‹ Voyage dans l'Oberland bernois (volume 3)Chapitre 3 sur 9 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

O i j'ose ajouter aux nombreuses descriptions do i'Oberiand (Pays d'en-haut) bernois, qui ont déjà été publiées , celle que je présente ici au public , c'est par le désir d'offrir aux personnes , qui ne le visiteront jamais , une description claire et animée de cette contrée , ou de rappeler d'agréables souvenirs à celles qui l'ont déjà parcourue ; je veux aussi donner , soit à mes compatriotes , soit aux étrangers qui se proposent d'y voyager, des instructions pour faire ce voyage d'une manière utile,' agréable et satisfaisante. Beaucoup de personnes, qui peuvent faire des excursions dans les mon-' tagnes du canton de Berne, ne seront pas dans le cas de parcourir et de voir toute la Suisse. Il ne leur conviendrait peut-être pas de se procurer le volumineux Manuel du voyageur en Suisse du l)r, Ebel, ouvrage d'ailleurs si riche, si complet, s qui embrasse la Suisse entière et même une partie. des contrées limitrophes, ni de s'en charger dans' utfe course qui n'implique pas la dixième partie' de ce pays. ■ ~

Le voyageur même qui voudrait suivre un plan plus étendu , ne sera peut-être pas fâché de trouver , dans cet ouvrage , une description particulière des Alpes bernoises les plus célèbres et d'un petit pays fermé de toute part, et formant à lui seul une contrée intéressante. Par ce moyen, il s'instruira facilement de ce qu'elle contient de remarquable et des jouissances qu'il peut y éprouver. Nous nous proposons donc , avec l'espoir d'acquérir quelques droits à la reconnaissance du public» de réunir , dans cette introduction , d'abord tout ce, qu'il peut être avantageux de savoir au Voyageur qui veut parcourir les diverses contrées de la Suisse, renseigne mens qui seront en même tems particulièrement utiles à celui qui voudra entreprendre une promenade dans ï'Oberland bernois. Ensuite, nous indiquerons dans la description de cette contrée, avec la plus grande exactitude , tout ce qui mérite d'y être vu et observé et tout ce qu'il est intéressant de connaître à son égard, en rapportant ce que nous ont fourni nos propres observations , dans quelques voyages que nous y avons faits , et le fruit de nos lectures que nous avons indiquées dans notre préface. Nous n'écrivons point exclusivement pour les artistes , pour les savans , l'homme d'état oul'agriculteur , ou pour telle autre classe de la société; nous dédions notre ouvrage aux voyageurs en général, à ceux particulièrement dont l'esprit est cultivé, qui voyagent avec des yeux , un cœur,: une «ne ouverte à toutes les impressions.- L'auteur désire d'être lu, non. dans .le silence du cabinet, à côté des Scbeuchzer, Andreae, Bourrit, de Luc,

de Saussure , Coxe , Ramond , Storr , Meiners et tant d'autres auteurs célèbres qui ont écrit Sur la Suisse. Il n'a pas la prétention d'être comparé à eux. Il désire d'être lu dans les lieux même qu'il décrit, le soir, au retour de quelque excursion., comme un délassement; il voudrait que son livré fût regardé comme un autre voyageur , qui aurait fait la même route, ou celle qu'on veut entreprendre et avec lequel on s'entretiendrait de ce que l'on a vu et. de ce que l'on doit voir encore. Dans dé pareilles rencontres , chacun aime à raconter simplement et en détail ce qui l'a frappé, ce qu'il a entendu dire. On ne s'applique pas alors à rectifier, à contredire , à réfuter les auteurs qui ont écrit sur cette matière ; on ne cherche pas à s'approprier des descriptions étrangères d'objets qu'on n'a»pas vus soi-même; on ne prescrit pas impérieusement ce qu'il faut observer , admirer et sentir ; on se communique avec cordialité et sans prétention ce qu'on a éprouvé , ce qu'on a appris , et on laisse les autres penser , adopter , rejeter , réprouver , vanter tout ce qui leur plait.

H me paraît que la présente introduction doit traiter de quatre sujets principaux. On y trouvera ;

1) Un mot sur les voyages dans les montagnes en

général et .en particulier dans le» AJj?ei , qui doit naturellement précéder.

2) Fuis des observations sur l'Oberland bernois.

3) Ensuite des instructions sur les préparatifs 2

faire pour lé matériel du voyage.!

A) Enfin, une indication des connaissances et des . moyens nécessaires, pour que l'ame et l'esprit profitent d'une telle excursion.

Nous implorons la patience du lecteur pour ces dissertations , qui lui paraîtront sans doute un peu •èches et nous espérons qu'il nous les pardonnera , s'il trouve la description de notre voyage même , plus animée ,' lorsqu'elle sera dégagée de toutes les digressions qui en couperaient l'ensemble et nuiraient à l'intérêt qu'elle pourrait offrir.

De* voyage* dan* les montagne* et dan* Us Alpes en général.

Si, d'après l'expression d'un auteur, voyager c'est vivre, on peut dire : voyager dans les montagnes, est mieux encore que vivre; c'est une vie de bonheur, ou pour s'exprimer avec plus de force, qu peut-être avec plus- d'emphase , c'est une vie des Dieux.

Je ne puis- jamais me défendre -d'une vive émotion, lorsque" je me rappelle l'exclamation du chevalier Q'àlz de Berlichingen , daus la belle tragédie de Gôthe : „ Dieu tout-puissant î que l'on est bien ,, sous la voûte de tes Cieuxi On y. respire la U-

„ berté. Les arbres prennent des feuilles', «É toute » la terre se livre à l'espérance. '"■■''

Un moment après , le héros expire en s'écriant: „ Air céleste! Oh! Liberté ! Liberté ! "

Où pourrait-on éprouver (les sensations pïift vives et en aussi grand nombre , que dans ïà' sublime région des montagnes? Là, où la Toute-puissance du Créateur brille dans tout son éclat.' "

C'est sur les Alpes que l'homn\e -jouit d'un bien - être parfait , sous un ciel plus pur et plus beau. Un air plus céleste y donne au corps plus d'élasticité , plus de vie, à l'âme sensible un ores* sant besoin de s'élever à la Divinité, et plus de forces ponny parvenir. ' i

„ Sur les montagnes habite la liberté' , le sonne „ froid des tombeaux ne s'élève pas dans l'air pur „ qu'on y respire. Le monde est toujours parfait,- , „ là ; où l'homme n'apporte pas les tourmens de son „ cœur. " S'écrie Schiller dans la Fiancée de Messine.

Mettons de côté l'enthousiasme poétique , et examinons, avec une réflexion plus calme et plut prosaïque, les jouissances que l'on éprouve' en parcourant lès montagnes. Nous y découvrirons tant d'avantages inapperçus , que nous nous, abandonnerons, par un entraînement irrésistible, au désir de satisfaire une curiosité toujours active. - -

Le. corps 7 -gagne de toutes manières , d'abord par l'exercice , par l'effet d'une transpiration bienfaisante, par l'air plus pur et plus léger que l'on respire , par l'eau parfaite que l'on y boit et par des mets simples et savoureux. II y gagne en santé, en agilité, et même en beauté; la vie 7 acquiert pjits d'activité, et plus de valeur. Mais ce n'est pas sans peine que le voyageur jouit de tous ces avantages , et l'on peut appliquer ici cette ancienne maxime d'Hésiode :

„ Les Dieux immortels ont placé les sueurs n au-devant de la perfection. "

Cependant , si quelqu'un , esclave de ses aises , eu soumis aux ménagemens d'une santé faible , veut se faire conduire en char ou porter dans un . fauteuil ou une litière , il peut pénétrer, encore assez loin et assez haut sur les Alpes suisses. Mais on voyagera bien plus librement, à moins de frais et d'une manière bien plus satisfaisante , en faisant usage de ses jambes, et en se confiant, ainsi que Guillaume Tell , dans la tragédie de Schiller :

B A Dieu et à ses propres forces. "

„ On voit , dit Ebel('), la plupart de ceux qui s font des courses à pied dans les montagnes , en » revenir plus fraix , plus dispos et mieux portans. H Véritablement , continue-t-il plus bas , ces sort»

(*) Manuel du vora gni t en Suis» ; fol. I , pag. 16 de la Iftaduttjon française.

