‹ Voyage dans l'Oberland bernois (volume 2)Chapitre 1 sur 17 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

VJE n'est pas sans inquiétude que j'ojfFre au Public cette seconde partie de mon Foyage dans rOherlaiid, qui, contre mon attente, s'est beaucoup plus alongëe que la première. Une foule de matériaux que j'avais sous les yeux, et qui se sont encore multipliés considérablement pendant que j'écrivais , m'a mis sans cesse dans l'embarras du cboix : plusieurs circonstances ayant engagé l'Editeur à hâter l'impression de cet ouvrage, je n'ai pas eu le tems suffisant pour en faire une révision plus sévère et pour le rédiger avec plus de concision.

Obligé de lutter (si j'ose m'exp rimer ainsi) contre d'anciens renseignemens et de nouvelles observations, je suis tombé quelquefois dans une prolixité, que je condamne moi-même. D'un côté, j'avais l'intention de ne pas passer tout-à-fait sous silence ce que mes prédécesseurs , qui ont écrit sur l'Oberland , avaient déjà indiqué , parce qu'il m'était permis de supposer qu'il ne serait pas commode aux étran-

gers qui font ce voyage de se charger de plusieurs ouvrages ; de l'autre côté , afin d'échapper au reproche de n'avoir fait que répéter ou reproduire des descriptions antérieures , je voulais en donner de récentes et indiquer avec plus d'exactitude des ohjets déjà connus. En poursuivant ce douhle but, mon livre est devenu plus volumineux qu'il n'aurait du l'être, bien que j'en aie retranché avec regret un supplément de quelques Mémoires scientifiques, dont je voulais l'enrichir, tels qu'une Dissertation de M. le Professeur Meisner, sur la Zoologie de nos Alpes , un coup-d'œil général sur la Géologie de l'Oberland, un Mémoire botanique sur les plantes alpines par M. Seringe , dans l'espoir de voir bientôt le Public en possession de ces ouvrages estimables. J'ai aussi supprimé un Mémoire , résultat de mes propres recherches sur ht signification originaire des noms des montagnes de l'Oberland , quoique j'eusse reçu du savant et respectable Doyen Stalder des notices très-intéressantes, qui. auraient pu mériter, à cet essai, l'approbation du Public.

Mais ces omissions donneront peut-être d'autant moins de regrets à ceux de mes lecteurs

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qui ne se livrent pas à l'étude particulière des langues et de la nature , qu'elles diminuent pour eux le prix de ce livre.

On y a substitué une table des matières assez complète, par ordre alphabétique, qui pourra être utile aux personnes qui ne feront pas le voyage dans le même ordre que l'Auteur.

Je devrais peut-être aussi me justifier d'avoir consacré autant d'espace à la description des beautés de là nature. Mais je me suis laissé guider par le savant et spirituel Stapfer (voy. son yojage pittoresque p, 88)^ quoique je n'aie nullement la prétention d'avoir satisfait à ce qu'il paraît exiger djin auteur qui veut introduire ses lecteurs dans le domaine de la belle nature lorsqu'il dit : « C'est un art, comme « un autre, que celui qui nous apprend à K jouir des beautés de la nature. Il suppose « un esprit cultivé, une ame sensible; il faut ic qu'un guide, dont le goût ait été épuisé par ic de longues études, porte notre attention sur a ce qui a le plus attiré et le plus souvent ap- K pelé ses regards. Il doit présenter à son élève a un cboix d'objets pittoresques, d'aspect^ re- « marquables , qui l'aide à démêler sans peine

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et en lui épargnant d'inutiles tatonnemens, les traits élémentaires du beau , du gracieux, du sublime dans les productions de la nature. Les tableaux qu'elle compose d'êtres inanimés, quelque riche ou grandiose qu'en soit l'ordonnance, n'offrent qu'un chaos à celui qui n'a pas saisi ces traits; les reconnaître, les recueillir, les reproduire, de manière à être sûr qu'on n'en a pas omis d'essentiels , qu'on n'y a rien mêlé d'hétérogène, et les groupper en sorte que l'effet de l'ensemble soit rehaussé par leur réaction mutuelle, est peut-être aussi difficile que de remonter aux principes du beau dans les arts , qui ont pour but d'imiter, de juger et d'idéaliser les formes humaines. Celles de la nature inorganique ont aussi leur beau idéal, et il n'y a pas long-tems que les nations civilisées de l'Europe se sont avisées de le chercher; l'esquisse de sa théorie et l'application de ses principes aux jugemens portés en détail sur les beautés de la nature champêtre ou majestueuse, sont au nombre des derniers pas faits par ces nations dans la carrière des arts. Claude Lorrain est venu après les grands jpaaîtres des écoles d'Italie. Depuis long-tems, l'art avait atteint le b«au idéal dans l'exprès-

