ de chirurgie ; triste et noble preuve, à la Ibis, des infirmités, des accidents auxquels l’espèce humaine est sujette, et de l’admirable esprit d’invention que Dieu lui départit.

L’hospice des aliènes est central pour tous le$ fous des duchés de Parme, de Plaisance et de Guastalla ; ses constructions, agrandies depuis quelque temps, et auxquelles on travaillait encore quand nous l’avons visité, ne devaient contenir qu’un nombre de malades fixé à 90 ; cependant on en reçoit, année commune, 260, et ces réceptions sont forcées; car à mesure que la pdagi a éteud ses ra-r vages , les aliénations deviennent plus fréquentes. Les bâtiments sont disposés de manière à contenir des emplacements séparée pour les deux sexes, le*

différents genres et les divers degrés de folie. On n’y suit donc pas la méthode du docteur Galloni, de lleggio, qui consiste :'i mettre souvent ensemble des manies contraires et dont il obtient de bons effets. A Parme, il nous a paru que le traitement des aliénés était semblable à celui qu’on leur applique dans la plupart des autres hospices ayant la même destination.

Jadis mal construit et plus mal situé, contre toutes les règles hygiéniques, l'hospice des incurables est maintenant établi à l’entrée de la ville, dans un local vaste, bien aéré et pourvu de salles distinctes pour les hommes et les femmes. Il paraît qu’aulrefois il n’en était pas ainsi dans l'ancien hospice. Comme l’indique son nom, on y recueille des indigents en proie il des maladies rebelles au traitement médical; leur nombre est fixé à 16 et partagé par moitié pour chaque sexe. Ce qui distingue cet établissement qui reçoit aussi d’autres incurables moyennant une modique pension, ce sont des cellules qui, sans être fermées, permettent aux malades de rester isolés et aux chefs d'exercer néanmoins une constante surveillance.

A l’hospice où l’on reçoit les enfants illégitimes ou abandonnés, ilsy demeurent le temps nécessaire pour être vaccinés; ensuite on les envoie en nourrice chez des femmes reconnues de bonne constitution par les autorités des différentes communes

rurales. On admet aussi, avec l’approbation du gouverneur, les enfants légitimes dont les mères sont incapables d’allaiter et 11e peuvent absolument subvenir aux dépenses qu’exigent les nouveau-nés ; mais aussitôt que l’allaitement est terminé ils sont rendus à leur famille. En donnant l’enfant à la nourrice, on inscrit sur un registre son nom, le lieu de son domicile, le nombre des pièces composant le trousseau , et un extrait de ce registre lui est remis pour qu’elle puisse obtenir le payement fixé jusqu’à la douzième année du nourrisson ; ce payement 11e se fait jamais sans la présentation d’un certificat du maire ou de son adjoint, constatant que la nourrice a rempli tous ses devoirs envers l’enfant confié à ses soins.

Le nombre des enfants trouvés déposés à l’hospice monte, année commune, à quatre cent trente ; mais un tiers seulement échappe à la mort, car presque tous apportent en naissant des maladies que leur ont transmises les parents. A partir de 1814, époque où la guerre ne décime plus les populations, les enfants reçus à cet hospice se sont augmentés quelquefois, sur les moyennes du temps de l’administration française, de deux cent soixante à quatre cent cinquante et même davantage; mais la durée de la paix ne peut donner une raison suffisante de cet excessif accroissement, et il est probable qu’il provient en

grande partie des apports des Etats voisins, principalement de Modène et surtout de Ileggio qui n’est qu’à trois myriamètres de Parme. En France, les villes considérables de l’intérieur et celles situées près des frontières subissent le même inconvénient, les unes par le fuit des départements qui les environnent et les autres par celui des pays étrangers et limitrophes.

Les enfants âgés de moins de douze ans et confiés aux nourrices montait dernièrement à mille sept cent soixante ; passée la douzième année, on ne les admet plus à l’hospice ; mais si on les y conduit avant l'expiration de ce terme , ils sont reçus et placés , les garçons à l’hospice des arts, et les filles à celui des exposés. Il en résulte que le nombre à recueillir des uns et des autres est toujours indéterminé, souvent fort onéreux à ces établissements et qu’il doit déranger leurs prévisions financières. On y enseigne aux jeunes filles la lecture, l’écriture, les devoirs reli-r gieux, ainsi que tous les travaux de la couture, de la cuisine et du ménage. Un tiers du produit de leur travail leur appartient, le reste est pour l'administration. Beaucoup d'entre elles quittent l’hospice et se mettent au service d’honnêtes familles de la ville ou de la campagne; d’autres se marient et quelques-unes sont reconnues par les auteurs de leurs jours et légitimées. A celles qui trouvent à se

marier, on fournit une dot ; mais Une fois qu'elles sont sorties est que la douzième année est révolue, les réglements leur interdisent unenouvelle admission. Cet asile accueille aussi les tilles légitimes abandonnées ou dont les parents sont dans la misère; toutefois on ne les reçoit pas avant luge de sept ans ni au dessus de dix. Le nombre moyen de celles ainsi admises chaque année est de deux cent quatre-vingts. On ne saurait donner trop d’éloges à cette chrétienne et morale charité qui sauve peut-être ces jeunes personnes des désordres et des vices qu’une extrême pauvreté entraîne souvent avec elle. On ne les renvoie point de l’hospice, à quelque âge qu’elles parviennent, et plusieurs y passent leur vie; leur nourriture est des plus frugales et en apparence trop restreinte; leur santé, néanmoins, ne parait pas en souffrir. On les occupe à divers travaux, et ce qu’elles gagnent sert à les vêtir ; car on ne leur donne point d’uniforme.

On a conservé le tour, et chacun peut, sans obs?tacle, y déposer un nouveau-né; mais les parents légitimes qui usent de cette faculté sont condamnés à deux ans de prison, lorsque ce délit peut être prouvé. Celte disposition devrait être spécialement introduite dans nos lois, non-seulement pour diminuer les dépenses des départements , mais (mur punir un tel oubli des devoirs de la paternité. 11

est vrai que ndtre code inflige des peines sévères contre la suppression d’état et qu’on laisse inappliquées dans le cas dont il s’agit; cependant on voit fréquemment, en France, des parents venir reconnaître et réclamer des enfants de douze et quatorze ans, qu’ils ont fait élever et instruire par la charité départementale.

La famille de l’établissement, comme on l’appelle en Italie, et cet usage a quelque chose de paternel et d’affectueux, se compose en moyenne de

880 garçons à la campagne.

100 à l’école des arls et métiers.

270 filles dans la maison.

690 à la campagne.

Total. . . 1,940

L’hospice des mendiantes ou filles pauvres élève et instruit celles devenues orphelines et dont les familles étaient dans l’indigence. Pour être reçues, elles doivent avoir ni moins de sept ans, ni plus de dix ans, et fournir un trousseau et un vêtement qui leur sert les jours de promenade et qu’elles obtiennent presque toujours de charitables contributions. On les instruit dans les devoirs religieux, dans tous les travaux auxquels les femmes se livrent, y compris la lecture et l’écriture, et on leur accorde une part sur le produit de leur ouvrage. Le nombre des admissions est fixé à cinquante-six, et

HOPITAUX, HOSPICKS. g3

de plus on peut recevoir six pensionnaires. Dans l’établissement même, il existe un lieu séparé, établi par décret souverain, servant à une école gratuite de chant pour les femmes ; toutes les élèves de l'hospice peuvent y prendre des leçons, ainsi que les jeunes fdles de la ville dont les belles voix et l’aptitude pour la musique font naître des espérances de réussite; mais ces externes ne sont admises que par autorisation du gouvernement, car les dépenses de l’enseignement sont toutes à la charge de l’État. Trois jours de la semaine les leçons appartiennent aux internes et les trois autres sont consacrés aux externes; mais celles-ci ne partagent point l’élude du piano réservée aux élèves de la maison. On a déjà vu sortir de cette espèce de conservatoire musical des sujets distingués, et les améliorations qu’il a reçues depuis quelque temps promettent encore de plus heureux résultats.

Dans l’hôpital civil, mais à part, est établi l’hospice des orphelines qui reçoit et élève les pauvres filles privées de père et de mère, depuis l’àge de sept jusqu’à celui de dix ans; leur éducation est la même que celles des autres admises ailleurs et elles doivent également être pourvues d’un trousseau et d’un vêtement uniforme ; leur nombre est de trente-six. On les occupe principalement au service du vestiaire et de la lingerie de l’hôpital,

g4 hôpitaux, hospices.

et, quant au produit des travaux, elles en ont aussi

une partie.

Il n’existe pour les enfants mâles qu’un seul asile, celui de l’hospice des arts; on les y garde jusqu’à l’âge de dix-huit ans;' ce sont ou des enfants exposés, qui ont accompli leur douzième année, ou des orphelins pauvres et nés de père et mère légitimes. On leur apprend à lire, à écrire, à calculer arithmétiquement et quelque métier, soit dans l’intérieur de la maison, soit à Parme auprès de maîtres habiles; du salaire qu’ils reçoivent un tiers leur appartient. Beaucoup de ces élèves travaillent dans une fabrique de draps établie près delà ville; d’autres entrent à la campagne au service d’honnêtes familles et l’on ne place ainsi que les moins intelligents. Année commune, cent quatre obtiennent ces secours et cette éducation.

Comme à l’hospice des mendiantes, on a établi dans celui-ci, et aux frais du trésor public, une école gratuite de chant pour les garçons, où l’on admet aussi, non-seulement les élèves de l’asile, mais encore les jeunes gens de la ville qui montrent d’heureuses dispositions ; on n’en reçoit que huit de ceux-ci, et douze, sortis de l’hospice, sont réservés au service de la chapelle ducale et à d’autres fonctions dépendantes du palais. Tous vivent dans un quartier séparé de l’établissement et leur

HOPITAUX, HOSPICES. g5

entretien est pareillement supporté par les financés de l’Etat; ils sont surveillés et instruits par un professeur qui leur enseigne les éléments de la littérature, la calligraphie, l’arithmétique et l’histoire. En ce qui concerne l’enseignement musical, il consiste surtout dans l’étude du chant, du piano et des instruments à cordes et à vent ; il paraît que la composition y est négligée.

L’hospice dé la Maternité, pourvu d’une école théorique et pratique d’accouchement, recueille les filles enceintes et leur nom reste un secret pour tous les employés de la maison, excepté pour le chef administrateur de l’établissement ; elles ne sont plus connues que par un numéro d’ordre qu’on leur assigne au moment de l’entrée à l’hôpital ; leur nombre n’est pas déterminé, et par année on en reçoit environ cent trois. L’enfant dont elles accouchent est envoyé aussitôt à la salle des nourrices, où il ne reste, comme à l’hospice des enfants exposés, que le temps nécessaire pour la vaccination et le traitement qu’elle exige. Quand la mère a fini ses couches, on la congédie, à moins qu’elle n’expriine le désir d’y rester en qualité de nourrice sédentaire, ce qui a lieu quelquefois; il peut arriver alors qu’elle allaite son propre enfant* mais pour dix jours seulement; car passé ce temps et, la vaccination terminée, tous les nourrissons doivent être envoyés à la campagne, où on ne les

gb HOPITAUX, HOSPICES.

confie qu'à des femmes mariées, saines et de bonnes mœurs.

Huit jeunes femmes élèves, à qui l’on donne une surveillante d'un âge mûr, sont attachées à l’école théorique et pratique d’accouchement; deux appartiennent à la ville et six viennent des diverses provinces du duché; elles suivent les leçons d’un professeur et d’un aide salariés par le gouvernement. Lorsqu’elles ont fini leurs études, dont le temps est ordinairement fixé à dix-huit mois, et subi les examens du conseil des médecins, on leur accorde la permission d’exercer dans les communes urbaines et rurales, en sorte que toutes les localités sont pourvues d’accoucheuses instruites. Les plus habiles obtiennent des récompenses, et parmi celles-ci deux sont pensionnées par la souveraine, quatre par l’Etat, et les deux autres par l’administration de l’hôpital qui les choisit entre les élèves sorties de l’hospice des orphelines.

A un autre hôpital de la maternité, distinct du précédent hospice, et où l’on traite les maladies des femmes accouchées, il existe un dépôt de vaccine et une clinique pour les étudiants en médecine et en chirurgie. Outre la direction de cette école de clinique, le professeur a aussi l’inspection des salles renfermant les nouveau-nés, et doit s’assurer de la bonne santé des nourrices et de leur aptitude à se charger des nourrissons.

Voici maintenant le tableau de la dépense moyenne, et par journée, pour les personnes admises dans ces établissements; il remonte à <838, et peut être utile, comme terme de comparaison, aux autres hôpitaux.

Hôpital

(civil

des incurables

des aliénés

des militaires. . . . «

ides ex Dosés! filles adultes

des exposes ^enfants exposés el légit>

des mendiantes

des orphelines

des Arts.

Hospice] de la maternité

filles enceintes. . . .

école d’accouchem*. .

salle des nourrices. .

Employés

en activité de service

en retraite et veuves d’employés. . .

Les revenus de ces établissements se composent de pensions intérieures que paient quelques malades et aliénés, de terres, maisons et boutiques, des intérêts de capitaux, de dons, de legs et de sommes annuellement accordées par le gouvernement. Ces revenus sont administrés par une commission spéciale que nomment les administrateurs des hospices et hôpitaux civils de Parme.

Il existe, pour remplir cette fonction, une administration générale divisée en trois sections; savoir le secrétariat, la comptabilité et la caisse ; les membres dont elle est formée se réunissent, une fois v. 7

par semaine, pour délibérer sur les diverses affaires confiées à leurs soins, telles que la conserva-tion des droits des hospices, les ventes, les achats, l'acceptation des legs, remploi des capitaux, les réparations à faire aux immeubles, la qualité desmédicaments, et sur les réceptions, dans les hospices, des admis dont le nombre est déterminé. Le président veille à l’exécution des réglements; il correspond avec le ministre et les autorités administratives, les économes sous ses ordres et les agents des biens ruraux ; il règle les dépenses fixées par le budget de l’année, ordonne les divers paiements et signe les mandats. La surveillance des registres et des bureaux, ainsi que la vérification de la caisse et des opérations du receveur, lui appartiennent également, et en général, réunissant la double fonction de pouvoir exécutif et d’inspecteur, il s’occupe de tout ce qui concerne l'administration.

Afin de ne pas fatiguer le lecteur de détails multipliés, nous ne ferons que citer, pour ainsi dire, les hôpitaux et hospices de Plaisance; car étant régis «à peu près comme le sont ceux de Parme, des répétitions seraient inutiles. Jadis fondés par dès corporations religieuses ou des personnes charitables, il y eut dans cette ville une trentaine d’établissements de ce genre ; mais mal tenus et comptant chacun, au détriment des pauvres, des frais considérables de personnel administratif. Pour ob-

HOPITAUX, HOSPICES. gg

vier à ces inconvénients, et le besoin de centralisation se faisant sentir, ils furent, en à peu

près réunis en on seul ou du moins soumis à une même inspection , au grand profit de l’art médical et des malades.

Un nouvel édifice fut construit pour le grand hôpital au moyen de la confusion des revenus des petits et des libéralités de bienfaiteurs. Agrandi' encore plusieurs fois et possédant un local à part destiné aux maladies contagieuses, il est maintenant confié, pour les soins à donner aux malades, aux sœurs de Saint-Vincent-de-Paul, et enrichi, depuis 1837, d’une bibliothèque médicale qu’il doit à la générosité des docteurs Montanari et Martelli. Le nombre moyen des malades est de 3oo.

L’hospice des exposées contient environ quatrevingts enfants du sexe féminin et en entretient en nourrice et à la campagne sept centSr

Celui des orphelins et des enfants trouvés, établi en i573, occupe aujourd’hui le monastère de Santo-Savino; le nombre moyen des enfants tenus à l’hospice est de soixante.