„ de courses sont fatiguantes; mais il est certain „ qu'elles le sont beaucoup moins que celles que „ l'on fait dans les plaines. Car , dans les mon- „ tagnes , on trouve toutes sortes de chemins diffé- „ rens ; tantôt il faut monter , tantôt descendre , „ tantôt marcher sur un terrain horizontal , de „ sorte que tous les divers muscles des jambes "' „ étant mis tour à tour en activité , ceux, qui au- » paravaht avaient fait le plus d'efforts , se trouvent „ dans une sorte de repos, lorsque la nature du „ chemin ne leur laisse que peu de part à prendre j, aux mouvemens qu'elle nécessite. Au contraire, j, quand on parcourt un pays de plaines , ce sont „ toujours les mêmes muscles qui sont en jeu. „ D'ailleurs , comme les pieds se meuvent et se „ posent toujours dans le même sens et du même „ côté , lorsqu'on marche en plaine , ce sont cons- „ tamment les mêmes parties qui sont comprimées' „ et frottées. Si cela a lieu pendant un jour entier, „ il s'y forme souvent des ampoules douloureuses „ qui, quelquefois, ne permettent pas au voyageur „ de poursuivre sa marche. Celui qui gravit les „ montagnes n'a rien à redouter de cette incom- „ modité fâcheuse. "

C'est principalement I'àthmosphère plus pure des hauteurs , l'exercice et l'évaporation si salutaires , qui donnent au voyageur un surcroit de forces et renouvellent, pour ainsi dire, tout son être. On connaît l'énorme dimension de la couche d'air athmosphérique qui entoure notre globe. On l'estime de neuf à dix milles géographiques. Où que

nous soyons placés, où que nous marchions, nous supportons toujours une immense colonne d'air , et de tout côté ce fluide nous presse et nous entoure. Pareils a des plongeurs dans un vaste océan, plus nous habitons des plaines basses, plus aussi nous sommes enfoncés dans la profondeur de l'abyme. Quand bien niême l'air est cent quarante fois plus léger et moins dense que l'eau , la masse du premier de ces fluides , qui est autour de nous , compense cette différence. On a calculé que la pression , que doit exercer la colonne d'air athmosphérique au bord de la mer , sur le corps (Uun homme fait , dont la surface est évaluée à 14 pieds quarrés , équivaut à un poids de 31,033 livres. Ce n'est que la masse d'air que l'homme porte dans l'intérieur de son corps, et la pression égale de ce fluide sur toutes les parties de sa surface , qui ,1e préservent d'être écrasé par le poids immense qu'il supporte. Mais la densité de l'air diminue beaucoup dans les régions supérieures de l'athmosphère , et cette colonne qui pèse sur le corps humain , se raccourcit évidemment d'autant de pieds, qu'il s'élève au-dessus du niveau de la mer.

Si l'on admet la hauteur du baromètre au bord de la mer à 28 pouces, et au bord du lac de ïhun qui est beaucoup plus élevé, à 26 pouces S lignes ,, on n'aura plus, sur ce dernier point, que 29,366 livres d'air au-dessus de soi. Au sommet du Niesen, où le baromètre descend à 21 pouces 4 lignes, la, colonne d'air n'est plus que de 23,714 livres, et sur la pointe du Faulhorn , à une hauteur de baromètre,

de 20 pouces 7 lignes, il ne restera plus que 32,833 livres- Ces circonstances prouvent que les voyages sur les montagnes doivent être moins fatiguans et plus faciles que ceux que l'on fait en plaine; qu'ils doivent être aussi plus salutaires , plus bienfaisans même i ceux qui ont la poitrine faible , puisque l'acte de" la respiration de l'air vital y est infiniment allégée. On- peut affirmer que sur les hauteurs l'air com..' prime beaucoup moins nos vaisseaux sanguins , que par conséquent ceux-ci résistent moins aux mouvemens du cœur , que le sang circule plus régulièrement, et .qu'il est moins exposé aux stagnations qui produisent si souvent des accès de mélancolie dans la plaine. Si nous ajoutons à tout cela la. pureté, l'élasticité, la fraîcheur modérée de I'athmosphère pendant l'été, l'on sera convaincu que' l'on peut se promettre , en faisant des courses dans' les- montagnes, tous les avantages des bains d'air si vantés , et qui sont en effet si utiles aux classes du peuple qui travaillent en plein air.

ïl n'est cependant pas douteux 'qu'en s'ékwant à une très-grande hauteur, on n'éprouve plus toutes ces jouissances. A telle élévation où le baromètre tomberait à 15 ou à 14 pouces, où l'on se trouverait à 18,192 pieds au-dessus de la surface de la mer, on ressentirait de l'oppression, des battemens de cœur, du gonflement dans les veines, des angoisses , du relâchement dans les fibres ; enfin , des évanouissement. Le sang contenu dans les

petits vaisseaux des lèvres , des yeux et des «reines , qui ne sont recouverts que d'une mince pellicule , s'échapperait au travers , parce que la pression extérieure de l'air ne serait plus assez forte pour fermer les pores de cette enveloppe.

Nous ne voulons cependant pas envoyer nos voyageurs pour leur bon -plaisir, dans des régions aussi élevées et aussi dangereuses. Ce n'est qu'aux Condaraine, aux Saussure, aux Humboldt et Bonpland qu'il est permis de s'y laisser conduire par leur noble désir d'acquérir des connaissances utiles. Nous n'engagerons pas le voyageur ordinaire a dépasser les bornes des neiges éternelles , et en-deçà Une sera jamais exposé à de pareils accidens.(*>

Si je ne craignais pas de tomber dans des longueurs fastidieuses , je parlerais de l'excellente et salutaire nourriture et des eaux parfaites que l'on trouve particulièrement sur nos Alpes. Ces mets ai simples des montagnes ne conviennent cependant pas toujours aux estomacs des citadins. D'ailleurs nous ne recommanderions comme nourriture bienfaisant** que le lait, la crème, le petit-lait et le ceré.

(") Même sur le sommet du Jungfrauhorn , MM. Meyer d'Arau, qui l'ont escaladé, dan* l'été de ISil , n'ont" rien éprouvé de pareil. ( Voyes la description de leur voyage , imprimée à Arau). Si ces hardis ■ voyageurs avaient voulu exagérer, ainsi que quelques journaux ont paru les en accuser, ils auraient pu tirer un grand parti de cet état de mal aise , auquel ils s'exposaieut , suivait l'opinion générale.

Le lait n'estai pas généralement YaKmtiatAe-Ytnfonce , un régal et un remède pour tttt de maladies ♦ Mais les fromages salés et les salaisons do -porc dont on fait usage sur 1101 montagnes , sont des alimens qui exigent un - bon estomac et une certaine habitude pour les supporter. Quant à l'eau, qu'il nous soit seulement permis de nous appuyer sur le témoignage du grand et célèbre Haller : » Rien , dit-il , n'est plus agréable que la saveur » de l'eau provenant de la fonte des neiges sur les „ hautes Alpes , lorsqu'elle a coulé sur des rochers * nuds et au travers, d'un terrain pur. "

„ Souvent j'en ai bu avec délices en grande n quantité , sans en ressentir le moindre inconvé- „ nient, lorsque je gravissais, tout essoufté* les v cimes des Alpes. La boisson, de l'eau glacée ne B fait mëras aucun mal , si y après en avoir fait, » usage, le corps reste en activité. "

Mais il est tems enfin de parler des, avantages, que le cœur et l'esprit peuvent retirer dos ypyage* dans les montagnes. Je n'alléguerai pas les distractions et le plaisir que donne toute excursion hors du pays natal et du cabinet d'étude; on les trouve aussi en voyageant dans la plaine; mais en gravissant les montagnes , en parcourant les Alpes, on a des jouissances toutes particulières , qu'on ne rencontre nulle autre part , et l'on y est mieux ré-

compensé des petites peines inséparables des voyages. -Ici encore nous citerons le Dr. Ebel, qui a si bien décrit les scntimens qu'on y éprouve.

■ „ C'est au milieu des Alpes, qu'entouré de toute n ' sa puissance et de tout l'appareil de son immen- ,i site, l'on -voit la nature assise sur son trône M impérissable. ' Placé sur les créneaux aériens des h hautes tours que sa main a élevées jusques dans n les nues, l'homme se sent délivré de tous ses j, sdncis, de tous les chagrins et de toutes les fai- » blesses de ses- semblables, dont le tumulte et les o passions , resserrés dans les vallées lointaines et » profondes , ne sauraient plus l'atteindre. "

■ ,, Parcourant des yeux un chaos de rochers „ gigantesques et : de débris épars , l'esprit exalté ri croit- planer^sur un monde , et voir les innom- „ brables témoins des antiques destinées de la terre » dérouler , devant lui , les annales de la nature. Le » silence éternel de ces régions élevées dispose „ l'ame aux sentimens les plus profonds et les plus y, solennels ( on pourrait ajouter les plus purs et ,t les pldé calmes). Là, rien ne trouble ses médi- * talions sérieuses sur l'éternité et sur les ins tans n courts e^ rapides , que l'on nomme vie de l'homme n et durée des peuple*. Ah .' comme toutes ces «grandeurs imaginaires qui attirent ailleurs les yeux n et les désirs des mortels insensés , disparaissent? » devant lui , semblables aux plus vains àes songes; „ combien il trouve déplorable le sort de son es- ,» pèce , occupée sans cesse à faire son propre tour-

„ ment.- C'est encore U que Pâme .s'élance avec » transport dans les espaces de l'infini. Les pen- „ sées les plus sublimes , les sentimens les plus „ nobles se réunissent pour porter de concert le M paix et le bonheur dans l'ame ; une inspiration „ nouvelle et inconnue vient consacrer toutes ses „ facultés au culte de la vertu , qui seule est le „ vrai bien et la vraie grandeur de- tout être „ pensant. "

„ Non! ce n'est que dans la solitude d'une „ nature sublime, que l'homme se retrouve dans „ toute sa dignité primitive. Les méditations utiles „ de la sagesse n'ont pas de temple plus .respec- „ table que les Alpes , qui semblent nous rapprocher „ des cieux , et c'est à ce temple que-tout homme „ qui regarde le développement et l'ennoblissement „ de ses facultés morales , comme le but de son „ existence , et son plus précieux trésor, devrait „ apporter son encens et ses offrandes. " (*)

