AVERTISSEMENT
Dans cette traduction. Ton a presque généralement conserve Torthographe allemande des noms-propres , soit des villes , villages et autres endroits, soit des peuples , des per. sonnes, des animaux , etc. Nous ne croyons pas inutile d*en prévenir les lecteurs français , pour les avertir que daus ces cas, il faut lire Ve toujours comme un é et jamais comme a y Vu comme ou^ les au comme aou^ de manière que l'on entende Va et Vouj mais dans une seule syllabe , Vil se lira comme Vu français , et le J comme un i mouiJlë. Quant aux consonnes, le c sera toujours lu comme k y \e g comme le g français avant un a, Oy u ^ Vh se prononce , le t; doit être entendu comme un/*, lez comme /^. Un ^cà est- semblable dans sa prononciation au chetj des Français;' le ch est une consonne gutturale , étrangère à la langue française et analogue au J et X des Espagnols et au % des Grecs. Ainsi Lauterbrunnen , lisez Laouterbrouimèn , LUtschinen , lisez Jjutschinèn y Viescherhôrner , lisez Ficcherhœrner , ZeiU brunnen, lisez Tséitbrourùien ^ lliun, lisez Thoun ^ etc.
Mythologie des Alpes.
*E8T à Zweyiùtschinen que, pour la première fois 9 yentendis parler d'une tradition qui me fournit roccasion d'offiir quelques fragmens de la mythologie des Alpes, avant de pénétrer dans les vallées qui en dépendent. Un pauvre chasseur de chamois , n'ayant aucun moyen de gagner sa vie, passionné pour ce genre d'exercice, poursuivait un jour sur les plus hautes montagnes un de ces agiles animaux » auquel il faisait éprouver d'avance toutes les an-» goisses du trépas. Arrivé sur le bord d'im précipice, qu'il ne peut franchir, le fauve jetait en vain dur son cruel persécuteur des regards supplians , car déjà celui-ci ajustait son arbalette pour percer si malheureuse victime. Soudain le rocher voisin s'entr'ouvre et il en sort le vieux génie de la montagne. De ses mains divines il protège l^imal et s'écrie : ^ Pom*quoi viens-tu porter jusques siu* ces ;, hauteurs la mort et le désespoir ? N'y a-t-il pa^ » 9»^tz d'espace sur la terre poiu* toutes les créa^ XI tures ? Pourquoi te permets -tu d'attaquer mon „ troupeau ? " Le chasseur effrayé allègue humblement son indigence et parvient à appaiser le génie y
Tom. U. 1
qui lui doime un petit fromage , fait du lait de ses chamois , et lui enjoint de renoncer à jamais à son occupation favorite , à cette chasse dont il est idolâtre. Ce fromage avait la vertu miraculeuse de se reproduire constamment , pourvu , cependant , qu'on ne le consommât pas tout-à-fait. Long - tems , il suffit à la nourriture du chasseur , jusqu'à ce qu'un hôte indiscret vînt un jour le lui dévorer en entier. Désespéré , tourmenté par la faim , le chasseur saisit son arbalette et retourne à la chasse. Mais, à peine a-t-il atteint le sommet de la montagne , que le génie courroucé se montre à lui de nouveau , et le précipite dans l'abyme. Cette affreuse chute lui ôte la vie.
. Plusieurs traditions semblables m'ont souvent inspiré l'idée , déjà émise par un savant voyageur , de rédiger une mythologie de la Suisse. Le mont Pilate avec son lajc , ses griffons , les dragons qui habitent ses cavernes, ses ponts construits par le Diable, ses sources merveilleuses, fournirait d^jà de riches matériaux pour un pareil ouvrage. Mais il faudrait se hâter de l'entreprendre : le nombre des esprits forts augmente tous les jours , et la foi s'affaiblit.
Il est étonnant , en effet , qu'on n'ait pas encore itassemblé tout ce que rapportent les traditions , les chroniques et même les naturalistes sur les croyances populaires. Ces données pourraient presque formter un système de mythologie. Cysat, dans sa Vés* cripÙQ/i du lac des quatre cantons ; Wagner , dans
êon Hîstoria naturalis Helvetiœ curiôsa; Scheuclt zer 5 dans sts Vo^'ages dant lei' Alpes , et pluSîeilri autres auteurs , nous ont transmiâ une foule de rè- Gits intéressaiTS. ^ '
Si rhîstoire ne fournît que peu d'indices sur Forîgîne de ces fables, la ntature physique de Id Suisse en suggère d'autant plus, et on peut appli* quer à ce pays ce qu'un savant Allemand a dit en pariant de la Grèce : „ Tantôt c'est le cara6tèt*i „ prononcé d'un animal , tantôt ce sont ses forces „ extraordinaires qui donnent naissanèe à quelque j, tradition. Souvent la forme expressive ou qufelqutî „ qualité particulière et moins commune d'un coi*ps ^ quelconque attirent l'attention. On essaye d'ex- 5, pliquer ce qu'on ne comprend pas , et le sens „ qu'on y donne se propage et devient bientôt uiie 5, croyance populaire. Les forces occultes de là „ nature doivent exalter encore plus l'imagination. „ Son action , ses créations continuelles , son souffle „ vivifiant qui anime tous les êtres, durent con- „ duire Thomme des premiers âges, encore soumis 5, à son influence immédiate, à réfléchir; et comme „ il ne pouvait émettre %t^ réflexions que par le „ langage des images ou des types , il en résulta 3, une multitude de récits , dans lesquels un génie 5; ou démon physique , ou quelque phénomène per- „ sonnifié était indiqué comme premier agent. "
Mille fois les localités particulières d'un pays ont été une source abondante de ces croyances su-
perstitieuses ou mythes, (*) Si , dans d'autres pays » Thomme de la nature a vu dans chaque forme sin* gulière, dans chaque changement imprévu quelque chose de divin et de merveilleux, s'il était porté à amplifier dans des fables bizarres ce qui lui paraissait surnaturel , s'il a cru quelquefois apperccvoir des métamorphoses , des apparitions , des revenans, nos Alpes sublimes ont dû , à plus forte raison i produire sur lui de semblables effets. Que sont rOlympe , le Parnasse , THélicon , comparés à la Jungfrau , au Schreckhôrn , même au Righi , au Niesen , au mont Pilate ? Combien \ts ruisseaux de la Grèce , tant célébrés par les muses , les fontaines de Castalie , celle de Lybethra , même la fa* meuse source d'Hyppochrêne paraissent mesquines à côté du Staubbach et des cataractes de TAar. Si nous n'avons pas en Suisse un Aetna, un Aveme , des Champs Phlégréens, ces atteliers de Vulcain, ces parvis du Ténare , nous avons nos glaciers , nos avalanches , nos cavernes impénétrables. Le vautour des Alpes , ce terrible Lammergeyer, ne vaut-il pas les griffons ? Les chamois ne paraissent - ils pas être d'une essence aérienne ; Tours , le loup ne sont-ils pas aussi dangereux que le lion de Némée? Nos érables n'auraient-ils pas a.ussi leurs Dryades ?
Quelque ancien baron farouche dans son don-
O Le traducteur a hasarde ce mot , maintenant enu ployë par les «avans , pour les anciennes traditions populaires et les récits relatifs à Thistoire fabuleuse des dieux et des héros 9 qui sant le fondement de la myth^^logie.
jon remplace chez nous les Cacus ou les Procustes^. Nos lutteurs ressemblent à Castor et Pollux, Et n'avons-nous pas assez de pierres pour nous retracer le déluge de Deucalion ? En un mot , nous possédons des matériaux suffisans pour créer une mythologie complète ; maïs nous n'avons pas reçu rétîncelle de Promethée , cette brillante imagination des Grecs , qui peuplait de divinités tous les objets visibles •
9) Les^ noms donnés aux montagnes dé la Suisse^ j) dit Stapfer dans son Voyage pittoresque p. 18, yi et \ts traditions populaires de leurs habitans n'of^ Yi frent aucun indice de cette belle imagination qui ir a immortalisé les plus chétifs rochers de TArcadie 9) et de la Phocide. C'est imîquement dans un sen- Ti timent profondément religieux et dans un attache-* » ment particulier au sol qui les a vu naître , qu'il fi faut chercher les traces du pouvoir que le magni- 9) fique tableau des Alpes a exercé sur Tamé de sts ji habitans. On poun^ait^ peut-être,, trouver dans le 5, manque absolu d'idées mythofogiques , relatives à n un aussi auguste spectacIe^, une nouvelle preuve iy de l'assertion des historiens , qui pensent que la » race primitive de la chaîne^ centrale a été anéantie ou qu'dle n'a été peuplée, pmir la première fois , que par les Bourgtiignons et les Allemands , peu avant l'époque où les Barbares adoptèrent le chrit) stianisme , inconciliable avec les fictions de la n mythologie. '*
S'il est vrai qu'un système de mythologie doive;
présenter un tissu riche et complet des traditions , des fictions et des rêves phantastiques de tout un peuple V s'il doit expliquer par des récits l'essence 4es dieux supérieurs , l'origine du monde , les rapports continuels entre la divinité et l'humanité » le peuple de nos Alpes ne possède pas un tel système mythologique. Malgré tout ce qu'on pourrait alléguer de l'ancienne religion des Druides, relativement aux montagnes occidentales de la Suisse , je doute qu'on puisse en trouver un seul vestige dans la con-r trée en-delà du lac de Thun. Mais , si des traditions fabuFeuses , des récits merveilleux, la croyance à des êtres imaginaires, d'une nature subordonnée à la divinité, quoique doués de plus de facultés que les hommes ; si • dis-je , ces fictions qui ont du rapport avec les fables en vogue chez d'autres peuples , peuvent être envisagées comme uijie mythologie , on peut trouver chez les habitans des Alpes de l'Oberland d'abondans matériaux pour en former une. J'en ai recueilli plusieurs fragmens qui coincident avec quelques superstitions établies dans d'autres parties de la Suisse , dans les provinces de l'Allemagne les plus éloignées , en Suède et dans les Iles britanniques. On ne voit cependant pas dans nos montagnes les êtres nébuleux d'Ossian, le spectre de Loda n'y vient pas combattre les mortels , les ombres des héros n'y descendent pas sur leurs chars de nuages , poussés par les tempêtes. Les mythes gigantesques de l'Ëdda leur sont aussi étrangers ; cependant nos cimes couvertes de neige , nos riantes vallées prêteraient , comme chez les Scandinaves , à des images pareilles.
Il est singulier que les principaux personnages qui jouent un rôle dans la mythologie de l'Ober'land soient des nains; on les nomme Bergmannlein (les petits hommes ou génies- de la montagne ). L'on serait tenté d'accéder à Tobservation psychologique de M. de Bonstetten , lorsqu'il dit : „ Toute grandemr }) idéale paraîtra toujours encore petite en compa- » raison des Alpes. La fable des Titans n'aurait j) jamais été inventée en Suisse. ^'
Celle des nains est connue dans toute l'Allemagne , en Suède et en Norvège , depuis \^s^ tems les plus reculés. Dans toutes les traditions qui me sont parvenues , ils sont représentés comme des êtres bons , bienfaisans , complaisans ; mais ils n'aiment pas qu^on les épie , ou qu'on leur joue quelque malin tour. Ils ont quelque rapport avec les esprits ser^ vans, auxquels croit le peuple du pays de Vâud , suivant Bridel. (*)
„ D'après l'opinion vulgaire, dit-il, ils séjourj, nent dans des habitations écartées et des chalets y) solitaires. Ces servans sont plus malins que mé« „ chans et font plus de bien que de mal. Ils gar.dent „ le bétail ; ils font prospérer le jardin , et rendent „ par fois, sans se montrer, de petits services don mestiques. Ce sont ces follets , dont La Fontaine „ parle dans une de sts plus jolies fables :
(*) Voyez le Conservateur suisse^ Tom^. IV, pag. 264 et suiv.
^ Qui font Tofficc de valets,
D Tiennent la maison propre , ont soin de
Féquipage ,9 Et quelquefois du jardinage. "
„ Mais souvent ils prennent de l'humeur, font du ta- ,) page et mettent , pendant la nuit , le désordre dans ,, les meubles, quand on oublie de leur offrir une n libation , en jetant de la main gauche une cuillevée „ de lait sous la table. " Je n'ai cependant pas retrouvé dans TOberland ce que Bridel raconte d'un esprit ou génie de la montagne , ^ qui forme et disj) sipe les tempêtes , qui conserve les sources et les n fontaines , qui garde les mines et les cavernes et ,; qui chasse avec un bruit çfirayant à travers les „ précipices. '^
Chez le peuple de TOberland , c'est toiyours im nain ou la communauté des petits génies de la montagne à qui on attribue tous ces effets surnaturels; mais on n'allègue ni leur origine, ni leur nom, ni le rang qu'ils occupent dans la hiérarchie des êtres vivans , à l'exception d'im seul cas , où on leur donne deux dénominations différentes , sur lesquelles on diffère même encore quelquefois. En hiver, £UOUte-t-on , on ne s'apperçoit point de leur existence ; mais on commence à les voir ou k reconnaître leurs œuvres depuis le jour de l'Annonciation jusqu'à la- Toussaint. Ils habitent pendant la mauvaise saison des palais souterrains dans les profondeurs de la teiTC , sous les plus hautes montagnes , où ils sont abondamment pourvus de richesses et d'excellentes provisions* Ils se nourrissent principalement de
fromages faits avec le lait des chamois qui ferment leurs troupeaux. Quelquefois , par malice, ils dé^ rpbent quelque vache, mais non pour se l'approprier, ou bien , ils en demandent une à quelque propriétaire et la lui ramènent au bout de quelque tems', plus grasse et mieux portante. Us aiment les occupations pastorales , et les exercent souvent pendant des semaines entières, pour les pâtres qu'ils ont pris en affection et que les neiges empêchent d'aller soigner leur bétail dans quelque étable éloignée. Us connaissent toutes les herbes salutaires et les recueillent sur les hautes montagnes, pour les apporter aux bergers. Souvent ils ont ramené des bœufs , des brebis égarées à leurs maîtres , ou bien , ils ont raniasse pendant la nuit des fagots de bois et les ont placés sur la route des pauvres enfans qui doivent aller en chercher dans les forêts. Ils ont d'autres fois fauché , de nuit , l'herbe des prés , afin que , le matin , les paysans la trouvassent prête à être épai^ cbée et séchée. C'était alors un signe incontestable que le tcms de la fenaison était venu. On les a vu apporter aux agriculteurs laborieux , pendant qu'ils travaillaient, des mets exquis et des rafraîchissemçns restaur«ms , pour les récompenser de leur diligence. Us prennent plaisir à suivre ces travaux, et ils y assistent comme spectateurs , assis sur des pointes de rocs ou perchés sur des rameaux. Dans la partie inférieure di .ça&ton , où l'on cultive du blé, ils aident à moissonner. Un paysan du Belpberg trouva un m^tin la moitié de son champ fauchée , quoique les épis fussent à peine mûrs. Il ne pouvait deviner qui lui avait joué un pareil tour. La nuit
suivante , la moisson fut achevée de la même manière , et le soir elle était sèche et il put la mettre en grange. Le troisième jour, un orage affreux mêlé de grêle vint dévaster la contrée et détruisît toutes les récoltes. On put alors reconnaître la prévoyante bienfaisance des petits génies.
Une nombreuse troupe de ces nains habitaient jadis le Pfaffenloch , caverne située près de Gutbrunnen , à un quart de lieue du château de Riimligen ; ils venaient souvent le soir dans une maison voisine pour aider aux paysans à préparer le lin. ^uand ils voulaient partir, ils en jetaient un gros peloton par la fenêtre , et s*en servaient comme d'une monture , sur laquelle ils traversaient le$ airs. Une fois un couple de ces nains vint appeler une femme de cette maison pour assister d'une de leurs compagnes dans les douleurs de l'enfantement; elle 1^ courut , et quand elle eut terminé son office , ils lui remplirent son tablier de noirs charbons pour unique salaire. La paysanne mécontente en laissait tomber une quantité, chemin faisant, sans y faire attention. Elle aurait même voulu jeter le tout , si elle n'avait craint le courroux des nains. Ceux-ci lui criaient toujours de loin ,: ^ plus tu en perdras et plus tu les regretteras." Arrivée à la maison, elle versa le reste de son fardeau sur une table, et c'était des hngots d'or pur qu'elle vojrait maintenant briller à ses yeux. Elle courut précipitamment pour ramasser ce qu'elle avait perd^u ; mais elle ne retrouva plus rien.
On cite beaucoup de semblables traditions , dans Jesquelles la bonté du cœur et la confiance dans celle des nains sont presque toujours récompensées. Leiurs discours étaient ordinairement rimes ^ils prévoyaient Tavenir. Lorsqu'on les voyait danser au printems dans la campagne, au clair de lune, on comptait sur une bonne année; mais s'ils se glissaient tristement entre les buissons, on avait à craindre des orages ou des inondations. On pouvait cependant les tromper; mais ils punissaient les impostures ou les malices imprévues en quittant la contrée. Ainsi , lorsque des paysans malins . échauffaient avec des charbons ardens le roc favori où. ils venaient s'asseoir, afin qu'ils se brûlassent, ou sciaient à moitié les branches sur lesquelles ils avaient l'habitude de se percher, pour les faire tomber; ils se courrou* paient et disparaissaient en gémissant sur la méchan<ceté des humains.
Suivant d'autres récits , ce fut l'imprudente curiosité d'un villageois qui fut la cause de leur fuite. Ils se montraient toujours enveloppés de longs manteaux qui traînaient à terre , et l'on se disait à l'oreille que leurs pieds étaient faits comme ceux des oies ou tout-à-fait tords.
Depuis plusieurs années ils avaient favorisé un paysan en allant cueillir pendant la nuit , lorsqu'ils étaient mûrs , les fruits d'un beau cerisier qu'il possédait et en les lui apportant devant chez lui pour les étaler sur des ais et les sécher. Une fois l'imprudent répandit des cendres sur le terrain autour
de son arbre, et îl y trouva en effet, le lendemain, des traces de pieds d'oies , que les nains y avaient «mpreints, en lui rendant le service accoutumé. Mais hélas ! ces complaisans bienfaiteurs partirent et ne revinrent plus.
On a cependant beaucoup de peine à obtenir de pareils récits des habitans des campagnes de rOberland. Quelques-uns ne les savent qu'imparfaitement, d'autres craignent de paraître ti'op simples aux yeux des citadins , et que ceux-ci ne rient de leur crédulité. On manque ainsi de beaucoup de données pour former un système complet de mythologie, qui embrasserait tous les phénomènes remarquables , si fréquens dans ce pays , et feraient rentrer toutes les merveilles de la nature dans ua cercle mystique. On n'y trouverait point de divinités supérieures à citer. Le diable seul joue un rôle important, et peut-être l'a-t-on introduit dans plus d'une fable fort ancienne , à la place des esprits de la montagne qui y figuraient dans son origine. Il faut bien , cependant , attribuer à quelque être puissant et moral la pimition infligée aux péchés et à la corruption des humains , qui , dans les tems les plus reculés , suivant la croyance populaire , changea la fertilité et la beauté des Alpes et de leurs vallées en rocs arides, en glaciers et en déserts stériles. Plusieurs traditions dépeignent cet âge d'or , dont nous avons déjà parlé dans notre introduction , avec des traits puisés dans les moeurs des pâtres , et qui représentent presque tous une nature plus productive. 11 ne croissait point alors de plantes vénéneuses
sur les montagnes; les vaches donnaient trois fois plus de kit, les glaciers ne comblaient pas encore les hautes vallées , les débris des montagnes n'encombraient pas les plaines.
Les bergers des Ormonds dans le pays de Vaud se font une idée ^core plus hyperbolique de ces tems d'abondance et de bonheur , car c'est à eux qu'il faut probablement rapporter ce que raconte BiidelO : v Alors, disent-ils, les vaches étaient » d'une grosseur monsti*ueuse; elles avaient une telle yf abondance de lait , qu'il fallait les traire dans des jj étangs qui en étaient bientôt rempUs. C'était en 39 bateau qu'on allait lever la crème dans ces vastes ^ bassins. Un jour qu'un beau berger faisait cet „ ouvrage , un coup de vent fit chavirer la nacelle „ et il se noya. Les jeunes garçons et les jeunes „ filles menèrent deuil sur cette mort tragique et. „ cherchèrent long-tems , mais en vain , son corps jf pour l'inhumer. Il ne se trouva que quelques „ jours après , en battant l^e beurre , au milieu *des n flots d'une crème écumante , qui se gonflait dans ,, une baratte haute comme une tour, et on l'ense- „ velit dans une large caverne que les abeilles avaient „ remplie de rayons de miel, grands comme des „ portes de ville. "
Le crime principal , qui entraîna la perte d'un état si heureux , fut , suivant une tradition détaillée qui se répète au sujet de cinq ou six glaciers , celui
O Dans ton Coaservateur toitse p. 263. Vo^. autti p. 16/0
d'un pâtre. On en pl^ce la scène sm les Clarides dans le canton de Glaris , et sur plusieurs pâturages de la Blûralis-Alp dans celui de Berne. Là, ce pâtre dissipait av^ec une coupable prodiffalité les produits d'un nombreux troupeau et d'une Alpe (*) riche et fertile qu'il possédait. Vivant' dans un commerce honteux avec une fille sans mœors , £1 accabla sa mère^e cruelles railleries , d'inisultes et de mépris , lorsqu'un jour elle était venue le visiter. U avait construit avec des fromages un escalier pour sa maîtresse et pour sa vache favorite; La mère irritée jeta sa malédiction sur toute la montagne, et sou* dain les rochers environnahs s'écroulèrent , les glaciers envahirent le pâturage ^t le détruisirent. Le pâtre fht enseveli sous les décombres, et son ombre angoissée et accompagnée de celle de sa vache revient toutes les nuits errer en gémassant sur èes ruines. \
Sur les Alpes Surènes , entre Engelberg et Uri, une tradition particulière à ces contrées , rapporte à un autre délit la destruction d'une montagne jadis fertile et cultivée. Il 7 a bien des siècles , diton, qu'une troupe de jeunes audacieux commit le sacrilège d'administrer à un bélier le sacrement du baptême. Aussitôt le bélier fut métamorphosé en monstre épouvantable et dévora tous les bestiaux et même ie$ bergers , de sorte que les pâturages devinrent bientôt un désert saiivage et aride. Long-
(*) On sç rappelle ^Alpr sin^oifie un pâtura£;e de mon. tagne»
IS
tems après , un étudkat étranger traVersra cette horrible solitude. U était expert dans les sciences oc* cultes et indiqua aux habitans du pays 9 affligés d'un si grand fléau, un moyen de s'ien délivrer. Il leur conseilla de choisir le premier veau d'une forte vache et de le laisser téter pendant douze ans , en lui don*' nant chaque année une vache de plus pour le nourrir , jusqu'à ce qu'il fût devenu un taureau formi^ dable. Alors une vierge pure devait conduire sur* la montagne frappée de malédiction cet animal , attaché avec les tressés de ses cheveux. Les pâtres suivirent ce conseil \ en peu d'années le veau était devenu si énorme , qu'il fallait placer sur un échaffaudage élevé les vaches qUi devaient Tailaiter. Enfin, au tems prescrit, le bœuf gigantesque se laissa mener tranquillement par une jeune, fille sur TAlpe déserte. Arrivée à ime certaine hauteur , la bergère s'arrêta et détacha le taureau de $es liens* Aussitôt le monstï'e accourut avec d'affreux mugissemens et se jeta sur le bœuf qui se défendit et le tua, après un combat long et sanglant; mais ayant voulu appaiser sa soif dans une source voi^ sine , étant encore trop échauffé , le vainqueur luimême fut frappé de mort subite. Cependant, la montagne ne reprit jamais sa belle forme primitive et n'a plus produit autant d'herbe qu'avant cet évé«nement.
C'est ainsi que d'autres puissances surnatiu'ellés et d'une nature supérieure à celles deâ[ nains entrent dans les traditions des habitans des Alpes. Cependant les fictions populaires $e rapportent phis fré*
quemment à des êtres d'un ordre inférietir, quelquefois même de la classe des animaux ou à des magiciens. Suivant Ramond, dans ses supplémens au voyage de Coxe , c'est à un de ces derniers qu'on attribue sur les lieuJC mêmes le bouleversement qu'éprouva la vallée d'Urseren sur le St. Gothard , dont la beauté et la fertilité lui donnaient du dépit. Une forêt très épaisse fut consumée par la foudre, et le sol resta frappé de sortilège , de manière que dèslors les arbres n'y ont plus prospéré. Un événement très-compréhensiblè a , sans doute , donné lieu à ce récit.
En général , des phénomènes frappans , quoique très-naturels , ont souvent reçu une explication merveilleuse, principalement dans les cantons catholiques. Sur le mont Furca , entre Urseren et le Haut- Vallais , on remarqué par-ci parJà sur la neige des places rouges , non - seulement à la surface , mais jusqu'à une certaine profondeur. Les paysans de la contrée disent que ce sont les âmes des muletiers ivrognes et infidèles , qui , en transportant des vins d'Italie sur cette route , les boivent ou les répandent par négligence, et qui sont condamnés, pour ce délit, à s^oumer sous la neige, à laquelle ils donnent la couleur de la liqueur qu'ils ont dérobée et dont ils sont encore altérés. Aussi , lorsque les voyageurs ont soin d'en répandre quelques gouttes sur le che. min , ces esprits reconnaissans les préservent de tous les périls auxquels ils sont exposés sur cette route ^
dangereuse.
Les
Les habîtans d'Oberwald expliquent de la même manière les bruits souterrains et effrayans , que Voiai entend près du glacier du Rhône. Ce sont , disent-^ ils , les am^ des hommes prodigues et dissipés ^ c^idamnés après leur mort à travailler dans les palais de glaœ ^ comme de nouveaux Cyclopes. Un pieux ecclésiastique rencontra un jour un de cesf revenans , sous la figure d'une belle femme , qui se fit connaître à lui pour une marquise condamnée à rester 3000 ans dans les frimats au fond d^un glacier. Après cet aveu , la pauvre pénitente disparut sous la glace avec un vacarme affreux.
C'est apparemment sur des bases semblables que se fonde une superstition que je tiens de la bouche des paysans de Bleyénbach, village de la Haute- Argovie, à une lieue de Langenthal. Ils croyent entendre souvent dans les airs des bruits singuliers , comme ceux d'une troupe nombreuse de cavaliers, et ils disent que ce sont les seigneurs de Rothenthal qui vont à la ciiasse. Rothenthal est une haute vallée couverte de glace , sur le côté occidental de la Jungfrau, et il est probable que le bruit que font les glaciers , lorsqu'ils se fendent , et qui se prolonge edmme celui du tonnerre , a pu être attribué par les habitans voisins à des ombres de chevaliers ou de chasseiu'S trépassés. JVjÀis il est extraordinaire que eette tradition se .soit conservée dans la Haûte-^Argovie plutôt qu'à Lauter4>ruftnen à la proximité des glaciers.
La croyance aux sources merveilleuses est d'une
oat^ire plus riante. Il en existe ime sur FAlpc d'Engst- 1/Bn dans l'Oberland bernois qui a une grande repu* tation. Lçs. pitres assurent quelle ne commence à Qouler qu'au printems , lorsque le bétail se rend sur la montagne 9 et qu'elle cesse de jaillir en automne ^ lorsque les vaches ont quitté le pâturage. Elle s'ar-* iréte même pendant la nuit , ou du moins ne coul^ 1^ avec autant d'abondance que de jour , lorsque le troupeau peut aller à Fabreuvage en toute sûreté; Ce miracle e&t authentique , mais ne provient pas ^quement de la complaisance de la nymphe de ce ruisseau. C'esi une de ces sources intermittentes ou périodiques , telles qu'on en voit plusieurs dans i^os montagnes. Elles ne coulent que dans la meilleure saison et pendant le jour, parce que ce n'est qu'alors que le soleil peut fondi'e la neige ou la glace, auxquelles elles doivent leur origine. (*)
Je termine ces fragmens mythologiques, qui pourraient donner matière à une dissertation plus détaillée^ par quelques traits qui concernent les animaux , et qui soRt dignes d'être recueillis. Il existe à cet égard deu^ espèces de traditions difiëmites, l'une , qui roule sur des atnimaux fabuleux ou d'une existence incertaine , l'autre , sur des animaux do^ mestiques ou sauvages bien connus. Parmi les êtres fabuleux, les dragons sont Vts plus renommés, et x^eux d'uije nature obscure et douteuse , les serpens
(*) Voyez les Suppl^metïs de Ramond au Voyage d« Coice et particulièrement le Voyage de Lucerne à Ëngelberg, «te*
nommés dans le pays Stolleni^urfj^r, Scheuclizer, dans ses Voyages dans les Alpes et dans son Histoité naturelle de la Suisse , a rapporté tant de récits sut les premiers , qu'on ne peut douter que ces fafclei ne fussent généralement répandues éri Suisse deptiîi la plus haute aiitiquîté. Qui ne âfe rappelle du drâ* gon d'Oedwyler, que Struthhahrt de Winckelried tua pour son malheur? Qm ne connaît Vai/^tiitt de ce jeune tonnelier qui tomba dans une caverhé de dragons sur le mont Pilate , tî Thistofire di^ Sîh^ tram et Bertram , ces deux ♦ coiiiteis de Lenzburit avec le dragon de la Gyissnati près àe Êurgdôrf.
Il n'est pas impossible que dans les tems reccdâ où THelvétie était encore presque déserte et c^ouverttt d'épaisses forêts et de marais , elle ne produisit des reptiles plus grands et que Fimagihation des peuples irgnorans et effrayés n'ait transformé d'énormes sér-. pens^n dragons ailés. L'observation que fEûtScbeuch^ xer est assez frappante , savoir que „ les habitan» n des Alpes donnent souvent le nom Ae» dra^o^b atÉti y, torrens furieux qui descendent des monta^nes^ fi Lorsqu^un torrent , diC41 , se précipite des mon^ n tagnes et roule de gros cailloux , des arbres eti ri d'autres objets^ y ils disent qu'uû dragon, a pris û(M ji essor. " Mais si la race des dragons est à peu' près éteinte ou détruite dans i'Helvétie moderne , l'ObeïV land est eneove rempli de récits et de t^moîgi^ges» au sujet d'une espèce de monstre reptfle auquel oti donne le nom de Sèoilenwurm et qu'on prétend avou* VU' ça et là chaque année. La description qu'on en^ domîe est oeUe d'un gr^s serpent muni de 2, 4 pieds^
tt davantage , épais €t très-courts , comme ceux des chenilles. Ordinairemeiît on lui donne une tête de diat de forme ronde; quelquefois on ledit velu et fort ^rosp ipiais . court. Je ne prétends pas afliï-mer q^e cet animal e^te ; mais un paysan de Im Boden Xn'a raconté de }a manière la plus naturelle et la plus yéridique que, dans, son enfance, il avait,, avec q^elques camarades, t,ué un paidl serpe^nt à coup$ de. pierres, et qu'il avait trouvé des petits, dans son ventre. Tout ce qu'il disait m pouvait se rapporter ^^'à un animal manimifère. Peut-être c'était une loutre { animal très-rare dans, ce pays ) ou plus probablement une martre , un putois ou une belette , dont la plus part des habitans de ces contrées x^onsaj^sent à peine Texistence.
Un ai^e récit que me fit un jour de la meilleure foi. mi. pâtre de la vallée de Gadmen, au sujet dCi ces reptiles , est positivement fabuleux. II y en a de deux espèces, me disait^l. Tune blanche aveo; xine petite couronne sur la tête, et l'autre, plus opmmune , est toute noire. Un homoie téméraire , qui Qonnaissait la magie, traça un jour autour de lui un oerele sur le sol et conjura, pour prou-c yer son pouvoir, tous lt& reptiles .de$ environs, eu; sifflant pour les appeler. Il en vint, en effet, urne; énorme quantité, qui rentouraiênt sans luiikireau- Qim mal. Cependant , il Qonljinuait encore à siffler,! jusqu'à ce qu'il vit arriver de loin deux serpens qui e» portaient un troisième effroyable,, d'une grosseur . énorme et qui le jettèrent.dans le cercle. Le, magicien s'écria, alors ;. »je suis.pçfdu.'.? etÀ^l'in^ta^il,
fiit dévoré par ce monstre. Ce sont api^remment de pareils serpens qui , suivant Topinion de quelques haMtans des Alpes , rapportée par Bridel, viemient têter les vaches sur les pâturages , et dont les vachers se présen^eîit en associant un coq Wanc à leur bétail. Le serpent malade que , suivant une tradition dans rOberland , une jeune fille abreuva , portait une couronne de pierres précieuses , et lorsque le charme fut rompu et que Tanimal redevint la reine des ser* pens , celle-ci fit présent de ce byou , auquel étaient attachées des vertus bienfaisantes, à la jeune bergère compatissante, pour prix de son humanités
Quant aux animairx réels et domestiquer , nou^ trouvons encore dans Scheuchzer un récit singulier) Lorsque les tt-oupeaux, lui avait-on raconté, sont sur les montagnes, on entend quelquefois de nuit une voix singulière, pareille à eelle d'un vache» qui appelle ses bestiaux. Les vaches courent àustsito^ du côté d'où part ce en , et si leur berger ne les rappelle pas à l'instant même, elles disparaissent ^ans qu'on sache ce qu'elles sont devenues. Mais, trois jours après , elles se retrouvent sur leur pâtu-^ rage accoutumé avec les mamnielles pleines de lait: J'ai entendu rapporter la même particidarité suif l'AIpe de Sevinen dans le Lauterbrunnen et dans le Siebenthial ; mais on ne lui donné pas dahs<touB les récits un dénouement aussi favorable. Souvent, dit-» on, les vaches ainsi enlevées se précipitent du haut des rochers 'darts ks aby^més des^ ravins,, comme poussées par une rage aveugle. -Ot raconte' aussi qu'un berg^ ,cow^geuxos'était:saiB3 4^ la^ queue dô
la dernière de ses vaches , lorsqu'elles s'emportaient ainsi , qu'il s'était laissé entraîner avec tout le troupeau (St qu'il était revenu de même ; mais jamais il n'aviût voulu dire ce qu'il avait vu et où il avait été pendant son absence ; il répondait toujours : „ g^'wn ftutre l'esaaye 9 j'en ai assez!'' D'ailleurs, les pâtres assurent que si , au moment du départ , le vacher reconnaît la vache qui est à la tête du troupeau et J'appelle par son nom, il peut les arrêter. Mais, lorsque Scheuchzer observe qu'il faut chercher l'explication de ce phénomène dans des causes surnaturelles plutôt que -dans la nature, il parle selon l'esprit de son tems, et il n'a pas pensé qu'une espèce de grosse mouche (cesârus bovinus^ fort commune dans les contrées s'attache au croupion des bestiaux et ^dépose ses œufs autour de leur fondement, ce qui les inquiète et leur fait prendre une fuite aussi précipitée , qui entraîne bientôt tout le troupeau. Cependant , depuis lohg-tems on n'a pas pu citer authentiqnement un pareil accident.
Je termine par quelques observations sur quelques animaux sauvages de nos montagnes , auxquels se rattachent , non des mystères religieux , mais quelques superstitions populaires d'un genre secondaire. L'agile chamois et l'indolente marmotte sont eeux sur lesquels la fable s'est plus particulièrement exercée*
A peine on entend encore parler du bouquetin qui , depuis près <l'un siècle j^ a entièrement disparu àt rObqrland ^ et on cite tout au phis quelques récits
d'enfans^ enlevés par. lé temble i^âtitôur elfes Aîpe* ( Lammergeyer ). Le lynx , Yoxxrs et le loup * qiii se^nontrent encore quelques fois isolément dans nos contrées , n'ont jamais été le sujet d'aucune fiction. Relativement au chamois , on raconte qu^il st formis dans leur estomac àts bouFes pareilles au bézoard, qui les préservent contre les coups de feu, et qUî ont la même vertu pour l'homme qui peut s'en approprier une. Mais comme on sait que ces masses rondes et de couleur noirâtre se composent des filamens ?ins et durs de quelques plantes, que cet animal ne peut pas digérer, on ne peut guères leur attribuer une faculté aussi merveilleuse. La tradition que Schiller a introduite dans son Guillaume Tell et que quelques naturalistes ont conhrmée , a quelque chose de plus romanesque, n Les animaux „ ont. aussi de Tintelligence , dît le chasseur dans n cette tragédie, nous le savons bien, nous autres I, chasseurs de chamois ; lorsque ces fauves vont au „ pâturage , ils placent des avant-postes en sentinelle }, qui , d'une oreille attentive , entendent de loin Tarrily vée du chasseur et avertissent par un sifflement aigu ^ le troupeau de l'approche de l'ennemi. '*
Ce qu'on raconte àts marmottes est plus >plaîtent. Walser le rapporte encore dans sa géographie de la Suisse de l'an 1770. Au milieu de l'été , dit-il ^ les marmottes sortent de leurs tannières^ se rendent sur les montagnes et y coupent avec leurs dents fes Meilleures herbes , qu'elles étendent pow lés laisser sécher au soleil. Ensuite elles les rassemblent et en font un tas. La femelle se couche sur le dos eil
.tenant sts quatre pattes élevées , entre lesquelles le mâle pose le foin, qu'elle retient avec ses pieds*
ijjuand elle est assez chargée, le niâl^ prend la queue de la femelle dans sa bouche et la traîne ainsi jusques à l'entrée de la tannière. Ils y rentrent le foin jBt le gardent, pendant leur long sommeil d'hiver , pour leiur provision du printems.
C'est ainsi que l'habitant des Alpes peuple de fictions tantôt gaies, tantôt effrayantes, la sublime nature qui l'entoure. Il ri y a pas de doute qu'une multitude de ces traditions ou de ces fables de pure imagination se sont perdues ou ne sont pas parvenues aux auteurs qui ont écrit sur la Suisse. Le souvenir s'en efface toujours davantage , et il serait tems de recueillir celles qui subsistent encore. Le christianisme a écarté tous ces mythes poétiques qui tenaient de près au paganisme et à l'enfance du genre humain , mais qui souvent avaient un charme et une grâce particulière. On trouve cependant aussi des légendes sacrées, tirées de l'histoire sainte , dans nos vallées. Les paysans ont long-tems cru que le Niesen (anciennement nommé Jesen) était la montagne d'où notre Seigneur Jésus Christ était monté au ciel.
L'on ajoute le nom de St. Martin à celui d'un des objets remarquables des montagnes du Grindeltvald. Nous avons déjà cité Saint- Beat, et nous pourrions encore alléguer différentes particularités semblables , si nous n'avions pas déjà sacrifié trop d'espace à notre prédilectipn pour les antiquités nationales.
Chemins à char de JZweylutsehinen à Çrmdèlwald
et à Lauterbrunnen.
De Zweylùtschinen on peut se rendre en char à Grindelwald sur une route tolérable , en 3 heures y et ea 1 à Lauterbrunnen. Les voyageurs qui n'ont pas assez de forces ou de courage pour aller de Lautex'brunnen à Grindelwald par la Scheîdeck de la Wengenalp , sont obligés de revenir sur leurs pas de Lauterbrunnen à Zweyliitschinen et de prendre la route de la vallée de Liitschinen pour gagner Grindelwald. Il me paraît donc convenable , avant de décrire le détour par Eisenfluh , où je me propose de conduire mes lecteurs , de dire quelques mots sur ^es deux routes , que j'ai suivies plusieurs fois.
Nous nous dirigerons d'abord sur Grindelwald, en quittant Zweyliitschinen , qui n'offre rien de remai^quable, à moins qu'il ne fut prouvé authenti* quement qu'on y a trouvé du mercure fossile dans une cave. Dans \qs environs , on voit tout à Tentour des deux routes d'innombrables blocs de rochers, dont quelques-uns sont fort gros. Ce ne sont pas des décombres d'une seule montagne écroulée , mais plutôt des preuves d'une desti'uction continuelle, d'autant plus qu'ils se multiplient chaque année. Les monts circonvoisîns se décomposent par vétusté ; la pluie et les éboulemens de terre les dépouillent sans cesse du sol fertile qui les couvrait; ils sont ainsi toiyours plus exposés à finfluence de la température çui |es brise et les fait tomber en pièces. On dirait
que la nature travaille lentement à combler les vallons et a applanir lés montagnes. Là froidure des hivers y coopère avec activité. Ueau qui se rassemble dans les petites fissures des rochers se durcît et s'étend par la gelée , et la force de sa masse fend la roche calcaire et en détache des blpcs. Ceux-ci perdent facilement l'équilibre et roulent en tertîble^ bonds et souvent avec grand fracas dans les vallées. Chaque fois qu'ils retombent sur les pentes des vallées , ils creusent le sol , et lorsqu'enfin ils sont fixés par leur dernière chute presque verticale, ils s^enfonceixt, et la terre qu'ils écartent forme ensuite autour d'eux comme un retranchement. On peut asse^ bien reconnaître depuis combien d'années ils sont tombés , à leur couleur , à la mousse qui les couvre, aux buissons , aux arbrisseaux qui croissent sur leur croupe , et si Ton ne réfléchissait pas combien ils sont nuisibles à la fertilité du sol , on trouverait quelquefois leur aspect agréable et infiniment pittoresque. Les habitans des vallons bâtissent de préférence leur^ chaumières ou leurs granges contre ces masses qui les mettent à Fabri de nouveaux éboulemens et même des avalanches de neige.
Près de Zweyiûtschîneri , on traverse sur uti pont la Lùtschinen noire, et l'on se rapproche du village de Gùndlischwand. On perd bientôt de vue les montagnes situées à l'entour tfUnterseen, que l'on voyait encore derrière soi, et le WetterhorA qui se présentait en face est aussi masqué par des parois de rochers qui avancent dans le vallon. Gûnd- Kschwand, petit hameau fertile qui appartenait dèé
1331 au couvent d'Inlerlacken , est à gauche de là route , à quelque distance , tandis que la rivière , qu'on ne repasse plus , coule en mugissant à droite dans son lit rocailleux. Les rochers qui s^élèvent sur sa rive opposée présentent les formes les plus singulières dans leur bizan'e stratification. Dans quelques endroits , les couches presque perpendiculaires reposent sur d'autres complètement horizontales et forment avec celles-ci des angles droits ou obtus. Dans d'autres places , elles font des contours singuliers ou sont posées obliquement, tandis que vis-à-vis , de l'autre côté du vallon , on en voit dont l'assiette est tout-à-fait horizontale, de sorte qu'on peut à peine supposer que ces deux chaînes aient jamais été contiguës. L'irrégularité apparente de ces phénomènes détruit tous les systèmes par lesquels on voudrait expliquer leur origine. On ne peut expliquer d'une manière satisfaisante comment ce cahos de pierres s'est formé , ni par l'action des forces souterraines , ni par celle des eaux , qui auraient produit des dépôts ou des irruptions , ni par des effets volcaniques , qui auraient bouleversé et amoncelé des montagnes. Cependant chaque couché de rochers , chaque amas de débris est un des hiéroglyphes du grand oracle du passé , dont on peut dire , comme de celui de Delphes , » il ne découvre ,j ni ne cache la vérité ; il ne fait que l'indiquer. **
Des terribles dents de rochers si dirigent en ligné ascendente au-dessus de Zweyliitschinen et deGûndlischwand vers la belle cime de l'Iselten-Alp , d'oi l'on a une vue qui domine toutes les sommités de
glace voisines. Elle se joint psir'des pâturages fertiles et par des arêtes de montagnes au Faulhom et à la Scbeideck de Hasli , et paraît être le marchepied du Wetterhorn,
Les parties supérieures de cette masse de mon* tagnes ne sont composées que de schiste argileux ( Thonschiefer ) qui se fend à Tait en petites lames très-minces et se décompose enfin tout-à-fait en terre argileuse. Il est évident que des roches d'une nature aussi friable sont très - sujettes à s'écrouler et que les masses étrangères qury seraient superposées y glissent très -facilement; c'est ce qui a produit ces fréquens éboulemens 'de débris et de graviers , dont on remarque les traces sur la pente des montagnes j particulièrement sur celles du côté gauche ^ qui se renouvellent souvent et sont quelquefois considérablement augmentées par des torrens d eaux accidentels qui envahissent peu à peu les plus belles prairies de la plaine.
La vallée de Liitschinen proprement dite et la paroisse de Gsteig s'étendent jusques près des habitations de JBurglauenen, On rencontre souvent des petits grouppes de maisons , entourées de beaux arbres fruitiers ; on voit encore de superbes noyers ; mais on est incommodé sur la route par une foule de mendians. Le Stalden est une montée roide , audessus de laquelle on arrive au village de Burglaue- Tktn et qu'on fait ordinairement à pied. On atteint une nouvelle terrasse du vallon , d'où Ton redescend bientôt dans une plaine qui fut probablement jadis
le bas^ d'un lac, Aurdelà , on voit une suite de maisons isolées 9 qui font déjà partie du Grindeiwald et qu'on nomme Im Tsçhingelberg. Ici , le soleil , caché par Taréte de la montagne , ne paraît plus , depuis le 28 Octobre jusqu'au 8 Mars. Au - dessus du Stalden , un fossé nommé Marchgraben ou JVar^ tenjberggraben trace la limite entre la paroisse de Gsteig et le Grindeiwald. Cette dernière dénomi^ nation dérive d'un ancien château de Wartenbergy qui 7 dit-on , était situé en ces lieux , et qui aurait été détruit par la chuté d'une montagne. On voit encore évidemment à l'occident les traces de cetta chute et le sol est parsemé , dans l'espace d'un quart de lieue à l'entour , d'innombrables blocs de pierres, dont quelquesruns sont d'une grandeur énorme. On montre ici une petite m^son qui , suivant une tradition assez douteuse , fut seule sauvée par la faveur d'un nain de la montagne, lorsque le village de Schillingsdorf fut détruit en entier par un pareil événement. >
A]a-:delà de Burglauenen, le climat du vallon devient remarquablement plus froid. Il nç croit plus d'arbres fruitiers » excepté des cerisiers qui y prospèrent encore et même plus loin , au-delà de l'Enge, gorge étroite , et la véritable entrée du Grindeiwald. Elle commence derrière le l^ameau pittoresque d*Ort* weid et elle est tellement resserrée entre deux p,arois de rochers escarpés , qu'à peine il y reste assez d'espace pour la route, à coté du lit de la Liitschinen. . 11 n'est pas douteux que q'est par là que les eaux , qui /emplissaient jadis le bassin du vallon de
Chindêlwald , se frayèrent une issue et s'écoulèreiit dans les vallées inférieures. Mais la nature même dispute souvent aux voyageui^s cette enti*ée dans les contrées plus élevées , et ce passage pourrait être rendu inexpugnable par Fart du génie. Souvent y en hiver, des lavanges de glaçons et de neige s'y précipitent du haut de la montagne , et il n'y a au* Gun moyen de fuir. Toute la contrée est exposée à ces chûtes.
Le 12 Décembre 1808 , les maisons de la Schâr^ matt au-dessus de Burglauenen éprouvèrent un terrible accident de ce genre. A six heures du soir , une masse de neige , pai*eille à de la poussière ^ roula avec une telle impétuosité sur ce hameau ^ que trois cabanes fUrent emportées , sans qu'il en restât aucune trace. Dans Tune se trouvaient six enfans avec leur oncle qui furent sauvés , comme par miracle. A l'approche de l'avalanche , le vent qui accompagne toujours ce phénomène éteignit la lumière qui brûlait dans la chambre; quelques-uns, des enfkns étaient déjà couchés , les autres étaient assis autour de la table et apprenaient leur catéchisme. Tout-à-coup ils se sentent dans la neige. La maison , la table, le lit, tout a dispai'u et la plus grande obscurité les entoure. Ils avaient été entraînés avec leur maison à la distance de 300 pas dans un fossé , et on trouva à 700 pas plus bas quelques débris de ta chaumière. L'oncle rassembla bientôt ses esprits et songea d'abord à sauver les enfans; il tâtonne^ autour de lui, fouille dans^la neige, en retire les livres petits , l'un par le bi^as l'autre par les jambes,
avec beâac<^up de peine , elles porte dans une grange voisine , où Us passent presque nuds le reste de cette afireuse et froide nuit. Le lendemain , de grand ma« tin , le père revient d'une étable éloignée ^ où il était allé la^veille pour soigner son bétail et d'où il n'arait pu revenir à cause de Torage. Il ne trouve plus aucun vestige de sa maison ; il voit les traces de Tavalanehe, frémit et ne doute pas que ses enfans , son frèreet tout son avoir ne soient ensevelissons la neige. Des paysans de rintérieiu* de la vallée^ accompagnés ^u pasteur de Grindeiwald, arhvient pour porter du secours. Le père désolé quitte la scène 4'horre^f et de destruction et s'avance vers eux en poussant des cris de éésespok ; mais le pasieur lui crie i }, làbas tu trouveras tes ^ifans ! " On court les chercher , Ûs trolent dans les bras de leur père et Tembrassoit en versant des larmes de joie. A cet a$pect , leâ cœurs endurcis des plus téméraires chasseurs dô chamois furent saisis d'émotion et partagèrent leur bonheur.
Les habitaiis des deux autres maisons de k Schârmatt jie furent pas aussi heureux. Dans Tune , un couple conjugal fut enseveli sous la neige et n'y fiit retrouvé^ mort qu'au mois de Janvier suivant ; dans l'autre, cinq personnes perdirent la vie; une autre cabane ^ à quelque distanoe de là, fi^ abattue dans la mâme nuit par ui^ nouvelle avalanche^ et «es habiians furent étouISs; seulement un petit ehien qm s'était réfugié dans la cave en sortit en jappant, lorsqiaf'on commença à fouiller dans les décombres. La mêtîs^ la^ange entr^mi^ plusieurs étables ^vec
une ^[iiantité dé bestiaux qui ^'y trouvûent. lAie grange à foin fut transportée dans les aii's à 500 pas de distance de Tendroit où elle était située ^ jusques sur la rive opposée de la rivière , où elle retombadroite en terre , sans que les tas de foin qu'elle contenait eussent été dérangés.
Derrière l'Enge et le Balm escarpé d'où se précipite quelquefois ime cascade abondante , la vallée s'élargit de nouveau assez considérablement, et bien-, tôt on apperçoit de jolies maisons champêtres 9 des riches p^urages et tout ce qu'un paysage pastoral peut offrir d'agréable, dominé par le ddme majes^ tueux de FEiger qui s'élève dans sa blancheur éclatante et sa forme arrondie à la hauteur de 9000 piedSf depuis sa base jusqu'à son sommet. On ne le perd plus de vue , dans le ti'ajet d une lieue qu'il reste à faire pour atteindre l'auberge du Grindelwald, et dans lequel on traverse d'abord im torrent destructeur , mais poissonneux , nommé le Schwendenbacb; ensuite , des amas de débris provenant de Tancienne chute .d'une partie de la sommité du Rothhorp.
On passe près d'une colline qui, dit* on, portait jadis une maison de chasse ; puis , au travers des hameaux de Schwendi , fiachet Holzmatt; enfin 1 à côté d'un hôpital nouvellement établi. Apj^ès ïxW covu'te montée , on arrive à l'auberge où l'on ,pei<t se reposer après cette longue com^se, en jdùis^ant de l'aspect entier des deux glaciers et delà subliine chaîne des montagnes de glace qui forment autour de la vallée un vaste an^»hithéâtre. Cette route est
longue
longue et ce qu'elle offlre de remarquable êM très^ dispersé. Celle qui conduit de Zwejdutschinen à Lauterbruimen est beaucoup plits courte et moins fatiguante ; les objets dignes d'être vus y sont plus rapprochés. Au commencement , elle n'en proihdt pas beaucoup. Le vallon , déjà étroit , est rendu sombre par la quantité d'arbres , principalement de sapins, qui l'jombragent.
On chemine sur la rive gauche de la Lûtsehinen blanche , et Ton voit sur l'autre bord les ruines d'une fonderie , qu'on avait établie au commencement du siècle passé , pour y travailler la mme de fer ^ mais qui fut abandonnée dans la suite. Bientôt après ^ on se trouve au pied de la Hunnenfluh^ cette singulière masse de rochers, qui s'élève perpendiculairement comme une immense tour ronde, sem- 4>lable À un bastion avancé qu'on aurait construit sur' le penchant de la montagne poiu* défendre l'en* trée de la vallée. La tradition fait dériver son nom des Huns , qui auraient pénétré dans ces lieux. , conduits par le farouche Attila. A leur approche , les peuples de la contrée se seraient retranchés derrière des quartiers de roc , des troncs d'arbres et des fossés. Stap&r (p. 49) croit à la possibilité de cette étymologie et rappelle seulement l'observation de l'historien Mûl- 1er , qui dit que le peuple en Suisse attribue toutes les dévastations dont il reste des vestiges à Attila , toutes les tours , tous les remparts à Jules César , et toutes les imtitutions religieuses à Charlemagne. Mais, indépendamment de son nom, le rocher de laHunnenfluh est encore un objet remarquable par sa grandeur ,
SSL beauté pittoresque et sa forme particulière. Il est ibomposé de couches de roc fort minces , posées horizontalement les unes sur les autres , sur lesquelles se voient, à d'assez grandes distances, des fissures verticales ^ comme si Ton y avait incrusté des pierres de taille. Quelques-unes de ces couches sont plus inrancées et forment des bancs recouverts de gazon , sur lesquels on a vu quelquefois des chaniois chercher leur pâture 9 sans que les chasseurs les plus téméraires aient osé les y inquiéter. Au-dessus de ce rocher singulier sont quelques grottes asse^ vastes^ ce qui fait présumer, avec ime grande probabilité, que faction de l'eau a jadis arrondi cette parois et creusé ces cavernes.
Presque vis-à-vis de la Hunnenfluh le ruissemi du Sausbach descend en écumant, avec fracas, du beau pâturage de la Sausalp. C'est un de ces tor* rens dangereux qui se précipitent des montagnes et qui sont si nuisibles aux pâturages et aux vallées qu^ils traversent. Il y a peu d'années qu'il a causé de grands dommages au bas de ^a chute , en roageant le terrain et en déposant de ^ands blocs de rochers près des chétives cabanes du Simdweidlein qui se trouvent sur la route. La violence de ces torrens fougueux et sauVages, surtout lorsquîls sont enflés par de fortes averses, est incompréhensible. Leurs eaux mêlées de terre , de cailloux , de gravier deviennent épaisses comme de la bouillie et couvrent de ces matières le sol fa*tile qu'elles inondent, de manière à ce qu'il est impossible aux pauvres psy^ sans de le déblayer. L'eau ne charie pas précisément
des grandes masses de roc, mais elle mine en peu de tems celles qu'elle rencontre ; le courant impétueux* les ébranle sans cesse; bientôt elles perdent l'équilibre, glissent ou roulent sur la pente et tombent enfin dans la plaine.
Au-delà de la Hunnenfluh , on retrouve encore la même stratification bizarre dés couches de roche dont nous avons parlé plus haut, au siyet de la vallée de Liitschinen; et bientôt on est émerveillé à l'aspect subit de la majestueuse Jungfrau, cette reine de la vallée. C'est surtout près des maisons de la Steinhalden , auxquelles conduit uiï pont étroit sur la Lùtscliinen , que la vue en est incomparable. C'est de cet endroit que Lory l'a représentée dans un dessin très-fidèle. L'on est surpris de voir ici tout-à-coup de nouvelles montagnes au-dessus de celles qui touchent presque à la région des nuages.
Quels espaces nouveaux se déroulent maintenant à nos regards ! Des montagnes gigantesques servent de socle à d'autres plus hautes encore. La' nature déploie un pouvoir que notre intelligence peut à peine concevoir. Mais réservons les réflexions que nous inspire ce spectacle magnifique , jusqu'à ce que nous ayons atteint à Wengenalp ou à Eisenihih, le point de vue d'où il se présente avec le plus d'avantage. Avançons encore vers Lauterbrunnen, et nous verrons bientôt la colonne brillante du Staubbach , qui s'élance , blanche comme ' l'albâtre , d'une saillie du rocher élevé et qui se dissipe dans les airs avant d'avoir atteint la terre. Nous
ipoiis hâtons de nous en approcher et nous entrent dans une vallée riante tapissée d'une riche verdure et tempérée au-delà de notre attente. Nous la voyons ornée de maisons , de granges , de prairies , de beau^ arbres, entourée d'immenses parois de rochers sur lesquelles on ne remarque plus ni fentes ^ ni couches ^t qui s'élèvent en ime seule masse compacte à la hauteur de 900 à 1000 pïedsr. On pourrait la com-^ parer à un riche manteau royal à fond verd , brodé de fil d'argent et de festons de fleurs , qui serait renfermé dans une caisse profonde.
EUertfluh, Miirren et Sevinenthal Cvallée de Sevinen).
JTavais déjà fait souvent la route , dont je viens de parler , pour me rendre à Lauterbrunnen , et j'avais 1^ désir d'essayer une fois le chemin , peu fréquenté par les voyageurs , qui conduit au village d'Eiseafiuh sur la montasse, de suivre le vallon où il se brouve^ pour visiter celui de Mûrren, situé encore plus haut , et de parvenir enfin , en passant par la vallée de Sevinen , dans le fond le plus reculé de celle de Lauterbrunnen. Enfin, j'entrepris cette course dans la belle matinée du 25 Juillet 1814 , en compagnie de M. le professeur Meisner et accompagné du guide Jonathan Michel d'Unterseen , et jamais je n'ai mieux joui de la région des Alpes. On ne se transporte pas sans beaucoup de peine dans un atmosphère plus élevé 9 mais on en est plus que récompensé* ^
Près de Zwcylûtschînen , on prend ^ à droite , au trayers d'une sombre forêt de sapins , le sentier qui conduit au village d'Ëisenfluh. Il est situé sut le côté méridional d'un plateau de montagne dont les parois sont fort élevées et taillées presque à pic* Son nom d'Eisenfluh (roche de fer) dérive probablement des bandes , couleur de rouille , qui se des-^ Binent sur la surface du roc et qui font supposer qu'il contient de la mine de fer. En hiver, cette ]pente effrayante est garnie dinnombrables glaçons , et lorsque la lune Téclaire , cette masse briljlante prend un aspect singulier, semblable à celui d'un palais de fées. Au-dessus de ce plateau s'élève un autre rocher , nommé la Vogelfluh (roche aux oiseaux). H tire son nom des vautours des Alpes , des redoutables JLammergeyer y qui souvent j plaçaient leurs aire^ et dont il rappelle l'existence.
Le sentier que nous suivions est Te seul qui con* duise d'Eisenfluh dans la vallée : les habitans le pra^ tiquent pour aUer à l'église , non à celle de Lauterbrunnen , qiû serait cependant plus rapprochée , mais à celle de Gsteig, dont ils sont paroissiens et qui est plus ancienne. Cette peuplade t&l obligée de faire un chemin très-pénible de 2 à 7 lieues pour assister au culte divin , tout comme ceux de Mûrren, qui habitent presque à la même distance de Lauterbrunnen , leur paroisse. Us y sont beaucoup plus assidus que ceux qui en sont les plus voisins. Cette distance n'est cepaidant pas considérable en comparaison de celle où se trouvent de leurs temples / les habitans des Jâmtland en Suède. lis en sont
quelquefois éloignés de 5 à 6 lièues , et cependant ils y vont régulièrement, en partant de chez eux chaque Samedi à cheval , et retournent chez eux le Lundi matin. Les hommes^ en général, estiment toujours plus ce qui leur coûte de la peine. C'est peut-être ainsi que la rude montée , que nous avions à faire , nous fit trouver le hameau d'Eisenfluh si joli. Nous eûmes à gravir pendant une heure et demie ; nous suivions toujours les contours sinueux de la route principale et bien frayée, sans prendre les petits chemins très - escarpés , que les paysans ont battus en suivant la ligne droite sur la pente. Cependant nous nous arrêtions souvent pour contempler les beaux hêtres , les grands érables qui croissent ici parmi les sapins, ou pour admirer, au travers de quelques trouées entre les branches , la vue du VÉ^Uon que nous venions de qiiitter, ou celle de la Jqngfrau , qui se présentait toujours plus dégagée. Nous ne rencontrâmes aucune créature humaine. Nous étions seuls au milieu de cette sublime nature; de grands papillons voltigeaient sans crainte autour des belles fleurs des Alpes dans les clairières où le soleil pouvait pénétrer.
Enfin , lorsque nous nous y attendions le moins , nous apperçûmes une haye qui bornait le coteau boisé et entourait un petit hangard à foin que nous saluâmes , comme des nautonniers égarés se réjouissent à l-aspect d'un phare qu'ils découvrent. A quelques pas plus loin , nous apperçûmes enfin , au milieu de petits jardins et de champs de lin d'un vert clair , sous l'ombrage des cerisiers y le paisible
hameatty où les {kîtes de toutes les maisons sont tÎMimées au midi. >
Nous Y entrâmes , nous le traversâmes , sans entendre d'autre bruit que celui des fontaines dont Teau coulait, en murmurant, dans leurs bassiiis^' Nous frappâmes avec nos longues cannes de montagnes à plusieurs portes et fei^étres ; nous appelâmes et pas une ame ne parut. Cependant aucune mai^ son n'était fern>ée* Si le jour avait été moins beau^ si nous ii'àvions pas entendu autour de nous le bour-^ dcmnement des abeilles et des frelons , cette solitude nous aurait inspiré quelque effroi. Je me rappelai cette ville dans les Mille et une nuits , dont tojus les habitans étaient pétrifiés ^ où les hommes- ei les animaux étaîeirt métamorphosés en statues , et où le voyageur marchait seul dans l^es rues, désertes. A Textrémité du village , naus retournâmes sur nos pas et nous entrâmes dans une petite rue latérale i 0Ù nous recommençâmes à appeler encore plus fort fuelqu'un de nos semblables^ Eufin , ime vieille femme infirme parut sur le seuil d'une chécive ca-' bane noircie par la fumée et nous salua avec politesse. 'Ditns iS à 18 maîsons^ qui composent ce petit endrmt et qui sont habitées par 20^ménages 9 il ne se trouvait alors d'autre oréature humaine que cette b^nne vieille et peut-être deux ou ti^ois autres per« sonnes malades et alitées. Tout le reste de la po^ yulatîon était allé sur la montagne voisine du &ul« wald pour ceceuilUr les. foins et , suivant l'usage do, pa)rs, on y avait même porté les eufaiis à la mam« ntttte*. Nous £oUnes d<Hic obligés de faire notre halte
^hez la vieille fbmme , à qui lé plaisir de recevoiif chez elle des hôtes si nouveaux et si rares avait donné des forces et qui nous offrit avec un véritable et cordial empressement du fVomage de deux espèces 9 des œufs j du lait de chèvre et un peu de paiii^ Ce repas frugal nous parut délicieux.
La conversation avec cette nouvelle Baucis ^ dont le Philemon était avec les autres habitans sur la montagne , ne laissait pas que d^êti*e intéressante y lorsqu'elle nous parlait de Tair si pur et si sain qu'on fespire daits cette contrée élevée , du peu de mala^-» &CS qui y régnent , de la sérénité d'esprit , de la modération, du genre dé vie si simple de ses con-» eîtoyens. Un sculpteur en boîs , nommé Feutz, qui fabrique des ustensiles pdur le laitage, des petits^ couteaux, des cuilUers et des fourchettes de bois, «st le ^eul artisan dans ce vallon , dont tous les autres habitans s'occupent et se nourrissent uniquement de leur bétail et de son économie. Il porte chaque année ses marchandises aux foires de Beme pour les débiter.
Après midi , nous repartîmes id'Eiscnfluh et nous prîmes le chemin de Mûrren , où nous nous étions proposé de passer la mut. Cette course de montagne est une des plus agréables que je connaisse , et cependant, quoiqu'elle soit sans au^un danger, elle B*est presque point pratiquée par leà voyageurs. Oa eommence d'abord à monter, en se dirigeant un peu à droite , . vers la Sausalp ; mais on ne va pas jus*^ çu'au sommet de la montagne -, il y aurait encare à>
gravir pendant plusieurs heures pour y atteindre. Une espèce de gorge ascendante se prolonge assez^ loin entre quelques croupes de rochers du côté de la Suleck. On voit tout à l'entour des masses dont quelques-unes sont en partie couvertes de forêts » de terre productive et de gazon : quelques dents qui tombent en débris s'élèvent au-dessus des hauts pâturages , comme les crénaux d'une forteresse.
Après avoir fait une lieue de chemin , nous armâmes au ravin profond du torrent du Sausbach y qui descend de la montagne de la Sans ^ sur laquelle^ dit-on, un beau village fut jadis détruit en entier par ce torrent. Tous les habitans périrent , à Fex-» ception d'un petit enfanL Cet orphelin , dont personne ne connaissait les parens y ayant été receuilll et élevé comme un enfant trouvé , reçut le nom de Sauser et fut la souche d'une famille maintenant nombreuse dans TOberland. C'est ainsi que , suivant une tradition fort répandue , la famille des Ammerter descend des derniers habitans de la vallée d'Ammer<« ten , à l'extrémité la plus reculée de celle de Lau« terbrunnen , qui fut jadis habitable et peuplée, et qui n'est plus qu'un désert. Ainsi la famille Planalp à Brienz tire son nom d'un enfant, entraîné dans son berceau et jeté , depuis les hauts rochers dans la plame derrière Brienz , par les eaux qui dévastèrent y il y a plusieurs siècles , le pâturage de Planalp au-» paravant habité et cultivé.
Le torrent du Sausbach, dont nous contemplions la diûte écumante et soa ûonflu«at avep le Sulsbach
sur le coteau ati-4es5us de nous, assis 5ut*lTierbé à Tombre d'un sapin large et touffu , le Sausbach , dis-je est le lieu de la Scène d'une tradition encore plus romanesque. A Tendrait où maintensmt un pont solide le traverse , il existait jadis un excellent pâturage , avant que le coinçant des flots eut creusé un lit aussi profond. Une jolie bergère d'Eisenflub gardait son troupeau sur la rive gauche du ruisseau^^ tandis qu'un honnête garçon de Miirren paissait son bétail sur la rive opposée. Se voyant tous les jours, ils prirent de l'iiiclination l'un pour l'autre. Souvent ils se parlaient au travers du ruisseau ; souvent aussi le jeune homme le passait en sautant légè-xement sur les pierres saillantes pour se rapprocher de son amie. Un jour les eaux avaient considérab^ment enflé; les flots impétueux entraînaient ou: couvraient tous les cailloux. II. y aurait eu le plu»^ grand danger à vouloir les franchir; les deux amans jasaient ensemble de loin ; en plaisantant , ils com-^ mençèrent à se jeter mutuellement des poignées^^ de gazon. Le jeune pâtre en arrache une avec f^rcc^, là lance, atteint son amie à la tempe, la voit tomber, et n€j doute pas qu'une pierre ne soit restée attachée aux racines des plantes, sans qu'il s'en soit apperçu. U se précipite aussitôt dans le ruisseau, parvient à force de travail sur Tautre rive et court auprès de. la bergère; il cherche à la ranimer, il l'appelle cent fois par son nom, mais en vain; elle reste pâle, immobile à ses pieds. H verse de l'eau fraîche sur son visage ; elle rouvre encore une fois les yeux, un tendre regard annonce à son meurtrier qu'elk Jui pardonne, puis elleJes xefernae
pour toiuoiirè. Le désespoir s'empara du malheureux Verger ; il ne voulut plus retourner dans son village. La jolie paysanne fut ensevelie à la place où elle avait expiré , et son amant ^e construisit une petite cabane auprès de sa tombe , où il passa le reste de sa vie' dans les larmes , les veilles et les prières , et mourut peu d'années après.
Nous quittâmes ce site pittoresque et continuâmes notre marche vers Plctschen , parla Winteregg. Là Jungfrau de l'autre côté de la vallée nous paraissait alors trè^-rapprochée. Le tableau qu'elle forme devenait à chaque instant plus grand et plus ravissant. Vollmar de Berae Ta peint à Fhuile depuis Eisenfluh avec beaucoup de succès. Nous nous reposâmes de nouveau dans une forêt fort élevée au-dessus des terribles parois de rochers du Staubbach , pour admirer ce mont gigantesque. Je désirerais qu'un voyageur comparât ce point de vue avec celui du mont Breven vis-à-vis du Montblaric. C'est depuis un plan situé lui-même sur une haute montagne qu'on peut le mieux jouir d'un pareil spectacle, le plus imposant que puisse offrir la nature visible , le contempler , pour ainsi dire , face à face et en apprécier la sublimité. Sur une terrasse élevée d'une lieue au-dessus du vallon se présentaient vis-à-vis de nous les maisons du joli hameau de Wengen , éparses sur une verte' pelouse. Derrière ce plateau s'élève une seconde terrasse formée par le Wehgbcrg et le Tschuggen avec ses pics, que nous n'avions pu appercevoir depuis Eisenfluh qu'obliquement et trop reculés. Droit au-dessus de ces montagnes.
la Jungfrau et FEiger étalaient leur blancheur éblouis* santé , semblables aux colonnes de marbre blanc d'un temple consacré à rÉtemel et voisin de son céleste séjour. C'est ici , où nulle part que l'on peut concevoir comment Faspect d'une aussi grande et sublime nature donne aux habîtans des Alpes cette disposition aux réflexions silencieuses et à de {lieuses méditations qui les rend indifFérens pour les petits objets qui les entourent , pour les cailloux , les fleurs , les insectes qu'ils foulent aux pieds.
Nous nous arrachâmes avec regret à ce superbe point de vue , pour atteindre Miirren avant le coucher du soleil et éviter la grande fraîcheur que le soir ramène toujours dans ces régions élevées. Le tonnerre des avalanches nombreuses qui roulaient sur les flancs de la Juilgfrau, de l'autre côté da vallon , retentissait jusqu'à nous ; Fair si pur , si for^ tifiant qui règne sur les hautes montagnes nous pé^ nétrait. Autour de nous fleurissaient quelques roses deè Alpes isolées , les tiges déjà plus fréquentes de Fhellebore et les casques bleu-foncés du napel. Nous foulions le sol dts Alpes , que Fon reconnaît aux herbes coiurtes et plus aromatiques qu'il produit..
Nous éprouvâmes un sentimei^ tout particulier en arrivant aux sources du Lauibacb, qui forme une des cascades voisines de celle du Staubbach sur les parois occidentales de la vallée de Lauterbrunnen. Nous nous assîmes encore une fois au bord de ces eaux si fraîches , si limpides. Une dovt* zaine de dièvres curieuses se rassemblèrent autour
AS
de. nous , en faisant sonner Ie$ clochettes qui pen« daient à leur col. La plus jeune accepta le pain que nous lui offrîmes. U nous semblait que nous faisions partie du peuple des pâtres. L'idée que nous étions maintenant placés au-dessus même des sources qui se précipitent de si haut dans les vallées , exaltait nos âmes.