L’établissement des préservées, c’est-à-dire des jeunes filles que la misère pourrait exciter au vice, doit sa fondation, en 1667, au moine Onofrio Oroboni (1), aidé des bienfaits du duc Ranuce II. Cet

(1 ) Si nous avons eu toujours le so;n do nommer In* fondateur?,

hospice en entretient, en moyenne, soixante-dix.

Anna-Maria Gramigna, par son testament de l823, a institué un fonds de secours pour de pauvres infirmes et la distribution annuelle de 12 dots à de jeunes filles malheureuses et de bonne conduite.

L’œuvre pie du comte Nicolo Mandelli, qui, de "son vivant, lui avait coûté 280,000 livres et quj jouit maintenant d’un revenu assez considérable, est destinée aussi à secourir de jeunes filles et des veuves de l'âge de quinze à trente ans. Deux tiers de la somme annuellement disponible sont distribués à domicile, et le troisième est consacré à constituer des dois.

Le Refuge Cerati, établi par l’évêque de ce nom, reçoit et entretient de vieux ecclésiastiques pauvres et infirmes du diocèse de Plaisance. On choisit de préférence, pour l’admission, ceux qui ont montré le plus de talent et de zèle dans l’exercice de leur ministère. Le nombre des admis, n’étant point fixé, est variable et n’a de bornes que celles des revenus de l’hospice. Cependant on peut l’estimer moyennement à douze.

Si nous n’avons indiqué que brièvement la destination des hospices de Plaisance, à cause de leur

même les plus obscurs , de bonnes œuvres, c’est qu’on doit sans cesse honorer les bienfait1, urs de l’humanité et ne pas laisser périr leur mémoire.

similitude avec ceux de Panne, il n’en sera pas de même pour le Dépôt de mendicité établi à Santo- Donnino en 1808, par l'administration française et qui existe seul dans les trois duchés. Il est vaste, bien aéré et se compose de deux couvents supprimés, situés en face l’un de l’autre, séparés seulement par la rue qui fut l'antique voie Emilienne, et maintenant appropriés à leur emploi actuel. Chaque sexe occupe un de ces bâtiments et ne peut avoir de communication avec le dépôt voisin ; celui des hommes appartenait aux jésuites et le logement des femmes aux ursulines. Sur quatre cents reclus, les hommes fournissent un contingent d’environ deux cent soixante , et les femmes de ceut quarante ; tous, excepté les malades, sont astreints autravailet forcés d'apprendre un métier; ce sont ceux de cordonniers, de tailleurs, de tisserands, de menuisiers, de serruriers, qu’on leur enseigne le plus fréquemment, et l’on nous a assuré que, sous la domination impériale et lors du blocus continental, on les occupait aussi à la fabrication du bleu de pastel remplaçant l’indigo, et à la distillation du rhum, provenant de la fermentation des tiges sucrées du maïs. Quant aux femmes, on les applique aux ouvrages à l’aiguille, à la filature, à faire des bas et au blanchissage du linge des deux maisons.

Chaque jour , pendant deux heures, on ap-

prend, aux enfants détenus, à lire, à écrire et l’arithmétique; ils travaillent aussi pour les besoins de l'établissement et pour les commandes venant de l’extérieur. Le rendement des travaux se partage, proportionnellement à la production de chaque ouvrier, entre l'administration et les reclus; un quart leur est donné immédiatement, et l’autre est nais à la masse pour qu’ils le touchent à leur sortie; mais en cas de mort le Dépôt en hérite. Lorsqu’ils sont enfermés par jugement, ils ne peuvent être rendus à la liberté que lorsqu’une personne connue et de bonnes moeurs se rend leur caution; s’ils se conduisent bien et ont appris un état qui puisse les faire vivre, sans recourir encore à la mendicité et au vagabondage, ils n’ont pas besoin qu’on les cautionne pour être libérés. Ceux qui entrent au Dépôt par misère, et surtout les enfants, en sortent sur la demande de leurs familles. l£n général, le travail de ces détenus est satisfaisant lorsqu’ils ont • terminé leur apprentissage, et il règne même parmi

eux une certaine émulation. La fabrication des étoffes de lin et de coton est remarquable, et nous y avons vu des basins tissés avec une régularité parfaite.

Hommes et femmes coûtent, par jour et en moyenne , 55 centimes , nourriture et vêtements compris ; les vivres pour les adultes consistent en deux tiers de kilogramme de pain

HOPITAÜX, HOSPICES. I03

auxquels on ajoute un demi-litre de vin, deux soupes de riz, de pâtes ou de légumes; ils peuvent employer la partie disponible du salaire qu’on leur abandonne à seprocurerd’aiitres aliments, et mêtne obtenir gratis du pain blanc, en prévenant î\ l’avance; mais alors sa quantité est moindre, et se réduit à quatre cent dix grammes; les jours dé fêtes et les dimanches, les invalides oht chacun deux cents grammes de viande, et le bouillon qui en provient est pour le potage commun à tous les détenus. Quant aux malades, ils ne sont plus soumis au réglement alimentaire, et reçoivent les vivres que les médecins ordonnent. Il paraît que la nourriture est bonne et saine, surtout pour les enfants dont le teint florissant l’atteste, et, dans la belle saison, on porte pour eux les soins hygiéniques jusqu’à les conduire tous les jours à la promenade dans la campagne. Les adultes ne sortent point du Dépôt; mais c’est sur un préau, qu’enferment les bâtiments, qu’ilsfont de l’exercice. Comme On le voit par ces détails, cet établissement philanthropique et sagement administré est moins un lieu de retenue, de correction, qu’un refuge, où une charité prévoyante, en apprenant un métier aux mendiants, aux vagabonds et les pliant au travail, leur donne le moyen de se procurer une honnête existence. • . '

Telles sont les observations que nous avons re-

cueillies sur ces belles fondations charitables, et nous leur appliquons, sans crainte de nous tromper, 1’éloge que Howard faisait des hospices italiens, lorsqu’il écrivait ces remarquables paroles : « V Italie parait devoir offrir de grandes instructions pour U administration des hôpitaux ; il n’est pas de pays où les institutions de bienfaisance soient mieux dirigées et plus nombreuses. >< Ajoutons à cette louange méritée, que, depuis l’époque où ce philanthrope les visita, elles ont suivi les progrès de la science, et que d'importants perfectionnements y ont été opérés.

Les maisons pénitentiaires du Parmesan sont encore loin des améliorations que la théorie moderne et l’expérience réclament; toutefois le gouvernementfait poury arriver toutcequelui permet l’exiguité des moyensdontil peut disposer. M.Cerfberr, envoyé par le ministre de l’intérieur pour visiter les prisons italiennes, remarque, à ce sujet, combien la réforme des pénitenciers est difficile

PRISON CENTRALE DE PARME. Iû5

dans une contrée morcelée en plusieurs petits Etals; car il faut pour mille détenus des dépenses de constructions , d’arrangements intérieurs, de personnel administratif, de surveillance, presque aussi fortes que pour un nombre beaucoup plus considérable , et il désire que l'Italie fasse , pour les prisons, ce que l’Allemagne applique actuellement à ses douanes ; c’est-à-dire qu’elle centralise et élève à frais communs de vastes bâtiments de détention. Sans doute ce vœu est celui d’un philanthrope éclairé; mais quiconque a bien étudié le pays dans toutes ses parties voit combien l’exécution serait difficile. D’abord il faudrait commencer par formuler un code criminel obligatoire pour tous les contractants, et infliger une même peine aux mêmes crimes ou délits, afin de pouvoir classer les condamnés en catégories , ce qui est essentiel pour le régime moral d’une prison et sa bonne police. De plus les jalousies de souveraineté, et peut-être les rivalités municipales opposeraient, à ce que nous croyons, de graves obstacles à l’exécution de ce projet. M. Cerfberr appuyait son opinion, en i83g, sur la convention passée avec le roi de Sardaigne par le duché de Parme, afin qu’il reçût dans ses bagnes des condamnés parmesans, et nous basons la nôtre sur sa rupture, car elle n’a duré que quelques années. On a trouvé qu’il n’était pas de la dignité d’un Etat indépen-

dant d’envoyer, en payant pension, ses forçats aux galères de Gènes , et il n’y reste plus maintenant qu’un petit nombre de condamnés, qui, d’après les anciennes conventions , doivent y achever leur peine.

Cette prison centrale était une église et un couvent jadis dédiés à saint François et supprimés par l’administration française. On a tâché de l’arranger et de la distribuer aussi bien que possible pour sa destination ; mais on a reconnu les vices inhérents à sa première construction, et l’on doit en ériger une nouvelle ; en attendant, on élevait, en i845, celle des prévenus, selon le système cellulaire et nous nous en occuperons en terminant ce chapitre.

Dans le local actuel servant à tous les détenus, ils sont divisés en six catégories, selon la qualité des peines, savoir :

1° Les condamnés aux travaux publics.

2° — à la réclusion.

5° — & l’emprisonnement.

4° — en dépôt.

5° Les détenus par mesure de police.

6° — daus la maison de correction.

Ainsi les condamnés aux fers n’habitent pas avec ceux qui ne subissent que la peine de la réclusion, non plus que ceux-ci avec les emprisonnés pour fautes moins graves. Les prévenus sont aussi dans

un quartier à part. Jusqu’à l’âge de seize ans les détenus, quels que soient leurs crimes ou délits, n’ont aucune communication avec les adultes. Il est inutile de dire que les femmes ont un logement complètement séparé de celui des hommes ; mais elles ne sont point classées, et l’àge ne met encore aucune distinction entre elles.

On apprend aux hommes divers métiers, et la prison possède des ateliers de menuiserie, de charpente, de forge, de serrurerie, de cordonniers, de tailleurs, de faiseurs de bretelles et des machines à tisser le chanvre, la laine et le coton. Mais malheureusement le travail n’est pas continu, et il est subordonné aux commandes venant du dehors, qui souvent se font attendre. On a craint, en rendant ces travaux permanents, de nuire à ceux des ouvriers de la ville. Pour rendre constante l’occupation des détenus, on avait aussi proposé de leur attribuer la manufacture des draps pour les troupes et les fournitures des établissements publics; mais c’eût été en déshériter plusieurs hospices et des œuvres de charité qui appliquent aux mêmes travaux des enfants trouvés, des orphelins et des indigents, et l’on aurait laissé les uns dans l’inaction pour occuper les autres. Quant aux femmes, elles sont obligées de coudre et de filer au fuseau, attendu que celte espèce d’ouvrage ne manque jamais. Le travail est réglé de manière à profiler

à rétablissement et aux condamnés pendant la durée de leur détention, et de plus on leur apprend une profession utile, s’ils n’en ont point, ou à perfectionner celle que déjà ils possèdent. En général, ils s’y livrent avec ardeur, moins peut-être dans la prévision de l’avenir, que pour améliorer leur situation présente en disposant du faible salaire qu’on leur accorde.

Le système du couchage, nécessité actuellement par l’étendue insuffisante du local, est lout-à-fait vicieux, les détenus n’ayant pour deux qu'un lit composé d’une paillasse, de draps et de couvertures de laine. Le directeur cependant et ses employés assurent qu’il n’en résulte point ce qu’on en pourrait craindre; car on évite de mettre ensemble un jeune homme et un détenu d’un âge mûr, et l’on réunit le condamné à vie à un autre subissant une peine moins forte et moins longue. On pense que ce dernier est moins susceptible de se laisser influencer par le compagnon qu’on lui donne, et l’administration le croit d'autant plus, que les projets, soit de mutinerie soit d’évasion, lui sont ordinairement révélés par ceux dont la réclusion doit être courte ou qui est près d’expirer; ceux-ci ont intérêt à ne point risquer de la prolonger par leur silence ou la complicité (i).

(1) Si l'abus, si fatal aux moeurs, d’un seul lit pour deux durait

PRISON CENTRALE DE PARME. 10g

Une institution charitable, formée d’ecclésiastiques séculiers et de moines barnabites, s’occupe du moral des prisonniers; mais quelque respectables et utiles que soient leurs prédications et leurs soins, ils ne sont pas de tous les moments comme ceux de nos frères de Saint-Joseph qui habitent les prisons et consacrent toute leur vie aux condamnés; aussi, parmi les libérés parmesans, les récidives sont-elles fréquentes.

Ces détenus obtiennent une nourriture abondante et saine. La portion de pain pour les valides est de 656 grammes et se compose de deux tiers de blé et d’un tiers de fèves; pour les malades elle est réduite à 4*<> grammes, mais toute en fleur de froment. Nous avons goûté de ces deux qualités de pain qui sont bonnes et à un juste degré de cuisson, chose quelquefois négligée dans nos boulangeries affectées à des services publics; à celte ration, on ajoute n grammes 3g centigrammes de lard servant à faire le bouillon pour la soupe. Les jours maigres on les remplace par g grammes il centigrammes d’huile; ce potage contient i37 grammes de riz ou de pâtes d’Italie et le sel a le même poids que le lard. La ration de viande des malades, et seuls ils en obtiennent aux frais de

encore, en 184S, quand nous étions à Parme, cependant on s’oc* cupait de le faire cesser.

l’établissement, pèse 191 grammes 33 centigrammes, et leur soupe, le même poids que celle des autres détenus. Le vin qu’on leur accorde est d’un litre au maximum et diminue, s’il est nécessaire, selon les prescriptions du médecin. A ceux classés d’après la nature de la maladie, à moitié de nourriture, on peut donner deux œufs en remplacement des substances animales. Pour les hommes et les femmes, soit malades, soit en bonne santé, toutes ces doses d’aliments sont communes. Mais aux enfants de un à six ans on donne la moitié de la soupe et du pain, et de six à douze, 3/4 de pain et 2/3 de potage. S’il est question ici d’enfants d’un an à six, c’est que plusieurs prévenues ou condamnées accouchent dans la prison, et que par humanité on ne sépare pas les nouveau-nés de leurs mères.

Le vêtement est en été de toile grise de chanvre, et en hiver d’étoffe mêlée de laine. Dans cette saison, des calorifères chauffent les salles où se tiennent les détenus ; mais les dortoirs gardent sans inconvénient leur basse température; car à Parme le thermomètre descend rarement à 4 degrés audessous de zéro, et ce n’est pas une froidure préjudiciable à la santé.

La journée d’entretien pour tous les prisonniers bien portants des deux sexes est de 5o centimes, et de 1 franc pour les malades.

L'administration fait vendre du fromage, de la viande et du poisson salés, du saucisson, des fruits, etc. Ceux qui veulent de la soupe grasse, du bouillon, de la viande fraîche peuvent s’en procurer chez le concierge (î). Le vin e§t fourni par l’entrepreneur des vivres de la prison; il ne lui est pas ' permis d’en vendre plus d’un litre à chaque détenu, et la vente se fait en présence de l’économe et d’un surveillant. Les prisonniers n’ont jamais d’argent entre les mains. Le concierge dresse un état de ce qu’ils ont acheté et les détenus en donnent quittance; cet état, ainsi quittancé, est présenté à la caisse des dépôts par le concierge qui reçoit l’argent et paye les fournitures.

D’après M, Cerfberr, cette prison contenait, le 5 octobre i838, en inculpés et condamnés, huit cent trente-cinq détenus; et voici quelle était sa population sept ans plus tard, le i3 octobre i8/}5,: dernier jour où nous l’avons visitée :

(1) Nous ne pouvons nous empêcher de blâmer celte facutié qui , presque partout où elle existe, entraîne de graves abus. En France, on a été forcé d’interdire aux concierges des prisons d’avoir une cantine.

Inculpés : 131

Condamnés aux fers 262

— à la réclusion et à la prison 423

Détenus par mesure de police 35

Dans la maison de correction , par mesure administrative et dans un lot^il à part près de la prison. . 20

Total 873

Division par texet.