Voilà , en général , les sentimens qui se réveillent dans l'ame du voyageur en Suisse. Voilà les idées qui doivent y naître. Le plaisir de la curiosité satisfaite , qu'on éprouve à chaque, pas , doit se taire devant ces jouissances sublimes ; -mais .on peut encore leur associer le sentiment du beau , qui est excité si souvent et d'une manière si variée sur les Alpes , et qui de tout tems les a rendues si chères

<*) Voyez FJiel, Manuel du voyageur .eu Suisse , 1er» partie, pig. 21 et iulv. .

aux peintres et aux poètes. Qu'il nous soit encore permis dé cher ce qu'a dit un auteur estimable et judicieux , le célèbre philosophe allemand Garve, sur la supériorité poétique des montagnes sur les plaines : „ Lorsque je reviens des montagnes „ dans la plaine , dit-il , il me semble que j'ai quitté „ une magnifique galerie de tableaux , pour entrer „ dans une chambre dont les murs sont nuds et h dépouillés. "

Il développe ensuite d'une manière fort heureuse les causes principales de ce sentiment et du charme attaché aux contrées élevées. «Les flancs „ d'une montagne, continue -t- il, ne sont-ils pas „ pareils à une grande surface que la nature sem- ,„ ble avoir posée comme un tableau sur un chevalet » avec tout ce qui s'y trouve placé , les arbres , les „ habitations , les animaux , les hommes , afin que „ notre œil puisse la contempler sous le jour le „ plus avantageux et le plus agréable? Ainsi, le „ lointain se trouve rapproché , et les objets qui „ sont dans le fond du tableau et qui , dans la plaine , „ auraient été masqués par ceux qui se trouvent „ sur le premier plan, s'élèvent à une telle hauteur s que la vue' peut embrasser, à .la fois, tout l'en- „ semble. "

„ Le nombre des objets que l'on voit, étant „ donc plus grand, l'ame , avide de sensations muï- „ tipliées et distinctes , doit être plus satisfaite dans „ les pars de montagnes. La culture y est plus p variée, chaque degré de là pente, chaque contour

p du coteau présente des surfaces, des teintes, des w . productions différentes , même quelquefois une B autre température. Quelquefois les formes pri- „ mordiales de la nature se présentent au spectateur j, surpris dans toute leur pureté , sans les mctamef ~ „ phoses que la main de l'homme leur a fait subir „ ailleurs , sans les ornemens qu'elle a prétendu leur a ajouter. Les effets magiques de la lumière , qui „ domine si puissamment dans le séjour des êtres ,j visibles, sont plus multipliés , plus frappans, plus „ animés. Le jeu varié des ombres , les' énormes » masses de clair et d'obscur , les contrastes des „ vallons et des hauteurs , l'apparition plus matinale, „ le dépari plus tardif de la lumière du jour, qui „ réjouit tous les êtres : tous ces effets contribuent „ à la beauté des régions élevées, Souvent, comme „ par un caprice » un seul point se trouve éclairé „ au milieu d'un fond fortement ombré ; il brille » de l'éclat le plus vif et le plus riant , et offre „ tout-à-coup le tableau le plus riche et le plus corn- „ plet. , là , où un instant auparavant les objets se „ confondaient dans une teinte grise ou verditre, „ monotone et dépourvue de grâces. "

"En un mût , dans les montagnes la lumière a plus d'objets à montrer , et l'ombre en a plus à cacher. Des antres, de profonds ravins qu'on n'avait pas remarqués > se trouvent subitement éclairé? par les rayons du soleil ; les saillies des rochers disparaissent , les monticules semblent s'abaisser à la clarté dn Jour. Le paysage change à chaque heure de . la journée , sou, aspect ■ »e. iktigue pojju. par r*a,-..

mtyeuse uniformité qui est le partage des plaines. Le mouvement des nuées parait beaucoup plus gra-* cieux. Ces vaporeuses filles du Ciel produisent les plus frappans contrastes. Ces navires des airs (pour me servir d'une expression de Schiller) sont phis rapprochés de nous ; l'on se trouve quelquefois au milieu de leur tourbe agitée. On les voit sortir tout autour de soi , des forêts et des ravins. On les voit se chasser, se poursuivre , voler par-dessus les vallons , s'élever le long des parois des rochers, franchir les cimes argentées et les Bancs des monts couverts de neiges. On dirait que les génies des montagnes , montés sur des coursiers enveloppés de vapeurs, vont se visiter ou se faire la guerre, lorsqu'on voit ces nuages singuliers s'agiter ça et là dans les cieux. Quelquefois ils s'étendent en longs rubans sur les bords des précipices ; d'autres fois Us se réunissent comme pour former un aréopage autour du sommet respectable de quelque haute montagne. Des eaux plus vives et plus abondantes, une verdure plus fraîche et plus humectée sur les arbres et sur les prairies , un mouvement plus rapide dans l'air, des échos plus fréquens, les travaux des cultivateurs plus rapprochés dans leurs variétés , ajoutent encore à la prééminence des pays montagneux. L'eau dans un paysage est comme une glace dans un appartement , l'objet le plus animé ' parmi ceux qui n'ont pas de vie, et le plus com-' municauf parmi ceux qui n'ont point de sentiment. :

Les lacs , les torrens,Ies ruisseaux , les cas-' «ides éaïunanteS) donnent ainsi un charme' infini -à nos

nos Alpes. Souvent un lac sombre, tranquille « solitaire , placé dans l'enfoncement d'une haute mon-. tagne, paraît se plaire a réfléchir dans le miroir de ses ondes , les rochers , les chalets , les arbres qui l'environnent. Les petits ruisseaux murmurent doucement, en coulant sur une pente verdoyante, pour gagner lea riantes vallées qui semblent être le but de leur course impatiente. Les torrens des forêts et des montagnes se précipitent, avec une ardeur plus vive, dans les abymes. Bravant tous les écuells , tous les rocs qui s'opposent audaciedsement à son passage, on voit un fleuve, pareil à un jeune dieu-, sortir du vallon isolé et champêtre qui lui donna naissance , s'accroître du tribut d'innombrables nayades , poursuivre sa course vive et rapide au travers des vallées, jusqu'à ce que son impétuosité se trouve arrêtée et circonscrite dans le cercle magnifique de quelque grand lac, où il se prépare, en prenant ensuite un cours tranquille et majestueux , à produire des effets plus utiles. D'autres auteurs ont dépeint la beauté des points de vue, dont on jouit du haut des montagnes sur les plans Inférieurs ; mais leurs observations ne sont pas toutes applicables â celles de la Suisse. On se trompe, si l'on espère pouvoir contempler de-la une vaste étendue de plaines. Fréquemment les , sommités ou les arêtes sur lesquelles on se trouve, sont entourées, & si peu de distance, par d'autres ' hauteurs, ou sont pesées sur des bases si larges, 1 que l'on ne voit au loin, que peu ou point de plat pays. Ce ne sont pas non plus les regards que l'on jette au-dessous de soi qui donnent le plus de eau»-

Higifeeaw GoOglé

ftctïwi. Après avore gravi pendant d«s heure*, I'o» trouvera infiniment plus sublime l'aspect d'une cime majestueuse que l'on apperçoit enfin tout-à-fajt dé r tachée et assise sur son trône éternel, ou d'un -colosse -isolé et majestueux, couvert de neige, ou celui d'une parois de rochers qui s'élève perpendiculairement dans son effrayante nudité- Cependant un coup-d'osil jeté en .arrière sur la vallée que l'on vient de quitter, avant de s'être élevé à une trop grande hauteur , a aussi un charme, incomparable.. Vus de trop haut , les objets se confondent ,dans la plaine, les détails disparaissent, et le paysage riche et varié prend l'aspect plat et insignifiant d'une carte géographique. Mais , lorsqu'on est moins ■éloigné de la vallée, on y apperçoit d'innombrable? beautés : les prairies et les vergers, les villes et les villages , dont sa surface riante' est parsemée, forment le contraste le plus agréable avec les alentours nuds et sauvages du peint où l'on est placé sur la montagne. .On se plaît presque toujours à planer d'en haut sur les choses d'ici bas,, à ,ê,trc. temoin.de l'activité inquiète des mortels, sans y prendre part, et l'on acquiert cette jouissance sur les .^hauteurs , : en voyant , . d'un çoup-d'œil , ce qui se passe dans, to.ut.un village , dans, une campagne .étendue, dans .les champs,, dans les prés, sur les .lacs et .sur les grandes routes. , ; , „ . - ;

Je reviens encore.sur les beautés ^particulières aux Alpes suisses, et je citerai la description qu'e,n ,feit>en peUjdeTOOts ,un étranger ? qui paraîtra peut- • Être JRMM .suspect de j>artiali{é qu'un ^ natif du pava.