A quelque distance de là et 2V2 lieues d'Eîsenfluh, nous traversâmes le ruisseau du Pletschbach ou Bletschbach , qui forme la limite entre FAlpe de Winteregg que nous quittions et celle de Pletschen dans laquelle nous entrions. On ne connaît point dans la plaine ce ruisseau sous son véritable nom ; c'est lui qui forme la célèbre cascade du Staubbach, et cette dénomination lui est restée.
Le pâturage ou FAlpe de Pletschen , qui touche en partie sur la hauteur à celui du Sausalp , a à peu près 3 lieues d'étendue; il est estimé pouvoir nourrir 233 vaches; mais ordinairement on y tient 140 vaches, environ 400 moutons et un grand nombre de bœufs. On y trouve sur trois stations différentes 24 chalets. Il est fort élevé , aride et très-agreste dans sa partie supérieiure.
Il y croit peu de bois , et quelquefois Teau y manque tout-à-fiût. Au milieu est une vaste étendue que Ton nomme j4ugsimattenband (raye d'Augstmatt), couverte en «itier de deux espèces déplantes des Alpes \ts plus estimées pour la nourritures des vaches , %di\ oit \tplantago alpina et \t phtllandrium muUUina.
Les somtnités les plus hautes de Fletschen sont le Weissbirg et le Schwarzbirg ; la première est composée d^une roche calcaire de couleur claire ; la seconde, d'une nuance- plus foncée , est d'une pierre ferrugineuse. EUes sont tout-à-fait nues , sans gazon , sans neige , et on les voit au loin , même depuis Berne.
Le pâturage de la Wintèregg est encore plus grand que celui de Pletschen ; mais il est estimé ne pouvoir fourniiî qu'à la nourriture de 200 vaches pendant l'été , parce qu'il est très-pierreux , boisé et marécageux, de sorte qu'on ne peut guères y entretenir que des chevaux.
A une demi - lieue en deçà de Mùrren , notre route rentra dans celle qui est pratiquée par les habitans de ce hameau pour se rendre à l'église de Lauterbrunnen , et qui descend à gauche dans une gorge profonde. Elle est frayée et commode pour les voyageurs qui désireraient aller directement de Lauterbrunnen au joli village de Mùrren. Depuis la jonction des deux routes , on y arrive presque en plaine. De tous côtés , nous appercevions des petits hangards remplis de foin qui parfumaient au loin l'atmosphère de l'odeur aromatique des plantes alpestres. Nous nous réjouissions de trouver des récoltes aussi abondantes au-dessus de ces hauts rochers perpendiculaires, qui, vus de 4a vallée, paraissent se perdre dans les nues et n'offWr aucune utilité. Si Lauterbrunnen est élevé d'environ 2450 pieds au-dessus du niveau de la mer , le village de MiU*i^en
est, suivant les mesures barométriques, de 2706 pieds plus haut , savoir , à 5176 pieds d'élévation absolue.
Parvenu à la moitié de cette différence, on voit un roc, tel qu'on n'y en a presque point d'aussi haut dans tout l'Oberland. Je frémissais en voyant sur luie bande de gazon de tout au plus 6 à 8 pieds de large, entre le chemin et cet affreux abyme, un faucheur travaillant paisiblement à couper l'herbe , le dos tourné contre le précipice, gw^ique je ne sois point sujet au vertige, je me sentais cependant saisi d'une certaine appréhension et je me hâtai de franchir ce passage. Mais cette sensation désagréable fit bientôt place aux sentiméns les plus doux , lorsque tout-à-coup le riant hameau de Miirren , situe au milieu de riches prairies , dépourvues d'arbres , mais arrosées par de nombreuses sources , s'offrit à nos regards , sur un coteau avancé. Appuyés sur nos longs bâtons , nous le contemplâmes de loin pendant quelques instans avec une satisfaction inexprimable. Il nous présentait im -tableau aussi attrayant qu'il était inattendu. On ne pjewt lui comparer dans tout l'Oberland que les charmans villages sur le HasUberg , qui ne sont pas à beaucoup près aussi élevés. Je comptai jusqu'à 32 sommités autour de nous, amoncelées en petits grouppes les unes au-dessus des autres, et toutes tournées au midi, du coté de la Jungfrau. Dans cette vaste enceinte, l'on voit une multitude de petits enclos, renfermant des plantations de pommes de terre , de chèux , de chanvre et d'orge. Des sentiers bordés de* jolies palissades forment des moyens de corn*
ssunication entre les maisons éparses. Nous renco»:^ trions des vachers portant gaiement leurs branles à lait sur le dos , et des enfans courant à leur ren^ contre avec des cris de joie. Au-dessus des hayes ou au travers des croisées se montraient des têtes de femmes qui nous regardaient avec ciuîosité. Ici , il n'y a point de cabaret^ où les mœurs de cette peuplade pourraient se corrompre. Les plus riches particuliers de la vallée de Lauterbrunnen habitent cet heureux village.
En 1811 , on y comptait 136 âmes et 24 ménages^ Depuis 1783 , le nombre en avait augmenté de 8. Us possèdent 110 hivernages de vaches. On nomme ainsi le foin que produit ime pièce de terrain , né-^ cessaire à la nourriture d une vache pendant tout l'hiver. En été^ impaquis commun et le pâturage aU pestre du Miirrenberg fournissent à l'entretien de leurs bestiaux. On y récolte aussi sur quelques domaines situés sur les hauteurs voisines du foin de montagne , que Ton apporte dans le village.
Nous y entrâmes alors , le cœur plein de cette douce confiance que tous les hommes éprouvaient pour leurs semblables ^ dans cet état de simplicité primitive ou idéa[,e , que les poëtes nous ont dépeinte Nous choisîmes le site le plus élevé du village, qui nous promettait la vue la plus étendue, pour y de^ mander l'hospitalité. Nous frappâmes à la porte d'une chaumière, dont la pi^oprietaire , une veuve, nommée Gertsch , nous accorda , avec la plus franche eordialité et sans hésiter un $eui instant, un asile
pour
pour la nuit. Nous y entrâmes , et nous trouvâmoti dans rintérieur de la maison toute la famille , com« posée d'une fUlç et de deux lils , qui s'empressèrent de nous alléger de notre bagage. Us nous introduisirent dans un attelier de tisserand, où nous changeâmes de vêtemens; nous commandâmes une soupe au lait et des œufs pour notre souper ; pui3 noKis nous hâtâmes d'aller respirer le plein air et jouir du spectacle magnifique des montagnes dfi neige j qu^on ne voit presque nulle part aussi bien , édaii^ées par les derniers rayons de Tastre du jour. Assis sur le gazon » nous étions entourés de toute la jeunesse du hameau , que la curiosité de voir d^ . étrangers avait attirée.
Le Wetterhom bornait la vue à l'orient; plus près se présentaient les deux Ëiger , que la SçheidecK de la Wengenalp réunissait au Thunertschuggei;. Les chalets dont elle est parsemée étaient déjà enveloppés des (mibres de la nuit. Au milieu du tableau dominait , dans toute sa magnificence 9 laJmigfrau 9 en partie couverte de nuages ^ dont le voile mystérieux la rendait encore plus imposante. V^^ de ^ts sommités , que je crus être le Silberborn ^ ^ dessinait le plus distinctement. Sa pente était coupée par deux gradins gigantesques, que forment àtvpa plateaux , nommés le rothe Brett ( planche rouge ) et la Stellifiuh, à laquelle on donne, à Miirren» le nova de la petite Jungfrau. On nous montra sur cette dernière une petite saUlie où , suivant la tradition , un vautour des Alpes alla se poser , il y ^a bien des aimées 9 avec im enfant gull avait enlevé
Tom. II. 4
à MûiTCn et le déchira. On la nomma depuis lors le SpeUpfàd, et Ton y vit encore long-tems après les lambeaux des vêtemens rouges qu'avait porté cétt^ pauvre petite victime.
La Jungfrau se prolonge à droite par uiie arête couverte de neige , surmontée des aiguilles du Gletscherhom et de rEbenenfluh. On apperçoit Tembouchure du dernier contour de la vallée de Lauterbrunnen, vers la Stufènstein-Lauine , Kxiegsmatten et le glacier du Schmadri. Plus près s'élève la croupe du Tschingelgrat , désignée dans la carte de Weiss sous le nom de TËiger de Lauterbrunnen, dénomination que personne ne connaît dans la contrée. Cette arête escarpée , âpre et couverte de neige s'étend depuis la Busenalp jusqu'à la Biitt» iassen ou Buttlosa, et sépare la vallée de Sevinen de celle d'Ammerten.
Au-dessus de Miirren s'élevait le Schilthom*, la '^plus haute sommité de la chaîne de montagnes, * qui court depuis le Sausbach à FAlpe de Sevinen ; elle est rarement dépourvue de neige. Un peu plus •près, on nous montra deux petites aiguilles de rochers très -rapprochées Time de l'autre, nommées dans la contrée les Hirtlnin {\t& petits pâtres ) , où mon imagination vit aussitôt les effets d'une métamorphose. Je me les représentai comme deux jeimes bergers , égarés sur la montagne , morts d'angoisse ^et de douleur d'être séparéis de leurs parens, puis ^transformés en pierre, et dont leslamicsse répandent encore dans le vallon sous la forme d'un petit ruis** seau.
Si
Le croissant de^ la Irnie dissipait déjà par sa lu«mière éblouissante Tobsourité de la nuit, lorsque^ chassés par la fraîcheur subite et très - sensible de Tatmosphère 9 nous retouiiiâmes sous Iç toit hospitalier, où nous avions été si bien accueillis. Nous primes notre frugal repas du soir , en jasant fami* lièrement avec nos hôtes, â4)ientôt le «fils dd' la maison nous conduisit à la couche qu'on nous avait destinée. Nous montâmes par une échelle sur le fenil de la grange ; on Rendit des draps gmssiers sur le foin parfumé ; nos sacs de voyage nous ser^ virent d'oreillers, le foin de couvertures, etnd%i^ Y réposâmes miéinc que dans un lit d'auberge quelconque. Bientôt y un sommeil tranquille vint déll^ciei^sement réparer nos forces épuisées par la^fâ^ tigue. ; î
De bon matin , on vint ouvrir la porter du fenit; un fils de la maison, que nous avions ^voyé^ à Laiiterbruiinen pendant la nuit et qui était d^à de retour, venait nous réveiller. A Tiâstant, nou^ fumes sur pied , et nous secouâmes les brins d^'he^liè sèches qui s'étaient attachés à nos habits et à nôd cheyeuK. Le soleil resta encore quelque tems câchtf derrière les montagnes. Enfin ^ il se montra, taài^ son lever nous parut moins beau que nous ne l'avions attendu. Lorsqu'il sort strbitément de denière quel« qi^e haute parois ' de rochers , il n'est pas préoéM par le chac couleor de rose del'aurore, et il s'é^-^^^ lance , oonune, de plein saut , dans là "voutie aeuréé des Qiegx. Ge]gNen(feuit^ la Jungfrau, débarrassée diô son voile de la veille^ seihbkble à Pallas, revêtue'
é" at «rmilrè résplienâis^ante de blancheur , parais* sait braver avec une noble fierté les traits que lui dardait Appellon.
Saiià nou5 arrêter à d^'euner longuement^ noul {partîmes ettraversâmes bientôt le Mûrrenbach (ruis^ «fea«i de Miîrren ). A gauche, à une demi-lieue vers Je mkU^ on appe^ç^ît Gimmelv^ald, autre village de montagne^ presque aussi considérable queMûr^ ren. En 1811 , on y comptait 33 feux et 137 ames^ B possède sur son terrain fertile lis hivernages de ^t'ia^he^ , un paquis commun et le droit de paccage d'été pour 48 bêtes à cornes sur la Schiltalp. L'air 3^ ^st f comitie à Miirren ^ particulièrement salubre et pjutrvil n'y règne presque point de maladies , oa n'y trouve ni cabaret, ni marchands, et très»- peu de vin, de café et de tabac En 1783, ces deux ct)mfnubQ8 fie Cï>ii]tenaient aucun indigent dans le i^as 4^ r^evoir des secours. Ces régions <^Briraient Ub Si^]»in^ très^alutaire au^ hypochondriaquesi^ LeS yaisficaux swguin& moins comprimés par une éolonne d'iûr épm , fay4>risei^ent une circulation plus Ubrâ ftpbis. régutière^ et un bel été de trois à quatrd tiipis I tel ^u'on en jouit fi>équemment dans ces c<»i^ ttées > aurait sur la santé, un dlkt merveilleux.
. , Nou^ aifdohs 1^ descendre directement dans la ^iil^éc^ en suivait par Gimoiel^ald un sentier ^qui yyçon4iakit; mais nous préférâmes de semionter 1q %lurii^lèerg^ < montagne de iMib^ren) au sud-ouest #.dc cMereber des scènes plus tsaurages en gagnant 1^; h fSchikalj? cette 4e Sevii^en*
Nous eûmes bientôt atteint ce haat pâturage par* semé des plantes alpestres les plus savoureuses , dont la plupart était en fleurs. Cette Alpe est tout-à-rfail^ dépourvue d'arbres, seulement quelques buissona d'aulnes de montagnes s'élèvent ça et là au^dessua deTherbe et sont habités par une foule de merlea qui , en voltigeant , animaient eette solitude. Un peu plus haut, nous trouvâipes les bestiaux qui paissaient» parn)i lesquels on nous fit remarquer de3 chev^tii^ t qu'on envoie dans ces lieux , même des envirana d^ Berne , pour y trouver une nourriture plus fortifiante et pour y changer d'air.
Après avoir passé le ruisseau du Sçhiltbach > ^ous traversâmes l'Alpe de la Waseneel^ 1 2^))ondan^ en fourrage , d^oùTon a une vue unique sur la^^ung-r frau. Quelques hauteurs , situées dçs deux côtés » ne permettent de voir dans le lointain que cette 3u<f perbe masse dans toute aa grandeur. Bientôt , en a franchi la Waseneck , et Ton jouit en ùict de l'aspect remarquable des montagnes du Tschingelr grat, du Gspaltenhorpi et de la Buttlosa. A gauche » on voit s'élever les Hundshômer Cpies des chi^s) et la Furgge , d'où une gorge enfoncée conduit dani le Kienthal (vallée de Kien). On a de la peine 4 ^e reconnaître dans le chaos de soipmités dont on est environné. Toutes ees croupes et ees arêtes forment une espèce d^étoile , dont les nombreusi rayons s'étendent dans différentes directions, de ^orte qu'il est difficile de^es distinguer^ à moins df tourner à Tentour de chacune ^ ce qui est sujet à des difficultés presque insurmontabjie^*
Nons rcdcsccndînies ensuite pendant un quart d'heure jusqu'à un petit plateau sur la pente trèsprolcingée de la Sevinerialp , où sont situés les chalets de Boggangen, Tune des deux stations de cet excellent pâturage , qui est estimé suffire à la nourriture de SOO vaches pendant Tété sur ses 4 lieues d'étendue, et qui en nourrit en effet de 3 à iOO chaque année. Elle appartient en majeure partie à la commune d'Unterseen , dont les habitans reçurent de la ville de Berne des droits de pâturage très-considérable pour prix de leur bonne conduite et de leur fidélité, lors des troubles de la réformation.
Combien j'aurais désiré entendre daiis ce désert retentir le cor des Alpes! Mais la sécheresse des mœurs de notre siècle a presque aboli en entier cet antique usage, et Toreille n'y est frappée que par les sifflemens des marmottes cachées dans les crevasses des rochers , qui , en 3'avertissant ainsi mutuellement de l'approche des voyageurs, si rares dans cet asile, rappellent seules Texistencc de quelque être vivant. Plus près des chalets , nous apperçâmes cependant sur la pelouse le bétail au manteau bigarré de diverses couleurs. Quelques pâtres se montrèrent sur la porte des chaumières et nous binèrent cordialement. Nous nous assîmes près d'eux sur un quartier nud de pierre calcaire , et ils nous offrirent du laitage délicieux. Celui de ce pâturage est très-distingué; les fromages de Sevinèn passentpour les meilleurs de TOberland , et lorsqu'ils deviennent vieux, ils sont moins secs et moins durs que ceux de Gruyères* Quelques personnes préten-
ss
dent qu'ils doivent leur bonne qualité à ce qu'on ne^ laisse pas reposer long-tems le lait dont ils se fabriquent dans des vases de bois , et qu'on le verse tout chaud , au sortir de la vache , dans les chaudières. II est plus probable que c'est l'effet des plantes alpestres , qui sont plus abondantes et plus aromatiques sur un sol pierreux et agreste , tel que celui de cette Alpe. Peut-être 5 la réfraction des raypns du soleil contre les facettes innombrables des roc$ cnvironnans 7 contribue-t-elle aussi , en réchauffant le terrain et en favorisant la germination de ce9 plantes.
A peine nous étions nous reposés pendant une couple de minutes près des chalets de Boggangen , que les indices les plus surs de l'approche d'un orage qui s'élevait du Kienthal sur l'arête de la Furgge nous avertirent de hâter notre départ. Des nuages , comme attirés par un charme magique 9 montaient d'en bas sur les flancs de la montagne , glissaient doucement sur la pente opposée 0t paraissaient s'être donné rendez-vous sur un point de rassemblement, où ils commencèrent bientôt à se réunir en masses toujours plus noires et plus menaçantes. Déjà \m bruit sourd annonçait l'explosion prochaine du tonnerre , lorsque nous nous faisions encore indiquer par les pâtres un sentier pour nous rendre dans la vallée de Sevinen et de là dans le fond de celle de Laiiterbrunnen. Nous partîmes enfin, et tout en marchant difficilement sur une pente très - rapide , nous comprîmes que, dans ces lieux-ci, les vachers ne doivent pas être^très-disposés à chanter et à jouer
ia cor des Alpes, lorsque , presque chaque jour, ils ont à parcourir, aussi péniblement, près d'une lieue et demie, pour aller couper leur bois et I0 ^ansporter sur le dos aux chalets , si fort élevée au-dessus des forêts qui le leur fournissent ; mais ils ont encore bien plus de peines dans les nuits ll^oragC) lorsqu'ils sont obligés d'être debout pour Rappeler leurs vaches , rester au milieu du troupeau , en rase campagne , exposés , pendant des heures , aux ouragans , à la pluie , à la grêle , et rassurer les bestiaux en leur parlant. Sans cette précaution, les vaches épouvantées se disperseraient et couraient le risque de tomber dans les précipices.
Chemin faisant , notre guide qui , dans son en-^ fhnce, avait gardé le bétail sur cette montagne, nous montra en delà des rochers du Tschingelgrat un sentier qui conduit à la petite Busenalp, située sous la dernière aiguille de cette arête , nommé TEUstab ou le Spitzhom , vers lequel un chemin , ton-* jours montueux , mène au Steinberg , derrière Trachsellauenen. On raconte que sur cette route dans les déserts du Steinberg un peintre , assailli par l'orage , mourut de froid , gela et resta assis dans la même attitude où la mort l'avait surpris. C'était im étranger qui avait long-tems parcouru ces contrées , en dessinant les grandes scènes qu'elles présentent n croyait pouvoir se passer de guide et succomba aux intempéries 9 en s'occupant de son art. favori.
Après avoir passé près de quelques chalets dban-« donnés , nous arrivâmes enfin ^ur les bords du tor-^
rent de la Sevâûtschinen ou Sevinen qui , se rétt<^ nissant près de Stechelberg avec la Steinberglûtschinen , forme la rivière principale de la vallée de Lauterbruiinen. En-dessus du pont que nous traversâmes^ il s'en trouve un autre sur le même courant, qui porte le nom de Pont du Diable ^ comme celui du St. Gothard.
Nous suivîmes le cours de Teau au travers du vallon qui se rétrécit toujours davantage , et n'est plus enfin qu'un ravin. Cette route est difficile et pierreuse, mais quelquefois romantique^ Nous vîmes avec plaisir quelques chûtes de la Sevinen, qui se fraye impétueusement une issue entre les blocs de rochers dont son lit est encombré et qui paraît se hâter de quitter ces tristes déserts. Après une marche assez précipitée de près de 3 lieues , nous atteignîmes im plateau terminé par une parois de rochers à pic tournés vers Lauterbrunnen. Ici , le torrent , forcé de faire un saut , forme une cascade très^abondante e<; remarquablement belle ^ mais difficile à aborder.
Comme nous n'avions nulle envie de nous pré-» <^piter , comme ses ondes , nous le laissâmes à notre gauche ^ pour descendre en zig-zag , après avoir enx^ore passé le ruisseau du Rufibach 9 sur une pente ,si rapide 9 fue nos genoux, sans cesse ployés, nous refusaient presque leur service. Nous trouvâmes enfin cm abri dans les maisons de Stechel , au fond de la vallée ; nous nous y reposâmes , jusqu'à ce que la phde eut cessé , en contemplant l'aspect des tor^ reos du Staldenbach et du Mattenbach , qui tombent
de la petite Jungrrau. Enfin, nous <inittâmés cet asile pour gagner la cure hospitalière de Lauter^ brunnen, où nous arrivâmes sains et saufs, mais par xme soirée sombre et peu agréable.
Lauterlrunnen.
Lauterbrunnen , considéré comme un district ou une contrée particulière, a pour limites, au midi, la Scheideck de Wengenalp et l'arête de montagnes qui la prolonge et dont les sommités principales sont le Laubhorn , le Thunertschuggen et le Mânnlichen. Cette chaîne porte aussi quelquefois le nom de Wergîsthalgrat ou dltramengrat , d'après les communes de Wergisthal et dltramen , ressortissantes du Grindelwald , qui en sont limitrophes.
L'Eiger extérieur forme la borne entre la vallée de Lauterbrunnen et celle de Grindelwald. L'Eigcr intérieur , en se joignant à la Jungfrau , la sépare au midi du Haut-Vallais, jusqu'aux sommités du Grosshom , du Breithom et du Tschingelhom , où commence la limite occidentale au glacier de Tschingel. Celle-ci continue parle Hauri supérieur, les Rothe Ziihne (dents. rouges) et la Buttlosa, et court par le passage de la Furgge vers la Hundsfluh ( rocher des chiens ) et le Schilthom , jusques au Sausgrât (arête de Sans) , en traversant la Sausalp. Au nord , les montagnes d'Eisenfluh , de Vogelfluh et la Suleck fo^rment sur \^ hauteurs la frontière naturelle de la vallée de Lauterbrunnen , qui , dans le vallon , se trouve au confluent du Sausbach avec la Lût-
sclimen, et la sépare de la commune de Gsteig. La longueur de la vallée principale depuis Zwéyliitschinen à Trachsellauenen au pied du Hauri est de 3V2 lieues, savoir, une lieue de Zweyliitschinen à Féglise , une et demie jusqu'à Stechelberg , et une aux mines maintenant abandonnées de Trachsellauenen. Nulle part elle n*a plus d'un quart de lieue de large , et souvent à peine la moitié. Sa direction court du nord au sud-ouest et au nord-ouest, où de hautes montagnes la terminent en cul de sac dans les vallées d'Ammerten et de Sevinen. On a calculé à 16 lieues quarrées l'étendue de tout le district de Lauterbrunnen. J'ai trouvé dans les documens que l'an 1487 Lautei'brunncn fut érigé en paroisse, et c'est à peu près depuis la même époque que cette vallée a eu sa justice particulière. Auparavant l'église était sous le nom de St. Andréas ad fontes lîmpidos, une annexe de celle de Gsteig , et la juridiction appartenait à diverses seigneuries , telles que Unspunnen , Ringgenberg et le couvent d'Interlacken.
Le climat du vallon et des montagnes habitées est plus ou moins âpre , hivernal et froid , mais trèssainpour les hommes et les bestiaux, auxquels son air subtil , ses excellentes eaux et %t% beaux pâturages de montagnes sont très-propices. Les vents du nord y régnent fréquemment , mais aussi le vent chaud du midi qui desséche l'atmosphère. En été , les rayons du soleil concentrés et réfléchis par les rochers rendent la chaleur presque insupportable; mais , soir et matin , un vent léger , partant des
glaciers, vient ramener la fraîcheur; même par le cîel le plus serein , un courant continuel agite Tair. Le soleil ne parait en été qu'à 7 heures et en hiver à midi clans le fond de la vallée. Des brouillards , de fortes blanche-^elées qui ont lieu avant que la saison soit très-avancée , surtout dans le voisinage du froid tor*rent de la Liitschinen , s'opposent à ce que les arhrejs fruitiers y prospèrent. Cependant quelques espèce$ de poiriers et de pommiers précoces y réussissent » mieux encore les cerisiers et les pruniers.
On n'y voit que très-peu de noyers ; les chênes y manquent tout-à-fait , les hêtres y sont rares , et Ton trouve à peine quelques buissons de houx; mais les érables , les tilleuls et les frênes y sont nom^ breux et obtiennent une belle croissance. Sur les bords de la Lûtschinen , on trouve des bosquets d'aujnes et des saules. La vallée contient 30 ou 40 forêts de sapins. On remarque seulement quelques tiges isolées de pin alvier au Steinberg. Les légume^ les plus abondans sont les raves , les carottes jaunes et diflTérentes espèces de choux. Les pommes de terre y réussissent ; ne pouvant pas faire usage de la charrue , on cultive à la bêche quelque peu de froment printannier et d'orge. Le chanvre et le lin prospèrent assez bien j aussi en plante -^t-^ on en assez grande quantité.
Les glaciers ne descendent nulle part jusqu'au terre-plein de la vallée ; seulement dans ses parties les plus reculées , à Ammerten et à Sevjnen, les masses de glaces menacent d'atteindre une fois la plaine , ce
ipii n'empéehe pfts qu6 les plus belles pUmtes àlpe»^ très , les meilleurs herbages , ne couvrexit le sol de tout côté, ne réunissent Tceil par l'émail de leun^ fleurs et ne fom'nissent au bétail la meilleure des nourritures, et aux hommes les remèdes les pli» salutaires 9 dans leurs tiges 9 leurs feuilles et leurd racines.
n serait difficile de découvrir à quelle époque Lauterbrunnen conunença à être habité. On n'y trouve nulle part des preuves d'une culture ou de bâtimens très-anciensv Une tradition à peu près ou^ bliée fait descendre cependant la plupai^t des habitanS ^'une colonie sortie du Lôtschenthal (vallée dé Lotschen) dans le Yallais ^ qu'un seigneur de Raron -aursàt conduite dans ces contrées. C'était peut-être ^ la même époque où le château de Ringgenbert iut bâti par im rejeton de la même famille. Plu^urft indices évidèns et des récits pq[>ulaires constatent que les hauteurs furent habitées avant la plaine. On dit qu'il existait jadis une chapelle sur la Wengen^ alp , et qu'une route pi^atiquée ^itre le Mdnch et TËiger conduisait dans le Yallais. A Gammelwald, une certaine place porte encore le nom Ait^ufêem JCappeli (sur la chappelle) , et une autre An^ dèf Kirchstatt ( place de l'église ).
Suivant les mêmes récits , les hauteurs étaiev^ plus fertiles et jouissaient d'un climat plus doux ; la filumlisa^ et la Jungfmu étaient alors revêtues de verdure , et on récoltait tant de bled à SicheliaUenen^ ^ue cetcndi^ en «vait re^4on^ nom <«$i<^^/ aîgiii&f
en allemand une Cueille). Bourrit parle même, en 'd^appuyant sur l'autorité de Cbristen , naturalisée :befûois , qui vivait dans la première moitié du 18/ :3iècle , d'une meule de moulin qu'on aurait trouvée près des sources, de la Liitschinen. Cependant , des ,étymologistes mieux avisés font dériver cette dénomination de Sichellauenen du contour sémi-ciroulaire que fait la vallée à cet endroit.
U est assez i^emarquable que les trois villages de Gimmelwald , Miirren et Wengen portent le nom .de communautés particulières et en ont les droits, et que le fond de la vallée , où se trouve Téglise , divisé en trois portions , leur est subordonné rela»tivemeiijt aux prérogatives et aux charges de ses liabitans. Cependant, la population a tellement augmentée dans la plaine à l'en tour de l'église, qu'elle .formç à peu près le quart de celle de tout le dis* trict. Au commencement de l'année iSll , lorsqu'on trouva à Gimmelwald et à Miirren le nombre d'ha^ bitans que nou3 avons indiqué plus haut, ily avait d^ms le terre^plein de la vallée 116 ménages composés de 499 tètes. A Wengen, on en compta ^ors 449 dans 99. ménages. La contrée entière contenait 1238 âmes tçt peut avoir augmenté maintenant jusqu'à 1300.
La race des hommes a plus de ressemblance avec celle de Grindelwaid et de Fnitigen qu'avec les babitans de TOberhasli. Ici , ils ont peu de vivacité et d'activité. En hiver, les hommes ne s'oc^ cupent guères qu'à soigner leurs bestiaux et qu'à se procurer du bois. Leur dialecte est moins particu-
lier et moins agréable que celui dea Haslois. Leur taille est belle et forte y leurs membres sont nerveux. Le sexe a la physionomie fine et le teint blanc et délicat. Leur caractère est encore très-peu formé et ils ne manquent ni de ruse, ni de rancune, mais ils^ sont prudens et savent prendre des manières polies et obligeantes. La sobriété règne dans leurs ménages ; leur nourriture ordinaire consiste en pom* mes de terre , laitages et viandes enfumées. Hors de chez eux , au cabaret^ ils ne sont paS toujours trèsmodérés pour la boisson.
Une grande partie des habitans est dans une profonde misère, ce qu'on doit principalement attribuer à ce qu'il n'y a point de pâturages commims. C'est pourquoi il en émigré beaucoup. La plupait vont dans le pays de Neuchâtel , où ils se vouent à la domesticité , distillent des eaux spiritueuses ou s'occupent dé l'économie du bétail. Rairement on voit à Lauterbrunnen se développer quelque talent remarquable; cependant, en dernier lieu, deux frères , nommés Fan Almeny se sont fait une réputation par leurs sculptures en bois et ont construit une maison du -produit de leurs ouvrages. Le plus habile mourut, il y a deux ans, des suites d'une chute , et il ne pai*aît pas qu'ils aient formé des élèves ou des imitateurs pour s'approprier cet art et le porter au point de perfection que les Curriger à Einsiedeln , Christen à Unterwalden , Abhard (dont nous avons parlé à l'occasion de la fête des bergers à Interlaeken) et d'autres ont atteint.
Dans un Id état de ^choses les habitai» doivent rester pauvres. La fortune des plus riches consiste dans une propriété foncière sufibante pour nourrir environ 25 vaches pendant l'hiver. La plus grande partie des pâturages alpestres appartient à des pro^ priétaires étrangers à la vallée , ainsi que nous avons déjà eu occasion de Tobserver ; les indigènes y en^ voient paître leur bétail , mo7ennant une rétribution de 2 ^2 francs par tête ; ils retirent le produit de leurs vaches , non en grands fromages ^ dont le débit serait facile , mais en petites pièces , qui doivent encore être partagées en plusieurs actionnaires.
Cependant Tétat de pâtre est cdui auquel on s'adonne \t plus dans cette contrée , et il y a dans les villages sur les montagnes assez de bétail pour 7 pourvoir ; mais le travail qu^il exige est pénible Qt demande des forces soutenues , surtout en hiver , lorsqu'on est obligé d'aller chaque jour soigner les vaches dans des étables isolées. La partie la plu3 reculée du vallon , qui est d'un grand rapport , fournit en partie le foin nécessaire pour les provisions d|5 la froide saison , et le reste se recueille sur les prairies des coteaux les moins escarpés dont le sol e^t pierreux.
On trouve à peine à Lauterbrunnen les artisans les plus nécessaires , et cette vallée ne produit point d'objets d'exportation de quelque importance^ excepté les fromages et les bestiaux; car le peu de plantes et de racines officinales que l'on envoie de là à Unterseen , ne méritent pas d'être prises en
considé^
es
(DOiisîdéràfîon. Le prix qu'on retire de ces ventes C3t employé en grande^ partie à payer les intérêts de capitaux empruntés depuis long-tems. On y fait aussi un petit bénéfice sur la chasse des chamois et des marmottes; mais il faut une permission du Préfet pom* exercer celle des premiers.
Rarement les habîtans pàrviennent-îls à un âge trè^-avancé; il y en a peu qui atteignent 80 ans. La plupart des gens âgés meurent entre leur 60.* et70.* année. Cependant , il n'y règne pas trop de maladies, et depuis l'introduction générale de la vaccine dans les années 1812 et 1813, on peut espérer assez positivement que la population augmentera en peu de tems. Les jeunes gens meurent le plus souvent de pleurésies, et les vieillards d'hydropisies. Ce sont des refroidissemens qui occasionnent les premières, et Ton doit, peut-être, athibuer les secondes à Fabus des liqueurs fortes. Le remède le plus en vogue est du vîn chauffé et mêlé de beaucoup d'épices. D'ailleurs , ces bonnes gens croient fermement à la prédestination , surtout pour l'heure de la mort, qu'ils estiment être irrévocablement fixée d'avance; cependant, lorsqu'ils sont malades , ils vont consulter souvent des médecins étrangers , mais rarement ils s'adressent plusieurs fois au même. Ils croient aussi aux sortilèges , et le Rothenthal , petit vallon sur la Jungfrau , passe parmi eux pour être le séjour d'une trpupe de sorcières exilées dans ce désert.
On y a conservé peu d'usages , de mœurs et de
Tarn. IL j 5
fêtes particulières. Lors d'une noce, on invite les convives, et Ton accompagne les nouveaux épouK à l'église au son des clairons qui retentissent au loin dans la vallée, (^uand un cortège nuptial descend ainsi solennellement de Mûrren ou de Wengen dahâ la saison ou les hauteurs sont enveloppées de brouillards, on croit entendre sortir des nues ce bruit imposant qui annoncera aux vivans et aux morts couchés dans la poussière des tombeaux le jour du dernier jugement. Les époux arrivent enfin dans le vallon; la fiancée au milieu de .deux compagnes , le futur entre deux de ses amis ; les cloches de l'église se font entendre et la bénédiction du mariage se donne ^ suivant le rit de l'église réformée. \
Au mois de Novembre , il se fait régulièrement deux tirages avec des carabines ou arquebuses courtes. Le premier est général et chaque habitant de la vallée reconnu pour tireur peut y prendre part. On va alors de maison en maison recueillir les cadeaux qui doivent composer les prix pour les plus habiles. Q^uelquefois c'est de Targent qu'on donne , mais plus fréquemment des petits fromages , des seilles à lait , des Cottes , un agneau ou un chevreau. Au jour fixé , on commence à tirer au blanc et ce ne sont que ceux qui y atteignent un certain nombre de fois que Ton juge dignes de concourir pour les prix , que l'on distribue ensuite proportionnellement à l'habileté de chacun des tireurs. Ensuite il se. fait un tirage particuUer , auquel participent exclusivement les hommes non mariés , et ce sont les filles
de la vallée qui fournissent les prix. Tout autre qU6 le chef du tirage ignore ce que chacune a donné.
Tous ces jolis cadeauîTsont suspendus à unô longue corde et offerts ainsi à la vue des émules, 6t chacun croit voir dans ce qui luiplaitle mieux le pfésefat que lui destine son amie. Ce sont des vestes , des mouchoirs , des bonnets , des pièces de différentes étoffes de toutes couleurs, qui éblouissent les yeux avides des rivaux. Le plus habile tireur va choisir le premier ce qui lui plait le mieux; mais il ne prend pas toujours Tobjet le plus précieux. Souvent une amante a confié son secret à son bîenaimé , et ses émules étonnés le voient préférer un prix de peu de valeur à d'autres beaucoup plus biîllans. A la fin de la fête, le chef du tirage assigne à chacun ce que son adresse lui a mérité, et souvent' le hasard forme Tunion de deux cœurs encore libres. Chaque vainqueur conduit au repas et à la danse , qui terminent joyeusement la fête , la jeune fille dont il a conquis le don , et qui ne tarde pas alors à se faire reconnaître.
. Les fêtes les plus joyeuses pour ces campagnards sont les Dorfet ou Bergdorf {*) (villages de montagnes) qui se célèbrent chaque antiée, en été, à la fin de Juillet et au commencement d'Août, les deux premiers Dimanches après la St. Jacques , sur
(*) Voyez Tintroduction à TAtlas portatif, joint à cet
ouVrai^e^
fi»
les pâturages de Wengen et près de Parête de montagnes qui joint les monts du Thunertschuggen et du Mânniichen. C'est là qu'ofi lutte avec le plus de zèle , principalement au second de ces rasseni* blemens , où les Grindelwaldois se rendent pour com« battre dans ces joutes. Les habitans robustes et adi'oits des deux vallées voisines s'y disputent les honneurs de la victoire. Il faut avoir été renversé deux fois sur le dos pour être vaincu , et ce n'est que lorsqu'un champion a terrassé ainsi son adver* saire qu'il peut en provoquer un autre- au combat. Cependant, il serait difficile qu'un lutteur, fut-il ' même le plus vaillant , pût soutenir plus de 6 luttes. Les deux plus forts terminent ces jeux par trois assauts qu'ils se donnent et qui décident enfin po« sitivement du triomphe. Des danses et des repas embellissent toujours ces réunions, auxquelles assistent aussi des femmes et des jeunes filles. Les vieillards , assis autour du cercle , où leurs enfans prennent leurs ébats , jouissent de ce spectacle qui réveille en eux le souvenir de leur heureuse jeunesse* Des échoppes fournies de friandises ou de comestibles plus nourrissans sont étalées tout à l'entour , et les plaisirs se prolongent même pendant une partie de la nuit. ^^^^9"^^^^^ ^^ s'élève des disputes entre ces enfans de la nature, et rarement elles se' vuident sans qu'il y ait un peu de sang répandu.
Plutôt que de retourner aussi tard au logis , plusieurs compagnies restent ensemble et passent le reste de la nuit dans les chalets voisins , couchées sur du foin ou réunies autour d'un feu aussi pétillant que leur gaité.
Maïs îl est tems de revenir aux particulârîtés de la contrée. A Texccption de quelques petits bois , le sol de la plaine est tout en prairies encaissées entre des parois de rochers escarpés. Q^uelques • unes , cependant, s'étendent sur les coteaux moins rapides formés par d'anciens éboulemens de quelques pai'tiei des montagnes environnantes.
Lorsqu'en 1782 on bâtît à Lauterbrunnen une nouvelle cure, on trouva, en creusant dans le beau pré sur lequel on la construisît, trois bancs très* distincts de gravier et de cailloux arrondis. Souvent la couche de terre productive qui couvre ces bancs de débris est encore trop mince pour pouvoir produire beaucoup d'herbe, et souvent 4iussi les nombreux torrens qui descendent dans le vallon la cou^. vrent de nouveaux amas de décombres ou de sable , de sorte qu'elle ne peut reproduire qu'après un grand nombre d'années. On voit presque dans chaque enclos des énormes blocs de pierres qui encombrent une partie de ces possessions et en diminuent le rapport. Cependant, on estime celui de la plaine de T à 800 hivernages de vaches. En 1783 on y nourrissait, à l'aide des pâturages d'été sur les montagnes, 608 vaches , 27 chevaux , 1000 brebis , 400 chèvres et un grand nombre de bœufs et de porcs. Les che-» vaux sont rarement dans la plaine et leur usage y est très-borné. Le climat et le fourrage sont très-propices aux bestiaux , et rarement ils y sont sujets à la maladie du gonflement (Blàhen), parce que l'herbe n'y est pas trop grasse.
ro
Le district de Lauterbrunncn contient 11 Alpes ou pâturages de montagnes excellens ; mais , commis nous l'avons déjà répété , la plupar^ appartiennent à des propriétaires étrangers , et quelques-uns sont si agrestes 5 que Ton ne peut y faire paître que des chèvres et des brebis. Les noms de ces Alpes sont Pletschen , Winteregg , Schilt , Sevinen , Busen ^ Steinberg, Wengen , Spâtinen, Breitlauenen, Hohcnalp et Stufenstein. Leur produit net, tous frais déjiuits , était estimé dès 1780—1790 de 18000 à 20,000 Crones (la Crâne à 2V2 francs de Suisse). Cette somme pourrait même à présent être portée pW haut ; mais les habitans en retirent à peiiie le tiers , tandis que les deux autres tiers reviennent à leurs voisins d'Unterseen , d'Aarmiihle, Matten et Ringgenberg,
C'est plutôt dans les œuvres de la puissante nature que dans celles des faibles et précaires humains qu'il faut rechercher les objets remarquables quecontient la vallée de Lauterbrunncn. L'église et la curç sont très-modestes. Cependant , dans celle-ci, les jambages des portes et des fenêtres sont d'un beau marbre gris, trouvé dans les en virons, du torrent de la 5aus. Dans la petite église antique et un peu décrépite ,. mais que je ne voudrais pas plus ornée qu'elle ne l'est , j'ai cru découvrir à la fin d'unç inscription tracée en caractères gothiques sur les lambris, la date de 1492. On y voit quelques vitraux peints, dont les couleurs vives et bien conservées indiquent qu'ils appartiennent à la meilleure éppque de cet art maintenant oublié. Une de ces peintures
représente la légende concernant Rodolphe de Strâttlîgen , dont nous avons parlé plus haut. St. Michel -, cuh*assé de pied en cap, son épée dans la main droite, tient de la gauche la balance. Satan s'accroche à Tun des bassins dans lequel on voit Tame du défunt monarque implorer la miséricorde divine et attendre en tremblant Tissue du conflit. Un moine en oraison est placé devant l'archange et paraît plongé dans de profondes méditations sur le sort des humains après leur mort.
Abstraction faite de la Jungfrau , il me paraît que le.Staubbach tient encore dans cette vallée le premier rang parmi les merveilles de la nature. Nous lui consacrerons un article particulier et nous passons maintenant au Chorbalm, grotte extraordinaire de la parois de rochers à l'orient de la vallée , audessus de la petite Alpe de Spâtinen dans la Schiltwaldfluh (rocher de Schiltwald). Elle a été formée incontestablement par l'action des eaux très-hautes qui couvraient tout ce pays dans les êigts primitifs. Il faut monter pendant une demi-heure pour y parvenir , en partant de la cure , au travers d'une prairie et en côtoyant un banc de débris." Ce qu'elle offre de plus attrayant, c'est le point de vue de l'intérieur de cette caverne sur le vallon , au-dessus duquel on est élevé de 100 à 150 pieds. Les piliers de roc qui en forment Tçutrée servçnt de cadre 4 ce joli paysage.
Au fond de la grotte , on remarque sur le sol et dans les lambris beaucoup de cubes irréguliers de
spath calcaire, qiii réfléchissent la lumière, lorsqu'on y pénètre avec des flambeaux. Ce spath a engagé à creuser plus avant dans le roc , avec Tespoir à'y trouver du crystal, et Ton y a ouvert trois tranchées, qui n'ont pas été percées à une grande profondeur et qui n'ont rien découvert. Cependant , les montagnes de neige et les nombreuses chûtes d'eau que Ton voit dans la vallée de Lauterbrunnen sont encore plus întépgs^antes que cette caverne.
Au nord et au nord-ouest les seules sommités du Schwarzhom et du Schilthom conseiTent pendant les mois les plus chauds de Tété quelques portions de leur enveloppe hivernale. Mais à Toccident, le Gspaltenhorn , la Biittlosa et le Tschingelhorn supportent de grandes masses de. glace et de neige éternelles, qui tendent à descendre dans la plaine de la vallée de Sevinen et sur la pente du Steinberg,
La longue chaîne de rochers qui part de FEiger, à Toccident, pour aller joindi'e le Tschingelhorn, offre l'aspect le plus imposant. Entre ce dernier mont et la Biittlosa se trouve le grand glacier du Tschingel qui se prolonge vers la vallée de Gastern. La sommité la plus voisine du Tschingelhorn , sur cette chaîne , du côté de la Jungfrau , est le Breithorn , et , suivant la tradition , c'est entre ces deux pics , que passait l'ancienne route tendant à la vallée de Lôtschen dans le Vallais , dont nous avons déjà parlé. Cette route est maintenant envahie par les glaces , et ce fut une entreprise très-téméraire que celle de ' 4 mineurs du Vallais employés à Trachsellauenen »
qui , en 1783 , osèrent hasarder de la suivre , pour aller assister au culte catholique dans leur lieu natal. Pendant trois heures , ils traversèrent des mers de glace et descendirent heureusement , en bravant mille dangers , entre hs glaçons en forme de hautes tours dont la pente est pai'semée du côté du Vallaîs. Le jour suivant, ils revinrent, sans accident, par le même chemin, dans la vallée de Lauterbrunnen.
Depuis le glacier du Tschingel , en se dirigeant vers la Jungfrau , on trouve ceux du Schmadri , de Breitlauenen et du Stufcnstein , si tant est qu'on puisse donner le nom de glacier à ce dernier , qui n'est proprement qu'une lavange ou une bande de neige sur le penchant rapide de la montagne , provenant de plusieurs éboulemens, et dont la masse compacte et épaisse résiste, pendant l'été, aux rayons du soleil. Sur le col le plus élevé de la montagne se succèdent les aiguilles du Grosshom , duMittaghom, de l'Ebenenfluh et du Gletscherhorn , en s'étendant vers le vallon du Rothenthal, situé entre les montagnes deBârenfluh, Diirlocher-Horn (roche percée), Gemshom et Rothhom. Il est entièrement comblé par les glaces ; mais il y existait jadis des mines de plomb ou de fer (ou peut-être toutes les deux à différentes époques ) , dans la partie qui touche Tancien pâturage de Kriegsmatten.
Aux sources du Schmadribach, nommées Schma-» dribrunnen (fontaine de Schmadri) , il y avait jadis , suivant les récits des pâtres , das bains salutaires , très-fréquentés par les Vallaisans, qui leur attribuaient
de grandes vertus contre les maladies cutanées. En ajoutant à ces traditions le tableau que Ton fait de l'aspect fleuri et de la nombreuse population de la vallée d'Ammerten, à la même époque, il peut servir de pendant à celui des horreurs de la destruction dont ces contrées nous présentent aujourd'hui l'image.
Encore un mot sur les nombreuses cascades de la vallée de Lauterbrunnen , avant de parler du Staubbach et de continuer notre voyage. Nul autre pays ,* je crois , sur le globe ne pourrait en montrer autant dans un aussi petit espace ; mais il faut payer bien cher le grand nombre de curiosités de ce genre , qui rendent la contrée sujette à de fréquentes inondations et à l'anéantissement des espérances des cultivateurs , par les pierres et le gravier que les eauxdébordées déposent souvent sur leur terrain. Environ trente ruisseaux considérables descendent /les monr\ tagnes , des deux côtés de la vallée, pour se réunir à la Lïitschinen. Cette rivière elle-même , habitée par d'excellentes truites , qui remontent jusques près de Stechelberg , roule ses puissantes ondes au travers du vallon, tantôt impétueuses et bruyantes entre des rocs , dont son lit est hérissé , tantôt calmes et tranquilles sur un sable pur. Des saules et des aulnes ombragent ses rives et les prairies qu'elle arrose. Elle est formée par la réunion de deux bras principaux , la Seviliitschinen' et la: Steinbergliitschinen , qui toutes les deux forment de superbes cascades.- Celle de la Seviliitschinen au Rufigraben , près des maisons de Stechelberg, est surtout très-remarquable^
On voit le torrentsortir subitement d'un ravin profond «t caché, se précipiter avec violence d'une saillie du rocher, retomber sur un plateau inférieur, sauter en arrière en décrivant uii arc et, lorsque le soleil Féclaire, offrir l'aspect de deux Iris.
^uant aux autres cascades , Wolff à représenté celle du Miirrenbach si belle et si large, et celle du Schiltwaldbach. Kônig a aussi dessiné la première et celle du Trûihmelbach. M. Du Tertre , amateur paysagiste, a découvert sous des noyers et d'autres arbres la jolie petite chuté du Mâttelibach et en a fait un charmant dessin. Excepté celles que nous venons de nommer, aucune n'a encore obtenu lès honneurs de la représentation. Deux promenades charmantes conduisent à deux de ces chûtes. En avançant depuis la cure dans la vallée, on passe la Liitscliinen sur un pont, puis au travers d'un bosquet d'aulnes clair-semés , que Kônig a aussi dessiné (*), et après une lieue de chemin, on atteint
C) Il ^st tems de faire mention de la charmante coU lection de desisins coloriés de. M. Kôniç, au nombre desquels est la feuille indiquée ci-dessu* sous Je ti(re de Bois d'aulnes à LaïUerbrunnen, On y trouve aussi les chûtes du TrUmmelbach, du Miirrenbach et du Staubbach. Les 2G autres feuilles représentent les points de vue les plus rîans de TOberland , y compris celui de la caverne de St. Beat , ceux de la vallée d'Inter. lacken, du Grindelwald et du Hasli ; entre autres » trois cascades du Reichenbach , et enfin y dans dçux dessins, l'intérieur des chalets de cette contrée. La collection, composée de 30 feuilles in. 4,^, coûte <$Ofr, de Suisse , sans( reliùrô.
le saut du Trûmmelbach. Ce ruisseau tire son nom du Triimmletenthal (vallée de Trummleten ), gorge étroite et affreuse entre TAlpe de Wengen et la petite Jungfrau, ou Jungfrau antérieure, encombrée de pierres et de débris de rochers , dans laquelle se déchargent les trois glaciers principaux de la Jungfrau et deux ou trois autres situés sur les Eiger, par de fréquentes lavanges et par Its eaux qui en découlent et qui forment ce ruisseau considérable. Il s'est creusé une issue sombre et profonde au travers des 1 rochers , d'où il sort en se précipitant avec un bruit tout particulier dans un grand bassin , en produisant aux rayons du soleil le jeu des couleurs de l'arcen-ciel. On croit entendre , même tout près de cette chute, des coups redoublés et réguliers, pareils à ceux d'une forge ou d'un fouloir.
On peut aller voir la cascacÊ du Mâttelibach , en faisant , dans l'après-midi , une promenade agréa* ble d'environ 2 lieues à la Steinhalde , près de la Hunnenfluh. Après avoir passé la rivière sur un petit pont , on peut retourner à l'auberge en côtoyant le pied du Wengenberg. La vue superbe sur la Jungfrau , dont on jouit à la Steinhalde , dédommagerait seule de la fatigue de cette course. Mais le retour , tel que je viens de l'indiquer, par un joli sentier, qui traverse des prairies émaillées, sur un coteau légèrement incliné , ce retour , dis-je , présente tout ce que la nature des Alpes peut offrir de plus imposant et de plus gracieux; les habitations les plus champêtres à l'ombre des plus beaux érables , la vue de l'église de Lauterbrunnen et des inaisons qui J'envî-f
romient , les cascades des ruisseaux du Greifenbacli, du Fluhbach , du Lauibach , du Herrenbâchlein , du Kupferbâchlein , du Staubbach, du Buchibach et du Spissbach , qui se dessinent sur le vaste rideau des immenses rochers à droite , éclairés par les derniers rayons du soleil à son déclin ; les cris joyeux des enfans , le son des clochettes d'un troupeau de chè* vres qui revient du pâturage : tous ces objets composent une scène délicieuse, que Ton chercherait^ en vain dans tout autre coin de la terre.
Mais on ne pourrait ni décrire , ni visiter séparément toutes les cascades qui , plus ou moins belles» imposantes , gracieuses, abondantes ou impétueuses, se jettent dans le bassin de la vallée de Lauterbrunnen. Les vastes pâturages au -dessus des parois de rochers , les forêts nombreuses et épaisses y les hautes montagnes de glace, les neiges qui couvrent ça et là des plateaux étendus dans les régions supérieures , sont les principales causes de la multi* tude de sources et de ruisseaux qui s'y répandent. Plusieurs filets d'eau se réunissent sur les hauteurs et forment ces petits torrens , sans cesse accrus par la fonte des neiges , opérée non-seulement en été par TefTet du soleil , mais encore en hiver par la chaleur propre de la teiTC. Nulle part, je n'en ai trouvé une aussi grande abondance , si ce n'est dans l'Oberhasli , autour du bassin de l'Aar. L'étranger même, qui n'aurait jamais vu de cascade et qui admirerait avec une agréable surprise pour la première fois ces jeux de la nature , pouiTait ici s'en rassasier , s'en lasser même par leur |uultitude et leur monotonie appa-
rente. Cependant , l'œil d un peintre sensible , l'ame • d'un poëte n'en seraient pas aussi promptement fati- , gués. Us distingueraient bientôt dans chacune de. ces chûtes des particularités attrayantes et s'en pénétreraient, tandis qu'en ne les regardant que superficiellement, on n'y voit que de l'eau qui tombe, et toujours de l'eau.
5, L'impression que laissent les cascades dans
„ l'ame de l'observateur (dit M. de Humboldt dans
;, ses F'ues pittoresques des Cordillières , page 20}
3, dépend du concours de plusieurs circonstances.
„ Il faut que le volume d'eau qui se précipite soit
„ proportionné à la hauteur de la chute et que le
» paysage environnant ait un caractère romantique
;, et sauvage. Le Pisse -vache et le Staubbach en
„ Suisse ont une très -grande élévation, mais leur,
,; masse d'eau n'est pas très-considérable. Le Nia-
» gara et la chute au Rhin , au contraire , offrent un
„ énorme volume d'eau , mais leur hauteur ne sur-
j, passe pas 50 mètres. Une cascade environnée de
„ collines peu élevées produit moins d'effet que les
„ chûtes d'eau que l'on voit dans les vallées profondes
„ et étroites des Alpes , des Pyrénées et surtout de •
j, la Cordillière des Andes. Outre la hauteur et le
„ volume de la colonne d'eau, outre la configura-
„ tion du sol et laspect des rochers , c'est la vigueur
„ et la forme des arbres et des plantes herbacées ;
„ c'est leur distribution en grouppes ou en bosquets:
n épars; c'est le conti'aste entre les masses pierreuses
'„ et la fraîcheur de la végétation , qui donnent un
D caractère particuUer à ces Grandes scènes de \k
y, nature. La chute du Niagara serait plus belle enj, core , si, au lieu de se trouver sous une zone bo- ;, réale dans la région des pins et des chênes, ses yy environs étaient ornés d'héliconia, de palmiers et ), de fougères arborescentes. "'
Ces excellentes observations indiquent comment on peut jouir de l'aspect d une multitude de cascades, et il n'y en a sûrement aucune gui n'ait pas , soit en elle-même , soit dans ses alentours , quelque charme particulier. En un mot, elles ont chacune leurs caractères différens , comme les hommes , et l'on peut retrouver dans leurs formes presque tous les genres et toutes les nuances du beau , depuis le sérieux et le haut tragique ju^ques au comique et au plaisant.
Les plus singulières comparaisons se présentent à l'esprit , en suivant cette idée , et si , avec un littérateur allemand qui a écrit sur la Suisse, on compare le Reichenbach à un Dithyrambe et le Staubbach à un Conte de fées , on peut tout aussi bien voir dans le Giessbach une Épopée , dans le Schmadribach un , Drame et dans la cataracte de l'Aar à la Handeck un Hymne sublime. On pourrait aussi les classifier, comme Linné a classifié les plantes , et assigner à chacune le rang qu'elle doit tenir , depuis le petit ruisseau qui tonjbe simplement d'un roc dépouillé , jusqu'au torrent qui , se précipitant en plusieurs bras et arrêté dans sa chute , forme plusieurs sauts sur des gradins différens, ombragé par un superbe feuillage et encadré dans le cercle magique des couleurs
Ae riris. On pourrait ainsi en citer tàoSmtiem une douzaine d'espèces , dont chacune présenterait un spectacle particulier , tantôt grand et imposant^ tantôt doux et paisible. On y trouve mille détails variés qui doivent frapper non-seulement les peintres et les poëtes , mais avoir aussi de l'attrait pour tout homme sensible et lui inspirer un puissant intérêt, surtout lorsqu'il en voit un aussi grand nombre, comme à Lauterbrunnen. Les couleurs des rochers ti leur contraste^avec le bleu des glaciers ou la blancheur écumante de Teau , les formes , Its contours ^ les fentes bizarres des masses de pierres , l'enveloppe de mousse qui couvre les rocs sans cesse arrosés^ les buissons , les arbres penchés sur les bords du ruisseau, l'eau qui s'y dissipe en vapeur ou en poussière , les ponts construits sur quelques-unes de ces colonnes mobiles ou sur des abymes profonds, la structure du bassin qui reçoit les ondes agitées : voilà tout autant de particularités qui diffèrent dans chaque cascade , et qu'il est impossible de ne pas remarquer. La loquacité, la xâvacité de toutes ces nayades multiformes animent plusieurs déserts dans les régions élevées, d'où elles sortent tantôt d'un cours lent et calme, tantôt avec impétuosité pour parcourir ensuite les tranquilles vallées et apporter d'imiombrables bienfaits au peuple des pâtres , en baignant le seuil de leurs cabanes.
JLe Stauhbach,
Je n'entreprendrai de décrire particulièrement que deux des nombreuses cascades de Lauterbrunnen ^ le
Staubbach,
Âtatibbach , parce que tous les voyageurs ^ presque sans exception ^ le viskent , et le Schmàdrifoach , parce qu'on ne le recherche presque jamais*
Comment oserai -je présenter dans un simple discours l'image de ce Staubbach , si souvent décrit ^ chanté , dessiné et gravé , si vanté et ensuite si déprécié et presque méprisé au milieu de toute sa gloire^ que tant d'artistes et d'écrivains ont célébré ? Où prendrai*je des mots plus vrais , plus expressifs , plus insinuans que ceux employés par Hâller et'Baggesen dans les tableaux pleins de vie qu'ils en ont tracés ? (*) H aller Ta dépeint par quelques traits énergiques , Baggesen , avec toute la richesse d'une poésie digne d'Homère et dans le mètre qu'employait ce sublime poëte.
Je ne puis me flatter de lutter avec eux; mais je transcrirai ici leurs propres paroles , et je com* mencerai par la belle strophe du grand Haller :
O La description de Haller est contenue dans la 36ème strophe de son poëme sur les Alpes; celle de Bagge^. sen dans le ième chant de sa Partheneide, Wyttenbach en a donn^ une dans son P'oyage aux Alpts les plus remarfi^les , }^ag. 22^ Stapfer, dans son F'oyagt pUm tortsqut y'^g, 13. Les meilleurs dessins du Staubbach sont ceux de Wolff dans le nombre des plus anciens » dont un a été pris en hiver. Mais on en a de plus modernes par Aberli, Lory, Kônig, Lafond et Meyer (ce dernier gravé par Hegi ) qui tous peuvent satisfaire «
: en raison de. leurs dimensions ^ de leurs prix et de leur jaanière, Kdpig en a. levé «a au cjftir de lune.
Tom. IL 6
«, 99 Jci y .une montagne sourcilleuse élève ses cimes ;,. Semblables à des crénaux , entré lesquels le torrent 7) de la forêt se hâte de s'échapper pour se précir ,7 piter et subir successivement des chûtes multipliées. „i Un fleuve d'écume jaillit avec impétuosité des fentes ,, du rempart de rochers qull dépasse. L'eau , divisée }> dans sqn élan rapide , fortne une vapeur grisâtre ^y et mobUe? suspendue dans les airs qu'elle épaissit. V Un Iris brille au travers de ces gouttes légères, j, qui vont abreuver au loin la vallée. L'étranger „ voit avec surpi'ipe une rivière naître dans les airs, 19 sortir des nues et se verser de nouveau dans les n nuages. '"
Après avoir lu cette description simple, niaii fidèle , on trouvera ? peut - être , superflu de citeif encore le tableau éminemment poétique que Baggestn a traité de cette chute dans son poëme de la Partheneide i mais je ne ^puis résister au désir de transcrire ici ce moi*ceau , peut-être inconnu à plusieurs de mes lecteurs.
„ Comme on voit , au sommet du mât d'un és- „ quif, des banderoles légères , qu'agite doucement 99 le zéphyr , serpenter en mille contours gracieux » dans les airs , tantôt étendues , tantôt se roulant if sur elks-mêmes , s'élevant et s'abaissant dans un 9) clin-d'œil , caressant un instant les ondes de leurs 9, pointes agiles., qui bientôt vont se perdre dans 99 l'azur des cieux; ainsi le torrent aérien se balance >> dans l'atmosphère. Il se précipite de la corniche 99 du rocher imposant aveo un élan sans cesse varié.
D et flotte dans l'espace. Les vents entravent sa chute ; ^ il voltige ça et là , et ne peut atteindre la terre;. ji Yo/ez-le sur la cime du roc , c'es|t un fleuve , c'est yf une vague puissante , qui descend avec impétuosité „ de TËmpyrée : plus bas ce n'est plus qu'un nuage^ 19 et bientôt une vapeur blanchâtre, pans leur voji «9 rapide, ses ondes se dissolvent ^ se métamorpho»» ,} sent en fumée et s'évanouissent comme elle. ËUe3 ,y partent avec le fracas du tonnerre, et dans leur n. furie elles menacent d'engloutir toute la contrée; mais bientôt leur rage s'appaise et , bienfaisantes elles viennent humecter , en douce rosée, l'humbl^ colline , et y font naiti*e rémail des plus belles fleurs
„ de printems. " (*)
Si j'ose encore , après ces estimables autetira » «jouter mes propres observations sur le m^mt sujets j'espère obtenir l'indulgence de ceux qui voueraieiit exclusivement toute leur attention à cette cascade^ qui ne seraient venus à Lauterbrunnen que piour 1^ voir j qui voudraient n'emporter uni^emi&nt ^e soa souvenir et son image. Je tâcherai d'y faire entrer ce que Wyttenbach et Stapfer en ont rapporté d^ particuUer. . ,
(*) Le traducteur n*a point la prétention d'avoir pu réproduire dans une faible imitation prosaïque les beautés de la poésie de Haller et de Baggesen. Mais , en suivant les intentions de Fauteur, il a essayé de* donner auk lecteurs y qui ne connats^entpas railèniand, une 24^ de jotê deux morceaux , qu'il faut ponvoir Jhre itm^ U^r lapgue originale pour en appriéc^er j|^ m^itt^
' Le véritable nom du Staubbach , ainsi que nous Tarons dit plus haut , est proprement le Pletschbach, -et il paraît le tirer du pâturage de Pletschen sur lequel il prend son origine, par la réunion de sept sources qui jaillissent les unes près des autres. A tieux lieues de là , il eoule dans \m ravin profond "encombré de pierres , au travers d'une forêt de sapins , jusques à une parois de rochers avancée un peu voûtée en-dessous et dont la cime surplombe , qu'on nomme la Staubbach-Balm ( grotte du Staub* l>ach ). C'est de ta que le torrent subit sa première chute , connue sous le nom de chute supérieure du Staubbach. On ne la voit pas du fond delà vallée ^ m^s on Tapperçoit bientôt , lorsqu'on commence à monter du côté opposé , sur la route de Wengen. A cinquante pas plus loin ^vl'eau se précipite de nouveau d'un immense rocher de 900 pieds de haut et forme la seconde cascade ou chute inférieure ^ dont la renommée a tellement effacé celle de la première , ^u'a peine on honore celle-ci d'une mention passaigère dans les descriptions de Lauterbrunnen.- Cet oubK est cependant injuste , et l'on peut s'en oon* Vaincre en voyant le joli dessin qu'en a publié Wolff dans sa Collection de vues remarquables de la Suisse ICà Berne 1776, in-foL).
Il faut tout au plus une heure pour y monter et même des femmes courageuses peuvent s'y rendre jsaas aucun danger. On suit d'abord le chemin de Lauterbrunnen à Mûrren , en côto^rant sur une pente revêtue de prairies touffues le ruisseau du Gretfenbach , dans un large interstice du rideau des rooheirs
d -où le Stâtibbach «e jette dans la vallée. On tra^ verse enfin le Greifenbach , puis le Fltihbâchleiiiy^ le Lauibach et le Herreobachlem , et l'on entre dan» la forêt du Pfnmdwald.
En Octobre 1814, je trouvai déjà au milieu de la verdure , à la petite chute du Kupferbâchlein 5 des couches de glace, sur lesquelles le soleil du matiè réfléchissait les couleurs de Tins. Depuis le Her-^ renbâchlein ,-tin rentier conduit à gauche , et apràs[ avoir fait quelques pas assez pénibles $ur desschhtes décomposés, on se trouve pi^de-lia 'cascade supé^^ rieure du Staubbach. " ! > ^ i
n était à peu près 10 heures du matin^, k^rs^pSte y Y arrivai par un beau j^ur d'autbmne.i NiWaf en^ trames dans la grotte et nous nous trouvâmes , saisial d'enthousiasme , derrière la superbe mdsse d'eau ^ ^ui se précipitait^iî formant trois inomits^ arcs de pousi^, sière liquide , entre lesquels des buUeii iaaombr^bloik étincelant du feu de maille nuances ^ap$ . ce^e v,dL%iémh tombaient comme des paillettes brillantes et s'étendaient à nos pieds, tandîaKfue Faîr a^té aioias appor* tait une douce' fraîcheur. On aurait dit qufun> ricfaer^ tissu de gaze d'argent était étendu devant nos. yeux! émerveillés. Au travers Ide ce voile tranSparei:^ et mobile, nous appercevîons de l'autre côté de la^aU lée la Jungfrau , le Silberhom et l!Eiger postérieur dans leur paisible éclat. Il me semblait n'avoir jamais rien vu de si beau. A notre droite , où des millions de gouttes d'eau s'attachaient à la roche schisteuse efl noirâixe) Se montrait mi superbe Irîs. La dées^
qni dotîne son nom à ce jeu de la lumière, et Flore ^embliieiit s'être réunies daxis ces lieux pour les «sèelUfet fouler sans crainte au bord du précipice le gazon émaillé de toutes les couleiurs de Fémeraude^ du saphyr et des topases.
- r^QOa allions nous xetirer , n'osant point espérer d'avoir encore à admirer un nouveau spectacle plus enchanteur V cependant , aérant encore fait quelques pÂS' à droite V nous vîmes l'Iris, qui jusqu'alors SB'était dessiné ^ur la roche d'ardoise , s'élever dans lêstfairs^ fuirrapikibtnent, semblable à un vol de papillons , et se porter vers le Wengberg ^ qui.maintenant se présentait sous son tapis de verdure sur l'autre eôté dé la vallée, èurmonté des rochers noirâtres du Mânnlichen y du Thunrertschuggen et du Lauber-* hom. Le fond du bassin^ de Lauterbrunnen et le éours ajfciiré de la Liitschinen étaient encore caôhés à'nés) regards ; nous ii'appcrcevions que les prairies éf' 'lès cabanes champêtres parsemée sur sa tive àwiw et maintenaîit éclairées par le soleiL
l9^ou8^descêmlîme$ alors, en ^vànt le toisent y jusqu'au bord duvocher ihimensed^où'il se jette daDs* Tabyme et d'où nous pouvions voir l'église et la euro de Lauteitiirunnen , qui ^ de 'Cette énorme hauteur y BOUS paraissaient 'cômme^ lies petites maisons do cartes que des enfans auraient construites pour s'a-* muser. '
La Lutschinen et le pont qui la traverse nou^ apparurent aussi i et dai«s le lointain les^piçs.rclt
rfedtenalp sîtiiés derrière ZweylutscHiheii'él Gtnd-» lischu^and à Tentrée de la gorge qui conduit â Làîiterbrunnen. S f
Quelqu'un de très-- courageux pourrait se cou-^" cher par terre et regarder ainsi depuis le tranchant du roc reflet de la chute inférieure. Lorsque dear nuages s'attachent ici contre, la montagne, on reconnaît la vérité de Timage hardie employée par Haller, lorsqu'il dit : »0n voit une rivière naître^ 9> dans l0s aii^ , sortir des nues et se verser de nou- „ veau dans les nuages. " * fî>
Après avoir contemplé long-tems cette scène admirable , no^s remontâmes le long du torrent et nous le traversâmes , en sautant de pierre en pierre. On peut se fah*e une idée, de la profondeur de Ta^ byme, où ses «aux. se précipitent de çhûte en chûte> en apprenant qu'en dei^ous du point d'où le^ruiss^ai^ se jette , du côté du Greifiehbach ,. des sapins qù'oé ayait coupés $ont tombés dans la. vallée; el s'y sonfî enfoncés à plusieurs pieds el^ terre, ^dsc la; hauteur de leur chute, , ^
., En descendant, nous jouîmes encore de quelqy/^Sj^cènes intéressantes* ,11 était midi; le Staub-< \\^^ se préseotfUt de la manière la plus avantageuse et, produirait un eflet njagique. Le soleil édàirait l^fpc^'tie inférieure du rocher, sur laquelle retombe v|ue,t3rès-gra^de.partierdé l'eau réduite en poussière et; ;1q faisait briUey. ?iu loin comme un miroir.
. ht p^drtie supérieure de ce rôc et le commaicement de I4 cascade étaient dans Tombre 9 mais on voyait des innombrables fusées d'eau d'une blancheur éclatante se succéder, se chasser sans cesse dans les airs , aux rayons de Tastre du joiu* et au travers de la poussière liquide 9 qui s'étendait au -loin en lé» gères vapeurs. Un doux murmure , tel que celui de3 premières pluies du printems, se faisait entendre. Un amas de débris tapissés de verdure , qui entoure le bassin , dérobait à notre vue Tendroit où le torrent s'écoule , et comme il paraissait être sorti des flancs du rocher élevé , on semblait le voir rratrer , en tom« bant , dans le sein de la terre.
Poul* jouir pleinement du spectacle de la grande chute du Staubbach , il faut absolument qu elle soit' éclairée par les rayons du soleil (dans les plus grands jours d'été;, depuis 7 heures du matin jusqu'à midi et demi), avant que la montagne^ sur les gradins 4fi laquelle l'eau se précipite, projette son ombre; car elle empêcherait de voir Mris qui se forme sur le bassin^ et les flocons d'eaù qui voltigent dans l'air rie produiraient aucun effet. C'est l'éclat de la lumière qui fait distinguer toutes les petites bulles et paraître la colonne de vapenr beaucoup plus grande. L'ombre mobile que jette la masse d'eau sur le rocher ressemble alors à un second totrent noir, qui* rivalise d'impétuosité et de vitesse avec le Véritable. Ordinairement, on se rend de l'auberge ou de^U' cure à l'endroit où les flots tombelit à terre en pluie , comme si Ton voulait ressentir leur effet, avant de' les contempler.