Uomm. Femm.

Inculpés 122 9

Condamnés aux fers 236 6 (1)

— h la réclusion 208 21

— à la prison 182 14

Détenus par mesure de police 27 8

Dans la maison de correction 11 9

Totaux 806 67

Total gésébal. . . 873

Il est quelques observations à faire sur ce tableau. Depuis 1 838 le nombre des détenus, soit inculpés, soit condamnés ou enfermés par mesure de police ou par correction de famille, ne s’est grossi, il est vrai, que de trente-huit, ce qui répond à peu près à l’accroissement de la population ; mais les causes des condamnations ne se sont pas maintenues proportionnellement ; les unes ont augmenté, d’autres diminué, et l’augmentation a principalement porté sur les condamnations aux fers, peines surtout

(1) Elles portent an anneau de fer au bas de la jambe.

PRISON CENTRALE DE PARME. il3

appliquées aux attaques contre les personnes et les propriétés. Ainsi, en i838, les condamnés pour ces espèces de crimes n’étaient qu’au nombre de 191 , et, en i845, ils' atteignaient le chiffre de 262; en plus, 71. Serait -ce la cessation de la convention passée jadis avec le roi de Sardaigne qui aurait fait refluer sur la prison de Parme plus de forçats? nous le désirons; car autrement on en pourrait conclure que la démoralisation s’accroît dans la basse population (i ). D’autre part , la maison de correction où l’on enferme souvent de mauvais sujets et des personnes dangereuses pour la société, et qui, en t838, comptait quatre-vingt-dix-neuf reclus , savoir soixante hommes et trente-neuf femmes, n’en renfermait plus que vingt en 1 845 ; du sexe masculin onze, et neuf du féminin ; de ce côté il y avait bonification très-remarquable.

Les condamnés correctionnellement par les tribunaux à la simple prison cohabitent encore, comme on l’a vu parle tableau, avec les réclusionnaires jugés au criminel; mais le gouvernement était en marché pour acquérir un terrain limitrophe du pénitencier actuel et, en y faisant élever un bâtiment, il opérera la séparation de ces deux classes de détenus.

(1) A noire grand regret nous avons oublié de nous en informer quand noue visitions la prison.

Il4 PRISON CENTRALE DE PARME.

Celle des prévenus, si nécessaire pour les délivrer des perfides conseils et des obsessions des condamnés, était près de s’accomplir ; en effet une prison cellulaire, destinée à commencer la réforme de la prison centrale, offrait une construction assez avancée pour qu’en la visitant on pût en bien juger. Remarquable par son but et son agencement, elle a cent quarante-quatre cellules distribuées sur deux étages; à chacun règne dans le milieu un vaste et large corridor traversant le bâtiment dans toute sa longueur. A droite et à gauche d’autres plus étroits viennent s’y rattacher, et des deux côtés sont les cellules qui, par cette configuration, donnent toutes sur des cours assez spacieuses. La disposition, comme on le voit, n’est point panoptique ; mais, au moyen de tous ces corridors perpendiculaires au central, la surveillance est facile. Aucun mouvement, aucun bruit ne peuvent échapper aux gardiens. Chaque cellule, éclairée par une grande fenêtre placée à unehauteur qui ne permet pas de plonger la vue dans les cours, a quatre mètres de largeur et de hauteur et à peu près six de longueur; ainsi elles ont tout ce que l’hygiène peut exiger en fait de logement, air, lumière, sécheresse, chaleur au moyen des calorifères, et suffisante capacité. Toute évasion est impossible par les corridors ; aucune cour n’a de sortie sur l’extérieur et de plus un chemin de ronde et

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un mur d’enceinte très-élevé présentent encore des garanties contre les tentatives de ce genre. Ce fut une bonne et humaine pensée de commencer la réforme pénitentiaire par le cellulaire des prévenus. Ignorés de tous, désignés seulement par un numéro, s’ils sont innocents, si une mise hors de procès les rend à la société, ils y rentreront sans qu’on puisse leur reprocher leur détention, sans être reconnus un jour par des libérés, et surtout sans avoir respiré ces miasmes d’immoralité qu’exhalent des condamnés, professeurs de crimes et fléaux des prisons (i).

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A mesure qu’en descendant le cours du Pô , on arrive vers l’Orient , on voit , sur les rives du

(1) C’est un devoir pour nous de témoigner ici toute notre reconnaissance àM. le directeur du pénitencier, qui a bien voulu nous consacrer une matinée, et, pendant une longue et minutieuse visite, répondre à de nombreuses questions, nous laisser prendre des notes sous sa dictée et copier l'étal de situation du personnel, dont nous avions besoin - our terme de comparaison avec celui plus ancien publié par H. Cerlberr.

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fleuve, et dans le Parmesan comme en Lombardie, la terre végétale devenir plus profonde et plus fertile. C’est aux environs de Plaisance, près des frontières du Piémont, que commence la substitution des terres d’alluvion à celles appelées sèches , et que s’étendent de vastes plaines où les rivières , les ruisseaux et les canaux artificiels d’irrigation coulent presque à fleur du sol , et l’empreignent d’une constante humidité; aussi la culture des céréales diminue-t-elle sensiblement , et les prairies naturelles prédominent. Ce sont donc les fourrages et l’éducation des bestiaux , surtout de l’espèce bovine , qui constituent la principale richesse des trois duchés, et principalement du Plaisantin.

En parcourant ces immenses plaines à peine ondulées , et lorsqu’on sait qu’elles appartiennent, en majeure partie, à de puissantes familles de Plaisance dont les capitaux et une stricte économie permettent de fréquentes acquisitions, on croirait que la grande culture a dû s’y établir, et pourtant il n’en est rien. Le système des fermages est le même que dans le Piémont et la Lombardie; c’est-à-dire que les fermes sont d’une médiocre étendue , leur maximum s’élevant, au plus, à trente hectares et leur minimum descendant jusqu’à dix. Néanmoins, disons-le une fois pour tout, l’agriculture y est portée à un haut point de perfection, et, sous ce

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rapport , elle l’emporte peut-être sur celle de toutes les autres contrées italiennes : des familles de fermiers sont établies sur ces parcelles depuis plusieurs générations sans bail écrit et par tacite et réciproque convention; mais ce genre de bail ne présente aucun danger pour les intérêts du propriétaire, excepté en ce qui concerne le cheptel lui appartenant , que des épizooties peuvent attaquer et dont les cultivateurs payent une rente, estimée en moyenne à 4° fr. Par mesure de quarante-huit mille pieds, soit un arpent et demi ancienne mensuration de Paris. Tous les autres produits tels que blé, maïs, vin, soie, chanvre, légumes, sont part âgés en nature sous les yeux du possesseur ou de son fondé de pouvoir ; cependant la récolte du trèfle ou de la luzerne appartient entièrement au fermier, et, sans aucune redevance de sa part, est appliquéeaucheplel payant annuellement une somme fixe, comme on vient de le dire. L’impôt est au compte du propriétaire.

Le lecteur pourra se faire une idée de la fertilité du pays en apprenant que, malgré les charges qui lui sont imposées , le métayer obtient encore quelques bénéfices de son exploitation. Déjà Virgile , dans ses Géorgiques , avait célébré la fécondité des prairies du Mantouan et des bords du Pô, éloge que l’abbé Delilie a si élégamment traduit par ces vers d’une admirable concision :

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Et dans ces champs heureux,

Ce que le plus long jour consomme de pâture,

La plus courte des nuits le rend avec usure.

Mais si le propriétaire cherche à tirer de son bien le plus possible , un article du code protège cependant, à un certain point , le colon partiaire, et défend de passer des conventions qui laisseraient à celui-ci moins du tiers de toutes les récoltes. Article sage et protégeant contre l’avidité du maître le malheureux que la misère porterait à consentir aux plus onéreuses conditions. Reste à savoir si la loi est fidèlement observée. Quand personne ne porte plainte, les tribunaux n’ont point d’arrêts à rendre ; d’ailleurs ils prononceraient la rupture des baux, et les pauvres cultivateurs seraient encore dans une pire situation.

Quoique nous ayons commencé par nous occuper des colons partiaires et de leur grand nombre, nous croyons néanmoins pouvoir affirmer, d’après un document de bonne source , que cette espèce de cultivateurs diminue graduellement, et qu’aujourd’hui la surface des trois duchés est à moitié et peut-être aux trois cinquièmes affermée en argent. Les fermages se payent à deux échéances semestrielles , savoir le 1 1 mai et le 1 i novembre; ce mode prend faveur et présente moins

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d’embarras et plus de fixité dans le revenu que le partage des fruits. Les baux, soit par écrit, soit sans actes authentiques, sont ordinairement de neuf années; mais les administrations publiques, telles que celles des communes, des hospices , des établissements de bienfaisance, etc., ont le droit de les annuler de trois en trois ans, contrairement à toutes bonnes règles en fait de culture. Quant aux biens domaniaux de l’Etat, ils s’afferment pour vingt-sept années, toutefois avec la faculté, dont on use rarement , de rescinder la convention de neuf en neuf. On donne improprement le nom d’emphytéose à ces baux (1), qui sont avantageux aux deux parties contractantes en ce qu’ils per*mettent aux fermiers de bonifier le sol et de faire des avances dont ils doivent recueillir les intérêts. En quelques endroits, là principalement où les terres sont très-divisées , les petits propriétaires cultivent eux-mêmes , comme en France , et c’est ce qu’on appelle culture économique ou de famille, parce que seule elle suffit aux travaux.

Les champs bien cultivés accordent, en géné-

(I) L’emphyléose , proprement dite, est un bail îi plus long terme pouvant durer quatre-vingt-dix-neuf ans; mais ordinairement on entend par baux emphytéotiques ceux qui imposent quelques conditions onéreuses, comme celles d’embellissements ou de constructions sur le terrain affermé , et qui doivent , sans indemnité, appartenir, à fin de bail, au propriétaire du foud.

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ral, 4 P- o/o du capital employé à leur acquisition , et même quelque chose de plus dans le territoire de Plaisance; revenu considérable provenant de la nature du sol et de ces vastes prairies n’exigeant pour main-d’œuvre que leur fauchage. Le produit est encore plus grand dans le duché de Guastalla éminemment fertile et donnant d’abondantes récoltes de céréales; mais dans un pays où l’agriculture est presque le seul fondement de sa richesse, où l’achat des terres est à peu près l’unique emploi qu’on puisse trouver de ses économies, attendu que l’industrie et le commerce, à peine naissants, n’absorbent qu’une faible masse de numéraire , pourquoi le prix des biens-fonds est-il si bas et pourquoi la concurrence, qui semble devoir exister, ne le fait-elle pas remonter? C’est une question que nous avons cherché plusieurs fois à résoudre, et dont la solution nous échappe encore ; cependant nous ne croyons point que le signe représentatif soit proportionnellement plus rare?! Parme qu’ailleurs.

L’assolement varie de trois à six ans ; mais partout il est bien entendu et rend les terres labourables productives sous le rapport du nombre des récoltes et sous celui du rendement. Pour le premier assolement on sème d’abord le blé; les légumineuses lui succèdent et font place au maïs. Dans quelques localités on laisse, dit-on, les champs se

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reposer une année ; mais c’est un repos de nom seulement , car alors on leur fait porter du trèfle dont la dernière coupe enfouie dans les sillons leur servira d’engrais. Le second offre des produits plus variés; mais nous le croyons moins eu usage que le précédent. Voici l’ordre de ses cultures donnant huit récoltes en six années. Mais il faut prévenir le lecteur qu’ainsi que le premier il n’est applicable qu'aux terrains en plaine :

lr* année. . . Maïs et chanvre fumé.

2« Blé.

3* Fèves d’hiver.

4e Blé fumé.

5* Trèfle retourné après la première coupe.

6e Blé et fèves d’hiver.

On voit que, dans cette rotation, le maïs, moins cultivé qu’en Piémont et en Lombardie, n’apparaît qu’une fois et l’on doit s’en applaudir, s’il est vrai qu’il donne naissance à la terrible maladie appelée pelagra , dont nous nous occuperons en visitant les hôpitaux de Modène. Quant à l’innocente fève hivernale, elle mérite une mention particulière; elle résiste aux rigueursdu froid, bien que sa tige périsse par la gelée et sous la neige; mais, dès le printemps, il part de son pied plusieurs jets nouveaux fleurissant en mai et donnant leurs semences à la fin de juillet. Sa culture est facile,

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puisque, après la coupe des ble's , un seul labour prépare suffisamment les champs destinés à la recevoir en septembre. Cette légumineuse sert donc à combler les vides dans la production sans épuiser le sol ; aussi la voit-on figurer deux fois dans le cours de cet assolement. Comme récolte secondaire , elle doit être assimilée à la rave, racine nutritive pour les hommes et les bestiaux , que depuis Châlons-sur-Saône jusqu’au département de Vaucluse, on sème après la moisson, et qui donne des récoltes si abondantes et peut-être supérieures à celles de la fève , qu’on ferait bien néanmoins d'introduire chez nous dans les terrains peu favorables aux racines exigeant un fonds léger et riche en même temps. Pour les terres destinées à être mises en rizières, l’assolement est bisannuel. Une année on les inonde et on y répand la semence du riz, et à la suivante le sol, fertilisé par les dépôts et le séjour des eaux, porte du maïs. Il est aussi quelques champs privilégiés qui presque tous les ans produisent du chanvre; mais ce sont de rares exceptions. IL en est de même , et encore plus aux environs des villes, de la trèspetite culture et des jardins potagers à qui la douceur habituelle du climat et la facilité de se procurer des engrais permettent, en douze mois, une continuelle végétation et une succession de trois ou quatre récoltes.

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Les irrigations étendant leurs bienfaits, comme on l’a déjà fait connaître, sur treize mille six cent quatre-vingt onze hectares de la plaine, soit environ quarante et un mille arpents de Paris, et principalement sur les prairies, contribuent à cette fertilité; mais un chapitre devant leur être consacré au sixième volume de cette statistique, nous allons , après ces considérations générales , nous livrer à quelques détails spéciaux concernant les plus importantes productions de l’agriculture parmesane.

Nous ne croyons pas qu’il existe des forêts dans la plaine , dont le sol e'minemment productif est entièrement cultivé, et même elles sont peu étendues dans les parties de l’Apennin que nous avons traversées; cette chaîne décharnée, composée d’agglomérations confuses de minces couches alternatives de calcaire et de sable , liées par un gluten à peine adhérent, est peu propre à nourrir des bois ; et là où les roches sont plus compactes et plus homogènes, elles prennent des formes aiguës et des pentes trop rapides; mais les terres inférieures sont couvertes d’arbres répandus à profusion sur les champs, et, grâce au climat d’Italie, leur ombre ne porte aucun dommage aux récoltes; les espèces les plus communes se réduisent à quatre, savoir l’orme et le peuplier servant d’appui aux longs sarments de la

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vigne, et le chêne et le mûrier. Le châtaignier n’apparait que sur les hautes collines et les pentes des montagnes ; si beau par sa puissance , par son feuillage et ses formes pittoresques aimées des paysagistes, il est encore , si l’on peut s’exprimer ainsi , la providence de l’habitant des âpres contrées , et pour eux il remplace les céréales. Les châtaignes, provenant des régions élevées, sont les plus estimées; car le noble végétal qui les voit mûrir et tomber au milieu de l’automne se plait à la froidure, à être battu des vents, et les préparations alimentaires qu’on obtient de ses fruits , soit en les gardant entiers , soit en les dépouillant de leur enveloppe et en les faisant sécher, se convertissent en mets variés sous la main industrieuse des ménagères. Non-seulement l’homme en fait une des bases de sa nourriture: mais il en abandonne une partie aux animaux , dans les lieux où les rares fourrages des Apennins ne peuvent leur suffire pendant l’hiver. Les chèvres en sont avides, et le porc s’engraisse facilement avec cette pâture farineuse.