Après avoir nommé 1» Suisse le pays- èé~: prédilection de la nature, et le grand sommet de Va» cien monde, Berger, voyageur judicieux et sensible* s'exprime en ces mots : » Des beautés de tout „ genre , parées de toutes les grâces , de tous les „ agrémens , la variété , l'abondance , la richesse t „ le sublime, le majestueux, le terrible, la magie „ des teintes et des contrastes, la. gradation des „ nuances , se trouvent réunis dans les paysages „ de cette contrée. Le vaste miroir de ses lacs „ ceint de pyramides imposantes, de rochers ou*' „ de riantes collines , où se développe l'ornement „ de toute espèce de culture ; les cascades , qui „ se précipitent de la région des nuages dans les „ valléçs ; ses énormes raonts couverts d'un vaste „ .manteau de neige , ou revêtus d'une glaee éter? „ nelle; ses glaciers qui, dans leurs vallons, per* „ mettent à l'observateur d'approcher leurs mer- „ veilles-; le coloris enchanteur que le soleil, à son „ lever ou à son coucher, verse sur des chaînes „ de montagnes d'une étendue incommensurable; „ ce sont des phénomènes qu'aucun autre pays ne ; , présenté , au moins en si. grande quantité. "

Nous ne rapportons pas ici toutes ces observations .pour inviter à venir visiter nos Alpes , ni pour les recommander aux voyageurs. On y vienr dra sans les avoir lues, tout comme, on y venait avant de les connaître. Nous ne voulons qu'indiquer un moyen de plus de multiplier et de mieux sentir leurs jouissances , aux lecteurs qui voudront bien accorder quelque attention à cet ouvrage.

•Oh ne recueille pas seulement du plaisir eu voyageant dans les montagnes et particulièrement dans nos Alpes , on peut aussi y acquérir , eu- S'instruisant , une foule de connaissances intéressantes. Nous devrions donc commencer par indiquer en détail ce qu'on peut y apprendre ; mais les savans savent mieux que nous tout ce qu'ils viendront y chercher , tout ce qu'ils doivent y trou* ver. Cependant, les Alpes offrent non - seulement « l'homme instruit qui se voue à une branche d'é- "tude particulière, mais à tout homme sensé et capable de penser et de méditer , d'abondantes sources d'instruction. Que le physicien vienne y observer la glace et la neige , l'air et l'eau , la lumière , les différais degrés de chaleur sur les hauteurs* et dans les plaines ; le géologiste la structure des montagnes , le minéralogiste les fossiles , le botaniste les plantes, le zoologiste les animaux, l'agriculteur la culture des terres et des bestiaux , l'historien les antiques monumens du tems passé ; que Je géographe, le philosophe, viennent y faire des recherches , y trouver matière à de nouvelles découvertes , y puiser de nouvelles notions : l'homme Simple, qui ne prétend à aucune de ces qualifications, y trouvera encore un monde ouvert à d'intéressantes observations, et pourra étendre le •cercle de ses connaissances.

Si un homme , qui aurait déjà visité nos hautes montagnes , y revenait avec un ami qui n'en aurait encore aucune idée , il lui dirait : » Je te conduis o auprès des plus grands colosses des montagnes de

v l'ancien monde » qui sont mSme>-cn grandeur- ■ «$ 9 en étendue , les seconds sur le globe. Je te c*n- „ duis dans l'attelier le plus antique de la natvne ., n où sa puissance infinie a travaillé avant qu'il exis r „ tât des humains , et où elle crée encore le bpau „ et le sublime;, maintenant que l'homme est là pour „ l'admirer. Je te conduis au berceau des fleuves , „ qui abreuvent et fructifient la moitié de- l'Europe. „ Dans la même journée , je te ferai éprouver les „ chaleurs brûlantes de l'Espagne , et le froid de 1» „ Lapponie et du Grônland; je te conduirai de,- la » vigneau maronier, puis au Rhododendron; enfjn, „ aux chetifs brins du Lydien , qui croit encore sur „ l'extrême frontière des régions de la vie. Tu trpu- „ veras un parfum délicieux à des fleurs inodores „ dans les plaines que tu habites ; tu vieilliras des „ fraises à côté des glaces éternelles. "

y, Je te conduis aux sources bienfaisantes des „ pluies et des rosées qui humectent la moitié de „ notre hémisphère ; dans le lieu natal des vents ra- „ fraîchissans et des orages qui purifient l'air des „ vapeurs pernicieuses produites par le? ardeurs des „ étés ; aux fontaines les plus pures et les., plus „ fraîches; aux abondantes eaux minérales qui don- „ nent la sauté; auprès des cascades les pins pitto- „ resques; sous les voûtes de rochers Igs plus ma- „ jestueuses , sur les plus hautes montagnes de neige , „ et sur les pâturages les plus fertiles. Tu sentiras „ avec terreur le souffle glacé des avalanches ; tu „ entendras en tremblant le tonnerre de leurs chûtes. „ Le?VysUuxétincelans,ragilechamois,l'ionpcente

î* riîS?ftfone,ràigIé planant dans lesnuages, le terrible ■^-Lâmmergeyer (vautour, vultur barbatus Cuv.}. h 'Ces' objets , nouveaux pour toi , te rempliront de V surprisé et de joie. Tu quitteras l'actif agriculteur Ji pour' aller visiterle tranquille pâtredesmontagnes. i, Des troupeaux innombrables , pleins de beauté" , de » force et de vie, sauteront ou marcheront autour ■„' dfe toi. Tu savoureras dans le lait écumant, dans „ la crème épaisse , la richesse du pays qui se répand » jusques dans les parties du monde les plus lointaines. „ Mais l'homme surtout réjouira ton cœur; l'homme » dans les belles et rares proportions de sa structure , i, robuste, plein de force et de dextérité, calme, jj serein, libre, et la femme douée de grâces naturelles, » sans artifice , t'aborderont avec la curiosité enfan- » tirté, avec la confiance des premiers âges. D'anti- „ ques traditions , des chants rustiques résonneront „ à tes oreilles ravies, et les tableaux tracés par '„ Théocrïte se développeront autour de toi, avec ,; plus de variété et plus d'harmonie avec toi-même. „ Toi-même, tu déviendras, dans ces régions élevées, « un autre homme ; tu te trouveras meilleur , tu fè- ,, ras mille nouvelles observations sur ton être , tu „ éprouveras ce que dépeint si bien ce penseur pro- „ fond et sensible , qui connaissait tous les secrets „ de l'ame : plus de facilite dans la respiration , plus u de légèreté dans le corps , plus de sérénité dans » l'esprit. Les plaisirs y sont moins ardens , lés „ passions plus modérées. Les méditations /prennent „ je ne sais quel caractère grand et sublime, propor- » Uonné aux objets qui nous frappent , je ne sais „ quelle volupté douce et tranquille quin'a rien d'acre

Aï

„ ni de sensuel. H semble qu'en s' élevant au-dessus „ du séjour des hommes, oa y laisse tous les sentimens „ bas et terrestres , et qu'à mesure qu'on approche ■„ "des régi o'us'éfhêrëë», l'âMS-eWi^e» quelque «h«fc „ de leur inaltérable pureté. On y est grave sons '„ mélancolie j paisîble sans indolence , content d'être : „ et de penser. Tôusles désirs trop'.vifè's'émoussent; '„ ils perdent cefte pointe aiguë q'ûifés rend doutons % feux; ils ne laissent au Toriddu cœur qu'une ém*- „ tion lé"èefe : etdouce."(*) : - ' ■' -

DeVraïs-jè diré'aux peintres '«'aux^poëtes ce que les montagnes et surtout 1 nos' Alpes fouriiiro'nk à leur imagination, au prolft ! dé ; leùr D art'? i ' !: ' '*

■■■ . ..■■ ■■.<> ?.ula ." ,ï

H me semble que je leur aT'déSa 'indftrtrè* Mëh des choses, qu'ils ne trouveront riùllê'-afttre'p'art'eh aussi grande quantité et avec urie ■origmaHtë'' ausii marquée. Nous les renvoyons 'd'aiHéûrs'pdttr' de plus amples détails à notre- description dès vallées et' contrées en particulier; car il' ë$t tems de terminer cette première partie de ndtreintfbdûctibli et d'avancer vers le sujet principal dë'notre' ouvrage. ■ ' "' ' î '* '

C) Vorei la nouvelle Jttlotaa de J^^annuas^w*, i*ç»

. , partie „ lettre .23- — Ou peut .comparer, loue, ce pj^aga

aveo la préface du grand Halltr , dans son ouvragé :

Icônes plantarum Uzlvktiae , tiSt. JPyttènbàchil ,

■ Bttrntt- À$t3, ''- : -'■».-"">J <-: •>'::; !■..■:'!

dfcr* v«y(ig*.*m*PGfa{m4îermi*. ep..parti£uiler.