Le point le plus' favorable pour obsen'er la cascade est à la Furen, près de la chute du Lauibach , à 9 ou 10 heures du matin. De là, on voit la parois de rochers du Pletschberg dans toute sa hauteur de 900 pieds depuis son premier gradin , mais «n raccourci, et la corniche d^où le Staubbàch se verse masque tout^à-fait les rochers situés plus en arrière et détache sa chute d'un fond de tableau trop rapproché , qui nuirait à son effet.
Le hassin que les spectateurs vont visiter est à un petit quart de lieue de l'auberge. On suit sous Tombrage des afidnes la rive gauche du ruisseau, en laissant i droite là route k^oX conduit plus avant dans la vallée. Bientôt on se sent pénétré , sous uii ciel parfaitement pui', d'une abondante rosée,' dont on eât obligé de se garantir avec des parapluiesn
Il est assez pénible de gravir la colline hérissée de débris dé pierres , que le torrent a accumulés à' gauche de sa chûtè, et d-où la vue plonge dans le vaste bassin , rempli d'eau ou plutôt d'écume qui b(3Quilk>mie sans •oeise^ De l'autre côté, on voit aûssidea^ amas de roes tombés du ha^nt dé k montagne , et le torrent s'échappe entre ces deux digues natu-' relies. Si l'on arrive au bassin du côté droit, on peut facilement descendre jusqu'au bord de l'éau, étTonBe trouve alors dans l>atiliosphère d'un double IriSj qui se fixe si bim sur lâ personne du spectateur, qu'aussi long-tiems qti^il i^eéte au milieu de la vapeur éclairée par le soleil y ctcte éfiipèce de gloire rayonnante s'a^anee <Mif reôuie^ avi^ liiâ à cba^ae pas qu'il
fait tes huiles d'eau s'attachent à «es habits et chacune d'e^ scintille du plus vif éclat; mais Thu^ midité nç permet pas. de jouir long-tems de cette parure magique ; le froid qu'on ressent ramèae bien^ tôt le sentiment de la faiblesse humaine > et Von se hâte de quitter ce liai incommode, malgré sa^ beauté, d'autant plus que l'on y est exposé au danger continuel d'être blessé et même assommé par quelque pierre jetée oxi entraînée par l'eau du haut du rocher. Mais on peut s'établir en sûreté à quelque distance de là et admirer ce qu'on n'avait pas encore ai^perçu. L'œil ravi s'élève jusqu'à cette çor* niche d'un gris foncé , qui se dessiôe d'une manière si tranchante sur l'azur des cieux et 4'où la Nayade laisse flotter dans les airs les deux pans de sa robe éclatapte.r .Une moitié du ruisseau tombe perpem^ diculairempnt et coulerait jusqu'en bas sur la roche, si celle-ci ne se retirait pas imperceptiblement , de sorte que la colomie d'eau s'en détache et suit librement son cours aérien. La seconde moitié , séparée déjà sur la hauteur de la première, s'élance avec plus d'impétuosité en avant du rocher, et c'est cette masse d'eau qui se:di3sipe î s^ partage eacécumel, eni poussièjpe et -qui s'aboissei'à tekire ^ commet un tma^ léger^ r , ' • '. . ■< j"' '•, . •
La premièare colomie , pimi^oulée , retombe àr la moitié de.sa chute stir un^ sailUeldu rocher et paît de là en mille ti*aitis éblouiSsans pouf gagner le bassin creusé dans la pierre noiri^ti^e^ t^andis^que^'autre co«^ lonne , comprimant l'air par sçn poids et sa vitesse, se* partage çn up, iqIIUoa d^atôtneâ 4'àc «me et r^and mi»
loin une rosée contiouelle. , Il est intéressant de suivre des yeux ces ondes, depuis le premier moment de leur chute , lorsqu'elles quittent le rocher , jusqu'à leur dissolution. Effrayé de la violence avec laquelle elles jaillissent, on s'attend à les voir se précipiter en masse à vos pieds; mais à peine ont * elles parÇiQuru une dislance de cents i>ieds i> que le voltune d'eaû d'abord resserré s'élargit et se divise en petits nuages blancs semblables aux fusées des feuX d'artifice, qui partent avec la même vitesse et dessinent leur vol pendant quelques secondes, en laissant après eux une traînée de>luni)ere«
Bientôt ces fusées se réduisent en bulles qu'on pourrait nommer des étincelles d'eau et deviennent oiQn invisibles. Souvent , «n contemplant le preh^ie^ élan de la cascade , il me semblait voir deux jeunes aiglons à peine revêtus de .leurs plumes , qui i poiur la première fois, hasardent de quitter^ en folâtrant, l'aille: i^at^nelle. Par un l;Kmd téméraire ils prennent leur çssor v mais bientôt ils ne peuvent . se soutenir sur leurs ailes trop f^jbles et sont entraînés par^leuir poids. L'un, trop eflSrayé, tombe verticalement suï le roc avancé, son plumage encore blanohâtre qu'il perd dans ee terrible choc, est emporté par le vent dans l'abyme. L'autre, plus courageux | se relève i étend ses ailes dans les airs qui le supportent mollementet va se reposer, dans le vallon, migré de ses désirs. Enfin , touft deux , fatigués de leur premier cfibrt, sautillât 'Sut lea^débiis des rochers et, en garant la fient ^ vont puiser 9 en se désaltérant
àths Ist Lûtscfainen , tmc nouvelle vigueur pour dt, nouvelles entreprises.
L'action du vent sur le Staubbach forme des ftceidens très*agréables. Ses eaux produisent elles-^ mêmes un mouvement continud dans Tair, comme si Éole fuyait devant le Dieu du fleuve irrité. Cependant, ce courant ne fait que Chasser au loin les gouttes les plus fines de la rosée , et n'agite pas la colonne d'eau élle^mêihe. Mais dès qu'un coup de vent accidentel vient donner sur elle , il fait naître plusieurs aspects singuliers et surprenans. H arrive quelquefois que le vent du sud, nommé Fonwind dims le langage suisse, souffle avec impétuosité contre la cascade , reponsse entièrement son cours et l'arrêté pendant quelques minutes. D'auti^'es fois, on voit* une multitude de petits nuages que le vent saisit au niilieu de la vapeur suspendue dans les airs et les colporte au loin. Ce qui m'a pani le plus frappant » c'^st lorsqu'un violent ouragan pousse la colonne d'eau hors de son lit ordinaire , d'un côté ou d'un autre , de manière à ce qu'il n'en tombe plus danà le basâin , qui se vuide alors en peu de tems et reste bientôt à sec. Les poissons qu'il contient, épbùvantéSi trouvent à peine dans queltjués petits creux 2t:s$tz
de liquide pour leur existence.
Dans: une ' pareiHe cîrcons*tance , je vis un jour tme troupe joyeuse d'enfans 4es deux sexes àccourfr avec toutes sortes de vases et les remplir de petites ' truites qa'ik prenaioit sans peine dans les réduits peu profonds où elles s'étaient réfugiés et d'où elles
ne pouvaient plus se sauver en nageant. Mais , au milieu de ce pillage , le vent cessa , le ruisseau re<* commença à couler et les poissons angoissés s'échappèrent en glissant entre les mains des jeunes corsaires qui, mouillés jusqu'aux genoux, gagnèrent à la hâte le^ deux rives , emportant encore un butin . considérable*
Ces accidens du Staubbach ont lieu , en été ^ par le beau tems. Mais l'hiver et le printems en font naître d'autres tout aussi remarquables , ainsi que le soudain accroissement des eaux après les averses. £n hiver lorsqu'il tombe de la neige dans la vallée , les flocons s'attachent au gradin le plus inférieur de la parois du rochier et y restent fixés par la congé- .lation. L'eau qui coule par dessus se glace aussi et produit une quantité de grands et petits glaçons de formes diiSférente^ qui offi*ent un des plus beaux spec* tacles de la nature, en jetant im éclat éblouissant, surtout quand le soleil les éclaire.
La montagne paraît revêtue d'im vernis bleu-clair et transparent. Lorsque le tems s'adoucit , ou lorsque le vent chaud du midi vient à souffler > ces glaçons se brisent et tombent avec un grand fracas dans le bassin. Ici , ils s'amoncèlent , s'agglomèrent , s'augmentent par Teàu qui tombe en gouttes et qui se gèle promptement. Bientôt ils forment une véritable moi^tagne de glace. Quelques fois les bulles d'eau se congèlent déjà dans les airs, se précipitent avec d au«> tant plus de rapidité et font reifet de la grêle. Deux énormes pilastres de ^lace se forment au haut du
rocher, à Tendroît où les ondes s'échappent, semblables aux ouvrages d'une audacieuse architecture , qui poserait ses fondemens en Tair et bâtirait du haut en bas.
Tout -à- coup, entraînés par leur propre poids ou par une température moins rigoureuse , ils se détachent et fondent avec une telle force sur le glacier qui s'était formé dans le bassin , qu'il se brise et s'écroule. La terre alors est ébranlée comme par un tremblement de terre. Il est assez rare que ces deux pilastres tombent au même instant ; cependant cela a eu lieu quelquefois , et il est intéi^essant de les voir se reprodmre en très-peu de tems , si la température se refroidit de nouveau. Lorsqu'au printems elle devient très-douce , les vents chauds fondent avexî une vitesse incroyable la colline de glace dans le bassin ; c'est autour du rocher qu'elle commence d'abord à se dissoudre , comme tous les glaciers , et il en résulte entre la pierre et la masse encore gelée une immense crevasse , dont la profondeur a été mesurée à 45 brasses.
Quelques fois on trouve encore des restes de cette congélation jusqu'au milieu de Juin. Souvent l'eau imprégnée de chaleur s'ouvre un passage au-dessous de la glace qu'elle dissout peu à peu et ne laisse qu'un portique voûté d'une teinte aziu-ée qu'elle traverse tomme un arc de triomphe. Lorsqu'on se place èh face d'un tel portail , on y admire avec sui^prise toutei^ les nuances de l'Iris dans un mouvement eontmttel , semblable à cdtd des flammes d'une founiaiée. Si
Ton se range de coté entre le soleil et Teau/oil vok les mêmes couleurs formant un grand arc régulièrement cintré , qui se deasine sur le roc quelquefois à une grande hauteur.
Ces aspects enchanteurs et sans danger font uh contraste frappant avec la fureur dli ruisseau 9 lorsqu'un orage subit a éclaté sur les parties élevées du Pletschberg. Le 29 Juillet 1814 , a\)rès que j'eus quitté Lauterbrunnen le matin , un ami que y y avais laissé , jouit de ce spectacle effrayant, dont il fut tellement saisi > qu'il écrivit, à Tinstant même, l'impression qu'il en avait reçue. Le torrent mugissant , devenu un fleuve de couleur noire , épaissi par la boue qu'il charriait, sortait en deux énormes rayons, comme par deux tuyaux monstrueux , des créneaux exhaussés de la montagne, sur laquelle reposait, dans cet instant , la nuée obscure et terrible. Les ondes entraînaient une quantité de cailloux , dont plusiettrs , du poids de plus d'un quintal , étaient lancés au loin par la force du courant de l'eau, ou tombaient comme des gréions gigantesques en droite ligne sur les corniches inférieures , puis ressautaient en décrivant un arc et allaient disparaître enfin dans le bassin en** combré de cailloux ayec un bruit effroyable et sans cesse renouvelé. Les chocs impétueux , le froissement, le brisement de ces terribles masses produi-» saient une odeur de feu rendue sensible aux témoins de cette horrible scène, placés en sûreté à une grande distance.
On voyait aussi 4e8«troncs^ d'arbres, 4ess^lîi9
'tetia'S f quç Torage avait déracinés sûr les hauteurs , ae précipiter avec les flots courroucés. Des morceaux de bois plus légers , de$ branches , même des arbrisseaux entiers étaient entraînés par le vent , volaient dans les airs et descendaient enfin à terre en tournoyant comme des bardeaux ; d'autres , plus pesans , tombaient perpendiculairement , comme d'énormes dards et s'enfonçaient profondément dans le sol. Cette belle gerbe d'eau si limpide, si gra* cieuse était transformée en ime colonne de fumée d'un brun foncé , dont les dimensions s^élargissaient avec un ondoyement , un mouvement continuel , à mesure qu'elle se rapprochait de la terre. Quelquefois une bourasque la poussait hors de sa direction verticale et la faisait tomber à une grande distance de son centre de gravitation. Dans d'autres momens , elle était emportée , comme un toiu*billon de poussière , tout au travers du vallon , contre les rochers élevés de la Schiltwaldfluh. On vit même, pendant quelques instans , toute la masse d'eau enlevée dans les airs jusques au-dessus de la comicl^ d'où ellç tombe , puis repoussée en arrière contre le courant , se verser de nouveau dans le torrent et redescendre avec plus dé furie.
Dans cet intervalle, on apperceyait la parois du rocher toute nue au travers de la terrible grêle dç pierre qui ne cessait de tomber. Un dôme de nuages noirs et lourds , reposant des deux côtés sur Içs cimes qui encadrent l'étroite vallée , voilait l'azur des pieux et épaississait l'atmosphère. Des éclairs qui serpentalcûit daa^^e$ nues au fond du Vallon ou sur
les
les hauteurs , jetaienluïie Iu)nièr« five Sûr cette sctoe ^e destruction , et les éclats redouMés «lift tOHfteiM retentissaient à chaque instant et accompagnaient fe fracas des ondes de sons effra^ans ^ mais subiinnii. Ce spectacle réalisait l'idée qu'on pmt se faire (te l'approche de k fin du monde et du jour du dernier jugement. Presque aucun des haWtans de k côiitrée ne se ressouvenait d'avoir vu le torrent aussi Airieu^ » ni un pareil orage. (*)
Je terminerai , enfin ^ cette description détaillée d'une cascade , si riche en effets , par ié taibleMt plus doUK qu'elle présente le Soir et à k clarté paisih&s Àe k kine« Dès que le séleil commence à se cacher derrière les montagnes ^ les différentes saillies du tocher jettent des longues rayes d'ombre, qui pa^ raîssent cduper en plusieurs pîèoes k colonne argentée de k chute , et en masquent toiit-^à^fait l'extréniité inférieure. -
Lorsqu'enfin l'astre dujour a disparu, on voit peu à peu une sombre pâleur s'étendre sur toute k seeM, La masse d'eau disparaît presque tout-à-fait à la vue et l'on n'apperçoit plus qu un petit filet descendre
M-i rf
<*) LéS8oite6 n*en furent ciepéâdant pts aileéi àiA^stèft iâjia'oà âtirait ëfts'y attendre. Mais on n*a pas ôubiié le«^^ dÀaatrti 4)ue lé Staubbach et quelqides autres torrens de Lranterf brunn^n firent dans cette vallée en 1791- La LUtschinen se forma un nouveau lit et les torrenç creusèrent les leur^ à une grande profondeur. L*aube'rge ^t emportée pair les eaulc et un voyaj^lir allèmahd , M. À& Bloek^ qtà ê*)r ttouvAky {»Ut à peine f*ég2àatipcir« Tom. II. 7
oen glissant sur ta roche« Plus la miit devient obscure, et plus la beauté de cette cascade majestueuse paraît s'effacer. Une longue figure, gigantesque, un spectre vaporeux revêtu d'un ample manteau bianc , paraît s'appuyer contre le rocher et observer de toute sa hauteur , dans une attitude immobile , hs frêles chaumières des humains reposant à $ts pieds dans Nombre et le silence.
Mais 9 bientôt ce fantôme s'anime, reprend du mouvement et de la vie, lorsque la lime vient jeter sur lui sa douce et pure clarté. La colonne de vapeur se montre de nouveau dans son éclat argenté; on voit briller et scintiller les rayons d'eau sur le gradin le plus bas de la montagne, et même le jeu des couleurs de l'Iris rendues plus ternes , se repro* duit dans la vapeur des petites bulles d'eau au-dessus du bassin, et forme tantôt un arc , tantôt un cercle complet.
Promenade à Tradisellauenen et à la cascade du
Schmadribach^
Je ne me serais pas arrêté aussi long-tems à décrire le Staubbach , si je n'avais l'intention d'entrer Asus plus de détails , que je ne l'ai fait jusqu'à présent, sur beaucoup d'objets dont je dois encore parler. C'est pourquoi je veux ajouter ici le récit d'une excursion très-agréable , dont le but était de visiter les parties les plus reculées de la vallée de Lauterbrunneuj. p^u fréquentées par ies voyageurs i
«tf^oir : Trachsellauenen , Steinberg et enfin le glfr» €iôr de Tschingel qui indique et empêche en même ttms le passage pour aller dans la vallée de Gàstem.
^ Nous partîmes , entre 5 et 6 heures du matin , de Tauberge, poiur nous rendre dans ces déserts. Kotre petite troupe était composée de manière à fournir à tous les genres de plaisir et d'instruction. Un artiste et un amateur des beaux arts devaient exciter en nous le sentiment et le goût du beau et uqus apprendre à mieux jouir des sites et des points de vue pittoresques. Un professeur d'histoire naturelle et l'inspecteur des forêts de nos Alpes pouvaient diriger notre attention sur les productions et les élémens de la belle nature , et sur sa culture. Une couple de guides et de pa3rsans de la contrée nous accompagnait pour nous faire connaître les localités. Le pasteur de la paroisse nous donnait des renseignéjnens sur les babitans du pays j leurs moeurs j sur les traditions qu'ils conservent , sur les divers événemens arrivés dans ces lieux.
J'étais chargé de prendre des notes , de rassem-* bler les observations de chacun et de les rédiger. La belle matinée nous donnait à tous des dispositions favorables ; la curiosité de voir la superbe cascade du Schmadribach nous poussait et.nous inspirait da courage et de la gaieté. Pourvus de vivres et de rafraîchissemens pour une journée entière , nous marchions entre les deux murs de rochers de la vallée sur une route unie, mais pierreuse, jusqu'au hameau de Stechelberg^ où le chemin étroit > maîi
jtûqufis^Ià praticable aux chars , 5e i^étrécit eneore davantage et devient un sentier qui conduit sur une pente toujours plus roide dans la région des Aipe^ supérieures.
Jusques au-delà du Staubbach , que nous travers «âmes, tous les objets nous étaient bien connus^ cependant nous cherchions à les voir sous un point de vue différent et à les comparer à d'autres , ce qtd donna lieu à quelques observations assez intéress^m tes. A droite , notre vue était attirée par le jeu des di* verses cascades. Au - delà du Staubbach se trouve celle du Spissbach qui , tombant derrière un coteau richement tapissé d'arbres et de gazon, doit ofirir d^s effets très-pittoresques. Plus loin , le BuchibSchlem découle d'une corniche de rocher avancée nommée le Schnepf , comme la gouttière d'un grand toit» A droite , nos jeux se portaient sur la terrible Stel- Ëfluh, qui est proprement le pied de la Jungfrau, mais qui n'a ni Ja légèreté , ni la petitesse , ni les grâces de celui d'une jeune fille* Une dent de rocher bizarrement découpée , qui s'élève droit au-dessus de cette masse et domine immédiatement la vallée j est ce que les paysans de la contrée nomment particulièrement le Mônch (moine). En efiet , en avançant dans le vallon , elle se présente sous la figure très-plaisante d^un chanoine assis , dont la tête et le col sont élevés , et qui étend ses pieds goutteux sur un tabouret.
Il serait peut-être avantageux , pour acquérir àe$ notions phis jufites sur la hauteur des eaux qui cou*
vraient toute cette contrée dans les siècles primitift, de monter jusqu'à l'endroit où une entaille assez pva* fonde pour qu'un homme puisse y entrer, et un collier de roc régnent tout autour de la tête du Monch. On assiu*e que des chasseurs de chamois y ont pe«* nétré et en on fait le tour. Il est presque évident que l'action des eaux a sculpté cette forme humaine et l'imagination des Grecs aurait puisé dans ce jeu de la nature la matièx*e d'un mythe remarquable.
La route devenait toujours plus intéressante. Étant accoutumés aux pays montagneux, nous n'éprouvions pas le sentiment pénible que les hauts rochers , entre lesquels la vallée est resserrée , inspirent quelques fois 2Lïk% étrangers; leur aspect, au contraire, dilatait nos cœurs , les pénétrait de l'idée dès forces de là majestueuse nature et de la Toute-puissance divine ^ qui s'est construit ^cî , dans le silence des déserts 9 un arsenal rempli de mille divers instrumens de terreiu*. Cependant, des objets doux et a^réable^ sô présentaient aussi à nos regards. Un richte ti4>is'de verdure s*étendaitsous nols pieds; Icsbr^ncheis touffues qui couronnent les érables nous offraient un doux repos sous leurs ombrages ; des cabanes champêtres et solitaires semblaient noua promettre, une cordiale hospitalité. Elles sont habitées par des heureuTi mortels qui ne quittèrent jamais leur paisible vallée*
Près de Stechelberg commence > au rocher du Fangfluh, la vallée latéi'ale de Sevinen, située audessus d'une énorme assiette de 'ix>C:^ et. se prolongeant à droite vers la Bûttlosa. Ici, la vallée prin-
dpale de Lauterbrunrien prend une direction remarquablement ascendante et le nom de Stechelberg.
On côtoyé la rive droite de la Steînberg-Liitschihen , et Ton voit sur ïe bord opposé quelques maisons nommées Schwendi , comme collées sur la pente de la montagne : au-dessus d'elles s'élève la Busenalp , surmontée par les pics menaçans de TEUstab et du Spit^horn. Le vallon se rétrécit ; il est toujours plus parsemé de débris. On y voit plus fréquemment de grands blocs de granit épars. A Sichellauenen , où un pont traverse le torrent, on commence à voir percer au jour le gneiss. Un peu en deçà de cet endroit, à celui nommé Indermatten, on remarque encore dans le terre-plein de la vallée les premiers ouvrages qu'on fit anciennement pour chercher du minerai de fer. Les galeries qui furent ouvertes couraient dans les couches de schiste et de mine de fer qui se prolongent au loin sou? la Jungfrau et sous leMôncè.C*).
Cy Elfcl^ dans ion. Manuel des voyageur^s en Suisse, Tom. IIÎ ,1 à l'article Lauterbrunnen , place l'ouverture de ces mines au seizième siècle* Le fer qu'on en tirait se trouvait en petits grains fins d'une forme plutôt applafîe , comme les lentilles , que tout. à-fait ronde , et pas très- fa ppt'oéhëè lés uns des autres dans la rooihe calcaire • . qiii les contient. Cette roche renferme au^i quelques p^^fioatlons. On^a trouve à une très«grande hauteur, à la Kriegsmatten , à 3 lieues au-dessus de Stechelberg, des particules octaèdres de fer crystallisë y que l'on ne peut reconnaître qu'à l'aide du microscope. On croit avoir remarqué au même endroit des traces d'anciennes routes, qui serraient probablement à transporter 1* minerai.
Trois ou quatre maisons et quelques grahges qui' composent le hameau de Sichellkuenen interrompent la solitude de ces lieux. Au - delà du pont qui s'y trouve, on voit les ruines de quelques grands bâtîmens , jadis à l'usage d'ime mine de plomb , maintenant abandonnée. Des restes de murs épais grossièrement construits en pierres quartzeuses et micacées , un fbumeau , dont la partie supérieure se ter« mine en pyramide j et une grande maisoa quarrée » qui ne fut jamais finie, augmentent par leur décret fiitude rhorreur de ces déserts et présentent le contraste frappant de la fragilité des ouvrages humains avec la durée presque éternelle des édifices impéris^^ sables de la nature. On n^a pas même conservé des notions certaines sur Tépoque où ces bâtimens furent élevés. Quelques rapports la placent dans Tan 1705; d'autres , à peu près au milieu du siècle dernier ; itiaii^ tous se réunissent pour attribuer à ces constructions trop dispendieuses Finterruption de ces mines qui furent bientôt délaissées et le sont encore depuis 30 à 40 ans.
En quittant Stechelberg , Sichellauenen peut être envisagé comme là première marche du palais de ^lace éternelle , que forme le glacier de TschingeL Trachsellauenen serait la seconde ; la Nadel , bana de rocher qui touche à cette dernière , passerait pour la troisième et Steinberg pour la quatrième. Derrière Sichellauenen , on a taillé dans le roc de gneiss , qui se montre à découvert , des espèces d'escalier pour jiouvoir marcher de pied ferme sur la route. Lorsque les eaux de la Liitsohinea sont abondantes ^ elles
f^ovivrent le sen^i&r étroit et lavent la surfkce gUa-e sawte de cette roehe primitive.
En avançât., on apperçoît à gauche im coteau 4pnt Je gaspQu est; atbondamment parsemé 4e pierres^ écrou1éQ3 9 sur lequel descend 1$ Stufensteinlauine (la-» vangede Stufenst^in). Ce sont ks restes d'une grande layange qui tombe reguliê^rement tous les printema et qui ne se foud presque i^mais en entier pendant l'été. El}e chai'rie de beaux fragmens de glace Ueue^ qu'eUe amène apparemment des régions glacées du ilot,beiÈit^îal. 'Noua vîmes ces blocs percer au.,d«fisus de la neige plus molle et nous observâmes avec r^-*, gret qu^ ce^te bande , dont Fétendu^ se prolonge depuis le lieu de son origine jusqu'au bord de la liiitschiuen, forme probablement le commencemeni 4' un glacier qui anéantira tout- à -fait ce pâturage ^ jpdis très - productif et maintenant déjà en. grande partie envahi par des éboukmeens» Deux ou troia ^.tés froids et humides , s'ils étaient consécutifs ^ achèveraient de réduire en glace et de consolides cette avalanche permanente.
A un demi-quart de lieue du chétîf hamoau de Trachsellaucnen , on atteint le pied du Hauri et de }a Nadél , deux. prolongations avancées duSteinberg. Ici , dans la dernière branche habitée de la vaHée , à 2 — 3 lieues de l'église paroissiale, il exista de« puis Tan 1783 à 1805 des mines qu'une société de Çernois, composée de 2$Q actions, faisait exploiter, mais que Ton ne pouvait maintenir qu'à grandi frais. > doQt on n'était paa dédommagé par le trop
mince bénéfice. On commença à travailler sur deux: fUons principaux de mine de plomb argentifère qui se trouvaient dans du gi^eîss aeconqpagné de spath et de quartz. L'un se présentait sur le coté droit du fond de la vallée , à la Hohenalp et sur la p^nite septentrionale du Breithom , situé dans la ter« rible chaîne de glaciers des haiites Alpes , dont Taréte séparé le Vall^ de TOberiand bernois. Ce filon se dirige du snd-^stt au nord-oue»t avec plusieurs^ petits ftlons latéraux ^ dotit la direction est plus ou moins divergentes el qui, probablement, s'y réunissent de nouveau dans les profbndeurs de la montagne.
LeS'galefies qti*ona percées pour l'exploiter sont élevées de 2075 pieds afu-dessus du lao de Thun , es^ fimé lui-même ,' ainsi qu*on Fa vu plus haut , à l'élévation de 1780 pîed9 au-dessus du niveau de la mer, de sorte que les mines de Hohenalp) sont à 5750 pieds d'élévation absolue. Le second filon qu'on a exploité à deus. endroits, est aussi tout-à-iait aa fond de la vallée , mais du côté gauche , sur le Steinberg dont la pente la plus inférieure à l'occident porte le nom 4^ mQii^ Haurù Ce fikui est presque vertical et court aussi ^u. nord ^ est au sud^ou^t. Il se trouve au mont Hauri^ à la^ hauteur de 50apieds au-dessus de la cabane du maître-mineur, conséqucmment à celle dé 4250 pieds au-de;ssus delà mer, et au Steînberg à 1130 pieds fiu-dessusi de la susdite cabane, do^c à 4880 pieds d'élévatioa absolue.
On avait travaillé dans ces trois galeries de Hohenalp , Hauriberg et Steiuberg d^à dans la première
moidé du 18.* siècle; mais on les avait abandonnées de nouveau , jusqu'à Tan 1782 , où Ton y fit un dernier essai plus impoitant et plus soutenu pour obtenir un résultat positif. (*)
Tous les nombreux bâtimens consacrés à ces mines sont maintenant détruits ; les jardins ne produisent plus que de Therbe; cependant nous y vîmes, encore quelques roses et des^plantes de choux. La maison de bois qu'habitait l'inspecteur des mines a été démontée et les pièces , lesquelles étaient numérotées , ainsi que cela se pratique dans ce pays , ont été transportées à Lângenwald , près de la chute du Mîirrenbacb. Au milieu des juiciens mui's décrépits du fourneau 9 sur lesquels on voyait encore les traces du feu et de la suie , trois chèvres blanches avaient trouvé f lorsque nous y passâmes , un abri contre la chaleur du soleil, où jadis brûlaient les flammes les. plus ardentes.
(*) Voyez Touvrage : Manuel pour les savant , etc. qui voyagent en Suisse, avec les notes de M. le pasteur Wyttenbach , Lausanne 1736". Toin. Il, pag. 24 et saiv. Plusieurs eireonstancets concoururent à faire tomber -cett0 entreprise* .M. Gruof r '^e Berne , oapîtaînci des mines » et M. )*inspccteur Schiatter (|e Schafibuse, hoznm^i de grand mérite , les dirigèrent avec succès } mais les fraie d'exploitation, 'surtout ceux de Tarrivage très. pénible des subsistances nécessaires, dëpassèirent enfin les moyens de la société des actionnaires , et le Gouvernement n*y vît pas assez d'avantages pour se charger de la contL nualioa dés tratauz»
' f itfr
Les habitations , le magasin à poudre , les forges, les scies, les dépôts de comestibles , les bûchers» tout a disparu. Seulement la. cheminée du fourneau reste encore debout dans ces déserts , au milieu des masures et des rochers, comme un monument sépulcral des belles espérances que la patrie fondait sur ces utiles travaux.
Nous nous arrêtâmes peu dans ces lieux sauvages , mais majestueux , que Lory a si bien dessinés , parce que nous voulions gagner le Schmadribach , en faisant un détour par l'Alpe du Steinberg. Ce pâturage nourrit environ 40 vaches et 1000. brebis pendant l'été et forme Textrême limite entre la vallée habitable et les glaces étemelles. Les traces de la plus affreuse destiniction marquent l'entrée dans ces régions de •la mort. Nous gravîmes le rocher escarpé de la Nadel , placée comme un bastion y sur la rive gauche de la Liitschinen , et nous eûmes lieu d'admh^er la richesse de la végétation entre les innombrables débris de cailloux épars sur notre chemin.
Ce n'est pas sans regret que nous observâmes la quantité de troncs de sapins dont les tiges furent coupées lorsqu'on travaillait aux mines , et qui peutêtre ne seront jamais remplacées. Rien n'est plus illusoire que l'abondance de bois que font supposer les forêts , dont les flancs des hautes Alpes sont revêtus. D'un côté , la plus grande partie ne peut pas être exploitée; de l'autre , la croissance estiniiniment plus lente que dans la plaine. Les bûcherons ne peuvent pas gravir tous les coteaux ou plateaux
étevés y et les arbres qu^ils y couperaient et qu'il fau» drait jeter de si haut , se briseraient tout-à-fait avant d'arriver dans la plaine.
H faut nécessairement laisser sur pied quelques furèts , pour préserver les pâturages et les bâtimens de la fureur des avalanches et des parties de rochers qui se détachent fréquemment. Si Ton veut favoriser la reproduction des jeunes plantes » il faut que les vieux arbres sur les plateaux élevés leur fournissent un abri \ une triste expérience a souvent prouvé que de nouvelles plantations ne peuvent jamais prospérer, si Ton anéantit imprudemment les anciens bois. Sur la pente de la rive du lac de Brienz , que le soleil éclaire et qui est d'ailkurs très-productive , les limites de la végétation des arbres y suivant les observations très-exactes de M. Tinspecteur des forêts Kastbofer, ne se trouvent guères plus hauts qu'à SCKXX pieds et les sapins rouges y périssent long-tems avant d'avoir atteint quelques pieds de leur croissance. Cependant cette espèce de bois prospère ordinairement encore à une élévation de plus de 6000 pieds , de sorte que là y une zone de pays mcmtagneux longue de 4 à 5 lieues et large de 1000 pieds est maintenant complé-* tement aride , et n'a pu être utih'sée par plusieurs essais de plantations de bois qu'on y a faits , parce qu'il n'y existait plus de vieux arbres pour protéger
les jeunes plantes.
C'est ainsi que toutes les sommités et les cronpei àes hautes montagnes font une guerre continuelle à la végétatiMk. Datas les tems prioiitîft^ elles étai^uit.
probablement revêtues de ten'e productive ot aasee pénétrées d'une bienfaisante chaleur, ce principe général de toute vie , pour donner l'existence à d'iii^ nombrables végétaux. Lts immenses bancs de houille ^u'on trouve à des élévations extraordinaires, en rendent un témoignage suffisant. Mais lorsque , par une révolution générale , cette croûte de terre s'enfonça ou s'exhaussa, lorsque les eaux dugrand Océan universel s'écoulèrent toujours d'avantage , hs sora- «dités des montagnes se trouvèrent isolées, leurs arêtes se rétrécirent , l'air se subtilisa dans l'atmosphère qui les entourait , tellement que la végétation cessa peu à peu. Les fortes pluies entraînèrent dans la suite la terre végétale dans les bas-fonds , des niasses de neiges restèrent fixées sur la roche nae et y formèrent une couverture de glace. Des blocs de rochers se détachèrent , des torrens déchirèrent le sol des pentes «ncore revêtues , des ouragans renversèrent les forêts dépouillées dé leurs anciens abris, des avalanches dévastèrent les régions , jusqu'à lors plantureuses , et c'est aûnsi que se formèrent ces déserts sauvages smrles confins les plus élevés des pâturages alpestres, toujours menacés d'être env-ahis par des glaciers , des avalanches de neige , des éboulemens de terre , des rocs écroulés , qui en ont déjà détruit un si grand nombre.
H est aussi dangereux d'abattre ime forêt dans ces contrées , que de renverser un mur dans une for* terésse menaoée d'une attaque de l'ennemi. Les troncs et les racines des arbres qui restent en teire peuvent bien encore anréter pendant maintes années la des-
tmction d'un coteau ; mais quand une fois ib sorA pourris , la pluie , les lavanges , les torrens entraînent la terre , et bientôt les rocs en sont complètement dépouillés et se montrent à découvert , ainsi qu'on le voit sur une partie du Steinberg et sur plusieurs autres coteaux de l'Oberland. Ce sont les affreux résultats des imprudentes coupes de bois qu'une avidité insensée s'est perniises.
Ces dévastations sont d'autant plus dangereuses, que même 5 lorsqu'on cherche à réparer le dommage par de nouvelles plantations , ainsi qu'on a commencé à le faire dans plusieurs endroits , la lenteur de la croissance des végétaux dans les régions élevées retarde beaucoup l'avantage qu'on espère en retirer, et dont on se voit privé pour des siècles. Sur les bords du lac de Thun, par exemple, la tige d'un sapin , dans le meilleur terrain et le mieux exposé, n'acquiert, dans l'espace de 40 ans, qu'une épaisseur d'environ 16 pouces de diamètre. A deux mille pieds plus haut , sur le Beatenberg , pu le soleil donne avec force , cet arbre ne parvient à une pareille circonférence qu'au bout de 60 ans. Il résulte de là, qu'un arpent complanté en sapins, au bord du lac, produirait , dans le même espace de tems , autant de bois que trois arpens sur le Beatenberg. Mais à mille pieds plus haut , sur la même côte , il faut 80 ans pour qu'un sapin prenne l'épaisseur de 16 pouces , de sorte que , dans cet emplacement , huit arpens de terrain ne reproduiraient pas plus de bois qu'un seul au bord du lac.
On peut en conclure ^vec exactitude , diaprés le$ mêmes proportions, qu'encore à^OOO pieds plus haut» où la végétation des sapins cesse t^ut-à-fait , trente arpens ne donneraient pas plus de bois qu'un seul au bord du lac, dans le même nombre d'années* Ces calculs si défavorables à la reproduction des bois dans les régions élevées n'atteignent peut-être pas même à la réalité , à l'égard des hautes montagnes encore plus sauvages , où il faudrait certainement un tems bien plus long pour établir par la culture des jeunes arbres et de nouvelles forêts à la place de celles qui auraient été extirpées.
Depuis le sommet de la Nadel , nous redescendîmes sur une pente assez roide dans le fond de TAmmerten, ce vallon jadis fertile et peuplé dont nous avons parlé plus haut Un beau chalet nouvel* lement construit nous invitait à prendre quelque^ momens de repos; mais il était fermé, ce qui prouvait, de la part de son propriétaire, une circonspection peu commune dans ces contrées. Bientôt nous vîmes descendre du pâturage de Steinberg Tun des vachers chargé d'apporter les fromages ) depuis l'endroit où on les fabrique , dans les magasins situés plus bas et de les y saupoudrer chaque jour avec du sel , afin qu'ils prennent plus de goût et puissent se conserver plus long-tems. Nous le suivîmes gaicr ment sur l'échelle, par laquelle il monta au grenier, où nous eûmes du plaisir à voir une provision cour sidérable de fromages , rangés avec beaucoup d'ordre ^oit debout , soit couchés encore dans des^ cercles de bois et sous la presse de quelques ^ros caiUoux , sur
"éts ais le long des parois , semUaHes à tme bibliothèque. Celle-cî contenait du rttoîns l'histoire du rapport des pâturages de Stdaberg et d'Ammerteii dans Tannée courante.
H est d'usage sur les pâturages élevés , dont Tabord est difficile , de transporter les fromages et même les pains de serêt dans des entrepôts ou greniers situés plus bas , à mesure qu'ils sont confectionâés , afin de pouvoir les amener plus commodément et tti grande quantité dans la plaine , en automne et en hiver , sur dés chevaux de somme , des traîneaux et des petits chariots. Pendant ces mauvaises saisons on renferme sous clef les ustensiles qui servent à cette fabrication , les chaudières , les vases à lait , etc. si le propriétaire en a en suffisance dans son domî* cile pour pouvoir se passer de ceux-là , et si le trou'peau qu'il avait conduit sur la montagne se partage , se disperse en tout ou en partie, en retournant aux maîti*es respectifs qui avaient loué leur bétail au fer* mier du pâturage.
Une quantité d'arbres déracinés qui jonchent le vallon d'Ammerten indiquent la dévastation conti* tiuelle que la fureur des avalanches opère sans cesse dans ces lieux. Une horrible masse de rochers à notre droite ^ que nous côtoyâmes pour gravir au Steinberg nous paraissait , en eflfet , très-propre à faire tomber la neige dans Tàifoncement. On nous dît que cet énorme bloc se nomme Breit^-Tschingel, ce qui confirma dans mon opinion l'exactitude de la dé* nomination de Tschingelgrat ( arête d^ Tschingel >
que
que j'ai tmploYée dans la carte N.^ S du-petit Atlai joint à cet ouvrai, pour dé3iga6t cette partie des montagïies.
La route n'était cependant paa sans attraits. A Aotm gauche bouillonnait le torrent du Thalbach. Nous marchions sur un terrain uni , tapi^é d'herbei savoui*euses et parsemé de quelques bouquets de sa-^ pins. Sur les coteaux on voyait paraître quelques pins alyiers , cet arbre alpestre , qui devient maiheu* jreusement toujours plus rare dans TOberland. A l'horizon , nous avions devant les jeux les deux hauts passages de montagnes (Scheideck) (*) , au* jourd'hui couveits de glaciers, qui conduisaient i la vallée de &astem dans le district de Frutigea^ et à celle de Lotschen dans le Vallais.
' Nous atteignîmes enfin le chalet de Steinbi^g» fil après avoir pris quelques ipstans de repos sur le plateau éclairé pai* le soleil , où il est situé , noua nous remîmes en route ; mais , en quittant la direc* tion vers Toccident , que nous avions suivie jusqu'à )ors , npus nous détournâmes au sud , et au lieu de continuer à monter jusqu'au glacier de Tscfaîngel ^t au petit lac si remarquable de rOberhora, noua prîmes un ciiemin qui devait nous ramener à Tracb« sellauenen. Les voyageurs qui peuvent consacrer deux jours à ces contrées sauvages et singulières j
■ Il I I I ' »l II . 1. I ■! Il ■ I ■ I ' l I ■ f ^— — ^
(*) Dans rOberland , on nomme amsi tontes les crêtes de montagnes qui séparent deux vitIMes Vxam. de Paat» ^ quoiqu'elles portent un antre nom.
Tom. IL 8
ftjro&t bien de gravir la Breitlàuàieh • AFp et la hooh'Alpj et de visiter Tétendue de glaciei*s qui y touche j et qui se divise en plusieurs branches j sa^ voir ceux de Breitlauenen , de Schmadri, duBreit* hometdu Tschingel. Les nombreux ruisseaux qui en découlent forment les sources abondantes de la lÂtschmen.
* Après avoir traversé le Thalbach , nous nous frayâmes un sentier entre des débris afireux de Touchers écroulés et de forêts renversées , confusément entassés 9 et nous nous trouvâmes bientôt au bord d'un autre torrent, le Krummbach , dont la largeuir et les ondes considérables s\>pposaient à notre pas* sage. Il n'y avait point lie pont. Les plus déterminés de la troupe se hasardèrent à le franchir en posant les pieds sur les cailloux les moins enfoncés et en faisant des sauts téméraires de l'un à l'autre. Cependant, ceux qui n'avaient ni le courage , ni l'envie de suivre cette route humide et dangereuse , devaient aussi gagner ^a rîVe opposée. Notre guide vigoureux s'oflrit enfin de les porter successivement sur ses épaules. Comme un nouveau St. Christophe f il prit pour appui un arbrisseau , qu'il avait arraché f et servit ainsi de monture à la plupart d'entre nous , pour arriver à pied sec de l'autre coté. Vers les 3 heures après midi , nous atteignîmes enfin au but principal de notre excursion, à la superbe chute du Schmadribach , dont l'aspect devait payer toutes nos fatigues , et nous nous couchâmes sur l'herbe fleurie pour la contemi^er.
lis
, Elle offre , en effet , un des spectacles les plus inagnifique$ de nos hautes AIpçs. Aucun de nous ne se rappelait d'en avoir lu une description. Nous étions assis à une trentaine de pieds au-dessus du lit dit ruisseau , sur la rive gauche , dans une région de la montagne dépouillée de sapins et d'arbres dé haute futaye, sur les confins des rochers nuds et arides et des vastes champs de glaces étemelles. L'assiette élevée du roc d'où le torrent ^e précipite bornait notre horizon et se dessinait dans sa couleur noirâtre sur Tazur d'un ciel sans nuages*
Nous en étions trop près pour voir les masses et les sommités de neige qui donnent naissance au ruisseau. Il paraissait descendre des nues et tombait en neuf rayons différens plus ou moins forts , avec grâce et dignité , d'un roc agréablement arrondi; puis 9 il se brisait sur les nombreuses corniches et sur les gradins du rocher en mille et mille flocons d'écume fugitive. On les voit, légers comme de$ vapeurs, blancs comme du lait, seiUviser, se réunir, se métamorphoser avec un tumulte, un murmure , une activité inexprimable. Enfin , ils viennextt de tous cotés se rassembler dans un bassin oblique*» nient creusé dans les débris , qui peut à peine contenir un instant ces flots agités. Des deux côtés de la chute , il s'est formé des amas d'éboulis , au milieu desquels les eaux se sont ouvertes un libre passage. Elles m'ont parues aussi considérables que celles du Reichenbach. D'autres petits ruisseaux» tombant des deux cotés de la chute , viennent encore se joindre à ce grand réservoir. On croit voir une
lie
puissante armée flanquée sur ses deux ailes , d'une horde dispersée de troupes légères , se jete^ dans la vallée.
Cet aspect est ineomparable , surtout à quelque distance un peu plus bas , et particulièrement d'un i>lateau découvert au milieu des forêts près du chalet de Bohnenmoos > où nous nous rafraîchîmes au bord d'un clair ruisseau. O
Ici , une crête de roc de forme ronde , revêtuf de broussailles, qu'habitent une foule de grives de montagne, est placée sur le premier plan et masque ie commencement trop nud du Ut qu'occupe le tondent ^ après s'être précipité* On le voit sortir plus has derrière ce monticule et se diriger en bouillonnant vers un bois de sapins , comme s'il voulait , après un exercice aussi violent , chercher de la frai* cheur sous ces ombrages. On apperçoit alors , à une grande élévation au-dessus de la corniche du rocher -d'où il se verse , les cimes de glaces et de neige du incestueux Breithom ^ dont la blancheur éblouissante •brille sur le dôme azuré d'un ciel pur et serein , et -dont le repo$ et le silence imposant forment un con^ -traste frapp^mt avec l'agitation et le murmure des 'flots. On croit voir le puissant Dieu d'un fleuve, -Êls de Jupiter , descendre de l'Oljrmpe dans le s^our
{*) Voyez le dessin joint à cet? ouvrage, que M. lepéin. tre Lory père a levé à cet endroit. Le chasseur de cjiamois qu*on y voit , revenant charge de sa proie , est un accessoire très-bien adapté à* cette contrée.
HT
des Driades , qui s'inclinent pour ]e saluer à son ap* proche.
Nous quittâmes à regret cette place où nous aidons dîne y pour retourner, en suivant le penchant de la montagne , vers la vallée d'Ammerten , et nous cô^ ioyàmes un grand amas de neige , probablement le reste d'une avalanche , puisqu'elle ne se fondait pas «u fort de l'été dans la région des forêts. On voit sur la pente de presque toutes les montagnes de rOberland les traces du passage des lavanges , qui tombent au printems ou en hiver dans les vallées , et qui creusent alors des canaux ou des ravins dans le sol. La chaleur du soleil et celle de la terre parviendraient à peine à dissoudre les neiges sur les croupes les plus élevées des montagnes , d'ailleurs fertiles , s'il n'en roulait pas une grande partie dans les plaines inférieures , où elles se fondent plus facilement et s'écoulent en eau. On est effrayé, en pensant quelles immenses masses de neiges s'amoncèleraient sur les hauteurs des Alpes et finiraient par convertir en glaciers les plus beaux pâturages , si elles ne se déchargeaient pas par le moyen des lavanges qui, cependant, font de grands dommages aux forêts , aux habitations et aux prairies, sur 4esqudles elles se précipitent.
Cependant, ce ne sont que les avalanches qui tombent dans ime direction inusitée , ou dun volume extraordinaire, qui occasionnent de pareils désastres. Les paysans de ces contrées connaissefit trop bien les routes que ces ^botâtmens suivenl^'l-
gulièrement chaque année. Hs^ les désignent seus le nom de Lavinen- on Laui-jtîige^ et on les remarque aisément en voyant des bandes d'un vert élair et dépourvues d'arbres au milieu des sombres forêts de sapins y sur lesquelles il croit à peine un peu d^herbe ^ ou bien des ravins profonds au ibnd desquels coule un torrent , ou enfin des plages de pierres écroulées qui s'étendent sur les coteaux, commencent en pointe au pied d'un rocher et s'élargissent toujours plus en descendant jusques au terre-plein du vallon.
Bientôt après, notre chemin nous conduisit à une seconde chute du Schmadribach, qui a aussi des beautés particulières. Ce ruisseau y jaillit eu deux bras principaux et bat un énorme bloc de rocher , qui se trouve au milieu de son lit , avec une force qui trahit l'accroissement de %t^ eaux depuis sa première chute. Il y a probablement mi peu audessus de celle-ci une autre cascade du même ruis-p 'Sea,u : ime colonne de vapeur qui s'elèvef au-dessus des sapins le fait au moins supposer. Elle est peutêtre encore plus belle que les deux dont nous avons fait mention; mais, trop inabordable, elle attend encore un peintre poiur la dessiner. Nous n'eûmes pas le tems de tenter de nous en rapprocher, et nous nous hâtâmes de gagner TAmmerten^
Le détour que nous avions fait par le Steînberg
: lEvaît employé la meilleure partie de la journée ; nous
descendîmes à grands pas sur la pente très-roide
E^^ mines abdadoiinéeS} et au milieu des ruines.
comme un monument posé pâi* des naufifAgés suv une lie déserte, nous trouvâmes, avec une bouteille et mi verre y le billet d'un de nos amis qui , resté en an*ièi*e , y avait tranquillement passé les heures f pendant lesquelles nous avions parcouru les mon« tagnes.
Nous le rejoignîmes lui-même près d'une de« cabanes de Trachsellauenen et nous nous reposâmes encore vis-à-vis du lit d'une terrible avalanche au bord du torrent écumant de la Liitschinen , pour mieux graver dans notre mémoire le souvenir de de cette singulière contrée et des dangers que nous avions bravés pour la visiter.
J'avoue que j'éprouve en grande partie les mêméjsf sentimens , que Schlegel exprime en ces mots , dans son Almanach poétique pour l'an 1816 : . ^ .
n H n'y a que les contrées que l'on nomme or« D dinairement âpres et sauvages qui me paraissent i> belles. Elles seules sont sublimes , et la sublimité yi d'une contrée peut seule constituer sa beauté et )i donner une idée vraie de la Nature^ L'aspeet d'une D plaine riche et fertile excite d'une manière agréable D à se livrer aux jouissances de la vie, lorsqu'on n a été long-tems renfermé dans les murs d'une ville. yf Le charme des ornemens dont la nature y est n parée émeut le cœur d'autant plus qu'on les admire » rarement. On n'y éprouve que le sentiment dxiux „ et agréable du moment présent. Rien v^y rappelle n les grandes scènes du. passé. Mais ces. rochers,
If ces montuMns pairlanâ des ancteanes gi^rres des f, élémens indomptés , des tenîbles cambats que la 9 terre avait à soutenir à Tépoque de sa formation i n ces rochers sont éternelleiâent beaux et font sur )9 Tame du spectateur une impi^ession qui ne s'affaiblit D jamais. Ainsi que le bruit des forêts agitées pai^ ff tes vents , le niurmure des ruisseaux inspirent toup jours la même mélancolie ; ainsi que les cris soli- D taires des oiseaux sauvages expriment une inquié<ff tude pénible et Tamour de la liberté, ainsi, dand r, l'aspect des rochers , nous reconnaissons toujours i, la nature elle - même. Ce n'est que dans les n monumens des anciens tems , lorsque les souvenirs fi et l'histoire se peignent à grands traits à nos yeux^ „ que nous jetons un regard dans la profondeur de y, cette idée sublime , qui ne se dévoile point lors* ff qu'on ne jouit que de la surface agréable de la D terre.
C'est d^uis de semblables dispositions , avec le Seiitiment des puissantes forces que là nature a dé* ployées dans leà tems qu'on peut appeler héroïques , 4ue nous quittâmes ce monde de débris, le voisin nage des glaces éternelles , les atteliers mystérieux d'où sortent tant de fleuves intarissables , et que nous atteignîmes bientôt les habitations de Stechelberg > où nous eûmes du plaisir à trouver des chars-à-bancs que nous y avions fait venir pour retourner corn-*» modément à Lauterbiiunnen , et pour nous livrer , sans épuiser nos forces , à une conversation inté*ressante , à laquelle les images et le magasin d'idées nottvdles que nous rapportions fournissaient une
JMpIe rhalière. Les ombres de la nuit nous déro- Ifèrent la vue des objets extérieurs ; mais ceux dont notre ame était remplie pouvaient d'autant mieux nous occuper.
^£ par ia fFèngenùIp ei dêsçripiion de la
Jungfrau.
n jr A deux chemins très-différens qui conduisent de Lau^erbrunnen à Grindelwald. L'un , praticable pour les chars , par Zweyliîtschinen et par la vallée de Lûtschinen, dont nous avons parlé plus haut; l'autre , par la Scheideck de Wengen- ou Wengern- AIp , mais qu'on ne peut faire qu'à pied ou à cheval. Ce dernier fut tenté pour la première fois en 1771 par M. le pasteur Wy ttenbach et M. de Bonstetten , rami du célèbre Jean de Millier , qui l'ont fait con« naître et l'ont vivement recommandé. (*)
Les voyageurs ne devraient jamais néglièer de le suivre. H n'expose à aucun danger; il n'a pas plus de 8 lieues de long. €'est le plus élevé de tous les passages de l'Oberland , et Ton y jouit mieux que nulle autre part de l'aspect subhme des superbes montagnes de neige. U commence par une montée très-roide , qui conduit dans une heui^e de tems aux maisons éparses du village de Wengen. La route
(*) Bourrît , dans sa Dtscription tUs Alpes ptrmints ei rhétUnneSf Genève 1771, Tom. Il , pag. 173 — 18^, doiUM «usai «M dêtcrîptton de ce passage intëressant.
va
devient ensuite moins pénible et traverse un large plateau moins incliné au-dessua de la vallée de Lauterbrunnen, en longeant celle de Tnunkten qui débouche par un angle presque droit dans la première y en descendant de la Jungfrau. Mais le chemin se détourne brusquement à l'orient pour gagner le point le plus élevé dp la Scheideck et court pendant une heure au milieu d'un pâturage parsemé de nombreux chalets hospitaliers.
Fendant tout ce trajet , on ne perd pas de vue la Jungfrau et les deux £iger. De l'autre côté de Tarête , la route descend efi serpentant dans la vallée de Grindelwald , que l'on a sans cesse devant les yeux et qui est limitée en face parla grande Scheideck de Hasli.
Le 29 Juillet, nous quittâmes Lauterbrunnen , mvmis de quelques provisions , et nous suivîmes les contours du large sentier de Wengen, qui monte sur une partie moins inclinée et moins productive des rochers, d'ailleurs inaccessibles, qui forment les flancs de la montagne.
U était à peu près 6 heures du matin et la gorge de la vallée était encore enveloppée des ombres du crépuscule. En retardant jusqu'alors notre départ , nous avions perdu le moment de la fraîcheur matinale ; mais nous en fûmes dédommagés par l'aspect des montagnes opposées , que le soleil commençait à éclairer. Bientôt, nous pûmes voir la chute su« périeure du Staubbach ^ dont la blancheur éblouis-
santé ^talt encore relevée par la teinte noirâtre àt la roche sur laquelle elle se précipité. Phis en ar. rière^ les monts de Sulecky de Vogelâub et une trête de rochers crevassés, semblables aux ruines d'un vieux château, nommée Frenetij dominaient le paisible hameau d'Eisenfluh» dont la vue nous rappelait de si doux souvenirs.
En jetant les yeux sur le fond de la vallée que nous venions de quitter, on voyait les montagnes se montrer à chaque pas plus gigantesques , et en face une parois de rochers menaçante d'un noir foncé, presque dépourvue de végétation, qui se prolonge en descendant vers la Hunnenfluh et le Mânnlichen jusqu'au Schlafbùhl et au Gurmschbûhl , couronnée par les pics du Heimegghom, du Tschuggen, du petit et du grand Laubhorn , du flûhnerhoinlein , des Goldbachhômer , comme pour montrer aux voyageurs le long détour qu'ils ont à faire pour la contourner.
On rencontre souvent , vers le soir , sur cette route de jeunes garçons , qui donnent aux passans le spectacle de la lutte , ou de jeimes filles plus ti* mides^ qui saluent ceux-ci par quelques chansons. C'est , il est vrai , une manière de mendier ; mais ces grouppes d'enfans forment de jolis tableaux qui font oublier facilement le motif en faveur des moyenSi
Le voyageur, essouflé par la longueur de la première montée , depuis Lauterbrunnen , q^i lui paraissait interminable, apperçoit enfin ks chaumières
€t les granges du village de Wcngen, agréablement athées au milieu d'une vaste pelouse sur la croupe du Wengenberg et sous l'ombrage des frênes et des érables j avec d'autant plus de plaisir , qu'il a main^ ioiant achevé la partie la plus difficile et la plus escarpée du chemin. Celle qui lui reste à faire pour arriver à Grindelwald devient toujours plus intéressante 9 et le sentier le conduit presque en plaine dans les régions supérieures des Alpes.
On a bientôt laissé en arrière le riant hameau de Wengen ; mais on voit encore çà et là sur l'immense prairie qjielques granges éparses au milieu d'enclos fertiles ^ dont on récolte le foin.^ Quelques petites cabanes sur les bords du chemin offrent aux <^hèvres à demi-sauvages un asile pour là nuit , et sont construites sur les débris de, grandes dalles d'ardoises tombées du haut de la montagne et qui attendent encore $. de la suite des siècles , le tissu de mousse et de plantes qui se forme lentement sur les pierres écroulées.
La chèvre est , par sa nature et ses besoins » indigène des Alpes* Elle grimpe lestement les plus affreux rochers , les pics les plus escarpés , les pentes les plus roides. Elle sautille avec vivacité , avec curiosité , avec agileté autour des voyageurs et les suit pendant des heures entières. Ces animaux s'ouvrent avec leurs dents un passage au travers des hayts , ou sautent par dessus les murs qui arrêtent leur course et vont ainsi en parasites partager sur les pâturages le repas des bestiaux. Souvent , en les
voyant perchées sur quelque pointe de rc^ W 9 on les prend pour des chamois ou des bouquetins qié se montrent si rarement aux voyageurs.
Sur le Wengenberg , comme sur les flancs dç presque toutes les hautes montagnes , une r^ion de forêts sépare les pâturages infériem*s de ceux qui sont plus élevés. Ici 9 des antiques sapins avec de longues branches pendantes et velues sont tristement épars à l'entour du chemin et paraissent pleurer sur leurs innombrables frères que la main des hcutmes a abattus ou que les attaques de la nature même ont renversés , brisés et dont les restes à moitié déoom^ posés jonchent le sol. Le lychen à longs filamens qui végète sur Técorce de ces arbres giganlesqiMS , comme une barbe blanchâtre, augmente kur air de vétusté ; mais il fournit aux chèvres une nourriture dont elles sont très-friandes. Elles vont elles-mêmes le chercher sur les branches qu'elles peuvent atteindre facilement , car ces arbres n'ayant pas crû au milieu ^'une épaisse forêt , où les rameaux inférieurs se desséchent et périssent à mesure que Tarbre s'élève et en pousse de nouveaux à son sommet , ils ont conservé toutes leiurs branches ; les plus basses ont pris une épaisseur et une étendue considérables. Fléchies par leur poids , elles s'inclinent vers la terre .qu'elles touchent presque et paraissent comme des arc-boutans placés autour du fut de l'arbre pour le soutenir. Celui-ci s'élève à une hauteur considérable au milieu d'un branchage touffu et enmêlé qui lui donne la forme d'une pyramide, ou des tentes de feutre à faîte pointu, dont les peuples nomades de l'Asie font usage.
Au-delà de la région des sapins , la terre est cou* ▼erte de broussailles basses , rabougries et noueuses , auxquelles succède bientôt tm gazon épais compoaé désherbes alpestres les plus aromatiques. L'aconit, le verairum album et quelques gentianes dorées ou purpurines (^gentianalutea etpurpurea) élèvent leurs Uges orgueilleuses , plus belles qu'utiles , au-dessus de» modestes plantes dont les bestiaux se nourrissent de préférence. Mais le rosage des Alpes {Rhodo^ dendron) \t% surpasse toutes par son éclat. On dirait que la nature a posé une couronne sur son feuillage , semblable à celui du laurier et l'a désigné ainsi pour être la Reine des fleurs. Le chantre des Alpes , Haller, n'aurait pas dû le passer sous silence. H aurait pu lui appliquer tout ce qu'il dit de la gen-» tiane. (*)
(*) Tout voyageur lira sans doute avec plaisir la strophe suivante du poëme sur les Alpes par Alb« de Ha lier :
D La tige tflancëe de la noble gentiane s'élèye au-dessus I, de la foule des plantes basses et vulgaires. Tout ua „ peuple de fleurs paraît rassemblé sous ses étendart^* I, Sa sœur au manteau d*azur , sa sosur même la gentiane „ bleue (^ffentiana acaulis) s'incliiie devant elle et la „ respecte. Ses corolles brillantes de Féclat de Tor s'ë- ^ talent en rayons recourbe» et s'entassent en festona ^ autour de la tige revêtue de gris. Ses feuilles blanches , „ panachées d'un vert foncé , brillent de Tëdat de mille „ diamans liquides que la rosée y a déposés. Mais la ff nature y dans 8a justice , a réuni en elle , les vertus à ,, la beauté y comme elle place souvent dans de belles M formée una ame plus beUa encore. **
n est étonnant, dit Wyttenbach, que sur les plus hautes Alpes on trouve les pâturages les plus fertiles 5 à des places où la neige n'est fondue que depuis peu de tems. Les plantes y croissent très* vite et à peine la neige a-t-elle disparu , que l'on voit d^â lasoldanelle et quelques espèces de primevères iprimulœ) en pleines fleurs, tandis qu'il leur faut beaucoup plus de tems pour parvenir à leur matu^ rite dans des expositions plus chaudes. Il est vrai que sur les Alpes la terre est ordinairement noire et qu'elle s'imprègne mieux de la chaleur du soleil. Il parait que la neige fondue y laisse aussi une cer* laine humidité fertilisante , et que l'électricité , plus active dans ces régions élevées de l'atmosphère , con« tribue beaucoup à la prompte croissance des végé* taux. .
Ils y ont aussi une verdure plus prononcée et plus foncée que dans les plaines, et il paraît que cette qualité les rend plus propres à absorber les rayons de la lumière , à conserver plus de calorique et à résister d'autant mieux à Tinfluence nuisible des frimats auxquels ils sont exposés. Il n'est point rare, comme Ta observé un autre savant , de voir en pleine floraison une contrée alpestre qui était encore couverte d'une profonde neige quinze jours auparavant.
Les sommités élevées et en général les montagnes ont la propriété d'attirei^ les vapeurs de l'atmosphère et c'est un des bienfaits de l'adorable Providence. Les plantes qui croissent sur les rochers arides ou sur des croupes peu fertiles eu elles-mêmes , mais
situées sous un climat tempéra y sont sans cesse hu* mectées par la rosée , et pompent par leiur$ feuilles » même pendant les chaleurs les plus ardentes de Tété, la nourriture que le sol aride leur refuse* Aussi sontelles presque toutes d'une nature spongieuse 9 et c'est en grande partie pourquoi il est si difficile d'élevcyr des plantes alpestres dans les jardins 9 tandis que, sur leur sol natal 9 toutes leurs parties absorbent lentement , mais sans cesse 9 Thumidlté et la chaleur qui les alimentent 9 ce qui , joint à leur structure toute particulier^ 9 à l'air beaucoup plus subtil sur les montagnes et à des vents très-fréquens 9 Êivorise Raniment leu/r croissauce.
Cette disposition de la Providence était néces* saire dans des lieux qui ne sont éclairés, souvent que pendant quelques jours de l'été par le soleiL et qui 9 pendant tout le reste de Tannée 9 sont sous la neige , où les plantes et les fleurs restent engourdies dans un profond sommeil. C'est pourquoi aussi il fallait que toutes ces plantes fussent vivaces 9 afin que leur longue existence leur laissât l'espoir d'uç été favorable qui pût mûrir leurs semences et per^ pétuer leur famille.
Mais 9 loin que la neige soit l'ennemie des enfans de la Flore. des Alpes , elle forme plutôt pour ces rejetons un duvet chaud 9 sous lequel ils donnent paisiblement pendant les longs hivers 9 â l'abri de, la froidure. Elle est dj^stinée par la nature à protéger la végétation sur les hauteurs et à préserver la structure délicate des plantes de la ri^^eur de la gelé^
qui
qui règne dans ces régions. Rien dans la nature ne possède mieux que la neige la propriété d'arrêter les effets du froid. Il faut convenir, cependant, qu'elle peut être aussi très-nuisible aux plantes des hautes Alpes , si elle tombe dans une saison où iè sol n'est pas piiéparé à la recevoir.
Walilenberg (*) considère cette circonstance comme une des plus importantes parmi celles qui contribuent à ce que la végétation n'est pas aussi active qu'elle ne l'est à plusieurs égards sous le climat beaucoup plus froid de la Lapponie. „ Quoique , dit-il , les pluies froides et la neige traversent rapidement l'atmosphère, elles exercent cependant sur les lieux où elles tombent une influence durable : elles refroidissent, sans doute, l'air d'une manière sensible, mais encore plus les végétaux."
Sur les Alpes de la Lapponie, les pluies d'été sont plus rares et moins fortes. 11 n'y tombe jamais de la neige dans cette saison , parce que le soleil qui reste toujours sur l'horizon réchauffe et dessèche l'atmosphère , et qu'il n'y a jamais d'orages accompagnés de tonnerre , si fréquens au contraire sur les Alpes de la Suisse et presque toujours suivis de pluies froides et de "neiges qui tombent pendant la nuit. Lorsque les vachers dans leurs chalets entendent alors le bruit de la foudre sur les hautes montagnes , ils
(*) Voyez son ouvrage : Devegetatlone-et cîimate in , Helvetia • septentriofiali , inter fliémina Rhenum ei Arolam. Turici i8î3^ Tom. IL 9
5'attendent avec certitude à voîr tomber de la neige. C'est ce qui n'arrive jamais sur les Alpes de la Lapponie. Les botanistes peuvent les parcourir pendant des mois entiers , sans avoir besoin de déployer leurs parapluies , si ce n'est pôiir se préserver des rayons du soleil et des mouches , tandis qu'en Suisse les chalets leur offrent à peine un abri suffisant conti*& la grêle et les tempêtes.
En Lapponie , où pendant la bonne saison , l'action du soleil et de la lumière du jour n'est jamais înteiTompue; où il ne^mbe que peu de pluie et jamais de' neige, les arbres croissent avec vigueur et promptitude , jusqu'aux limites des neiges éternelles; mais la courte durée des étés y mettant un terme fixe à la végétation, peu de plantes dépassent ces limites. Sur les Alpes suisses, au contraire, les neiges qui tombent en été sur la terre nue se fondent et disparaissent plus vite qu'on ne devrait le croire ; mais celles de l'hiver se maintiennent ^ même pendant l'été , dans les lieux sur lesquels le soleil /le luit pas immédiatement et où les. nuits sont plus froides. Aussi l'on voit des vastes champs de neige permanens beaucoup au-dessous des limites où elle ne fond jamais , et la région supérieure des Alpes (regio suinis^is) y a beaucoup plus d'étendue qu'en Lapponie. Ainsi , la nouvelle et l'ancienne neige jointes aux nuits froides s'opposent aux effets bienfaisans des étés plus longs dans nos contrées, empêchent sur les hautes Alpes la végétation des arbres à feuilles 'çui se renouvellent annuellement et relèguent celle des plantes alpestres, plus bas dans la région où
croissent les hêtres , tandis qu'en- même tems , la longueur de Tété et Fair tempéré sont très-propices au3t plantes qui végètent depuis le printems jusques en automne et qui , dans les pays du nord , passent plutôt. Aussi les voit-on sur nos montagnes se rapprocher de la ligue des neiges éternelles , et Ton trouve , même quelquefois au-dessus de cette ligne , quelques belles plantes dont la croissance est trèsrapide, danâ des places^ qui ne sont dépouillées de neige que pendant quelques instans. C'est par ces causes , qui agissent alternativement , que Ton peut expliquer pourquoi , en Suisse , Tintervalle entre les neiges éternelles et la région où croissent les arbres est beaucoup plus grand; pourquoi la région des Alpes est beaucoup plus étendue en largeur, et pourquoi on y v^itea même tems des plantes qui exigent un climat très-chaud et d'autres appartenant à une zone plus froide. Cependant , plusieurs indices prouvent que la végétation , d'ailleurs si belle , y est entravée et répoussée par les neiges. 'Les pâturages produisent une herbe épaisse et grasse , mais qui n'acquiert presque nulle part assez de hauteur pour pouvoir être fauchée.
Les plantes des hautes Alpes sont ou dépourvues de tiges , sessiles (jacaules ) , ou rampantes , ou à tiges couchées (repentes)^ tombantes (decumhenies)^ comme le geum reptans et le geum màntcmimi , Yiberis rotundifolia^ Yantirrkinum àlpinurriy Yhe^ dys'arum alpinum, la viola calcaraCa, Yarenaria poligonoïdes y etc.; ou bien , elles sont roîdes et immobiles, afin de pouvoir supporter le poids de la
neige 9 telles que le cnicus spinosisslmus, la, sàxifraga aïzoon, le veratrum album ^ etc, , qui tiennent toutes, jusqu'à un certain point, de la nature des plantes dont le feuillage se conserve pendant Thiver C semper virerUes ).
Il est renaarquable que plusieurs plantes alpestres plus délicates dans les autres pays montagneux , telles que Yepilobium angustifollum et le sonchus alpinuSf ne se trouvent point dans les régions plus élevées des Alpes suisses , où probablement elles ne pourraient pas résister à la neige. Celle qui tombe au mois de Juin s'opposent principalement à la culture des <5éréales dans les parties montagneuses de la Suisse y parce qu'elle écrase les épis au moment où ils sont pleins de sève, ainsi que ks habitans des vallées d'Ëngelberg, d'Ëinsiedeln et du canton d'Appenzell ne Font que trop éprouvé, tandis que dans les vallées qui sont exposées aux vents chauds venant de l'Italie et qui ne sont pas aussi sujettes à des neiges tardives , Its céréales prospèrent à une plus grande élévation , par exemple , dans le Rheinthaï. Il est évident que les neiges qui tombent souvent au plus fort de Tété ne permettent pas aux arbrçs à feuilles délicates de croître .sur nos Alpes. Les minces bouleaux des contrées septentrionales ne les supporteraient pas; mais les hêtres dont le feuillage est plus dur y sont beaucoup plus propres , et ces noires et roides pyramides de sapins , avec leurs branches pendantes , paraissent destinées par la nature à braver la violence des orages , les grêles et tous les météores.
Des observations et des comparaisons de ce genre donnent beaucoup d'intérêt aux voyages de montagnes y et chaque pas que Ton y fait fournil de nouvelles matières aux réflexions. Tant de plantes inconnues que Ton y rencontre réveillent la curiosité et font naître de nouvelles idées. Elles offrent des fleurs et des feuilles , dont on admire la structure délicate ou Témail brillant et varié. Tantôt on les confond avec celles qui oroissent aussi dans la plaine dont elles ne différent que parce qu'ellfes sont plus petites , plus odoriférantes ; tantôt on admire le duvet cotonneux dont la nature a pourvu un grand nombre de plantes pour les mettre à l'abri des fri- . mats. Des filamens plus longs et plus nombreux, destinés à pomper les substances nutritives ou à favoriser Tévaporation , défigurent telle feuille bien connue , au point de la rendre méconnaissaJ)le à des yeux peu exercés^
Dans ces prairies sauvages où la main de Thomme ne peut ni extirper, ni planter, il se développe un plus grand nombre d'espèces différentes de végétaux que dans l'es terrains à portée d'être cultivés. Les traditions vagues relatives aux effets vénéneux de certaines plantes , aux accidens affreux qu'elles ont occasionés, ajoutent même , comme des épisodes romanesques , de nouveaux charmes à l'aspect de ces innombrables productions de la Flore des Alpes. On raconte , par exemple , que jadis le thythymale contenant un suc plus daux% augmentait du double le lait des vaches qui en mangeaient, et maintenant les bestiaux nV touchent plù3 , que la racine où la bulbe de XcUlium
vicloriale est un excellent talisman contre les sorcières et les spectres, lorsqu'on la porte capochef; qu'elle préserve "aussi des crampes et des maux de dents en la posant sur la peau enveloppée d'un linge; que le salyrium nigrum gâte complètement le lait et empêche les vaches d'en "donner; que le veratrum album ne convient à aucime espèce de bestiaux et fait mèvat vomir les chèvres , que tout au plus les mulets (ainsi que le rapporte Haller) peuvent en manger, Pallas assure cependant qu'en Sibérie les chevaux peuvent s'en nourrir sans risque, avant qu'il soit fleuri. .
