‹ Voyage dans l'Italie méridionaleChapitre 27 sur 80 · DUCHÉ DE MODÈNE · texte numérisé non relu

DUCHÉ DE MODÈNE

GEOLOGIE , SUPERFICIE ,

POPULATION , ADMINISTRATIONS, INSTRUCTION PUBLIQUE, ÉTABLISSEMENTS DE BIENFAISANCE, AGRICULTURE, INDUSTRIE, COMMERCE.

Comme le territoire de Parme, celui de Modène est divisé en deux parties distinctes, la plaine et la montagne, n’ayant géologiquement aucune ressemblance entre elles, différentes par leurs produits et chacune égale à peu près en superficie. La première au nord est un terrain d’alluvion , et la seconde toute calcaire et aréneuse n’élève ses sommets qu’au midi, sur les rivagesde la Méditerranée. De leurs versants septentrionaux le sol va toujours en s’inclinant et rencontre enfin les basses terres s’étendant jusqu’aux bords du Pô, dont le

1 86 GHOLOGIE, SUPERFICIE, POPULATION, cours forme un tiers environ des limites nord de ce duché. Avec sa réunion à Massa et à Carrara, qu’un mariage fit entrer dans les domaines de la maison régnante , la surface du pays n’est que d’uii million cinq cent soixante-dix milles italiens de 6p au degré, et une mesure française de quatorze myriamètres et demi en longueur et de cinq seulement en moyenne largeur; soit, en lieues anciennes de poste , trente-cinq dans un sens et onze et demie dans l’autre.

La capitale est située par 44 degrés 38 minutes de latitude, et î degré 44 minutes en longitude, à partir de l’observatoire de Milan. A zéro le baromètre s’y tient à 28 pouces iji de ligne, et la température moyenne, calculée sur le thermomètre de Réaumur, est de îo degrés i/ répondant à 12 t/a centigrades ; il est bien entendu que c’est celle de la basse contrée , car le climat du pays montagneux est assez rigoureux pour que l’hiver et les frimas y durent plusieurs mois. L’élévation de Modène au-dessus du niveau de la mer est de quarante et un mètres , et nous avons choisi cette position comme indiquant assez exactement la hauteur de la plaine , dont la pente est presque insensible jusqu’aux rives du Pô.

Outre ce fleuve longeant le duché sur une de ses frontières, deux rivières principales traversent la contrée du sud au nord. Ce sont le Panaro ,

GÉOLOGIE, SUPERFICIE, POPULATION. 187 navigable de Modène au Pô, où il se jette après un parcours de trente milles, et la Secehia, commençant aussi à porter bateau à Ponte-Basso près de la capitale. A ces deux artères de la navigation, il faut ajouter le canal Tassoni qui prend naissance à Maucasale, distant de deux milles de Reggio, et qui va se confondre avec le Cristolo se réunissant luimême au grand fleuve aux environs de Guastalla. Cette voie de communication demi-artificielle , demi-fluviatile, a treize milles de longueur ; mais à ces cours d’eau, qu’on pourrait appeler réguliers, se joignent les torrents descendant des flancs de l’Apennin, et qui, s’ils font du mal par leurs crues subites et souvent énormes , le rachètent du moins en fournissant l’alimentation à plusieurs canaux d’irrigation. L’Enza est le plus considérable, et son lit si large et couvert de galets atteste la force de son courant lors de la saison des pluies et de la fonte des neiges apennines. Nous ne parlerons pas des torrents ou plutôt des ruisseaux sujets aux débordements , s’écoulant des versants méridionaux sur les principautés de Massa et de Carrara ; leur cours n’est que de quelques milles et n’a jamais vu une barque le sillonner ; cependant ils servent aussi aux arrosements.

La terre végétale de la plaine est éminemment fertile, et recèle, à la profondeur de 10 à 2t mètres, une immense nappe d’eau souterraine,

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et si constamment renouvelée, que les forages multipliés n’y causent aucune diminution. Il est probable qu’elle est alimentée par le double écoulement descendant des Alpes lombardes au nord et au midi de l’Apennin; aussi, de temps immémorial, la fait-on jaillir pour l’arrosage au moyen de puits creusés à cet effet. Ce sont de véritables puits artésiens , mais que nous devrions appeler modénois , car ils ont certainement les honneurs de l’antériorité sur ceux de notre département du Pas-de- Calais; l’eau qu’ils fournissent sert surtout à l’arrosement des jardins et de la petite culture. L’irrigation des prairies provient des canaux.