. Ce ne sont pas: seulement^eg- Alpes, du canton ,«j« Bffn*,. gvi pwtwt |e noip 4'pberland (Pays 4'en-hfti* )■ : 0* (e retrouve, fréquemment en AJle- JSttfine, oiV ïp& habitais des plaines le donnent à mie contrée voisine et, plus élevée. On le retrouve aussi en Suisse dans le canton des Grisons. Mais Î'-Obcrland. bernois , est tellement le plus connu et 4e plus Tante,, que, les Suisses ajoutent rarement le nom du, canton, lorsqu'ils en, parlent pans le sens le plus étendu , il embrasse la contrée qui Relève au. midi,. depuis les parties plattes des cantons de. Berne e^ deFribourg, se limitant au no*d .par unq partie de ce dernier canton; dans celui 4e •Bcrnfe, par la préfecture de Seftigen et une partie de rrFiiHtn«Htlial B *t enfin, .par la vallée de l'Eullibuch,, .daps le pantun- de Lucerne. A l'orient , elle es,t rboruée par les. cantons d'Untcrvalden et d'Uri; an Bîjdi, uniquement par le Valkis, et à l'occident, encore par le canton de Fribourg et par l'ancien gouvernement d'Aigle dans le canton de Vaud actuel. Dans cette vaste erreonferenee , l'Oberland contient les vallées principales de Hoali, Grindelwald, Lauterbrarmen , delà Mander, de Fru t ige n, Aûtlboêen , de 'la 'S immen . de la Serine et duGfjtenay. Il commence à la ville de Thun et se termine par une .chaîne d'immenses montagnes, qui furent aussi les bornes des plus anciennes réyolu-

fions .physiques, de -la terre. En 1798 r la volonté de la France forma de ce pays un canton particulier , soua le nom de canton d'Oberland , dans les frontières ci-dessus indiquées ; mais en 1802 , il rentra dans les rapports anciens et naturels , qui l'attachent maintenant de rechef au canton de Berne,

Dans une acception moins vaste, on comprend sous le nom d'Oberland Je pays gui se trouve au midi et à l'orient du lac de Thun , et nommément les vallées de Frutigen, d 'Adelboden , de. la Kander r ftlriterlqcieti , Srienz , Lauterbrurmen , Grindelivaldi Basil, y compris celle d 'ffabkefcn , ce qui le réduit d'un tiers, de son étendue , de sorte qu'on peut le parcourir en moins de teins..

Bans une troisième signification encore plus restreinte , on n'entend par l'Oberland que les six dernières vallées quo nous venons, de nommer, en y joignant tout au plus le lac de Thun, qui offre les moyens de communication les plus faciles entre elles , et par lequel on les aborde toutes ; enfin ., quelquefois ce n'est que la vallée de rOberhasli., que l'on désigne par cette dénomination. \

Nous avons adopté pour le présent ouvrage Ta troisième de ces significations comme la plus usitée, et nous croyons , avec Steftfer, que c'est la partie la plus gracieuse et la plus riche en scènes pittoresques , de tout le pays de nos montagnes , laquelle suffirait pour donner à l'étranger , auquel ses occupations ne permettraient pas de faire un long

séjour en Suisse, le tableau des aspects les plus fiants et les plus sublimes de toutes les beautés de notre nature alpestre. (*) '

: En effet, je ne -sais pas ce que l'Oberland laisserait à désirer sous ce rapport. Déjà dans le lointain il offre l'aspect le plus sublime et le plus admirable. De toutes les. collines , de toutes les 'hauteurs , même des plaines de la Suisse orientale "et du nord-ouest, on apperçoit, soit quelques-unes 'de ses sommités , soit des sections entières de ces colonnes chargées de glace, qui semblent supporter la voûte des cieux. La beauté , la sublimité de leurs contours à l'horizon , surpassent ou égalent au moins la magnificence et la majesté des montagnes de la Grèce , du Thibet , du Caucase et des CordiUières. {•)

Le Thibet , cependant^ et les- Cordfflfères ressemblent à nos Alpes sous plusieurs rapports. Le Thibet est la Suisse de l'Asie. Si l'on peut se fier 'aux mesures de M. le colonel Crawfbrd , une des 'pointes de la chaîne' des monts Himalaya (llmaus des anciens ) , aux environs des sources du Gange,

(") Voyez l'ouvrage de M. Stapfer , jadis Minisire de la République helvétique a Pari» : Voyagé pittoresque de tO&erland, etc., k Paris et Strasbourg 1812, in-4.*, paj. 1ère. Nous nous proposons de parler pins bas de cet excellent ouvrage. C'est un devoir que de citer a précurseur si plein de goût et de véritable

C*) Voyez Stàftfer, pag, 3.

«'élève à la hauteur énorme de 25,000 pieds anglais , ce qui surpasserait celle du Chjmborasso (*), auquel Humboldt ne donne que 20,14s pieds, et qui, suivant les anciens calculs des Espagnols et des Français , était réputé. la plus haute montagne de notre globe. LeCotopàxi, haut de 17,712 pieds, est' son digne émule , et l'aspect dé ces deux géants paraît avoir une prééminence décidée sur celui de notre Jnngfrauhorn , des deux Eiger, du Schreckhorn et du Finsteraarhorn. La cime de la Jungfrau avec ses 12,87-2 pieds, et celle du Finsteraarhorn aveo ses 13,312 pieds de hauteur, sont de 7276 et de 6836 pieds plus bas que le premier de ces colosses. Mais d'un. autre côté, dos montagnes de neige ont d'autres avantages pour le voyageur , qui doivent leur mériter la préférence.

Nous n'alléguerons pas seulement à cet égard, combien il est plus difficile à un homme éclairé d'aller admirer la grandeur des montagnes de l'Asie et de l'Amérique , combien il est rarevni'on aille les visiter.

(»*) Htapfer cjte à cet égiiri) l'ouvrage anglais de Jante» ton .- System of mineralogy , vol, III , pag- 329 i mais il ne donne au Chimborasso que 19,603 pieds. Mil. tenberg , dans son ouvrage sur les élévations de la terre , sect. ■ 1ère , pag. 113, donne aux ' sommités de l'Himalaya 23,424 pieds de hauteur, et dit que le Jour. rml de physique ne lui en accorde que -22,917. —Malte. Brun, enfin, dans son Précis de la géographie uni. verselle, Sème édif., Paris 1812, tom. III, pag. 6, dît, en général, que ces sommités du TJwbet ont plus de 20,000 pieds de hauteur.

Nous .n'examinerons pu non plus ailes calculs de Crawford sont parfaitement justes ; nous ne porterons pas même en ligne de compte les dangers d'un pareil voyage , le défaut de guides capables et instruits , d'établis'semens commodes et de travaux préparatoires pour l'entreprendre. Mais nous no pouvons pas passer sous silence ce que Humboldt allègue lui-même dans sa Relation historique, partie 1ère, pag. 43, 50, 103, 201.

„ Le fond de la vallée longitudinale, dit-il, » qui partage les Cordillières en deux chaînes pa- » rallèles , est encore élevé de 3000 mètres ( à peu i, près 9000 pieds) au-dessus du niveau de l'Océan* „ de sorte que le Chimborasso et le Cotopaxi, vus „ depuis les plateaux de Lican et de Mulalo , ne » paraissent pas avoir une plus grande élévation que » le Col-du-Géant et le Cramant, suivant Saussure."

M. de Saussure donne au premier 10,578 pieds et au second 8424 pieds d'élévation au-dessus de la mer:

Humboldt affirme encore une fois , en insistant sur cette comparaison, que : „ l'élévation énorme „ des plateaux de montagnes , qui entourent les p hautes sommités des Cordillières , diminue jus- » qu'à un certain point l'impression que font ces » grandes masses sur l'ame du voyageur accoutumé „ aux scènes majestueuses des Alpes et des Pyré- „ nées. " —

Les plateaux, avait-il dit auparavant, qui entourent

les sommités des Cordillières couvertes de neiges étemelles , sont pour la plupart élevés de 2500 à 3000 mètres au - dessus du niveau de la mer , et cette circonstance diminue l'impression de grandeur que produisent les niasses colossales du Chimborasso, du Cotopaxi et de l'Antisana, vus depuis les plateaux de Riobamba et de Quito.

Comparons , au contraire ,- la hauteur proportionnelle des montagnes de glace de notre patrie , lorsqu'on les considère d'abord depuis Berne , puis fort près de leurs bases. Si l'on fixe avec Tralles l'élévation de Berne à 1708 pieds au haut de la ville vers le grand hôpital , la Jungfrau se présente encore à la hauteur de 11,164 pieds , et le Finsteraarhorn à celle de 11,604. Ce dernier s'élève au-dessus du lac de Thun à 11,454, et la première à 11,092 pieds. Enfin , dans la vallée de Lauterbrunnen , la Jungfrau s'élance encore à 10,422 pieds, et dans le Grindehvald , l'Eiger à 9118 pieds vers les nues, tandis que le Chimborasso , d'après la plus grande hauteur qu'on lui donne , vu depuis Quito , n'a que 11,140 pieds d'élévation, l'Antisana 8958 et le Cotopaxi 8712 pieds.

Mais ne poursuivons pas des comparaisons , qui doivent différer et varier sous tant de rapports, et qui ne pourraient être complétées avec justesse que par l'homme rare', qui aurait Vu et les Cordillières et les Alpes suisses. Oh ne peut disconvenir , pat exemple, que les Andes de l'Amérique, dans leur position méridionale, 1 possèdent

une richesse de. plantes, majestueuses qui leur appartient exclusivement. Le Cotopaxi seul exerce une force volcanique quijettait des flammes à la hauteur de 2700 pieds , et dont on entendait le mugissement souterrain à 200 lieutes de distance. (*)

Mais , en échange , avec quel calme imposant s'élèvent nos Alpes ? Comme elles étendent au loin leur chaîne argentée , quelle variété déformes présentent leurs cimes découpées, déchirées, irrégulières vis-à-vis des cônes arrondis et monotones des Andes. Il n'est pas entièrement décidé si ces colosses de, l'Amérique offrent, comme les nôtres, des cascades superbes et innombrables ; s'ils se mirent aussi fréquemment dans des lacs délicieux; s'ib envoient dans les vallées des fleuves et des torrens sortis des glaciers ; s'ils renferment dans leurs ravins des mers de glace sublimes dans leur simplicité; si tout cela existe, au moins la supériorité de nos montagnes , à cet égard , est encore reconnue.