Suivant la croyance générale, \ aconit^ tant le Heu que \t jaune ^ est la plus dangereuse de toutes les plantes : on l'accuse d'attirer et de concentrer toutes les substances nuisibles dans les lieux même où règne la santé et qui produisent le fourrage le plus salutaire, semblable au cœur du pervers qui ne se remplit que de fiel et de malice; son pollen, respiré par le nez , produit , dit-on , des effets trèsr fâcheux. Suivant Ramond , l'aconit jaune {«com/w/w lycoctonum ) contient un venin si actif, que son seul attouchement est malfaisant et que plusieurs personnes en ont été empoisonnées. (*) On a cependant des motifs de douter de la force extraordinaire attribuée a ce toxique.
(*) Coxe Tom^ I , pag. 282. „ M. de Pfyffer m'a cîtrf „ Texemple de deux jeuoes fiancés qui, ayant danse „ ensemble toute une soirée , suivant Tusage du pays , „ qui veut que le danseur ne change jamais de dant, seuse, moururent l'un et l'autre peu d'heures après.
Au milieu de la région supérieure des forêts sur le Wengberg , qui nous a induit à cette épisode botanique , le sentier se divise et conduit dans deux directions différentes aux chalets du pâturage de " Wengen. L'une , plus courte , mais un peu plus escarpée, monte entre le Schlafbiihl qu'on laisse à gauche et le Giiimschbiihl qui reste à droite ; l'autre côtoyé encore assez long-tems le bassin de la vallée de Lauterbrunnen et aboutit par la Mettlen , où se trouve déjà une station de ces chalets, au même lieu , mais par un grand circuit. Nous suivîmes la première , et comme je connaissais assez bien le pays depuis un voyage que j'y avais fait dans ma jeunesse, je me hâtai de prendre le devant, pour jouir dans le silence d'un des plus magnifiques spectacles et pour le contempler avec ce recueillement , qui 'seul me paraît propre à pénétrer le cœur de sentimens profonds et analogues à la grandeur de ces objets.
Le voyageur qui n'a vu qu'en société les grands et sublimes tableaux de la nature , qui , au même instant , les a discutés , analysés , détaillés avec ses compagnons de voyage , et qui a ensuite laissé à la plume le soin de les décrire rapidement , ce voya-
„ parce que le jeune homme portait dans la main un I, bouquet de cet aconit. M. de PfyfiTer lui-même , ayant „ un jour cueilli quelques fleurs de cette terrible plante , „ sentit bientôt son poignet engourdi avec une partie Il de Tavant-bras; il ne doute pas que cet engourdisse. „ ment n*eût fait de rapides progrès , s*i1 ne s*ëtait prompf „ tement défait du dangereux bouquet qui roccasionait/*
gcur , dis-je , ne peut pas se vanter d'en avoir senti toutes les beautés. Ainsi que Fou voit des visages dont on ne saisit Texpressioi;! , la régularité , la beauté qu'après s'être , pour ainsi dire , arrêté long-téms à les contempler , de même Ton trouve dans la nature des objets que notre ame ne peut admirer dignement^ qu'après avoir peu à peu et pendant un certain tem& exalté ses facultés intuitives et judiciaires. Je l'avais souvent éprouvé, dans mes précédens voyages , et fidèle à ce sentiment, je m'écartai à droite de la route et je descendis presque jusqu'à la gorge de la vallée de Triimmleten; je m'assis sur un banc de rochers couvert de mousse , et je me livrai entièrement à l'impression que doit produire la vue de la sublime Jungfrau. Ici, elle se présentait assez isolée de tous les monts voisins , pour recevoir seule et sans partage le tribut d'admiration qu'appelle son aspect majestueux.
Je n'ai jamais pu comprendre , comment un homme doué d'un sens poétique si vif et si étendu , qui a su apprécier les beautés de la nature dans les contrées les plus éloignées , a pu disputer à l'aspect des montagnes de neige et des Alpes en général, non-seulement toute espèce de grâces et d'agrémens , mais encore de grandiose. (*)
(*) M, 4e Châteaubriant. Voyez ses Souvenirs de VItcu lie i de l Angleterre et de t Amérique à pag. 60, où il parle d'abord de la vallée de Chamouni ^ du Montblanc et de ses alentours , puis en général de la nature des Alpes et des vues de montagnes.
Il dit : w Comme îl n'y a pas de beaux paysages sans un horizon de montagnes , il n'y a point aussi de lieux agréables à habiter , ni d^ paysage satisfaisant pour les yeux et pour le cœur, là où Ton manque d'air et d'espace. Or , c'est ce qui arrive toujours dans l'intérieur des monts. Ces lourdes masses ne sont point en harmonie avec les facultés de l'homme et la faiblesse de ses or-
„ ganes. "
„ Ensuite , on attribue aux paysages des mon- „ tagnes la sublimité. Celle-ci tient sans doute à „ la grandeur des objets. Mais, si Ton prouve que j) cette grandeur, très-réelle en effet, n'est cependant ,j pas sensible au regard , que devient la sublimité ?
„ Il en est des monumens de la nature comme „ de ceux de l'art/, pour jouir de leur beauté, il faut „ être au véritable point de perspective; sans cela, „ les formes,, les couleurs, les proportions', tout „ disparaît. Dans l'intérieur des montagnes , comme „ on touche à l'objet même et que le champ de l'op- „ tique est trop resserré , les dimensions perdent „ nécessairement leur grandeur , chose si vraie , que „ l'on est continuellement trompé sur les hauteurs „ et sur les distances. J'en appelle aux voyageurs : „ le Montblanc leur a-t-ilparu fort élevé du fond de la „ vallée de Chamouni ? Souvent un lac immense dans „ les Alpes a l'air d'un petit étang; vous croyez „ arriver en quelques pas au haut d'une pente que n vous êtes trois heures à gravir; une journée en^ „ tière vous suffit à peine pour sorth' de cette gorge
n à rextrémité de laquelle il vous semblait que vous yt louchiez de la main. Ainsi , cette grandeur des yt monta^qes , dont on fait tant de bruit , n'est réelle fy que par la fatigue qu'elle vous donne, ^uant au ji paysage, il n'est guère plus grand à l'œil qu'un n paysage ordinaire. "
» Mais qps monts qui perdent leur grandeur yj apparente , quand ils sont trop rapprochés du 9) spectateur , ^ont toutefois si gigantesques qulls yf écrasent ce qui-^ourrait leur servir d'ornement. „ Ainsi , par des lois contrairea, tout se rapetisse 97 à la fois dans les défilés des Alpes, et l'ensemble yj et les détails. Si la nature avait fait les arbres y, cent fois plus grands sur les montagnes que dans y) les plaines , si les fleuves et les cascades y veryj saient des eaux cent fois plus abondantes, ces ,, grands bois , ces grandes eaux pourraient produire ,, des effets pleins de majesté sur les flancs élargis yj de la terre ; mais il n'en est pas de la sorte : le y, cadre du tableau s'accroît démesurément, et les „ rivières , les forêts , )es villages , les troupeaux garyf dent les proportions ordinaires. Alors il n'y a plus y, de rapport entre le tout et la partie , entre le théyj âtre et la décoration. Le plan des montagnes étant yj vertical devient en outre une échelle toujours dresyj sée, où l'œil rapporte et compare malgré vous y, les objets qu'il embrasse, et ces objets viennent yj accuser tour à tour leur petitesse sur cette énorme 9, mesure. Les pins les plus altiers , par exemple , 99 se distinguent à peine dans l'escarpement des val- 99 Ions y où ils paraissent collés comme des flocons
yy de suie. La trace des eaux pluviales est marquée ;, dans ces bois grêles et noir^ par de petites rayure? „ jaunes et parallèles , et les torrens les plus larges , ;, les cataractes les plus élevées ressemblent à de „ maigres filets d'eau , ou à des vapeurs bleuâtres. "
C'est avec de pareille^ réflexions que M. de Châteaubriant conteste aux pays de montagnes leurs beautés en général^ et bientôt il attaque auissi celles des glaciers et des cimes couvertes de neige en particulier , en disant :
„ Ceux qui ont apperçu Ats diamans , des topazes y) des éméraudes dans les glaciers, sont plus heu- „ reux que moi : mon imagination n'a jamais pu y) découvrir ces trésors. Les neiges du bas du » Glacier des Bois , mêlées à la poussière de ,, granit , m'ont paru semblables à de la cendre ; j) on pourrait prendre la mer de glace, dans pluyj sieurs endroits, pour des carrières de chaux et ;, de plâtre :; sts crevasses seules offrent quelques n teintes d^i prisme , et quand les couches de glace sont appuyées sur le roc , elles ressemblent à de
» gros verres de bouteille.
„ Ces draperies blanches des Alpes ont d'ailleurs y) im grand inconvénient; elles noircissent tout ce qui les environne , et jusqu'au ciel dont elles rembrunissent l'azur. Et ne croyez pas que l'on soit dédommagé de cet effet désagréable par les beaux accidens de la lumière sur les neiges. "La couleur 7, dont se peignent les montagnes lointaines est nxdle
5, pour le spectateur placé à leurs pieds. La pompe „ dont le soleil couvre la cime des Alpes de la Sà- „ voye n'a Keu que pour l'habitant de Lausanne. ), ^uant au voyageur de la vallée de Chamouni j yj c'est envain qu'il attend ce brillant spectacle. Il j, voit comme du fond d'un entonnoir au-dessus de 9) sa tète une petite portion d'un ciel bleu et dur, „ sans couchant et sans aurore ; triste séjour où le „ soleil jette à peine un regard à midi par dessus 1) une barrière glacée. "^
Il ajoute encore aux reproches qu'il adresse à la nature inanimée dans les Alpes et avec lesquels il s'efforce de détruire la réputation de beauté et de sublimité qui leur est si légitimement acquise , en faisant les observations suivantes sur les objets mobiles et les êtres vivans qtii les habitent ;
5, De petits oiseaux muets voletant de glaçons „ en glaçons , des couples assez rares de corbeaux „ et d'éperviers, animent à peine ces solitudes de 5, neiges et de pierres , où la chute de la pluie est „ presque toujours le seul mouvement qui frappé „ vos yeux. Heureux, quand le pivert annonçant 5, l'orage, fait retentir sa voix au fond d'un vieux „ bois de sapins ! Et pourtant ce triste signe de vie „ rend plus sensible la mort qui nous environne. „ Les chamois, les bouquetins, les lapins blancs „ sont presque entièrement détruits ; les Irharmottes „ même deviennent rares , et le petit Savoyard est i, menacé de perdre son trésar. Les bêtes sauvages „ ont été remplacées sur les sommets des Alpes par
^ des troupeaux de vaches qui regrettent la plaine rf aussi bien que leiys maîtres. Couchées dans les 9 gras herbages du pajs de Caux , elles ofiriraient ji pour le» moins une scène aussi belle , et elles au- » raient de plus le mérite de rappeler les descrip^ 39 tions des poëtes de Tantiquité. "'
C'est ainsi qu'un esprit aussi riche et aussi éten-» du , qu'on pourrait peut - être accuser à cet égard d'un peu d'humeur et de partialité , déprécie un genre de paysage , que tant d'autres viennent rechercher pour y admirer la grandeur et la magnificence de la nature , dont l'aspect leur est refusé dans les pays de plaines et même de collines cultivées. Il accorde à peine aux montagnes quelques tableaux plus remarquables par leur singularité que par leur sublimité et leur agrément. Serait-ce donc par une erreur monstrueuse que tant de voyageurs viennent visiter la Suisse , plutôt que d'aller admirer les guêrets de l'Allemagne , les vignes de la France y les bosquets d'oliviers et d'oranges de l'Italie ? II se peut bien que quelques citadins se laissant séduire à plaisir par quelque description de voyage, exagèrent l'expression de leur admiration et de leuu enthousiasme souvent factices ; mais lorsque , après maintes années , des âmes sensibles se repaissent encore du souvenir ineffaçable d'un voyage dans les montagnes ; lorsque des poëtes distingués se sentent entraînés involontairement à chanter des scènes des Alpes ,. que l'on a déjà chantées tant de fois ; lorsque les habitans moins exaltés du pays mên^e at^ tendent avec un désir impatient le printems qui doit
leiU* ouvrir les routes si souvent pratiquées de leur promenade dans les montagnes, ou celles des p^âturages où ils coïKiuisent leurs bestiaux ; lorsque des artistes du premier rang s'empressent de* pénétrer dans les solitudes des vallées les plus élevées pour y découvrir des scènes dignes d'exercer leurs génies et leurs pinceaux ; alors , dis -je , il est permis de croire qu'une humeur chagrine et /un goût particulier pour les paradoxes ont dicté le blâme que Fort a versé sur Taspect et les formes des contrées montagneuses.
Mais il est vrai que la nature est trop riche et trop variée , pour être saisie dans tout son ensemble par un seul individu. L'âge , la tendance de l'esprit, les occupations auxquelles on s'adonne, mille* circonstances particulières bornent nécessairement les impressions qu'on en reçoit , ou exercent une grande influence sur la manière dont on en jouit. Le savant naturaliste observera exclusivement les productions du règne animal , végétal ou minéral ; l'artiste se vouera en entier à étudier les formes humaines , les animaux , les paysages ; les poëtes , les amis de la nature même dont Tesprit serait le moins préoccupé , quelque soit l'exaltation de leur ame ou l'étendue de leurs facultés morales et de leurs connaissances , trouveront des limites à leurs sentimens , à leurs observations , et chacun payera ainsi le tribut de la faiblesse humaine. L'Être infini peut seul concevoir l'universalité de ses œuvres , et en apprécier l'excellence.
Il faut convenir , d'ailleWs 9 avec Ramond et Stapfer, que des yeux qui ne sont pas suisse3 ne sont pas compétens pour juger de certaines dimensions dans nos montagnes 9 et que ce n'est qu'après avoir arrêté long-tems ses regards sur la Jungfrau qu'on commence à saisir ses propol'tions gigantesques. Nul arbre, nul bâtiment, aucun objet d'une proportion connue ne s'offre à la vue pour fournir un point de comparaison. L'ame ne peut s'élever à l'idée du grand et de la majesté inhérente à cet immense édifice de la nature qu'après s'y être préparée et avoir , pour ainsi dire , déployé et essa^yi sts ailes. Mais souvent les objets les plus beaux ne dévoilent pas leur valeur au premier coup-d'œil superficiel.
Les objets d'une beauté éclatante et parée , qui s'offrent \d'eux-mêmes , sans obstacles à surmonter pour aller les chercher, sont souvent inférieurs à ceux dont il faut acquérir la vue par quelque peine et dont Fimpi'ession calme , réfléchie , pure et spirituelle ne pénétre que peu à peu , mais d'autant plus profondément dans le cœur.
Le beau et le sublime n'existent dans l'univers que pour des êtres pensans, et Ton ne doit pas faire un reproche à un tableau de Raphaël, s'il ne plait qu'après l'avoir considéré long-tems , et mieux que telle production brillante et pleine de verve du pin-, ceau de Rubens , dont on s'est enchanté au premier aspect , ou telle image délicate , xlquce et flatteuse tracée par Yaa der Werff* Ainsi qu'une étincelle
électrique ne fait pas jaillir la même flamme de chaque matière, de même chaque tableau de la nature, chaque ouvrage de Tart ne peut plaire à tous les yeux ^ ni émouvoir tous les cœurs de la même manière. Il n'y a qu'un esprit actif et bien cultivé , doué d'un goût délicat , qui puisse recevoir une impression pure et forte de l'aspect du beau considéré dans les ouvrages de la nature et des arts.
Stapfer dépeint celle que la Jungfrau a produite sur lui avec un véritable enthousiasme tout-à-fait opposé aux couleurs sombres que Châteaubriant a employées. » De toutes parts , dit-il dans son Voyage „ pittoresque à page 50^ elle (la Jungfrau, le plus ,) imposant de tous les monts) est entourée d'épou- „ van tables précipices; des vallées de glace, des „ abymes affreux sillonnent sa surface immense et „ forment les replis du manteau de neige éternelle „ qui couvre ^^ énormes flancs. Vainement l'homme 5, qui est capable de sentir ce qu'il y a de Sublime „ dans ce spectacle , chercherait des termes qui pus- ,) sent rendre ce qu'il éprouva lorsque , pour la pre- „ mière fois , la montagne de la Jungfrau se déve- „ loppa à ses regards dans toute sa majesté. Les ), mots se traînent loin d'une sensation plus rapide „ que la pensée. C'est surtout quand la Jungfrau se „ montre tout-à-coup au voyageur, soit par un ,, changement inattendu dans la direction de la route >, ou dans l'abaissement des monts environnans qui )> le placent inopinément en face de ce colosse , soit „ après la dispersion subite d'un nuage qui voilait 5, ^t^ régions les plus élevées ; c'est alors que l'ap-
55 parition
■ii paritum sôndainede rà dme a qiMdfue oho$e d'é«-
i, tonnant et de magique. Les ywx $ont éWp^i^\
J^ on cherche antotur de soi im.ap^uii des Qonipa-
17 raisons; tout s'y refuse à laiois ; un ^gi^nde &)iti,
^ un autre commence ,. un mondie régi psrki$ lois
jf d'une autre existence. La cime de la Jiungfî^
^ toute resplendissante de céiestes clarté semble
r, ne pas appartenir à la teire. ^uel repos ^m ces
3, vastes déserts de glace » ouïes siècles passeiH d'iia
■jy pkd plus léger qu'ici-^as les antiées ! QueUe inu
^^ mobilité et quel stlèncie I Les idées d'une dwé(d
yt étemelie^ d'un pouvoir sans borne, d'un a^ilçiil'
yy vîolable^ saisissent J'ame et lui font, plus vivement
y, qu'ailleurs, éentirla présence dé l'Être incompré-
yi hen^le qni^ de la mêhietnain dont il jeta les
» fottdemensde ce colosse et l'éleva au^ess^s de la
„ région des orages , le brisera un jour cbmmie tin
*^ vase d'argile, Devant cette, masse, l'espèce hu-
ij maihe paraît une race de pjgmées , doi^ hs efforts
^ redoublés pendant mille générations ne parvien-^
„ draient jamais à entamer cett^ cuirasse éblouisr
f, saute que les frimats des siècles ont formée ^ ou
^ à renverser un s)bu1 des innombrables rochers qui
n héi^issent ces. réglons déglace. Il semble. ^^ s'il
» était possible d'atteindre à cette cinie superbe, Tame
^ s'élavoorak de là sans peine: jusqués vers le Créa-
«9, teûr de tant de merveiUbs. De quelque coté que
•^ fon tourne se&' regards ^ des traces de Toute-puis*
79 «ai^ce ' et idés images d'immensité s'offrent à elle
,7 et lui révèlent l'invisible auteur de tant d'ouvrages
-^. prodigieux* "^ .
Tom. IL Ui
Et moi aussi , je fixais dés regards insatiables :^t ce tàbteau tiriiqufti. Je dois cependant convenir ^ué'M. de diâteaubriàiiJMi'a pas tort 5 lorsqu'il dit r^u'aù milieu de pareilles montagnes les hauteurs et les distancés sont tellement illusoires , que Ton ne *péut s*élever que peu à peu à Fidée de la grandeur ^t des dimensions énormes , qu'il faut absolument «oncei^oir pour sentir tout ce que ce genre de pt^ sages^ a de particulier. Il n'est cependant pas difficile , lor^u on le contemple long-tems , de se former '4ihe échelle, au moyen de laquelle c^n se pénètre •^lus vivement de ia sublimité de ces objets, et de ^donâer aux' focùltés intellectuelles assez d'extension pour y suffire. 'Tantôt un lai^gc rideau de nuages ceint 4es flancs de ce mont gigantesque, mais ne voile pas son sommet -qui brille aux rayons du sôleiL Tantôt on voit voler des corneilles ou des corbeaux vers un i»c de rochers et ne paraître plus ^ue comme des points imperceptibles dans les air^; oti ne peut plus distinguer un chamois placé sur fes ï^ocs les plus rapprochés ; quelquefois un troupeau de "vaches se rend en longeant un pan de m49ntagjae, sur quelque petit plateau couvert de 'l^azcm, qbe, de loin, on croirait à peine suçant ï>om- fournir de la nourriture à deux chévries» et lorsqu'elles l'ont atteint i elles ne paraissent pas. plus grandes que des fleurs élevant leurs tiges au-dessus de Therbe d'un verger. Les vachers de la contrée vous indiquent les noms d'une quaiitité de points sur cette vaste surface ^lii. en font ressoitîr aux yeux toutes les parties et qui attestent l'ihûnensité de la masse entière.
A l'extrémité, du côté de la vallé Ae I^auter* brunnen, s'élèvt, coniAi^e un boulevard avancé 4^ cette énorme forteresse, le SieiliAorn; plus en arrière, le SchniUlauchhorn dont la forme est arrou'* die; puis commence la longue arête du Stuffistein (^Siiiffistedn-Grat^ et le glacier du GiessengleUcher ou de Blumlis'/ilp qui remonte sur un espace très* étendu vers Téblouissante aiguille du Silberhorn. Celle-ci forme, avec quelques dents voisines, une croupe qui se termine par le Schneehorn vers le Monch, et qu'on prendi'ait poiu* ime partie de |a masse qui se serait à moitié détachée du corp$ de la montagne et en serait séparée par une crevasse pareille à une profonde vallée ouverte entre cette ligne de sommités et le pic le plus élevé de U Jungfrau, nommé le Jungfrauhorn , pour rendre l'accès de cette aiguille encore plus impossible. Pes flancs du Schneehorn descend le Tauben-Gktscher (glacier des colombes) et va se joindre au.Guggi^ Gleischer ( glacier du Guggi) situé presque sur la pente du Mônch.
X)n n'apperçoit point la cime la plus élevée de la Jungfirau, parce qu'elle est un peu plus reculée du côté du Vallais ; mais la parois de rochers la plus haute qui est visiblement concave , remonte jusqu'à cette sommité. Elle est tellement escarpée, que la neige ne peut pas s'jr fixer , et son aspect interdit jusqu'à la pensée de gravir la montagne de ce côté-là.
•Mais ce qui démontre mieux encore que cette multitude dé noms et de localités la grandeur de ae mont colossal , ce sont ces énormes Uvanges
^V^^^^s j^ûrô chauds de Vêlé, se précipitant de fces flancs charges de neigé et de glace. On eni tjoifl tomber trois , quatre , jusqu'à huit dans l'espace d'une heure. Dans aucune partie des hautes montagnes, , on ne peut contempler ce magnifique spectacle hiieux et avec autant de sécurité que du Wengbei]^; Assis tranquillement en Êice de ce chaos de mers de glace et de champs de neige entassés, on est lîy^é à un étonnement prolongé et muet. On croit â|)frcrceVoir , dans le séjour d'uh hiver sans terme, la rhibrt étemelle , le silence infini qui l'habitent. On est saiii d'un frémissement in volontaire ; on voudrait découvrir qùelqùfes indices de vie ; on se trouvé so- Htâire au milieu des ruines d'un monde écroulé: Fœïr fatigué de l'aspect de ces tableaux immobileé et glacés se' baisse et se repose avec délices sur le htiti d'herbe qii^on foule aux pieds. Soudain , uA coup de tonnerre vient frapper l'oreille effrayée , et tandis ^qù'on tourne avec Surprise les. regards vers le ciel pour chercher les nuages porteurs de la foudre et qu'on le voit pur et azuré, on entend en-: ^or^ le roûiemfent éloigné de ce bruit expkant» In* çérta^^, d'o^. provient ce phénioniène , on entrevoit enfin <un<|>etU|mtage dépoussière s'élèYcr dé quelquia banc de neige ^ur la Jungfrau i et l'on serait tent^, 4e croire qu'un volcan va s'ouvrir dans cea.déôert$ ^e glace. On remarque en même tems là, où qud^. ques instans plus, t^t régnait imé entière immo^^ bilité , un large ruban argenté, semblable à la colojine d'écume d'une cascade , tomber subitement au-dessus de cette p.etite vapeur. On ne peut se rëudî^e. raison dé ce^ qui arrive.^ ï)es flots bouillonàans
Ijfui if ejd^tâîéntp^un nidment auparavant»! parai8$ent s'agiter tôu£-à*coup sur cette immense étendue de neige , Naguère sans mouvement. Cependant le fraca$ du tonnerre se renouvelle et se prolonge en éclata redoublés.
Il paraît impossible que ce bruit efifi-ayant pro^ vienne du mouvement de ce ruban argenté si éloigné, si petit, si léger. Tout-à-coup, cependant, ce courant s'arrête et le roulement cesse en même tems , ce qui semble indiquer que Tun était l'effet de l'autro. Le nuage de poussière sur la pente disparaît aussi et la neige , que Ton avait vue auparavant terne et grisâtre à cette place , a pris maintenant une cou-^ leur plus blanche. On comprend enfin ce qui vient de se passer , et Ton regrette de né l'avoir pas observé avec assez d'attention ; mais bientôt on croît voir, sur un gradin inférieur de la montagne, une source jaillir d'une crevasse du rocher. La neige recommence à se remuer , à se crevasser; le fracas se fait entendre de nouveau. Dans le nuage qui s'élève encore et qui ne paraît à l'œil nud qu'un tourbillon de poussière , on distingue avec une lunette d'approche des morceaux de glace , et Von peut se cohvaîncrç que ce qu'on avait été tenté de prendre '^pour la chute d'un petit ruisseau, était celle d'une lavange , qui a entraîné des immenses masses de neige et a produit ces sons pareils à ceux d'une innombrable artillerie, répétés par les échos des rochers.
C'est ainsi que j'ai vu ce spectacle unique ; telles soo^: les impressions qu'il fît sur moi, Iprsqu/s je
radmîràî pour la première fois. Ce n'étaient ni un ouragan , ni une averse qui avaient détaché ces terlîbles masses. Elles paraissaient se mouvoir spontanément pendant quelques minutes , mais Ton né remarquait point que leur déplacement eut diminué les champs <]e neige incommensurables d'où elles étaient tombées ^ ni augmenté ceux sur lesquels elles s'étaient versées ; elles leur avaient donné seulement une teinte plus blanche. Quelquefois l'avalanche s'engouffrait dans quelque sombre gorge entre des rochers et disparaissait pendant quelques secondes j mais elle en sortait de nouveau, comme l'eau qui découle d'un tuyawde fontaine , quoiqu'elle n'eut pas comblé ces enfoncemens jusqu'à leur orifice visible. Ce n'est pas tant par leur aspect , que par les inductions qu'on doit en tirer , que les avalanches portent au suprême degré l'idée qu'on se fait des proportions gigantesques de la montagne , et qu'elles forcent Tes* prit à d'autant plus d'attention , qu'on espère toujours découvrir quelque illusion ou concevoir enfin tout l'ensemble de ces phénomènes 9 sans cependant par* venir jamais à l'im ou à l'autre de ces résultats.
J'ajouterai encore un seul trait à cette description, celui d'un tableau de clair d^ lune, que j'ai vu dans mon enfance , et qui s'est tellement gravé dans mon ame , qu'il y restera à jamais ineffaçable. Châteaubriant observe aussi dans l'ouvrage cité plus haut : n Lorsque le ciel est sans nuages et que l'am* ,) phithéâtre des monts se déploie tout entier à la ^ vue 5 un seul accident mérite alors d'être observé. » Les sommets des montagnes dans la haute région
„* où ils se dressât , offrent une pureté de Ugiîes i „ une netteté de plan et de profil , que n'ont poinC, 7, les objets de la plaine. Ces cimes anguleuses, sous. yf le dôme transparent du ciel y ressemblent à de sujy perbes morceaux d'histoire naturelle , à de beaux; 7) arbres de coraux ou de stalactites renfermés sous. f, un globe du cristal le plus pur. "
En effet , cet image se retrace à mon imagina-^: Uon avec une telle vivacité , que la vue de la Jung-: frau, souvent réitérée depuis lors, n'a jamais pu T-afiaiblir.
n était près de minuit^ j'étais lassis avec plusieurs compagnons de voyage plus ou nipins âgés dans là galerie à traire d'un chalet (^orte de hangard qui se trouve devant presque toutes les habitations dé montagne de nos vachers) en face de ce colosse; majestueux. Une flamme vive et pétillante de bois et de résine de sapin brûlait sur un large tronc d'arbre, encore pourvu de son éçorce et placé au milieu de nous comme Tautèl des Lares de la chaù^^ mière. La barrière de planches qui fermait le devant de la galerie jusques à la moitié de sa hauteur, laissait un libre chajnp à la vue. La nature entière semblait se préparer à une scène magnifique. Au-, dessous de nous, sur la gorge de la vallée de Trîimm- Ifiten , reposait im amas de nuages noirs et épais , clont la bordure moutonnée était éclairée par une, lueur blanchâtre. Un bruit sourd, qui règne toujours de nuit siur nos montagnes , pareil aux sifikmens 4es Yi^nte dans le lointain ou aux soupirs des forêta.
qé^Ù9àsaï tràérnàsât sur Monren , porUût à notice ouïe
ilreciine barmoirieuseet solennelle monotonie le mur-
mort réuni ^s imiomlnrables torrens qui se répandent
itans les vallées d'alentour. Des petits nuages de foime
bizarre glissaient comme des spectres sur les flancs
de la Jungfrau , à la suite de Torage qui pesait d^à
sur l'étroit vallon et d'où partaient des éclairs qui ,.
pareils à des serpens, paraissaient s'élancer de l'a-
byme et traverser les nuées pour menacer les deux.
Le tonnerre qui tes suivait ne grondait qne sourde-;,
ment à nos pieds, comme s^il eut craint de réveiller
les échos des rochers. La Jungfrau resplendissante
d'une clarté pure et calme , dont la teinte était plus
tème et plus vague dans l'enfoncement des ravins
et plus brillante sur les arêtes escarpées et tran^
chantes , étalait ses draperas de neige. Un repos
solennel régnait sur ses nombreuses sommités ,- ^m-^
blables aux trônes de gloire des puissances célestes.:
A gauche de ces dômes amoncelés s'étendait la voûte,
Heu-foncée d^un ciel pur et sans étoiles; mais, à.
droite, le disque de la lune roulait lentement dans
l'espace azuré et répandait sa lumière argentée. Cet
astre paraissait s'arrêter un instant auprès de la sum
blîme fille de Titan et . s'incliner sur elle pom^ la .
saluer ; puis , îl s'en séparait et contemplait d'ua
regard imposant l'oi-age qui portait , cji fuyant , l'obs-^
curité et l'épouvante dans la vallée , sans oser dis-»
puter à ce globe radieux la douce clarté qu'il jetait
sur les glaces éternelles des cimes élevées.
De pareils tableaux récompensent le voyageur tf}xi consacre une nuit à ces contrées ^ mais de joystp
la ckûte des avàkBcli^ y le jeu mouvant àts niiages lui en offrent aussi de superbes. Nul ne traversera la Wengenalp , san^ en rapporter des souvenirs ineffiiçables. On 7 trouverait encore d'autres passe-tema intéressans, si Ton voulait y s^oumer plus long-temSy tels gu'ime pramenade aux chalets d(jilpbigeln, si-» tués droit aa«dessous du cômmencemait de la vallée de Triimmleten ( Triimmletenthal} sur une terrasse plus basse de la montagne , et a.uxi|uels on ne isût pas attention , lorsqu'on s'arrête pour se raffiraîçhir dans ceux qui sont plus haut Siir la route. En nontant sur la croupe du Thimertschuggen qui n'esl -pzé éloignée , on jouirait aussi d'un superbe point é^ vue sur le pays plat di sur la Jungfrau.
Ces objets si majestueux font oublier pendant quelques instans les humains et leurs ouvrages , et foelquefois même on est trop avare de son tems ^ pour entrer dans les chalets. Mais, amateurs à$ tout ce qui tient aux Alpes, nous pénétrâmes/dans l'un des plus propres. Déjà avant de l'avoir atteint ^ nous fumes entourés d'une troupe joyeuse de jeune» bergers qui , curieux ou officieux , se pressaient au<tour de nous et couraient à l'envi chercher ce que sous demandions. L'intérieur de ce chalet , quoique d'une meilleure apparence que tous les autres , n'était même ni assez éclairé^ ni assez commode^ ni assez jirropre , pour que nous eussions voulu nous y ar-^ réter plus long-tems. J'y restai cependant quelques minutes pour jeter un coup-d'œîl sur l'architecture de cette chaumière, sur sa distribution et sur lea ttatc^iles des pâtres.
' Vîngt'ct quelques, ch^ets: épzts sur ce, pâturage, en attestent la grandeur. Il est estimé fournir à la nourriture de 371 vaches , dont 211 doivent appartenir' de droit aux particuliers de la commune de Wengen, tandis que les autres sont au^ habitans des villages de la plaine. Son étendue est de 4 lieues d'un ter?^ rdn bien situé et productif. U est divisé en quatre stations, toutes suffisamment pourvues d'eau et de hois. Mais le grand nombre de ces chalets et leur construction indiquent que le^rs propriétaires ne sont pas riches , et qu'on n'y fabrique pas de grands &a^ mages. Presque aucune de ces cabanes ne contient une laiterie où l'on pourrait renfermer autant de baquets 4e l^t que j'en ai vu dans les chalets, da Niesen et qu'il en existe dan$ ceux in Siebenthal et de l'Emmenthal. ^
L'extérieur de cc3 chalets présente un toit en biHrdeaux très-applati et surchargé de pierres. Si le faîte était plus élevé , il serait trop exposé à la vio-* lence des vents. Sous ce toit, qui n'a point de cheminée , sont posés quatre parois formées de solives disposées transversalement et si mal assemblées dmis les angles , qu'elles laissent des intervalles d'un pouce par lesquels un courant d'air continuel pénètre dails l'intérieur du bâtiment. Mais c'est aussi par ces ouvertures que s'échappe en partie la fumée lorsque la porté est close. Comine il n'y a aucune fenêtre , on serait étouffé en dedans , si elle ne sortait pas de cette manière. Sur le front de la cabane , le toit avance de six à dix -pieds et repose par le moyen de quel*quQs soliveaux isolés sur une base jie pierres^^ ce
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^m forme une sorte de péristyle , avec deux partes^ de trois à quatre pieds sur chaque côté, et fermé sur le-devant à la moitié ou à deux tiers dé son élévation par un lambris d'ais épais 9 qui donne assez d'es«^ ^ace pour laisser parvenir le jour conti*e la véritable porte du chalet , laquelle s'ouvre ordinairement sur le milieu de ce péristyle, g^^'î^^f^^^ 1 ^^ lambris ne s'y trouve pas , non plus que les portes latérales ^ et l'on entre directement dans la cabane en passant 30US le couvert. On le nomme en style de vacher Melhgang Cgalerie à traire, les vaches), et c'est en effet sous cet abri que l'on trait les vaèhes , lorsqu'il fait mauvais tems. On leâ y fait entrer l'une après l'autre par une des petites portes latérales et ressortir par l'autre, quand l'opération est faite , car l'encloj est trop étroit pour qu'elles puissent ^'y tourner.
De cette galerie, on entre dans l'intérieur du chalet par la seule porte qui y soit pratiquée. L'espace n'est distribué qu'en deux parties inégales , dont Tune sert pour le jour et l'autre pour la nuit , à jnôins qu'il ne contienne encore une laiterie, soît une séparation avec des rayons pom' y poser des baquets ou vases à lait. La couche est disposée dans un petit espace fort étroit, entouré d'une cloison au-dessus de ïa galerie à traire , assez grand pour que six, huit, même douze personnes puissent s'y coucher les unes à côté des auti'cs , mais ordinairement elle n'est occupée que par deux ou quatre hommes , à ifnoîns qu'il ne surviennent des visites. Elle est composée d'un peu de foin en guise de matelat et 'de quelques vieilles couvertures. Les vachers s'y
jettent ordmakemeat tout hatHllés. On y mmfàpiî une échelle, et c'est anssi dans ce vuide que ^nft déposés les effets personnes des habitans. <2uel^ quefois il ny a point de poito à cet enclos^ et Tei^ tr4e en est toujours ouverte. Lorsqu'il y a dil feu sur le foyer, une épaisse fumée y pénètre el s'y rassemble ; ou bien , il 7 règne un courant d-ai^ affreux qui entre par les intervalles des parois" et qtA empêche ceux qui n'y sont pas accoùtumésr de goûte? le sommeil et même le repos.
Dans la partie inférieure du chalet , on distinguo en premier lieu le foyer ; ordinairement il est à pleine pied ou creusé à peu de profondeur dans la terre et! entouré de pierres basses et larges , rangées circu* lairement , qui ne laissent qu'un intervalle au devant pour mettre le bois sous la chaudière. En voyant la grande simplicité d'un tel établissement , on serait tenté de se croire dans l'habitation d'un Sauvage ou tout au plus d'un pauvre Robinson. On n'y voit ni siège 9 ni lit , aucun meuble qui rappelle les aisances en usage chez les peuples civilisés , aucun de . ces instrumens de métal que les Européens ont tant perfectionnés. A la lettre, on ne trouve pas. seulement dans la plupart des chalets un clou de fer , pas là moindre petite pièce de métal , si ce n'est la grande chaudière de cuivre où se font les fromages, une coignée , un couteau et un briquet. Le loquet de la porte est de bois , ainsi que les verroux , s'il y en a. Les baquets sont de la même matière ; des troncs d'arbre ou des petites chaises à traire servent de sièges; ou bien aussi, des longues auges à larges
lm4âuclai|ia l^iqnlâllés an veme la ouite. Detxhenlles de bois plantées dans les parois font Toffi^^ de doux: cm de crochets , pour y suspendre quelques efifets^ Aiicune plancbe ne forme le parquet ni le plafond 4e cet enclos. On n'a au-dessus de soi qu'un toit mal joint et sous les pieds la terre. La pluie pé« aètre dans rintérieUr , et à peine a*t-on soin de fhire fu dehors et autour du bâtiment de petits fbssés ^ ^uren détourner l'eau qax d^cend delà pente deâ Bnoi^t^gnes.
Là peu de s^our^que les vacbers font dans les ohakta.et la santé vobnate dont ils jouissent leur dfimpentia^aremmenJb cette grande insouciance pow les commodités. da. la vie <pji'tt8 pourraient se proeut rer* Ua ne songent pas à l'hiver pendant lequel il nis reste 4ans ces- cabanes- que quelques anges ^ quel* qoBS planohfss^u eai^^ns, sur lesquels on pcKse les taquets en été^^ une espècie de potence ^ tournant wr un pivot, à Dextrémité de laquelle est une^cré* maiUère en bois -^ pour stispeudpc la grande chaudiàrt sûr le feu*
Tous les autres meubles du chalet, fabriqués ^ar les vachers , sont de bois d^érablè ou dé tilleiil , qu'ils sculptent eux-mêmes. Le sac à sel est, de puir et les pâtres le tieiinent tonjours attaché p^^une courroie sur l'épAule pour porter «u bétail te; sel dont il ne peut^se passer et sans lequel il serait preS'^ que impossible de rassembler, pour les tr^irç,' les vaches et les chèvres dispersées au loin sur* des Vastes pâtiirages. four cette dernière opération , le
i^àcher s« $êrt d'une petite çscabelle ronde, portée fur un seul pied, qiii s'attache à la ceinture pm une courroie. et ^ sur laquelle il s'assied. Le lait se reçoit dans: un seau à main, d'où on le verse sui* 3fant les circonstances dans des brantes hautes pour le transporter sur Je dos. On le transvase ensuiu 4lans des. baquet de. bois peu profonds, et onen voil quelques fois dans les ch^dets plusieurs douzaines raagés sur.: des rayons. Les autres ustensiles des vachers consistent : en un petit seau à maiii pû«x puiser , un vase pour mesurer le lait , puis un petit )>aqaet rond pour y boùre , et des i^mllersi de bois en forme de grandes coquilles d'buitres, avec un manche recourbé et très-court Les ustensiles pro*près à préparer le fromage et le aôrét , qu'on tvouve aussi dans la plupart des ch^dets , sont : un entonnoir 4e bois , garni en dedans de feuillage de sapin ou de quelque autre, substance filamenteuse , pour faire fil* irer le lait; un cadre reposant sur quatre pieds sut lequel on place l'entonnoir ; le vaie dans lequel on eonJMarve la présure préparée avec la membrane xle l'estomac des veaux , infusée dans de la cuiie (*}
C) L^ la^t, après qu^pn en a levé la crème formée J^ la surface , peut encore subir deux décompositions, au moyen de ]a présure ou infusion acide propre à la coa* gvthr. La première donne \t fromage^ iormé de la partie cwéeiise <jhi lait. Em ajoutant au liquide restant j qui porte le, nom de petitmlaU^ un ^cîde particulier^ qui s'appelle aisy tt ii*es( autre chose que de lacune aigrie, on obtient le prodnit de la seconde dëcomposîtion du lait, savoir le strét, qui est le précipité de
iS9
yottf £d^ coaguler le kit; un autre vase ^ ordinal* Irement un tonneau ^ où Ton fait aigrir de la cuite » «fin de coaguler le petit-lait pour faire le serêt \ une longue lanie de bois , taillée en forme d'épée,.pour couper le lait lorsqu'il s'épaissit sur le feu dans 1^^ chaudière où se prépare le fromage; une espèce de moulinet ou brassoir fait avec un morceau de bois garni d6^ deux côtés de petites chevilles : qui le tra« versent et qui sert au même usage que le précédent^ mais qu'on remplace quelquefois par un bâton fait de l'extrémité d^un jeune pied de sapin, dont lespCr fîtes branches sont éoorcées et raccourcies; dea 'formes ou cercle élastiques que Ton peut rétrécir et dans lesquelles on place la pâte du fromage en la sortant de la chaudière ; une espèce de presse cam^ posée de deux planches entre lesquelles on place :oes.S(nmts lorsqu'elles seiH pleines , en chargeant la supéi;ieure de grosses pierres; une cuiller percée ^vec laquelle on enlève les petits grumeaux de aerét qui rékdtent de la seconde coagulation du lait; tm vase haut et quarré 9 percé de tous' côtés y dans leiçuel on met le -acarêt que Ton presse avec un bloc àe bois de la même forme, quis'ad^te exactement dans l'intérieur; la cuiller pour écumer le lait; un vise dans lequel on' conserve le sel, et enftn un tsrochet de porte-faix pour transporter sur le decs ces fromages dans les magasins ou uitrepitS;, do^ ^amàs avons parlé plus haut ;
D est agréable d'examiner tous ces ustensiles et
M partie sâ^euve; le liquide reitant s? appelle la aiiiex, éaas dott^rpiMrceqvifil a««W d«»x .caissfMjSfSiii^ç^div^
Note du Traducteur'. '
ût voir comme ils sont bi^ travaillés , sôttiptél ot peints 9 et comme on les tient propres. Là propreté est trop nécessaire dans la confection du fromagt et pour la conservation du lait , du petit-lait et deà autres laitages , pour qu'on n'apporte pa» le plus ^and soin à Tentretenir.
Lorsqu^on fait du beurre dans un chalet, It baratté ou s^renne est aussi une pièce essentielle àt «e mobilier ; mais les hautes Alpes sont trop éloignées des endroits où Ton pourrait détnter cette denrée v et Ton n'y prépare ordinairement que dès frocmigies «t du serêt , dont le petit-lait est employé à nourrik* les vachers et la cuite à engraisser le hétaà , partie lièrement les porcs«
D'ailleurs , on à souvent lieu, en voyant m chalet 9 de s'écrier avec Châteaubriant : ,, Je suik V bien malheureux ! car je n^ai pu voir dans ces &^ 9) meux chalets enchantés par rimagmâtion? de J. ^. yf Rousseau que des méchantes cabanes remplies dn n fumier des troupeaux, de l'odeur de fromage et
f) de lait fermenté. " >
Mais il faudrait plus de place et d'àisai&oe , phis tMiabitâns qu'il n'y en a dans ces huttes et surtout "me construction mieux soignée , pour y maintenir plus de propreté. Comme il y manque d'un ma»teau de cheminée pour recevoir la fumée, celle-ci noircit les lambris et y dépose une espèce d'enduit résineux. C'est dans l'intérieur du chalet que l'on coupe le bois pour le foyer ^ et il en ;reste toiuours
des
isi
àts. èc^atàîC à terre. On y réjpâiiH bèâticoifii âé ^ ^ufée. Lorsque les chèvm et le3 porci s'y întroi dirfseiit, ib y làîàseilt des traôés de léuft vidttéi. Ii6s t'âcter^ éUx - mèineii qui n'oiït pu U tèms d% soigner la propreté de leurs vêtemens et de leûH chaussures , y apportent des saletés. Cependant , il jr à' à cet égard <iiielque cËfférencé entre lé^ àivérs cJidéts dés montagnes dé Eauterbiiinneh. Cetncqui 8oht plus neufs du qui appartîëiment i dèé proprié» tairés aisée et soigneux , rappellent le^ ôb^ef^ d6 l'fôÂmerithal et du canton d'Appenzell , qbi ont uni
frabde réputation d'ordre eÉ de iietteté*
Ce qui est le plus désagréable dans quélqltieaî^ unes de ces chaumières , ce sont les alentours du bâtiment qui sont constamment et tè&èméht fbulés p2cr les bestiaux , ^uTil é'y fortiiè tm afhâî hbWbîé tfe boàe, au travers dé laq^ielfe oin a' béàux!^^^ peine à passer en Afiarchànt stir <;^li4Ws' pfisi^feS pclik pervertir k l*entréè dit' chaîbt^
Si Ton se Représente no^ pttféisf tiotttthc d^fftefu gers sans cesâb couchés sur ùn^gaîfcdti vdhyàté âU bord d\iii clair ruî8sea(ù, éntourfe, jxië^ts^âàtà ktftl cabane^ , dé flisurs et St pfstnf^s o'çl^riféTaiicesV otf ekt cMeDemënt désabusé eh les voyant ït ti0 tàixSitdiï cependant ^s plti3ieui^s de ces Ic^ùàbxé! qù'ûû pStt de^sbin et d^^ahgenient pour i^àrisélr l^himj^ i^'alilft ^'oti se M: de ces' habitatiohy cha^^ttfe^. I.éfi^ *Kfei* , dohtûhe sage icèïïàrhyi^tèitiTàitdè pi-ofitéf i Hààsl^n'im ne ràs^éihblë tn A^hïàH^ ,' resté' ^ki^
«tt<^ des'éhal^lki^^hà'^
TQm. IL H
iésotàre et de l» négligence des vachers. Le bétsll
ne passe pas les nuits dans des e'tables , mais il aime i se rapprocher souvent des chalets et des pâtres > et laisse toujours des traces désagréables de sa présence.
I ' Après cette digression sur l'économie des chakts de rOberland, nous allons reprendre notre vojrage. ï^ous fûmes bientôt rassassiés du laitage gras et saroureux qu'on nous avait offert duis le chalet hps-. pitalier, et nous avions répété plusieurs fois l'expérience de laisser nos Cuillers implantées dans la crème compacte comme de la cire , où elles restaient ^bout. '
M^tenant , nous nous empressâmes de retoui'uer enplain air. et nous nous diyerijmes pendant qiielques instans de la gaieté de deux jeunes bergers de seize à vingt ans , qui chantèrent des chansons d'une plaisanterie un peu rustique et qui nous don-
à y. traaver beaucoup de variété ; la numière ide àjè saisir mutuettemeât et les efforts 'que l^on fait pour .irenyerser son adversaire sur }e dos étant à peu près rtoujours les mêmes. <^ue1ques^un& de leurs: gestes joni même quelque chose de vulgaire et d'enfkntin> .tel que celui de s^accrocher mutuellement par les iambes, qui rappelle les jeux des poUssons dans les rues; mais on y remarque toujours de la force i^ ime espèce d'énergie mâle , surtout lorsque Fundes lutteurs soulève l'autre au-dessus de sa tête et le fait tourner en Tair, pour l'étourdir, lui faire perdre l'équilibre et le jeter enfin par terre.
Nous fîmes exécuter â ces jeunes athlètes Ie$ douze tours principaux de la lutte , qui ont cbacùû un nom dislinetif , et nous les récompensâmes de l'amusement quHs nous avaient procurée
ÇouchéS'Sur le gazon ^ ee$ joyeux etk&ns de la nature , au teint rembruni et coloré par la violence 4e rexercice qu'ils- venaient de prendre, aux yeux brillans du feu de la jeunesse, se livrèrent alors à un autre genre de combat. Ils s'agaçaient mutuel^ lement par des plaisanteries naïves et par des saillies malignes. Il ne manquait presque à leur discours^ que le rythme et des arbitres pour iiôus représenter «ne scàie de bergers pareille à celle que ThéocritiË^
a décrite dans sa cinquième Idylle. - v
^ J^ me rappelai les noms de$ brebis et des chèvreaL cités dans ce poëme,,;et je demaiïdaiau plus éveSié* de nos jeunes; champions, s'ils en donnaient aussi à
htiil bestiaux. ' Il «i^apprit que les vaches et lés •ohèyrtis s^iilemeat rejçoivént des dénominations par* tioqUères , mais qu^on n'en donne point aux brebis , lu aux porcs 9 parce que les deux premières espèces d'animaux 9 que les vachers sont obUgés de traire lihâque jour , leur deviennent par là même beaucoup l^us familières et offrent aussi beaucoup plus de tfak$ distinctifs dans leurs formes ^^ leur instinct et leur caractère. Les noms propres qu'on leur at« tdbiie se rapportent presque sans excepûon aux coo» ieùrs de teur manteau oii à certaines particularîtës extérieures de leur corps.
• * De tels entretiens champêtres nous avaient retehus long-tems^ et nous ne songions f^as à pour^ êuivre notre route ^ lorsque nous apperçuihes des nuages amoncelés sur le Tschingelgrat au fond dé la vallée de Sevinen et derrière Mi^rreii, qui nous annôneaiënb l-approche d*un orage; npps nous hâtâmes de partir, en prenant congé de ces bons bergers, et nous montantes lentement en foulant Therbe ^abse sur les traces des vaches ^ pendant Tespace d^ime lieue , jusqùes sur le sommet de Faréte de la Soheideck.
I)4jà nous laissions à notre droite le grand Monqh ^ ï'Kigèt Une tradition vague fait entrevoir , que jadis toute cette chaîne de mqntàgnes portait Te nom d'Eiger, et h Jungfrau en parti cujiier celui d'JEigerS" MrHthorn (large pic de l'Eiger), Ce$ trois sommités, avec leur énorme base de glaciers , fonnent un ensfizKifalê majestueux, doiît l'à^ect devient tou^ôùr^
|ius jnipojant, à mesure qn'dn s'eir approche. Ce* colosses ne pàrabsènt pas inanimés; on croit en^ tendre ^tehtir leurs voix puissantes dans les Brmtt sourds et rônflans occasioués par là chute d^ ava^ lanches. Cependant, on ne touche jamais aux champs de neige que Ton cotoye de si près ; on en eit séparé far deux tlerra^sés encore couvertes d'un vert ga^on } à gauche , le terrain remonté par une douce pente vers les hauteurs du Tschuggen', et quoiqu'à l'Aé^J vation de près de trois mille pieds au -^dessus à^ terre-plaia de Lauterbrunnen , on se trouve encoi># dans une espèce de vallon encaissé , dont la vu6 est bornée de tous côtés , à l'exception d'une échap* pée en arrière. Le sol sur lequel on Aïâriihé est marécageux^ et les eaux de pluie qui <5fot$i8$enC dans les traces profondes que les bétés à (lorné^ f laissent, contribuent à le rendre tel.
Haller a déjà observé que la terré dés Alpes e^ visqueuse, noire, tenace comme du feutre et sem^ blable à la terre des marais , avec la dîfiëreilce qu^dter contient des petits grains de sable et des pierres. Wyttenbach ajoute qu'il ne faut pas en être étbmié, puisqu'elle repose , en grande partie , sur des bise^ dures et rocailleuses , dans lesquelles l'eau ne pé^ ûètre pas, de sorte que la pluie', la neige fôndî^y Thumidité des vapeurs nébuleuses et de la rosée f qui y tombent ^ans cessé, doivmt nécessakemciit y croupir et s'ahjialgamer avec elle.
En avançât encwe vers l'arête de là 90111 vîmd^ çAfin l'asSembll^e bigaità de tous kft
troupeaux de cette Alpe , au nombre de 2 à 300 vaohes , qui 7 pâturaient. Nous filmes happés au premier coup-d'œflde la vivacité de ces besUatix , comparée à celle qu'ils déploient dans la plaine. Plusieurs vaches sautaient et couraient sur la pente ïapide , la queue élevée , avec rexpression delà joie et: du bien-être. La plupart haussaient la tête et regardaient avec curiosité les voyageurs citadins qu'ellesn'étaient pas habituées à voir sur leur pâturage. Par^ bonheur 9 nous n'avions avec nous ni chien , ni parapluie rouge, ni aucun vêtement de cette couleur qui eût pu exciter leur colère.
: Suivant Buifon , les buffles ont ime aversion dé^ eidée' pour la couleur rouge , et les taureaux de nos^ montagnes passent généralement pour l'avoir aussi. ^ Mais ces animaux en «ffet assez dangereux sur des pâturages écartés , ne sont pas aussi méchans dans les lieux plus fréquentés. Cependant leur attitude, lorsqu'ils- s^arrêtent ou se détournent lentement pour vegârder les passans^ les obsen^er même d'un œil haiHli et perçant j a quelque chose d'imposant et rap-» peHe tous lès récits des attaques et des hauts faits de ces v^illans gardienô des troupeaux. Ramond, dans ses excellensSupplémens aux Voyages de Coxe, parle de leur extrême antipathie pour les ours. H est impossible , dit-il , de retenir un taureau lorsqu'il sent un ours dans son voisinage; il court à lui , ils se battent pendant plusieurs joiurs de suites se donv nent rendez -vous pour le lendemain , et recomntencent leur combat , jusqu'à ce que l'un des deux succombe. \ Dans la plaine, Pours à de l'avantage;
niais dans les bois et entre les cochers » c'est ordi* nairement le taureau qui remporte la victoire. Ainsi celui d'un troupeau dans le canton d'Uri poursuivit^ mi jour un ours et ne revint pas. Après l'avoir cherché inutilement pendant trois jours, on le ti*ouva enfin immobile et tenant son adversaire , mort depuis long-tems et déjà tout écrasé , serré contre un ro-' cher. Il avait fait des efforts si violens j que ses' pieds étaient enfoncés en terre à plusieurs pouces de profondeur.
Dans les jours les plus chauds de Tété 5 à Vé^^ pôque du solstice , on trouve fréquemment les trou* peaux des Alpes sur l'endroit le plus élevé de quelque Scheideck. Soit par un pr^ugé invétéré , soit par indolence 9 les vachers ne construisent ordinairement sur les pâtwages de montagne aucune étable où le pauvre bétail pourrait se mettre à Tabri du soleil et^ des orages. Il est vrai que la grande chaleur ne dure que deux ou trois heures par jour , mais eUeamèiie' à sa suite tous les tpurmens que les mouches et les^ taons font souiïï'ir aux bêtes , qui n'ont d'autre moyen de les éviter ^u'en se rendant sur ces arêtes élevées 9 où souffle sans cesse un vent fraix , qui emporte ces^ insectes ailés etmalfaisans.. Il est vraiment honteux^ pour nos pâtres qu'ils ne bâtissent point d'étables 9 d'autant plus qu'ils conviennent eux-mêmes 9 qu'en errant avec inquiétude par les mauvais tems sur les montagnes 9 les vaches, perdent beaucoup de leur lait , qu'elles foulent le gazon et rendent le sol mohiS: lutoductif. S est rare que la pluie et les orages durent pendant des. journées enti^r^es. A|^ a'^itre n^ à.
couvert pendant quelques hem-es . les bestiaux trou- Y«''*'«n| toiuours quelques momens lucides pour aller Cûflrcber leur pâture.
ir sur les grandes Alpes trois ou,
des lieux différcDS, afin que le
idre de l'une à l'autre et trouvcr-
entour de chacune sa nourriture,
-es vachers ont soin de conduire-
,„»™ .- j . '^'"»''»' après la traite, sur «ne.
autre parue dupâturaïe. afin m,^ tk».k„ . .„;. L,!
ou pas
n n'ap-
lac 4ea.
■ourla
Lgoor-
sr trop
■^ nit en
ïue la
up de c des
es. plia ces Dt en tende caties ellent j:s-de tteles ptaies ou déneige^ inopÎBée. Mais il faudiiait! pour ccla^)lii« d'activité-, d^ndiwtrie et plus d'esprit t|e.sp<ÇuIaUoiv,, qu'il n'en exista chez^le peiçle de^
. JL'OHrUnd , qui, comme lea sauvages, oppose souvent une prétendue impossibilité aux conseils utiles qu'on youdrait lui donner.
IVous eûmes lieu de faire ces réflexions et de
plaindre ce troupeau dépourvu
qu'il n'y avait pas même à proj
caverneuse ou quelque arbre t<
4cli03 de l'Eiger répétaient d<jf
éclats du tonnerre , Qui partaien
menaçantes que nous avions v ' vallée de, Sevinen. Cet orage a ' pidité inconcevable et s'étendaii
en suivant les flancs des plus h:
tagne, et en versant des flots
pace de deux ou trois heures , <
avait envahi d'abord les vallée
vinen , puis celle de Lautèrbrui
le Orindelwald et enfin la gran
I9 vallée de HasU ; mais , dan
tems , ces vallons inondés de
frappées, de la foudre étaient 1
par les rayons d'un couchant
âtre le même orage s'était-il c
même violence dans les contr'
valden. Il nous ofit-ic cepend
étions point épouvantés , un s
que. nous n'aurions pas échang
lante clarté du soleil. Des i
nuages allaient frapper contre i
dissaient sur ses flancs avec di
pareils an fi:aca& de la chute d'
«'écroulant sous les coups d'une formidable artillerie.' Ces nuages repoussés par les rothers s'éloignaient ea grondant et suivaient les parois glacées de la montagne, pénétraient entre toutes les , s'introduisaient dans toutes les gorges» s crevasses, comme pour y cherche* ans les contrées méridionales vers lesient entraînés. Mais les pics , les dents des montagnes s'élevaient immobiles au-dessus de cette mer de nuages agi- '.$ dans leiir teinte noirâtre aux Nègres gigantesques qui , dans les contes de fées , font sen-'. tiiielle devant les palais dès Enchanteurs.
On éprouve une grande Jouissance en faisant les derniers pas pour arriver sur le col d'une montagne. A mesure qu'on avance, on découvre une plus grande étendue du pays situé de l'autre côté ,' et le voyageur qui i pendant si long-tems , n'avait eu devant les yeiXX que la voûte azurée des cieuxbornant le but élevé qu'il s'efforçait d'atteindre , le' voyageur , dis-je, voit soudain à ses pieds, comme par l'effet d'un enchantement subit, une multitude de nouveaux monts , de ^'allées , de forêts , de ruisseaux , de lacs et d'habitations. Sur le point de la séparation des eaux, le plus élevé ds la Schaidéck de la Wengenalp, où deuxpelottes de neige se fondant l'une à coté de l'autre au pnntems , couleraient l'une à l'occident dans la vallée de Làuterbrunnen , l'autre à l'orient dans celle de Grîndeiwald , sur ce point, dis-je, on'jouit d'une vue en même tems gracieuse et sublime sur la dernière de ces valléei..
De cette ëlëvation elle paraît fermée de toute part , parce que l'issue en est ti'op étroite pour être apperçue d'aussi loin , et ressemble à une immense corbeille pleine de fleurs , d'herbes et' de feuillage. A droite se montrent FEiger, le Mettenberg et le Wetterhorn. Cet trois monts isolés par les glaciers qui les séparent, offrent un aspect si sauvage^ si aévère , leur hauteur paraît si démesurée , que Ton tenterait envaiti de leur trouver un objet de comparaison.
Droit en face, entre le Faulhom et le Rôthîhom d'un côté , et TObcrberg, partie du Wetterhorn, de l'autre, s'étend la Scheideck de Hasli. Ses pâturages verdoyans adoucissent Taspect horrible dés coteaux couverts de glace, hérissés de rochers, dont elle est environnée.
La vallée de Grîndelwald a un caractère tout particulier. Tandis que deux glaciers descendent presque jusques dans son terre-plain et y apportent' les frimats de l'hiver , tandis que l'Eiger , le Schreckhoni et le Wetterhorn la bornent immédiatement au midi, comme les limites de la vie, de la fertilité et de Texistence humaine , de vastes coteaux plantureux , ornés de gazon , d'arbres et de forêts , parsemés d'une multitude d'habitations et doucement ipclinés , viennent y aboutir et l'encadrent à l'orient cl à l'occident Celle de Hasli , d'ailleurs plus belle , celle deLauterbrunnen qui est plus basse , n'en' offfent pciSnt de pareils. Mais les cascades y sont infïnim'ent plus irares que dans ces deux autres.contrées voisines.
La partielapliisrecnlée du vallon s'élargit coqûdérablement de trois côtés et présente un bassin donb la circonférence est plus grande que celle des deuxautres , que noiis venons de nommer. L'horizon. 7 est moins circonscrit, on y voit un plus grand nombre de maisons éparscs. Cependant , son aspect ne détruit pas complètement les impressions que produisent l'àpreté , la solitude de ces régions si élevées et si sauvages , et l'on y serait peut - être moins étonné qu'ailleurs , si l'on y entendait !e Lâraroergeyer {grand vautour des Alpes) agiter ses ailes dans les airs, les marmottes siffler dans les creux de rochers , le mugissement des ours ou les hurlement des loups dans les forêts.
Nous hâtâmes notre marche ou plutôt notr* fuite devant l'averse qui nous atteignait , en descendant à pas précipités sur le pâturage ou Alpe de Wergisthal , déjà situé dans le territoire de Grindeiwald. Celui-ci commence immédiatement sur la hauteur de la Scheideck. A ' ' is don-
ner quelque attention à une [ rquable
de cette contrée, à imé foi s, à la
vérité très -peu épaisse, et . .. jujours
davantage. (')
(*J Le pia alvier (dont le nom boMnique et lyu&aatt. que est pimu eemira de Linnri}, en allemand <^rve on russùche Céder, airolle dan» le patois du pays dv Vâud , est un arbre conîfëre , k feuillea ^troîtet efe pointues, dont les pommes ressemblent ft oejle* do piner> nais •ont' plus petites, d'un gri« foncé «h lictt
Autrefois , ce bois était très-touffu et remontait jasques sur la montagne du Tschuggen. Aujourd'hui , les tiges sont éparses , affaiblies par leur vétusté et ne produisent point de nouveaux rejetons. Il y en a encore quelques-unes dont on estime la hauteur à 60 pieds et qui paraissent avoir 400 ans. La crpîssaice de ces arbres est trè^- lente, mais leurs qualités particulières les rendraient dignes d'être cultivés régulièrement et propagés sur nos montagnes. Ils f prospèrent à 200 pieds plus haut que les sapins, et Texposition au nord est celle qui leur convient le
^*ètre brunes ^ et contiennent des petites amandes oléagineuses et d'un bon soùt. Il croît le plus abondam^ ment dans les provinces au nord*e6t de la Russie et sur les parties du mont IJral qui se rapprochent deâ zones plus froides* Mais on en trouva aussi et mèni# en assez grande quantité en Pologne^ dans le pays d« Salzboui:^ » dans le Tyrol » en Savoye , dans le comté de Bormio, dans le Dauphiné. Il y en a aussi en Suisse > particulièrement dans leValIais^ dans les Grl* sons > dans le district d'Aigle an pays de Vaud et dans rOberland bernois, nommÂnêàt dans le fond de Hl vallée de Lautcrbrunnén , sur la routé du Grimsél, dans les vallées de Gentel et d'En^stlen^ dans les ré* gions les plus élevées de celles de Gastem et d*Oesclii« sen^ enfin, sur les Alpes de Wergistbal et d'itramen. Le bois de cet arbre est odoriférant et passe pour n*ètr« pas sujet à se pourrir , lorsqu'il a crû dans un terrain sec et sur les hautes montagnes* Sous le rabot il na se déchire point de la m^e muiière que celui des autres espèces de nos pins indignes. Nos pâtres Tem^ ploient pour en faire leurs jolis vases à lait. Son odeur particulière éloigne les teignes dès armoires qui en sont fltuiquées» '
mieux. Ils ine sont pas aussi élancés et supportent mieux la froidure des hivers que les pinf . Il ne leui^ faut d'abord, pour germer, qu'une couche de terre très-mince sur la roche nue, ensuite ils poussent des racines trèsrfortes qui s'étendent au loin et vont gagner un terrain meilleur que celui où l'arbre a pris naissance. Leurs cimes se maintiennent droites dai^s les lieux où celles de plusieurs autres espèces. d'arbres 3e courbent ou se rabougrissent. L'épaisseur de la tige diminue rapidement vers le sommet. Un tronc dont le diamètre serait de 3 î/2 pieds n'atteint guères qu'à 50 pieds de hauteur, tandis que l'on voit des pins plus minces en acquérir une plus gi*ande. Mais cette formé conique et obtuse contribue à leur donner assez de. stabilité pour résister aux orales , aux j^ourasques, aux layanges qui bri^ept ou renversent souvent les autres arbres plus élevés , sur les hautes montagnes. Son ennemi le plus dangereux est l'homme qui en arrache les branches pour cueillir les amandes qu'il ne sème pas , mais qu'il mange par gourmîu^dise ou qu'il emploie, comme ui^ remède très-vanté contre les phthisies. ;I1 faut à ce fruit deux années pour mûrir , et cet arbre participe ainsi à la lenteur de la croissance des végétaux sur les hautes montagnes.
„ Le brièveté de la saison de la. yégétatîoii ,sur „* les Alpes , dit un savant connaisseur de l'économie ); des forêts, M. Zschokke^ influe aussi sur la crois- ,j sance des arbres. Le froid ferme les pores des 5, plantes, nécessaires à la transpiration, les fibres ,i dû bois sont plus dures et plus fines, tes cercles 1; dans l'intérieur du bois qui indiquent l'accroisse-
f, ment annuel des arbres sont plus étroits et plus yy resserrés. Je fis abattre un jeune pin alyier sur ;, l'Alpe de Wergisthal qui avait crû dans le mpillor leur terrain. 11 n'avait encore que 6 pieds et demi 41 de hauteur, et sa plus grande épaisseur au pied ^n'était que de 2 ppuces de diamètre. Cependant j )> malgré sa taille enfantijae, il avait d^à Tâgede f, 70 ans, au moins pouvait-on compter distincte^ if ment 64 cercles. Un: autre pin alvier situé au pied jf du Thunertschuggen , en pleine vigueur , quoiqu'il „ ne fiit pas très-remarquable par. ses dimensions, » fut coupé pour servir à la bâtisse^ d'un chalet. Il ^ avait 1 pied 7 pouces de diamètre et prouvait „ par le nombre de $es cercles intérieiurs une an- „ tiquité de 353 années , outçe^ celles de sa premier^ „\germinaison qui ne. sont point marquées par des M, cercles très-di$tîncts. Cet adolescent de 3.6iècle$ »' et demi, qui tomba sous la cpignée à la force de „ son âge , am;ait ajouté à sa durée un ponjbre, dpu-p ble d'années , si on avait laissé. agir 1^, nature. „ J'en ai vu plusieurs qui , par leurs dimensions , „ par ks dommages que les intempéries y avaient p: fait3 j par leurs: ruines , siir lesqueÙe? poussaient I, Ciçoendant encore que^lqiies raméawx verds „ îndin^quaient w âge de plus dç .wUe ans."
.Malgré tout le mérite de ces^^bres, dont on yient de faire im ,si gfî^nd éloge, nous ne crûmes pas qu'il fût prudeiit d'attendre, sous leur abri, que Forage fut passé. Nous nous hâtâmes plutôt dç $àg^er les chalets du Çusti^efe - Lâger ,; situés ^ une dcmi-lièùe êia dessous de l'arête «* et de nous
rtfiigiér dans le premier qut noua ïwconlrSmes et dont les verroux de bois ne nous opposèrent aucune résistance. II n'y avait personne dans l'intérieur , et un reste de brasier brûlait encore faiblement sur le foy&. Nous l'attissâmesavec te bois qui se trou"- Tait en provision tout auprès, et nous fùnes un bon feu dont l'épaisse fumée s'échappait par toutes !«• fintes des parois de la cabane. Aussitôt un cheVrier qu^il eut été impossible de méconnaître pour tel^ Bccounit tout essoufflé croyant qùé le chalet avait pris feu. Mais, en voyant de paisibles voyageurs grouppés autour de ta flarAmë {JétiUante , au lieu de l'incendie< qu'il avait redouté, sa frayeur se calait aussitôt. Notre compagnie lui parût , ainsi qu'à ses Voisins, très ' agréable. Bttftitdt, plusieurs jeunes pâti-es se rassemblèrent autour de hous pour jaser av6c nous pendant l'orage ; leurs faces rembrunies et briUant«8 de santé , leur âaïves pl^anteriés , leur son de vGi:i mélodieu* et ïes cTiansons ehâra^tfes doijf ils nous régalèreiit, tioiis firent un plaisir dont nous aurions été privés sans forage.
Pendant ce teMs , il survint par k^lus afiVeusi pinièf qui transformait la montaj^e entière en un lit de torrent, ûnô tofOiipe de voyageur* à' chevid» enveloppés de manteaux de taffetas ciré, un hominei ûAe'da'me, dés dotnesËi^és , un ihulét chargé de . bagages, it Gïîiàd^ald atf
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Tkllée en aessôus , nous les vîmes bientôt disparaître de nouveau dans les nuées supérieures. Ce ne fut qu'après un long intervalle que la "fureur de Forage s'appaisa autour de nous , et nous vîmes reparaître kâ sommités et les côtes les plus élevées couvertes d'une neige fraîchement tombée , ce qui arrive ordinairement dans ces réglons : c'est un bienfait de la nature. Si chaque orage tombait en eau , les plus terribles inondations désoleraient plusieurs fois chaque été les vallées inférieures. Mais, lorsque les Vapeurs se transforment en neige ou en grêle , elles se fondent lentement , et au lieu des dommages Qu'elles auraient occasionés, elles envoient en s'ecbulant une bienfaisante humidité dans les ôoiitréês inférieures.