Outre son bois si précieux pour les arts et les constructions , le chêne des collines et surtout des bords du Pô, où il prend de gigantesques proportions, sert aussi, par l’abondance de ses glands, à la multiplication de l'immonde animal. Quant au mûrier, habitant de la plaine et des monticules,

dont la feuille est convertie en soie par l’insecte (i) apporté de la Chine , vu son importance présente et future, il exige une notice plus étendue ; toutefois nous la diviserons, nous occupant d’abord de l’introduction de l’arbre dans le pays , des phases diverses de sa culture et de son extension actuelle, du profit qu’on en peut obtenir, et remettant au chapitre des manufactures à faire connaître celui que procure l’achat des cocons et leur filature.

Bien que le duché de Parme eût sous les yeux , sur l'autre rive du fleuve , l’exemple des Lombardies milanaise et vénitienne , où la soie était une source de richesse , cette branche si productive de l’économie agricole et qui donne si promptement ses fruits (2), était complètement négligée dans le Parmesan avant le ministère de Dutiliot ; c’est à lui que l’on doit les premières plantations de mûriers dans un sol qui leur est éminemment favorable ; mais l’habile et intègre ministre ne garda pas le pouvoir assez longtemps pour que son œuvre prit une grande extension ; et après sa chute l’industrie séricole , ayant à combattre l’i—

(1) Le ver à soie est réellement un insecte, puisque son corps a des anneaux et point de vertèbres.

(2) En quarante-cinq ou cinquante jours au pins, les vers à soie naissent, achèvent leur croissance et filent le cocon qui doit les enfeimer. Quelquefois, cependant, la chaleur ou le froid avance ou retarde leur travail.

AGRIGULTURE.

gnorance et les indolentes habitudes des agriculteurs , se propagea lentement. Vers les premières années de ce siècle , de 1800 à 1806 , la récolte de la soie atteignait à peine quelques milliers de livres (i) assez mal filées, dit-on; cependant le mouvement imprimé aux esprits, à celte époque, et le progrès des lumières commençaient à faire apercevoir futilité d’une culture qui surmonte les autres et ne leur nuit point par son ombre légère, plutôt protectrice que défavorable au milieu des ardeurs de l’été, et déjà on se livrait à de nouveaux essais, lorsque l’occupation française vint en interrompre le cours. Le blocus continental , qui rendait si rares et si chères les denrées tropicales , fit tourner les spéculations des agronomes vers les plantations de tabac , de coton herbacé , de betteraves , d’isatis tinctoria, remplaçant l’indigo, de vignes dont on essayait de tirer un sirop imitant fort mal le sucre des colonies; ces tentatives , pour la plupart infructueuses , arrêtèrent de nouveau l’essor que prenait le mûrier. Néanmoins l’administration impériale tenait sagement à le favoriser, et, en 1811, le baron Delporte , alors préfet du Taro et aujourd’hui pair de France, introduisit dans le Parmesan et le Plaisantin des œufs de vers dont les cocons donnaient la soie blanche, pré-

(1) Trois livres parmesanes équivalent à un Kilogramme.

AGRICULTURE

cieuse pour la fabrication du crêpe et des gazes ; mais la catastrophe de l'empire vint encore suspendre le mouvement. La levée du blocus et la liberté des mers rendirent onéreuses les nouvelles cultures, et les anciennes reprirent possession des campagnes.

Une princesse autrichienne, la veuve de Napoléon, devint usufruitière des trois duchés. Les difficultés d’une administration à créer, des embarras politiques ne permirent pas d’abord de songer à l’agriculture. Cependant la vue des progrès continuels de la Lombardie, de sa fortune toujours croissante , le souvenir des premiers essais , et surtout l’abolition du droit de sortie sur les cocons, due «à l’intelligence commerciale du ministredes finances, le baron Mistrali, engagèrent plusieurs propriétaires à tenter de nouveau la culture des mûriers. Peu à peu elle se propagea tellement qu’elle devint une espèce d’engouement, et maintenant on voit presque partout , principalement dans le Parmesan, des plantations régulières à hautes tiges, des haies de pourette et de multi- , caules (1). On cite un cultivateur habile , M. le

(1) La pourette est une espèce de mûrier nain propre à faire des haies, et dont la feuille est plus commode à cueillir que celle des arhres à hautes tiges. Le mull'caule, réduit en taillis, et repoussant toujours de son pied de nouvelles branches si vigoureuses,

AGRICULTURE

comte Bertioli, qui, lui seul, a placé sur ses terres quarante mille pieds de ces trois espèces; mais ils sont jeunes encore et il faut attendre quelques années pour qu’ils donnent le maximum de leur produit (1). Ce n’est qu’à cinq ou six ans que l’on doit commencer à dépouiller de leurs feuilles les mûriers arborescents ; il en faut vingt pour qu’ils soient dans toute leur force productive et naturellement la cueillette et le nombre des vers qu’on peut élever augmentent en raison de la grandeur des sujets.

Il y a une dizaine d’années que la province de Parme ne produisait encore que 8 à 9,000 poids de cocons, soit 72,000 kilogrammes, et à 10 kil. de cocons pour en obtenir un de soie filée, 7 à 8,000

qu’en une année elles montent à deux ou trois mètres, sert au même usage.

(t) M. le comte Bertioli, malgré le nombre de ses plantations, y apporte un soin extrême ; il ne se contente pas de faire creuser des trous pour y placer les mûriers ; de longues et profondes tranchées sont ouvertes pour les recevoir, et la terre qui doit les remplir subit de fertilisantes préparations. Toutefois, une observation nous sera-t-elle permise, tout en louant le zèle de l’agriculteur? Peut-être tant de soins vont-ils contre le but qu’on se propose ; car l’essentiel n’est pas d’avoir des mûriers d’une riche végétation et des feuilles succulentes, mais de la soie de bonne qualité ; or, il est connu qu’elle provient de feuilles assez petites et peu remplies d’une sève aqueuse. Les mûriers des Cévennes, donnant la soie la plus belle, la plus résistante que l’on connaisse, et du prix le plus élevé, sont plantés snr des pentes rapides et dans un sol pierreux dépourvu d'humidité.

AGRICULTURE. 12 q

de grèges exportables ou qu’on employait dans les manufactures du pays (î). Maintenant sa production s’élève, y compris le Plaisantin et la petite contrée de Guastalla , de 26 à 3o,ooo kilogrammes , qui, en prenant 28,000 pour moyenne et en estimant le kil. à 54 fr., prix moyen aussi de cinq années , donnent à l'agriculture une recette de 1,502,000 frqncs, qui sera certainement quadruplée lorsque les plantations auront pris toute leur croissance et produiront une augmentation de richesse considérable pour une population qui ne dépasse pas 5oo,ooo âmes ; mais dès à présent il faut que l’on s’applique à perfectionner la soie ; car , comparativement à celle du Milanais et du Piémont , elle est inférieure. On prétend à Parme que cette infériorité tient à la médiocre qualité des œufs que déposent les papillons. Comment se faitil qu’on ne s’en procure pas des contrées limitrophes qui possèdent de bonnes graines , comme vulgairement on les appelle? Pour nous, nous pensons que cette médiocrité tient plutôt aux défauts de soin ou d’habileté, provenant encore du peu d’expérience et principalement de l’imperfection de la filature; toutes causes préjudiciables aux

(1) Nous avons déjà dit, dans les précédents volumes, que la grège est la soie simplement filée et qui n’a pas encore passé au retordage du moulin. *

AGRICULTURE

intérêts des éleveurs, puisque à Lyon, grand marché des soies italiennes, les parmesanes se vendent toujours 2 à 3 fr. de moins par kilogramme que les lombardes ou les piémontaises.

Les propriétaires qui n’ont point de magnaneries vendent leurs feuilles sur le pied moyen de 5o centimes le poids où les huit kilogrammes et peut-être sont-ils ceux qui font les bénéfices les plus certains; car on sait qu’avant d’arriver à recueillir les cocons on doit craindre une foule d’accidents soit par la maladie des vers , soit par les intempéries atmosphériques. Maintenant voici les dépenses et le profit des éleveurs dans les bonnes années :

Les œufs leur coûtent , lorsqu’ils n’ont pas été pondus à la magnanerie ou qu’on veut changer l’espèce, l’once 5 f.

Pour nourrir les vers éclos de cette once, il faut i5o poids de feuilles à 5o c. le poids. 75

Ceci toutefois dans le cas où l’on serait obligé d’acheter la feuille ; mais si l’éleveur la possède sur sa terre, elle doit néanmoins entrer en ligne de compte , car il pourrait la vendre.

Les soins et la main-d’œuvre pour l’éducation des vers sont estimés à 12

Apporter. ...... 92 f.

AGRICULTURE. l3l

Ci-contre 92 f.

Détérioration du matériel, qui nous parait portée beaucoup trop haut et dénoter peu d'habitude encore de ce genre de travail. . 8

Dépenses totales et moyennes pour la conversion en cocons d’une once d’œufs. 100 f.

Cette once bien nourrie et bien soignée doit produire environ i5o livres de cocons ou 48 kilogrammes; ils se vendent à un marché spécial placé sous la surveillance de la chambre de commerce, qui intervient et juge les différends. Les prix de vente, par livre parmesaue ou un tiers de kilo, varient de 1 fr. 3o c. à 1 fr. 5o c. ; mais pour les basses qualités ils descendent jusqu’à i fr. Il y a quinze ou vingt ans que la livre 11e valait que 65 à 7 5 centimes, et par une anomalie apparente, mais que l’extension continuelle des ateliers de soieries ramène dans la catégorie des faits naturels, depuis que les plantations de mûriers ont commencé à donner quelque abondance de feuilles, le prix moyen des bonnes qualités s’est élevé à 1 fr. 43 c. Ainsi i5o livres ou 48 kilogrammes de cocons vendus au minimum donneraient un produit

brut de i5o f.

La dépense ayant été de 100

le bénéfice serait de. . 5o f.

par ofice d’œufs ou de 5o p. 0/0 sur le capital

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employé. Certainement ce bénéfice serait très-considérable s’il était constant ; mais on sait que la récolte des soies est sujette à de nombreux accidents , dont les plus fréquents sont les œufs viciés ou provenant de faibles espèces lorsqu’on les achète au lieu de faire pondre les papillons chez soi ; les épidémies qui se déclarent et tuent les vers; les orages, surtout électriques, qui les frappent d’un sommeil léthargique, et enfin, comme en 1846, la rareté des feuilles augmentent leur prix; augmentation que forcément on doit subir, car, une fois l’éducation commencée, il faut, quoi qu’il en coûte, les nourrir toujours avec la même abondance ; quelques heures d’interruption suffisent pour les faire périr.

La vigne plantée partout où elle peut croître, mais principalement en plaine, dans les terrains gras et souvent humides , est cultivée en hautains et, s’appuyant sur l’orme et le peuplier, les enlace de ses rameaux, et de leurs sommets laisse retomber ses guirlandes. Cette culture pittoresque, donnant d’abondants produits, est sans doute la meilleure sous le rapport de la quantité, mais non sous celui de la qualité. Du raisin privé de la réverbération du sol, on n’obtient qu’un vin médiocre et nous croyons que la manière de le faire contribue également à augmenter ses défauts ; restant trop longtemps en fermentation dans la cuve, pour

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qu’il soit plus coloré, il perd par l’évaporation une grande partie de son alcool et ne peut se garder, tandis qu’en Bourgogne, dans le Bordelais, on en possède que l'on conserve vingt-cinq et trente ans. Aussi les vins vieux indigènes sont-ils rares en Italie, et cependant, doué d’un climat favorable à tous les végétaux européens, si le pays voulait traiter la vigne et faire cuver son fruit comme en France, la même méthode amènerait le même résultat. Quant à l’exportation, par la sortie spéciale de Guastalla, elle est bien peu importante et d’après l’état officiel des douanes, imprimé par ordre du gouvernement, on n’a pu atteindre, en 1 844s que lechiffre de neuf cent cinquante-un quintaux.

Nous voici arrivés aux véritables bases de la prospérité du pays, aux prairies, aux bestiaux qu’elles nourrissent; et, dans l’état actuel de la contrée, presque uniquement agricole, le commerce et les manufactures ne sont que d’un intérêt secondaire auprès de ces deux colonnes de l’Etat. Comme dans la Campagne romaine , comme presque partout , Jes bénéfices que procurent les pâturages sont supérieurs à ceux que l’on retire de la culture des céréales; la plupart naissent d’eux-mêmes, et pour peu qu’on s’abstienne de labourer la place qu’ils vont occuper, on voit bientôt pousser avec une étonnante vigueur les graminées, le tnélilot, le trèfle à fleurs jaunes, la renoncule des prés et d’au-

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très végétaux à larges feuilles pleines de sucs. Ces prairies se divisent en deux classes, les naturelles, dont nous venons d'expliquer la formation, et les artificielles composées de trèfle rouge et de luzerne et qui en étendue le cèdent aux premières, occupant dans la plaine, à ce que nous pensons, une surface quatre ou cinq fois plus considérable. A ces fourrages on peut ajouter les lupins, mais qui sont cultivés avec moins d’affection que dansle Modénois, la Toscane et le royaume de Naples. Une grande partie de prairies en plaine est susceptible d'arrosements et doit les recevoir en quantité inégale; les artificielles exigent plus d’eau et sont arrosées à peu près tous les quinze ou vingt jours pendant la belle saison, tandis que deux irrigations et trois au plus suffisent aux naturelles ; celles-ci accordent aux cultivateurs deux abondantes fauchées et un regain, et les autres quatre, cinq et même six coupes lorsque l’automne est chaud et serein. La fécondité de ces herbages est telle, que, d’après Cbâteauvieux qui s’est aussi occupé, en 1812, de l’agriculture lombarde, si analogue à la parmesane, soixante-dix arpents (î) de prés de première qualité pouvaient entretenir cent vaches laitières,

(1) Chacun de ces arpents en représente un et demi de Paris , ancienne mesure de 32,400 pieds carrés. L’arpent dont il s’agit équivaut donc à 48,600 pieds.

nourries à l’étable avec les deux premières récoltes fauchées, en vert ; et pâturant ensuite pendant les derniers mois de l’année, on leur réservait pour la plus froide saison la coupe desséchée du regain; le rapport moyen de chacune était alors estimé à 200 fr. ; c’était donc un revenu brut de 1 4,000 fr. et sujet à peudefrais. Seulement on doit fumertousles trois ou quatre ans; mais l’amas des engrais est en proportion du nombre des bestiaux et ne rend point onéreuse celle obligation. La fertilité des prairies n’a pas diminué, et nous croyons que les calculs de Châteauvieux peuvent être encore exacts.

C’est sur ces pâturages ou de leurs produits que vit cette magnifique race de bœufs, commençant à paraître aux environs de Plaisance, dont le pelage est constamment bai-clair ou café au lait, sans aucune tache d’autre couleur, bien faits, de grande taille et à larges épaules, et remarquables par la force de leurs membres inférieurs. Il nous a semblé, lorsqu’ils furent comme renfort attelés à notre voiture pour gravir l’Apennin, qu’ils allongeaient le pas plus que nos bœufs français. La propreté de leur poil est extrême et pareille à celle de chevaux bien entretenus. On voit que le cultivateur se complaît à lèur donner tous ses soins, et c’est ainsi que le poids moyen de ces animaux est arrivé à 7 quintaux métriques (700 kilogrammes). Cette

propreté vient aussi de la manière dont l’étable est arrangée, et pour y contribuer, ce n’est point à terre et sur le fumier que ces boeufs reposent et se livrent au sommeil, mais sur une estrade élevée de deux décimètres environ au-dessus du sol et à peine aussi longue que le corps de l’animal, en sorte que ses déjections tombent en dehors de ce plancher, qui, un peu incliné, laisse couler aussi les urines. Le lecteur voudra bien, nous l’espérons, pardonner ces détails, puisqu’ils peuvent servir à l’instruction de nos cultivateurs trop portés, en certaines provinces, à croire que la malpropreté ne nuit point à la santé de l’espèce bovine, quoique de tristes expériences aient prouvé le contraire (i).