Nous laisserons dans le doute, si l'aspect des neiges éternelles , dont les limites inférieures sont sur les CordiUières â environ 14,000 pieds de hauteur , y est plus agréable à l'œil qu'en Suisse , où elles commencent sur nos chaînes de montagnes à 7812 pieds. Le sommet du Chimborasso présenterait donc une colonne de neige de 6 140 pieds de

(*) Le premier de oee phénomène! eut lieu eu 1735 j le

••coud , en 1744.

haut, tandis qu'en été le Finsteraarhorn n'ejj paraît couvert que sur une espace de 5500 pieds et k Jungfrau de 5060 pieds. Le fardeau de neige , que supportent les Cordillières , est peut-être plus imposant; mais on le trouvera aussi plus uniforme et trop dépourvu de contrastes avec la base moins variée de ces montagnes. Peut-être aussi leur hauteur immense se raccourcit-elle à la vue par l'effet de l'optique, lorsqu'on les regarde depuis la plaine.(')

(*> Suivant Humboldt , les limites de la neige étemelle sur ki Cordillières ne se trouveraient qu'a une hauteur de 4411 mètres, ou de 13,680 pieds. Antre part, il 1» fixe, seulement a celle de 13,166 pieds. Le Chimborasso Se trouve au 1° 27' 11" degré de latitude , .et dus celte situation, les bornes Je la neige éternelle sont à 14,784 . pieds. Il ne resterait donc pour la neige qu'une étendue de 5364 pieds , jusqu'à son sommet , laquelle serait de 136 pieds moins grande que la partie du Finsteraarhorn , où la neige ne fond jamais ; mais de 3û4 pieds plus grande que sur le Jungfrauhorn. Au sujet des limites de la neige éternelle en Suisse, il faut observer qu'elles ne s'étendent aussi bas que sur des arêtes ou des chaînes de montagnes continues; car sur les sommités de rochers et sur les pics isolés, la neige fond à plusieurs centaines de pieds plus haut. Ebel, à l'article jilpel (voyez son Manuel des voyageurs. en Suisse, partie 1ère, pag. 2S de la traduction française) dit : Dans les Alpes CoUiennes de la Savoye et dans les Alpes Pennines , on observe la limite de la neige dans les grandes chaînes à la hauteur de 7SS0i?S12piêdS. Quant aux montagnes isolées , elles varient entre 8400 etVOO pieds. Suivant! M. de Bucfi, cette hauteur est sous le *SJ4~ 46 '/i degrés de latitude, à la hauteur, de 8520 pieds au-dessus de la mer. ,

Quoiqu'il en soit , lé charme des montagnes de notre patrie ne doit pas être constaté par des Comparaisons , qui laissent trop de marge à la différence des goûts , à des prédilections et à des préjugés invétérés. Un homme qui aurait voyagé dans des pays lointains , peut donner la préférence au Caucase , au mont Ural , à l'Altaï , au Liban. Je ne doute pas que l'amateur des antiquités ne trouve les monts d'Italie et de la Grèce plus intéressai». Le physicien recherchera plutôt les volcans de Naples et de la Sicile. Le Tyrol , le pays de Salzbourg, le Piémont, Chamouni, contiennent tant de beautés, qu'ils ont sans doute des amateurs. Le" lac de Genève et le V allais en déploient d'innombrables. Le lac si varié des quatre Cantons , la vallée de la Reuss jusqu'au Saint-Gothard , méritent leur grande réputation. Les souvenirs historiques , que retracent les trois cantons primitifs , ont aussi leur prix. Chaque vallon , te! petit qu'il soit , chaque cime de rochers , chaque hameau , chaque ruisseau a ses particularités , que l'on ne rencontre nulle autre part, et l'on ne doit point s'étonner si l'on croit trouver près de soi, ou au loin, soit des pendans aux beaux aspects qu'offre l'Oberland, soit des contrastes à son désavantage.

On ne peut cependant disputer à cette belle contrée ses attraits si divers.

Au travers de riches prairies , de champs et de Tergers , de forêts variées, de belles collines , de jolis vallons, d'un paysage que Ton dirait, arrangé par

par les mains d'un habile décorateur de jardins * l'on se rapproche du pied des Alpes. Des châteaux, des riants villages vous entourent de tous côtés. Le cours d'une superbe rivière vous guide. Vous arrivez à des coteaux couverts de vignobles. Bientôt un lac délicieux vous reçoit sur ses ondes. Fendant deux lieues, ses rivages vous présentent partout l'abondance et la fertilité. On croit revoir les rives couronnées de pampres , qui ceignent le lac Léman, les Vergers couverts de fruits que baigne le lac de Zùg , lorsqu'on est déjà sur le seuil de l'enceinte des plus arides rochers. L'on? foule aux pieds les débris des créneaux , des murs , des tours d'une antique cité que le tems a couvert de ronces. Vous entrez dans un vallon , qui vous semble être celui d'Eden , ou le sanctuaire de la généreuse Pomoiie. D'anciens et sombres couvons, des vieux châteaux en ruines , transportent votre imagination dans les siècles passés. Vous parcourez sur les bords du torrent mugissant, des paisibles solitudes , des déserts affreux. Vous appercevez des scènes , des tableaux sublimes dans les vallons écartés qu'habitent les pâtres. La terre paraît fendue , où les" eaux réunies de la vallées de Lauterbrunnen s'écoulent avec des chûtes si singulières , que l'imagination ne pourrait jamais se les représenter sans les avoir vues. Là , vous êtes le témoin du bonheur de la vie pastorale. Vous retrouvez, au milieu de cette nature majestueuse, l'original .des Idylles.

Au pied des sommités' les plus élevées de l'Eu- $

rope , Tous crorez .toucher aux limites de la terre et à l'empire désert des nuages. Des merveilles incomparables d'un monde de neige et de glace vous gèlent par leur aspect, vous oppressent et cependant élèvent votre ame. Vous observez, en frissonnant , les formes bizarres des glaciers , qui couvrent une grande partie de la vallée de Grindelwald. Vous vous reposez ensuite avec délices dans celle d'Oberhasli, sous les ombrages de ses vergers et de ses bosquets. Vous voyez encore des pâturages alpestres , mais ce sont les plus grands , les plus fertiles , les plus riants ; de nouvelles cascades plus pittoresques , plus singulières que- celles que vous avez déjà admirées. Vous vivez avec plaisir au milieu d'une race d'hommes distinguée,. témoin de sa simplicité , de ses travaux champêtres . et de ses récréations innocentes.

Chaque maison isolée , chaque village est pour vous la scène d'un poërae. Vous recommencez à monter vers les'horreurs des déserts. Là , voua appercevrez, sur un trône de glace éternelle, le Dieu du fleuve de la contrée , dans sa froide de* meure. Vous suivrez , au travers des rochers , les sentiers frayés aux mulets. Vous passerez sur des ponts si élevés, que le vertige vous, saisira , sur des débris immenses de montagnes écroulées; vous saluerez avec reconnaissance , entre ,de& rocs nuds et sur les bords d'un sombre Iao T le. toit hospitaliec d'un asyle qui vous invite au repos. Vous irez visiter ces deux glaciers , palais de l'hiver éternel , 'un au .nord , qui produit l'Aaiv L'autre au raidi ,

"d'6Û r s'écoulent les eaux 'du Rlfônev Vos' pas ne 'sont arrêtés que par les limites deff neiges et dtt froid inévitables , qui menaceraient 'votré'vjë , et là, si véus rtflécnissez à tout ' i ce ,, gîie 1 vous 1 avez vu, éprouvé,' pen»é dans le court' : éSpace de cinq ou .six jours , qui se sont si prompfcemént'envolés, "votts croyez -avoir vécu une vie 'entière et 'avoir parcouru un' triplé univers. ' , " 1 ' 1 ' '■ ""'

L'oti verra si la variété de^ce^' tableaux & iëur richesse sont exagérées! Je ne connais aucune jouissance propre 1 aux ' montagnes , qu'un 1 voyageur robuste' et' intelligent ne puisse trouver^ dan» ieS

fcotres>""'"' ;;1 '.'' , ' ' ' J ' ,' *-""-"'*

'Mais revenons' à l'indication ç^;^éta>U§e de ce qu'il est intéressant de savoir sur l'Qberland fcwnois. . .,, . ,, ^ :, ,< ,y i- .■, .„, ^i ,;-; .,

. Nous ; ayons désigné .ses, limue^, orus. ayons fflfliqué. ses beautés , nous ^devons encprrç rapporter $f proportions çelafiyement aux.jjUaea. eu^géfléraj <$i notre /Hofc\ .ifétçndue a>3a^UF,fa^e ) v I lftn£mît'r£ et l'espèce,: de, ses babijtanfvJft n^m^.ses^fttipljs fjt de ses paroisses,:} ynftn, tef 4tWK% fMMft-ffff ^ ç^iduisent. il ., ..,; , , ^lonul'-i ■>v:.ili il «