Lorsque la pluie eut cessé , il n*y avait plus ^e tems à perdre, pour continuer à descendre.. Nous, risquions d'être surpris par la nuit , dont le crépuscule annonçait déjà Tapproche, sur la pente de la. Schéideck beaucoup plus lofigue du côté du Grindelwald , et d'autant plus pénible que le schiste argileux sy montre fréquemment à découvert et qu'if est si glissant , qu'on ne peut marcher que lentement et avec beaucoup de circonspection.
Les nuages s'étaient dissipés , et nous jouissions de la vue des montagnes opposées , qui séparent le Grindelwald de la Vallée de Hasii et du lac de Brienz. Cette chaîne est hérissée de plusieurs sommités sauvages , menaçantes et d'une teinte sombre. Le schiste ar£;ileux qui en forme la substance principale, comme
Tom. II. 12
dans tou9 les passages des Alpes , ^^ décompose toujours davantage et porte les indices d'une des*
traction prochaine et assurée.
Il faisait encore assez clair, lorsque nous pas* sâmes près des chalets inhabitée d'Âlpigeln et nous pûmes distinguer le hameau d'Itramen situé à gauche de son pâturage; mais bientôt nous fumes enveloppés d^mie entière obscurité que les ombres des mon« tagnes colossales augmentaient encore. Nous arrivâmes cependant sans accident aux bords de la Lid-* schinen mugissante. Ainsi que la plupart des voya* geurs , nous regrettâmes que le pont qui la traverse soit aussi distant de la cure et de Tauberge. Lors, qu'on se croit parvenu au terme d'une course fatiguante, il faut encore monter pendant une demiheure pour atteindre ce but d'une longue journée de marche, dont on s'impatiente de voir la fin. Dans robscurité dont nous étions environnés , le silence qui régnait dans la vallée , interrompu seulement par le murmure bruyant du torrent , par le sifflement des vents dans le lointain , aurait pu nous inspirer une espèce de terreur.
Nous ne renconti*âmes que peu de passans qui tous , lorsque nous les interrogions , nous assuraient que dans un moment nous serions à la cure. Mais lès momens de ce peuple habitué à marcher sont pour nous des quarts d'heures , et paraissent même quelquefois des heures entières.
Enfin , cepen4.ant ^ nous atteignîmes le toit hos«
^italier dû ministre , M. Frëd. Lehmaiiti de Berne f où nous fumes accueillis avec une cordiale liieii'» veillance^ comme de pauvres pèlerins fatigués et détrempés par la pluie y qui avait recommencé à lambcTé
Des chamois ei de la chasse aux chamois à
Après avoir ôté nos vêtemtns mouillés et les avoiir changé contre ceux que l'obligeant pasteur voulut bien nous prêter , on nous offrit du thé auprès d'ua bon feu de cheminée et nous accablâmes notre hôte de questions. La conversatioii toniba bientôt sur la chasse aux chamois 9 dont peu de citadiils peu** vent parler avec connaissance de cause; mais notre ecclésiastique ^ jeune encore et robuste comnie un chêne , aimant le séjour de la vallée qu'il habite et qu'il parcourt sans cesse ^ avait souvent pris part à ce plaisir téinéraire; il se plut à nous raconter Avec une satisfaction que Von éprouve toujours en $e rappelant les dangers que Ton a victorieusemieiit affrontés , l'histoire d'une de sts chasses les plus remarquables , et à nous parler des chamois avec beaucoup de détails^ Nous rapporterons ici se$ propres paroles^ *
9, On a beaucoup fait de contes sur cette chasse
singulière 9 nous dit-il ^ et cependant un récit véri*
dique la fait paraiti*e à plusieurs égards encore plus
hardie. Je puis en parler moi même, ''quorum ipsg
pats màgna fui/'
' „ Je m'y suis livré pendant dix ans , et il n'y a que peu de tems que j'ai renoncé à ce divertissement périlleux; Un chasseur de chamois doit posséder nécessai-*rement plusieurs, qualités , que Ton trouve rarement réunies chez le même individu. La première et la plus essentielle est une forte constitution corporelle , qui puisse braver les intempéries les plus affreuses , le froid le plus rigoureux et l'humidité la plus pénétrante , qui puisse supporter , sans que la santé en souffre , de passer des nuits entières sous un rocher, sur la croupe des montagnes les plus élevées. Ilfeiut qu'il ne soit absolument point sujet au vertige ,' que sa vue soit perçante, sa main ferme pour tirer juste. Du courage et. du sang froid dans les périls de toute espèce sont indispensables, ainsi qu'une patience à toute épreuve , de la constance et de ^expérience. Il doit encore avoir des épaules robustes, afin de pouvoir porter pendant des journées entières un fusil de chasse très-peçant et des \'ivres.> Une taille pas trop grande , mais ramassée , un corps^ adroit et leste, des genoux assurés et vigoureux, un bras nerv'eûx : telle est la figure la plus avantageuse pour un chasseur de chamois. "
^ n Sans m'arrêter à décrire leurs armes et leur costume (*) , j'en viens il'abord au naturel des chamois et à la chasse qu'on leur livre. "
<*) Oh ti*ourc dans les oo^tumes suisses dessines 'par' . kônlg un chasseur de chamois de Glaris complètement ^ équipé et costume. ^ • ,
„ L'extrême timidité de ces anîmàiix jôîhtë'^àleur excellent odorat et à ïeur ouïe extraordîôalrement fine est cause qu'il est extrêmement difficile de lés approcher et de' les tuer. On leur' donne la chassé de deux manières, avec des chiens, 6è qui est trèsrare, et plus ordinairement ^ans chiens. Tous Ici chiens de chasse sont très-ardens à les poursuivre ; mais sur les montagnes de glace escarpées et sauvages , telles que le Wetterhom , qui est là plus fréquentée par les chamois du Grindelwald , et le Mettenher^ , on ne peut guères se servir de chiens V parce qu-ife ne sont pas très-habiles à grimper. Gn lé peut f>lW âisémeiit sur des montagnes moins fiprès , que les vaches peuvent pratiquer , comme sur le Faulhorn, le Rôthihorn et la Scheîdeck. Mais ,si l'on poui^chasse souvent les chamois de cette ma-^ Aière dans une contrée quelconque, ils la quittent hien« t6t€t n'y reviennent plus. Il vaut donc mieux ne paSj faire un usage fréquent des chiens , tant au plus une fois pour varier. On peut alors s'y prendre de deux jfeçons ; ou laisser le chien suivre en liberté la piste de ces fauves , ou le tenir en lesse jusqu'àce qu'on découvre sur la neiçe ou sur quelque sentier étroit les voies de la bête. Alors on le lâche , et comme les chamois ont une piste très-forte , un chien même médiocre ne perd pas facilement leur fratx. Pendant qu'il le suit , le chasseur va se poster à Faflïit à l'endroit par lequel il sait, ou présume, que les chamois prendront la fuite ; ou , ce qui vaut mieux » il suit de l'œil nud, ou armé d'une bonne lunette, la marche du chien , jusqu'à ce que celui-ci en fasse partir un ou plusieurs, et cç n^st aussi qu'alors que
U chien ^mmeoce à donner de la voix. Comme hs âon3 ^^ propagent trèarfacilement sur le3 mon* tagne6 et que I^ phamois ne fuient pas très -loin r Q^ pc^t ob^erv^er la chasse de rcBÎl et 4e l'oreille t surtout lorsqu'on s'est place sur un point un peu ^vé , 4 où Ton domine une vaste étendue. "
^ Lorsque le chien a poursuivi le fauve pendant \îne heure , on cherche à le rompre et à le rappeler. Aussitôt les chamois 9 qu'il ne faut jamais perdre de vue 9 se couchent à terre 9 la fatigue a déjà affaiblî. leur attention et épuisé leurs forces» ,di^ sorte fu^, Ip iph^seur peut se glisser plus près éCmx. Q^d^ ques fpis ils se mettent en défense contre 1^ chieas« principalement lorsqu'il ny a point de petits dana U trowp^o Q\\ lorsqu'il 3 y trouve un vimx mâle , qvii reste en an^ét à la jnèïxké place , teUement que^ ]^ ch^B^ujp croît presque pouvoir le j^rendte (^vec U» mains. *'
p La clv^^se aux chamois sans chiens est plus nsit^ et plus cpnv^&nable relativement aux lieux, qu'ils habitent Les chasseurs préfèrent de s'associer au npmbre d^ deux ou trois, mais jamais davantage*, ils p^tçnt ordinairement le soir , munis d'upe espèce de j^oche o^ de ho^an dont la pointe est 2àtmt de chaque côté 9 p^pre à ciller des trous dans la glace ou dans le voq 9 de bâtons de montagne armés da lonjjues pointes d^ fçr> d*une p^rabiue courte ou d'un fusil à (iatWQn rayé , dç, crampons à plusieurs paintes avec des courroies pour les attacher son^ le3 spî^lîerst lorsqu'on marché §ur les pent^js 4ân-ï
$ereuses ou sur la glace. Dans leurs carnacièi-es , ib portent outi*c leurs munitions une petite lunette d'approche, les provisions de bouche nécessaires, savoir des gâteaux de farine d'orge ( le pain prdîiiâire des habi^ans du Grindeiwald ) , du fromage et de Teau-de-vie de cerise ou de gentiane. Ils passent la première nuit dans un chalet de quelque Alpe peu élevée, toujours ouvert et suffisamment pourvu de bois pour se chauffer. Le lendemain , on part de grand matin , et Ton tâche d'être rendu à la pointe du jour à l'endroit où l'on présume dô trouver des chamois; ou bien, on va se placer sur quelque haute arête de rochers ou les chasseurs établissent ce qu'ils appellent \xn Luegi, c'est-à-dire j une place avantageuse pour l'affût , où ils appuient deux grands quartiers de pierre l'un contre l'autre , en laissant un intervalle entre deux , au travers du^ quel ils peuvent regarder comme par une pinnulc. Le chasseur se glisse à quatre pattes et se couch6 à terre derrière cet abri , laissant en arrière son arme, Èts instrumens , son bâton , son chapeau et son
bonnet. "
;, A l'aide de sa lunette , il regarde de tous Côtés au travers de cette ouverture s'il n'apperçoït point de chamois. Ses compagnons restés en arrière ne détournent pas un instant les yeux de dessus lui ; dès qu'il apperçoit le gibier , il leur donne un signç avec la main pour leur indiquer où il l'a vu et combien il 7 en a ; puis il se traîne sans se relever tout doucement pour les rejoindre. On délibère alors coinnient on peut le iniçus^ attaquer le$ lauves* '!
, » Il faut que les «passeurs connaissent parfèûte-t ment le pays , qu'ils sachent les endroits où les: chamois vont- de préférence se réfugier ,, ainsi que les chemins qu'il faut prendre pour y parvenir. Us. pbservent d'où vient le vent, puis ils cherchent à se rapprocher de la bête, op de la troupe sans ea être apperçus. Ordinaijt'ement le meilleur et le plus prudent des chasseurs est spéfcialement chargé d^ cette commission , qui exige beaucoup de patience , fie peine , de. constance et de ruse. Il avance dô roc. en roc , dç saillie en saillie , jusqu'à ce qu'il soit à portée du gibier. ^^^^^^^^^^^ ^ est obligé de se coucher à terre sur le ventre et dV rester pjendant'Une demi -heure, comme s'il était mort, sans faire le moindre mouvement , lorsqu'il a vu que les chamois, particulièrenient la femelle qui conduit le troupeau,, se spnt apperçus de quelque î^pprpche suspecte , qu'ils ont cessé de pâturer, ou qu'ils se sont levés ,. s'ils étaient couchés. On le voit aussi passer quelquefois sa chemise par dessus ^e& autres yêtepiens pour imiter la couleur de, la neige , , et ramper sur le ventre avec les piçds et les main^^ur la glace unie. Il ôte sts souliers , dépose tput spn équipage et glisse sans bruit en marchant à. pieds nuds.sur les pierres j;ranchantes et. sur les ppintes de rpçher, "
,j D'autres fois , il reste iuimobile dans l'attitude la plus gênée pendant plusieurs minutes, parce que les. fauves ont eu vent de ^on arrivée. Enfin, il mesure, de Foeil la distance qu'iil ia cherchée d'î^tteindre. "
a Dès ^*il:pcut cfistînguér la cambrure des cornes «tes chamois, il peut cmiclure qu'il n'en est plus éloigné que de 200 à 250 pas. Il contourne encore quelque angle de rocher pour se mettre mieux à portée . de sa proie , et il avancé la tête avec pru^ 4ence ; mais si les fauves regardent de ce c^térlà , il n'ose pas la retirer^ il doit rester parfaitement tranquUle , ppur ne pas les effrayer, U airive quelque-r fois que dans ce |noment-là , les chamois s'éloignent sans se douter même du danger, et il e^t obligé' de recommencer tout de npuveau sa j>ôursuite. ^^' ' ^
5, Enfin , le chasseur reconnaît qu'il n'est pas pos* sible 4e s'approcher davantage de la troupe , saut la faire partir; il cherché à distinguer la bêté 1^ plus grosse ou la plus grasse, ou. lorsque la distance Jui paraît. douteuse, celle qui estleplu$ près de lui, et désigne ainsi sa victime; soji eœur bat 4e désir et dlmpatience d'atteindre enfin le but dc tant d'efforts et de peines. Plus un chamois est gras et plus son manteau est de couleur foncée. Cependant les nuances de leur poil vaiûent chaque mois; En été, il est d'un gris jaunâtre, couleur ôsabelle; en hiver , d'un brun fonce ou noirâtre. "
7, Le chasseur couche en joue , le coup part , le plomb vole et ne maiique presque jamais ; l'animal tombe et la troupe effrayée , en voyant le chasseur , en sentant l'odeur de la poudre , s'enfuit avec une vitesse inconcevable au travers des rochers et des précipices. La détonation seule ne les effrayerait pas autant j parce qu'ils entendent à chaque instant
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dc$ bruits parûtt^ment semblablea dans hs moatagnes y lorsque des masses de glace se brisent et s'é* croulent. "
yf Je tirai un jour , au pied du pic le plus élevé du Wetterhoni, sur une chèvre de chamois, qui fuyait et qui était accompagnée de son faon. J'étais posté derrière un petit bloc dérocher; devant moi en face paissaient quatre chamois plus petits, près desquels je m'étais glissé sans en être 2y[>perçQ. J'a** vais choisi pour ma proie le pli|s grand de ces fauves^ mais an moment où j'allais lâcher mon coup , cette chèvre beaucoup plus grasse , que mes compagnons de chasse avaient relancée , passa rapidement plus près de nioi. Dans Tespoir de pouvoir m'emparer du faon en tuant la mère , je renonçai au but beau-^ coup plus sûr que j'avais miré et je tirai sur la chèvre. Mon coiH>^porta trop bas, parce que j'avais laissé tomber un peu de poudre en chargeant mon arme ^t que je n'avais plus songé à cette circonstance. Je la manquai , mais les quatre autres chamois con^ tinuèrest à paître paisiblement, ne furent point ef^ frayés àe la détonation, et j'aurais facilement pu charger de nouveau et ajuster un second coup de fusil , si le désir de m'emparer du chevreau ne m'avait pas entraîné. J'espérais l'atteindre à la course , je comptais trop sur l'agilité de mes jambes ; j*appuyai mon fusil contre le roc , je jetai mon sac de chasse et je volai au travers d'un pied de neige à sa poursuite. La mère qui avait pris les devans s'ar^ rétait à chaque instant pour l'attendre. J'effarouchai les qiiatre çhanlois ^ui s'enfuirent et je succoiiibai
\>wniôt isms mw imprudente entreprise sans pouvoir m'empaier du feon vivant. "
„ Lorsque le chasseur a tué une de ces bêtes au milieu d'une U*oupe et qxi^il n'a plus d'espoir d'en tuer une autre, il court vers sa proie, s'en saisît çn poussant des cris de triomphe et de joie. Si elle respire encore , il lui donne le dernier coup et boil souvent de son sang, qu'cm dit être un excellent spjécifique contre le vertige. J'en ai trouvé le gàùt trop douceâtre , mais cependant un peu poivré. Jt pus à peine me déterminer à en goûter. On ouvre tout de suite le ventre de la bête; on jette l'estomac , les intestins , les entrailles et toutes les parties que Ton ne peut pas manger; on a grand soin de la graisse ; puijs on attache les pieds de derrière à ceux de devant; ou se l'endosse comme une hotte atta^^ chéeayec des courroie, et on l'emporte assez corn-* modément. '*
.y) Les chasseurs se réunissent. On cherche un ruisseau pour se layer les mains, on s'assied par terre , et l'on fait avec grand appétit un joyeux et frugal repas. " .
y, Mais , lorsqu*on a lieu d'espérer de tuer e»cm^é d'autres pièces d.e gibier , on cache celle qui i'esfe déjà sous \m rocher et Ton continue 1^ chasse de la même manière. Ce n'est que quand la nuit est survenue que les chasseurs emportent leur proie ohe? eux, où ils salent la chair et l'exposent à la fumée« La graisse du chamois. est employée à plusieurs re--
mèdes domestiques ; on vend la peau et Ton consente les jolies cornes \ dont on fait un ornement de 4a maison , ou que l'on vend à des e'trangers. "'
. S, On estime qu'un chamois de taille moyenne pèse 50, 60 ou 70 livres. Ceux qui sont très-gras refndeiit souvent jusqu'à 7 lîvr^ dé suif. C'est avecla peau de ces fauves que Ton fait les meilleurs gants et les meillpures culottes de cette matière ; en effet, elle est très-forte et joint à la douceur du velours imé élasticité extraordinaire.
. j) Si Ton peut se poster sur les sentiers que les chamois ont l'Habitude de pratiquer, Te meilleur tireur va s'y mettre à l'affût; muni de plusieurs fusils. Les autres chasseurs cherchent à se rapprocher des cha* mois et à les relancer, soit par un coup\dé feu-, sôit en les effrayant d'une autre manière. Lorsque ces fauves veulent alors s'enfuir par les chemins qui leur sont connus , ils y trouvent le chasseur qui les guette et qui lés reçoit à coups dfe fusil. Souvent ks chamois passent si près de lui, qu'il pourrait i)re8que les toucher avec leS lÀâihs. Si le passage est trop étroit , les fauves rebroussent chemin ; mais ils rencontrent les traqueurs qui les forcent à Retourner de nouveau sur "leurs pas. Enfin, il3 se ^décident à s'enfuir, en passant proche du chasseur et' s'avancent vers lui les cornes baissées pour l'attaquer. On fait alors très-bien de se coucher sur le veiitre et de Isdsser passer sur $oi la troupe désespérée.'*
„ Quelquefois ces animaux , lorsqu'ils sont forcés, préfèrent s'exposer à une mort certaine et s'élancent d'une pointe de rocher dans les précipices. C'est ainsi. que (il y a bien des années ) quelques mineurs . de Lauterbrunnen forcèrent 14 chamois à se jeter . dans un profond ravin , où ils périrent , sanô que. ' personne pût en profiter. "
7) Dans le Grindelwald, les trois principaux endroits où Ton peut ainsi traquer les chamois et où il paraît, qu'ils séjournent de préférence , sont sur TEiger dans un lieu nommé obérer Saétel, eX sur le Wetterhorn , deux, points diiFérens, in derEnge et imohern Gang, Lorsqu'on les y trouve , ils n'ont d'autre ressourcé que de sauter 4u rocher avancé dans le précipice ,. ou de retourner toujours vers le chasseur qui les attend.
5, Si l'on parvient a tuer la chèvre qui conduit la troupe, on se rend facilement maître de tous les autres. Privés de leur guide , ils se trouvent toutà-fait dévariés; ils le cherchent, né sachant plus où fuir , courent confusément en rond , sans éviter les chasseurs , et finissent par partager le triste sort de. leur conductrice. On a même l'expérience que des troupes qui avaient perdu la chèvre principale péris-, saient presque en entier pendant l'hiver. Plusieurs personnes ont souvent mis en doute cette supérior rîté. accordée aux femelles chez ces animaux; mais elle est incontestable, et l'on peut, en les observant» s'assurer que jamais uii mâle ne conduit et ne dirign une troupe. '\
fi C'est ordinairement la chèvre k plus âgëe qui est chargée de^cet emploi et qui est probablement toujours la mère ou ta grand'mère de tous les autres. Elle se tient éloignée de la troupe dô qu^ques pas en avant ou en arrière. Rarement ou jamais , elle ne paît en même tems que les autres , elle reste debout quand ils se couchent, et se couche quand ils paissent ou se relèvent. Lorsqu'elle soupçonne quelque danger , elle lève la tête , écoute , marche de côté et d'autre et siffle doucement par les narines, Si ce qu'elle a entendu ou senti con« tinue à lui j^raître suspect , elle contourne quelque saillie de rocher, ou monte sur quelque pierre exhaussée et observe de tous côtés , jusqu^à ce qu'elle soit persuadée qu'il n'y à rien à craindre. Mais sî die croît qu'il n'y a pas de sûreté, elle pousse un second sifflement très-aigu et donne ainsi le signal d'une retraite générale. To^e la troupe s'enfuit alors avec la rapidité du vent et va se réfugier dans quelque lieu plus élevé et mieux à l'abri des poursuites. '^
ff Dans d'autres contrées de montagnes, on a l'ha-^ bitude de guetter les chamois dans les endroits où as vont lécher le sel minéral qui suinte des rochers et qu'ils * aiment beaucoup. Il existe aussi de ces roches salées dans le Grindelwald : mais les chasseurs n'en profitent pas. Le besoin qu'éprouvent ces fauves de lécher ainsi le sel des rochers est tel^ lement impérieux , que si les chasseurs voulaient aontinuellement se porter auprès , ils en tueraient têot^ que la race des chamois serait bientôt détruite. '*
„ Pour s'en approclier , on emploie encore tfauires moyens , dont quelques ^ uns soiit très - sin«* guliers. Ceux que je vais citer et qui ont souvent réussi i un chasseur de cette vallée me paraissent d'une originalité toute particulière. Lorsqu'il appercevait des chamois dans le voisinage d'un troupeau de chèvres domestiques ou de brebis , il se mettait à quatre pattes et répandait du sel sur son dos. Le bétail l'entourait et léchait le sel; pen« dant ce tems-là, il avançait lentement en marchant, des pieds et des mains du côté où étaient les fauves» qui ne s'efiarouchent pas autant des chèvres et des brebis que des hommes , et il pouvait ainsi les approcher jusqu'à la portée du fusil, d'autant mieux; que la forte odeur qui émane du bétail empêchail les chamois de sentir le chasseur, et qu'ils ne pouvaient pas même le voir au milieu d'un si grand nombre d'animaux."
„ D'autres fois, lorsqu'il avait lieu de croire qu'un chamois qu'il guettait s'était apperçu de son approche, ii plantait son bâton en terre ou l'appuyait contre un roc , puis 11 y posait son chapeau , y suspendait son habit et s'éloignait sans bruit. Le chamois ne détournait pas ses yeux de cette figure , et ne lui voyant faire aucun mouvement , il sy accoutumait et restait sans crainte à la même place , en la regardant toujours. Le chasseur , faisant alors un détour, s'approchait du fauve qui ne soupçonnait pas que le danger pût lui venir d'autre part, et le Uiait. On fait souvent usage de cette ruse dont le succès est presque assureur ''
^ Des vieux chasseurs parlent encore avec extase des anciens tems où ifs voyaient souvent des troupeà de 40 à 50 chamois réunis. Mais des hivers plus rigoureux , le perfectionnement des armes à feu , la liberté illimitée de la chasse qu'exerçaient des chasseurs mal adroits pendant Tépoqùe de la révolution ^ ont singulièrement diminué le nombre dé ces fauves, ou les ont forcé à se retirer dans des pays de montagnes plus tranquilles , par exemple , dans le Vallais, d'où il résulte que cette espèce d'animaux si paisible , si jolie et si intéressante a été presque détruite dans l'Oberland ou qu'au moins elle y est devenue beaucoup plus rare. Une sévère défense a depuis lors interdit la chasse de ce gibier , et Pon peut espérer qu'il se reproduira bientôt en plus grand nombre. ''
„ La troupe la plus nombreuse que j'aie jamais vue était de 21 têtes , et quelque fois en hiver je vois de mes fenêtres 10 à iS chamois rassemblés. "
9} Qn m'a souvent demandé comment ces animaux pouvaient se nourrir en hiver sur des montagnes si hautes couvertes d'une neige épaisse ? 11 est facile de- répondre à cette question. Dans cette saison rigoureuse ils descendent dans la région des forêts , où ils trouvent sur les arbres une espèce de lychen qui a beaucoup de rapports avec la mousse d'Islande. C'est le lychen ciliaris et le lychen barbatus dès botanistes. Ils y trouvent des feuilles de sapins jeunes et tendres et de l'écorce mangeable. Us écartent aussi la nèige avec leurs pieds , jusqu'à ce qu'ils par-^
viennent
irietinent à attem(&é le sol et llierbe sèche dotit â èsrrevétii, on iqi«âques espècei de mousses qui teut tonvkmient. " . i
n Souvent aussi les épouvantables ouragans (ptf régnent dans ces régions élevées dispersent la neige ^ remportent au loin, en dégarnissent tout-à-fait de Tâsies espaces où les chamois retrouvent de la nour- ^ure. Enfin, presque toujours, dès que là noî^jc cesse de tomber, elle glisse par son propre poids sur les pentes des montagnes unicsct couveitcs de gazon , qui fournissent alors à ces animauK Atn; fouif-î rage abondant dans des endroits inabordables, cwk fl serait impossible aux habitons de la vallée daller fe faucher. "
„ Il paraît aussi qu'ils peuvent supporter la falnt assez kmg-tcms et subsister eu Icchantle soldes rochers., ou en mi^ngcaut des petites fçuilks d'ardoise niiiîces, tcndixs et humides; au moins en trouve^ t-ou fi*équcinmont dans ks ^tomacs de ccvix ,qu*0ija tue. Ils ne sont donc pas aii^i déppurvnis qu'on .^ô; l'imagine, et même ils restent prdinairejmeot gra^^ Çendant tputlhivçr. L'époque où ils le SQnt le pl%Si est la Saint-Martin.^ Auprintems, lorsqu'ils n^aagent de Th^rbe fraîche, ils maigrissent, sont oou-. ;yerts d,e pou3^ qui les tourmentent beaucoup et dc^^ viennent sujets à des fortes diarrhées. ''
7,,La saison de leur accpuplçmcnt commence jSjl miUeu ou à la fin de Novembre. On Croit que plus elle est retardée , plus Thiver sera long et le printems Tom. IL 13
(i^rdUl^ C'ait ^a .moins ce fue Jeâf cha|^eurs:j$x#if* Ylmentéa assurent Ils y font grande attention et observent de leurs fenêtres quand les inâles pour^ suivent les chèvres sur les montagnes. Depuis dix ia$ que je m'y suis appliqué moi-même, j'ai presque toujours trouvé cette observation très-juste. "
^ Dès que les mâles ont atteint Y âge de 5 à 7 ans y &s s'écat*tent des troupes et mènent une vie solitaire ; mais ils s'en rapprochent dans c^tte saison. Ils deyiennent alors moins farouches , suivent souvent de loin les chasseurs pendant des heures et les obser-, vent avec méfiance. Il est probable que Ton peut attribuer à cet isolement des mâ|çs^ lei^r nombre prp* portionnellement plus considérable que cehii des chèvres , parce qu'ils ne s'exposent pas en compagnie aux dz^gers de la chasse.
If) Au commencement ou au mUieu deMai^ les fiemeUeé mettent bas \m faon ; très ^ rareimeiit eUes en pôrtetit deux. Dès le premier, jour , dès la pre^ rtiîè^e heurfe même après leur naîssarice, les petits peuvent suivre leurs mères. Ils sont très-jolis^ trèeconfiaUs et point farouches. Lorsqu'on les prend , on peut lés faire allaiter par desf chè\Te3 domestiques; màh il faut bien se garder de les tenir pien* dànt Wiiva- dans deàétaWes chaudes, oà iis périraient infailliblement. Après leur première- année , leurs: cornes commencent à paraître ; dans la seconde , elles se courbent peu à peu^ et dani H troisiènie--, elles pretaeni leur forme ordinaire. Dès-loM, elles augmen* tti^ toujours en grandeur et eà gfo^éur^ prennènè^
ekaque année on nouveau cercle , par lequel on peuf reconnaître avec assez d'exactitude Tâge de Tanîmal, quoique ces cercles ne soient ni aussi distincts , ni aussi noueux que ceux des cornes de bouquetins. D'ailleurs, les cornes leur servent d'armes naturelles, avec lesquelles ils se défendent encore vigoureuse-» ment lorsqu'ils sont blessés, de manière à porter ^ leurs ennemis des coups d'autant Çlus dangereux i qu^elles sont pointues et que ces animaux sont doué^ ' d'une force extraordinaire. "
„ On fait une distinction entre les chamois des ' rochers et les chamois des forêts , uniquement d'après l'obâfervation que l'on a faite, que les châmoi$ qui sont nés dans les bois en préfèrent lé séjour où ils trouvent une nourriture plus abondante; ils sont im peu plus grands et plus gras que ceux qui sont accoutumés depuis leur enfance à habiter des som* mités de rochers nuds. D'ailleurs , ils sont parfais tement de la même espèce et s'accouplent entre eux* La marque caractéristique ^ à laquelle on peut recon--naître avec certitude le chamois des forêts^ consiste en ce qu'ayant l'habitude de frotter ses cornes contre les sapins , elles sont presque tout-à-fait recouvertes d'une mince croûte de poix-résine. "
n Ce qu'il y a de plus remarquable chez ces ani^ maux , c*est l'adresse étonnante avec laquelle ils grimpent des pentes de rochers roides , nues et glis-^- 5antes , et s'arrêtent sur des saillies de rpc si étroites qu à peine un oiseau pourrait s*y poser. Cette fa- <^ulté qiâ surpasse Tim^igination peut avoir donné
lieu à la croyance fabuleuse , qu'ils s'accrochent en montant avec leurs coraes recourbées dans les fentes des rochers et se guindent par ce moyen. Il est vrai que la . moindre incgalité , l'angle le plus imperc^tlbie, la corniche la moins saillante sur la surface du roc leur suffit pour se poser lorsqu'ils s'élancent; fnais ils 7 restent à peine pendant une seconde et ils s'en servent comme d'un point d'appui pour prendre un nouvel élan avec leurs jambes agiles et musculeuses, comme les pierres plattes que l'on fait sauter en ricochet sur la surface d'une nappe d'eau. Chaque bond qu'ib font les porte à ime grande distance, et j'ai vu moi-même un chamois franchir d'un saut un espace de 10 grands pas ou de 25 pieds î^ur un champ de neige , à la descente. "
„ La plus grande contrariété que puisse éprouver un chasseur de chamois lorsqu'il a guetté et t\jé sa proie 5. c'est de la voir tomber de rochers en rochers» se déchirer en pièces et s'enfoncer dans quelque précipice ou dans une crevasse de glaciers , d'où il ne lui est pas possible d'aller là retirer. Cette circonstance contribue aussi à diminuer le nombre des chamois j parce qu'alors le chasseur déçu dans son espoir cherche à surprendre une autre victime. Outre ce danger , ces innocentes bêtes encourent beaucoup d'autres , tels que les chûtes des avalanches ^ auxquelles elles ne peuvent échapper , malgré toute leur vitesse. Souvent on trouve au printems des squelettes de chamois sur la mer de glace du Grindelwald? au milieu des amas de neiges ou dans la direction d<îs avalanches. ^Lc^ grands vautours des Alpes los
j;>oursuîvcnt aiissî et sont particulièrement rcdautaLîes aux petits. D'un coup Se leurs puissantes aîtés ils jettent ceux-ci, ou même les plus grands chamois dans les précipices , dans lesquels lis sont tués ou slestropierit en tombant et où ces oiseaux vpracés descendent pour en faire leur pâture. Quelquefois un saut téméraire ne leur réussit pas et ils tombent; dans lés ravins^ enfin, souvent ils sont assommés où renversés par de grosses pierres qui roulent du haut des montagnes. '^ • "
^ La chassé des chamois , considérée comme un métier, est irès-pérîUeuse et très-pénible. Mais, si' on Fexùrce en simple amateur, pour suivre par eu* riosîté qnclquès-uhs de ces fauves , elle ii'exposc à aucun danger et l'on n'est pas obligé de s'élever sur les montagnes au-delà de la dernière station des vaches. ^J'y ai été plusieurs fois avec des grands Seigneurs étrangers , qui voulaient en essayer , sans éprouver aucun accident ni beaucoup de fatigue. ^
,> Les chasseurs du Grindeiwald n'ont jamais eu recours à l'expédient désespéré de se faire des in* cfsions dans Ja chair des pieds , afin que le sang de la playe leur rendît plus facile de marcher sur des parois de rochers glissantes et escarpées, ou leur aidât en se figeant , à se soutenir sur une place trop étroite. Un seul chasseur de Lauterbrun^en m'a dit avoir fait usage de ce moyen. Il leur arrive cependant ^uelà^éfots de faire des faux pas ou des chûtes qui occasionnent leur mort , ou d'avok d'au* très accideils msUheurelux. '^
. „ En 1799 5 il en périt iin sur le Wetterhorn. Une pien'e qui s'était détachée d'un rocher à une grande distance au-dessus de lui, sauta contre sa tête qu'elle abattit et jeta le reste du corps dans Fabyme le plus âffi^eux. Son compagnon qui n'était qu'à trois jpas de lui put heureusement se serrer étroitement contre le roc et éviter cette atteinte mortelle. C'est le dernier exemple d'un pareil malheur qu'on ait eu dans le Grindelwald. Il est vrai que, dès-lors, cette chasse a été prohibée et ne peut être exercée qu'avec une permission spéciale des autorités supérieures, de , sprte qu'elle est devenue plus rare , ain^i^ que les suites fâcheuses qui pouvaient en résulter. Mais^ le fruit défendu est toujours réputé le raeillçur, c^ il y a bien <Jes particuliers qui s'y adonnent en fra,ude , et avec passion. J'ai éprouvé moi-mê^ie qu'çlle a , beaucoup d'attraits et peut-être davantage encçre , ppip* lès hommes doués d'une ame énergique. Afais lorsqu'ils s'y vouent tput-à-fait, ils, àeviennent sérieux ,. laconiques et rêveurs, L'aspect continuel des déserts, des rochers, des neiges paraît émousser ïeiu:. imagination ^t leur donne une teinte de mélancolie romanesque qui devient un tr^ft particulier de leur caractère et les rend intére^saiîs. "' ■ . •
Description du Grindelwal4r
Avant de poursuivre le récit de notre voyage et de rendre compte des objets remarquables c^è contient hi vallée du Grindelwald, il me paraît, convenable de donner une description générale 4e cette
' Centrée V aâutaiit plus qu'il n'en existé ^oînt cncote de détaillée et que celles qui avaient été commexuiézB
' par des auteurs estimables n'ont pas été achevées , hiais peuvent cependant fournir des détails 9 dont je profiterai avec reconnaissance.
La vallée de Grindelwald, jointe aux nombreuses
- chaînes de montagnes qui eh dépendent, peut être ^ èonsidérée comme un district particulier. So*i ûéi^ ; due dans ses limites naturelles, depuis le hameau
de Zweylutschinen jusqu'au pied des hautes moîitagnes dû canton dé Beriie qui séparent celûi-cî du ^ Vâllais , est estimée approximativement à 4 heués de ' longueur ] depuis le susdit hameau jusqu'à là der- ^nière Habitation d'hiver au-dessous de la Scheideclt ■ de Hasli. Sa largeur vafie beaucoup et ne comporte
- iqu'une demi-lieue à Fendroit où elle est la plus éonsîdérable , savoir près de la cure du Grindeiwald.
' Au passage de TEngi , les parois de rochers se r'ap- ' j)rochent tellement , qu'elles laissent à peine un espace de 100 pas au lit du torrent et à la route qiti l'occupent uniquement. Le bassin de la vallée corntnence au sud-est , au pied de la Scheideck de Hasrli, située presque tout-à-fait à Torient et va déboucher en descendant au nord-ouest , près de Zweyliitschînén dans l'extrémité de celui de Lauterbrunnen.
Le climat de cette contrée élevée de 3150 pieds au-dessus du niveau de la mer et entourée de glaciers et de hautes montagnes couvertes de neige et de glacé , est assez tempéré ; l'air qui y règne est -«ur et'^^aiîK. MêiAeda^ plus giandes cfa^dews
de Yêiê les matînccs y sont toujours assez froîclçs ; en a observe qrte cette froidure est plus ou moins sensible ,' en raison de l'augmentation ou de la difïiînution des glaciers. Le vent qui part de ces amas de ghcc commence à souffler ^u lever du soleil , augmente jusques vers les 10 heures du matia où il se fait le plus sentir , puis baisse graduellement et lie tombe entièrement qu'à l'entrée de la nuit ; mais cela n'a lieu qu'en été , lorsque la couche d'^ inférieure, est plus chaude et que l'atmosphère tend à reprendre l'équilibre. En hiver, cette espèce de vent alizé cesse tout-a-fait, et souvent. alors le climat du Grindelwald eét de quelques degrés plus tempéré que celui de Berne, parce que cette contrée est abritée par de hautes montagnes contre les vents du nord , qui ne peuvent exercer leur Vjoltuc^ que sur les sommités, les plus élevées. Ltè vents du sud, au contraire, y régnent avec une force cxtraoïxlînaire et y sont souvent très - dangereux , au point qu'ils abattent des arbres et enlèvent les toitures de bardeaux surchargées de pierres; mais aussi ils fondent quelques fbis la neige dans un seul jour à plus de deux pieds de profondeur, et de* viennent à xjet égard très-avantageux. Les profondes crénelures de la chaîne des montagnes m midi leur laissent un libre accès dans cette vallée; cependant ils y pénètrent plutôt par le sud-ouest, du çdté de la Jungfrau et de la Wengenalp,
• D'&îlleurs, la température du Grindelwald csjt ordinairement très «inconstante , l'été y amène de fréquens .orages^^ mais jamais ia grêle et le fçu àa
foi
ciel ne tombent dans le fond du vallon , parce que les nuages se déchargent toujoui*s daftâ les régidn^'^ supérieures. Trois fois, par exemple , la foudre frappa à la même place sur FEiger dans la même année, et détacha au-dessus de Mittellegi un grande bloc de rocher qui couvrit au loin les glaciers de 4ébris et de poussière et tomba sur la partie supé* rieure de la Wengenalp. Les monts du Thunèrtschuggen et du Mâmilichen eii sont atteints trèsfréquemment et la sommité du déifier en porte les tl?aces dans les nombreux sillons qu'elle y a creusés.
La chaleur naturelle du vent du sud (nommé Fon dans le dialecte suisse) qui annonce ordinairement l'arrivée du printems dans ces contrées, délivre souvent en peu d'heures tes parties les plus basses de la vallée de la neige hivernale qui les couvrait et provoque tout-à-coup l'activité de la végétation. J'ai vu souvent des plantes et des fleurs , particulièrement le colchique d'automne (^bellis perénnU)^ percer au travers de la lieige. Le printems remonte peu à peu du teire-plàin sur la surface dés montagnes ; le pâtre le suit pas à pas avec son- ti'oupeau et se procure ainsi le rare avantage de jouh: jusqu'à la fin de l'automne de sa douce température. '
Les violens coups du vent du midi qui endommagent les forêts et les bâtiraens , comme on Ta dît plus haut, proviennent en partie des tourbillons occasionés par les sinuosités des gorges, au travers desquelles il est obligé de passer, Dès que ce vent
JD2
-commence à souffler , le baromètre bàÎ5se et fes fibi^es animale^ se détendent et perdent de leuivélastieîlé. Mais aussi il arrête raccroissement des glaci^s -et favorise la végétation des plantes basses. Il peut cependant être nuisible à la floraison des arbres fruitiers, lorsqu'il la surprend au moment où die se développe. Il fait ordinairement fondre les neiges à la fin de Mars ou au opmmeneement d'Avril, ^t quelquefois encore plusi tard. Mais elles se maih- ; tiameat encore jusqu'à la fin de Juin sur lés parties ^ks plus élevées de la plupart des pâturages alpestres,
': C'est à cette dernière époque ou au commencement 4e Juillet que Ton récolte les foins , et les re-. gains se fauchent dans les dernières semaines du
' mrois ; d'Août. Les ispçmières cerises mûrissent à ia ira éft Juillet; on en ti?ôtive encore plus tard, tant ^puc la bo^ne ^son dure , sur les àrbfeâ.
ir'
. - te climat est trop âpre pour les autres espèces ' ^c fruits. Ce sont les aubes-gelées tardives et subites et la brièveté de l'été qôi s'opposent à ce que les -plantes plus délicates ne piidspèrent dans cette vallée, comme dans celle de Ghamounî , suivant lobservation de M. <le Saussure* ^n ne voit ici ni chênes , ni noyers , tandis que ces arbres viennent très -bien dms cèUe de Hasll et dans les environs îl'Unterseen. Les cerisiers même sont d^une espèce siauvagé et donnent dés fruits fcrës-petifcs , mais d'autant plus savôui^xf et particfilièrèmâït propreis à étire distillés. Il pàwtt, atii^tè, que le climat de la vallée de Chamouni est plus doux , puisqu'on 7
Totnpt les prairies et qu'on jr cultive infimm^nè^u^ de céréales que dans le Grindelwald , où l'on sêmt principalement de Forge, dont la moisson toujours très-abondante se fait à la fin d'Août ou au cetomencement de SçptembrCr Le froment se récolté quelques semaines après , et sa maturité fut retardée encore plus long-tems dans les années 1770 — ^177$ par Taugmentation des glaciers qui eut lieu pendant ce période. Depuis quelques dixaines d'années , la culture des pommes de terre est c«lle à laquelle les habitans s'adonnent le plus , et c'est la dernière récolte qu'ils , font dans* Tannée ^ il: y en a cependant des espèces qu'ils peuvent arracher déjà au commencement d'Août. Ils en font quelquefois des gâteaifX; mais ceux qu'ils préfereiit et qui sont le plus en tisâge sont faits de farine d'orge y très-durs et extrêmement minces. On les cuit ordinairement au printems^et ils peuvent se conserver pendant tout l'été ; Aussi les patins des Alpes ne cx)nsOînment presque pas d'autre pain dans cette saison. '
La culture des plantes potagères est d'une minîme importance dans le Grindelwald, On y trouve cependant différentes espèces de choux et de poirée, et dans le jardin delà cure, même d'autres légumes. On a pu souvent 7 cueillir dès asperges plus tôt qu'à Berne. Ici , comme dans d'autres parties des Alpes , nommément en Savoye , on a l'habitude de répandre une couche de terre légère sur les plîmches de jardin , lorsqu'elles sont encore couvertes d^îne profonde neige , ce qui fait fondre ceUe-oitrès-nacpî- (iement etdpnuela factdté de semer plus tôt des plaWtes
potagères qui n'auraient pas le tems de mûrir, si on les cènfiait à \k terre quand k saison serait plus avancée. Dans quelques jardins de la valîe'c, on trouve IW- Ibim victorialey qui est ordinairement une priante sauv^tg^\ mais à laquelle la superstition attribue des vertus particulières , lorsqu'on en porte la racine sur soi Ainsi, Ton peut s'écrier avec Juvcnal:
O 4anctaê génies , quitus futc nascuniur in hortis Numina!
Le Grindeiwald produit moins d'arbres forestiers que le UasU; il n'en est cependant pas dépourvu. L'aidne et le sapin sont le plus habituellement employés comme combustibles. On voit dans la partie la plus enfoncée de' la vallée, siu* les bords de la' lyutscliinen , des boi& assez considérables d'aulnes blancs ou de Suède. Les érables y croissent en grande qpitântité ^t leur jet majestueux les fait aller de pair avec des ohènes âgés de plusieurs siècles. Les melèses y sont très-rares- Dans toute la vallée , on ne voit qu'un seul pied de chêne et de tilleul qui se trouvent dans un domaine très-abrité à Schwendi. • ■ ' •■ " " ' ■
. Nous avons déjà parlé des pins alviers ou àrolles de WergisthaL Encore en 1787 , on en envoyait les bayes par quintaux à Berne et en Allemagne; maintenant on ne le pourrait plus. Le hcKlier ou aubépine (;cratœgus oxyacantha Linné et Du Roi ) i qui est très - fréquent dans le Grindeiwald, donne beaucoup^ do fruits que l'on sèche et qui deviennent une friandise pour Icà enfanè. On y voit aussi cn^
quantité plusieurs espèces 4e saules; mais oa «e trouve le bel osier jaune (^a^ viiellina Liimé pt Du Roi) qu'aux environs de la cure.
Au4klà de Burglauenen , il ne croit plus de ho^^ leaux dans la vallée et les sureaux y sont assez raresi .On cite comme un phénomène d'avoir vu un rosier fleuri à Noël dans le jardin du pasteur; d'ailkuârs cet arbuste y est très -multiplié et prospère même sans culture dans la campagne» ainsi que les fraises» ^Ics myrtilles» les framboises et les mûres sauvage^i dont il 7 a une assez grande abondance.
La passion meurtrière des babitans pour la chasse a beaucoup diminué les animaux sauvages de cet|e vallée dans les derniers tems. Autrefois les chamois ^parcouraient en troupes de 40 à 100 pièces les vastes déserts des montagnes voisines. Maintenant on c» voit a peine 20 réunis. C'est sur le Wetterhom et derrière le Mettenberg qu'^pn en trouve le plus souvent. En hiver, ils séjournent de préférence sur le Tschingelberg et Tlnberg , entre le Thunertschuggcn jet le Lauberhom. On a presque perdu le souvenir d'y avoir vu des bouquetins. Le dernier ours qui y a été tué le fut en i797 dans les environs d'Itramen. Depuis lors » on en a encore entrevu et poursuivi quelqueà-uiis ,. entre autres , deux dans Tété de 1815. Un loup se montra sur la Scheideck dans J'hiver 4^ 1813 à 1814. . Les blaireaux n'y sont pas très-rares; les renards y sont très-communs et Jeiir fourrure particulièrement bien fournie est^farè rcçhipîjpchée. Depms bien des années , on n'a plus apperçu
d«s loups cervîer»<l7nx>; maïs on trouve dés chats fani^ages dans les forêts de l'Eiger enlérieur. L'es-* pèce des lièvres communs esfe presque détruite^ mais celle des lièvres de montagne y existe en assez grand nombi^ ; on a remarq[ué , il y a quelc[ués Amé , les traces d'uoe loutre.
guant aux volatiles , on trouve dans lé Grindelwald, outre ks oiseaux de proie , entee ksquela se distingue le Lammergeyer ( grand vautour des Alpes} qui s^'j montre quelquefois , outre les corneilles , les choucas de montagnes y qui ne sont pas très-remarquables, on trouve, dis-je, des coqs de Bray&re, des faisane demontaghe, des perdrix rouges, des? bartavelles, des gélinotes et plusieurs autres fes^
pèoe9 de plus petits oiseaux.
En fait de poissons , on y pêche des truites particulièrement bonnes qui remontent la Lûtschirien j^sques vers Téglise. On profère cependant celles de Lauterbrunnen , ce qu'on doit sans doute attribuer ai^ ^ux plus pures et plus abondantes des ruisseau?^ de cette dernière vallée. Quelques-uns de ceux du fjrindelwald coulent sur des couches nues de schiste argileux, de couleur noirâtre, qui communiquent cette teinte aux eaux de la Liitschinen , ce qui les arend désagréables aux poissons. Cependant , ils ne désertent pas tout-à-fait ce torrent ; mais on a rcinarfué que leurs écailles y prennent une teinte plus })laticbe, tandis que da&s les ruisseaux latéraux et jifioiBS çonsidéraèles ils ooit une couleur beaucoup I^ttSibpuae.- - ... -
-.•- -rr.
* £a quirïité du soi et des rodbcs -démhGi&ê^ ^ wald n'offire rien de bien particulier. Dans leierire^ plain, où coule la Lutschinen^ on trouve du grâtiet' et plusieurs espèces de pierres roulées des monts erivironnans. Le talus des montagnes qui ceignent la vallée à Toccident, au nord et aU nord-est , remonic en majeure partie par une pente doucement inclinée et coupée par des enfoncemens et des relief de forme variée et ondoyante jusqu'aux sommités et aux croupes les plus élevées. Des éboulemens de terre, dci chûtes de montagnes , des rochers écroulés dans les siècles les plus anciens , ont sans doute produit oei încgalités du terrain. *
> rf ■ *
Le Rôthibruch, cet amas de débris tombés dw - Rôthihorn (pic de Rôthi), dans le fond de la vallée, au travers de la Bits^alp, âquî a, dit-ou^ renversé une ancienne maison de chasse , n'est pas eiï^ " core complètement recouvert de terre et de veMore et offre l'aspect hideux de iâ" destruction. D^âilteùrà le solde la valtée présente presque partout une couche de terre végétale qui augmente chaque année par Jei engrais et qui-, surtout dans les parties les plus bassfô^ I forme des prairies liste-productives^, entremêlées dé quelques morceauix ^ dé tép'e cultivés en céréales , f que Ton ne pei* pas qualifiear de champs propmnenf
Le produit principal auquel visent les paysans de eeitte ct)mi^ vest:.-©elutiftt4bîn et du^^ l'en trelieh de Iffurs 4ombi««ix -troupôati^ pendit -Phfc - * ver^ (to^siime^a^il^ m^lt; màé amiiée-4ms i -lùk^ ^^
.4 12,Q00 toises , qui peuvent fournb* à la nourriture
4e 2000 vaches ou d'ua nombre proportionné de pe-
.tit bétail y suivant les calculs généralement adoptés.
.^ La seconde récolte* de Thcrbe n'a lieu cepcndaut que dans les prairies du tcrre-plain de la vallée; Ton |ic fauche qu'une fois celles qui sont plus élevées çt plus sauvages. On fait pâturer par le bétail Tlierbe plus courte et plus aromatique qui croît suries patu* xages alpestres ; sa qualité et Tétenduc des terrains iqui la produisent compensent ce qui lui manque çn hauteur. Ici , comme partout ailleurs , ces pâturages sont séparés des prairies proprement dites par une région de forêts dont le produit en bois est trcs-im- . portant pour la corftréc.
Quant aux fossiles qui existent dans le Grindelwald, soit dans le sol, soit au-dessus,, on remarque ^u pied du. Mettenberg et de TEigcr de la brèche de diverses espèces , avec dés couchess intenné^liaîres d'argUe et de terre. Vers h dernière de ces montagnes, elle est composée de pierres calcaire et d^ .;^ranit que la Liîtschinen blanche a amenés de Tinr teneur des montagnes, ou qu'elle a détachés dCiS .monts plus voisins. Près de la Liîtschinen noire, elle est entremêlée de schiste et de marcassites quç quelques ruisseaux ont charriés depuis la Scheideck et la Grindelalp. . -
H est nécessaire d'observer que, l'on retrouve dans le. Qrindelwald même,, comme à Zweyliîtschinep^ Vne Xiïtschinen blanch# et une Lutschinen noire.
Celle-ci
Celle-ci sort An glicier supérieur et fççoit bient^ les eaux du Berj^elbach, auxquelles des paTticules schisteuses qu'elles, décomposeiitdounent en effet mi* couleur noirâtre. La blaacbe découle impétueuset . ment du glacier inférieur e^ cQiiserve sa teinte d'ui ' gris blanc jusqu'à son conHuent avec la Lïitschineii noire dont la couleur j donne son sunioiii aux Je reste de leur cours
Sur lecôtiî srpteni des rochers en tiennent dea pé d'hélice ou -de empreintes de s'aVancent au s< bris de rochers halden , de 1^ !
au-dessus , une
trcnt à dc'couv
foniient après
perdent sous c
couvrir par qv
voit des gouffi
la roche nue
paraît que ce
t'étxe formées
révolution ou
reniarque .sur
blocs de grani'
tion de l'est à
^ profiter-, e
Tom. //. 14
p0Wt ks êmii^Iojrer à des bâtisses. Ces màsses^ dùivent néoessairement être sorties de Tintérieur des montagnes 9 et les hâbitains croient qu'elles ont été trans^ portées dans ces lieux par des courans d'eau qui ont jadis déchiré, le sein des Alpes.
D'ailkui^ , cette vaUée est moins intéressante ique plusieurs autres soûs le rapport de la géologie et de la minéralogie. Ebel lui-même n'a trouvé que peu de faits remarquables à citer à cet égard.
Toutes lés montagnes qui Tenvironnent sont en grande partie composées de roche calcaire posée sur de la marne et des schistes argileux, particulièrement celles qui sont situées à Toccident , au nord et au nord-est. La partie inférieure de la Grindelalp , les deux Scheideck et toute la partie orientale de là vaHée, ne consistent qu'en cette espèce de schiste gris-noir 5 dont les feuilles minces et fragiles ne peuvent être d'aucun usage. Exposé à l'air, il se transforme cependant par la décomposition en une espèce de terre qui peut être employée à l'amélioration des prsints. D^ailleurs , il renferme , outre beaucoup de sel de roche , une quantité de rognons ferrugineux , quartzeux ou sulfureux. On y a même trouvé des cornes d'ammon pétrifiées de diverse grandeur.
^ ^ A Test et au sud , dit encore Ebel , toutes les montagnes calcaires qui regardent la Scheideck et le Grindelwald repx)sent sur la roche primitive. Les i«evers méridionaux de ces montagnes montrent du
su
^eiss en couches presque verticales et légèrement inclinées au sud , dans la direction du nord-^st au sud-ouest, au lieu que les couches calcaires de TEiger, du Mettenberg et du Wetterhom, égaleoient superposées sur le gneiss, sont fortement inclinées au nord , savoir sous un angle de 60 à 70 degrés* Entre les couches calcaires qui reposent sur le gneiss et ce dernier , on voit des bancs d'une mine de fer brune et compacte , sur laquelle on a commencé à travailler d^à en 1482. '"
.( Du côté méridional de la vallée, les rochers calcaires sont déchirés en deux endroits et forment les débouchés de deux vallées latérales qui pénètrent fort en avant dans la chaîne primitive du Schreckhom, du Wetterborn et des ViescherhÔrner Cpics de Yiesch) et qui sont entièrement obstruées païf des glaciers. A leur extrémité , le sol et même la glace sont couverts d'innombrables débris de gneiss- et de granit , que les glaciers ont charriés depuis la région des Alpes primitives, ou qui ont été amenés déjà dans des siècles plus reculés j par d'autres révolutions.
On y observe aussi des blocs de marbre blanc et rouge ou couleur de chair , qui paraissent être descendus du Mettenbei^g ,' où d'anciennes carrières ont été couvertes jadis par des glaciers.
Ebel parle encore de bancs de roche calcaire bigarrée , entremêlée de pierre argileuse rouge et verte qui forme une belle espèce de m^i'bre , qu'il a vu
%vtT la même montagne. ;Il j:iai a xtucanbcé, ^ sq^ -.^ perb^ blocs arrondis par les frottemens , où la partie calc^re était jaunâtre., et Ja^ piçrrc argileuse travers lée par de& vehiedde 3path aalcaire. Il assure même avoir trouve au pied du.çraîid glacier un. morceau de très^el albâtre.: Ou découvre encore^ dans le , GrÎAdelwald des traces d'autres fossiles remarquablesu -
Aiusi un pâtre r^unas^a §ur le Zeseuberg , il y a peu d'années , des morçeitu?^ de stalactites çt aasura qu'il en existait un grand rocher, que le Gouvcraement voulut faire examiner. Au Kastensteî^ ou à la Straiei^ > au^dess^us du même Zesenb^g , spr kqudl ., repo^j^ le pied du Schreckhorn^ l'on prétend avoir découvert un peu de minerai d'argent. Les pyrites lulfureuses y sont très-eommunes dans plusieurs lot éalités, et les enfans ^ préaçntent des petits mor-* ceaux,.eu affirmant d^ la meilleure fqi ^e^ c'est dç . l'or. On trouve assez communément fl^s petits cryst taux sur les moraines (ces amas de débris que les glaciers poussent devant eux), que l'on offre aussi à vendre, aux voyageurs. /. \ ]
Après avoir indiqué ce que la nature présente' je remarquable d^ns jcette ipontrée ^ il m<t T^^^ à parler des habitans du Grindelwald ^ , de leur genï:e de viec^tdes différentes communautés qu'ils forment, avant de consacrer un article particulier à la première ! des merveilles du pays , aux glaciers.
On n'a pas de notions sur l'époque où ïe Grin* delwald commença à être pepjdé^ et il est au mojiia
ihcertaîn a*où it$ premiers habituais sont venus. Une ancienne tradition rapporté que ceux delà VaUéétie HasU j6\A\gé% , par.une surabondance de population , ' d'étendre leur terfîtoirc, envoyèrent des émissaires dans ces vallées qu'ils trouvèrent encore inhabitées et incultes , et qu'une partie de cette population '^y transporta.
En effet, les Grîndelwaldois aiment, ainsi que
' leurs voisîrts du Hasli, à faire dériver leur origine des pays du nord. On trouve cependant que leur .
' race a plus de rapport avec celle des habitans du Vallais et de Lauterbrunnen qu'avec ceux du HaslL Us ne sont pas aussi élancés que ceux-ci^ mais d'une taille petite et ramassée ; ib ont les genoux gros et tournés en dehors. Les cheveux bruns y sont plus fréqueiisjpie les blonds. Us ne mailquént ni 4'esprit ni d'éloquence naturelle; maîi on ne trouve clieg eux que peu de génie pour les arts et peu de dispo» sftion à réfléchir. A peine savënt-ils fabriquer euxmêmes leurs ustensiles de biterie. Us n'écrivent tout , ;au plus que quelques chroniques ou quelques aïinsded.
' Il en existe dans le pays quelques - unes , assez anciennes, qui contiennent, dans un style simple
^ et analogue au dialecte du pays , les récits àts ma^ ladies contagieuses, des comètes, des avalanches 9 à^s années stériles ou abondantes, des événemëns malhem'eux , ^es accid'ens remarquables qui y ont t\x lieu. On voit avec intérêt dans ces manuscrits , transmis de génération en géhération dans la même famille, cinq pu six différentes écritures , et l'on y retrouve les clémens 4*unc histoire de cette ce niée.
D est probable que celle d'Athènes et de Rcmie fot jadis rédigée sur de pareils matériaux*
te
En général , le peuple du Grindelwald est indo.' lent, et peu de personnes y savent écrire courramment. Le goût de Toisiveté et la légèreté ^minent chez eux malgré les pénibles travaux auxquels ils sont obligés de se livrer. Les plaisirs de Tesprit n'ont aucun attrait poui* eux; ni les chansons populaireis , ni Ja musique , ni les conversations enjouées j ni ces défis de plaisanteries ironiques , si fort en vogue dans d'autres vallées de la Suisse, par exemple, dans TËntlibuch , n'ont pu s'établir parmi eux jusqu'à ce jour. Ils n'ont point d'orgues dans leur temple et le chant d'église n'y est acconapagné que de trompettes. Il n'existe dans toute la^altée que deux cors des Alpes, sur la Grindelalpifl|||( l'on en , joue sans aucun art ni agrément. Us n'qpt point de fêtes populaires, ni de jeux; ils ne connaissent dans ce genre que les deux -B^rg'ûterjr'-( villages de montagne) sur la Scheideck et la lutte , dont nous avOriô parlé plus haut. i
Ds n'observent aucun usage particulier ou ex- • trâordiiiaire dans les cérémonies , qui seules jettent * quelque éclat sur le cours de leur vie monotone , telles que les noces et les baptêmes. Cependant ils attachent de là superstition aux signes du calendrier, et il y a tels jours réputés malheureux ou de mau-r vaise augure , où ils craignent de se marier , d'entreprendre de certains travaux ou de partir avec leurs troupeaux pour les pâturages alpestres. Ils croient
auKin^îciens et aux sorcières , et il nV a presque personne dans la vallée qui ne passe pour avoir été atteint par quelque maléfice de leur part. Suivant le récit de quelques paysans , oii voit encore de nos jours , sur le pâturage de RinderfeW à la Hol^imatt ,: ^ un espace arrondi, que Ton nomme la salje de bal des sorcières, sur /laquelle il ne croît po^it d'herbe ^ au milieu .s'élève un petit tertre, où elles, plaç^enfe les flambeaux qui éclairaient leur fête.
ta superstition entre aussi dans leur manière d'exercer la médecine , particulièrement dans les ma^ ladies des bestiaux. Lorsqu'une vache tombe ma-t lade, ils disent qu'elle a senti le souffle d'un vent malfaisant et ils emploient alors des remèdes fort, bizarres. Ils en appliquent plus rarement de semblables d^s les maladies des hommes. Ils possèdent^ maintenant dans la vallée une bonne et habile sagefemme, qui prend chaque jour plus de vogue. On 7ij^:À a introduit la vaccine et un médecin stipendié par 'C i^ Gouvernement vient chaque année d'Unterseén ^ ^pour l'inoculer aux enfans. Ils ont d'ailleurs rarelaeT^ recours aux médecins. s
Une espèce de fatalisme auquel ils croient, les rend indifférens pour les maladies. Dans^une seule maison on distille de la gentiane pour l'employée comme remède. Quelques personnes connaissent assez : bien les plantes et leurs vertus oflScinales, et cïji préparent eux-^mêmes quelquefois des infusions, Heureusem^it , il Jje règne que peu de maladies dans ijettC; contrée» X.es plus fréquentes sont les hernies^
les hydropisies, Its pleurésies et la gale chez le» , eofans.
les habitans ne parviennent commu- ^ n âge très-avancé, ce qui provient,.
ir chétiye nourriture. Peu d'homQ[ies s. Depuis long-tems , personne n'y i long-tems qu'une femme, morte il y a quelques années, à l'âge de 95 ans.
e -fortune dans le Grinarticulier réputé le plus retient en été 30 vaches d'une fortune njoyenae rc proportionné de chè- Pendant l'été, on ne s animaux qu|»(^u petit- :s chercher eux-mêmes ' , ils réussissent parfaifemcnt, et si jamais on écrit la géographie gastronomique de la Suisse , comme on ^ écrit celle de la Fraiïce , le Grindel^ald y obtiendra ^ine place dis-- ^ tinguée j en raison de ses excellens jambons , dont ici^ comme à Ringgenberg, à Bouigen et à Brienz» ■ tes habitans tirent ^ande vanité. Souvent on en conserve pendant vingt ans dans des chambres éle-: véefi , où ils sont exposés h la fumée , sans qulls perdent lenr bon goiît et sans que l'on emploie pour cela aucun moyen artificiel. Plusieurs nationï ont ainsi des usages particuliers pour conserver leurs mets favoris. L'habitant du Kamtschatka enterre ses poissons dans une fosse poiir 1^ y laisser
2ir
j^ihtnlr; celm dû Grguland laisse congeler ses chiens marins sous la glacé. Aux eni'iroris de Cathness sur fes côtes de l'Écosse , on suspend les provisions de viande , pour les préserver de la putréfaction , dans des cavernes au bord de la mer , où l'air imprégné de parties salines et les éclaboussures des vagues en éloignent les insectes.
La principale occupation des Grindelwaldois est l'éducation du bétail. C'est aussi le seul genre d'industrie qui leur profcure un bénéfice de quelque importance. La situation et la nature de Cette vallée qiii ne favorise ni l'agriculture , ni le commerce , ni les manufactures , ne laissent à ses habitans d'autre ressource que celles des peuples pasteurs, et c'est ce qu'ils ont été probablement dès leur premier étabtissemeakdans ces mpntagaes. Aussi leurs mœurs n'ont presque pas varié depuis plusieurs siècles , tandis que les habitans des vallées de Hasli et d'Ursem , traversées par des routes commerciales trèsfi-équËDtées, ont adopté des usages étrangers qui ont altéré jusqu'à un certain point leurs antiques et bonnes ^' habitudes. On prétend cependant que depuis là fin du siècle précédent , les montagnards du Grindel- ■ wald ont aussi commencé à
égards et qu'ils sont devenus
avides de plaisirs. CependanI
coup de la lecture d'ouvi-ages
rement de ceux d'Amdt. E
dans plusieurs maisons des a
tjoD et au moins une Bible d.
La population se monte actuellement ^environ à 2000 amés , qui habitent dans 430 à 440 maisons ; mais celles-ci sont très-dispersées et divisées en 7 communautés difierenteis 9 toutes paroisîennes de l'église principale. Probablement , le nombre des habitans serait plus considérable , si, de temsen tems , ime fièvre putride épidémique, qui règne aupriritenns^ n'en emportait pas un assez grand nombre. Cette épidémie a souvent exercé d'affreux ravages; ' Les ulcères qu'elle produit, les taches brunes et pétéchiales qui se manifestent sur H peau, lorsque la maladie est à son plus haut période, la rapidité avec laquelle 'on la prend et oh en meurt ^ et sa qualité contagieuse , suffisaient autrefois pour lui faire don* ner le nom redouté de peste. C'est sans doute cette même maladie qui, particulièrement dans le 17.* siècle, fit périr dans une seule année un nombre extraordinaire d'hahitans. Les listes- mortuaires qui existent encore en manuscrit en fournissent lapreuve j quoiqu'elles ne distinguent pas ceux qui moururent de cette, fièvre ou d'autres maladies. En 1516, il y eut 350 morts; en 1534, jusqu'à 800, et eh 1669 ; 7S8 , probablement la moitié de la population du pays à cette époque, •
L'histoire du Grindelwald offre très-peu d'événe-. mens mémorables , même pendant le cours 4es der^ nîères révolutions, où quelques localités de l'Oberland bernois , telles que le Grimsel , le Briinig , le Susten ,ont acquis une malheureuse célébrité par lés passages des armées françaises et autrichiennes dans ces coUt trées. Celle-ci , qui n'est traversée par aucune route
importante, n'a été le théâtre d'aucune scène remar-" quable. Le plus ancien monument qui y existe est une cloche de métal pesant 68 Uvres , suspendue au clocher de Téglise depuis peu d'années ; autrefois on la conservait dans le bâtiment de Técole ou à la cure. Suivant la tradition générale , elle provient d'une chapelle consacrée à Ste. Petronelle et porte l'inscription suivante en cai'actères gothiques : O S. Petemela^ tira pro nobis, avec le millésime 1044. La lettre n dans le nom de la Sainte est défigurée par un défaut dans la fonte, et presque indéchiffrable, mais Iqs autres sont très-Usibles. C'est à tort que plusieurs auteurs placent cette chapelle , qui a complètement disparu (probablement dès l'an 1575) , dans une position très-élevée de la région des glaciers. Des notions authentiques indiquent qu'elle était située sous une grotte de rochers , droit au-dessus de l'écoulement principal du glacier inférieur, où nous conduirons bientôt nos lecteurs. L'ancienneté de ce petit temple, telle que la cloche la prouve , est d'autant plus remarquable, que le couvent d'Interlacken ne fut fondé que 100 ans plus tard , et qu'il était naturel d'attribuer à ce monastère la fondation des églises et des chapelles de cette vallée si écartée.
Dans le période de 1144 à 1158 , sous l'épiscopat d'Amedée , évêque de Lausanne , on y construisît une église en bois , et le successeur de ce prince confirma au couvent d'Interlacken le droit de propriété
éternelle sur le Griiidelwald. Suivant Fuessiin , dans $a Géographie, Tom. I. pag. 245 , l'Empereur Con-' rad III avait déjà fait don de cette vallée au même
'monastère en 1146; mais plu^eors famiSés noides^x possédaient encore des droitures , qu'elles ne cédèrent que beaucoup plus tard aux moines d'interlackâi.
En 1192, la chapelle de Grindelwald fut consacrée ( peut-être pour la seconde fois ) par Tévêque de Lau«anne , et en 1341 , il fut constaté pat un doseumeht que cette chapelle et l'église de Gsteîg avaient ^ tôtyours été possédées par le couvent d'Iiitèrlaûkë&.
Vi On raconte que l'on s'en rewiit au soiA pour: lé rçhoii de l'emplacement où ce temple de\'^ait être eonstruit. On lâcha dans la campagne une paire ût ^rbtœuis réimîs sous le joug, et le lieu où ils a'açrêlef raient devait êtreiçclûi jdé la sainte bâtisse. Ils s*ar- ^ rêtèrent au milieu d^on marais rempli de crapauds rretde salamandres, où l'on/ eut beaucoup de peinQ à i; entreprendre cette construction* On dit que ïes pêQes .des serrures de portes de l'ancienne église étaient ornés de figures de salamandres pai*fmtemei^ travaillées en airain ^ en mémoire de ce lûaraîs. Cet ancien temple a existé jusqu'en 1793 ,i où les habitans 4e la yalléeen bâtirent un nouveau sur le niéme eftxplaccment; mais un des pans du nouveau mur^ a déjà une lézarde très-ouverte , et la vieille tour s'est inclinée de 5^2 pieds; La cure et ses dépendances ont été rebâties très-proprement dans les années' 1785 à
Le seul événement remarquable que les chro-
mques idu moyen âge placent dans cette vallée,
• est " r^xpéditioîï guerrière ique fit en 1205^^ fe duo
.9erehteld V de Zàiingea , en sa qualité. de preteo-^, teur du couvent d'InCerlacken , contre les pajrsao* ;- ^u Grindeiwald et la noblesse de l'Oberland , qui i'éta^ent-r^oltés. Il péDétra dans'ls contrée , livra bataille , défit reiinemi et ravagea le pays , suivant ^ les lois de la guerre de ces tems-là. La rébellion des ; Grindelwaldois contre le Gouvernement de Berne et.^ leur oppputioo à l'introduction^ de la doctrine réfoi^,^ mée en l528,^entpunies mcûns rigoureusement. Us -^ fu^entseulementobligés d'entretenir à leurs frais pend^ quelque -tems les troupes qu'on av^t envoyées pour les soumettre et qu'on y laissa ea cantonnements.
penses communales «t locale ; et. las plus ricKe?. sont tenus à doBuer chaque semaiiie de Vz à 3 livres, itr. fromage, en proportion de leurs moy^s, auxpau-'* vrpsftâsUtés dé UcQmmup^QutKiM&ei^^ [
aumônes paxtrculières^ qu'ils sout dans Iç cas de dii* -tribuer.