Dans le Parmesan, leModénois et la principauté de Lucques, dont la statistique et la description rempliront ce volume, le bœuf est seul employé au labourage et nous n’y avons jamais aperçu un cheval attelé à une charrue ou à une voiture servant aux travaux agricoles. Cette préférence dans presque toute la Péninsule italienne pour l’espèce bovine et surtout pour la race méridionale provient de plusieurs causes; premièrement, moins délicate plus sobre que la chevaline, elle se contente de

(1) Comment ces croûtes épaisses qui couvrent tes cuisses et les lianes des boeufs et des vaches ne nuiraient-elles pas à leur santé en refusant une libre issue à la transpiration , exutoire naturel aussi nécessaire au quadrupède qu’à l’homme?

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fourrages de moindre qualité, et l’on vient de voir que pour l’hiver on lui réserve les regains; secondement, robuste et soutenant le travail longtemps, ses membres plus découplés que ceux de la plupart desautres races européennes, lui permettent au laboura peu près autant de vitesse qu’un cheval; troisièmement, celui-ci en vieillissant ne laisse à son maître aucun espoir de profit, tandis que le bœuf, lorsque après plusieurs années de service on le met à l’engrais, augmente de valeur au lieu d’en diminuer; c’est donc une économie bien entendue de l’appliquer seul à l’agriculture et aux charrois à petites distances; aussi son espèce est-elle beaucoup plus nombreuse dans les trois duchés que la chevaline et suffît à tout le travail des champs et à une exportation considérable, comme on le verra au chapitre du commerce.

Les vaches laitières sont répandues par milliers sur les deux rives du Pô; mais provenant, dit-on, originairement de la race hongroise, qui donne moins de lait que la race suisse, elles ont besoin d’être croisées avec celle-ci pour avoir les mêmes qualités. Aussi de temps immémorial, plus de deux mille génisses viennent annuellement despetits cantons en Lombardie , par le Saint-Golhard , et s’unissent au taureau indigène. Cette émigration, ce renouvellement de l’espèce sont nécessaires ; car on assure qu’à la troisième génération le sang lom-

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bard reprend le dessus et que le lait diminue. Cet affaiblissement de l’organe producteur étonne lorsqu’on voit que ces troupeaux vivent dans les pâturages les plus fertiles et dont l’herbe, favorisée par le soleil italien, est éminemment substantielle.

Grâce à ce croisement, la fabrication des fromages est une des plus importantes du pays ; mais il est difficile de connaître à quel nombre de quintaux elle s’élève , attendu que cette substance caséeuse, servant d’assaisonnement à presque toutes les préparations culinaires des campagnards et du peuple des villes, se consomme presque entièrement dans le pays ; ce qui le prouve, c’est que les états de douane n’accusaient, en i844*<luune exportation de cinq cent quatre-vingt-dix-sept quintaux. Ces fromages sont rarement fabriqués chez les particuliers à cause de la trop grande division des fermages. On trouve donc, presque partout, dans le Parmesan et le Plaisantin, des fromageries communes, appelées caccine , et qu’on peut établir avec profit lorsqu’on est assuré d’y recevoir le lait de cinquante vaches. Deux fois par jour, on apporte à ce bâtiment central celui de chaque associé ; mais il ne paraît pas qu’à l’instar de quelques cantons suisses et de la Lombardie, on confonde l’apport de tous les propriétaires , qui, à la fin de l’année ou tous les six mois, reçoivent une somme proportionnelle à la quantité de

AGRICULTURE. idg

liquide qu’ils ont fourni. Dans les fromageries parmesanes chacun a donc personnellement un compte ouvert, et probablement, pour la régularité, tenu jour par jour. La première méthode nous paraît plus simple, aussi exacte et par conséquent préférable. Quoi qu’il en soit, toutes deux sont économiques; car elles ne multiplient point la main-d’œuvre sans nécessité, et de plus les produits sont de qualité meilleure et plus égale.

C’est ici le lieu de réformer une erreur , et de dire que les fameux fromages de Parmesan ne se fabriquent point dans la contrée dont ils conservent le nom par habitude, ou que, du moins, ils n’en proviennent qu’en petite quantité, et sortent principalement de la Lombardie et surtout des environs de Lodi et de Codogno, provinces jadis agrégées au duché , mais qui en sont séparées depuis longtemps.

Les juments poulinières restent toujours en plaine; mais les poulains sont conduits aux haras des montagnes, où, presque exempts de surveillance, ils prennent des habitudes d’indépendance.

De formes élégantes et pures , ces chevaux ont les membres fins , la croupe de mulet comme ceux du Limousin , et la tête longue et busquée , caractère distinctif des races italiennes ; petits et mal nourris dans les maigres pâturages des sommités apennines , ils fournissent cependant de longues cour-

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ses , et valent mieux pour la selle que pour la traction, parce qu’ils manquent d’épaules. Ainsi que tous leurs pareils, habitués pendant leur première éducation à une vie errante, ils sont sujets aux caprices, et, quoique domptés, semblent souvent regretter leur ancienne liberté.

Sur les plus hautes sommités , au milieu des rochers pâturent, toujours en plein air et ne connaissant aucun abri, des chèvres abandonnées à elles-mêmes, revenues à leur état primitif, et ne se rapprochant des bergers que pour se faire délivrer de leur lait et recevoir le sel qu’on leur distribue deux fois par jour. Cette vie errante, dont elles ont reçu l’instinct, leur convient éminemment, et ces animaux , souvent réunis en troupes nombreuses, se distinguent par une grande taille et de belles formes. Le même voyageur que nous avons déjà cité fait mention d’un troupeau de douze cents têtes qu’il trouva au faîte des montagnes pannesanes limitrophes du Modénois. Quant à nous , en traversant l’Apennin nous n’en avons pas vu en si grand nombre; mais, comme lui, nous pouvons attester leur beauté.

Les porcs sont une véritable richesse pour le pays, et surtout pour les provinces montagneuses occupant un tiers de son territoire. Là, ils deviennent à peu près sauvages en parcourant les forêts pendant la belle saison et les hauteurs voisines des

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villages. Engraissés à l'étable, quand vient la froidure, avec des châtaignes et du petit lait, nonseulement ils servent à l'alimentation des habitants, mais à un commerce d'exportation assez considérable. Comme les sangliers , types de leur souche et dont ils retiennent les mœurs, ils prospèrent dans les bois et sous un rude climat.

Jadis les laines du Parmesan , et dès l’antiquité, car le poète Martial en fait l’éloge , jouissaient d’une grande réputation ; mais elle s’est évanouie, et la faveur qu’obtiennent le mûrier et l’éducation des vers-à-soie doit empêcher encore les agriculteurs de tourner vers les espèces ovines des spéculations qui exigeraient du temps et des capitaux. Quelques tentatives , il est vrai, furent faites, en i 812, sous le régime impérial, pour l’introduction des mérinos et l’amélioration delà race, et, faute de soins sans doute et d’habileté, elles n’eurent point de succès. Bientôt tout revint à la condition première.

Les moutons sont rares dans la plaine , où la multiplicité des petites fermes leur interdit le parcours dont ils ont besoin , et nombreux dans la montagne. Pendant l’été, les premiers cherchent sur l’Apennin un refuge contre la chaleur, et ceux des monts fuient les hauteurs à l’approche de l’hiver; ils viennent alors deiûander la pâture aux terrains plus abaissés et toujours verdoyants.

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Toutefois le vrai bénéfice que procurent au pays ces troupeaux ne provient point des indigènes, mais des étrangers, des Transapennis qui , au retour de la belle saison , viennent des maremmes toscans s’établir au-dessus des lieux habités , là où commencent au profit des communes, à qui ils appartiennent , les pâturages situés sur les plateaux les plus élevés et se louant par tête de bétail, à raison de 5 fr. pour un cheval, de 25 c. pour un mouton et de i5 seulement pour une chèvre.

Ce sont des animaux voyageurs semblables à ceux d’Espagne et de Provence , gravissant , chaque année , les Alpes et les Pyrénées. Les bergers qui les conduisent ne mêlent jamais ensemble les diverses espèces , les conservent ainsi exemptes de toute alliance et se consacrent entièrement à leur éducation. Dans sa brève description de l’agriculture parmesane et lombarde, Châleauvieux prétend que , contrairement à l’instinct des bêtes à laine , qui recherchent les terrains secs , et les herbes courtes et aromatiques , il existe sur les marais et les rivières de ces contrées une race ovine vivant au milieu d’une constante humidité, et se nourrissant des végétaux aqueux et succulents que produisent les digues et le limon des champs que l’eau vient d’abandonner. Cette espèce , dit-il , abon- * damment nourrie, est grande, vigoureuse, à toison grossière, et si féconde, qu’à chaque portée les bre-

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bis mettent bas souvent trois agneaux et toujours deux. Si le fait est exactement rapporté , comme nous le croyons , d’après l’assertion d’un écrivain habile et véridique, bien que nous n’en ayons pas - entendu parler , c’est ici le cas de renouveler l’observation déjà faite dans le cours de cet ouvrage au sujet des marais Pontins et de la Campagne de Rome, savoir que les exhalaisons délétères sont beaucoup moins fatales aux quadrupèdes qu’à l’homme.

En i83o, le gouvernement fit un recensement des bestiaux existants dans les trois duchés ; depuis il n’a pas été renouvelé. En voici le résultat d’après une copie officielle qu’on a bien voulu nous accorder :

Taureaux

Bœufs

Vaches et génisses Veaux,

Chevaux et juments

Mulets

Anes

Porcs

Truies ,

Moutons, brebis, agneaux Chèvres, chevreaux. . . .

Nombre total des têtes.

De tous ces animaux, le bœuf et le porc sont les

seuls qui donnent lieu à une exportation considérable pour un si petit pays, et proportionnellement beaucoup plus importante que celle de vastes contrées. Les états des douanes de 1 844 en donneront les chiffres. Le poids moyen de ces bœufs exportés est de sept cents kilogrammes, et celui des porcs de cent-cinquante. Les uns et les autres se vendent de 80 à 100 fr. le quintal métrique.

En général les céréales ne rendent, sur les premières pentes de l’Apennin , que cinq à six fois la semence; elle se reproduit plus avantageusement dans le Parmesan et le Plaisantin , et à Guastalla il n’est pas rare d’obtenir le dix et même le douze pour un ; aussi ce duché et celui de Plaisance ontils exporté , en de certaines années , de notables quantités de grains. En 1 844 » ces sorties furent pour le blé , l’épeautre et Jes haricots , de vingttrois mille six cent vingt-six quintaux, et pour les fèves et le maïs de trente-huit mille vingt-quatre. Le prix de ces denrées est sujet à de si fréquentes variations qu’il est fort difficile d’établir une moyenne; toutefois, en consultant les mercuriales d’un grand nombre de marchés , on peut établir avec assez d’exactitude que , dans le Parmesan, celte moyenne est pour le froment de i5 fr. l’hectolitre, pesant soixante-treize kilogrammes, et inférieure à celle de la région de France,

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de la Meuse où ce grain est le moins cher (1).

Le chanvre se cultive peu dans le duché de Parme. A Plaisance, cette culture a plus d’étendue * et davantage encore à Guastalla; mais elle ne donne lieu à aucune exportation , et suffit seulement à la consommation du pays , qui n’a pas besoin des apports étrangers. Quant au lin, il y est presque inconnu , et cependant le terrain, si semblable à celui de la Flandre et de la Belgique, permettrait de le cultiver avec bénéfice.

Quoique le duché de Parme produise peu de riz et y consacre seulement une surface de deux ou trois milles carrés, produisant quatre à cinq cent mille kilogrammes , néanmoins nous allons nous en occuper. La description de sa culture aura également servi pour le Piémont et la Lombardie , si un autre volume , succédant à celui-ci , achève l’exploration de l’Italie. L’introduction de ce grain alimentaire est assez moderne , puisqu’il fut transporté, de l’Inde et des îles de la Sonde, dans les contrées septentrionales de la Péninsule, après que les Portugais eurent doublé le cap de Bonne-Espérance, et même assez tardivement. On en attribue les premiers essais aux conseils d’un Hollandais qui , à l’inspection des terrains inondés sur les

(1) Le marché régulateur de la Meuse établit à 16 fr. le prix moyeu de l'hectolitre de froment.

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deux rives du Pô et dans le voisinage, jugea que le riz y prospérerait en y retrouvant un climat favorable et tin sol analogue à celui dont il est originaire (i).

Pour que cétte plante prenne tout son développëmerit, il lui faüt un terrain horizontal divisé ert parallélogrammes de quelques arpents et entouré de digues permettant à l’eau de séjourner sür les

(1) Cependant, il paraît que les Vénitiens réclament justement, lorsqu’ils prétendent qu’ils avaient introduit la culture du riz en Lombardie, soit à la fin du quatorzième siècle, soit au commencehnent du quinzième) mais ce qui est certain, c’est que, vers le milieu du quinzième, ce grain donnait déjà des bénéfices importants ; qu’il influait, par son abondance, sur le prix des céréales, des légumineuses, et qu’il devint l’objet de lois réglementaires publiées par les ducs de Milan, Franceseo et Ludovico Sforza. Les Espagnols s’étant emparés du Milanais , leur domination inerte, ignorante , et quelquefois même malveillante, fut désastreuse , et surtout pour la culture du riz qui exige des travaux hydrauliques. A la puissance espagnole succéda l’autrichienne , qui longtemps ne fut guère plus favorable aux intérêts commerciaux et agricoles. Néanmoins, les propriétaires et les cultivateurs lombards finirent par surmonter graduellement les obstacles. L’art de cultiver le riz se perfectionna, et sa production prit une rapide extension, lorsqtle l’Autriche, plus éclairée, protégea l'agriculture de ses provinces italiennes. Les calculs statistiques du chevalier Giovanelti prouvent que, dans le Novarais, ou ne comptait, au quinzième siècle, que 4, ‘JOl mesures de terres cultivées en rizières, et qu’au commencement du seizième siècle leur nombre dépassait 100,000. En 1831 il était porté à 272,000. Ces progrès furent intimement liés à ceux des institutions lombardes concernant les irrigations dont nous nous occuperons plus tard.

AGRICULTURE. \[yj

champs ou de s’écouler à la volonté de l’agriculteur, car le riz est aquatique; mais, avant de nous occuper des soins qu’il réclame, commençons par sa description, car il est inconnu en France, où des ordonnances, gardiennes de la santé publique, ont proscrit sa culture. Il ressemble à l’orge printanier, et sa tige noueuse s’élève moins que celle du froment ; quoique végétant en des lieux inondés , sa paille est plus pâle en couleur et plus sèche; mais elle ne verse et ne plie jamais sous l’effort des vents et des orages ; seulement ses brins agités et froissés l’un par l’autre produisent un son aigu qui leur est particulier et ne ressemble en rien au bruissement de nos moissons. Les feuilles, sont oblongues, charnues, arundinacées, etles fleurs, de teinte purpurine, naissent aux sommités en panicules assez semblables à celles du millet. Tel est l’humble végétal qui procure à l’Italie supérieure une exportation annuelle de quarante millions.