II faut faire un effort sur soi-même , pour ne pression ouïssante que fait les cimes élevées des Alpes leur immensité majestueuse; 3 sont petites comparative- :ts,.i, que contient notre uniie lui - rnàoe., .Mais notre une, en puisant aans les sources profondes de son essence , doit bientôt s'élever au-dessus de ces jmposans colo^se^., et sentir toute sa supériorité , sous le double rapport de son essence spirituelle, ce qui constitue sa supériorité motale et de la supériorité de notre entendement, qui . nous, donne la faculté de calculer la grandeur des mondes.. Ce sentiment doit porter notre être , d'un vol hardi , infiniment au-dessus de ces masses gigantesques qui menacent les deux , et réduire leur supériorité apparente, mais seulement physique et matérielle, à sa juste Valeurs : ■ ■ • ■ - c '" ■'» ■' •

„ Si le spectacle des hautes Alpes nous accable „ du sentiment de notre petitesse , l'ame , s'élevant ^'avec-ïnergié contre; le découragement prêt à la Vsaishv met là néblesse'de son origine en balance ii arec-dés masses inanimées' , "et "son; essence divine % eri côirïrastie' avecieîn- froide inertie. Nous éproùt, -votts ; une'afl%dtion mixte, à la fois' pénible et coni, «ola^le/'î pénible par -l'aspect de cfe^i colosses dont n la durée éternelle paraît braver notre existence „ éphémère , en même tems qu'ils menacent de „ nous écraser de leur poids ; mais consolante par „ la supériorité que la raison nous donne sur ces

„ masses sans vie. Effrayés d'abord à leur vue psar „ le sentiment de la nullité de nos moyens , si une' n lutte physique , un choc matériel allait s'engager » entre elle et nous, le sens moral, en nous don- „ nant la mesure de notre valeur, dans la conscience n de nos devoirs et de notre destinée, nous fait » sortir victorieusement d'une comparaison qui avait a commencé par nous humilier , et nous planons n avec le sentiment de nos forces immortelles aun dessus de la matière brute , dont les dimension» „ colossales semblaient nous anéantir. " (*)

C'est ainsi que se renouvelle journellement dans l'ame de chaque observateur, ce que Jean.de Millier a déjà si parfaitement exprimé : „Pius on apn proche des hautes Alpes , plus l'ame se sent pén nétré de l'immensité de la nature : la pensée de n leur antiquité si supérieure peut-être à celle de h l'espèce humaine, l'ineffable impression- que fait' > sur nous leur éternelle immobilité , reveillent le n sentiment mélancolique du néant de notre exîsn tence corporelle; mais en même teins l'ame s'én lève comme pour opposer sa sublime noblesse à n la grandeur de ces masses inertes. " (**>

Mais notre esprit se porte. encore d'une autre; manière au-dessus de Ces rocs si imposàns. Éclairé par la lumière de notre entendement qui' cherche

(*> Voyoï Stapfer, voyage pittoresque, pa£. 7. (**) Voyei MûlUr, Histoire de* 'Saisies, liv. I, chip. XVI , pag. 434 , eom. I, ■ *i ■"' ■> ■

toujours -à s'instruire , et qui os© mên» soulever avec une sagacité que rien n'arrête , le voile qui. couvre l'infini , il trouve bientôt petit, ce que le trouble, de l'étoanement lui avait montré d'abord si immense. Lui, qui mesure les soleils, qui pénètre jusqu'aux limites de l'univers , qui n'envisage notre globe que comme un astre au milieu des miliicna d/autres astres , comme une planète de moyenne grandeur, et même comme un grain de sablé dans cette immensité, où notre soleil luimême av^c des milliers d'autres, soleils tourne autour d'un autre centre, et où une 'p ai ti e de ces systèmes solaires fournissent leur course dans diverses régions du ciel autour du premier , du plus ancien de ces soleils ■ primitifs \ notre esprit, dis-je , qui ose. penser, et calculer toutes ces choses, doit aussi, à plus forte raison, considérer les montagnes couvertes de glaces éternelles, malgré toute leur grandeur, comme des points imperceptibles, comparés à l'infinité.' ■ ..

D'après, des calculs très-exacts , on a trouvé., que notre terre contenait dans sa plus grande circonférence 20,557 ,64atoises , et que le Chimborasso, quoique la plus haute montagne , qu'on ait mesuré avec exactitude- jusqu'à présent, remplirait seulement '/jw de cette- étendue. Si l'on admet, pour: faire un compte rond, jjoc cette énorme montagne serait V 6ai0 du. globe, il se trouve qu'elle est, pai* rapport à la terre , ce que serait un grain desable d'une demi-ligue, sur la.,surface d'une boule de 21 pieds de circonférence et de .1 pieds, de diamètre.

Donc , ainsi qu'une telle boule ne perdrait pas de s'a rotondité , quand même sa surface serait parsemée d'une centaine de grains pareils, notre globe n'en serait pas moins rond pour être couvert d'une multitude de Chimborasso. (*>

La terre , à son tour , n'est qu'un grain de poussière comparée à la grandeur du soleil: Si le soleil était vuide intérieurement , il y aurait assez de place dans sa capacité, pour que là terre, avec son athmosphère et les nuages , même avec la lune , telle qu'elle est , et à la distance où elle est de la terre , pût se mouvoir , suivre à toutes ses rotations, et qu'il resterait encore une périphérie solide de 50,000 lieues d'épaisseur, puisque le soleil-est de 1-400,000 fois plus grand que la terre, et que lit distance moyenne de la lune à la terre n'est que de 51,445 milles, et la longueur de son diamètre de 468 milles. Le soleil lui-même n'est qu'un point dans l'édifice de l'univers , puisque seulement dans la voie lactée ,' sur une ligne, dont la longueur parait être de 30 diamètres apparens du soleil et une largeur de 4 de ces diamètres , on peut distinguer 50,000 étoiles.

Si nous comparons encore les dimensions dé trois autres corps célestes de notre système plané-

(*) Comparativement an diamètre de la terre , qui a £,772,752 toises de long , qu'est-ce que le Chiroburasso arec sa hauteur de 9358 toises? Justement ce qu'est «u liste a qoatra toiaoa.

taire, plus petits que notre globe, et si'noûs observons la proportion de la hauteur des montagnes de ces sphères avec leurs masses entières, cous verrons que l'élévation de nos montagnes terrestres se trouve encore surpassée à un degré presque incroyable.

Sur notre globe , la hauteur perpendiculaire du Chimborasso -est au diamètre de la terre (en le portant à la longueur de 1720 milles géographiques , .de 33,848 pieds chacune ) , ce qu'est 1 à 1023. Dana la lune, les hauteurs perpendiculaires des montagnes, que Leibnitz et DBrfel ont observées sur sa périphérie, se rapportent au diamètre de ce corps céleste comme 1 à 126. Donc, en comparant entre elles la longueur des diamètres de la terre et de la lune , l'on trouvera que ces montagnes sontprojwrtionnellement cinq fois plus élevées que les plus hautes de notre globe. Dans la planète de Venus , on a observé que la plus haute élévation de ses montagnes est à son diamètre , comme 1 à 144; dans celle de Mercure, que la hauteur la plus considérable de ses montagnes méridionales que l'on ait pu calculer, est de 2 % milles géographiques, que ces montagnes sont donc 2 % fois plus hautes que le Chimborâsâo , et en comparant les diamètres de ces.deux globes , huit fois plus élevées que les plus hautes montagnes du nôtre.

Si l'on se représente la terre comme une boule , d . nt le diamètre serait d'un pied, ou 12 pouces , ou 144 Lgnes , le diamètre de la lune serait , en suivant cette

proportion, de 39 lignes ,■■ celui de Vénus de i4fl, et celui de Mercure de 51 de ces lignes. Et si nous évaluons de même la hauteur des montagnes de ces différent globes , nous trouverons que le Chimborasso, la plus haute des nôtres, ne fait que la quatorzième partie d'une ligue , c'est-à-dire , à peine l'épaisseur d'un crin de cheval, dont douze forment la hauteur d'une ligne; que la plus haute montagne de la lune se réduit à la onzième partie d'une ligne; que celle de. Venus sera à peu près de la longueur d'une demi-ligne, et enfin, Celle de Mercure, la cinquième partie d'une ligne.,

Que sont donc toutes ces masses, qui nous paraissent si énormes , relativement à la grandeur de leurs globes respectifs ? Ne disparaissent-elles pas à peu près tout-à-fait? Notre globe, ou tel autre de ceux que nous avons nommés , paraîtraient-il» perdre beaucoup de leurs dimensions, si l'on citait une de ces montagnes , ou en gagner beaucoup ;, si l'on en ajoutait encore plusieurs pareilles sur leur surface ?

De cette manière , nos Alpes si élevées ne sont plus pour notre entendement que des' points însignifians, lorsqu'on les compare non-seulement à l'univers entier, mais encore au globe de la terre sur laquelle elles s'élèvent d'une manière si imposante à l'œil des mortels, Mais, lors même qu'on a été saisi d'étonnement , en suivant tous ces effrayant calculs, l'aspect des montagnes n'en perd pas le moindre de ses charmes , et présente , sans cesse.

à*l'afne, un tableau si magnifique , que l'admiration pour le majestueux ensemble dont elles font partie f n'en est pas du tout diminuée.