Les routes sont belles , solidement établies et bien entretenues , et, quant à leur entretien, nous pensons qu’il doit être peu coûteux, attendu qu’elles éprouvent moins de dégradations qu’en France par le roulage et le gros charroi ; c’est à peine si à longue distance on rencontre une voiture pesamment chargée. Indépendamment de ces grands chemins, traversant la plaine de l’est à l’ouest et du nord au midi, et tendant vers la Toscane, Parme, Ferrare, la Lombardie et le Piémont, trois communications ont clé ouvertes dans les Apennins et aboutissent à la Méditerranée : savoir , la première, celle de Reggio à la Spezzia , mettant en rapports agricoles et commerciaux le centre du pays et le littoral; mais il n’y a point de service

de poste ; la seconde allant de Modène à Livourne par Pistoja dans le même but, et la troisième partant aussi de la capitale, pour se rendre également, par une direction différente, au même port, dont les relations avec le duché sont si importantes; mais, sans être détruite, elle n’est plus à l’état d’entretien , et nous n’avons pu savoir le motif de cet abandon.

Le chiffre de la population a présenté beaucoup d’incertitude aux écrivains qui s’en sont occupés, tels que M. le comte de Serristori et le chevalier Balbi, et même en présente encore. M. Serristori, dans sa deuxième édition, le porte en *836 à 470,000, en déclarant que c’est le seul recensement connu. Le chevalier Balbi, dans ses Eléments de géographie , publiés en 1 844 > dit que le nombre des habitants est de 409,000; mais, suivant les données les plus récentes , cette population serait actuellement de 396,000 âmes ainsi réparties.

Province de Modène 230,000

Province de Reggio 100,000

Carfagnana 30,000

Lunigiana 14,000

Ma>sa el Carrara 22 000

On le voit , aucun de ces chiffres ne concorde et ils vont en diminuant depuis i836 jusqu’à

igO GÉOLOGIE, SUPERFICIE , POPULATION.

i845 5 mais, comme nous avons quelque raison de croire que le dernier est exact, il s’ensuivrait que le recensement de 1 836 est fautif ; car il n’est pas probable , lorsque la population augmente graduellement dans tous les Etats italiens , que celle de Modène ait subi en neuf années l’énorme diminution de 88,000 habitants , suivant le recensement invoqué, et même de 11,000 de i844* i845, sans qu’elle fût légitimée par quelque cause fatale , et il n’en a point existé. Au reste si le gouvernement modénois publiait annuellement le tableau numérique de sa population, ainsi que le font le royaume Lombard -Vénitien, la Toscane, Naples et Lucques, ces divergences des statistiques n’existeraient pas, et aucun inconvénient ne résulterait de leur concordance. Dans un recensement il n’y a rien de politique.

Cette population est fort inégalement répandue sur la surface du duché et agglomérée en proportion de la fertilité du sol, car elle s’adonne presque exclusivement à l’agriculture, et ne possède que des manufactures d’une faible importance ; aussi les possesseurs de biens-fonds forment-ils à peu près le quart du nombre des habitants, qui montent , d’après nos documents , à 33o,ooo dans le plat pays, et à 66,000 seulement dans les montagnes et sur le littoral , quoique ces contrées égalent à peu près la plaine en élen**

due. Néanmoins Massa et Carrara, situées dans cette zone, font une exception ; ils possèdent une terre féconde et jouissent d’un climat d’une douceur extrême; mais leur territoire exigu, resserré par la mer et les pentes abruptes de la grande chaîne traversant longitudinalement toute la Péninsule, ne peut contenir que vingt-deux mille colons; il en reste donc quarante-quatre mille pour la montagneuse et stérile Carfagnana'et la vallée de la Magra , appelée Lunigiana ; c’est là cependant sur ces versants méridionaux que se trouvent le plus d’ardeur et d’habileté pour la culture , surtout à Massa où le paysan sobre, patient, infatigable, ne laisse jamais son champ se reposer. Peut-être doit-il ces qualités à la race dont il sort , et conserve-t-il encore du sang étrusque , tandis qu’en plaine la souche lombarde semble prédominer , non qu’elle sacrifie à la paresse, et l’aspect de ses compagnes prouve qu’un reproche à cet égard serait injuste; mais nous croyons qu’elle n’a pas cette ténacité, cette constance incessante au travail dont Carrara et Massa donnent l’exemple; la première localité, pour la pénible extraction du marbre de ses carrières, et la seconde, pour l’agriculture en général des deux côtés de l’Apennin. La population est de taille moyenne , mais bien faite, musculeuse, robuste, et, comme dans le Parmesan, le sexe masculin l’emporte en beauté sur le fémi-

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