Les travaux des rizières sont simples et peu coûteux , attendu qu’ils n’exigent qu’un seul labour et aucun sarclage ; les herbes parasites périraient dans un terrain submergé; de plus, pendant les trois années où le riz se succède ordinairement sur le même champ , les engrais sont inutiles, car l’eau les dissoudrait en pure perte et suffit seule à la végétation; aussi le profit du cultivateur est-il estimé au double de celui qu’il obtiendrait d’une

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récolte de céréales. Lorsque les semailles sont faites, on attend que les plantes aient acquis quelques décimètres de hauteur pour lever les écluses et inonder les carrés; elles croissent alors comme les espèces flu viatiles ou marécageuses et mûrissent à l’équinoxe d’automne. Vers l’époque de la maturité , on ouvre les écluses; l’eau qu’elles avaient retenue pendant cinq mois s’écoule, et la terre se durcit assez pour que les moissonneurs puissent descendre dans les carrés et couper la paille qu’on lie en petites gerbes, lesquelles restent longtemps en plein air afin que le grain sèche parfaitement ; cette précaution est d’autant plus nécessaire, qu’il se détache avec peine de la balle ou capsule qui l’enveloppe. Après les trois récoltes, la terre a besoin de repos. On la laisse inculte, et, comme on vient de le dire au sujet des prairies naturelles, la rizière se couvre de fourrage recueilli pendant deux années ; ainsi l’assolement est de cinq ans et ne demande qu’une seule fumure pour les herbes naissantes.

Le produit des récoltes du riz est si considérable, et se perçoit à si peu de frais, que les propriétaires n’ont pas voulu le partager avec des métayers. Les rizières s’afferment donc au prix moyen de 160 fr. l’hectare. Quelque élevé qu’il soit, les fermiers font encore de bonnes affaires ; on en voit même qui acquièrent, dans ce genre de spécula-

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tions, d’assez grandes fortunes. Mais en ce monde le mal est presque toujours à côté du bien ; cette culture si riche , ces moissons si abondantes sont extrêmement funestes aux habitants dont elles détruisent la santé. Pâles, affaiblis dès leur jeune âge, on les voit errer sur les digues en proie aux fièvres endémiques, attaquant surtout les ouvriers chargés de la distribution et du renouvellement des eaux pendant la chaude saison. Les moissonneurs euxmêmes n’en sont pas exempts, quoique travaillant sur un sol desséché, mais profondément imprégné de miasmes pestilentiels. Tout l’air des environs, corrompu par les eaux stagnantes, est encore plus dangereux que celui qu’exhalent nos étangs de la Bresse. Aussi les gouvernements italiens ont-ils borné la culture du riz et défendu son extension au delà des limites actuelles, ou du moins on ne peut déroger aux ordonnances sans obtenir une autorisation (1). v

(1) En Lombardie , l’hectare des rizières se vend 2,500 à 3,500 fr. ; mais, comme la valeur de la propriété foncière y est à celle de la propriété eu France dans la proportion de un à deux , et même à deux un tiers, il en résulterait que si*un hectare employé à la culture du riz vaut en moyenne en Italie 3,000 fr. , il vaudrait moyennement en France , et placé dans des conditions identiques , 6,000 fr. ; c’est-à-dire lorsque tous les travaux préparatoires , dans lesquels sont comprises les digues et les écluses pour l’introduction , la retenue et l’écoulement des eaux , seraient achevés. Nous établissons celte proportion, parce qu’en ce moment

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A partir des contreforts de l’Apennin, et à mesure que l’on pénètre dans les montagnes, la culture, les mœurs et les habitudes sociales de la population changent successivement et finissent par n’avoir aucune ressemblance avec celles de la plaine. C’est à cinq ou six milles de Parme , sur une ligne presque droite traversant le duché de l’est à l’ouest , que le calcaire remplace les terrains d’alluvion, et que le sol, commençant à s’exhausser, monte graduellement jusqu’au sommet de la haute chaîne , séparant le Parmesan et le duché de Plaisance du littoral méditerranéen et du golfe de la Spezzia, jadis appartenant aux Génois et faisant partie aujourd’hui des états du roi de Sardaigne. C’est là qu’apparaissent d’abord et se multiplient plus loin des hameaux et des villages ; car dans la plaine et sur les bords du fleuve prédominent les

on fait des essais aux environs de Narbonne pour y établir la culture du riz. Reste à ravoir si les fièvres endémiques si dangereuses qui l’accompagnent toujours n’y opposent pas un réel obstacle. Il ne faut pas tout estimer, en ce monde , selon le rendement aa poids de l’or; la force , la santé, la vie même des populatinns doivent être prises en première considération. Nous ne croyons donc pas que l’on puisse introduire celte industrie agricole chez nous, malgré les anciennes ordonnances qui l’interdisent, ou du moins jusqu’à leur abrogation. On vient de voir que, même en Italie , oà elle est une source de richesse et règne depuis si longtemps , on a été obligé de limiter les surfaces du sol qu’elle peut occuper.

APRICULTUQE. *5*

métairies éparses au milieu de Ja campagne ; mais sur les hauteurs, dont le climat et le peu ds champs cultivables qu’elles présentent n’ont point appelé les spéculations des capitalistes , presque tops les paysans possèdent, et par instinct d’utilité et de mutuel secours ils agglomèrent leurs habitations.

En gravissant les premières pentes, l’aspept du pays et sa végétation prennent up autre caraplèrp, *Sur les collines les céréales, la vigne, et le châtaignier qui commence à paraître, succèdent au* vastes prairies et aux arbres se plaisant à l’humidité; des ruisseaux coulent dans les vallons et l’on ue voit plus, dans les rigoles d’irrigation , d’eau immobile attendant le moment de fertiliser I4 terre ; cependant la Parma , le Tarn , la Trebbia descendent des monts les plus sauvages, et, rivières torrentueuses et vagabondes, élargissent constamment leur lit et ravagent souvent les yaljées qu’elles parcourent. Ces collines sont extrêmement peuplées ; mais en pénétrant plus avant dan? l’Apennin, les constructions deviennent moins nombreuses , moins grandes , et l’on n’aperçojî plus en lin que quelques modestes clochers , quelques agrégations d’humbles demeures qu’ombragent encore les châtaigniers. La vigne, le maïs ont disparu ; des plans trop inclinés, un climat trop froid répugnent à leur nature, et des pâturages de plus

l52 COMMERCE, MANUFACTURES.

en plus rares les remplacent; car les croupes accidentées de ces monts ne permettent pas les larges et fertiles pentes des Alpes. Les toits couverts de pierres plates, comme ceux des chalets de la Suisse et pour la même cause , annoncent la région des vents impétueux et le long séjour des neiges. La belle race bovine a disparu, ou si on la voit encore attelée à des chars, elle est venue de la plaine; des moutons, souvent à robe tachetée, prennent sa place sur un court gazon de montagne. Partout où un peu de fourrage trouve assez de fond pour végéter , il est fauché et conservé pour la provision d’hiver, destinée aux bêtes caprines et ovines et aux chevaux dont le pied, accoutumé aux terrains inégaux et rocailleux, est d’une extrême sûreté.

Outre les châtaignes, le montagnard se nourrit principalement du lait de ses bestiaux et des préparations caséeuses qu’il en obtient. Le pain de froment est regardé comme une nourriture de luxe, ne sert que pour les festins d’apparat, et vient du bas pays. Aux mets ordinaires il faut ajouter une substance alimentaire, d’abord répandue avec lenteur et devenue maintenant plus commune en quelques localités ; ce sont les pommes de terre, apportées par des gendarmes français, lorsque l’Etal de Parme passa sous le sceptre de Napoléon. C’est sur les versants méridionaux , touchant aux frontières de Gênes, qu’elles ont obtenu le plus de

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faveur. Les femmes élèvent des pigeons à demi sauvages pourvoyant eux-mêmes à leur subsistance; elles soignent aussi une grande quantité de ruches, dont la cire et le miel sont compris dans leurs échanges avec des cantons plus fertiles.

En général, cette robuste population des Apennins est éminemment industrieuse, caractère, au reste, propre à presque tous les habitants des montagnes ; elle suffit seule à ses besoins, fabrique ellemême ses meubles et ses instruments de culture ou de laiterie, file la laine de ses troupeaux, tisse ses vêtements, et, convertissant en charbon le bois des forêts, vend à la plaine tout ce que n’exige pas sa consommation ; mais sa principale ressource est dans l’émigration, chaque année, au printemps et jusqu’à l’automne; la plupart des hommes valides vont offrir leur travail aux Corses, aux Lombards, aux Toscans, et, à l’approche de la froide saison, rapportent dans leur âpre contrée un pécule assez considérable.

Noue ne pouvons donner au lecteur que peu de renseignements sur le commerce et l'industrie qui sont encore faiblement développés dans les Etats de Parme, et ce que nous venons de dire au sujet de l’agriculture contient, en grande partie, tout ce qui concerne le commerce, à peu près fondé uniquement sur les productions du sol ; de plus, les trois duchés, enclavés de tous côtés au milieu des terres, ne peuvent expédier leurs oiarchandises ou en recevoir qu’en traversant les lignes de douanes de la Lombardie autrichienne , du royaume de Sardaigne et de Modène; ils n’ont de communica-r tion directe avec la Méditerranée que par la belle route dernièrement exécutée à travers l’Apennin ; mais son extrémité passe à Pontremoli appartenant à la Toscane et à Sarzanna dépendant du littoral génois, et cette situation est peu commerciale, s’il est permis de s’exprimer ainsi. Une autre cause, rton pas agissante, mais au contraire opposant un temps d’arrêt, provient de l’ignorance où l’on est

COMMERCE, MANUFACTURES. l55

encore des ressources , des forces que procure l'esprit d'association. Chacun, ou du moins le plus grand nombre des manufacturiers , entreprend donc par lui-même ce qu'il peut faire, et nous avons déjà fait connaître combien les capitaux sont divisés ; cependant Parme, Plaisance et Guastalla ne restent pas complètement étrangers au mouvement industriel qui se développe en Italie , et ils sont en voie d'amélioration que nous signalerons avec plaisir, car nous portons un vif intérêt à ce beau pays, marchant il est vrai avec lenteur, et qui peut-être n’a pas tout-à-fait tort, vu sa constitution sociale et celle de la propriété. Puisse-t-il justifier le proverbe italien : Chi va piano va ta no.

La contrée n’est donc pas dépourvue de manufactures; elles suffisent même à la plupart de ses besoins ; seulement leurs produits sont en général de seconde qualité, principalement à l'usage des classes inférieures et moyennes et peu exportées. Quelques-unes cependant sont en voie de progrès et commencent à faire des expéditions au dehors. Quant aux familles riches, elles tirent principalement les objets de luxe de l’étranger. Voici le résultat des renseignements que nous avons recueillis, et nous commencerons par les exportations de l’agriculture en nous guidant d’après l'état officiel des douanes parmesanes de

l56 COMMERCE, MANUFACTURES.

1 844, que nous devons à la complaisance de M. le ministre des finances, baron Mistral!.

Là plus importante est sans contredit celle des animaux élevés sur les pâturages ou nourris de la récolte des glands et des châtaignes. L’exportation de l’espèce bovine, taureaux, bœufs, vaches, génisses et veaux, est arrivée à neuf mille quatre cent quatre-vingt quinze têtes et fait entrer une somme considérable, mais que nous ne pouvons évaluer exactement, attendu que la douane ne donne les nombres qu’en masse et ne fait pas connaître combien il est sorti d’adultes et d’élèves; distinction régulièrement établie en France, ainsi que celle des sexes, car la valeur des sorties en dépend. Mais en supposant que les bœufs destinés au labour et à la boucherie aient formé le tiers seulement de cette exportation, et nous ne croyons pas que nous l’exagérions, ce sont trois mille cent soixante émigrants ; leur poids ordinaire est de sept quintaux métriques, que nous réduirons à six, et leur prix, entre 80 et too francs le quintal, nous ne l’estimerons aussi qu’à 90. A ce compte, c’est une somme de 1 ,706,400 fr. qu’ils ont procurée à l’agriculture, et en y ajoutant la valeur des deux autres tiers, certainement 3, 000, 000 de francs au moins sont entrés dans le pays en 1 844*

Les porcs, soit de lait, soit parvenus à l’âge requis pour les salaisons, sont sortis, savoir : ceux

de lait, au nombre de six mille cent trois, et les autres de vingt-trois mille six cent quatre-vingttrois. Nous ne pouvons assigner une valeur aux premiers; mais on a déjà vu que les seconds se vendent au même prix que le bœuf, proportionnellement à leur poids dont la moyenne est de cent cinquante kilogrammes. Ils ont donc été payés 3,197,000 francs, et c’est le duché de Plaisance qui en a le plus profité, ayant à lui seul exporté dix-huit mille trois cent quatre-vingt-un de ces animaux; celui de Parme quatre mille neuf cent trente, et Guastalla trois cent soixante-douze.

Parmi les revenus que procurent au pays, non les exportations, mais une importation périodique et temporaire, il faut compter les troupeaux, quittant les maremmes toscans pour venir passer l’été dans les montagnes. Quelques bœufs, des chevaux, des mulets, au nombre de deux mille vingt, et trente-deux mille cinq cent cinquante-sept moutons ou brebis ont payé aux communes apennines un permis de pâture. Somme toute, l’exportation des bestiaux indigènes et l’entrée estivale des étrangers rapportent annuellement, en numéraire, aux trois duchés, 7,000,000 au moins; véritable richesse dont la source ne peut tarir et très-considérable, eu égard à la surface et à la population de la contrée.

Sujette, comme partout ailleurs, à augmenter

l58 COMMERCE, MANUFACTURES.

ou à diminuer, selon les besoins des pays limitrophes, la sortie des céréales, dans lesquelles sont comprises le froment, l’épeautre, le maïs, le sarrazin et même les fèves, a été de soixante-huit mille cent quatre-vingt-quatorze quintaux. Il est fâcheux que l'administration douanière, en agissant comme pour les bestiaux, ait continué à confondre, dans le même chiffre, toutes les espèces de grains. Si elle les eût séparées, sachant déjà que l’hectolitre de froment, pesant soixante-treize kilogrammes, vaut ordinairement de i5 à 16 francs, nous aurions connu pour quelle quantité il figurait dans les sorties et quel bénéfice l’agriculture en obtenait. Quant au riz, il est consommé par les habitants et il est loin de leur suffire. En 1844 > les duchés en ont reçu du Piémont et de la Lombardie quatre mille quatre cent vingt-deux quintaux.

Pour ne pas revenir sur ce qui concerne le commerce intérieur des bestiaux et des céréales, nous allons, d’après un tableau également officiel, faire connaître le mouvement moyen et décennal des marchés d’approvisionnement tenus annuellement à Parme, les mercredis et samedis, depuis 1822 jusqu’à i83i.

Froment 26,718 hectolitres.

Fèves 16,042

Maïs 45,338

Tôt ai

88,098 hectolitres.

C0MMÈRC8, MANUFACTURES. l5§

Pendant la même époque il est entré aussi sur le

marché :

Bœufs. ............. 2,561

Vsches. ............. 416

Veaux et génisses 4,480

Moutons 2,200

Agneaux et chevreaux 16,000

Porcs . . . . . < . 4,500

Total. ....... 40,157 tètes.

Cette moyenne nous parait bien forte pour une tille qui n’avait alors que trente à trente-deux mille habitants, et probablement, en tenant compte des entrées, on ne s’est pas occupé de ce qui est ressorti, faute d’acheteurs. De plus On doit ajouter à ces bestiaux vivants, l'achat et la consommation considérables des salaisons.

L’exportation de la soie a été de quinze mille quatre cent soixante-dix-neuf kilogrammes, ainsi divisée : onze mille cinq cent quarante-cinq en grège et trois mille neuf cent trente-quatre moulinée; le prix à Lyon, en i845, étant de 75 francs le kil. en moyenne, c’est donc i,i5o,925 francs, que la France a payés aux fileurs et mouliniers parmesans; car ils ne trouvent pas des acheteurs dans le Piémont et le Milanais, qui produisent de la soie au delà des besoins de leurs fabriques, et en vendent eux-mêmes chaque année à toute l’Eu-*

l6o COMMEBCE, MANUFACTURES.

rope. C’est ici qu’il convient de donner le tableau du prix de revient de la filature; car il n’est plus question de la matière première des cocons, mais de la main-d’œuvre qu’elle subit pour devenir grège et des bénéfices que doit espérer le manufacturier. Voici donc les calculs qu’on a bien voulu nous coirnnu niquer.