Le. soin du bétail auxquel les Grindelwaldok ^'adonnent presque exclusivement n'exigeant pas un travail très - pénible , il en résulte qu'ils ne ^ sont pas doués d'une très-grande force corporelle ^ mais plutôt d'une certaine élasticité momentanée dans les muscles et de beaucoup d'agilité. Malbeur .ireusement, ils sont ti'ès-sujets aux hernies, ce qu'on peut attribuer en grande partie à la manière dont ils j^ecueillent leurs foids. Gomme il y a presque sur chaque prairie une petite grange soit fenil où Ton place le fourrage et où le bétail vient le manger pen- ^dant l'hiver, et que ces fenils sont quelques fbis à <une grande distancé dé leurs habitations^oii ne fait pas usage de chars pour y transporter la récolté. On lie de grands tas de foin avec des cordes ou dans ua ^et^ le faucheur se place les genoux ployés' et le dos tourné contre un de ces monceaux , passe le bout de la corde par dessus l'épaule pour soulever Ténonne bôUe, prend un élan en balançant le corps pour prendre l'éqirilibre et se relève subitement aveo un effciitsi violait, que s<m système nkusculéux doH nécessairement en soùifrir. Chargé d'un pareil poids^ il monte encore une longue échelle potu* le guinder sur le pkncher âè<la grange;
Les Grindeiwaldois làb^cmrènt leurs champsr dans lé mois d'Avril ou au commencement de Mai airec la;béche ; ils font tout aussi peu d^usage de la charme qpe. leurs voisins de Lauterbrunnen^ peut-être
<8^Q sepvâieiit-fla davantage autrefois. Le$ inégalités «fréquentes du terrain et le défaut d'attelages en ^orit probablement la cause. ' D'^ulleurs les bras des ha* bitans sont plus que suffisans pour le peu de culture qu'ils exercent. On ne fait point de semailles. d'automne ; mais celles du printems réussissent ordinairement assez bien. Us sèment aussi du lin et du chanvre , mais chacun seulement pour son usage. 'Le chanvre soufire quelquefois de l'inconstance et de l'âpreté du climat , tandis que le lin prospère {Presque toujours parfaitement. Peut-être la culture de cette plante pourrait devenir pour les habitans une source d'industrie et>de commerce ^ s'ils étaient plus actifs.
L'éducation des abeilks et la récolte du miel était jadis d'une assez grande importance dans cette •vallée. Maintenant, on s'y adonne beaucoup moins , et dans ces. derniers tems , le plus beau rucher de la valle, à Burglauenen^ ne contenait que quinze ruches.
Quoique les graines du printems y réussissent et que le transport des subsistances soit aussi pénible que dispendieux , les habitans se livrent peu à Tagriculture , et n'ont que peu de connaissances »dans cette partie. Autrefois , il ne leur était pas même permis de faire du pain dans la vallée ; ils étaient obligés d'aller le chercher au couvent d'Interlacken , et cette contrainte ne favorisait pas 1^ culture des céréales. Outre cela ^ les champs étaient encore assujettis à la dîme , tandis que le foin ne
Ta jamais été. De nos jours, ce sont plutôt les fi*ak et là peine qui empêchent les habitans de rexercer, et ils ont en général plus dlnclination pour Tédu* cation du bétail. Us ont de très . anciens usages à cet égard, qui ont pris complètement force de loi. Ainsi, chacune des sept communautés de la grande paroisse possède en son particulier un pâturage alpestre bannal. Le droit d'en jouir est attaché à la propriété des fonds de terre situés dans le banlieue dé la communauté. Chaque fond a un droit d'alpage O pour un nombre de bestiaux proportionne à son produit en fourrage d'hiver, et ces droits sont très-exactement définis et inscrits dans un livre. Les charges militaires et autres sont de même inhérentes aux fonds de terre. Les propriétaires ne peuvent pas les vendre séparément , ni les augmenter, ni les diminuer. S'ils bonifiaient même leurs prairies a^ point d'en r<:^tirer un plus grand rapport , ils nepouik^ raient pas obtenir un droit d'alpage plus étendii. Lorsqu'on morcelé les propriétés foncières, ce droit
se partage aussi, mais on assigne à chacune des nouvelles
•fm
(*) Oii entend soas la mot à' alpage ou dp droit d alpaga '■ Ul quaotité d^herbe nëcesearre à rentretien d'une vacho pendant Vite sur les pâturages» et l'on estime qu'elle , est équivalente à celle qui fait la nourriture d*un certaia , nombre de veaux, de brebis, de chèvres ou de pbrcflu Ce nombre varie d^ns les différentes v»l!ié<ï8. On verra plus bas comment il est ûxé dans celle de Grind^lwald, où l'on appelle pieds les parties ali^uotes d'an droit
telles parcelles sa portion du droit de pâtut^ge « ^iiuîi'^afft UM tane^ èékmeBti^f - de sorte que fouy^it M éhélééi^M peîit^ em^j?^r qu'une , deux : ou.^ trois 'fkHtioiisiéleyaehé^ à la montagne» Le propriétaîret doir ^atdts' s^^iféunit â;ree ^'autres pour complète!! le ii(3Mbré'd^s pieds qtd ktitnaoqtre, ou ptut y lïtûrQ pâturer, au lieu de bétes à( cwnes , un neutre pr^-» portIoÀné de peëfi bétails Le seul Cas où Un pareil tfro% d'alpage peut ib^ ^iéûé $sms le fond do^ti) iêiit^i, exzsie , Idrsquie^^eliii'^ a.été coraplétemeiil détruit par des inondations ou d'autres acoidens* l*our en jouir , il faut que le propriétaire puisse entfëtdnsr peudam rfei^er ^ du protkût de son propre {bndy^im certain nombre debéus,' ce qm est très^ « fevéralile à hi^eiilttire des présj, mais autC à l^exten*^ ^flf de ra^rîculture, à laqudle on ne peut oonsa^ erer^uie pCïi de letïa{n< - ;
. Gbeskk^ ^ue »iâ^s usages iout; d^un très-graii4 avanltase poâr la sén«ém)ité des haU^aus^ et l'on: ^ chefeli^ souvent^ inai9;envaiii> à découvrir leur ori^ gine. Il paraît qu'elle se perd dans la plus haute »itiqm<é et que cet airrmiifClâeiît est h Résultat d^unf ^t^plcj convciitîoiilaked'un commun accord, i^t bas^ $ùr des ttr^onetaâoes tout«à4ait naturelles., plutôt
-' jquei^^ùwage d\in sageié^toteur. Lesconséquesuçes «vantâgeusts^i eti déi^aulent sont, que dans^le Gijn^-
^ éelwalé'^âès^ ëtdfângers dnt moins que partout ailleurs
iâcqiâs les pituriges alpesti^^ ^ ^t qu'or^ peut s'^ç^*
^ - fsfii^er à l^ediseation -du; bétail sans risque et ateç
-'d'aiHaftfcidw d'indépendance, que persoipie ne né** l^e d'iiset dtf^aôB éu>it d'à^fH^^ ^^4U'o^ û'a jfs^
besoin d'envoyer le bétail hors de la vallée dans les pays de plaines , pour- le nourrir pendant Thiver ^ puisque le prodiiit des prés de la variée doit néces<- ^airement suffire à son entretien. Mais il en résulte ^inconvénient que le bétail ne peut jamais être multiplié au-delà d'un . certain nombre , parce qu'ici , comme partout , les biens communaux ne sont pas fort bien soignés et qu^aucun individu ne peut.es-* pérer que leur produit augmente en proportion àb Taugmentation de ses fourrages d'hiver.
^ - Cependant , la quaiHité de bétail qui existe dans le Grihdelwald est as$ez considérable. Au mois éô Février 1S12 , elle montait à 30 chevaux 9 10 poulains j^ 2 bœuf^ / 42 taureaux faite , 1354 vaches , 417 je»me3 taureaux de 2 à 3 ans, ^413 veaux, 17Q3 béliers et brebis , 1731 boucs et chèvres , enfin 456 porcs djB tout âge , total 6158 pièces , qui, soit par leurs proâuïts , soit par la vente qu'on en ftît hors de la valiéé , foi'ment le revenu le plus eissentiel du pays.
^ Gn estirif>e que chaque vache , Tune portant Tau* tre-, donne nù quintal de fromage pendant lés mi^ ^' été qu'elle passe sur le pâturage , à raison de trois pintes de lait (mesure de fièrne) pour une livre.de fromage. La saison du pâturage dure , suivant la température de l'année , treize , sciée jusqu'à dix* huit semaines; mais le rapport varie beaucoup et *dépend du tems , du plus ou moins de crbisèapce del'herbe et d'autres circonstances accidentelles.^ Lp 'Bol de quelques-uns de ces pâturages est^pierreux^ d'une *n>ativaise' qualité et d^mk-uàuet ^sj^potl^qK^
4l6it être compensé par celui des xa^ts 9 .dont le t)esr rain est meilleur. La somme des formages que Ton fait chaque année et que l'on exporte^? monte t^M)( ^u plus .à 1500 quintaux et rapporte environ 37,50Q jQrancs, quelquefois plus, quelquefois moins, sçloji les variations du prix de ce comestible ,
, On estimait autrefois le revenu pécuniaire d'une rache pendant l'été à 30 francs , et pendant les; trois autres saisons à 45 francs , donc pendant toute l'an* née à 75 francs. On admettait que le revenu de toutes les propriétés particulières , principalement celui du bétail pendant Fautomne, Thiver et le prin* tems , montait au double du revenu des pâturages d'été. Il faut en 4éduire les autres productions de la terre , une partie des fromages et tout I^ serêt , un peu de beurre qui sert à la consommation des habitans et q]i,ielques bêtes qu'ib tuent pour leur noorriture \ mais on exporte la plus grande par^ tie des fromages et une certaine quantité du bétail , ce qui forme le seul article du commerce actif de la contrée et rapporte une valeur numéraire de 30Q à 400 Louis ; c'est à peu près tout l'argent qui y, entre. Mais les dépenses sont considérables et absorbent presque tout le bénéfice. Les intérêts de capitaux empruntés en forment la principale'branche, puis le sel et le vin. Les impôts en exigent infiniment moins; mais il sort beaucoup d'argent pour des draps étrangers 9 des rubans 9 des chapeaux, dea épices, du tabac, du sucre , du café, de Teau-devie et du pain blanc. Le luxe , le goût des marchandises étranges ont i>éaétré dans ces montagnes j.
onC détruit Cantique simplicité de moeurs des habU ISâis etr^l^HiSUé le ptéfiiqifih {wurr^riest tifëf «le feur trat^. Us crûi^rt que l'eau est madame /et le lait tt tdtyutti^ été ktir principale boiss<Hiv mairie ite et les Uj^im spiritueuses ont pi4s maB^ureosemcM trop cte vx)gue parmi eux. Depuis: lofig^ems fls^M se contentent plus des étoiibs failes dans le pays pour leurs vêtemens. Ainsi, cette vaHée s'est ren-» due tributaire de l'étranger • sans pouvoir Kmposer à 5on tour par quelque nouvelle branche ffindustrTe. Seulement dans les deniiers ténrs , ïef grand nohibre de voyàgeura qui font visitée y a introduit un stÈbxÈx>ïi de numéraire. '
' ' L^âgrîciiltiire «î restreinte et f^dneatibh àùt*bèbul y suivent toiyours la même niai*che, qui réponse sur d'aneiehnes coutuhies. Au prinlems/oh's'c^cct^te à cforidûîi"e les engrais sur les prairies et à cultiver lès petits morceaux dé champs. Eh été', le travail se partage ; une partie des hommes va avec les besfiâu^ sur les pâturafges alpestres et fkît'îe iftétlèr âe paître. Xes'^ autres restent dans la vâîléé pour fecuéilHi^ lès foins et les regains et pour faîi-e la moisson, avec raidé des femmes qui participent à tous ces ouvrages. Dès que l'hiver chasse lés vachers de la montagne et les ramène dans la vallée, tes hommes cohtînuerit à s'occuper du bé£aîF et à •faire les provisions de hors, tandis que lés femmes Vaquent aux soins du ménage et commencent à filer et à tisser. Chez eux, les besoins ne sont pas encore "ïssex étendus, les jouissances pas assez raffinées pour les conduire à cidtivef leui^ facultés iiaturdles
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ft àfixereerleur esprit. . Très^r^eiâent ou JamaU j kiiriMne^e itât du cercle très-circoDScrit des ïdêti, i'bt'SKatiaiiSâs y iks désirs > analo^u^ à l'étendue &i j bomée-deJear vallon. La recherche de nouv^les ' décMUTcirtes , le penclt^nt à l'imitation q^i pourrùent : lesdibener à établir des maniifactur&s, à exercer ' dei taétiiaa^lt dé^ir actif de donner aux individus 0a'à itL. cemmunauté ta générid un plus haut degré de Qabnre,,de lumièrfis, de célébrité ou de-bka?^ ttre; totis«B)s«ntimens restent étranger^ à cesmom tagaaidr. ' - - i
De -^ème ^e, sans les^ chameaux, et lea c^r^ux, Va désert« de -l'Arabie et ije l' Afrique seraien|;^ iai^rdablea,- ainsi qoe leS: Lappoos mouraient dç fa^pisansr -leurs rennes, les Alpes de la Suisse scrraieut, ^^a^don^es et livrées aux bétes sauvagiusans les vaches, les chèvres et les brebis. Ici, le pâtre yitjlans Ja plus grande intimité aFCC- ses bestijtui^, «OBnqe l'Arabe et le Misngole avec leurs cher vanjx^ -Si, suivant. les récits des voyageurs, on. eef. souvent d^ns le doute» qui-des deux. est. le plus raisonnable ou du Kamtschadale ou desoo.chiea,jl faut convenir aussi que sur nos Alpes on ne pour* r^ quelques fois pas décider-, itJestroupeauxsont «ubprd^umés i leurs bergers^ w^&'iU se troui^t. au^mûiiw.^ml^-mêiîie Ugne^ J - . ,.;, . ..
,..Ènypili assez et,péut,êU"é TV?^4r-«ï g^n^raJL Cep^dant u i Pf^ SMeF% 4'^9HSei; :^,çpre^ 5 »^açua des sept districts qui d
Deux de ces districts où communautés sont situés du côté de Tombre , c'est - à - dire , au sud - ouest ,' tandis que cinq sont du côté du soleil, savoir à Torient et au nord. .Les deux premiers , WergUthal et Itramen^ se trouvent entre TEiger et Tarêtc dé taontagnes du Thunertschuggen et du Mânnlichen ; les cinq autres aboutissent tous aux pieds du Met* tenberg et du Wetterhorn et se prolongent sur la rive droite' de la Lùtschinen en suivant la grande Scbeideck jusqu'aux sauvages arêtes et aux sommités élevées du Gemsberg, du Schwarzhorn, du Widderfeldgrat et du Faulhorn. On les nomme : Buss^ àlp, Bach y lïolzmatty Grmdel et Scheidech, Ils contiennent quelques group|)es de maisons et beaucoup d'habitations éparses et isolées , qui chacune ont leurs noms particuliers. Nous ne citerons dans ce nombre que Gydisdorfy nom du hameau où se trouvept l'église , la cure et les deux auberges.
La communauté de WergUthal sf'étend depuis l'extrémité du glacier inférieur , au pied et sur la pente deFEiger, sur la rive gauche de la Liitschinen et remonte jusqu'à l'arête de la Scheideck de Lauterbrunnen.
Depuis maintes années , la partie inférieure de ce district a été exposée à de fréquentes inondations, ^e sorte qu'elle est ou tout-à-fait inculte ou ne contient que de maigres pâturages. Plus haut, le terrain est couvert de sombres forêts , et ce n'est qu^audessus de celles-çi.que commence FAlpé ou le pâtûrage de Wei*gisthal, en remontant sur le flanc de
' l'Eîgèr. Elle fournit à Tentretien de 19S vaches pendaiit fêté V mats une grande partie des prés qui devraient produire la quantité proportionnée de fourrage d'bî-p ver ont été dévastés par les débordemens de la Liît^ schinen et par le gravier que ce ton*ent y a déposé. Les feuiUes des aulnes , qui croissent sur ces plages
; arides , y forment , en se pourrissant , une nouvelU couche de ténre végétale , naais ce n'est que très-^ lentement.
Les seules curiosités naturelles remarquables dans ce district sont quelques cavernes dans les rochers au piied de l'Eiger , du sel dé roche ou de chamois qui se montre dans quelques localités ; la 5dl£ij^2Sf (éçueUe), biassin creusé obliquement par la nature dans le roc àù des énormes masses de neige se rassemblent; âifin , quelques tourbières. Jadis , les paysans de la contrée ouvrirent une profonde tranchée dans le Krâhenbijhl , ^ colline de rochers ^tnsine , isolée de l'Eiger , pîour chercher une voûte de crystal que des Capucins étrangers prétendaient exister à 60 toises sous terre; mais les esprits delà montagne: courroucés de cette entreprise , qui tendait à violer Ieui*s asiles \ s'en vengèrent. , en se retirant avec leurs trésors encore phis avant dans rinLtérieur de la. montagne , et Ton ne trouva point de: crjrstal.
Itraméno\iIntramenio\xt\it dixx nord à Wergis* fhal et en est séparé en dessus par la forêt du même nom et en dessous par le ruisseau de Wérgisthalbach. La partie inférieure de ce district est platte; ks supérieures sont escarpées et raboteuses ». maia
Bslimées pouvoir noi^nrk 130 v^diea- X^a,, €rèf^r49 de montagne à^ôté cikM»}aUchm«'9^>U^ii#Ui^ st tenrnœ la quatrième de ceâst^on^ et qui^t 1^4^ deprécq^ea affreux Kir,$on rêvera .dii^o^ d#^ Weagen, pi^rte le nom AU^ram^nrÇf^^(^mêtjt^^àil*^ tramai ). On y r^navque, une cavenaie^ntiNreUfr ^ 6'ouvre presque au haut de cette montagne 4!4 4^9té^^ de Lauterbrunnen, et qui se prolonge presque ho**lÎMiltalemQnt fort avanà d^^ le roo iea^€^4^%.6|ant à ^'orii^, Persionne n-a encore igémliJti^^^ sciq, entrânittft Jl paraît qu-elie d^ii^m oiî«îiiç*à iiof gttode^^erevaasedô I9; montagne^ par, eUW;C{(»t^pu* vête que dé débris qui ^<mi^UmriM$#èii?4us}ei^ droiis «t bouchent le pjissage ^ ^ auiv «îi -iwennç^ d^'à'^^rcmler àr^aque ]nst2Miil.> e!iipose&tl#$^.9^euii qvk vovdrajieàt yesçrer 9^de «ta^da 4aAêe«f « f Jl j r^tte d'aiUeiBss ;iœe piAaMeiir in3HptK>ftal^ pr^f e^ jDWt des (^xerénens' d^'mie espèce de c^rbeauii M BimtagM^ le ebocard de ^Gnrier < oatmm f^mt^o-^ nw)^ noi^mës jBb'^^vIârjfi^ dan«r FidtDi^ habîteAt cette ^otèe et faii t>iit' don^iî l^ii^ «fMVi^ jp^Uàeh.i^n y trouve^ par omlataes ft^Mr-ok^iuix^ indigènes tbnsl^ Alpest , dont le pluniage d'un noir wi peu chat07ant co]âraûteosii%i]dtèrement4¥$9 li*^^ pieds rouges et leurs becs jaunes.
^ ;I/'aspéct d» terraii an^dei^ns de leetle vea^^em^ est ^iès^singtilier« fli • paraît ' jeompiesi de /c«)«eheir amoncdées les uues^ sur. Icr.antiies ,- en riorme ;d<r iragMcs , .^ildOii^âent d&^lfiqgaea'ihindssr i^te «^^ eonstançe provient d*une es^i^ce^ d'herbç que les h^r
l^ani )iqn9i|ent/^ (d^tilepeIc4;onnéou nard terré» cj^latffl d^lyU^ g^çm^a^ W.' nardm ^iricia) qui cgroîtj.ea i>iHi^n3 t^èsri^ais ^t reste debout en aiur tolI^9^, ,jA^» pnnt^m»T-de nouvelles tiges perceiil; 9m î»ilîc^ .dçs^ aQi^i^n^l^; d^à desséchées , de sprte^ qi^ k' b^t^l jie peut paa en Approcher* Pepdaot leté , les vieilles tiges tombent en poussière , qui se tiraitsfcHrn^ en , tierre végët^Jor^ s'aimoncèle/CGaame xu^.pf tlt rçi^ipart de M ^9qteur d'un pied^^ diuiST le^ qu€^ lie; setjrouve ^ucime pkie]^ 9 m^ d'auitant plus r^ de raci^nes^ C'eiM; imé qui^^ -bmiçe iiature tvaYailie^ àîreyétir fm ^- peu ka rœbers et à ^i^ndre m aol . jiiajgret#^téçile^pr^jse à piwluiit) w» nouvelle vérr g|tatîf^:plv«vigowe«isev r n - ^ .r
, ï WÇeis ^ j^uç^ ai»y^ , eêté , l^,pât«r«gç& î»férieur#
de cetijE|;Coi^ip^Ha4 ^nt mena(&4> &\m f^ccid«!«|i Itr^l^ehe^tt* . On y. a^ofeeen^^^vet Jà ique^ la *fWl^ yi^^t^e glisse peu à ^?jBu aur* lit peate eli -entiça)^? d«^ ja valW? n|^0 Jf^ bt^tinieiis *qui Mût pa^é*h. On a vu des maisons bâUes à. amitié sur ce sol xm^h bile # 4 w^é si^ie terrwi wUde; se ^épar^^efcr s'écro^Uer. : Il e^t à craindre^qu'un jour oe$. prafc-; rî^ ne soieutplu^que d^ rQ^er^,nudsr CepeQdmt;^d^s le4ff étés^^eos , ee mpuveœent n'est pas tiiè^s^sible , ;n^5 d'autant plus d^osles saisons bumides» , Jl faut, sans doute^ attribuer ce, pbéno^iene inqu^- \mlh TacUon de Teau qui ,^i) coulant sur le roc^ CJiîeujse pjar dessous la terre^ i^aisseï et compacte^ , laquelle .s'^fl^^se ensj;^te et s'eb^^^ lenteiqeptrjCj^^ effet a lieu particulièrement dans les endroits, ^^1^^ (erre végétale repose sur im fond de Sishiste ou.
d'argile , qui retient les eaux et les empêche de S'i»filtrer. Elles se frayent alors 'un passage entre ces diverses couches, et la terre entraînée par son propre poids glisse sur la pente , jusqu'à ce qu'elle soit re^ tenue par quelque saillie de rochers , où elle s'amon^ cèle, ce qui est peut*être aussi une des causes de l'inégalité du ten*ain sur les flancs de ces montagnes.
Le district dltramen se termine au nord ou plutôt au nord-ouest par Fltramenberg vers la LSit^
i schinen et touche de ce côté à celui de Bussalp qui est en entier sur la rive droite de la rivière , à l'ex-
. ception des maisons de Tschingelberg qui en font partie et qui sont situées sur la rive gauche. Le terrain de cette communauté fournit du fourrage pour 400 bêtes à cornes pendant l'hiver, et tout autant d'alpages d'été sur le pâturage de Bussalp qià donne son nom au district ^ qui remonte jusqu'au Bôthihom. Une partie de son teri*itoire , situé à l'ex^ tr^mité des rochers à l'orierit, porte le nom deJSfei-r^ ^ehafe (Seigneurie) et fut peut-être jadis le siège d'un ancien souverain du pays qui n'est plus connu de nos jours. Sur un coteau voisin, nommé encore Kirchh€ilden(Q0{jt2i\k de l'église), on a trouvé des restés d'anciens murs , que l'on croit avoir été ceux
J d'une église, et l'on suppose qu'il existait jadis un château sur une colline près de la route et de la gorge de TEnge, dont nous avons parlé plus haut: On croit encore reconnaître les fossés qui l'entouraient, et le hom de Burgbiihl (tertre du château) que porte encore ce monticule^ vient à l'appui de cette opinion. . .
La partie supérieure du pâturage de la-Bussalp entre le FaulhomC'^) et le Rôthihom est remarquable par les traditions qui rapportent qu'elle ^tait jadis cultivée et fertile avant d'être aussi sauvage et agreste qu'elle se présente maintenant. On y trouve en effet quelques traces d'un état plus prospère. Sur un terrain uni et assez étendu , on voit de grands amas de neige , à côté de quelques parcelles recouvertes d'une bonne terre de jardin , qui ne produit cependant plus de végétaux.
Il y a quelques années qu'on décomTit , en creu- , sant, des tiges d'arbres entiers qui paraissaient d'une haute.antiquité. Un paysan de la contrée me raconta qu'il existait jadis dans ces lieux un beau village > nommé J^ur Cassen y dans lequel une jeune fille trouva un jour un glaçon à la fontaine et le rapporta à son maître comme un objet tout nouveau pour elle , en lui d^pwmdant ce que c'était. Le maître lui répondit : » C'est un pronostic d'un tems froid et malheureux , qui va bientôt arriver. " Depuis lors , la contrée devint peu à peu toujours plus âpre et . plus sauvage , et maintenant on ne trouve pas même un chalet , où jadis étaient de nombreuses habita* tions d'hiver.
A l'orient de la Bussalp s'étend la communauté , de £ach avec le pâturage de Bachalp , qui nourrit
(*) Voyez au sujet de Faulhorn et de la superbe vue dont on jouit depuis sa sommîtë, le texte explicatif de FAttas joint à cette onvrage et le dessin qui la reprësente sous le N.^ 9 des planches.
233 vaches pendant Yéxé et au^nt pend^jt ^'^v^ePt. Elle contient jdeux moulins à ]Ai , un^mp^Un àriai^j un à huile , xm à foule et un ^ $<ûe ^ dont les ^li^ï fices sont mis en mouvement par les e^mx du TuT^ bach (ruisseau de tuf). £n effet) les environs de Oflt ruiissçau sont teilem,ent abondans^en ^lierrôs <|e tuf ^ qu'on pourrait en construire de grands ;bdti9i^s»: Il se forme par la réunion d'une qyaatit^ de^ source qui jaillissent et confluent toutes dwi« un circuiit dft 50 à 100 pas, de sorte qu'il peut faire tourner un mQulin è trèsrpeu 4ip distance dç son: ori^iae*- '
: Çi;^ trouve: aus^ da;^ l'ençei^tei de ce disbiçl; ' une forte source sulfurçuse ^ et sur la Rossalp^ ^^ en f^t .partie ^ une ,^u]pbe >e^ceUentç/ L^^ atati<;fcn 44 la.plus éJkv^ du pâturage 4e Baçhalp se trouve d^u^ ^ le Ba,çhthal ( vaille du. ruisseau > du côté 4^^ ^ F^- . horn , et rpa jouit de là d'im beau ppi^t dç y i^ sw ^ les- deu^» glaciers 4^ Grindelwald , mi%y paraissent . beaucoup plus grands que lor$qu'<»nTes v^oit dq^ûs le fond de la yalleç, près de r^gUse. C'est ^«w^tô vallée solidaire que le$ habitansd/s (zrin^wald §Ç; rassemblent avec ceux de Brienz pour^ 1^ fête, du village de montagne XBergdorfet). L'o^n^y trom^ aussi un joli petit lac alpestre , dont l'écoulement forme, pi as bas, sous le nom de MiïhHbachH^ cascades les plus rê!Âarquablts et presque 4es seulesqu'oflVe la vallée de Grindelwald. Cctter contrée a luie teinte' sauvage et -mélancolique, augmentée par l'aspect. de la décomposition de la sommité 4uJ^ô-t thihorn, qui tombe pç^ à peu je^ d^iis.:
fî^X-'Ct
De l'autre côté du rempart de rochei'S qui férinC ^îachtBay au noiiî est située ttne autre petite val- ■ lie , au Fond'deTàqiteniesont ^êuxlacs, le Hagel- ■*« Cfeicdé la ferrie) fX'\^-HéxenSee ("lac dessofcfâ*es>; ce dernier est très-petit. Le premier, ombragé presque contirioellemènt an sud par une haute -chaîne de rochers dont la- cime surplombe, et exposé, sans aucun abrï, àiix Vênt^'du nord, ne dé-* g^e jaiàais en entier, même pendant les plurfortes chaleurs dë'^l'ëté. Son écdiilement visible se £rige
et remplit leurs interstices, est tout-4-^fait dissout. Aussi la partie supérieure de "ces rochers est - elle pareille à un mur sec , composé de pierres détachéesr, .qu'on pourrait faire tomber en les poussant avec h main. Au pied de la pente du côté du midi, Ton voit une quantité de blocs de brèche et de roc épars sur le sol. Il est probable que la profonde coupure dé ces rochers provient d'ime décomposition graduelle et de la chute de quelques-unes de ces parties.
Il paraît que le froid est l'instrument le plus actif de la destruction dés plus hautes montagnes* La quantité de brèche qu'on trouve en masses toujours plus considérables , près des sommités, les jointures des différentes couches qui sont beaucoup plus apparentes sur les rochers élevés que sur ceux qui sont dan» le fond des vallées, les violentes détonations que l'on entend dans les montagnes lors du dégel, toutes ces circonstances donnent à cette sup^ position' un haut degré de vraisemblance. Non-seulement en hiver, mais dans les nuits froides des autres saisons , l'humidité et l'eau qui se rassemblent dans les petites lézardes des rochers se congèlent et se dilatent, ce qui , joint à l'air qui se développe lors du dégel , détruit peu à peu les parties solides du ciment interposé entre les couches et cette matière , peut moins que toute autre résister à toutes ces influences.
Les débris se détachent ainsi graduellement du corps des montagnes et vont joncher le sol des plus hautes AIp^« Ou en voit journellement de nouvelle^
masses s'arracher de leur positiosret s'écrouler. ' C'est ^ii^si que la nature travaille à réduire en poudre les cimes colossales de nos hautes montagnes , dont Tas^ pçct nous remplit encore d'étonnement; mais elle c'y parviendra qu'après des milliers d'années^ à moins* que d'autres .révolutions orageuses ne hâtent leur abaissement.
En continuant à parcourir les différentes corn* munautés du Grindelwald^nous entrons maintenant dans celle de Holzmatienj qm borne à l'orient et au midi celle de Bach. C'est la plus petite de toutes^ et elle ne possède que 96 hivernages et autant d'al^^ pages. Le sol y est assez bien cultivé , mais con-^ tient des morceaux de grès isolés et des blocs de granit et de gneiss qui se montrent à découvert "dans les prairies sans que l'on puisse concevoir d'où et Comment ils y, sont venus. Le pâturage de cette • communauté est éloigné et séparé de son territoire ^ il est situé sur la hauteur, près du Rôthihom, entre ceux des commmies de Bach et de Bussalp , sur un monticule de forme rondç et tourné très-avanta- ^u^^nent au soleil , de sorte que les bergers peuvent Cotiduire leurs troupeaux à la montagne beau^ coup plus tôt que la plupart de^ autres h^d^itans de la vallée. •
Après le district de Hokmatt Suit celui de Grîndel à l'orient , qui se subdivise eilcore en trois quaitier^u E est le plus grand de touô et contient 447 hivernage^ et autant d'alpages. Le premier de ceB quartiers est situé auf pied du Mettenberg ^ et:^^ la Lùtscbâne»
llipiche et la L&tschmeD noîrç, jtir ifoe petite plaine ' où sont quèl^^ues iti^30iis,%t'sàr là pèntë'dé cette raoU" tagne. Cettse pltilne est pt^sëtvSeçaT de grandes digii'ès de la fuMur de ces deux tàVrtrfs' et porte encore lè* traces d'anciennes iMondations.' On 7 Voit' de grands amas de saible qui prouvent que le^glacîér inférieur s'étendait jusqûes-là.- " On Sâiti'en" effet , que, particulièrement à l'époqi de quelques çentainei Près de ce glàcisT sot "fissent qu'en élé: 0 ZeithrunneA (sources ■f sources de Mal)» c tttencént à couler.
Un peu plus haut se ti-ouve un ruisseau de céttA '■«pèce que l'on notnme Lugihaeh (ruijséau ihen" teur) , parce que nâo-seulemént il né coule pas en hiver, maïs qu'il tarit Qiême quelquefois %n été ;'il ment ainsi, puisqu'il semblait aroirpronlis de Ifeàu pendant toute la saison.
-'"- lïparaîtqQe lainatufe acreus^ dato ces r^tliérs ■tm réservoir , quî se vuide, lorsqu'il est pleîni au tm^en d'un levier hydraulique' naturel et ne recoiiimeoce à verserque lorsqu'il est rempli de nouveaux
pans la seconde division de là communauté de Grindel est située relise. Peut-^tre quelques Voyageurs y verront-îla avec intérêt lé srége qu'occ^a -b^Roi de Prusse Frédéirfc-' Guillaume m, lorsqu^tl "y a»si9ta àu ciilte dijriît dans mv petit iroyàg« qifd
- -■■'-:■-:--■- - Uv--:----^- '■■-.■■ -fit- ■"
fit eii Suisse au retour de su glorieuse expéditioa coatre là France. Il logça à la curfe, jet le p^^j^ur lui offrit une plume d'aigle pour inscrire son nom . dans le livre des étrangers , en lui disant : j, Votre » Majesté doit connaître cette espèce de plurafes ^ 9, puisqu'elle vient de déplumer im des oiseaux qui p les portent/' Le Roi daigna sourire à ces paroles.
On remarque aussi' dans ce district une étendue assez considérable de terrain qui se détache du Dur*» renberg et glisse peu à peu dans le ruisseau du M uk-» libach, à la distance de quelques centaines depieds^ avec les bâtimens et les arbres qu'elle porte. Ici ^ comme à Itramen, le sol repose sur une base de schiste et d'argile ; sa surface est ondoyante et change constamment de forme. Déjà , l'on voit paraître le rocher nud à quelques endroits jadis couverts d'un verd gazon.
Le troisième quartier du district de Gdndel n'offre rien de remarquable. Il contient lé pâtura^ de la Grindelalp , qui rémonte par \m talus fort escarpé, entre la Bachalp et la Scheideckalp, vers le mur de rochers qui porte le petit; glacier bien. Le sol y est tourbeux, et l'on 7 a trouvé en terre dés troncs et même des tiges entières d'arbres provenant d'une ancienne forêt qui s'est enfoncée. Au pied <lHm monticule qui s'élève sur la paite d'un pâtu-^ rage , on voit un amas de scories de fer , qui sont en partie recouverte^ de terré , et la tradition porte tjue ce sont les restes de 1^ première forge qui fui . Tom. II. i6
établie â^cns la contrée , lorsqu'une partie dei haliH ton» dé Masii vinrent s'y fixer.
' Nous terminerons par le district de Scheideck la deseription de la vallée de Griudeiwald. CettQ communauté poasède 359 alpages d'été et seulement dJ^^ltivçniages , parce que plusieurs de ses prairie^ ént été détruites. Elle est limitée au sud par le MetteDkerg et touche à Torient au premier gradin ivàùcé du Wétterhorn , nomméV Oberberg ou ObefS iurg et à Vàréte sur laquelle passe la route qui con^ #uit daiis la vallée de Hasli. Son sol est ^a grandi^ pî^rtie marécageux , et k climat si froid y que \% moisson s'y fkit plus tard que dans les autres disr bicte de ta vailée« La Lûtschiuen la divise en deux parties 9 dont la supéi'ieure est arrosée par le BergeU Aoe (nnsseau de Bergel) et touche au pâturage de la Scheideck 9 qui a cinq différentes stations et qui est singulièrement parsemé de débris de moniagnes. Ceux-ci sont probablement tombes du Wet« fei4)^rn , il y a peut-être bien des siècles ; les. uns 8^^l encore nuds , tandis que d'autres sont revêtus ik' ga^on et forment des aspérités sur le terraim Ou dit qu'on y a trouvé sou^ terre des arbres ea* tiers pétrifipés.
: ' L-arête la plua élevée de la Scheideck entre le (Siei»isberg au nord et le Wetterhorn au midî a eiir vicon. une à deux lieues de long; elle est en grande I^artie composée de schiste , qiii se montre à décou»- Verb et en décomposition, entre les. mammelons de eette-créte.^ La stratification des coujches de. ces
Proches varie singulièrement. Elle est tantôt vérticà^ lement convergente, tantôt contaurnante en spirale et présetite en général tant de déviations de la ligne horizontale et tant de confusién dans ses formes , qu'on y reconnaît les traces de quelques grands et Tiolens bonleversemens.
Au-delà de Farête oonimence la: Scbeîdeckalif , qui est du ressort de la raliée de flasli ^ mais doot -trois stations appartiennent encore au Grindelwalè» Ui»^ ancienne tradition raconte que les habstans de' ^ette dernière vallée tes ont acquises d^unè manière ^nbreptice. Aprè^ de longues contestations MCre leà deux peuplades sur la propriété de ce terrain ^ uai Grindeiwaldois remplit, dit-on , ses souliers de terre^ sttr son propre dèmaihe, se rendit ensuite aur le l^âluragd en litige, et y prêta sertnent qifil était, eur le terrain du Grindeiwald. It atait apporté sur sa tête sa seille à lait , comme s'il venait dô traire ses vaches. Mais l'ombre de cet homme însidietiX t&^ vient la nuit et parcourt toute la Scheidecîk jusqiiet au Zwîrgi , assise à rebours sur un cheval et pous* Saut d'affreux gémissemens , en punition de »àn par^ jure. On trouve asse2i fréquemment des tradkiont ^relatives à des partages de territoire parmi les mdn«« tagn^ds de la Suisse , et comihe leur origine 3e pel*cl dans les lenis \ts plus reculés , elles foumisseàt phx^ sietirs traita des anciennes mœurs^ et du earactèr* national de des peuples , dont on observe encore ie# ttacts de nos jom$.
. Des deux glaciers et des montagnes di^
. Grinde/wûld.
La section précédente â donaé la desçijption dtt sol cultivé et des pâturages fertiles qui s'étendent du siid*ouest âu nord et au> sud^^e^ de cette vallée ; loais il nous a paru convenable de consacrera sa partie méiiidionale , aux déserts de glace , aux fori» ji)idab|fi3 murs dç rochers « aux cimes couvertes déneige qu'dle contient» uit article paiticuiier ^ d'au^ tant plus^ que ce sont ces obtins qui y attirent pria-^ cipalement les voyageurs. . . ^
)) La per^4;>çctive d'tme vallée, dit Stapfer dans y, son. Voyage pittoresque de l'Oberland , pag. 5 e!t D suiv. ) qui 9 par une penjte ^rapide , de3cen4 entre % des rochers sourcilleux et qui est hérissée d'in- ^ li^mbrabies pyramides de glaces; un amas im- )) mense de glaces, qu'on ne peut comparer qu'à n Ath vagues solides ; une mer, si Ton osa s'exprimer ^ ainsi, immobile dans son courroux, et,, sur^es a) bords , une voûte presque aussi ré^guli^re que le D portail d'une grande basilique , cb^nge^nt de formç ji -chaque anpce ,^t ver^^t ime rivière intarissable ri qui doit son existence à la fqute; de 1^ substance jj ^ont c^ PPï'che transparent est ,çon^posé; les plus J9 J^ejlg^ prairies, des fruits d'up parfum, exquis, des ), bois charmans sur la lisière de cpnt?*ées .où règne fi un hiver étemel, le domaine de la vie touchant n à celui de ^^mort ; un torrent glacé qui , du haut
iAS
y, dês' ftimits / paraît se précipiter atèo fufeâr dans yi uiie gerge profonde , arrêté par un tapis de fleurs, I, ^ti lui marque ime limite que ses^ flots ne fran« f, chiront point , et la moisson du laboureur' se ba-« ), lançant en sûreté sur ses rivages : ce sont là , y, sans douté, des objets capables d'intéresser les ^ hommes les plus difficiles à émouvoir. *'
7) Mais , ce qui est bien au-dessus dé ces pbé- I, nomènes, ce qui s'empare bien autrement de toutes n les facultés de Tame, ce sont ces monts redou« 91 itaUes dont les bases sont ensevelies dans ces vaU » lées de glace et qui portent leurs cimes menaçantes „ jusqu'aux cieux; ce sont ces aiguilles gigantesques, 9 ces pios déchirés, qui offrent l'empreinte de tous D ks bouleversemens qui ont tourmenté ie ^obe« fi La fureur des élémens s'est brisée contre leurs p boueliers de granit. Couverts d'honorables cicar » triçes , ils semblent fiers d'être sortis de cette lutte ), terrible sans avoir été ébranlés et encore assez forts „ pour soutenir les nouveaux combats , que les cay, tastrophes futures de notre planète leur préparent , ^ et auxquels la voix de l'Éternel les appellera. On „ dirait qu'ils en attendent le signal dans \m calme „ majestueux, et avec la certitude de sortir encore f, \mt fois victorieux du choc des élémens et de „ survivre à toutes les nouvelles décorations de cette yi surface terresti*é , qu'ils ont vue tant de fois se re- II i^ou vêler. *'
rt Peut-être leurs cimes dominaientrislles d^à le 9 vieil Océan > à l'époque de son premier séjom* sur
jf nos oontinens i Us furent ensuite témoins de sa 9 r^triiit^ et virent successivement, et la terre secouer y vrir de ces animaux de genre inconnu , dont le 9 génie d$ ThOmme éphémère est parvenu de nos , jours à recomposer les squelettes ; et ces mêmes 31 raees disparaître, lorsque TOcéan vint revendiquer y, son antique domaine ; et les vastes contrées à leurs yi pieds se repeupler d'êtres gigantesques; et la mer j, venir à la voix de Jehovah , rouler une seconde ^ fois ses flots contre leurs flancs tourmentés et dén j, tnùreltsMammoiùhs et les Mastodontes , comme r) elle avait déjà anéanti les Anoplotherium et les , P^lâeoiherium. *' (*)
97 De nouvelles créations et de nouvelles secousses fi se sont succédées depuis ^ sur le théâtre dont ces fi pics sont les marches les plus élevées : tout a péri ; ^ eux seuls sont -encore debout et lèvent leurs têtes D altières jusqu'à cette voûte azurée qu'ils semblent y, soutenir. **
(*) ^ Les deux premières espèces de ces animaux ^.mairw „ tenant inconnus » ont beaucoup de rapport avec ceux .Vi qui existent de nos jours ; les deux dernières , les 51 anoplcikerium et les palâeotherium , ont une confori ^ matio» Cout-iufkir particulière et fort peu d'analogîc ^ i^veo<(Qu|fS les espaces connues. Cuvîer en a retrouva y des restes fossiles dans les terrains qui forment le sol ^ des environs de Paris et en a donne luic^ descrîptîoQ ,, intéressante dans sa Géographie des environs de Paris ^ 1811 et dans ses Recherches sur les ossemens fossiles* „ Paris 1S12. ••
Trôh At étB eoloss^s , M plutôt Imxtê basei t oôcupéilt au sud lé fond du vallon du Omdfii^ald. A droite» Von voit l'Ëigef , que Tofi appeli; souveot fÉlg^er êxiérieury pareil à \ïn^ imnlen^e pierre à fustl dont Telctrémité tranchante s'élève dani les airs. Fuit ^etit Bne étroite vallée , dont l'tnfonceinent est en* tiérelnent comblé par le glacier inférieur ou p^tii glacier. Le Mettenberg , dont le nom indique déjà qull est placé au milieu, est à gauche de ce glacier. Cette montagne à large base est le t>iedeâtal des Sehi'eckhorhs (pics de terreuf). Ôrt ne désigne proprement par ce nom qiie la plus haute de ces ai« guilles qui se trouve au milieu des autres , lorsqu'on parle de cet amas de cimes glacées. Elles sont situées d^rière la sommité du Mettenberg , sut* la panie de sa. crête qui se prolonge au siid, et trof> reculées pour qu'on puisse les voir depuis !e terre -plaih dU Grindelwald.
Souvent, dans nos vallées, les racines larges et avancées de hautes montagnes dérobent la vue dje leurs sommités et le voyageur se trouve déçu dfaoiS son espoir de jouii* de l'aspect de ces régions élevées^ lorsqu'il s'en est rapproché. A gauche du M^tt^enberg descend le glacier supérieur ou le grand glacier, dans une large vallée.
Enfin, tout-à^faît au iud-eH, le WetteAom, dont la sommité est plus sduvent voilée par des nti»ges que celles de ses voisins! , termine majestueuse* ment cet incomparable tableau.
* lêU VieëehtrtëtMrs oeft SûUiilûtéa C0QV«rt{^
,ffvaxt ntigt éblouissante qui dominent et entourent Je glacier inférieur , forment les limites entre les hautes moi^tagnes du canton de Berne et celles du -Yallais. De leur flanc méridional , du côté du Val» lais, descend le grand glacier de Viesch, dont Técoulement forme un ruisseau qui traverse en bouillonnant le bourg vallaisan de Viesch , 4'où il a tiré son nom*
On croyait autrefois que les deux glaciers du Grindelwald se réunissaient dans leur région supé^ rieure et formaient une grande mer de glace derrière le Mettenberg; mais on sait maintenant qu'ils sont séparés par la puissante arête des Schreckhômer. En général , on a observé qu'ime chaîne de rochers traverse et coij^tc conime un réseau îrrégulier les nombreux champs de glace qui s'étendent de l'orient à l'occident depuis la vdlée de l'Aa^ jusqu'au passage de la Gémmi , et en interrompt en plusieurs endroits la continuité. Quelques-unes des sommités de ce squelette de roc brillent à l'horizon et se font appercevoir à de grandes distances ; mais la plupart se masquent mutuellement et se décomposent lentement dans des déserts inabordables 5 où l'on n'a pu les découvrir , ni leur donner ime dénomination distinctive.
^ ' Je continuerai la description de ces régions élevées en le* suivant de l'orient à l'occident, et JV insérerai mes observations sur les deux glaciers.
Le Wetterhorn , élevé , selon J^s mesures de Tralles i de 11)453 i^eds au-dessus du niveau de la
Méditerrsmée , $^élânce presque verticalement dans -les nues, sur Taré te orientale de la Scheideçk au ^midi. Sa peitte n-est interrompue que par unç seule terrasse à l'orient, sur laquelle repose le petit glar cier d'AlpigeJn près de celui du Schwarzwald , qui . est alimenté par dès masses de glace et des avalancbes tombant des rochers dont il est dominé; .îl se décharge à son tour sur TAlpigelh-Alp , où la glace fond en été. Au-dessous de ce glacier, il y a encore quel(piés saillies sur la pente de la montagne, où A^'roît de Therbe , et plus loin, un filon de ^mine déferle couleur rouge y que Ton estime à 60 pieds^, que Ton^ exploitait autrefois et dont on transportait le minerai dans la vallée de I}asll pour le fondre.
L'Oberberg forme l'extrémité inférieure et la base
dur Wetterhorn , dont la sommité, se termine par
deux aiguilles , Tune plus avancée et peu considé*
rable , et l'autre très^élevée et plus reculée. Dans
. le Hasli, d'où on l'apperçoit, on donne fréquemment
à cette dernière le nom de Jungfrau tout court ou
^ dé Jungfrau de Hasli. Elle se présente par devant
comme une pyramide ; mais elle a plutôt la forme
d^un prisme se prolongeant au nord -est, dont un
des angles tranchans est tourné en l'air. Ce pic
escarpé s'éfôve au-dessus des épaisses couches de
neige dont l'Oberberg est couvert et qui se déchar-
gent de tems en tems par quatre avalanches tom-
.bant assez Régulièrement chaque anîiée aux mjSmes
endroits, deux du côté du nord et deux du coté du
.$ud*ouestdè U montagnç. La plus grande^ à laquelle
ott 4onn€ le nom de TFetitrlauinê , «ç précipite ôoia loin du col de la Scheid^ck et se répète asses souvent châctue été , pour que les voyageurs puîssetit lespérer d^en être témoin$.
Sur la peïite au âud^ouest de rObeAerjf èôt nij pftturâge as3ez étendu pour des chèvres et des brebia que l'on y laisse pâturer en liberté pendant toiite h saîson de l'alpage sans pâtre pour les garder. Plits en arrière, ters le Berglistock, qui est urte continuation assez élevée du Wettérhorn^ est un désert habité seulement par les brouillards , les averses ^ fa neige et les orages, auquel on pourrait âppliquet ces beaux vers de Lucrèce :
Nubila, ros, imbre*^ nix, ventij fulmina,
grande Et rapidi , ftemituèj et murmura magnà
minarum.
Lucret. L.V. v. Il9l.
Lcs^ hauteurs de TOberberg ont été peu explorées jusqu'à présent. On dît qu'elles présentent eh asse^ grande quantité des veines de crystal , prob^iblement ^uart2:eux , qui se montrent à découvert, et les paysans de la coiitrée parlent même de mine d'argent qu'on y aurait trouvé. La partie inférîeuife de ce mont est de nature calcaire.
En avaftt du Wetterhom^ dii côté de l^Oberberg, est une sommité de f(»rme ronde i dont la surfkoe estu^et couvée 4,t Mîge'^ nommée |»âr lu |>âtr€s
Anlenlctlli (boule de beurre), et ce même mont fe^ joint en arrière par une croupe de rochers pres-^ que à l'orient au Renferstock et se prolonge \tr& le hangende GleUcherhorn (pic de glacier suspendu ) dans I4 vallée d'Urbach , tandis que d'une autre arête qui part au sud-ouest du grand Berglistock, des-^ ceûdent le glacier de Gauli dans la vallée d'Urbach, celui de Lauteraar dans la vallée supérieure du Grim* sel , et au nord le glacier supérieur du Grindelwald^ Enifin 9 à Toiient ou plutôt au nord-est , le glacier de Rosenlaui descend aussi du Wetterhorn, de sorte que ce colosse et %t% voisins envoient le superflu des glaces dont ils sont revêtus vers les quatre points cardinaux.
La vallée qui sépare le Wetterhorn des Schreckhôrner est celle qui doit nous occuper plus particulièrement 9 puisque c'est dans son enfoncement 4ue s'étale dans toute sa rondeur le glacier supérieur du Grindelwald. Il occupe un vaste espace en partant des racines de ces monts de glace et court entre le Mettenberg à l'occident , l'Oberberg à l'orient , puis au travers de fertiles prairies jusqu'aux coteaux' de la Scheideck. On suppose que ce glacier a plus d'étendue que l'inférieur , quoique les cartes géographiques , que j'ai été à même de comparer , ne viennent pas à l'appui de cette opinion. Tous les deux ont à peu près un quart de lieue de largeur à lent extrémité ; celle du glacier supérieur est peut-être un peu plus considérable , et c'est ce qui lui a pro- |)aj)leraent valu le surnom de grande
iS2
Ilà conservent assez loin en remontant la mêhie latitude , puis ils s'étendent çn vastes plaines de glace qui ont à la fin environ deux Deues de large et rem* jjissent presque en entier Ténorme bassin qui les renferme. Le supérieur est incontestablement lejJus beau. La glace y est plus pure et mieux colorée , sa pente est plus roide et sa surface plus ondoyante , plus hérissée de glaçons , plus déchirée , ce qui , vu d'en bas , offre Timage si souvent répétée d'une nier en courroux dont les flots agités auraient subitement été gelés. Il faut monter à peu près pendant une heure depuis la cure et les deux auberges sur un terrain inégal et marécageux pour l'atteindre. On traverse le ruisseau du Miihlibach, puis celui de Bergelbach , dont les ondes sont noirâtres.
On franchit enfin quelques anciennes moraines» depuis long^tems revêtues de végétation , jusqu'à ce ^ue Ton arrive à la plus récente. De ce puissant amas de débris, parmi lesquels se trouvent de grwds blocs ^e granit , on peut contempler tranquillement ce torrent de glace immobile. Lorsque je m'y ren* dis en Octobre 1814, leglacier avait, suivant Texpression populaire, le nez en terre, et l'on voyait sur %ç:s bords le sol fraîchement remué , ce qui prouvait évidemment qu'il avançait. On a remarqué quç depuis quelques années il prend de l'aoci^oîsseraent et descend plus en avant dans ]a plaine; mais il n'atteindra probablement pa^ de long-rtems la grande étendue qu'il avait en 1770, J^orsqu'au contraire un glacier se retire, les habitans de, la coj^trée disent gu*il porte le nez en l'air. Ces deux expressions
figurées, fondées sur une oirçonsUnce accidentelle i peignent assez Ifien l'effet du mouvement des glaciers. Lorsque la masse de glace avance lentement, sef bords sont en contact avec la terre et la creuseni du plus au moins comme une énorme charrue ; oa bien , ces mêmes bords sont dans un repos complet» diminuent en se fondant par dessous et laissent ua vuide , de sorte qu'on les voit détachés de la terre et portant, suivant l'expression populaire i le ncs en l'air ^
Lors de cette visite en automne , je trouvai 1# glacier profpi^dément , mais irrégulièrement , déchir^ du haut en bas. Les crevasses avaient dans leurs coupures cette teinte azurée tirant sur le verd , quç quelques peintres ont donné à l'ensemble des glaciers, dans les tableaux qu'ils en ont faits, quoiquf leur surface soit toujours ternie par le gravier et le sable qu'elle charie, ou pour le moins couverte d'une couche de poussière grise , ou enfin blanche comme de la neige à moitié gelée. Les orifices mêmes des crevasses sont toujours blanches , et ce n'est que la densité de la masse , dans l'intérieur de ces fentes , qui produit cette belle couleur d'éme^ raude.
Plus près du Wetterhom , où la pentç est moîn^ ' forte, la croûte de glace était infiniment moins crevassée; maïs elle était d'autant plus chargée ()e ces débris , que l'on nomme Gufer et qui paraissent tomber en grande quantité des rochers en décompô4 sition qui favoisinent. Les flancs des montagnes
^ 4Shtré les^éllé^ lé glacier desceiïd^ j^toâtiisent un peia d'herbe sur quelques-unes de leurs saillies v mais ea général leur aspect est gris et singutièren^nl sévère. 'Le torrent du Weissbach se précipite des parois da " Wetterhorn , et le Milchbach de celles du Metteu* Berg. Ces deux ruisseaux se réunissent Sous le pla* teau de glace et forment les deux principales sources ^de la Liitschinen supérieure , auxquelles se joignent et les eaux de fonte et probablement d'autres sources qui jaillissent sous le glacier. Ces ondes changent souvent de lit sous les vôutes de glace et ne débouehent pas toujours du niéme endroit. Elles sont un ]>eu troubles, mais passent pour être très-pureS^ très^-sâltibres. Les savans ne sont pas d'aceord sut les causes qpi peuvent les troubler. Les uns les i^hérehént dans un àcîde particulier inhérent à !& glace et à la neîge. D'autres croient que lés parlîièules de ces eaux: sont plus cohérentes que celles <îes eaux ordinaires , et sont par là même plus impé- Éiétrables^ aux rayons de la lumière; d'autres, qu'elles contiennent ui>e plus grande quantité d'air tHe. En* fin , l'hypothèse qui paraît la moins forcée j est que «es eaux charne^t beaucoup de terre câtcairi^ éiàé terre siliceuse en disSolution^, puisqu'elles coulent presque toujours sur ces espèces de roches , et que la. croûte inférieure de la glace est nécessairement chargée de pareilles particules , qui se mêlent avec feati lors^^elle se fond. Malgré cela , on a nié aVêc taisoil que leur boisson produise des goitres ou dé fenfîure rfaiiS les glandes du côu ; Voïi a àtr contraire ÎTjgrïiàrqué 4ûei les hâbitans dés Alpes les emploient Avec succès cômffié Ma réînède dans diverses matâ'-
dies« Non-i!ei|Içiaciit Veaxx âe$^acicrs «stphis m^ taurautQ que tauto autre 9 lorsque Jes muscles sont relâchés par la la$situdQ9 et l'on peut eUer à çf^l égard Texemple de Tovirnefoit et de ses compagnonai sur le mont Ararat, qui reprirent des forces avec une promptitude étonnante, après av'oîr man^ de la neige ; mais on assure aussi qu'eTle est un excel* lent remède contre la fièvre , la dissenterîe , les diarriiées 9 les maux de tête et les maux de dents. La fkcuhé même lui a accordé àes vertus médicaks, et quelques médecins suisses Tout fortement recorn* mandée.
Le docteur Dan. Langhans de Berne 9 d'après les i«4îcations du docteur Salcbli de 2^ofingen, eqi fvâit oompqsé un Élkpir A glaciers qui , selon soa yrQSpiectus imprimé, était un dissolvant très - actif ,^ dans lefuel n'entrait aucune st^tance échaufiante ^ mais, seukmient de Teau de glace , mêlée de ^uelque^ $j^h calmanits y fondant^ 9 volatils >^t . préservatifs l^onjtre^ la pytréfeotion , contre répaisaîssement de§ liumeurs , qui éclaircissatent et rafraîchiraient le fimg). f<fendbîent. les sérosàés de la lymyliQ et oeurtralbaiesit l'âct été d'une bile é^baiitfée. Le gi^and IWler M*même «a rendu un téoioignage. lavorable à c^ éli:tùr; tnm rh7giè0e et la pharmaceutique mor? dfirntEiSi ont apparenuneni trotuvé qtielqae motif è le meUco dâ^ câU dans le pajps màne oà ili a été.cMi?* posé. . . . » :
^oîqu'tt m 5ôît , récotïîemcnt dtr gtacter 5t©i8: rieur a lieu. daii$ toutes les sai^oxiai.ajuxsi que celui
de là plupart des autres glaciers et cyjii^jlbue *çau- v^^^: coup à former entre le 30I et la glacé desVmite^^' ;|f ouvertes et quelqUéffois a$sez spacieuse^ pour q^'ua' homme puisse passer dessous. '
La preuve en . est entr'autres dans un événement > qui a été si souvent raconté et qui a fini par, être dénaturé au point qu'on en a placé la scène au glacier inférieur. Je veux parler de l'accident arrivé à f au-. ~ bergist^ Christen Bohren , dont je rapporterai ici le simple récit, tel qu'il fut publié dans la feuille d'Avis de Berne du 4 Août 178T-
» Christen Bohren , y est-il dit , traversait le 7
y, Juillet 1787, en compagnie de Christen In Âbnit^
ji journalier, lé glacier situé entre le Wetterhorn et
,) le M ettenberg v lorsque tout-à-coiip un morceau
yf déglace de 19 pieds de long sur 2 pieds de large qui
n couvrait un gouffre , auquel on a trouvé en le son-'
„ dant depuis lors 64 pieds dfe profondeur, se dé-
,) tacha sbûs ses pieds; Il 7 tomba, et dans sachûte
,) il se démit la main et se cassa le bi'as. Malgré
fi cela, il conserva' sa- présence d'esprit -et trouva
„ heureusement au fond du glacier dans la dïreCtioii
^ de la montagne une ouverture que le torrent dû
î, Weissbach, quidescènddu Wetterhorn avait creii-
j, sée etqui avait jusqu'à son issue 130 pîeds dé iongi
jfjl suivit, en rannrpant so^us la glace, le Cours de
f, *ce ruisseau y ^^t échappa aiiisi à i'affîrej^x dahg<^
„ d'être enterré tout vi£ '^ C) L
Nous i
(*) Ott cite dans TOberlaujcl, plusieurs i^uti^es. ç^eniplet ; , pareils de pertonnet échappée % la iport d'ooe nun^
Nmis reviendrons au gfftoier supérîettr, en preliant la route de la Scbeideck ^ et nous arrivons , en âtiivant le cours de notre description, au Mettén** berg et au Schreckhom dont il est surmonta, siluéa i l'occident de ce glacier. L'aspect imposant de xette masse de montagnes , vue d^ln point d'où l'œil peut l'embrasser en entier , rappelle le tableau de^ montagnes de glace que Silius Italicus A tracé dans son poëme de la guerre punique {Punicorum Lih. JII. V. 479 5 e/c.)n lorsqu'il raconte comment l'armée d*Hannibal , après avoir traversé les Gaules , apperçut tout-à-coup les Alpes sur les frontières de l'Italie. Quelques auteurs suisses , tels que SimleretScbeuchzer , ont déjà cité ce passage , qui trouveici sa par* faite application.
Cuncttt gelu , canaque œteP^Um grandine tecta Atque œvii glacUm cohibent : riget ardua m&nêis Attherei faciès , surgentique obvia Phœbo Duratas nescit Jlammis molliPe pruintis.
Quantum Tartareus regni patlèritis hiatUè Ad mânes imos , atque atrœ stagna paluâis A supera tellure patet : tant longa per aura4 Erigitur tellus et ccelum intercipit ùmhrâ. hullum verusquam, niilli œstatis konoT^es Sola jugis habitat diris^ sedesque tùetur Perpétuai deformis Jiyems : illa undique nules" Hue atras agit et mixtos cum grandine nimbo^i
miraculeuse. On lit dans réalise de Laùterbrunnen^sut une table en bois , riiintoire d*ûn YiomrtCS qui a survëca heureusement à une chute épouvantable qu'il fit depuis le haut d*na rocher très.ëleW.
Tom. IL 17
ettenbe^ né'>(fît qti'ââé'l^che ae du Schreckhorn, sa-cime S^'i tts di! la neige éternelle. C^'B6 avec de grandes difficultés. Ce* ir du Grindelwald y est parvenu de chamois , et a rédigé une'des^ lillée et très - intéressante de c* ais insérée ici , si les bornes d*, permettaient. Je n'en rapport^û
Ces hardis voyageurs , après avoir gravi pendant long-tems du côté du glacier inférieur , trouvèrent qix'ih s'étaient portés trop au sud sur la crête qui , de la sommité du Mettenberg , remonte vers l'aiguiHe la plue avancée dy Schcecl;horn. Ils furent obligés de redescendre pendant un quart de lieue sur une large plage de asige glissante qui se termine i)ar une espèce de. bassin profond^. puis, de regrimpei* à la distance d'une portée de fusil , pour atteindre enfinlebutd£si,ré. __,
K II était précisément midi, dit' notre auteur^ Au-dessous de lious. s'ouvrait un vaàte et som'bre précipice de T à 8000 pieds de profondeur, au fbud duquel nous voyions serpenter la Lutscliinen comme lin fil d'argeiit. La cure et l'église nous paraissaient dçs petits points blancs et les autres maisons dé Ja 4«llée pas^eaucoup plus grandes que les petits monceanx de terre que les vers soulèvent eu la silloiuiant. Der^ièife nous , h plus b^ute des troi» aiguille^ du Schreckhimi s'élevait aa-deU desQuages, sombrcj
inaccessible et trop escarpée pour que la neige puîssfe s'y fixer. A rorient se présentât , à peu près aussi élevée, la cime blanche du Wettèrhorn, et à se$ pîeds, à une immense profondeur, le glacier stipé- -rietir, Semblablie à là voie lactée, serpentait dans les gorges des montagnes. Nous jetâmes quelque^ grosses pierres dans Tabirne; tnais avant d'avoir franchi le tiers de la hauteur, elles étaient déjà brisées et réduites en poussière par les rocs sallians sur lesijuels elles avaient rebondi; '*
ff Le Mettehberg est en entier de roche calcaire des Alpes , qui , sur sa sommité , est entièrement décomposée et fendue en petits blocs quaiTés de 2 à 6 pieds^ cubiques. On serait tenté de croire que quelques ouvriers munis d'înstrumens pourraient eh peu de tems abaisser de quelques pieds sa partie «eptentri^alf^ , là où elle n'est pas couverte de neige; Très-souvent , quelques-uns de ces quartiers, de roc ae détachent et roulent deux-mêmes sur la pente, ee qui explique rabaissement naturel et progressif desmontagj^es et les causes de rençombrement des yallée^.ïjn hiver et ^u printems, de noipbreuses tvalanebes se précipitent régulièrement chaque année des flancs escarx>és du Mettenberg et leur marche est^ connue, qu'on leur a donné des noms. Maia aouvent. aussi il en tombe d'autres en si grande qufui^ lité , que toute la montagne sehible s'écrouler. "
. n Au sud-ouest et à l'ouest*, nous reconnûnfies i. 3000 pieds au-dessous de nous> une partie des grands pâturages. de brebis (dont nous avons d^jà
parlé ) et qui peuvent avoir six lieues d'étendue. Un ancien document constate que jadis des bêtes à corf nés y pâturaient, tandis qu'à présent ks moutons 7 trouvent à peine une chétive nourritiu'e. Fort audessus du point où nous étions placés, nous apper* cevions sur le col septentrional du Schreckhorn des vastes champs de neige, qui vont aboutir à Torient au glapier supérieur, à l'occident au glacier inférieur^ puis s'étendent à perte de vue d'un côté vers la vallée d'Urbach et le Grimsel , et de l'autre vers les glaciers d'Aletsch , de Viesch et de Lôtsch. '*
Dans la continuation de ce voyage , il est question des contrées situées à l'ouest du Wetterhorn, et j'en citerai encore quelques passages , puisque je dois en parler aussi.
), Arrivés au Martînsdnick après une descente très-dângereuse , nous n'aurions eu qu'une lieue et demie à faire pour retourner chez nous ; mais nous nous dirigeâmes au sud et nous primes le chemin le plus court pour atteindre le glacier, en passant près de l'Grtfluh , rocher avancé et anguleux , autour duquel le glacier forme un coude et où l'on a taillé quelques marches qui descendent jusqu'à la surface àe la glace. Il paraît que le glacier était jadis au moins de TO pieds plus exhaussé, car on voit sur le roc des sillons creusés parle frottement, à cette hauteur au-dessus de son niveau actuel. Deuxbanc^ de débris ou Guferlignes (*) qui se prolongeaient à
«te
i^) C*est afiiHi que ron nomme dans la Suisse aneniand« 4cs mpoccaim 4.e pierre, arrondis » en forme de tom*
tme grande distance sur le glacier , se terminakstit non loin de Tendroît où nous TaUeignîmes. **
yy Plus bas 5 la pente devient plus inclinée , la glace par là même plus de'chirée , et les AéWxB de pierres qui forment ces bancs , roukiyt dans les crevasses. Après une demi-lieue de chemin , nous vfmes à nos pieds la place où la Liitschinen , ou du moins Tune de s^ principales sources , après avoir coui^ sur la surface du glacier , se jette avec un sourd mugissement dans un horrible gouffre pour «e frayer un chemin sous ces masses gelées. Les chasseurs ont nommé cette cascade le foulon {die WaéÂe}k cause du bruit qu'elle fait. Nous jetâmes quelques pierres dans cette profonde ouverture, et nous ne les entendîmes tomber dans l'eau qu'après un intervalle de 12 à 14 secondes. "
5) Nous pouvions déjà appercevoîr le terme de notre jouniée , les cabanes du Zesenberg , à Un quart de lieue de distance , et nous nous assîmes tranquillement sur la glace pour allumer nos pipes. Mais à peine étais-je placé , que le singulier phénomène, nommé dans la contrée Y accroissement des glaciers, se manifesta. Un bruit affireux , assourdissant , plas fort que le tonnerre le plus yiôleiit se fit entendre. Tous les objets autour de nous devinrent mobiles. Nos fusils , nos cannes , nos carnassières que nous
beaux disposes en lignes d*une hauteur et d*une longueur considérable , que Ton rencontre au milieu des glaciers dans la partie la plus élevée des hautes VflflU^«
avions déposés paraissaient s'animer. Des blocs d% rochers , que nous avions cru fixés dans la glace , commencèrent à rouler et à s'entrechoquer. Des c^dVass0$ se- ferâièrent avec unfi détonation semblable à^im coup dfe çanpn , et Teau dont çlles étaient rem-, plieisi fut lancée à une grande hauteiu* en l'air et retomba en pluie sur nous. De nouvelles fentes de 10^ à 20 pieds de largeur s*ouvrîi*eiit à nos yçux avec: x(ù fracas épouvantable. La masse de glace entière, avança de quelques pas. Une terrible révolution sem^^ btait prête à éc^ter; mais après quelques secondes tr t^ut rentra dans Je repos et le; silence , iijterriànpiJL* seulement par le sifilement des marmottes. '' : >
'■> ;,, Nçus avions cheminé pendant environ une heurer sur, le glacier , lorsque nous arrivâmes , on pour^^* dire, nous abordâmes aux cabanes du Zesenberg.".
^ Les pâtre^qui les habitaient nous saluèrent déjà 4c loj^ par des cris joyeux , vinrent à notre yen* contres et nous introduisirent avec une hospitalité Qordîale. dans ^ne-de leurs habitations 9 qui n'était g\|èi^3 autare çhps^ sn-wniB grotte n^^^i^Ue sous «%. rj>çhfer. Us y^passçnt^enx , trxiis , tout an pM ^ sfmfiaîne^^àns les plu^ grandes chaleurs de Tété et y -gardant un 4çoup^i^n, ds chèyrf^ sur le pâturagç z^tz, fertile du ^esenberg 4. qui est ^i tué comme une île-at| milieu <Ie ^tte mer de glace. U représente,, siur u^e pins grande échelle le Jardin, ce rocher fleuri dans les placiers du Montblanc , que ^es voyageurs vont visiter. Nous y fimes un, frugal r?pas de lait de. chèvres et de pain, et nous nous cçu-
Irènvée nulle part ni décrite , ni dessinife 9 comm* étant encore existante. Le 30 Juillet 1814, je fis une excursion au Nellenhalm (caverne de Nellen) DU die était située, et je me félicite de pouvoir , d'après ma propre expérience , recommander aux TOTagéurs cette localité curieuse, intéressante et ^'un abord facile.
Nous nous mîmes en route arec le pasteur & quatre heures du soir. Il ne faut qu'une heure pour se rendre de la cure à cette caverne , si Fou ne s'ar* réte pas tmp souvent en route pour contempler la «rue; Nmis descendîmes dans le terre -plain de U ^iiffllé^, en passant près de l'église et de plusieurs maisons de paysans , qui nous <Kfiraient maints ta» llleamx et grouppes champêtres. Nous observâmes^ -chemin faisant , de très - anciennes moraines à une iassez grande distanoe de l'extrémité actuelle du gla^ 4:ier, sur lesquelles croissent maintenant des arbres, •4u gazon et où l'on a même bâti des inaisons* Uq -peu plus loin , nous entrâmes sous l'ombrage d'un poli bois d'aulnes clair-semés , au travers duquel le «entier qui conduit au glacier monte par une douoe pente. Un petit pont nous porta sur la rive gauche jde la Liitschinen à peine sortie de ^on antre de glace, fifous quittâmes alors la direction de la caverne et %0}A% inarchânies sur des amas de débris confuse-* ment amoncelés et sur un sol graveleuse , jusqu'au •tJeiHiier gradin de rocher, sur lequel le glacier se ^rmiqait alors. L'adage A souvent répélé que Fon fieut , au bard de oe glaciar , cueillir d'une main <^a fraiaes et tou^bcr la glace de Taulre, ne se ?4-
rifiait pas alors à la lettre , au moins du côté du nord, où nous étions.