« sien de la figure de rhomme et dans celle

« des formes de quelques-unes des plus nobles

« races d'animaux, lorsqu'il tenta de s'élever

(( de la contemplation des beautés du paysage

<t à l'image d'une perfection des aspects les plus

« imposans, des sites les plus enchanteurs » qui

« ne laissât plus rien à désirer. "

En terminant cette préface, je dois rectifier deux erreurs quos humana parum cant natiira, dans lesquelles je suis tombé dans mon premier volume et qu'on a bien voulu me faire appercevoir. Premièrement, dans l'introduction à pag. 7 \ , j'ai fait l'éloge du f^ofageur en Suisse qui a paru à Genève en 1811, comme d'un ouvrage utile, et je suis fâché d'avoir à me retracter à cet égard. En le parcourant avec plus d'attention , j'ai trouvé que l'on y avait inséré beaucoup d'observations très-justes tirées des ouvrages d'Heidegger et d'Ebel , mais dans une traduction si mauvaise, tellement tronquée ou mal interprêtée que je ne veux pas me rendre responsable du jugement favorable, quoique très-modéré , que j'ai porté de ce livre.

En second lieu, un savant amateur de l'histoire de ma patrie a bien voulu rectifier les

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indications que j'ai données sur la famille de Bubenberg et sur la Seigneurie de Spiez, en me communiquant les notes suivantes :

Adrien de Bubenberg, ce héros célèbre, qui défendit Mo rat contre Charles le Hardi, ne fut pas le dernier rejeton légitime de sa race. U avait été marié deux fois, i.** avec Jeanne, Comtesse d'Aarberg et de Yallangin, dont il eut une fille, nommée Dorothée, qui épousa Hans Albert de Mùlinen; 2.** avec Jeanne de Lassaraz, dont il eut deux enfans : Adrien et Eve, épouse de Petermann Asperling de Barcm.

Adrien son fils , Seigneur de Spiez, de Mont et d'Attalens, Chevalier et Membre du Conseil de Berne, épousa Claudine de St Trivier, dont il n'eut point d'enfans. U mourut très-obéré à Morges en i564, en laissant un fils naturel, aussi nommé Adrien, qui fut Baillif à Bomain* mo tiers et mourut de la peste en 16649 sans postérité. A la mort d'Adrien II , ses deux soeurs qui étaient ses héritières naturelles. Mesdames de Miilinen et d' Asperling , hésitèrent si elles accepteraient sa succession, et se décidèrent enfin à céder les terres très-grevées de dettes contre une somme d'argent à deux de leurs

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parens, Louis de Dîesbach et Hans-Rodolphe de Scharnachthal , suivant un document de i5o6. Mais, déjà la même année, Sctarnachthal abandonna ses droits à cette succession à Louis de Diesbach, en échange de quelques concessions, et ce dernier, habile administrateur, la liquida, paya les dettes et conserva la Seigneurie de Spiez en pur bénéfice. Il la vendit ensuite à Louis d'Erlach, Chevalier, qui s'est rendu célèbre dans les guerres de la Lombardie et qui la légua par testament à son cousin Jean d'Erlach, dont les descendans la possèdent encore. Spiez relevait dans le i5.* siècle, comme fief, des Barons de Brandis, inféodé aux Seigneurs de Strâttligen. Dans les guerres sanglantes qui suivirent la mort de TEmpereur Albert, Thiiring de Brandis en perdit la suzeraineté , qui fut exercée par la maison d'Autriche jusqu'à la guerre de Sempach, après laquelle elle passa à la République de Berne.

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