La soie se vend en écheveaux appelés matasse , et l’on peut, sur une mercuriale de cinq ans, estimer la livre parmesane (un tiers de kilo) qui emploie neuf à dix de cocons (1) à 19 fr. 60 c. ; chaque livre coûtait à Parme 20 fr. au cours abusif, au payement à terme, mais en réalité, à l’effectif 18 fr. 10 c. soit le kilogramme. . . 54 f. 3o c.

Il faut ajouter le droit d’exporta-

tion 2 »

Dépense d’emballage et transport, jusqu’à Lyon, par la diligence, à

60 c. le kilogramme i> 60

Escompte de place sur le paiement 12 pour cent 7 65

Provision du commissionnaire à Lyon, 1 pour cent » 55

A reporter 65 f. 10 c.

(1) En retranchant du cocon la chrysalide du papillon et la bourre extérieure, il ne lui reste qu’un huitième environ de son poids en soie propre è être filée.

COMMERCE, MANUFACTURES. l6l

Ci-contve 65 f. 10c.

Garantie de vente, lo star dcl crcdere, 2 pour cent i io

Coût approximatifdu kilogramme rendu à Lyon 66 f. 20 c.

Le prix de vente ayant été en moyenne en i845 7^ "

Il a dû rester de bénéfice, par kilogramme, environ 8 f. 8o c.

Soit sur le capital employé 12 p. o/o. Comme on le voit, le profit des fileurs ou spéculateurs est, en apparence , moins grand que celui des producteurs de cocons; mais, comme on l’a déjà fait observer , ceux-ci éprouvent des accidents qui souvent diminuent leur gain , et même les constituent quelquefois en perte; tandis que l’expéditeur, n’achetant qu’après la récolte achevée, en connaît le produit , la qualité et peut établir ses calculs en conséquence. Nous avons donné quelques développements , dans ce chapitre et dans le précédent, au commerce de la soie et à la production des cocons, parce que nous les croyons en voie de progrès, et qu’ils ne doivent pas être indifférents à la France. Tout ce qui tend à multiplier la matière dont se servent nos ateliers de soieries , tend aussi à en faire diminuer le prix et tourne à

notre avantage. Nous sommes persuadé que d’ici à quelques années les Etats parmesans jetteront une quantité notable de soies sur le marché français, et que la qualité en sera perfectionnée ; les habiles agronomes du pays eu sentent la nécessité.

Après ces trois produits importants de l’agriculture , passons aux minéraux du sol et aux objets manufacturés ne servant qu’à la consommation intérieure , sauf quelques rares exceptions.

Les mines de fer et de cuivre à Caneto sont ou pauvres en minerai ou mal exploitées. La seconde est encore moins productive que la première, qui cependant ne donnait, en i835, aux entrepreneurs que cent-cinquante mille kilogrammes de métal, et n’était affermée que 1,700 fr. par année. On n’allume les fourneaux, placés à deux milles et demi de la mine, que pendant cinq mois , et nous n’avons pu savoir la raison de cette interruption du travail. Le nombre des ouvriers employés, soit à l’extraction du minerai , soit à sa fusion , est de cent-cinquante , et l’on sent combien ils doivent faire peu de progrès dans l’art métallurgique , étant forcés pendant sept mois de chercher d’autres moyens d’existence.

Il faut entrer en plus de détails pour les sources salines de Salsomaggîore, qui peuvent acqué-

rir une grande importance , si dans l’avenir elles sont mieux administrées qu’elles ne l’ont été jusqu’à présent. Situées à vingt milles de Parme, au pied des contreforts de l’Apennin et baignant soülerrainement toute la contrée environnante , elles étaient connues des anciens Romains. Il paraît pourtant que leurs colonies, fondées sur la voie Emilienne, n’en tirèrent aucun parti , ou du moins n’y établirent aucune exploitation régulière j car on n’y trouve point de traces d’antiques travaux. Ce ne fut que sous la domination des Farnèses que l’on songea enfin à en faire l’objet d’une tentative industrielle. Des sondages pratiqués sur divers points des petites vallées accidentant les premières pentes des montagnes , l’eau saturée de muriate de soude jaillit de toutes parts , et l’on éleva des bâtiments pour opérer l’évaporation au moyen du feu. Il va sans dire que ces opérations imparfaites se ressentaient de l’enfance de l’art, et malheureusement elles sont encore aujourd’hui ce qu’elles étaient il y a deux siècles. Dutillot lui — même laissa , faute de temps sans doute, ces salines en dehors des améliorations dont il dota les trois duchés. Vers 1800, le dernier souverain de la famille des Bourbons fit réparer quelques-uns des édifices construits par les Farnèses ; mais l’unique et dispendieux procédé d’évaporation dans les chaudières fut maintenu, quoique l'on connût

l64 COMMERCE, MANUFACTURES,

celui de nos salines de Franche-Comlé, où des chutes répétées, des cascades artificielles commençaient par enlever une grande partie des eaux, et amenaient la dissolution à l’état de concentration , avant de la soumettre à la chaleur provenant des combustibles. Sous l’administration française, on conçut divers projets, que le cours rapide des événements ne permit pas d’exécuter , mais dont les traces existent encore aux archives. Marie- Louise elle-même, qui a fait accomplir tant d’utiles travaux , n’améliora point l’établissement de Salsomaggiore , et on assure qu’il a été question plusieurs fois de l’abandonner par des raisons d’intérêts financiers que nous devons expliquer.

La consommation annuelle, véritable ou apparente, des Etats Parmesans monte à cinquante-deux mille quintaux de sel , et on prétend qu’une fraction de cette quantité pénètre en contrebande dans un pays voisin ; cependant Salsomaggiore n’en fournit que douze mille, et les quarante mille complémentaires proviennent du sel marin apporté de l’étranger; or ce sel coûte au gouvernement environ 1 fr. 5o c. de moins par quintal que l’indigène, d’où il résulte que la production nationale est onéreuse. La seule considération, qui probablement a empêché l’abandon de ces salines, est née d’un sentiment d’humanité ; c’est que leur

COMMERCE, MANUFACTURES. i65

exploitation fait vivre un assez grand nombre d’ouvriers , et qu’une trentaine de mille francs est employée à l'achat de bois à brûler au profit de propriétaires d’une contrée pauvre; mais si cette fabrication constitue en perte le trésor, c’eslqu’elle^ est vicieuse; mieux conduite, elle pourrait et donner des bénéfices et produire davantage.

Montrons maintenant comment celte exploitation en est encore à se servir de moyens vraiment étranges, et tels qu’ils auraient pu à peine exister aux jours de la plus complète ignorance. Salso , bourg de quatre mille deux cents habitants , contient quarante-huit puits percés dans un terrain de tuf calcaire et bitumineux, et leur profondeur est do quarante et un mètres; ces puits, dont plusieurs sont intermittents, offrent en moyenne une dissolution saline de 1 1 degrc's , et le maximum pour un seul, qui donne plus d’eau que tous les autres ensemble, est de i4 3/i. Appelé pozzo délia rota (1), il s’épuise à l’aide d’une grande roue mise en mouvement par des hommes , procédé barbare et tout au plus applicable à des condaiuués aux travaux publics. Los autres, sont à grande perte de forces et de temps , épuisés avec des seaux, et le rendement total des trente-neuf en

(1) Puits Je la roue.

activité sur les quarante-huit, est de quatre-vingtcinq mille trois cent quinze hectolitres , produisant annuellement un million deux cent-trente mille kilogrammes de sel.

Dans un rayonnement de deux milles, les environs de Salso présentent troisautrespointsd’extractions, créés par les Farnèses, que l’administration française exploitait aussi, et qui maintenant sont abandonnés. On les nomme salso minore, pozzuolo et cento pozzi; à eux tous, leurs puits, au nombre de vingt-sept, n’ont jamais pu rendre , même aux ingénieurs français, plus de 2o5,i go kilogrammes, quautité insignifiante et qui légitime leurabandon. Restentdonc les douze mille trois cents quintaux de Salsomaggiore, vendus à raison de 3o fr. 48 c. le quintal. On prétend qu’une petite introduction en fraude par l’Apennin vient , au prix de 25 fr. , faire concurrence à la régie ; mais ce préjudice est minime. C’est dans cet état de choses qu’un Français a soumis aux ministres un projet de complète réforme pour toutes les salines en exploitation ou abandonnées , en créant des établissements nouveaux, en y appliquant des machines à vapeur et en substituant l’évaporation naturelle à l’artificielle par les procédés de la science moderne. Le promoteur de celte entreprise s’engagerait à construire, aux frais des inléressésqu’il représente, tous les édifices et appareils nécessaires à la nouvelle

exploitation, et à livrer à l’administration des finances un sel de qualité supérieure avec un rabais de i5 p. 0/0 sur le prix actuel de revient. Au mois d’août 1846, le gouvernement, prenant la proposition en considération, a nommé des commissaires chargés d’examiner la situation des salines, afin de pouvoir se prononcer en connaissance de cause. Les mêmes auteurs de ce projet créeraient, à Salsomaggiore des bains d’eau salée et consacreraient une somme annuelle et déterminée à la recherche du sel gemme , qui probablement doit exister dans une localité où surgissent tant de sources salines dès que l’on creuse des puits. Si cette opération réussit , elle affranchira le pays du tribut considérable qu’il paye à l’étranger pour se procurer du sel marin.

La recherche de la houille est encore d’un plus grand intérêt pour l’avenir industriel de la contrée; aussi lorsque nous avons quitté la capitale, des personnages notables s’y livraient-ils avec ardeur. Nous croyons donc , puisque nous en sommes à la statistique du commerce et des manufactures, devoir ajouter de nouveaux détails à ce que nous avons dit, en nous occupant de la constitution géologique du Parmesan.

Malgré des épreuves satisfaisantes , non sur la quantité , il est vrai, mais sur la qualité, beaucoup de personnes doutent toujours que l’on puisse

trouvée de puissants filons dans ce terrain tertiaire ; et, en effet, on n’a rencontré jusqu’à présent que de petits gisements comme éparpillés et bi •isés par des convulsions du sol. C’est ainsi qu’à Varanomelegari, sur une étendue de quatre milles, on voit une stratification présentant les plus bizarres preuves d’un énorme bouleversement. Les couches de grès et de schiste, indices ordinaires du charbon minéral, suivent tous les rhumbs de la boussole, toutes les directions depuis l'horizontale jusqu’à la perpendiculaire, et offrent à l’observateur une véritable chaos. C’est sur ce terrain , si accidenté, qu’a été extrait, en 1 845» le combustible appelé litanthrace ; mais malheureusement il a été perdu presque aussitôt que découvert, et ce mince filon était sans doute un de ces éparpillements, résultat des soulèvements et fractures des stratifications inférieures. Certainement , on en pourra retrouver beaucoup d’autres et reste à savoir si leur puissance ou leur continuité permettra de couvrir les frais d’exploitation ; car c'est là toujours la véritable question lorsqu’il s’agit d’extraire du minerai ; toutefois, on ne saurait affirmer que tous les filons aient des allures aussi insolites, et il y a lieu d’espérer qu’il existe des dépôts plus considérables dans les couches plus régulières des collines et des premières pentes de l’Apennin ; car c'est dans une situation analogue et dans la

même chaîne de montagnes qu’on exploite maintenant en Toscane du charbon fossile.

Les premières recherches datent de cinq ans; elles furent entreprises par suite de quelques découvertes dues au hasard et commencèrent sur différents points, grâce à l’initiative de deux ou trois particuliers. Ces travaux, partiels et peut-être mal conduits , eurent peu de succès quant au profit qu’ils procurèrent aux exploiteurs ; toutefois , on en retira l’avantage de pouvoir contredire formellement l’opinion de minéralogistes étrangers, qui affirmaient que l’Apennin, et surtout sa partie traversant le duché , ne contenait point de véritable houille , mais seulement des lignites. Il est certain pourtant que l’on extrait de plusieurs localités des échantillons de première qualité, que les Anglais nomment charbon-chandelle, parce qu’on peut eu tenir à la main un morceau dont le bout opposé est enflammé. Encouragée par ces découvertes, une société anonyme s’est formée, en 1846, pour la recherche, l’excavation, la vente du combustible-fossile et d’autres minéraux. Appuyée par la chambre de commerce et légalement reconnue par le gouvernement, elle vient d’acquérir plusieurs points du sol où la houille s’est révélée et commence ses travaux; ils peuvent être de la plus haute importance, car, outre leur utilité pour l’industrie et le développement qu’elle en recevrait, le

charbon minéral remplacerait, dans les ménages, le combustible ligneux que d’imprudents déboisements rendront de plus en plus rare.

C’est aussi à un Français que l’on doit la formation de cette société, et qui lui donne une active et courageuse impulsion au milieu d’une population vouée presque exclusivement à l’agriculture, et ne voyant pas sans étonnement qu’on demande à ses fertiles campagnes d’autres éléments de richesses. Au reste tout le monde, à Parme, ne partage pas ce dédain. Des actionnaires nationaux prennent part à l’entreprise et le gouvernement la protège.

Il paraît aussi que les recherches pour la houille ont amené la découverte de l’espèce de bitume connu sous le nom d’asphalte; au moment où nous écrivons ces lignes (le 3o août 1846), un privilège est sur le point d’être accordé par l’autorité supérieure à un troisième de nos compatriotes qui entreprend cette exploitation.

Enfin , on achevait aussi , à la même époque , une usine à gaz, pour l’éclairage d^la capitale, et construite encore par une compagnie lyonnaise , qui avait déjà obtenu du roi de Sardaigne la concession de Nice et d’Alexandrie. Les abords du palais ducal, les places, les rues principales, le grand théâtre, les hospices et la plupart des établissements publics vont participer aux avantages de ce progrès industriel , dont la France semble actuel-

lement doter tout le midi de l’Europe. La société en possession du privilège avait réservé , pour les Parmesans, un certain nombre d’actions qui ont été accueillies avec plus de faveur qu’on ne pouvait peut-être l’espérer dans un pays uniquement occupé jusqu’alors de spéculations relatives à l’agriculture. Il est juste, toutefois, d’accorder une grande part de ce succès au podestat de la ville, à M. le comte Cantelli, qui a donné l’impulsion aux esprits et chaleureusement soutenu l’entreprise. On nous écrit qu’il est aussi en traité pour laire conduire à Parme des masses d’eau potable , perdues maintenant dans les vallées de l’Apennin, et laissant une population de quarante mille âmes réduite au plus strict nécessaire. On parle enfin d’heureuses améliorations projetées pour le pavage ou dallage des voies publiques, et toujours dues à la louable et persévérante initiative de ce jeune et habile administrateur. Nous sera-t-il permis de dire que , sans le mouvement imprimé par des Français, sans l’exemple de leur naturelle activité, cette belle contrée serait restée encore longtemps dans une espèce de somnolence.

Après être entré dans ces détails sur les grands objets de commerce provenant de l’agriculture et les industries naissantes qui peuvent prendre une heureuse extension , donnons maintenant la brève nomenclature des produits manufacturiers dans

les duchés, et dont plusieurs suffisent à la consommation intérieure.

Au premier rang, plaçons d’abord le tissage des toiles de chanvre, fabrique, pour ainsi dire, universelle, les cultivateurs confectionnant ces tissus communs à domicile, ou pour les porter au marché, ou pour la famille et le ménage. D’après les douanes, il n’en sort point, et l’importation est insignifiante.