Vues depuis en bas ^ les masses de glace nous parurent énormes 5 mais pas aussi pures que nous les aurions désirées. Plus un glacier descend dans la plaine entre des montagnes qui ne sont pas couveaftes de neige , et plus il est chargé de pierres et de débris (Gufer) qui en tombent, et d'une pous- «ière de sable fin. Lorsqu'on s'approche de celui-ci ^ on ne peut points au premier abord, évaluer de l'œil sa grandeur, son étendue^ ni la hauteur de set pyramides. Il est sans doute plus petit que les fameux glaciers de Chamouni. Mais les énormes murs de rochers presque à pic de l'Eiger et du Mettenberg ftû l'oicaissent des deux côtés , les aiguilles élevées des pies de Viesch , qui forment le fond du tableau, le fout paraître infiniment plus petit qu'il ne Test en effet. De soite que Ton reste quelque tems étonné et mêfpe incrédule, lorsque les hahitans de la contrée en indiquent les grandes dimensions d'après des mesures , des calculs et des évaluations bien connus. On nous montra de loin une place fort élevée sur le Mettenberg, nommée Thiersiein^ où les chasseurs de chamois se cachent avant de commencer leurs poursuites, pour regarder de tout côté dans ces déserts avec la hmettë d'approche dont ils sont toujours munis, afin de découvrir le gibier. Cet immense roc ne nous paraissait pas plus grand qu'une petite yerruç.
V{WA ppntçin|(lâme^ itveo étonoement rintérieur
,36 rén'orrtic, crevasse en fAcédù hom , d*oîir âott le bras principal de la Lûtschinen. I/aspect de <^eile ouverture varie trop souvent pour qu'on puisse en donner une description exacte. '
Sans cesse des colonnes ou des bloes de glace tombent en avant dans la vallée où tf$ se fondeîit ou s'agglomèrent ensemble par la cong^tîon ; Iw^ qu'il y en a beaucoup, ils forment alôrs^une pli>* Jpngation du gkcier. La glace tapissait à uA€ grandis 'hauteur les bases du roc et brillaîJf d'un ^lat bleu verdâtre foncé, sur les parois de la haute et lai%e vôute d'où Tcau se pressait de sortir. Si, dans ^cc momerit-là , un rayon de soleil y avait pénétré , nous aiirionsr vu toutes les couleurs de Tlris dans l'épaisse -pluie' de gouttes qui tombaient du dôme de cet antre. ,Nous apperçunàes ce jeu de la lumière endejkors de la crevasse sur quelques filets d'eau qui débéulaieiit immédiatement de la surface du glacie^ et tombaient ^n cascade, du rocheir sur lequel il repose.- ' ' ■ ; ->^'--'' - ''" "'■ :^ •■ 1 ■....■■ • ■ ■ . i • r.
Nous reviniiies sur nos pas ^ et bi^tot nous arrivâmes , après avoir monté suriia coteau à droite sans beaucoup de peine , au butiohe xKolre pramenafde, à cette grotte que les "voyagieur^ ne devraient^iaimâs négliger de visiter; La vmtÈe est ibrmép par tm rocher avancé qui fait partie de la basie de TËigar à l'orient. Sa profôndéur n'eit fue de 26 àJO pias.; m^s son ourerturer esl «J ^krf e » qu'eUe est.parfaitement éclairée jusqu'au fond , où la yontet 'abaisae et touche le sol en angle aigu. Lorsque depuis Tin* térièâr bù^^regarde ièn ièào^yj^.i)^i&«»faé contre
U parois à droite un amas de {lierres eoarert de sable et de poussière , et l'on resterait dans le doute , si ce sont les ruines d'un vieux m(|r ou un mpnceaude débris de rochers, si la tradition ne nous apprenait pas que ce sont des restes de l'ancienne chapelle de Ste. Petrohiile. L'époque et le motif de la construction de ce petit temple sont tombés dans l'oubli. Mais l'annuaire de la cloche dont j'ai parlé plus haut indique l'année 1044 et ne permet pas d'adopter l'opinion d'ailleurs assez plausible et soute- ■ nue par quelques auteurs que Berchtold V, duc de Zâbringen ayant été battu à Ulricheu dans le VaUais en 1311 , se réfugia dans l'Oberland au travers des déserts et des régions les plus sauvages des montagnes et que , lorsqu'il atteignît à cette place , le sol de son pays et la vallée alors déjà habitée , il consacra ce sanctuaire à la bienfaisante Ste. Petronille , patxûDt de ces rochers , en reconnaissance de ce que sji vie avait été' sauvée..
Gruner et Âltmann , deux auteurs suisses , qui ont publié des descriptions des glaciers du Grindellyald , sont d'opinion tout- à- fait divergente sur la cause du culte exclusif que l'on rendait à cette Sainte» ici à l'extrémité du domaine des glaces éternelles'. Son nom , qui a de l'anol en latin (petra) milite | avance , qu'on lui attribua les pâturages et le sol fe de montagne. Qn dit en quelques chapelles dans oAns un but semblable.
tàenl éâns la légende une sorte de rapport entre les éons miraculeux attribués à différens Saints avec les noms qu'ils portent. Le cœur humain en même tems si altier et si craintif pouvait bien, en se hasardant dans les régions de glace et de rochers, cjMrouvcr le pressant besoin de se recommander particulièrement à la protection d'une puissance surnatitreHe.
On ne peut pas évaluer exactement la largeur - de Fembouchure de cette caverne , parce qu'elle est trop auverte pour qu'on puisse déterminer précisément le point de son entrée. Il me semble qu'on peut Testimer à 24 pas sur upe hauteur de 60 à 100 pieds. Elle a en général de la ressemblance avec celle de St. Beat sur le lac de Thim , excepté qu'il n'en sort pas^un ruisseau. Seulement quelques gouttes isolées filtrent sur la surface du rocher et tombent à terre en dehors de la voûte. Nous crûmes reconnaître des vestiges évidens du chemin qui passait tout auprès. Il remonte insensiblement sur le bord dix glacier et se perd là , où il ne reste plus d'espace entre le roc et la glace. On allègue comme ime preuve des fréquentes communications qui avaient lieu jadis entre le Grindelwald et le Vallaîs par cette voûte, que plusieurs familles actuellement existantes dans la première de ces vallées sont oi^iginaires du Vâllais, ce qui serait très-difficile à expliquer si ce lissage n'avait pas existé. On raconte aussi qu'on voit à Viesch en Vallais une cloche qui provient de la cliapelle de Ste. Petronille , comme celle que l'on montre aujourd'hui à Grindelwald. Les Vallaisan«
doivent l'avoir enlevée à Tépoque de la réfiormatioii et il est impossible de croire qu'ils eussait passé le Grimsel pu la Gemmi poiur cette expédition.
La vue dont on jouit du Nellenbalm (caven^s de Nellen , abréviation de Petronelle ) est très-belle , et l'on peut en juger par la planche ci-jointe , dans laquelle Lory en a représenté une partie , ainsi qu^^ la grotte elle-même. On y voit au sud-est l'extrémité du glacier avec ses abondans écoulemens et au-dessus le Mettenberg avec ses terribles murs de roc à peine échelonnés par quelques cormclœs rares et étroites , où il croit encore quelque peu d'herbe alpestre , que les faucheurs sauvages (fPiIdheuer(*) vont recueillir.
Au fond du tableau se présentent le Wetterhom et la grande Scheideck de Hasli. Il faut convenir que l'on n'apperçoit dans ce dessin que peu de co«> lonnes de glace et des crevasses du glacier*, mais il n'a déjà que trop souvent été représenté dans son ensemble vu par devant (**) , et nous n'avons pas voulu répéter encore ici le même point de vue. De
^— ^* I ■ I ■ I I [mmmm^mm ■ ■ W| il ■ I ■ il I ■■ i ■! ■ ■ !■■
(^) C'est ainsi que Toii nomme les montagnards qui , dans ces contrées , font le métier d'aller faucher» souvent aa péril de leur vie , les brins d'herbe qui croissent sur des plateaux entourés de rochers , sur les rebords étroiti 4m montagnes , sur tes pentes les plus esoarpées , ina^ tH>rdables au bétail , et qui en fout du foin qu'ils rap^ portent dans la. vallée» , .
(*^) Entre autres par Kônig , Lafond , Bidermann , etc. sans parler de quelques autres dessins plus anciens*
la caverne on. voit en.ciM'e au nord et au tiord-est,
.es planant sur le joli bois d'aulnes qui ombrage die
sa verdure foncée le pied de la montaghe, on voit,
dis-je , la cure et l'église , derrière lesquelles s'élèvent
bféts considérables
;s , couronnés pdr
lautes montagnes ,
une vive exaltatiou
' - Nous ne quittâmes pas ces lieux sans nous rapt- , peler les trois individus tétnéraîres qui en 1712, lors . des guerres de religion 'en Suisse , arrivèrent du Val- . lais dans ie -Grindelwald , en passant par les régions les plus hautes et les plus difficiles dés glaciers. Ilà appartenaient à cette peuplade d'Oberlandais qui , i de touttems et encore ,de nos jours « se rendent dans le Valiais pour y exercer liifférens travaiix. Lorsque . la guerre éclata , les Vàliaisans voulaient les retenir de force paranimosité contre les Bernois et les Protestons en général, elles obliger à abjurer leur religion , ta les privant de toute nourriture. Ils troU- : vèreiit moyen dé s-'éehftpper et de revenir airiSi aU péril de leur vie dans leur lieu natal. Us gravirent assez facilement ces hautes montagnes du cote du Valtais ; mais , du côté du Grindelwald , ,ils coururent risque de mourir de froid et ne purent se préserver d'une fin aussi cruelle que par un travail continuel^ <3i taillant des-raarches'daus'la giacé.
;fc; r\-..K - "^^ - — -^ -* ^
Pbjfdge à BUmuggëurk restera du Metienbesg. '
Si r<m désira: roir de très-près la mer de glacé dn glacier iiifêrîbur au piied des pics de Yiesch, on peut se rendre à Bamsegg sm* la base postérieure As M#tteAbei% , en suivit le bord de ce glacier au no^d-^^; mais pour entreprendre ce voyage v il ne fkut pas être sujet au vertige ; il Ëtut avoir uiiG marebe assurée c^ une bonne poi^ine. Je n'ai jamais visité moi-même ces affi^eux déserts remplis de jro^ chers et de glace ; mais , comme c'est une des parlés lê^ plus rem^quables de nos hautes montagnes, jjt veux au moins citer la description qu'en a doniië M. Wyttenbach, qui a fait cette excursion hardie au hiois d'Août 1776 avec un plein succès et avec l'esprit d'observation qui lui est propre. Il â bieh i^oulù me permettre de faire usage du manuscrit daris lequel il à consigné st& remarques.
> Je pai*tis, dit-ilyde grand tnatîh le 6 Août, €t je descendis jusques pires de l'extrémité du glacier inférieur , où un sentier monte sur la base antérieure du Mettenberg , en traversant d'abord des prés fleuris , puis des sombres forêts sur une pente escarpée et i?ab6teuse. Avant d'avt)ir atteint ces boîs , on èe trouve encore dans une riante contrée, à îaqùeîle on peut appliquer ce vers de Virgile :
tfoH liquidi gregibus fontèê^^ftûn grâiHinà'^y'
D Mais 9 dès qu'on les a dépassés ^ elle devient âpre et sévère. On voit un rocher haut et nud de pierre calcaire, dont le sommet avance et forme un portail majestueux au milieu duquel jaillit le Kessi« bach ( ruisseau de Kessi ) qui prend sa source dans les glaciers et dont Tçinde fraîche et perlée nous af^ frit une boisson restaurante. Plus haut , au-dessous du chemin et plus près du glacier , est une caverne nommée le Heidenloch ; ensuite le sentier devient si étroit et si dangereux s que Ton peut à peine por: ser un ^ied Fun devant l'autre ^r ks entailles que Ton a fkites dans le marbre. ''
„ Les nombreuses avalanches qui tombent an« nuellement de ce rocher dans les terribles précipices où ils aboutissent, ont rendu leur pente déjà Xxhs^ roide , singulièrement unie et glissante. Lorsque je m'arrêtais sur l'étroite corniche où nous marchions % il me semblait que j'étais cloué à la parois du roc et suspendu sur Tabime sans pouvoir avancer ni reculer ; mais je ne restai pas long-tems en place et j'avançai avec circonspection aussi vite que possible PQur gagner un teirain plus assuré. Cependant let pâtres de la vallée conduisent leurs brebis et leurs chèvres par ce même chemin sur les pâturages productifs situés derrière la montagne. Ils y passent même souvent chargés de fagots ; mais aussi on & des exemples qu'ils y ont trouvé la mort. *^
^ J'étais justement à l'un de ces endroits les pla5
^rilleux , lorsque mon guide me raconta froidement
que peu de tems auparavant un de se» amis avait eu
le
le malheur de glisser, à cette place même, et de tomber de toute la hauteur de ce rocher si élevé dahs les crevasses du glacier , d'où , mûrement , il ne ressortirait jamais. '^
y) Mon imagination fut tellement ébranlée à ce discours , que je croyais voir cet infortuné déchiré , fracassé par les rochers , s'engloutir dans le gouffre de glace , où mes yeux plongeaient involontairement. Je commençai à trembler de tout mon corps; le guide s'en apperçut , me saisit brusquement par le bras et me soutint jusqu'à ce que nous eussions atteint im terrain plus sûr. J'avais cependant envie •de poursuivre cette route aventureuse. J'éprouvais ce que dit Sénèque : ,9 Je sentais mon courage s'ac**» )) croître quand je réfléchissais à la grandeur de mon » entreprise ; je songeais à ce qui me restait à faire ^ pour la terminer, plutôt qu'aux forces nécessaires » poiur y parvenir. "
QuoBst. nat. L. IlL praef*
.)) Après avoir encore un- peu monté , nous arrivâmes à la partie de la montagne nommée Martins^ druck^ où le rocher avancé ne laisse" qu'un passage si étroit, que l'on a cherché à y établir un garde* fou , afin que les moutons puissent y passer. A cet endroit, il y a une excavation dans le roc^ comme si un homme l'avait enfoncée en i!y appuyant du bas des feins. Cet enfoncement se ti*ouvant. vis-à« vis du Martinsloch ou Heiterloch ( trou de Martin ou trou éclairé ) , ouverture qui traverse de part en part un des rochers d^ l'£iger , les habltans de Torn. //. ' 18
ja vallée disent que c*est St. Martin qui avait pris son point d'appui à cette place, lorsque (*Dieu sait dans quelle occasion ) il avait voulu séparer les deux montagnes opposées , et qu'en faisant de si grands efforts , il avait percé avec son pied ou avec son bâton Touverture dans l'Eiger et enfoncé les flancs du Mettenberg avec son dos. "
„ Je doute fort que St. Martin , évêque à Tours en France dans le quatrième siècle, ait eu la moindre notion de ces montagnes ni même de ce pays. Il est bien plus naturel de supposer qu'un singulier jeu de la nature a fait donner à cette ouverture le nom qu'elle porte. Lorsqu'on est placé le 17 ou le 18 Janvier et le 25 ou le 26 Novembre à côté de l'église de Grindelwald , à l'heure de midi , on voit le soleil , pareil à un grand feu , luire au travers de cette fente des rochers de l'Eiger. Or , dans le vieux calendrier, qui n'est pas encore tout -à -fait oublié chez les montagnards , le 25 de Novembre corres* pond à peu près avec le 11 Novembre du calehdrier réformé, jour de la St. Martin. "
„ A juger d'après les dimensions du Martirisdruck , le saint homme Martin aurait été pour lé moins aussi gigantesque que St. Christophe; mais les traditions portent toujours l'empreinte de l'exagération , et s'il est vrai , suivant la version des Rabbins , qu'Adam avait 900 coudées de haut , les traces de ses pas dans l'île de Ceylan et le lac qui s'y forma des larmes que répandit Eve, peuvent fournir un pendant au résultat des efforts de Saint-
Martin sur les rocs du Grindelwald. (Voyez BayU Dict. au mot Adam. not. J. Abel. not. B.)''
,j Mais , revenons à notre route. Jusqu'alors nous avions toujours longé les parois des rochers ^ui s'élèvent itii^médiatement sur les bords du glacier et nous avions eu sans cesse sous les yeux l'effrayante , mais très-intéressante , vue de ses pyi'amides de glace et des horribles crevasses qui le siU lonnent. Mais , après avoir dépassé le Martinsdruck , nous quittâmes le sentier ordmaire pour monter plus haut sur le Mettenberg. Nous y trouvâmes bientôt de très-beaux pâturages, nommés au/ dem Baren ( sur Tours ) qui, malheureusement , ne sont pas abordables aux vaches. On m'assura qu'autrefois le chemin qui y conduit était beaucoup plus facile et qu'encore à une hauteur beaucoup plus considérable sur la même montagne il y a un endroit nommé Ochsenlager (stations des bœufs), parce que jadis oh y conduisait une quantité ae bœufs à l'alpage. Mais les lavanges , la décrépitude et la décomposition des rochers ont opéré aussi dans ces lieux les plus fâcheux ravages. "
yj Au-dessus de ces pâturages s'élève un haut rocher nommé le Brunnhorn (pic des sources). En effet , il en découle plusieurs qui vont se jeter sur le glacier. ''
„ Derrière le Bâren , on arrive à une place trèsdangereuse , où les couches presque verticales du gneiss qui se montra à découvert , se termûient par
un affreux abyme. Les saillies les plus élevées d« ces couches ou feuillets forment des corniches ou des degrés inégaux, sur lesquels on peut monter, quoique avec beaucoup de peine et de danger; mais on voit au-dessous de soi des précipices d'une pro« fondeur énorme , dans lesquels roulent , en hiver et en printems, de grandes avalanches. J'aurais fort désiré rechercher ici l'endroit où la roche calcaire est superposée sur le gneiss ; mais la route était trop périlleuse pour que j'eusse osé aller partout au hasard, ^ au lieu de pouvoir observer la ligne de démarcation si instructive entre ces deux espèces de substances , je fus réduit à former des hypothèses à cet égard. ""
» Nous gravîmes pendant quelque tems , et enfin nous arrivâmes aux pâturages pieiTCux et escarpés de Bânisegg. Un vent très-violent et un averse dont il fut suivi îious empêchèrent de nous y arrêter longtems , et nos guides nous obligèrent même à songer au retour , au lieu de redescendre sur le glacier et de nous rendre au Zesenberg au pied des pics de Viesch , cpmme nous, nous Tétions proposé. "
„ Bânisegg est la partie la plus reculée du Mettenberg , où Ton puisse conduire des brebis et des chèvres au pâturage. H faut cependant qu'il nourrisse une grande quantité de ces bestiaux , puisque Ton m'a affirmé que le salaire des bergers, à qui on paye 2 batz par. tête de brebis pour les garder pendant tout Tété , monte jusqu'à 100 francs. ""
y, Quoique forcés par l'ouragan à nous mettre à l'abri derrière un rocher, je pus cependant mesurer des yeux cette contrée extrêmement sauvage , mais très-remarquable. Je ne voyais tout autour de moi que des rochers nuds et des glaciers; seulement j'apperçus au pied du Zesenberghorh , de l'autre côté de la mer de glace , une petite place verdoyante. Cependant , il règne dans ces lieux une telle variété . d'objets, qu'il est impossible de décrire d'une mobilière satisfaisante ce singulier et vaste tableau. "
„ J'étais placé au pied d'une projection très-élevée du Schreckhom et je voyais devant moi à l'orient une ligne d'énormes pyramides de rocs qui s'élancent dans les nues , extraordinairement escarpées et inaccessibles ; dans leurs crevasses, danS leurs coupures , dans leurs sillonnemens , dans leurs intervalles , elles recelaient des masses de glace monstrpeuses , amoncelées les unes sur les autres. Je cpmptai six de ces pyramides , dont la seconde est le petit Schreckhorn , la suivante et la plus haute le grand Schreckhorn , et la dernière et la plus basse la Strahleck. Plus en arrtère se présentait un autre cône de montagnes extrêmement haut et tout couvert de neige et de glace, qui est, si non le Lauteraarhom, du moins l'un de ses plus proches voîisins. "
r) Les aiguilles mentionnées ci-dessus qui forment la chaîne des Schreckhômer vus depuis Berne , ne paraissent être qu'un seul morit. De puissans glaciers descendent entre la plus reculée et la Strahleck et
vont se vuidcr dans le glacier principal. Au pîed de la Strahleck le champ de glace qui en est le plus rapproché s'étend comme im grand mur qui court au travers de toute la vallée jusqu'au Zesenberg , et qui présente sur sa surface les formes , les fentes , les pyramides et les découpures les plus variées; Mais , à son extrémité inférieure , sa figure devient plus uniforme , la glaee y est moins crevassée et il descend sur la pente , où il ressemble à un fleuve large d'une demi -lieue, qui aurait été subitement gelé et arrêté dans son cours. Des grands blocs de rochers , pareils à des immenses quais , sont i^acés comme des digues sur ses deux bords. Ceux qui sont au sud sont poussés par un autre bras du glacier qui descend du Schi^arzeireii (planche noire) ^ sur le milieu du glacier inférieur , où tous ces différens embranchemens viennent aboutir , de sorte qu'il s'y forme un troisième banc de débris (Gufer-^ Unie) qui com't en ligne parallèle avec les deux autres , dont nous avons déjà parlé , vers le fond de la vallée. On a plusieurs fois , à difTéi'entes époques , creusé au pied de la Strahleck et du Schreckhorn , pour chercher des crystaux ; mais on n'en a jamais trouvé une grande abondance , quoique plusieurs veines de quartz^, qui contiennent ordinairement ces belles pierres, sV montrent, dit-on, à découvert. Les morceaux de roche qu'on en a rapportés tenaient tous de la nature du gneiss et du schiste micacé, et dans les nombreux petits crystaux que Ton y a ramassés , je n'en ai pas vu un seul dont les pyramides ne fussent pas pour ainsi dire comprimées, c'est-à-^ire, ayant deux faces très-larges et deux autres très-étroite». '*
n Au pied de Bânisegg , la vallée se courbe vers l'occident et oblige le glacier à prendre la même direction en se resserrant contre le Zesenberg, qui se présentait en face de nous ad midi. Il forme la parois du glacier du coté opposé à celui où nous étions. Ses plateaux sont à divers endroits chargés de grandes masses de glace et ses flancs presque toutà - fait nuds. Sa racine septentrionale qui se trouvait droit devant nous est la seule place où il croisse de rherbe dans ces sauvages solitudes."
yy On y voit un misérable chalet , demeure d'un berger qui y passe quelques semaines de Tété avec des brebis et des chèvres. L'abord de ce pâturage si recule est dangereux , et personne ne Fa presque jamais tenté que les pâtres. Ils sont obligés pour y parvenir de traverser tout le glacier, que les fentes et les gouffi'es rendent quelquefois tout-à-fait impraticable, mais qui d'ailleurs, à cet endroit, n'a que peu de talus et présente une surface ondoyante et légèrement inclinée que l'on nomme assez improprement la mer de glace , ce qui a donné lieu à des fables absurdes parmi le peuple. On disait , par exemple , que la glace nageait sur une immense nappe d'eau qui Tentraînait par son écoulement dans la vallée. "
Par dessus des rochers arides et escarpés qui s'élèvent derrière le pâturage de Zesenberg jusqu'à moitié hauteur de cette montagne , l'œil plonge dans un immense amphithéâtre dont le Zesenberghorn (aiguille de Zesenberg), lés pics de Viesch et la
partie pcEStéricure àt TEigier forment renceiiitc et qui est rempli de mpnstrueuses masses de glace et de neige s'étalant sur des bancs de rochers et sur des pentes fort étendues. C^est un des plus grands magasins de glace que j'aie jamais vu dans les Alpes, et s'il ne tombait même ni pluie, ni neige pendant quelque anniees dans ce vallon , il y aurait déjà suf-* fisamment de matière pour alimenter sans interrup-* tion une rivière considérable»
Cette vaste vallée de glace débouche par une pente entre le Zesenberg et le Kalliberg près de TEi-» ger postérieur , dans la gorge principale , et forme i en se réunissant au champ de glace de la Strahleçky le glacier inférieur du Grindelwald. A peu près au. milieu 4e cette pertte* Ton voit depuis le village et la cure une place noirâtre que J'on nomme dasscksvar^ ze^Brett ou die heis^e Platée (la planche noire o\l le plateau chaud), où depuis un tems immémorial la glace ne s'est jamais fixée. On a supposé qu'il, y aurait sur cette côte des matières sulphureuses 5 qui produiraient delà chaleur et de la fermentation, ou même des sources chaudes. Mais depuis Bânisegg je pus reconnaître très-clairement la véritable caus© de ce phénomènç , en effet assez frappant. Le rocher , suivant Gruner , est un marbre noir , taillé toutà-fait à pic à cette place , de sortç que la glace n'y trouve aucun point d'appui, et pendant les deux heures que nous passâmes à Bânisegg , j'en vis glisser à chaque instant de grands morceaux qui tombaient dans les précipices entre la glacier et cette montagne; nous \ts entendions rouler tncoiÈt sous les^
voûtes glacées avefo un fracas pareil au bruit àù tonnerre. (*)
(") J'ajouterai à cette relation sur la heisse Platté quelques autres circonstances puisëeS dans d'autres sourceSé
Du Zesenber]^ part au nord.ouest une parois de rocTiers qui va joindre FEiger oq plutôt le Kalli et le wilde Schloss (château sauvage), montagnes situées derrière TËiger. Elle a une courbure arquëe, dont le côté concave est tourné du côté de la vallée. C'est sur elle que les masses de glace venant des pics de Viesch et de la gorge entre celles-ci et TEiger descendent pour se verser sur le grand glacier, de sorte qu'elle est toujours couverte d'une superficie de glace déchirée par mille crevasses. A quelques endroits seulement , la hauteur et l'inclinaison du roc interrompent la continuité de la glace, et c'est particulièrement le cas -de la heisse Platie ou du Schwarzebreti , rocher- presque vertical «qui peut avoir de 2 à 300 pieds ^e haut et autant de large et qui parait être de couleur noire. Il serait impossible d'en approcher sans s'exposer au danger le plus évident de perdre la vie. Au-dessous s'élèvent des amas énormes de débris de glaciers confusément amoncelés, et au-dessus est un mur de glace perpendiculaire de 100 à l4o pieds d'épaisseur. Il y a quelques années que des chasseurs de chamois ont passé au-dessus de ce plateau nud, en se rendant du 2Sesenberg sur l'Eiger; mais ils ont fait le vœu le plus solennel de ne jamais retourner dans cette partie du glacier, s'étant trouvés plusieurs fois dans la presqu'impossibiKté d'à. vancer ou de reculer. Ce n'est qu'avec des peines inimaginables qu'ils atteignireut enfin, à demi-morts, les flancs praticables du Kalli. La parois de rochers dont le Schwarzébrett fait partie étant une continuation immédiate du 2^senberg , on peut en conclure avec cer. titude qu'elle est ^ ainsi que cette montagne , composée
;, J'avais contemplé pendant long-tcms tous ces objets majestueux , ces régions inanimées , sur lesquels mes yeux erraient tour à tour , sans pouvoir s'en vassasier. Lorsqu'ils étaient fatigués par la blancheur éblouissante de la neige, je les reposais, en les portant sur la maigre verdure du Zesenberg. Mais il était tems de songer au retour. Le vent devenait toujours plus fort ; le Schreckhorn s'enveloppait de nuages épais et les colosses voisins se voilaient aussi davantage. Entouréa nous - mêmes de brouillards ,
de gneiss , ce qui est d'aitleurs confirme par la nature du banc de débris ( Guferllnie ) qui traverse le glacier de ce côté-là. Cette espèce de roche est toujours assez âpre et inégale , et la neige s*y fixe facilement ; mais le Schwarzebrett est trop peu incliné pour qu'elle puisse s*y maitktenir, lorsqu'il* en est amassé une cer« taine quai^îté, qui est bientôt entraînée par son propre poidsr La couleur foncée de cette pierre .provient de l'eau que la fonte du glacier au-dessus y fait sans cesse couler et de Tombre étemelle qui règne sur ce plateau tourné au nord et qui fait un contraste frappant avec la blancheur du cadre de j^lace et de neige éblouissante qui Tentoure de tous <x>té8. Il n'y a sûrement point de marbre noir à cet endroit , puis qu'on n'en trouve pas la moindre trace autour des champs de glace de ces contrées. Si, vue depuis la vallée, la keisse Platte ne p Lirait pas tout.à-fait perpendiculaire , mais plutôt d'une surface inclinée ; ce n'est qu'une illusion d'optique oc» castonëe par la situation» de ce rocher. C'était aussi un jeu de Timagination que de supposer qu'il contient du calorique et d'expliquer ce phénomène par quelque communication souterraine avec des sources chaudes , qui se trouvent près de Viesch dans le Vallais, quoi» qu'elles n'en soient effectivement pas trèsolistantes;
nou9 étions dans l'ombre , et lorsque nous tournions nos regards sur la vallée de glace au nord , nous la voyions encore éclairée par lé soleil le plus brillant qui lui donnait un aspect aussi extraordinaire qu'admirable, "
yi A notre droite , le Brunnhorn versait en gracieuses cascades plusieurs ruisseaux. A gauche , de l'autre côté du glacier, nous appercevions la partie postérieure de l'Eigcr sillonnée par les lits déchirés et profonds dans lesquels roulent de grandes avalanches et de nouveaux glaciers. Entourés ainsi des deux côtés de l'hiver éternel et des terribles rochers, nous avions devant nous les montagnes verdoyantes et les beaux pâturages qui encadrent , au nord , le Grîndelwald et le séparent du lac de Brienz. Leurs coteaux couverts de végétation formaient un contraste frappant avec le6 arides déserts où nous étions.'*
j, Ainsi nous pouvions voir droit devant nous Je Rôthihorn , les pâturages de la Bussalp , la Wintereck-Biren et le Burghom ; plus loin , à l'occident, le Gummihorn, et enfin, tout -à -fait à l'horizon , les hauteurs du Beatenberg. Au fond de la vallée de Grindelwald serpentait la Liitschinen vers le défilé au pied de l'Itramen-Alp. Mais il fallait s'arracher à cet aspect enchanteur et fuir devant l'orage qxxi devenait toujours plus menaçant sur nos têtes. Plus nous nous rapprochions de la vallée et plus le ciel se montrait serein et riant. Les vents et la pluie restèrent dans les déserts , et nous arrivâmes à notre gîte par le plus beau tems. "
„ Nous éprouvions un plaisir inexprimable en contournant les flancs anguleux du Mettenberg, de fevoir les fertiles prairies de la vallée et de rentrer dans les régions de la vie, en quittant le séjour de la mort; ainsi que le pieux Enée, lorsqu'il quitta les ténèbres du Ténare pour passer dans les Champs Élysées. "
Tout dit : voici les lieux de réternelle paix! Ces beaux lieux, jont leur ciel, leur soleil, leurs étoiles; Là , de plus douces nuits éolaircissent leurs voiles ; Là , pour favoriser des douces régions , Vous diriez que le ciel a choisi ses rayons.
Virgile L. VI. v. 638. trad. de Ddlîlle.
Voyage à Heisli im Grund par la grande
Scheidech,
Ce fut le 31 Juillet , à six heures et demie du matin , que nous quittâmes la cure hospitalière de Grindelwald , après y avoir passé une journée agréable. On croirait pouvoir franchir en très -peu de tems la grande Scheideck, qui ne paraît pas trèsélevée entre les hautes montagnes qui Fentourent. Il faut cependant trois heures de marche pour atteindre le haut de Tarête , et je donne le conseil à ceux qxii feront cette excursion au gros fle Tété de partir deux ou trois heures plus tôt que nous le fîmes.
Nous ne voulûmes cependant pas passer aussi près du glacier supérieur sans le visiter et nous nous détournâmes à droite de notre chemin pour nous y rendre , ce qui nous faisait perdre au plus une demi-heure de tems. Cette fois-ci, nous ne rencontrâmes personne, pas même des mendians, ce qui est très-rare. Peut-être les femmes étaient- elles, selon leur usage, dans le plat pays pour travailler à la moisson et pour glaner.
Il serait superflu de donner encore ici une nout^elle description de ce glacier. Cependant il nous parut si beau , d'un aspect si facile , sa surface escarpée était si bien décorée de nombreuses pyramides et de crevasses , que nous étions disposés à lui donner la préférence sur le petit glacier. Nous descendîmes, sans aucun danger, de sa haute moraine pour nous en rapprocher et nous entrâmes sous une de ces belles voûtes de glace qui se forment fréquemment au bas de tous les glaciers. On ne devrait cependant jamais y pénétrer à la suite d une longue marche , qu'après s'être rafR-aîchi. Il y règne toi;jours un air humide qui sort des cavités intérieures de la masse glacée et qui est tellement froid, qu'il transforme en neige les gouttes d'eau qui tombent du plafond de la grotte. Il est d'ailleurs dangereux d*y séjourner long-tems , parce que ces voûtes peuvent se briser à chaque instant et écraser les curieux qui s'y trouveraient. Il est encore plus imprudent de tirer un coup de feu contre la glace à une petite distance ; il en résulte un écroulement général dont les téméraires spectateurs peuvent être les victimes ,
comme il est arrivé aux glaciers de Chamouni. Noug nous contentâmes d'admirer pendant quelques instans la structure bizarre de ce portique, la teinte d'émeraude qui brillait sur sqs parois transparente* et crevassées , et les perles d'une eau pure et crystalline , qui distillaient sans cesse de ce dôme de $Iace.
Il serait intéressant de calculer la quantité d'eaii qui découle d'un glacier dans un jour d'été. La fusion s'opère cependant ' plus lentement qu'on ne devrait le croire. On sait que la glace se maintient plus long-tems dans une glacière factice , lorsqu'elle est bien remplie que lorsqu'elle ne l'est qu'a moitié. Une masse de glace à l'abri des effets de l'air atmosphérique 9 conserve toujours le même degré de froid dans son intérieur, et c'est ce qui doit donner la mesure juste du tems qu'il faut pour la fondre. Et que sont en comparaison d'un pareil glacier , les glacières réunies de toute l'Europe? On pourrait Its remplir en enlevant une petite partie de sa superficie et il en resterait encore des masses énormes de 100 à 200 pieds d'épaisseur.
Nous remontâmes sur la moraine et nous jouîmes du bel effet de lumière qui éclairait alors le glacier. La solitude qui régnait autour de nous rendait cet aspect encore plus imposant. Un couple de paysans qui , dans ce moment , traversèrent le glacier vinrent cependant animer la scène. Ils nous fournissaient une mesure de comparaison pour estimer la hauteur des pyramides p des colonnes , des toiu*s de glace
dont il est hérissé. Ces deux hommes gravissant d'un pas mal assuré et pénible la pente glissante, nous paraissaient grands comme des fourmis auprès de ces glaçons , qui eux-mêmes sont comme des aiguilles à coudre en comparaison, du Mettenberg et du Wetterhorn,
Avant de quitter cette place, nous fîmes retentir de nos cris les échos d'alentour qui nous répondaient avec un son plaintif que je n'avais jamais remarqué autre part. Ce son mélancoUque se prolonge admirablement de rocher en rocher et se perd dan^ un lointain qui paraît s'étendre même au-delà des grandes montagnes. Il me semblait entendre les factionnaires avancés d'une armée d'esprits de la montagne campée dans un vallon retiré , signaler par leurs cris répétés de poste en poste , l'approche de quelque voyageur pour en avertir le Roi de ces êtres invisibles dans son palais souterrain.
En rejoignant la route de la Schcideck , la chaleur commençait à nous incommoder. Des sapins isolés et des blocs de rocher perçant au-dessus d'une herbe chétive interrompaient seuls runiforniité du terrain. A gauche s'étendait la Grindelalp vers les coteaux boisés du Diirrenberg et le Gemsberg avec le Schwarzhorn , tacheté de neige sur sa roche noirâtre, s'élevaient à l'horizon. A droite, nous côtoyions les rochers escarpés qui forment le pied du Wetterhorn. Une bande de gazon remonte sur ses lianes ; mais il faudra encore bien des milliers d'armées pour que la végétation puisse atteindre sa som-
ttiîté. Quelques petites cascades aiîiment Fimmobi-* lité de cette terrible pente ; mais il faut avoir de bons yeux pour distinguer ces minces fils argentés sur le fond grisâtre des rochers.
Nous étions fort empressés de voir le lit de la grande lavange {IVeUerlauine) dont j'ai parlé plus haut et dont on remarque sans cesse les vestiges dans les grands amas de neige qu'elle décharge non loin de la croupe de la Scheideck au sud -ouest* Pour éviter de se trouver trop près de ces éboulemens qui sont toujours accompagnés d'un nuage de neîg« en poussière , on fait bien de ne p4S sç rapprocher trop de rOberbcrg, à droite, en montant vers le Lauchhûhl ; mais depuis ce dernier monticule , on peut' parfaitement voir la chute de l'avalanche , lorsque le moment est favorable.
Nous nous assîmes sur l'herbe dans ce but*là et nous nous fîmes apporter du chalet voisin un baquet rempli d'une crème incomparable. Jusqu^alors , dans trente ou quarante courses de montagnes que j'avais faites auparavai^t^ j'avais toujours trouvé les vachers affables , prévenans ^ aimant à jaser amicalement avec les voyageurs , leur offrant tout ce qu'ils avaieat à donner et toujours satisfaits des prix qu'on mettait à ce qu'ils présentaient, sans jamais le fixer euxmêmes. Pour Ja première fois , nous eûmes à faire à im homme de mauvaise humeur et mécontent du paiement que nous lui offrîmes pour sa crème. Si cette année -là, l'avalanche avait détruit son chalet, les iiabitans des Alpes auraient sans d^ute cru que c'était
une
une pututira 4e son avidîlé et en auraient ùMs&vé le souvenir.
Au lieu de dépeindre ici la vue riante que présente le Grindeiwald depuis la Scheideck , il sera {leut-être plus convenable de consacrer quelque lignes aux lav^mges, dont il a déjà été question plusieurs fois dan^ cet ouvrage. C'est un phénomène ti'op remarquable dans les Alpes ; elles ont trop de Rapport avec la nature de ces montagnes \ elles influent trop sur le bien-être de>leurs habitans , pour (Jue ies voyageurs ne leur accordent pas quelque attention. Plusieurs auteurs qui ont écrit sur la Suisse , tels que Scheuchzer j Gruner , Storr , Êbel , en ont parlé avec détail et d'utie manière satisfaisante ; les anciens même les ont déjà connues^ témoin Stràbon, da!ns êa Géographie L* VL \, 6. Claudien , dans sori poème de betlo Getico v, 340. Je puiserai dans les Observations sutcintes de M. Titispecteur des forêts Kasthofer, dont j'ai déjà mis à contribution autre part rintérees«nt Mémoire sur les forêts des hautes montagnes dti canton de Berne, ce qui me parait né-* cessaii*e de dire sur cette matière.
On se représente les lavange^ dans leur origine
. comme itè petites masses de neige détachées par
une caiise accidentelle de celle dont les montagnes
sont couvertes y comme , par exemple , par le vol
d'un oiseau qui l'aurait effleurée de sori aile , iH)uIaht
ensuite sur la pente , se grossissant et se précipitant
enfin <ians les vallées , comme des rochei's laneës
,par, des T^tan^' l^ais .cçtjte^explication^sttouu-à^ait
Tom. IL 19
èrronnéc et Fauteur que je cite affirmé qu'il ne connaît aucun exemple d'ime lavange commencée de cette manière.
Les noms qu'on leur donne dans là plupart dti idiornts des divers pays où elles ont lieu ont beaucoup d'analogie. En allemand, c'est Laine on Lauen ^vec quelques légères différences dans le dialecte des diverses contrées, j^^elquei auteurs font dériver ce mot de l'ancienne expression allemande Lauwi ou JjSwin, qui signifiait tiédeur et qui indiquerait que les lavanges tombent le plus souvent par tm tcnis de dégel , doux ou tiède. D'autres en trompent là racine dans le mot latin labi^ tomber , d'où on aurait tiré lahine. Dans le Tyrol , on lés nOmme Lahnen ©u Sclmeelcffinen ; dans la langye rhétienne , lavind ou ki^igne; dans le patois de la Suisse française , levanze ou avalanze; dans les Pyrénées , congères ou lydtde terre , lydt de vent; tn italien, lavinei dans le Dauphiné, lavange; en Savoye, lavanchei et dans d'autres parties de la France , avalanches ou avalanges; dans le latin du moyen âge^, lavahchia^ lauina; en Norwége, Snée^kred ou Snéê^^Porid, ce qui signifie pas de neige om chute de neige.
Dans rOberland et dans la Suisse allemande eii général , on désigne par Lauine ( lavange ) une grande masse de neige ou de terre qui tombe des hauteurs dans les vallées par un mouvement spontané. On a aussi nommé qudquefbis ainsi des blocs ou des débris dé rochers qui se détachaient et roukûent du haut d'nine hiontagne. "^ Oxr ajouté .un butre
ofiût à cthii de lavmg^ pour indiquer , soit la cause et ï origine de C€:S éboulemeos, soit leurs formes; mais il est difficile d'en désigner les différentes es*, pèces. Scheuchzer n'établît aucune autre distinc* tion que celle des Siaub^ ou Wind^Lauinen (layanges de pou^^ière ou de vent ) et des Schloss^ Schlag^ ou Grand-'Lauinen (lavanges de sol}. Gruner distingue plus particulièrement les lavanges de pous* sière des lavanges de vent. Ëbel suit aussi la même division; mais il fait encore une distinction de plus pour ks Schm&Sfturme ( tourmentes , qu'on appelle m^ens dans le patois de la Suisse française ). Pour augmenter encore la confusion j les ItaUens et les Grisons \t& divisent en lavanges chaudes et froides, en lavanges d'été et Uwanges d'hiver . de sorte que Ton a de la peine à reconnaître toutes ces masses de iKige.
U serait cependant fkcile d'établir une classifr» cation et une forme plus claires. En considérant les lavanges selon leur origine, leurs effets, leur forme, selon les saisons où elles ont lieu et la na-^ ture de leur masse , on pourrait former plusieurs divisions et subdivisions avec des qualifications com^ posées , ce qui jetterait im grand jour sur cette ma-? tîère. Mais i dans ce cas , comme dans mille autres ) la nature ne s'astreint pas à nos principes de logique, elle réunit souvent des objets tout-à-fait différens, qui échappent à Ja subtilité de nos divisions. Ainsi une lavangc peut avoir à la fois des qualités trèsdifférentes ou bien prendre en éclatant un caractère
qu!elle n avait paâ; en se formant. .
„ tes lavanges , dît M. Kasthofer , peuvent être 97 rangées , suivant les causes qui les prpduiâeAl et j, leurs effets , dans les quatre classes suiyaii^s : -), ^taubUminen ( lavanges 'Je poussière ), Grund- -j, lauinen (lavanges de sol), Gletscheriaumen (Xb,- ,, vanges de glaciers) et RutschlauinerL {\dLy&x\sts '^ ^ glissantes). "
Lorsqu'il est tombé une, grande quantité de neige ^ùr une pente fortement inclinée, il s 7 forme une iCvà^nche. Si , dans sa chute , la neige se disperse 'en poussière, on la uommt lavange de poussière , tl elle devient plus terrible par 1 élasticité de^iW jcomprimésoùa lé poids de cette masse énojcme- et par la rapidité de sa chute, que par le volume même de la neige. Si la masse ne sç dispei^e pas 'et qu'elle roule toute entière sur ijne petite moins rapide , c'est une lai-ange de sol , qui devient plus dangereuse par sa grosseur que par les effets de Tair. Les iaçanges de glace ou de glaciers se forment seulement lorsqu'un glacier avance sur un plan-^in-^ dinéi inégal et Tocailleux, ou lorsque des fragm^s de glacier se détachent par leur propre- ppid^ et sô "précipitent. Lès lavanges glissantes ont lieu lorsque ' le tapb de neige qui couvre une surface moins inclinée ou \in Fond glissant ne se détache ni ne roule, mais chemine lentement sur le sol et s'amôneèle derrière chaque objet qui s'oppose à sa marche, jus* ^^ qu'à ce que celui-ci cède ou que Ia,neige se, divise ^€t continue à glisser des deux cotés. .
Les lavanges de poussière se forment ordinaire-
meiît-^ hiver, lorsqu'il est tombé beaucoup de fteîgç qui îie se conderisc et ne s'agglomère pas. Ce sont les j^us dangereuses pour la vie des habitans <le$. moâtagnéss pour leurs bestiaux , leurs bàtimens et pour les forêts* Lés îavanges de sol sont moins fréquentées en hiver et ont lieu communément au commeni&êment du printems , lorsque Teau de fonte filtre entre les couchés de neige et le sol, rend celui-ci glissant et en détache la masse qui y repose. (*)
tes Iavanges glissantes ne différent des précédenteà que par leur effet et par la plus grande déclivilé du soi scrr lequel elles se meuvent. „ Comme „ la ^^hpûfô "des Iavanges de sol vient rarement de très- „ halil et qu^èUe a lieu presque toujours régulièrejj mentr d^tis le même lit ou ravin qu^elles se sont n creûté^ l6 dominagé qu'elfeis causent est moins 5, grâHid^^et te^ fuîtes en sont 'riS^îns pernicieuses aux „ hommes et au bétail. Si elles tombaient de plus( „ haut , elles deviendraient des Iavanges de poussier^. „ MSà'^ au*pM)êéms 5 lorsque la neige commence
(*) ,^e puis, ajouter ici, d*après une communication ver- ^ baie de Tauteur, que Tindustrie d'ailleurs, si utile deê. fâUcjfaeurs sauvages, dont j'ai parte plus haut,contrîbac souvent à ta formation de cette espèce de Javanges, Lorsq'ttlî ^es téraévaires ont-ët^ cowper l'herbe sur deg pentes presque inaccessibles , lé sol reste rsts , presque ^ tout.à'fait nud et devient pa/ là même plus glissant, ^^ tandis que , si |es tjges desséchées des plantjes a^pestre^ . : f restent debout pendant l'hiver sous la neige, elles J.a retiennent, comme dans un réseau ^ jusqu'à ce qu^ellô ~ se foQ4e«
^ à tondre , que des nuits froides après de» jours ^ chauds forment une croûte de glace solide sûr y, sa surface , elle devient phis compacte et lorsque » cette masse se met en mouvement , elle est plus y, disposiée à glisser lentement qu'à rouler et à se y, précipiter. L'avalanche de sol entraîne d'ailleurs 31 des pierres et de la terre, lorsqu'elle se détache j f) tandis que la lavange de poussière ne se forme jf qu'en hiver, lorsque le teirain est gelé. "
Les lavanges de glaciers sont rarement nuisibles aux forêts et aux vallées , à moins que des masses de glace considérables ne se précipitent et ne deviennent des lavanges de poussière qui atteignent les pâturages alpestres. Elles se forment le plus souvent en été , lorsque le vent du sud souffle sur les champs de glace et que l'eau de fonte coule sur les rocs qui portent le glacier, en dissout les couches inférieures et favorise son accroissement et ses ruptures partielles.
Ces explications indiquent suffis^unment par quelles causes diverses ces masses peuvent être mises en mouvement , et quels dommages variés elles' peuvent occasioner. C'est ordinairement un coup de vent ou le j^rofre poids de la neige qui Tébranlent, Suivant qu'elle est plus ou moins agglutinée p^r Thumidit^;, pu pins divisée en petits morceaux condensas par la gelée , ,semb^ables à des grekms , suivant qu'elle tdihb© parbonds d'un rocher à-1'autre, ou qu'elfe roule et glisse sur lapante, les lavanges font plus ou moins de tort aux vallons qui
Its Tt^oiv^M. Souvent elles arrachent et «ntriiîiieiit les troncs d'arbres , les rochers qu'elles rencontrent, les caHloux , la terre végétale sur laquelle eues pas* sent. Si elles se tournent dans leur chute r^^ide , qu'elles tombent sur des prairies fertiles et sur de« bâtimens, elles font d'affreux ravages. Sous cette forme volumineuse , compacte et pesante , eUes arrêtent subitement le cours des rivières qui refluent en arrière. Mais quand l'eau s'est frayé de nouveau son ancien passage en rongeant la neige par dessous, il en reste souvent pendant une année entière une épaisse croûte , pareille à im pont que l'on peut traverser en toute sûreté.
Lorsqu'une lavange se disperse en poussière , qu'un tourbillon de vent ^i précède , qu'elle tombe sur i|ne vaste étendue de pays et couvre le sol à plusieurs pieds de hauteur, elle ne détruit pas le terrain , elle n'entraîne pas la terre végétale , ne laisse pas des monceaux de pierres après elle ; mais l'ouragan qui l'accompagne renverse les maisons et les granges , peut étouffer les hommes et les bestiaux et prépare à ceux qu'elle ensevelit une tombe. dans laquelle ils meurent à l'instant, ou attendent avec des angoisses mille fois plus cruelles que la mort, qu'on vienne les en retirer , s'ib survivent sans avoir la force de se frayer eux-mêmes une issue au travers de cette neige amoncelée.
On sait que , pour prévenir la formation d'une lavange , on ôte aux bêtes de sommé qui traversent les passages des hautes montagnes les grelots et les
clo^^tes suj5|r«n(k^ à leurs e^Iliers ^ ïorsque^k a«^ n'est pa$ as&çz afferinia ^t qae ron craint la moindra con^motion dans l'air (ïiii pourrait «n ébranler une pçt jte ; pff tie. Ils sont immenses çcs^ fardeaux de peige qui tombent q^ieJq^fois d'un^i grande hauteur sur^des villages en^iurt jet eaveloppcnt des cj^ntaines de cjréatures. . ^
Schepclwîer^ d^ns son HUioire nalurelle.de la Suisse j a rassembla une quantité d'exfânaples frap-* pans des< tristes résultats de pareils accidcns dans nos AIpçs; Hiais on y trouve aussi le récit d'événemens assez intéressans et de délivrances très-remarquables^ C'est ainsi qu'il cite l'histoire d'un jeune homme , nommé Etienne Roth, qui j près des bains de Loè'sch^ resta accroupi pendant huit jours dans le coin d'une cave où il ne pouvait pas être debout , sous une lavange , sans boire , ni manger , et qui , dans cette situation , éleva plusieurs fois la voix pour chanter les louanges de Dieu* Lorsqu'il fut tiré de là^ il ne voulut plus- se remettre droit sur ses pieds et ne mourut que huit jours après , à la suite d'une ma-^ ladie. ^
Pirckheimerv dans ses Guerres des Suisses (Beil. ffelvet II) y rapporte qu'en 1499, lors de là guerre de Soa4abe:,^400iSQldats impérlat^x furent emportés par une lavange en traversant l'Engadine , mais que bientôt on les vit ressortir l'un après l'autre de dessous *liineigei^ au éï^a^d divertissemmerit de leurs <iamarâfdiésj> >$àiis^;vqvl^i¥eun d^eux eut péri , quoique l^usie^^i ^fsàôiil 4^ ^&gë^M*an8i'la^1îûtc: ^ -
Après nous être rafraîchis au chalet duLauchbûM, qui m'a conduit à faire cette digression sur les lavanges, notre petite troupe se mit en marche poiHT gagner le col du passage nommé VEselsriicien (doi d'âne) où nous retrouvâmes , comme deux jours auparavant sur la Scheideck de Wengenalp , tout le troupeau de bêtes à cornes rassemblé pour jouir d'un air plus frais et se mettre à l'abri des mouches, Près de la plus haute élévation de l'arête , nous pasr sâmes auprès d*un petit étang, dont la couleur d'un rouge de sang très-vif nous surprît. Peut-être doïtr il son origine à quelque source pareille à celles dont Scheuchzer à déjà fait mention et dont il attribue la tcfinte à un crocus Martis naturel. Ce fut plutôt une espèce de répugnance que le manque de tems ^ qui nous empêcha de faire quelque e^çpériences sur ces eaux singulières.
La vue sur le Grindeiwald , depuis le haut du passage 9 est encore très -jolie, quoique les objets soient déjà un peu trop éloignés ; mais celle que l'on a devant soi , du côté du HasK , est une des plus insignifiantes que l'on puisse trouver dans un pays aussi pittoresque. La belle vallée de Meyringen est encore trop distante pour qu'on puisse seulement la soupçonner, et Ton n'a devant les yeux qu'un sombre rideau de sapins. Aucun rdc majestueux, aucune cascade, aucun chalet, ne décorent cette conti'ée agreste.
• ri.
Le glacier du Schwarzwald, celui d'Alpîgeln et le petit glacier de Hengstem à droite sur i^s pro-
léngations rocailleuses du Wettcrhoni , ne sont ni assez rapprochés , ni assez remarquables pour dédommager de l'absence de tout autre objet attrayant. La, station la plus élevée des pâtres de la Scheideck sur son revers oriental est située à peu près à dix minutes de la route , et les voyageurs ne la visitent Jamais. On se hâte plutôt d'arriver à Taubergc du Schwars^wald 9 que Ton peut atteindre en une heure de marche et où Ton trouve un abri et les ustensiles nécessaires pour faire un repas tolérablc , mais rarement des provisions de bouche qui soient du goât de tout le monde.
Le chemin jusques4à est monotone et triste, sans être pénible. On peut le considérer comme un repos après tant de jouissances ou comme un assaisonnement de celles que Ton attend encore. Mais le site de l'auberge a quelque chose d'alpestre et indique que cet établissement n'est guères qu'une édition un peu corrigée d'un chalet hospitalier habité pendant tout l'été , où l'on est en mesure pour of&ir aux passans du pain, du vin quelquefois ^ du café , et que les voyageurs rencontrent dans ces lieux avec tant de plaisir , qu'ils n'en perdent jamais le souvenir. (*)
Nous nous y arrêtâmes aussi , pressés par la faim et nous nous établîmes devant la porte de la
(*) On trouve un dessin très-fidèle de cette station dans la vignette du froxltisj^cê du premier vohime de cet ouvrafe*
maison iotHs un âvant-tott. Nous y prîmts un repas èTiâmpètfrc. Le ruisseau du Pfannbach qui forme une jolie cascade à quelque distance en dessus , dans les bois , coulait à peu de distance de nous. Il se hâte de joindre le Reichenbach , dont la source se trouve aussi un peu plus haut snr la montagne, mais qui, jusqu'à sa réunion avec le premier , n'est pas cou- ^dél'able.
Assis devant cette maison de bois-, on a devait soi le puissant Wellhorn^ que les habitans de HasU nomment très-improprement Wetterhorn, ce qui te fiât confondre quelquefois avec son voisin , beaucoup plûa élevé. Un suite de verds pâturages ressortissant du Hasii s'étend à Torient de l'arête de la Scheideck jusqu'à la dernière pente de ce passage de montagne, it^k câté de Me3rringen. Le premier , nommé aussi Gmndekdpy peut nourrir 300 vaches. La Schwarz^ V^aiêkdp , seulement 30 , ainsi que la Rosenlauialp ^HT la rive droite du Reichenbach, et la Schonbuhïatp wol pied du Wellhorn. Le pâturage de BreUenboden est estimé à 250 alpages , et celui de Reichenbach, «[ui se divise en gi*and et petit , à 50. Enfin , la Kallhrunnemdp, à gauche du Reichenbach , en remontant vers le moulin à scie , peut entretenir de 2®) à 30<ï1>^s à cornes. Souvent celles-ci sont remplacées sur ces pâturages par un nombre proportionné de petit bétail , et en général , ces. troupeaux n'exigent que très-rpeu d'hommes pour les soigner. On en emploie 3 ou 4 pout 50 à 60 vaches , et chacun d'eux peut traire facilement 18 à 20 vaches par jbùr. Jl 7 a ordinairement dans chaque chalet deux.
boimnes 9 dont l'un prépare les fronïages et tuâti^ les ftorte au magasin elles y sale. Ils ont aveo ^x un au deux jeunes garçons pour condiiirc ct^ai^er le troupeau. Um vacherie QxigQ 25 à 30 vaches ^ qui doivent fourmr assez de lait pour reraplir une. chaudière.
Cependant , on procède diversement dans la manière de faire les fromages. Par exemple^ cetl^ année (1816) on a étaWi sur TAlpe de Breitertboden ' : une vacherie de 6B vaches pour faire des fromaga^ . à la manière de l'Emmenthal. Ils sont plus spon^ - 1 gieux, plus tendres et {dus légers que ceux de TObér- i land^ qui sont en général durs^et on i'iittrîbueà' î^ ce que dans r£mmentbal on agite m^ins Ielait4an0 ;L la chaudièi'e pendant la cuisson. Pair le mouvsement du braesoir et la forte pression qu'on exerce tei^uilie ^^ sur fe fromage , les Oberlandâis en rendent la m^Wée ^ plus friable et moins compacte , mais plus dure ^d ■■-' percée de plus petits yeux ; mais aussi leurs ftouiag^-. sontjd^ufi^ plus\ longue conservation et plus propres à être tMuisportés. Il ne faut d'ailleurs pa» s'itftâH giner qu'on fasse autant de fromages sur -ces pâturages ïjtie: l'on devrait le supposer d-ap^ès teiiômblPtf de vaefces qu'ils 'peuvent nourrir. Il faut considérer l'évaluation 'des droits d'alpage comme une espèce de moTBoajre imaginaire, à laquelle on i^apportetôiites* les ^'ateurs , peur la plus graide commodité , et otlâ^ d'après des 1 tarifs très-diversiftés.
l^n pâtçe inec<î<|fl(irou»iiïliaç^ap exempte, Icâraluation suivaute ; six ou huit chèvres, suivaut hi
qualité du pâturage, comptent pour une vache ; quatre Veâtflt ou quatre genîsscs de même, ainsi que quatre mo«iX)n!5 et quatre gros porcs. On conduit lés brebis maigtes qui ne sont pas destinées pour la boucherie SUT des pâturages trop escarpés pour admettre les vaches. Un cheval est estimé beaucoup plus haut et tiomptc pour 3 , 5 ou même six vaches, probable-
- meiit en raison de ce que les chevaux, en paissant, 'Coupent 1-hcrbe très-i^se avec leurs dents, tandis
■ tjuc les vaches la fauchent avec la langue et nuisent
- mdns à sa reproduction.
. . îl serait intéressant d'entrer dans plus de détails z -S«iy l'économie des Alpes dans TOberland; mais Fes- , pace;ne nous permet pas d'entamer cette abondante -.taatière. Chaque vaUée, chaque pâturage même, :: ^offire à cet égard des particularités , et îl faudi^ît t l^eaucoup de tems et <îe papier pour indiqiter tèut
-.ce qu'il y aurait à observer à cet égard; -NbiTS^ne 1 ncHia y an«êterens pas , et nous allons poursirîVi'c c notre foule, qui se partage dans deux directions
. différentes.
A droite , elle conduit au ravin du Reichenbach ,
dans une solitude boisée >> où Ton apperçoit dans tme
site bizarrement sauvage les bains de Rosenlaui, On
^peùt ûonsacrer un^cii'euic d'un quart^*4îeure à aller
:ks visiter. V On y trouve deux bâtimehs de btiîs,
doAt Fun est' arrangé pow une aubefrge et Tautre
>^ur Ics^ bdiis/ En 1793 et 1794 , cet établissenieitt ,
c^i avait* été fort long^iems négligé, fut restaurg.
'^Cesdtheenles. silué» danè 4iHe sombre gdrgëéti^ite et
pmbragée entre les rochers, au milieu d'i^ne fbrÊt; lugubre , au bord du torrent mugissant de Reicben-^ bacb, éloignés de toutes les commodités delà vie 9 »e deviendront jamais un Baden ou im Schinznacht^ Tout au plus les %tï\^ de la contrée 7 viennent faire une cure à très-bon compte pour se guérir des rhumatismes ou de playes ouvertes et trouvent eu effet du soulagement , en faisant ,usage de cette eau minérale hépatique , que Ton réchauffe artificiellement .dans six baignoires bien simples. Les vpyageurs trouvent dans l'auberge quelques rafraf chissemens e^ le sentier qui conduit à la source souffrée , distante d'environ 150 pas du Reiçhenbach , a quelqiiie chose de romantique , d'autant plus 9 qu'on y voit aussi une jolie cascade sur des rochers noirâtres , qui se* rait digne d'occuper le pinceau de quelque habil^ paysagiste. Si l'on veut , depuis les bains , se rendra au débouché du glacier de Rosenlaui , il faut trar verser le Reichenbach et gravir pendant uae beur^ au moins sur un terrain difficile. Il vaudrait la peint de jouir de l'aspect que présentée ce glacier ; mais il faut être parfaitement maître de son tems ^ si Fp^ veut ajouter encore cette excursion au circuit que ï'on fkit pour aller aux bains. ^
J'entrepris d'y monter en 1816 , et une jolie chute d'eau formée par le Weissbach > qui sort du glacier et se sépare iwa deux nappes pour ^ précipiter d'une assiette de rochers , me récompensa de ce premier essai. J'y trouvai aussi un point de vue agréable sur les montagnes opposées du coté du Schwarzhpro etj du. j?çtit glacier bleu* . 1 .,
^ Jy^
Mais le cha03 non interrompu de pierres écrou** lées , de troncs , d!arbres renversés qui , à chaque pas 9 çntravaicut ma marche et me forçaient à fairt quelquefois de longs détours , me dégoûta enfin d'avancer d'avantage. Cependant, ce glacier passe pour l'un des plus beaux et il a été souvent représenté. 11 descend dans un vallon étroit entre le Wellhoiii d'un coté, le Stellihom et TËngelhom de l'autre , sur une pente rapide ; il est orné d'une multitude de pyramides et de crevasses , et parait se prolonger jusqu'à la crête la plus élevée des montagnes. Les croupes d'où il provient sont si reculées , que l'on ne peut pas les appercevoir d'en bas. Il est douteux si son nom , ainsi que le dit Ramond y était celui des anciens pâturages que les glaces auraient envahis dans ce^ lieux. Nous préférerions avecStapfer Je faire dériver de l'aspect rosé qu'il présente à l'aube du jour ou lorsqu'il est éclairé par les rayons du soleil couchant; peut-être aussi d'une teinte rougeâtre que les neiges qui le couvrent dans ses régions supérieures auraient eue une fois , comme cela a lieu sur les hautes montagnes. D'ailleurs , on répète à son sujet la tradition dont on place la scène à là Bliimlisalp et l'on montre une crête de rocliers où était située la cabane du vacher sacrilège. Toutes les nuits, ajoute-t-on, les objets qu'on aurait laissés à cette place pendant le jour, soit avec intention^, soit par hasard , sont enlevés par des mains invisibles.
Sur la route la plus courte et la/^us droite du Schwarzwald à Meyringen , on voit à peiné lés bains
et le glacier de Rosenîaui à une gi'ande distance ^ Ynais, en écliange, on foule de superbes prairies alpestres et l'on traverse des grouppes de chalets qui ofTrent des aspects ti'ès-*grâcieux.
Breitenboden et SchsK^andmatt: sur la rive gauche du Reichenbach sont de beaux pâturages, et les sveltes bergers du Hasli qu'on y rencontre couchés à Fômbre des érables touffus rappellent ce riauit tableau de Lucrèce :
prostrati in gramme molli Propter aquœ rivum , sub ramis arboris altct Non magnis opibus jucunde corpora fiabebant.
De rer. nat, JLib, V. v. 1391.
Près du pont qui conduit sur la rive droite du Reichenbach, un regard en arrière fait voir le Wellhorn et le Wetterhorn plus reculé dans leurs con^ tours tranchans et majestueux* Le glacier de Kosenlaui se présente aussi , digne de ces sublimes al entours. C'est un de ces sites où Ton voudrait rester pendant des jours entiers assis sur l'herbe, occupé à dessiner ou à errer au hasard dans la campagne , et à s'entretenir avec soi-même sans jamais se fatiguer. (*)
Depuis
éHlm
(*) Cette jolie vue a été dessinée très-agréablemenl en- • tr'autres par Kônig et Lafond.
Depuis-là y la vallée dans laquelle on descend se rétrécit de plus en plus. Le Reichenbach, obligé de lutter sans cesse contre les rocs qui encombrent son lit et de faire des chûtes continuelles, paraît exercer ses forces pour Télan gigantesque avec lequel il se précipite des derniers gradins des rochers dans la délicieuse vallée de Meyringen. On partage son impatience / et quoique le sentier devienne toujours plus rapide et plus raboteux , on se hâte de sortir de ce défilé pour jouir plutôt de la vue du paysage enchanteur qui va se dérouler. Cependant , près d'un moulin à scie et de quelques autres habitations presque en face de la haute cascade de Seilibach, qui se balance dans les airs, la route traverse un affreux chaos de débjris, restes de la chute de la montagne du Lauihorn qui s'écroula presque en entier en 1792 , fit de terribles ravages et tua une femme et trois enfans. L'éboulement se divisa en deux ^énormes avalanches dont Tune tomba dans le Reichenbach et arrêta le cours de ce torrent déjà assez considérable à cette place, de sorte qu'il ne put revendiquer son lit qu'en rompant avec furie cette digue puissante, et xïue ses ondes sortant toutes noires de ce violent combat', menacèrent d'inonder la vallée. L'autre partie de la chute se jeta sur le côté opposé du petit pâturage de Reichenbach et tomba fort en avant dans la vallée principale où elle opéra dans les environs de Geissholz d'horribles dévastations. Ces débris consistent principalement en schiste argileux , en pierre calcaire noire et en une espèce de roche très-dure de couleur verte, qui tient de la nature du granit ou du gneiss.
Tom. IL 20
Après avoir cheminé entre deux collines , nous atteignîmes enfin le dernier plateau du passage de la Scheideck, le Zwirgi, d'où le sentier descend sur une pente très-roide et mal pavée ou sur dea bancs de rochers nuds dans le plantureux vallon , en passant par les hameaux de Schwendi et de Willigen. Il est impossible au voyageur de ne pas s'ar* réter sur cette terrasse découverte pour contempler d'un œil ravi l'aspect enchanteur dont on y jouit. ta vallée de Hasli se présente ornée des bienfaits d'une nature généreuse et riante, pareille à une grande prairie , arrosée par les eaux fructifiantes de l'Aar , qui la traverse dans un canal que Ton dirait creusé avec art , pour porter de tous côtés la fraîcheur et la fertilité à la terre altérée.
A gauche , au fond d'un profond ravin, on entend gronder sourdement à peu de distance le Reichenbach 5 sur lequel un pont de pierre lance son arche élevée et hardie. La chute que cette rivière fait à cet endroit serait digne d'ctre admirée , si l'on pouvait trouver au-dessous une station favorable. Au nord 9 Fœil pénètre jusques vers Brienz et dans la gorge du mont Brïmig. Le Wylerhorn borne l'horizon de ce côté-là. A Torient , en partant du Brûnig, se présente la croupe large et fertile du Hasliberg. Les cinq villages qu'elle porte, et dont nous parlerons plus tard , forment le tableau le plus gracieux et le plus champêtre , une véritable scène d'Idylles au milieu des Alpes. Des parois de rochers nuds et quelques sombres bandes de bois de sapins qui ne laissent presque point d'espace à la naissance du gazon^
la séparent du terre-plain. Mais au-dessus , elle est ornée de belles forêts d'érables et de tilleuls , de riches prairies arrosées par de nombreux ruisseau?;; plus haut y d'excellens pâturages au-dessus desquels quelques sommités noirâtres élèvent leurs têtes sourcilleuses. A ses pieds .repose le village de Meyringen et les hameaux voisins de Steln et d'Eisenbolgen , tandis que derrière leurs paisibles cabanes tombent en murmurant trois cascades écumantes.
A droite, au sud-ouest, par dessus la croupe peu élevée du mont Kirchhet , on voit l'embouchure de la vallée de Miihlithal et la cime élancée du Plattenstock , au pied duquel la vallée de TAar remonte au midi vers le Grimsel.
Nous nous rassasiâmes de ce spectacle magnifique , doré par les feux du soleil couchant , en élevant nos coeurs à TAuteur tout-puissant de tant de merveilles. Puis nous délibérâmes si nc^MS nous laisserions entraîner par le charme de cette vallée , à y passer la nuit , ou s'il serait plus convenable , pour suivre à notre projet de voyage au Grimsel , de prendre la route à droite et de nous rendre par le mont Kirchhet à Hasli im Grund , ce qui nous avançait d'mie lieue de chemin pour la journée du lendemain. Ce dernier avis prévalut ; nous tournâmes le dos à la route de Meyringen et nous entrâmes bientôt sous les frais ombrages d'un bois de noyers et de tiUeuls gui tapisse la pente que nous suivions.
L'air du soir était si doux, si caressant, que
nous croyions être transportés sous un autre climat. Les flancs escarpés et âpres du Kirchhet sur lesquels les marmottes des hautes régions alpestres se hasardent encore de descendre , nous oiTraîent l'image d'un désert agreste ; mais la solitude qui régnait autour de nous n'avait rien d'effrayant.
Bieptôt le village romantique de Geissholz, à droite de la grande route, nous rappela que nous parcourions une terre habitée. Le crépuscule du soir, joint à l'obscurité d'un petit bois de chênes que nous traversions , plongeait notre ame dans les plus douces rêveries. Enfin ^ nous entrâmes dans le vallon de Hasli im Grund, près du hameau de Winkel. Son sol productif, uni et parfaitement cultivé, la douce température qui y règne, nous offrirent un soulagement agréable à la fatigue que nous commencions à ressentir. Nous nous dirigeâmes sur le pont de TAar, vers les habitations nommées Hofj où nous trouvâmes à la cure un accueil aimable et hospitalier , conforme à la simplicité de mœurs qui caractérisent cette contrée. (*)
(*) Cette cure n'existe plus. En 1816 , elle a été transférée à Guttannen, et Ton a établi une nouvelle cure à Gadmen. Auparavant , le pasteur qui résidait à Grund était obligé de se rendre, alternativement chaque Di* manche , dans Tun de ces deux villages pour y prêcher et instruire les enfana.
Voyage au GrimscL
On pourrait considérer le joli vallon im Grund comme le centre de tout le district de Hasli , quoique Meyringen en soit le chef-lieu. Le district de Hasli , surnommé dans le Weissland, apparemment à cause de ses montagnes couvertes de neige, est aussi nommé Oberhasli ( Hasli supérieur ) pour le distinguer d'autres localités qui portent le même nom. Il se divise en deux parties inégales , qui sont séparées d'une manière assez tranchante par le Kirchhct , montagne transversale et basse. Depuis le lac de Brienz qui forme sa limite naturelle à son extrémité inférieure , il s'étend en une seule vallée encaissée entre deux chaînes de montagnes couvertes de nombreux pâturages , jusqu'au Kirchhet dans une espace de trois lieues. Puis il se prolonge de l'autre côté de ce mont sur huit à neuf lieues jusqu'à l'arête la plus élevée du passage du Grimsel qui conduit dans le Vallais.