Il en est de même du papier, occupant plusieurs papeteries dans les duchésde Parme et de Plaisance; elles donnent d’assez rnédiocres qualités secondaires, comme en général toutes les fabriques analogues de l”Ilalie, qui, malgré sa prétention d’avoir inventé le papier de chiffons, ne l’a pas perfectionné et reste tributaire, pour le superfin, de la France et de l’Angleterre. L’entrée et l’exportation se balancent, et se réduisent, la première à soixante kilogrammes et la seconde à cinquante-deux; ce qui prouve que pour l’impression et la correspondance on se contente des produits nationaux.

Deux fabriques de draps ; une, que le gouvernement entretient pour l'habillement des troupes et livrant au petit commerce le surplus de sa production ; l’autre, à Plaisance, de diverses espèces de lainage; mais le drap de première qualité vient de l’étranger, et, en i 845, l’introduction s’est élevée à 464 quintaux métriques.

Chapeaux de feutre , suffisants par la qualité et la quantité ; exportation et importation nulles.

Chapeaux de paille à Luzzara et la Rota près de Guastalla. — Comme en Toscane, comme dans tous les pays où Ton fabrique ces chapeaux , on ne les confectionne point, quant à ce qui concerne les tresses dont ils se composent, dans des ateliers; mais ce sont des femmes qui s’occupent, entre les soins donnés à d’autres travaux, de ce tressage, et utilisent, avec profit, des moments de loisir. Celte fabrication répond à toutes les demandes du pays et n’a point de rivale dans la concurrence étrangère ; cependant elle n’approche pas encore de la perfection des ouvrages similaires de Bologne et surtout de Florence.

Les soieries ont fait assez de progrès pour avoir fourni les ameublements destinés au palais de la souveraine. Cependant il en est encore entré, de soie pure ou mélangée, trois mille deux cent quarante-deux kilogrammes.

Les étoffes de coton de toutes espèces ne paraissent pas prospérer, car l’importation s’est élevée à deux mille six cent douze qufntaux , soit 261,200 kilogrammes.

Les pierres lithographiques de Langhirano et de Pugnetolo sont renommées pour la finesse de leur grain et se répandent en Lombardie.

Des verreries sont établies à Santo-Donninoet à

Parme, et celte capitale possède aussi une manufacture de faïence dont le travail semble devoir suffire à peu près aux besoins du pays; puisque quatre cent quatre-vingt-dix-sept quintaux seulement de cette vaisselle et de poterie ont été reçus de l’étranger, ce qui est peu pour une matière si pesante et par sa fragilité sujette à destruction.

A Plaisance, fabrique de céruse ( carbonate de plomb).

il paraît que la tannerie est dans un état prospère, et que la dépouille des animaux du pays procure un approvisionnement qui lui suffit ; car l’introduction des peaux et des cuirs est insignifiante; elle se réduit à un millier de quintaux et doit compter à peine dans la consommation de cinq cent mille habitants.

La fabrique de poudre à canon, à Montechiarugolo, produit annuellement dix à douze mille kilogrammes.

La manufacture de tabac appartient au gouvernement, comme à tous ceux de l’Europe continentale, et il n’y a pas de monopole plus innocent; car il se fonde sur un besoin factice et créé seulement depuis deux siècles. Il paraît que les duchés fournissent toutes lesfeuilles nécessaires à la fabrication, et son importation est zéro à la douzième catégorie des douanes.

Pour ne point fatiguer le lecteur, contentons-

COMMERCE, MANUFACTURES. Ij5

nous de citer les savonneries, la carrosserie, la fonte des métaux appliquée aux instruments usuels, aux bronzes et aux cloches, la bijouterie et l’orfèvrerie communes, la sellerie, la fabrication des pianos, remarquables par leur bon marché et qui se répandent en Italie concurremment avec ceux d’Allemagne ; le blanchiment de la cire et le moulage des cierges et des bougies que la splendeur du culte rendent assez considérables. Mais nous devons faire une mention plus particulière de la typographie.

Parme possédait, il y a quelques années, neuf imprimeries, Plaisance deux, Santo-Donninoune, Guastalla la treizième, et, sur un si grand nombre, plusieurs sans doute avaient peu d’importance; toutefois l’art typographique est en honneur dans le pays, et l’on s’y souvient de la célébrité qu’il dut à Bodoni, dont les magnifiques éditions ornent toutes les précieuses bibliothèques. Il se distingua surtout par la beauté de ses caractères italiques que personne n’a pu surpasser et peut-être égaler (1).

(1) Bodoni, né à Saluzzo dans le Piémont, en 1740, mort en 1813 à soixante-quatorze ans, fut le plus habile imprimeur du dix-huitième siècle, et surpassa son contemporain l'espagnol Ibarra; sous sa direction, l’imprimerie de Parme acquit une réputation européenne. Ses plus remarquables éditions sont celles d’Homère, d’Anacréon, de Virgile, de Boileau, de La Fontaine, les

Parmi ces manufactures, que nous venons de passer rapidement en revue, plusieurs ont adopté les machines et les perfectionnements nouveaux ; ils sont appliqués surtout à la fabrique de drap, à Parme, à la manufacture des tabacs et au tissage des soies.

Les droits perçus, en 1 844 ? sur l’importation, ont rendu au fisc 959,789 fr. et ceux d’exportation i63,3g3 (1). Reste à savoir s’il est d’une bonne économie politique de frapper de taxe de sortie les produits d’une contrée où la grande industrie manufacturière a besoin d’être encouragée. Ainsi la soie aurait-elle dû payer 27,125 francs sur les quinze mille quatre cent soixantedix-neuf kilogrammes exportés en i8^4? c’està-dire deux et demi pour cent de sa valeur. Que l’on supprime ce droit, et celte soie pourra se vendre en France deux et demi pour cent meilleur marché, le profit de l’expéditeur restant le même; certainement alors les fabricants lyonnais la préfé-

Epilhalamia linguit exolicit reddita , et I >Oralio dominica, in CLP' lingual versa et exolicit characteribus plerumque expretsa, ouvrage étonnant par le nombre de compositeurs el de correcteurs qu’il exigea. A la beauté des caractères et du papier, Bodoni joignait la fidélité du texte. Le prince Eugène, vice-roi du royaume d’Italie sous Napoléon, combla d’honneurs 'a vieillesse de cet habile artiste.

(t) La recette des droits provenant de l’importation n’était, d’après le colonel Serrislori, que de 730 à 800,000 en 1836. Il y a donc eu augmentation du mouvement commercial.

commerce, manufactures. 177

reront à toutes celles de semblable qualité. Rien ne pourrait exciter davantage la production parmesane.

Parme et Plaisance possèdent des chambres de commerce qui remplissent aussi les fonctions de société d’agriculture.

A la fin de ce chapitre, nous ne pouvons nous empêcher de faire mention d’une singulière manufacture dont nous avons visité les débris, car elle n’existe plus, tombée qu’elle est sous une opposition, un mauvais vouloir que nous ne pouvons nous expliquer, puisque sa fondation avait uniquement un but de charité. C’est celle des strucci ou tissus de copeaux de bois.

Son auteur, le chanoine Platsteiner (1), d’origine allemande, mais dont la famille était fixée «à Parme, repoussant toute idée de bénéfice, ne l’avait établie que pour procurer un salaire à de pauvres orphelines, faisant ainsi l’aumône la plus utile, la plus intelligente, celle que procure le travail. Sous l’administration française, celte entreprise prospéra, reçut des encouragements de la part du gouvernement , et prit même une telle extension qu’elle envoyait de ses produits en France et dans une partie de l’Europe. C’était une véritable ri-

(t) Nous croyons bien que c’est son nom, et nous regrettons de ne pas l’avoir correctement écrit sous 6a d:ctée.

v. • la

ahesse pour le pays, et obtenue avec de bien minimes capitaux et une matière à si vil prix, le bois de saule, que, de la main d’œuvre, ressortait l’entière valeur de l’objet manufacturé. M. Platsteiner en eut seul l’idée, et seul inventa les ingénieuses machinesquidevaient amenerun troncd’arbre à se convertir en tresses de chapeaux ou en légères étoffes. Voici quels étaient ces procédés que démontre encore l’outillage acheté par ordre de Marie-Louise.

Le bois de saule récemment coupé, dans le temps de sa végétation et de l’ascension de la sève, était d’abord scié et réduit en soliveaux de quelques pouces d’équarrissage ; puis chaque soliveau était placé horizontalement et fixé sur une table au moyen d’une rainure. Alors un rabot, mis en mouvement par un va-et-vient, enlevait des copeaux de toute la longueur de la pièce soumise à son action et ne leur donnait, par une pression graduée, que l’épaisseur requise pour l’usage auquel on les destinait. Il en était de si minces qu’ils en devenaient transparents comme de la gaze; une fois réduits en cet état, deux autfes machines opéraient sur eux. La première, armée de sécateurs qu’on pouvait écarter ou rapprocher à volonté, les divisait longitudinalement et les convertissait en lanières de plusieurs numéros, selon qu’ils devaient servir à faire des tresses plus ou moins fines pour des chapeaux semblables h ceux de Florence. Nous

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avons examiné quelques-uns de ces chapeaux que l’on conserve encore, qui, réunissant toutes les conditions de ceux fabriqués en paille, se vendaient à meilleur marché. La seconde machine produisait, par une division encore plus grande, des fils pour le tissage des toiles. Comment cette fabrication si facile et donnant une occupation lucrative à des enfants, à de pauvres filles, a-t-elle cessé? Le voici, et nous le disons à regret, le clergé avait vu de mauvais œil un prêtre s’occuper de manufactures, quoiqu’il n’en retirât aucun profit, et lorsque Parme cessa de subir les lois françaises, on suscita de si pénibles obstacles à M. Platsteiner qu’il dut renoncer à son entreprise. Il vivait encore en i845, et nous avons eu l’honneur d’être reçu par ce vénérable vieillard, doué du génie de la mécanique et regrettant toujours le bien qu’il aurait pu faire.

En terminant cette statistique des Etats parmesans, que nous avons rendue aussi exacte et aussi complète que les documents qu’on nous a confiés et nos propres observations ont pu le permettre, ne passons point à l’examen d’une autre contrée, sans payer un juste tribut d’éloges à deux ministres qui ont beaucoup contribué à la prospérité du pays par l’impulsion qu’ils donnèrent à l’agriculture, aux travaux publies, même à l’industrie manufacturière, et par l'équation qu’ils surent établir

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entre les recettes et les dépenses. L’un était Français, et l’autre fit ses premières études administratives à l’école française.

Le premier, Dutillot, était fils d’un habitant de Bayonne , attaché au duc d’Anjou devenu roi d’Espagne , et fut compris dans la maison de don Philippe de Bourbon, lorsque ce prince alla prendre possession des Etats de Parme. Son instruction, sa parfaite probité, un désintéressement porté à l’extrême, une rare capacité et son caractère aimable lui procurèrent la constante faveur de l’infant. D’abord, son conseiller intime et ensuite ministre d’état et du trésor, ce fut sur lui que le souverain se reposa du soin des principales affaires, et il s’en acquitta dignement. Sans augmenter les impôts , il parvint à éteindre les dettes et assura l’exact paiement des services publics, toutes choses inconnues sous le gouvernement des Farnèses. Une fois les finances mises en ordre, il tourna ses vues du côté des manufactures, entièrement ignorées dans un pays qui tirait du dehors tous leurs produits ; il créa donc des fabriques pour les premiers besoins de la population , même quelquesunes deluxe, telles que celles des soieries, et y parvint en introduisant la culture des mûriers et la filature de la soie, rendant ainsi un notable service à l’agriculture qui sera toujours le goût dominant des Parmesans. Il est vrai qu’après lui, cette culture

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fut presque anéantie; mais la tradition en était restée, et, comme on vient de le voir, elle acquiert actuellement une nouvelle faveur. On dut aussi à Dutillol l'exploitation des mines de fer. Après avoir donné sa première attention au nécessaire, il encouragea également les lettres et les sciences, fonda le jardin de botanique, chargea, en 1763, Paciaudi de recomposer la bibliothèque ducale, dont la richesse s’éleva bientôt à cinquante mille volumes, et ce fut sous ses auspices que la célèbre imprimerie de Bodoni et l’académie des beaux-arts prirent naissance. Mais après la mort de don Philippe, son ami plutôt que son maître , une intrigue de cour le précipita du pouvoir, et l’homme d’état qui servit presque gratis sa patrie adoptive, qui ne voulut jamais accepter les émoluments des diverses chargés qu’il exerçait et se contenta toujours d’un seul et modique traitement, se retira en France sans fortune et y vécut d’une faible pension que même des ingrats n’osèrent lui refuser; mais, presque voisin de la pauvreté, il se vit entouré de l’eslime de tous les gens de bien, décoré par le roi du grand-cordon de Saint-Louis et jouissant d’une réputation européenne ; et c’est de lui qu’un spirituel écrivain (1) a dit qu’en France il aurait pu de-

(I) M. Jules Comte, à qui nous avons emprunté ces renseignements sur Dulillot.

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venir un Sully, et qu’à Parme Sully n’eût été que Dutillot. Enfin l’heure de la justice arrive, sinon toujours du vivant de celui à qui elle est due, au moins lorsqu’il n’est plus, car alors l’envie et la haine se taisent. Sa mémoire, longtemps poursuivie par ses ennemis, est aujourd’hui universellement honorée à Parme, et son portrait, gravé depuis peu pour la première fois , est placé dans presque toutes les bonnes maisons.

Le second ministre , M. le baron Mistrali , est mort à son poste en i845, et peut-être l'opinion publique ne reconnut-elle point de son vivant ses mérites comme elle le devait ; car nous avons entendu faire quelques reproches à son administration, qui nous semblait, au contraire, digne d’éloges et conforme aux vrais principes de l’économie politique, science encore ignorée du plus grand nombre des Parmesans. Notre reconnaissance pour l'accueil qu’il daigna nous faire et les utiles documents qu’il nous a procurés nous impose donc le devoir de retracer brièvement les services de cet homme d’état.

Ainsi que Dutillot , ministre des finances , il sut, comme lui, y rétablir l’économie, l’ordre, une exacte comptabilité , favoriser l’agriculture , le commerce et mourut aussi sans fortune ; mais d’une conception prompte, actif, assidu à ses devoirs , comme son prédécesseur , il connut mieux

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les préceptes administratifs, commerciaux et du crédit public, résultats de l’expérience acquise depuis un demi-siècle. Formé aux affaires dans l’administration française, où il remplit les fonctions de sous-préfet, il en conserva la régularité, et, appelé à entrer, en i8i5, dans celle de l’impératrice Marie-Louise, sa connaissance de l’opinion et des vrais besoins du pays contribuait à le laisser jouir des principales dispositions de nos codes , de nos poids et mesures et du système décimal de nos monnaies. Par sa bonne direction financière et avec un minime budget, il put diminuer plusieurs droits de douane , surtout ceux dont l’exportation était frappée, donner une heureuse impulsion aux travaux publics et fournir les fonds nécessaires à la coûteuse et magnifique route qui traverse l’Apennin et met enfin le duché en communication avec la Méditerranée; et, bien peu de temps avant sa mort, nous l’avons vu encourager les grandes entreprises industrielles dont nous venons d’entretenir le lecteur. Comme pour Dutillot, aussi le moment de l’entière justice est venu pour M. Mistrali ; mais heureusement elle n’a pas été si tardive, et la souveraine, qui apprécia toujours ses talents et l’honora de sa confiance, lui décerna, aux frais du trésor, de somptueuses funérailles. Terminons sa courte biographie en disant qu’il réunissait tout ce qui constitue le vir probus et dicendi perilus ; car

à sa haute probité, à son désintéressement, à sa capacité pour les affaires , il joignait un esprit vîf , orné de connaissances variées, et une élocution facile et brillante.

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