Mais dçux vallées latérales débouchent de l'orient et de l'occident dans le vallon d'im Grund et forment un carrefour , au moyen duquel la contrée s'élargit considérablement. Ce sont , à l'ouest, la vallée d'i/rbach et à Test celle de Mûhlithal. La première se replie singulièrement vers le glacier du Gaùli derrière le Wetterhorn, entre cette montagne et le Berglîstock et se termine par des glaces étemelles. Le Miihlithaï , au contraire , s'ouvre d'un côté , au sud-oue«f
dans la vallée de Gadmen , qui confine par le passage du Su.^len au canton dXTri , et de l'autre , au nordest, dans celle de Gentel, qui touche par le Joch au canton d'Unterwalden.
V Depuis Im Grund jusqu'à son commencement, la vallée principale n'a plus de branches lateVales de quelque importance, et se resserre même tellement des deux côtés , qu'elle ne laisse à plusieurs endroits que l'espace suffisant au lit de TAar. Cette rivière la traverse dans toute sa longueur depuis le Grimsel jusqu'au lac de Brienz , et reçoit dans son sein une foule innombrable de torrens et de ruisseaux qui y affluent de toutes parts. Le terre - plain du vallon d'Im Grund forme lin bassin fermé dans lequel viennent se jeter du sud TAar, de l'orient les torrens réunis de Gadmen et de Gentel , et de l'occident , celui d'Urbach , en se versant des terrasses élevées qui l'entourent de toutes parts.
Un lac étalait jadis ici ^f^ ondes , et son écoulement a creusé, à différcnles époques fort anciennes, de profonds ravins dans le Kirchhet, jusqu'à ce qu'à la suite de quelque grande révolution , ce mont fut percé complètement par les eaux, qui formèrent à l'endroit où il touchait au Hasliberg près d'Aeppîngen une longue et sombre gorge, à laquelle on donna, dans la contrée, le nom de Larnm (l'agneau) et qui laisse, depuis le pied de la vallée d'Im Grund jusqu'à Stein , un passage très-resserré aux flots de l'Aar. Quelques personnes ont osé le franchir en bateau , au péril de leur vie \ mais il est tellement
.étroit, que Ton pcnt à quelques endroits toucher les parois de rochers des deux côtés en étendant les bras , et tellement couvert par les rocs qui surplombent , que Ton ne peut pas se tenir debout dans la nacelle.
Nous réservons pour notre retour une autre curiosité naturelle du mont Kirchhet, et nous revenons à Hasli im Grund. Sa surface unie prouve que son terrain s'est formé par les dépôts d'une eau stagnante et tranquille , et l'on peut s'écrier avec Herder , ici comme d'autres endroits de l'Oberland : „ Pauvres j, humains! ce n'est pas le sol de votre globe que „ vous foulez. Vous marchez sur le toit de votre „ demeure qui n'est devenue ce qu'elle est maintenant „ que par les effets de plusieurs inondations. Les „ eaux y ont apporté par hasard le germe des arbres, „ des plantes qui y croissent et qui soutiennent votre ;, existence éphémère. "
La fertilité du terrain d'Im Grund pourrait fort bien être l'effet du limon que les anciennes eaux y ont laissé. D'ailleurs, le Kirchhet et le Ilaslibcrg préservent ce vallon contre les vents du nord. J'y ai vu moi-même des tiges de seigle hautes de 6 pieds. Le froment, l'épautre , l'orge, les pommes de terre y prospèrent parfaitement dans des petits champs , semblables à des planches de jardin , coupes par de riantes prairies qui produisent une herbe haute et touffue.
De nombreux hameaux dans le terrcrplain et sur
les coteaux environnans attestent Tabondance du sol. Winkel^ zur Brugg ^ auf Biihlen, Grund proprement dit, Unterstock , Hof y Aeppigeriy TVyler , Bottigen , sont les noms de ces jolis grouppes d'habitations épars sur une surface d'une lieue et demie tout au plus 5 et ombragés en partie par des arbres fruitiers. Un pont couvert de 27 pieds de long réunît près de Hof les deux rives de l'Aar et conduit à la seule auberge de ce champêtre vallon. De ce bâtiment part immédiatement le route neuve du Susten. Ce bel ouvrage fut commencé dans Tété de 1841 par ordre du Gouvernement de Berne , et depuis lors continué avec plus ou moins de suite. Il est cependant terminé sur une surface de trois à quatre lieue$, en partant de la hauteur de la Scheideck du Susten jusques au-delà de la vallée de Gadmen du côté de Grund. Cette route sera un jour un des plus beau^ ouvrages de Fart qui existent dans les montagnes de la Suisse. On pourrait.la continuer jusqu'à Meyringen , sur l'Aar , qu'on rendrait navigable en faisant sauteries rochers qui obstruent la gorge du Kirchhet et Ton pourrait transporter par eau , sur cette rivière, puis sur les lacs de Brienz et de Thun jusqu'à Berne et de là en Argovie , les marchandises de Tltalie et de la Méditerranée , et ouvrir ainsi un débouché facile et très-avantageux à cette branche de commerce.
Xe canton d'Uri fait aussi travailler à la continuation de cette route sur son territoire , sur le côté oriental du Sustenberg , par le Meyenthal , jusqu'à Wasen , où elle se réunit avec celle de St. Gotthard, par laquelle on pourra exporter en Italie les produc-
tions du canton de Berne et de toute la Suisse occidentale.
II faut environ 7 à 8 heures de tems pour se rendre à pied de Grund à Thôpital du Grimsel. Si Ton veut faire cette route à cheval , il faut se procurer une monture à Meyringen. On la fait alors en moins de tems , mais aussi moins agréablement. On peut la comparer à celle du St. Gotthard depuis Amsteg; cependant elle est en grande partie plus éti'oite et peut-être moins bien entretenue.
Ainsi , Tune côtoyé le Reuss , l'autre suit le cours de FAar. Toutes deux partent d'une vallée fertile pour conduire dans les antiques montagnes primordiales. Elles traversent toutes deux sur plusieurs ponts les rivières que Ton voit tantôt se précipiter en cascades écumantes , tantôt couler doucement sur un terrain uni , et courent alternativement sur les deux rives. Celle du Grimsel présente plus de ruisseaux qui , de tous côtés , viennent en bouillonnant se réunir au torrent principal. La route du St. Gotthard offre plus de villages. Les particularités propres au St. Gotthard sont le trou d'Uri {Urner^ loch)^ cette longue voûte de rochers , et le gracieux vallon d'Andermatt; celles du Grimsel, la superbe chute d'eau à la Handeck et le chalet du même nom.
On trouve sur ces deux passages de nombreuses plantes alpines rares et précieuses , des rochers nuds de granit , d'affreux débris de montagnes écroulées dès la plus haute antiquité. Les alentours du pont
du Diable *ont plus escarpés ; mais le.pont de l'Aar nommé das kleine Bogelein (la petite arche) est jeté sur un lit de rocher plus remarquable. Sur le Grimsel , on est plus rapproché de quelques glaciei-s majestueux. Le St. Gotthard se distingue par une plus grande richesse de fossiles et de minéraux précieux.
C'est ainsi qu'on trouverait encore uiîe foule de points de comparaison entre ces deux montagnes j et leurs remarquables passages , et il serait difficile de décerner la préférence à lun plutât qu'à l'autre. Cependant, le Gotthard a plus de réputation, et a Tavàntage d'êti'c plus rapproché de la belle Italie. La duchesse de Devonshire l'a chanté dans de trèsbeaux vers (*) 5 et Schiller Ta célébré dans sa tragédie de Guillaume Tell.
Le célèbre historien national de la Suisse Jean de Millier a donné une description du Grimsel et de ses alentours , tout à la fois animée , poétique et conforme à l'exacte vérité.
„ Plus on approche des hautes Alpes, dit -il, „ plus l'ame se sent pénétrée de l'immensité de la „ nature:, la pensée de leur antiquité si supérieure j, peut-être à celle de l'espèce humaine , l'ineffaçable j, impression que fait sur nous leur éternelle immo- 3, bilité réveille le sentement mélancolique du néant „ de notre existence terrestre ; mais en même tems —
{^) Voyez un petit ouvrage anglais : Sketch of a des* criptive journey throUgh Schwitzerland^ Berne 1S16.
w Famé s*élève comme pour opposer sa sublime nojy blesse à la grandeur de ces masses inertes. C'est „ avec de pareilles sensations que Ton parvient dans „ la vallée d'Oberhasli. On côtoyé des précipices „ efTrayans, on suit des sentiers à demi -rompus, 5, on marche de surprise en surprise , on s'élève du „ fond des fertiles vallons ombragés d'arbres fruitiers „ dans les forets de sapins , dont les flancs des mon- ^ tagnes sont revêtus, en foulant la gentiane dorée, w les fleurs aromatiques des pâturages , les roses des y) Alpes ; on s'avance sous des bosquets de pins alj, viers , de saviniers (Juniperus sahina Linn, ) jusjy qu'aux flancs escarpés des rochers tapissés d'un „ gazon trompeur et glissant , qui paraissent poser 5, des bornes à la curiosité des humains , au-dessus j, desquels des fardeaux immenses de neige aiTêtent jj la nature animée ; des glaces éternelles enveloppent j, les pics sourcilleux et solitaires de la Jungfrau , n du Finsteraarhorn , du Wetterhorn , du Schreck- „ horn , des Viescherhôrner et de tant d'autres som- „ mités de cette chaîne. L*Aar jaillit d'une voûte „ glacée; de tous côtés l'œil étonné n'apperçoit que yy des amas énormes de glace. Au fond de leurs ^ crevasses brille le crystal le plus étincelant. A „ peine un chamois traverse en fuyant ces déserts; yy à peine le vautour des Alpes y construit son aire w dans les fentes des rocs inabordables. Les hommes y) y ont tracé quelques sentiers; mais pendant des » journées entières , on ne trouve aucun vestige de » leur passage. A chaque pas on court risque d'être ;, englouti dans les gouffres des glaciers , ou enseveli j, sous leurs débris ou sous des monts qui s'écroulent.^'
Je ne sais si Ton pourrait admettre , comme Font fait quelques auteurs , que TAar a creusé ellemême son lit au travers de la longue vallée qui s'étend depuis le Grimsel jusqu'au Kirchhet et de celuici jusqu'au lac de Brienz. L'opinion dé MM. de Luc et de Saussure et d'autres naturalistes, me paraît mieux fondée , savoir que toutes les vallées se sont formées déjà sous les flots du grand Océan primitif par les renversemens et les déchiremens des couches de la terre. Les rivières dont l'origine est plus récente ont relevé et comblé leurs enfoncemens plutôt que de les avoir excavés. Sans cesse elles charrient du gravier et des pierres , et ce qu'elles enlèvent accidentellement d'un terrain plus mol , elles le déposent bientôt de nouveau sur un sol pierreux ou rocailleux.
On pourrait peut-être conclure de l'étendue peu considérable des alluvions qu'elles ont formées à leur embouchure dans les lacs et dans la mer qu'à peine 40 siècles se sont écoulés depuis qu'elles ont pris leur cours. L'excavation de leurs lits opérée par ellesmêmes aurait exigé autant de milliers d'années. Les débris , par exemple , qu'aurait dû déblayer le Rhône dans le Vallaîs ou l'Aar dans TOberhasU pour creuser des bassins aussi vastes , auraient formé déjà des montagnes immenses en comparaison des amas de dépôt que ces deux fleuves ont entassés à leur entrée dans les lacs de Genève et de Brîcnz. On trouve d'ailleurs de semblables monceaux de débris sur des hauteurs où jamais un fleuve n'a pu couler, dans des endroits où il n'exista jamais ni ruisseau,
ni torrent. Il a fallu, pour les former, une cause plus générale et plus puissante , telle qu'une masse d'eau très-considérable , très-profonde , très-étendue, qui aurait été agitée par des mouvemens très-violens, comme le grand Océan qui couvrait tout le globe. Lorsqu'il se retira, peut-être lorsque la mer Méditerranée se forma , il laissa en arrière un amas de pierres roulées mêlées de limon et de sable , et c'est au travers de ces dépôts que les fleuves se sont versés en suivant les bassins que les eaux de l'Océan avaient déjà ébauchés en se retirant. Les matières que les eaux courantes enlèvent sur leurs rives et au fond de leurs ravins et qu'elles charrient dans les vallées , sont de la même nature; elles étaient déjà préparées à recevoir l'impulsion des courans. Dans les pays de montagnes , les ruisseaux amènent dans le fleuve principal les débris des rochers tombe'^s dans leur lit des cotes escarpées qui les encaissent ; mais ces débris n'arrivent pas jusques dans la plaine , les rivières les déposent tous dans les lieux où leurs lits et les vallées s'élargissent et où la rapidité du cours des eaux diminue, ce qui produit une élévation du terrain qui nivelle sels inégalités.
La vallée de l'Aar fait naître de semblables réflexions. Dans les deux excursions que j'y ai faites avec quelques amis en 1814 et 1815, nous avons couché à Grund , d'où nous étions partis avant midi pour atteindre le Grimsel avant la tombée de la nîiit. On laisse à gauche l'entrée du Miihlithal ; à droite celle de la vallée d'Urbach, la Planplatte avec ses mines de fer derrière soi , et l'on prend , à son choix,
le sentier ou la route ordinaire des chevaux qui conduisent à Guttannen. Pendant un quart de lieue de chemin , on apperçoit à droite \t /tangend Gletscher^ horn (pic çlu glacier suspendu) dans la vallée d'Urbach ; puis plus près , les pics à*£ngelhorn , de Hoh^ jagi et de Laui, qui avaient été .masqués pendant quelque tems , tandis que les monts du Plattenbergr et du Pfaffenkopf se montrent à gauche, g^^l^^*^fois des chamois descendent sur les premiers , et l'on a tué un Lammergeyer (grand vautour des Alpes ^ dans la vallée dlm Grund.
Autrefois la route du Grimsel suivait exactement le cours de TAar jusqu'au pâturage de rUrweid postérieur ; mais en 1762 , elle fut complètement détruite par un débordement de la rivière , et on la dirigea un peu plus sur la hauteur, où l'on atteint déjà aux couches de gneiss et aux roches primitives. Avant d'entrer dans un joli bois d'aulnes, on passe près d'un rocher bizarrement isolé au milieu du vallou nommé Ochi-Stein, situé sur les bords de TAar où un petit pont de bois élevé et léger la traverse et conduit sur la rive opposée , aux vingt habitations du hameau d'Unterstock. (*)
La vue sur ce joli tableau et sur les montagnes qu'on laisse en arrière est très-agréable. Le Gysswylerstock, le Wylerhorn et le Rothhorn, situés soit dans le canton d'Unterwalden , soit dans \ts environs
(*) Un dessin de ce pont et de ce rocher par M. le peintre Stâhii compose la vignette du frontispice du second vo« lume de cet ouvrage.
de Brienz, semblent contempler de loin avec satisfaction ce charmant petit vallon. On revoit souvent ces sommités dans quelques-uns des contours que fait la route.
Sur le pâturage de TUrweid antérieur sont quelques granges et un chalet, qui forment avec les arbres dont ces bàtimens sont entourés et les montagnes à l'horizon un charmant sujet d'étude pour les paysagistes. Après les avoir dépassés , le chemin monte pour la première fois sur une de ces grandes et hautes projections rocailleuses des montagnes qui, dans plusieurs parties de ce défilé , resserrent le lit du torrent courroucé et dans lesquelles il faudrait percer des galeries si l'on voulait et pouvait établir dans ces lieux une route aussi dispendieuse et aussi belle que celle du Simplon. Cette première montée est trèsroide ; cependant de très-beaux hdtres y préservent des rayons du soleil , et les eaux crystallines du Zubenbach , qui jaillit à son sommet , offrent un rafraîchissement très-agréable. On redescend ensuite et Ton passe près de deux habitations d'h?ver solitaires sur rUrweid postérieur. En 1799 les avantpostes d'un corps d'armée autrichien venant du St* Gotthard pour prendre les Français à dos, pénéti-èrent jusques-là.
On passe ensuite TAar pour la première fois de-* puis Grund sur un pont de bois. On désirerait voir dans ces lieux une des arches hardies, ingénieuses et pittoresques , que Ton rencontre si fréquemment sur la Reuss, au St. Gotthard. Bientôt on arrive
à la Benzenfluh , ,où jadis le chemin était très-rapproche du lit de la rivière ; maintenant il est taillé dans le roc et monte à la Schlafplatte. Ici,. nous vîmes au-dessous de nous sur la rivière un de ces ponts de neige formés par les restes d'une avalanche. Les ondes bouillonnantes de l'Aar passaient sous cette arche naturelle , derrière laquelle tombait un rayon de soleil qui projetait une lumière magique sous sa voûte. La superficie de la neige couverte de terre avait la couleur des rochers ; mais , dans sa coupure, elle ressemblait à de Talbàtre pur et sans fissure , de sorte qu'on croyait voir un édifice construit en entier de cette pierre éblouissante , par un art surnaturel.
On traverse ensuite plusieurs lits d'avalanches qui sillonnent les pentes graveleuses dés montagnes et dans lesquels coulent des ruisseaux tantôt fort abondans , tantôt assez chétifs. Au>delà du Benzlauistock y le Benzlauibach descend dans l'un de ces ravins et son cours écumant se dessine comme une écharpe blanche sur le coteau.
A notre droite s'élevaient des sommités de rochers nuds , au-dessus de quelques pâturages alpestres, savoir les Kuhthahtoche , le Tristen, le Thier^ eggen et le Ritzlihorn. Ce dernier dépasse les limites des neiges permanentes. A gauche , se présentent celles du Hohmadstoch, plus loin dans la direction du Grimsel, \t, Mahrenhoruy puis le Schalauibérg , le Gelmerhorn, le Steinhaushorn et le Kilchlïhorn. Il faudrait des semaines pour parcourir et explorer
ce monde de hautes montagnes.
Après
Peu 4e tems après , nous arrivâmes au hameau à^Im Boden, et nous nous assîmes sur le seuil de la meilleure de sts habitations pour nous rafraîchir en buvant d'une eau fraîche et délicieuse. II est entouré de très-bonnes prairies, qui sont malheureuxsèment parsemées de beaucoup d'éboulis. Au fpn^ de son profond ravin on apperçoit l'Aâr mugissant que la route côtoyé toujours. Tantôt son cours est xallenti , tantôt elle roule avec rapidité vei'S la plaine pour rempUr le but du Créateur. Son aspect doit réveiller mille réflexions sur Tinstabilité et le retour des choses d'ici bas. Cette masse d'eaiî sortie en vapeurs du sein de la mer court s'y précipiter de nouveau, et revient bientôt, en traversant les airs sous la forme de légers nuages , à ses montagne^ natales.
A dix minutes plus loin est située sur la routf avec deux ou trois autres habitations ranciennc m^son de péage d'Aegerstein , appuyée contre une parois de rochers. Le sentier pour les piétons , qui est meilleur, traverse des prairies touffues, sur lesquelles on voit , près d'une petite fontaine , les derniers beaux hêtres à tiges élevées ; une cabane champêtre sous leur ombrage forme un tableau gracieux. On ne re^ trouve plus depuis Jà un site aussi riant. On y élèvç encore des abeilles dont le miel excellent rappelle le parfum de toutes les fleurs des Alpes.
Par ci , par là , on y voit quelques chaihps qui ne sont pas beaucoup plus grands que des planches de jardins. On y cultive de Torge, des raves, des
Tom. XL 31
pommes de terre et d'autres plantés potagères. La vallée s'élargit et forme des deux côtés des bayes et des enfoncemens entre les montagnes. Une multitude de ruisseaux accourent se jeter dans le réservoir général de TAar. On conçoit évidemment qu'une grande quantité d'eau se perd dans des cavités souterraines , ainsi que Sénèque l'a déjà observé {Quœst. nat. IIL ). Il y a , par exemple , dans le Frioul beaucoup de rivières très-fortes sur les hauteurs » qui diminuent de volume à la moitié de leur cours par la filtration , et reparaissent probablement dans la multitude de sources qui jaillissent dans là plaine.
Lorsque l'agréable sentier vient rejoindre la grande route , on voit à quelque distance en avant le viUage paroissial et assez considérable de Gui^ tannen, siège des dernières habitations d'hiver sur la route du Grimsel. A peine le modeste clocher surpas8e-t41 en hauteur les toits nombreux des nouvelles maisons , qu^on a reconstruit peu à peu sur les deux rives^ de l'Aar jointes par im' pont de 24 pas de long. Deux incendies avaient ravagé en peu de tems , en 1803 et en 1812 , les deux alignemens de maisons de cet endroit. Maintenant , on en a rebâti de plus grandes , ainsi qu'une nouvelle cure et une jolie auberge. On s'approche avec plaisir de cette dernière , où l'on est sûr d'être bien reçu , et on lit sur son frontispice assez large des inscriptions morales: et instructives en vers et en prose. Les dernières retracent les malheurs qu'a éprouvés ce village.
9) Guttannen, y est-il dit ^ essuya en 1723 xm grand
>, incendie , et en 1803 , ce village subit le même sort ^i malheureux. L'élément destructeur nous a encore 99 visité depuis lors ; le S Juin 1812 , le feu éclata et j) réduisit en cendres Téglise et 52 maisons. *'
Nous nous y arrêtâmes avec d'autant plus de plaisir , que nous pouvions espérer d'y trouver du vin rouge dlialie , soit de rEschenthal. On fait jgrand usage de ce vin assez astringent dans les pays de montagnes qui font le commerce avec l'Italie. On rapporte sur les bêtes de somme de la vallée qui le produit et d'où il tire son nom. Mais ce qui nous intéressa encore plus que cette boisson restaurante , ce fut une notice inscrite par M. Frejr , Lieutenant du génie, dans le livre des étrangers à l'auberge, sur la hauteur de quelques-unes des montagnes environnantes qu'il a gravies , à l'occasion de la nou-» velle carte géographique de l'Oberland , qui doit être tracée par ordre du Gouvernement de Berne , et que M. Frey a mesurées au moyen du baromètre. Suivant lui, le Ritzlihom aurait 11,175 pieds de Berne > le Steinhaushom 10,755 , l'hospice du Grimsel serait à 6383, et la pointe du Sidelhornà 9435 pieids au^ dessus du niveau de la mer.
Nous ajouterons à ces observations celle que ftt , au moment même , M. le professeur Meisner avec son baromètre , et par laquelle il trouva que Guttannen. est élevé de 1040 pieds au-dessus du vallon d'Im Grund.
Un peu après midi> nous quittâmiss avec de aou«
relies forces notre auberge , et nous examinâmes encore pendant quelques instans le riant village. Dans les dernières années , sa population s'est augmentée ^ù 50 ménages qu'on y comptait autrefois , à 70 , qui ont été réduits à la dernière misère , tant par les incendies dont nous avons parlé que par 1% pillage qu'ils éprouvèrent en 1799.
Il est fâcheux que les habitant ne sachent pas s'approprier les bénéfices du passage trés^fréquenté et du transport des marchandises avec les bêtes de somme qui est abandonné à des étrangers. Il est encore très-malheureux que leurs lumières bornées et leur éducation négligée ne les mettent à même d'observer les objets remarquables que la nature ra-» mène périodiquement dans cette contrée singulière. Souvent ) p^r exemple , on a vu à Guttannen des oi-* seaux exotiques » lors de leur passage dans les pays méridionaux , et l'on en a même tué quelques - uns ^ tels que le Tringavanellus^ le Fanneauqai fait an* nuellement cette route, ainsi que d'autres oiseaux aquatiq.ues , et dont on a envoyé de Guttalinen queU ques exemplaires à Berne.
Des observations assidues que Ton ferait dans cette contrée^ cmi^uiraient certainement à des découvertes intéressantes. Mais , au lieu de pareils soins , on rencontre chez sts habitans toutes sortes d'absurdes su* perstitions. Ainsi , ils portent dans leurs poches des petits morceaux de crystal de quartz très-transparent et à deux pointes qu'ils croient être un préservatif infaUliUe (contre les revenans.
Ce que Herdcr a déjà observé se retrouve encore ici. ,, Les peuples, dit-il, qui aiment la solitude, qui n habitent des contrées sauvages , des déserts , des >, pays montagneux , ou bien les côtes orageuses de ,y la mer et le voisinage des volcans , doivent avoir ,^ riinagination beaucoup plus exaltée, et la crainte ,) des sortilèges , la croyance aux talismans et à d'aur) très effets surnatiu*els doivent s'établir plus facile- „ ment parmi eux, "
En avançant , on tourne encore souvent un rel^ard de reconnaissance Sur Guttannen que Ton vient de quitter pour entrer dans des régions plus agrestes, sauvages , inhospitalières , couvertes de sapins et de débris. On marche sur des blocs de rochers , sur des amas de pierres roulées et de gravier jusqu'au premier pont sur FAar depuis Guttannen , nommé le Tschingelmatthriich y ou la rivière resserrée entre des énormes quartiers de roc se presse en courroux , comme les Romains sous les fourches Caudines , au travers de Farche exhaussée qui la surmonte. Ce pont a 29 pas de long, et après Tavoir passé , on se hâte d'arriver à un second , situé plus haut, en suivant la rive droite du fleuve. Des rochers presque dépouillés de végétation et d'un gris noir bordent le chemin de l'autre côté , et l'aspect de la vallée devient toujours plus horrible.
* Nous nommions en plaisantant notre voyage une montée aux enfers. Presque au milieu du chemin , entre les deux ponts , on traverse le raviii d'un ruisseau qui se précipite dans l'Aar, des montagnes à
gauche et gui représente par les immenses cailloux dont il est jonché le champ d'une bataille de Titans. Pour compléter Tillusion , une espèce de ly chen trèsfin et couleur de pourpre revêt, les angles et les flanés de ces pierres , et Ton croit voir les traces du sang de ces belliqueux enfans de la Terre répandu dans ce combat meurtrier.
Toujours , on entend mugir l'Aar souvent à une grande profondeur ; elle ne parcourt pas Tespace de dix pas sans rencontrer dans son lit quelque énorme masse de rochers. Dans quelques endroits, ces masses s'avancent des deux rives Tune vers l'autre , et dans leur immobilité elles ont l'air de se regarder d'un œil* triste et menaçant, tandis que les flots en furie les couvrent de leur écume. Le pont du Schwarz^ hrunnen construit en troncs d'arbres a aussi 20 pas de long. Il conduit à une p]<^ce nommée la Staubeteriy où l'Aar, en se précipitant , jette au loin un nuage d'eau en poussière. Puis , on traverse une forêt très-clairsemée , le Breitenwald , et l'on arrive à la Handech^Kehren. Cette partie du chemin , trèscoupée , est pavée , mais aussi rude que si elle ne l'était pas.
Depuis Guttannen on trouve par-ci par-là de la mousse d'Islande (Jychen islandicus) qui serait d'une grande utilité pour les hommes et les bestiaux , si on savait la recueillir. Cuite avec du lait , elle fournirait une nourriture salubre et d'un bon goût. Préparée avec de l'eau, elle est amère et désagréable ; cependant \^ Islandais la mangent ainsi , après l'avoir
fait bouillir. En Carinthie , on l'emploie à engraisser les porcs et on en donne même avec succès à des bœufs et à des chevaux amaigris. Mais l'habitant de Guttannen préfère les gâteaux de farine d'orge et les pommes de terre qu'il connaît mieux et qu'il cul« tive lui-même. Il 7 joint encore le pain qui lui' vient de la plaine , le ris et les vins qu'il tire de l'Italie et le laitage de ses bestiaux , auxquels d'excellentes prairies fournissent trois fois par an une abondante récolte de foin. Cependant , on n'y est jamais à l'abri de la gelée pendant la nuit , même dans les quatre ou cinq mois de l'été , ce qui nuit beaucoup à la crois* sance des plantes délicates.
Les neiges épaisses qui tombent en hiver couvrent et fertilisent le sol et favorisent éminemment la végétation de rherbe et du treffle qui souvent au printems perce au travers de ce manteau hivernal , trop tardif à se fondre.
Quelque avantageuses que soient ces prairies ^ on a beaucoiq) de peine à les maintenir productives. Ici , comme partout dans les Alpes , les i*ochers en^ vironnans y versent une quantité de débris qui menacent sans cesse d'encombrer tout-à-fkit le sol végétal. Les'habitans ramassent ces pierres et les entassent en monceaux que l'on voit en grand nombre sur les prés et qui donnent à la vallée , même dans ses parties les plus gracieuses , un air d'âpreté et de destruction.
Longrtems ces pierres amoncelées restent nues
et sèches; peu à peu , cependant ^ il se forme à leur superficie une croûte de diverses espèces de lychen Qy chênes crustacei, tuherculati et imbricati)^ qui tapissent toute la masse et indiquent un commencement de végétation. Lorsqu'ils passent , ils sont remplacés par des lychen à feuilles , auxquels succèdent bientôt quelques espèces de mousse. Elles recouvrent au bout d'un certain tems le sol et les pierres , et permettent ensuite à des herbes mieux organisées de croître et de se développer.
Le vent et la pluie chassent aussi dans les intervalles des cailloux , de la poussière et même de la terre, qui devient un terreau végétal, dans lequel des arbrisseaux peuvent prendre racine. Enfin , le petit tertre est revêtu en entier d'un tapis de verdure et souvent couronné de touffes de sureau , de frêne et de sapins.
Nous revenons à noti'e route pénible dans les déserts de la Handeck , au pied de l'Aerlenhom d'où se verse à droite un fort ruisseau , TAerlenbach , ai\quel cette montagne a donné son nom. Il coule avec impétuosité vers l'Aar , semblable à un jeune chevalier qui vole dans les bras d'une Reine des fées dont il est épris. Déjà , il a arboré les couleurs de cette puissante magicienne , le bleu des glaciers et le bjanc de l'écume de %t% ondes agitées ; mais , en accueillant les hommages du bouillant adolescent , elle enchaîne à jamais son existence à la sienne. Cependant , honteuse de s'être unie à un simple mortel , elle cache sa chute qui ne se trahit, même à peu de distance , que par im soiurd bruissement.
Envîi'On à 200 pas en-deçà du chalet de laHandeck , un sentier conduit à gauche au travers d^rn bois de sapins sur les bords de la gorge profonde où coule l'Aar , et l'on apperçoit enfin la célèbre cataractcv qui surpasse toutes celles de la Suisse en force 5 en rapidité et qui ne le cède qu'à la chute du Rhin à Lauflen, pour Tabondance de ses eaux. On peut se rendre aussi en moins de tems et avec moins de peine depuis le chalet au bord de la rivière , et Ton voit ce magnifique spectacle d'en haut et de trè^^ près. Le matin , de 9 à 10, au plus tard à 11 heures , est le moment le plus favorable pour en jouir. On est placé sur une saillie du rocher et l'on voit à droite l'Aar précipiter ses ondes sous la forme d'écume confusément moutonnée , tandis qu'à gauche l'Aerlenbach accourt avec un joyeux empressement et réunît dans sa chute rapide ses flots abondans avec ceux de la majestueuse rivière, au milieu des airs. Le feu d'artifice Uquide , par lequel la nature célèbre Cette union , est d'une beauté inexprimable. Lorsque le soleil l'éclairé, un Iris scintille sans interruption en flammes mobiles et nuancées sur l'angle tranchant du rocher. On dirait un feu grégeois , que les eaux de la cascade, dont il est sans cesse aspergé, ne peuvent éteindre. Mais il est impossible de décrire , de dépeindre même l'agitation , le fracas des ondes , les ténèbres de l'abime, profond de 200 pieds , dans lequel elles se jettent , l'horreur du désert où l'on est placé , les sauvages alentours de cette scène ! Cependant , on aime à se rappeler , à la vue de l'original , les images sublimes que Schiller a tracées dans son beau poëme du Plongeur.
,7 Autour de lui tout ondoyé, bouillonne, siffle n et mugit commç Fcâu lorsqu'elle se mêle avec le )) feu ; la fumée de l'écume jaillit jusqu'aux cieux jo^et des flots , sans cesse renouvelés , se pressent , » s'entrechoquent et se précipitent avec le ronflement )) du tonnerre en grondant dans le sein des abimes. '"
On pourrait appeler ce tableau un JEnfer d'eau. En effet, elle se verse dans un gouffre dune profondeur presqu*inabordable , que le soleil n'a jamais éclairé. Cependant , Thoftime qui sait pénétrer partout a tenté d y arriver. Le peintre Wolf s'y fit descendre avec des cordes et trouva ainsi un point de vue favorable pour le dessin qu'il a fait de cette magnifique cascade. Il y a placé un loup ( TVolf) qui indique en même tems le nom de l'artiste et l'âpreté de la contrée. Cette planche est devenue très-rare.
L'aspect du chalet de la Handeck repose agréablement le voyageur de l'émotion que lui a causé le tumulte des eaux. On nous montra une corniche du rocher , droit au-dessus de la cataracte , où le poëte Baggesen alla s'asseoir et jouer tranquillement de la flûte. Je doute cependant que même la lyre d'Orphée eût pu appaiser la fureur de ces ondes. L'harmonie bruyante du torrent couvre tous les sons plus doux, qui tâcheraient vainement de se faire entendre dans sa proximité , et à peine permet-elle à la voix du spectateur de parvenir à l'oreille de ses compagnons.
On trouve du plaisir à se reposer dans la chaumière de la Handeck et à s'y rafraîchir avec du laitage , seul comestible que l'on y trouve. Nous étendîmes sur les croûtes de pain que nous portions avec nous de la crème parfaite, épaisse comme du beurre. L'économe de l'hospice duGrimsel y tient à l'alpage pendant Tété , environ 6 vaches , quelques chèvres et quelques porcs. On nous offrit de Teau-de-vie de gentiane , distillée dans le lieu même. Oette boisson 9 aussi claire que l'eau la plus pure , a une odeur et une saveur désagréables. On la prépare avec des racines de deux espèces de gentianes, gentiana purpurea et gentiana punctata , qui souvent sont longues d'une au^e sur un pouce de diam4ti*e. Elles laissent sur la langue un goût extrêmement amer , que l'on conserve long-tems. En 1777, le quintal de ces racines se vaidait encore 10 à 11 batz. Maintenant que ces plantes sont devenues plus rares , on le paye de 20 à 25 batz , et Ton en tire tout au plus 3 pintes ou pots (mesure de Berne) de liqueur spiri tueuse, qui se vend actuellement 18 à 25 batz le pot. On va chercher au péril de la vie ces racines dans les parties les plus reculées des montagnes , puis on les laisse fermenter. On en distille deux fois l'esprit et on ajoute le résidu aux racines nouvelles pour en accélérer la fermentation. On attribue à cette liqueur des vertus sanitaires et particuhèrement stomachiques. Mais les paysans la boivent par goût comme d'autres liqueurs fortes.
En quittant le chalet de Handeck , on nous montra sous un hangard voisin un assez grand nombre
de grands orjrstatix noùrâtrcé, que Ton avaît trouvé dernièrement, en creusant près des Gcùnenhomer (pics de Gelmen.(0
Ensuite , nous traversâmes uti vaste champ d'é* normes débris , pour arriver à la letzten ou hosen Seiie (le mauvais côté} et à la helle Plat te (plateau éclairé ). La végétation des arbres devenait toujours plus chétive et plus rai*e, et le pinus pu-^ miHo montana indiquait que nous touchions à sts dernières limites. L'Aar court ici en bouillonnant dans un ravin étroit entre les rochers du Stock et la hoie Seite. Bientôt , on voit sur la rive opposée, à gauche 9 rabondmît ruisseau du Gelmerbach sorti dun lac des hautes Alpes et coulant dans le lit profond quïl s'est creusé. Il se divise quelques fois en deux bras et forme la dernière belle cascade qui se verse en-deçà du Orimsel dans l'Aar. On se rappelle ici que les anciens Scandinaves choisissaient le voisinage de pareilles chûtes d'eau pour le lieu où ils faisaient subir aux traîtres à la patrie et aux rébelles f la peine de leurs forfaits.
Une montée roide et tortueuse conduit à la helle Plat te (plateau éclairé) , que Ton nomme ainsi parce
(^) Fius aDçicfnnement on avait dëjà fait des recherclies dans des bancs très-élevës sur le mont Gelmen , pour trouver des crystaux. Pour y arriver, les ouvriers étaient obligés d'enfoncer des pieux dans le roc et d*y poser des planches , ou de se faire hisser par des cordes. Mais ils abandonnèrent bientôt un métier aussi dangereux et aussi ingrat.
qu'elle est tout-à-fait découverte et que les rayons du soleil qui j dardent sans obstacle lui donnent un aspect très-clair , mais toujours effrayant. Des deux côtés elle est entourée de quelques buissons. C'est probablement une avalanche qui en a jadis enlevé là lerre; on y avait posé des barrières ou garde-foux pour la sûreté des passans ; mais le bois dont elles étaient faites s'est pounî. On y a taillé aussi des crenelures en travers dans le roc pour empêcher les passans , hommes et quadrupèdes , de glisser et de tomber dans le précipice ^ au fond duquel coule FAaf et qui borde le chemin. Dans les endroits les plus glissans , on a exhaussé la route au moyen/ d'une t,%^ pèce dépavé brut , de sorte que l'on n'a rien a crain-dre , à moins que Ton ne soit sujet au vertige. Une >yigne rougeâtre marque sur ce roc de granit la trace que l'on suit en marchant , ce qui s'observe toujours sur le granit , tandis qu'à côté , il est tantôt gris % tantôt noirâtre ou verdâtre et couvertd^ lychen. *
Un peu au-delà du Gelmerbach se montre , du même côté, un rocher brusquement saillant, rayé de bandes violettes , vertes et jaunâti-es , qui coupe agréablement le^ teintes vagues , monotones et tristes des pierres nues , que l'on voit tout autour de soi. On apperçoit quelquefois les mêmes effets sur d'au-» très rochers de granit; mais ni aussi tranchans, ni aussi beaux. On les retrouve encore sur cette route plus près de l'hospice et sur le St. Gotthard , dans les environs du pont du Diable. Un savant Aile* mand , Storr , les attribue à de la mine de fer dis^ soute 9 qu« les eaux auraient amenée et déposée ;
d'autres naturalistes , aux semences de diverses espèces de lychens*
Plus on avance dans ces régions et plus on voit des rocs primitifs de granit. L'idée de marcher sur les plus anciens matériaux pafmi ceux dont notre j^lobe est composé a quelque chose de solennel et fait naître une foule de sensations étranges. On se représente l'enfance du monde, lorsque tant de matières élémentaires nageaient dans le grand Océan qui couvrait toute la surface dç la terre; lorsque des forces inconnues séparèrent d'abord ces bancs énormes de granit, ces masses immenses de gneiss, puis les entassèrent les unes sur les autres. Mais une autre puissance les a de nouveau déchirées , brisées et jetées çà et là sur les flancs des montagnes |^ où elles gisent depuis des milliers d'années , sans avoir subi la moindre décomposition et où elles bra^ vent l'éteitiité.
On arrive en peu de tems de la belle helle Plat te au kleine Bogelein (petit arc) , pont de pierre de iS à 16 pas de long , dont la seule arche hardie traverse là rivière, et près duquel un joli melèse fait un effet pittoresque. Cette espèce d'arbres est très-rare sur la pente méridionale des Alpes. Celui^i e^ comme suspendu au-dessus de Tabime affreux , au fond duquel le fleuve roule avec un fracas épouvantable l^ur un lit de granit où il a creusé des excavations et des canaux. U paraît qu^il opère depuis long-tems cet effet destructeur, et que son lit était beaucoup plus élevé qu'il ne Test maintenant ^ car on voit sur les
rochers des traces de Faction des eaux à uiïe hauteur qu'elles ne peuvent plus atteindre. On admire aussi quelquefois à cet endroit un segment dlris dont les nuances brillantes teignent Técume qui s'échappe 'en vapeurs dès flots bouillonnans au bord du som**^ bre précipice.
A demi-lieue plus loin , on passe de nouveau: im pont de pierre » le grosse Bogelein ( le grand arc.} qui , par sa longueur de 50 pas et ses puissans arcboutans , peut seul , parmi les ponts de TAar sur la route du Grimsel , être comparé à ceux de laReuss sur le St. Gotthard. On avance depuis-là sur la rive gauche de la rivière vers le Stochstegen, qui s'étend jusqu'à X AelpersuU. Celui-ci se termine par le Raierichsboden , à peu près à l'endroit où le torrent considérable du Bachlisbach sorti du glacier du £achli traverse le chemin.
Râterichsboden est une petite valléç dont le sol plat et uni surprend et repose le voyageur. II y a quelques années que le di'oit de pâturage de cette localité appartenait encore aux Vallaisans, jusqu'à ce que l'avant - dernier économe de l'hospice du Grimsel, Melchior Von Bergen, l'eut acheté pour la somme de 1250 francs. Depuis lors , il a été possédé par des habitans de la vallée de Hasli. Cependant, ce vallon devient chaque année plus sauvage , et la diminution rapide des bois diminue aussi sa valeur. Il est à craindre que bientôt on ne pourra plus y nourrir que des moutons. Son produit est évalué à l'alpage de ô à 10 vaches , d'environ 30 chè-
vrcs et de 3 à 400 brebis. Le chalet est situé à Fex* trémité du vallon près d^un ruisseau qui forme une jolie cascade. Quelques tiges minces et clairsemées àt pinus sylvestris y de sorbus aucuparia et de petits melèses fournissent aux vachers leur chétive provision de bois à brûler. L'économe de Thospice vient aussi chercher dians ces lieux une partie de celui dont il a besoin. Dans les places qui ne sont pas encombrées de gravier, il y croît une très-bonne herbe, et souvent des conducteurs de bêtes de somme vallaisans Y passent la nuit , parce qu'ils ont le -droit dy faire paître leurs chevaux. Ils sont assez endurcis contre les intempéries pour pouvoir y dormir tranquillement par la pluie et Touragan , sous quelque pierre saillante , où ils sont moins à l'abri et moins, bien couchés que les Esquimaux et les Pescherâhs dans leurs huttes.
On traverse rarement le Râterîchsboden à pied sec. La nature semble toujours hésiter si elle y rétablira l'ancien lac qui remplissait jadis tout ce bassin , où si elle posera une couche de terre plus solide et plus épaisse sur les débris des rochers. Parmi les plantes alpines qu'on y trouve en abondance , on re-marque encore de belles espèces de gentianes , la/^wrpurea et la punctatUy le cnicus spinosisêimus et la ^ihhaldiaprocumbens. On traverse avec plaisir cette petite plaine et Ton escalade ensuite avec plus de courage un nouveau gradin dé la pente , le Kessi^ bidmer , d'où l'on voit im pont de bois jeté sur TAar qui conduit , à gauche , à la Sommeregg^ où l'on à creusé , il y a quefques années , pour trouver des
crystaux.
crystaux. Au-dessus de ce plateau s'élèvent les pics du Schaubhorn et du Gerstenhorn. Le Gerstenbach découle de ce dernier. Le ravin de TAar se rétrécit de nouveau.
Bientôt on arrive au Sommerloch qui forme la limite entre le Râterichsboden et le Spitalhoden (territoire de rhospice), et bientôt on se trouve dans le Spital'Lamm (gorge de Thospice) entre le Jauchliberg à droite et le Nagelisgratlein à gauche, et Ton se détourne du nord -est au sud -ouest. Une quantité innombrable de débris de granit en énormes cubes ou en quartiers parallélipèdes indiquent une ancienne chute de montagne dans ces déserts.
.... rudîsy indigesta moles Nec quidquam nisi pondus iners. ( Ovid. }
La nature sans vie, indigeste uniforme, N'était qu'un tout confus^ où ri^i n'avait sa forme.
Des- couches de neige dans les intervalles de ces pierres , où le soleil , qui n'éclaire que rarement cette gorge , ne pénètre jamais , Hent Thiver écoulé à celui qui doit suivre. Souvent, dans la froide saison, les deux rives de TAar sont réunies par une croûte de neige qui peut porter le voyageur et qui abrège sa route, tandis que l'eau coule sous les voûtes de cette couverture.
Pour la dernière fois , on retourne par le SpitaU logeUin, autre pont de pierre de 15 pas de long Tom. XL 22
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sur la rive droite , où le chemin se dirige à droite eu la côtoyant dans un vallon ass«z large , tandis qu'à gauche un sentier plus court, mais assez escarpé , conduit à l'hospice. On a planté sur les bords du chepijn , de distance en distance, des perches, pour l'indiquer aux voyageurs , lorsque la neige est haute , comme cela se voit aussi sur les routes du St, Gotthard et du St. Bernard.
A peine peut-on distinguer de loin le bâtiment hospitalier qui se présente comme un grand bloc de rocher grisâtre au milieu de la quantité d'autres plu$ petits et de la même couleur dont il est entouré , de sorte qu'un voyageur à vue basse peut fort bien le manquer.
Dans cette solitude dénuée de végétation , où la plus grande partie des rochers est d'une nudité effrayante, l'aspect d'un abri fait toujours plaisir et l'espoir d'y tj^ouver des rafraîchissemens , dont on a été privé si long - tems , donne des ailes. Cette sombre maison est située. en face de deux petits lacs si voisins l'un de l'autre , qu'ils n'en formenf presque qu'un seul , dans une petite vallée latérale et asccndante de la grande vallée principale de TAar , à l'embouchure d'un ruisseau qui passe sous le bâtiment. Elle n'a que peu de fenêtres , afin de donner moins d'entrée à la froidure qui règne dans ces lieux élevés. On la prendrait plutôt pour une prison que pour une auberge , si un large escalier aboutissant à une galerie de bois adossée contre le corps delà maison, qui d'ailleurs çst toutç de pierres , ne prouvait pa^
que Tabord en est permis à tout venant. A coté dé cette habitation est un autre bâtiment contenant des écuries pour les bêtes de somme et dans l'étage supérieur un magasin pour y déposer des marchandises et des vivres. (*)
En 1799 5 une patrouille d'Autrichiens venant du St. Gotthard s'était avancée jusqu'ici et avait été obligée de brûler toutes les boiseries de l'hospice pour se chauffer. Les communes de la vallée de HasH qui en sont propriétaires le rétablirent à grands frais et lui donnèrent l'apparence de nouveauté sous laquelle il s'offrit à nos yeux. Une inscription sur les lambris de la chambre qu'habite l'économe rappelle cet événement.
Nous y entrâmes ; l'on nous servit un bon souper dans une petite chambre basse , mais propre , destinée aux éti'angers, et nous liâmes bientôt connaissance avec l'économe Jacob Lûthold d'Unterstock dans le vallon de Grund, homme vigoureiix, énergique, calme, sensé et prévenant, qui est à même de donner toutes les indications que l'on peut désirer sur les particularités de ce site solitaire.
Les communautés d'Oberhasli afferment à l'économe l'hospice et le revenu d'un petit péage qu'elles ont le droit d'exiger. Dans les derniers tems le prix de ce bail était de 1000 francs , et l'on estimait lè
(^) La vignette sur le frontisiùce de l'Atlas portatif joiàt ^ cet ouvrage représente trèsJfidèlement Thospice.
produit du péage à 250 francs tout au plus. Le fermier est tenu de donner gratis à tout voyageur pauvre qui passe par cette route et qui n'est pas en état de payer , des rafraîchissemens , un repas et un gîte. Il leur offre ordinairement de la soupe , du pain , du fromage , du vin , du lait , du serêt et quelquefois de Teau-de-vie. En échange, il a le droit, usité depuis plusieurs siècles, de faire, pendant Thiver, une collecte dans toute la Suisse , pour Taider dans cette œuvre de charité ; mais les frais de voyage et la brièveté du tems qu'il peut y consacrer ne lui permettent pas de parcourir tous les cantons. Il doit être de retour à Thospice au mois de Mars, où le passage recommence à être fréquenté. Il y tient ménage avec sa femme , ses enfans et plusieurs valets.
Les étrangers riches qu'il reçoit dans son auberge lui rapportent quelque bénéfice; mais la difficulté ffts transports renchérit infiniment les vivres , et c'est une grande erreur , lorsque des voyageurs moyennes s'imaginent qu'il est obligé de les loger et de les nourrir sans rétribution. C'est principalement pour l'usage des pâturages alpestres dépendans de l'hospice plutôt que pour l'auberge et le péage que le fermier paye un bail aussi considérable. Au mois de Juin , il fait venir ses brebis de la vallée, ses chèvres arrivent au mois de Juillet et ses vaches souvent seulement au mois J'Aout. Le nombre de son bétail montait dans l'été de 1814 à 200 brebis, 80 à 100 chèvres , 42 boucs qu'on menait sur un pâturage particuUer, 17 vaches à lait, 5 qui n'en donnaient point et 20
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chèvres dans le même cas , enfin 10 porcs avec quelques petits. Un troupeau aussi nombreux rappelle ceux des patriarches et donne im aspect intéressant à réconomie d'un vacher des Alpes.
Il faut que le fermier de l'hospice s'adonne en entier à cette occupation , s'il veut retirer quelque profit de sa ferme. Les chèvres se rassemblent chaque soir autour de la maison et y forment un tableau champêtre et attrayant pour l'ami de la nature. On les trait, on les régale de sel et on fait d'excellens fromages avec leur lait. Le gros bétail séjourne de l'autre côté du petit lac , et soir et matin des valets vont en bateau le traire. On estime que chaque chèvre peut rendre Vz pot de lait par jour, tandis qu'une vache peut en donner jusqu'à 8. Le fermier a la faculté de pouvoir acheter en tout tems son bétail dans le Vallais , tandis que les autres habitans du district de Hasli ne peuvent en faire emplette hors du pays qu'en automne , sous peine d'une amende de 25 francs. Le but de cette disposition est de prévenir qu'ils ne conduisent en été plus de bestiaux sur les pâturages de montagnes , qu'ils ne peuvent en entretenir pendant l'hiver. Pendant que le Vallais était sous la domination française, le fermier paya une somme incroyable pour le péage sur les vins et sur les bestiaux qu'il en tirait. Elle monta à 175 francs,, c'est-à-dire, à peu près aussi haut que le produit entier du péage qu'il lève lui-même sur toutes les marchandises qui y sont soumièes. Les Vallaisans et les Suisses lui payent à raison de 1 batz pour im cheval chargé , de ^2 batz pour un cheval de mon-
turc , 1 kreutzer pour un cheval vuide , 1 kreutzer pour un homme chargé , 1 kreutzer pour chaque tête de bête à comes , et V2 kreutzer pour chaque pièce de chèvre , brebis et de porcs. Les Italiens payent quelque chose de plus.
On conçoit d'ailleurs aisément que ce produit est sujet à beaucoup de variations. La température , les prix des subsistances , Tétat du commerce en général et de celui du bétail en particulier influent beaucoup sur sa quotité.
Au 30 Novembre , jour de la St. André , le fermier quitte rhospice; mais il est obligé par une ordonnance que l'humanité a dictée, de ne point fermer la maison et d'y laisser dans une chambre une bouteille de vin , la moitié d'un fromage de chèvre , la moitié d'un pain de serêt, de la paille pour une couche , du bois à brûler et des instrumens propres à allumer du feu. On laisse aussi la cuisine ouverte. On fait ces dispositions pour ceux qui hasardent le passage du Grimsel pendant l'hiver ou que des circonstances particulières amèneraient dans ces lieux ; mais souvent une coupable avidité vient piller dès le lendemain du départ des fermiers ces dons charitables. D'autres fois , des passans indiscrets y allument de tels feux , qu'ils risquent d'incendier la maison , et ceux qui viennent plus tard n'y ti'ouvent plus un écot de bois.
La disette de ôe combustible a conduit à faire usage de tourbes que Ton recueille sans beaucoup
de peine dans quelques parties enfoncées du sol des montagnes et que^I'on amène'plus promptement que le bois, que les domestiques de l'hospice doivent aller chercher souvent à deux lieues de distance. Le pinus pumilio, le pin alvier et le pinastre le fournissent; mais ces arbres diminuent considérablement. Sur ces hauteurs presque dépoui*vues de terre végétale , on ne peut tirer que peu de parti de la végétation. La surface d'un quartier de rocher escarpé de tous côtés et sur lequel on ne peut monter qu'au moyen d'une échelle a été employée par l'industrieux économe Melchior Von Bergen, pour en faire un jardin potager ; il y avait semé des raves , des épinards , des laitues et des choux , et Ton a continué à suivre son exemple. Les deux dernières espèces de plantes ne parvieiment pas dans ce climat froid à leur entier développement et ne donnent point de têtes; mais on a toujours du plaisir à trouver des légumes verts dans ces régions hivernales. D'ailleurs la table du voyageur est pourvue très-abondamment de viandes et de laitage ; souvent on y sert du chamois rôti ou de la marmotte en venaison. Le soir de notre arrivée , on apporta à l'aubergiste im chamois qu'on venait de tuer.
Séjour au Grims^ et excursion au glacier du
Vorder^Aar.
Une halte de plusieurs jours au Grimsel dans deux étés successifs n'a pas suffi pour que je puss^ voir tout ce que cette contrée contient de remarquable.
Il faudrait y passer des mois , si Ton voulait visiter et escalaaer tous ces lieux qui méritent d'être vus et décrits. Mais dans cette région des nuages, un beau tems soutenu est une rareté, et le livre des étrangers de Thospice est rempli de doléances sur l'inconstance de la température.
L'observation du savant J. Lorenzo au sujet du St. Gotthard , „ qu'on ne peut pas compter sur 15 „ jours clairs et sereins dans une année , et que la 5, température n'a de stabilité que dans son incons- „ tance même , qui n'accorde jamais une suite non „ interrompue de beaux jours , '' cette observation , dis-je , se confirme aussi sur le Grimsel. Il me paraît que la clôture absolue de la vallée de TAar depuis Grund et l'enfoncement du passage du Grimsel entre des crêtes de montagne plus élevées , peuvent être considérés comme les principales causes de ce phénomène. Dès que les nuages sont entrés dans cette longue gorge d'où des vents latéraux ne peuvent les chasser , ils y restent fixés et s'abaissent par leur propre poids entre les deux chaînes de hautes montagnes qui l'encaissent; ils sont absolument contraints à suivre le cours de la rivière , soit en la descendant, soit en la remontant , et dans ces deux cas , ils s'arrêtent ordinairement pendant quelques jours autour de l'hospice. Mais il ne faut pas se laisser trop aisément effrayer. Lorsqu'on s'en voit enveloppé, on s'imagine quelquefois que tout le pays est inondé de pluie ou couvert de brouillards , tandis qu'à une lieue de l'hospice , aux glaciers de l'Aar , sur le Sidelhorn ou à la Meyenwand sur le revers du passage , il fait le plus beau tems.
U serait difficile d'indiquer laquelle des excursions que Ton peut faire dans les environs est la plus intéressante et promet le plus de jouissances. Le glacier de TOber-Aar invite , parce qu'il a été rarement visité; celui du Vorder-Aar^ par son étendue, la facilité de son abord et son cadre majestueux , que forment les célèbres aiguilles du Schreçkhorn et du Finsteraarhorn. Le glacier du Rhône se recommande par sa grande réputation, sa beauté réelle, le renom du fleuve qui en sort , ses alentours plantureux et le climat plus doux du Vallais. Enfin , le Sidelhorn offre à son sommet une vue magnifique , qui embrasse mieux qu'aucune autre dans f Oberland renchaînement des hautes Alpes , principalement du côté du mont Rosa et du Simplon.
Dans toutes ces. promenades, on est sûr de trouver du plaisir , mais aussi de la peine et de la fatigue. L'occasion, le goût, le but du voyage en général, doivent. seuls décider de la pi'éférence que Ton accorderait à Tune plutôt qu'aux autres. Je n'ai pas monté sur la cime du Sidelhorn ; mais aucun de ceux qui l'ont entrepris et qui ont été favorisés par le beau tems ne s'en est repenti. On m'avait recommandé une autre course , qui ne m'a pas dédommagé des difficultés qu'elle offre a surmonter.
On nous conduisit en côtoyant le rocher duKessithurm , qui forme le pied du Sidelhorn , un peu au-dessous du lac de Triibten, à la Bârenegg, où l'on se trouve à une certaine hauteur en face du glacier de rOber-Aar , que l'on voit parfaitement avec
Taiguillç du Zînkettstock qui ravoîsînc. Mais le retour est très-fatiguant et il faut traverser en général une si longue étendue de déserts sans route frayée , au milieu d'une quantité de débris de granit à angles tranchants , dont les intervalles sont recouverts d'une trompeuse végétation , que Ton songe plutôt à éviter les dangers continuels qu'à examiner les alentours, d'autant plus qu'il faut à chaque instant passer a gué des ruisseaux abondans et traverser des bancs de neige. Enfin , on court risque , en redescendant de la Bâre/iegg dans la vallée de l'Aar , d'être pris entre le lit du torrent qui varie très-souvent et les rochers , sans pouvoir trouver une issue , de sorte que l'on est obligé de faire de longs circuits, dans lesquels la nuit peut surprendre, ou de se faire porter au travers de l'eau , ce qui est assez dangereux. Une fois je me trouvai réduit à poser la pointe du pied dans une fente de roc , à m'accrocher avec les mains aux inégalités des rochers au-dessus de ma tête et à me glisser ainsi le long de la parois à pic , tandis que mon guide marchant jusqu'à la ceinture dans l'eau glacée de l'Aar me serrait contre le roc pour m'empêcher de perdre l'équilibre.
L'excursion au glacier du Vorder-Aar est infiniment plus intéressante et moins périlleuse. Nous l'entreprîmes le 2 Août 1815 par la plus belle matinée. Comme on peut facilement du même jour s'y rendre , s'avancer à trois lieux sur la surface du glacier et revenir à l'hospice, nous ne fîmes nos préparatifs de voyage que le matin même. Nous nous promenâmes encore avant de partir sur les bords du
lac du Grimsel derrière Tauberge, et les beaux tableaux qu'il nous oiFrit nous donnèrent encore plus de courage et de force pour notre course. De nombreux ruisseaux accouraient en murmurant à ce silencieux réservoir , dans lequel les montagnes sur ses rives se mirent avec une telle clarté qu'elles paraissent se rejoindre au fond de ce bassin si tranquille et si transparent, qu'on aurait pu le croire vuide d'eau. Lorsque le tems est couvert, les ondes de ce lac ont une couleur sombre et noirâtre , ce qui provient sans doute de son fond marécageux. Il ne contient que peu ou point d'êtres animés, et son aspect est en général peu riant au milieu des rochers anguleux qui le bordent.
En 1792 , on y a introduit des poissons ; mais il est probable que cette colonie a péri , au moins depuis loug-tems on n*en a apperçu aucune trace. Apparemment qu'ils n'ont trouvé aucun insecte pour en faire leur pâture , puisqu'il n'y croît point de plantes aquatiques. On distingue au fond de Teau des blocs de granit pareils à ceux qu'on remarque sur les rives. Il y a deux ans qu'on découvrit sous une de ces pierres les squelettes de quelques soldats qui y avaient péri en 1799. Des sondes très-exactes ont orouvé au lac antérieur 32*^2 pieds de profondeur, tandis que la partie plus reculée en a 62. Deux ruisseaux et la fonte continuelle de quelques bancs de neige pendant l'été l'alimentent, et il s'écoule par le petit ruisseau du Seebach qui passe à côté du chétif jardin de l'hospice.
Le bâtiment de la vacherie où Von prépare les fromages de vache est situé sur ses bords. Ceux de chèvre se font dans Thospice même. Très-souvent des ours se sont montré aux environs du lac et des bâtimens , et ont ravagé les troupeaux de moutons.
On ny possède point de ces chiens intéressans dont on conserve la race au St. Bernard , pour découvrir les voyageurs ensevelis sous les neiges. L'économe du Grimsel et ses valets y suppléent en quelque sorte , en faisant une espèce de ronde dans les jours orageux et en poussant des cris pour indiquer aux passans égarés la direction qu'ils ont à suivre pour gagner Thospice.
Lorsqu'on parcourt ces montagnes , îl est bon de profiter de la fraîcheur du matin , le soleil du milieu du jour y étant excessivement chaud. En 2 heures, on atteint l'extrémité du glacier , et en avançant encore de deux ou trois lieues sur la glace , on peut observer tout ce que ses alentours offrent de remarquable.
Un valet de Fhospice qui connaissait parfaitement la contrée portait nos provisions de bouche et nous servait de guide. Nous regrettâmes de ne pas pouvoir nous faire accompagner par celui de ses camarades qui avait été en 1812 avec MM. Meyersurles montagnes de glace les plus élevées de la Suisse et qui avait gravi le Finsteraarhom; mais il était parti avec d'autres voyageurs. U aurait pu nous donner
quelques détails sur ce voyage , dont tant de personnes s'obstinent à révoquer en doute la véracité.(*}
(*) C'est surtout le voyage sur la Jungfrau en 1811 qui a si fort excité les contradictions. On en trouve la pre* mière notice dans le livre des étrangers, de Melchior Von Bergen , précédent économe à Thospice du Grimsel.
^y Le 30 Juillet ISil, y est-il dit, les deux soussignés „ ont padsé ici , munis de tout ce qui leur était néces- ^ saire pour exécuter leur projet de gravir le Jung. ^ frauhorn, où personne n'est encore monté , et de re. „ chercher la connexion de la grande mer de glace avec ^ d autres glaciers. Le 5 Août, ils ont repassé au Grirn*
' Y> ^^' 9 apre^ avoir eu la &atisfaciion de planter , le Samedi ^ 3 Août après midi , un drapeau noir en guise de signal ^ sur la cime la plus élevée de la Jungfrau. Le chemin ^ le plus court et le meilleur pour y parvenir passe par ^ la vallée de LôL^cU çn Valiais et par son glacier. Les „ soussignés ont eu le bouheur d'atteindre sans beaucoup ff de difficulté le noyau le plus élevé de cette montagne „ dans cette saison si favorable aux voyages dans les ^ glaciers; mais ils doivent observer que les glaciers n varient suivant la température, de sorte que dans une „ année, où le tems serait moins bon, la route qu'ils „ ont prise pour parvenir à ce dernier noyau 4^ mon* „ tagne pourrait devenir impraticable. On est donc oh. » liS^ C 1^^ chasseurs de chamois les plus expérimentés „ ne se hasardant jamais aussi loin sur la mer de glace) ^ de chercher soi-même chaque fois la route qu'il faut „ prendre et de passer une ou plusieurs nuits sur le gla« „ cier, ainsi que cela çst arrivé deux fois aux soussignés. ,, Mais on a des obstacles presque invincibles à surmonter „ pour atteindre le point le plus élevé de la Jungfrau. „ Depuis- là et depuis les cimes circonvoisines , on peut „ voir la connexion de tous les glaciers qui se réunissent
^ n ^isL grande mer de glace derrière le Mônch et la Jung. I, frau. ''
Notre marche commença par descendre à VAa^ renboden (plaine de TAar ) , à' peu près à une demi *- lieue de Thospice. Avant d'arriver au bord de la rivière , on passe sur le Spîtalbûhl , grande colline de roc , entre laquelle et la pente postérieure du Jauchliberg ou Bromberg les eaux ont creusé un profond ravin, à moins qu'un tremblement de terre n'ait ouvert ce canal. Mais si ce sont les eaux, il a fallu • bien des siècles pour qu'elles aient pu ronger le granit aussi profondément. 11 paraît qu'auparavant la vallée , depuis le Spitalbiihlen jusqu'au glacier, formait un grand lac des Alpes.
Bientôt on traverse un pont de bois de 12 pieds de long sur TAar, qui, semblable au jeune Hercule, donne , déjà au sortir de son berceau , des preuves de sa force. Nous visitâmes avec intérêt sur la rive opposée la vacherie bey der Balm^ malgré la boue dont elle est entourée , où un Vallaisan de Reckigen passait alors avec deux compagnons et 37 vaches , 10 à 12 jours de la saison de l'alpage. L'aspect agreste de cette bergerie rappelle les fables des Troglodytes et de l'antre de Polyphème. Elle est pratiquée dans une grotte naturelle que Ton avait jadis élargie en creusant pour Ats crystaux. Un misérable mur brut de 5 ou 6 pieds de haut ferme le devant de la caverne et sert de manteau de cheminée au foyer , sur lequel est suspendue la chaudière pour faire le fromage. Au fond de la grotte , ou le roc touche à la terre , on avait arrangé ime chétive couche avec de la mousse. Un pâtre de TOberhasli ne se contenterait pas d'une aussi mauvaise demeure ; mais il
paraît qu'elle suffit à un Yallaisan^ et c'est encore la meilleure de 3 ou 4 autres semblables dans cette contrée. Cette pottion de terrain , située sur le terrilpire de Berne , appartient à des propriétaires Val* laisans depuis un tems immémorial et leur est échue , dit-on , par le mariage d'une héritière de ce pâturage avec un paysan du Yallais.
Après avoir passé le Spîtalbûhl , on trouve un sol complètement plat qui s'étend jusqu'au glacier, puis à l'occident jusqu'au pied du Zinkenberg où le vallon se divise et se dirige au sud-ouest vers TOber- Aar et au nord-ouest vers l'Unter-Aar. Autrefois cette plaine était encore fertile en beaux pâturages; mais on négligea d'élever des digues sur le rivage de TAar , qui peu à peu , tnse débordant et en changeant fréquemment de lit , couvrit toute la plaine de cail^ loux et de débris. Le sentier suit en conséquence les flancs des montagnes des deux côtés et conduit à demi-lieue de la Balm à un monticule de roc nommé le grand Barenbuhl ( tertre aux ours ) et à un quart de lieue plus loin sur un pareil, le petit Bàren^ buhL
Assis sur ce dernier , je me livrai à des réflexions solitaires sur la nature singulière qui m'entourait. A gauche 9 à peu de distance , le Trubtenbach (ruisseau de Trùbten ) sortait en bouillonnant du lac du même nom et se précipitait en écume entre le schwarze, Nollen et la Barenegg. A ma droite s'étendaient les parois du Brummbergband ^ surmontées d'horribles dents de rochers sur l'espace d'une lieue. A Tho-
rizon se dessinait un pin alvier comme un signal. Droit derrière moi croissait un autre arbre de la même espèce dont les racines deux ou trois fois plus longues que la tige serpentaient sur le roc nud pour aller chercher au loin leur nourriture dans quelque petit amas de terre végétale. Il semblait s'occrocher avec ses grifleç monstrueuses au bloc de granit qui le portait et qui avançait sm* la rivière. Mais au milieu de cea arides rochers un arbre , un petit coin de terrain revêtu de gazon , quelques chétîfs qu'ils soient, réjouissent et reposent la vue. De tous côtés 5 la nudité des cimes arrondies témoigne • que jadis des forces terribles les ont dépouillées de leur couverture végétale et les ont Umées.
Suivant de Saussure et d'autres naturalistes , un courant immense a traversé le cœur de nos Alpes du sud au nord ; sorti peut-être de leur propre sein, il brisa avec violence les murs qu'elles hii opposaient, creusa des vallées , applanit leurs flancs par le frottement de ses ondes et des matières qu il entraînait et laissa pour la suite des siècles ayx rocs les plus durs leui*s formes tranchantes , tandis que les rocherà plus mois s'écroulèrent depuis lors, s'ensevelirent dans les enfoncemens ou prirent des formes anguleuses par l'effet de la décomposition toujours active à les ronger.
La surface unie et la rotondité des masses de granit me paraissent é|:re une des causes de la nudité des rochers que l'on remarque beaucoup plus généralement sur le Grimsel que sur toute autre chaîne
calcaire.
calcaire. Si toute THelvétie était aussi dépouillée y aussi aride que cette contrée , ses habitans seraient plus misérables que les Esquimaux affamés , que les stupides habitans de la Terre de feu.
En quittant le Bârenbûhl, nous passâmes au vieux chalet (alte Staffd) et aux magasins des vachers vallaisans , où nous trouvâmes déjà 60 fromages dç 16 livres la pièce , qui avaient été faits dans la courte saison de l'alpage , cette année même. En face sur la gauche nous pouvions voir la Bockplatie (plateau aux boucs ) , située sous la Bârenegg , où les boucs de l'économe de l'hospice qui paissent tout à Tentons se rassemblent avec empressement, lorsque chaque semaine on leur envoie à cette place un régal de sel à lécher. La santé du bétail et son attachement aux hommes dépend principalement du sel qu'on lui donne et qui est d'une absolue nécessité dans nos montagnes. C'est ainsi que la nature a rapproché les unes des autres par leurs besoins et leurs intérêts, les nations les plus éloignées , et le Suisse ne peut pas se passer du sel et du fer que lui fournissent les pays voisins de sts frontières.
En peu de tems nous eûmes enfin atteint le pied du glacier du Vorder^Aar ( Aar antérieure ) ou de XUnter-Aar (Aar inférieure), ainsi nommé pour le distinguer de XOber^Aar ( Aar supérieure). On lui donne aussi le nom de Lauteinzar (Aar éclairée) qui appartient plutôt à sa partie la plus élevée au nord, désignée par d'autres sous celui de HinUraarglet^ 9cher (glacier de TAar postérieur). Le glacier du Tom. IL, 23
Finsteraur (Aar obscure) vient %^y réunir à roccident et le point de leur réunion est ordinairement le terme des excursions que font les étrangers dans ces régions de glace« La route pour se rendre au glacier de TOberaar est plus pénible et plus longue. Ge glacier n'offre rien de particulièrement remarquable , n'étant ni plus grand ni plus facile à traverser ^ue celui-ci.
Nous laissâmes cette route à notre gauche près d'une cascade du ruisseau d'Oberaar et bientôt nous nous trouvâmes en face du Vorderaargletscher, sur «né pente richement herbagée , qui nous offrait un point de repos fort agréable. Nous ressentions sur ce coteau 5 exposé au midi et tapissé de gazon presque jusqu'à son sommet dit le Sattelip la dotkce et bienfaisante chaleur du soleil , à 20 pas de ces immenses magasins de glace. Tout autour de nous croissaient les plantes alpines lés plus délicates , et quelques hêtres , airoUes ou melèses épars , échappés à la coignée des distillateurs de gentiane. Le rhododendron étalait ses belles fleurs sur sts buissons touffus et multipliés. Nous en cueillîmes quelques bouquets sans nous lever de nos places et notre guide nous détailla les vertus de cette plante aromatique. Les habi tans des Alpes préparent avec s^s bourgeons une infusion qu'ils croient très-efficace contre le rhumatisme 5 les pleurésies et les i^efroidissemens , surtout en y mêl^mt des grains de genièvre concassés et des bourgeons de l'aulne des Alpes. Us en sèchent les fleurs qu'ils donnent avec succès aux vaches lorst[u'eUes ont le lait rouge ou trop olair.