. . Cet ensemble , compris sons le nom des Alpes dans le sens le plus vaste , s'étend depuis le 33e au 36e degré de latitude Occidentale de l'île de Fer) «t depuis le ■ 44e au 48e degré de latitude , c'est-à-dire , depuis les bords du Rhône dans la France méridionale» au. nord-est, vers le cours du Danube en Hongrie. Au . sud-ouest , il est limité par. le Rhône , au nordest par le Danube , au sud et au 'snd - est par la. Méditerranée , le Pô ., le golfe Adriatique , les rivières delà Kulpa etdela Save; au nord et au nordiouest par le Danube , le Rhin et le Doubs dans le Jura. Les Alpes, traversent doue, en France , l'ancienne Provence et lé Dauphiné , puis, toute la Savoye , une grande, partie du Piémont, de la Lombardîe et de l'État de Venise. Enfin , toute la Suisse, leTyrol, la Carinthie, laCarniole, la Styrie, la Croatie, l'Esclavonie, la partie méridionale de la Bavière , de la Souabe , de l'Autriche et tout le pays de Salzbourg.

On déduit leur dénomination à'^Ipçs de la langue celtique, qui fut peut-être la langue primitive d'une partie de l'Europe au sud-ouest Ce nom d'Alpes se trouve déjà chez les Grecs et chez les Romains et provient de la syllabe alb ou alp (dans l'ancienne langue rhétienne aussi ah) , qui répondait au mot blanc, de sorte que les Alpes furent nommées les Blanches par nos aïeux, uniquement

à cause dcJeurs^ioimmitésiroMrcrteSitk. n«#«. Cette dénomination se rapporterait, par le sens qu'elle a» avec celle du Liban dans la partie orkut«le,4ei l'ancienne Phémàe.4*) ■> ■ ■ < •■'

Dan* cotte >grander.éieiidue des Alpes , les Montagnes, do la Suisse n'ta occupent- ijuWe petite* partie etne forment pas seulement à *Ues' seule* cette grande demUane qui-, pareille irun mur blaneet immense, surmonté de créneaux inexpognablesy se prolonge depuis le Piémont jusqu'en' Istrie daes' le nord de l'Italie; "

Nos Alpes, sans compter la chaîne <dit/Jjurs^

qui en est isolée .au- nord-oneac, s'ëteadent tlennia 1 les bords du Léman , se dirigent ensuite au nordest, même quelquefois tout-à-fait an nord ,' jusqu'aux montagnes de Bormio et du Tyrol, dans une espwe à peu près de. cent lieues. - ■ .-■, ...

' On distingue d'abord très-clairement deux ebaî-. ■tes principales-, que Haller a parfaitement désignée* sçus le nom .de diawe r ,tnéridi{mal« et de . chaîne . septentrionale. Elles entourent toutes- , deux., en partant de Saint-Maurice,. tout le V allais , puis ellesse - tendent la main , pour ainsi dire , où la Furca lie à peu près le Griraseï et le St. Gothard. Elles

(*) VoyEi Ebtl, dons son Manuel du voyageur *n Suitse, 'article; Alpçs. II. rapptMe cependant-, «usai. j. l'a Qsitnna languB ïhéiiepHf, où, La >*ylhbe, al SigmfiedOUf <«t JM

QHpui, le pied, pev.ei- peu , itf P***l}«, - *•»

se séparent ensuite de nouveau en plusieurs branches qui se confondent presque , et tandis que la chaîne méridionale se dirige à l'orient vers le Septiraer et le mont Julier, jette d'autres branches au sud dans le canton de Tessin et vers Chiavenna et Bormio , et prend enfin une troisième .direction an nord vers le Jac de Constance ; U chaîne- septentrionale pénètre depuis le Grimsel dans l'intérieur de la Suisse et étend ses bras puissans <A. nombreux dans les cantons de Berne » Unterwalden , Uri , Lucerne , ScovytE et Glaris.- On pourrait citer comme des espèces d'îles ou de masses de montagnes séparées, une partie de celles du Sùnmenthal et du Gessenay , une partie des Alpes du canton de Fribourg , le mont Righi et les montagnes d'Appenzell. (*)

Ii'Oberland, dans le sens le plus restreint, tel que nous -voulons le considérer , ainsi que nous l'avons dit plus haut , et même dans sa plus grande étendue , appartient en entier à cette chaîne septentrionale , et en est complètement entouré au sudtfuest , au sud et au sud-est. Mais de nombreuses ramifications ' de montagnes partent de la chaîne principale et se dirigent en grande partie au nord, en suivant une marche oblique et détournée, jus-

(*) Voyez Halier, Pnefat. ad icon, plant. Helret., p. 4, et Wytten&ach, à l'article Alpes , dam sa Descrîptioit géographique, historique et physique de la Suisse, par' ordre alphabétique , en 3 vol.; Berne 1783. Un . oonpd'œil sur la carte delà Suiew p«r Ke lier démontre •eue description trè»-cJ«iwmeoL

ques dans les plaines des cantons de Fribourg, dt Berne et de Lucerne. Les trois premières de ce* chaînes latérales appartiennent en entier au canton de Vaud ; savoir , celle qui aboutit à Aigle et celles qui s'étendent entre les Mosses d'un côté et l'EUvaz de l'autre; la quatrième est entre l'Etivaz et te Gessenay, la cinquième entre le Ghâtclet (Gstéig) et le village de Lauenen, déjà en entier sur le terri* toire du canton de Berne; la sixième entre Lauenen et le Shnmenthal supérieur ou I.ertk; la septième entre ce dernier et Adelboden; la huitième forme la limite entre Adelboden et Kandersceg; enfin, là neuvième et la dixième courent entre Kanderstég ^ le Kiénthal et Lauterbrunhen et appartiennent pouf la moitié déjà à notre Oberland, dans le sens lé plus étroit.. ■ . ,

Nous voudrions y ajouter encore comme une onzième, la petite Scheideck, entre la vallée de Lauterbrunnen et celle de Grindelwald ; comme une douzième, la grande Scheideck entre cette dernière vallée et celle de HasH, arec sa prolongation jusques dans le vallon d'Interlacken ; comnfe une treizième et quatorzième , les deux chaînes qui enferment la vallée de l'Aar jusque* au Grimsel; et enfin, comme une quinzième, le Susten , dont Jes branches, qui s'étendent entre les vallées ■ de Gadmen et de Gentel et vers le nord , jnsques derrière Mevringen et Brienz, sont des parties' principales et asse,z considérables , particulièrement la dernière qui pousse aussi des rameaux par la vallée de Habkeren jusque* dans l'Enth>uçh.e]tI'£mmenttial,

tandis 'Qu'elle se prolonge au nôrid sur"1eî rive» tfu< hék tte'TKiih et vers les hauteurs de Scnwarv

fteneck.O " J '■'■' ---'-'-■■- - " ■'- -

* • ^Sili'oltsçrvatiflif jpi'on^; faite est ju&te , savoir que

les,. Hiojitagnes.de la puisse tnpjtem. au moius l'étendue de.-sa surface, ^géoméLà^aa r .(f*.).on pput-J'^appliquer plus parti culièreinent à cette .contrée, et. à la partie «levée du canton de. Berne. .La .glisse , d'après une évaluation rnpyenne,, a une tîtendua dç J(5î;,ïuiUes„'5uarx4s; (***> fnajs^ en y ajoutant, la jutfaçe des .jnontagnes, celle de notre pairie entière serait dp ; 2^5, jnailles. quarréf f c'e^t-à-aire^de; Ippp milles quarres plus grande, que, le royaume des Dchjx*-

L'Oberland bernois, ayant une étend«e de 21 i.

(*) RqUer admet quelques chaînes, de moins, parce

qu'il lie 'fait pas mention de celles qui sont le moins

y ' 'étendues: Mais on pourrait' même en trouver d'autres

- '"-- q'ie celles que àoiiit avons citées- ci-xlmus, pai-cxenlple,

■ ■.: l,e.K moplBgnea de la vaille d-UrWh. ■!■ ■..* ■■•

-,<1*>vVw«*R,Y«y*s e * .*•■ M* .4* , M*w o" Sd»«» «* us**

< . Amsterdam M,Pari8 17S6, vol. 2, pas- 200. „ , y . *, ~(^f) Ttâuçr'y'dtns sa Dissertation sur la grandeur dé lji "'' SiïrVsé ^ "admet 'sOimLlIeS'quàrfés , ci'MscfiirigicfàÔ.'' - v La-'Siilsse : i'c«mpi4Bée-dé 1? cantons', 1 Sooa'l'atite de m«- • . . dïati'bii;'. était évaluée- par lioisat, » "19 milles quarrési ^ , vftîAîAnjrcf, dans ton Çujde des voyageuçs en Italie t« -, «n Soiste, Weiuiar rlSl3, en admet 7 63.. Lutz, dans

S.e.S Élémetis de la géographie de la Suisse , lî.isle 1S12,

en compte 'ÎSt. fc>' autres - 850. Enfin, Hérold , 'iianu 1 ' sts Tahches géographiques- de ta' Suisse ', eli linéfeuille ,

22 milles quarrés géographiques (i2 % lieues quarrées bernoises) , sa surface aurait 64 .milles o\xi$î% lieues* ce qui explique la possibilité' d'y faire de Longs voyages à pied , ainsi que la quantité de glaciers , de pâturages alpestres , d'innombrables ruisseaux et cascades, de sommités et de pics <m 'il contient. Quelque petite donc que spit la Suisse en proportion avec l'Europe , si l'Europe contient 1 82,346 milles quarre» , la contrée de nos Alpes est toujours très-grande , en la comparant avec la Suisse -entière et avec une de ses parties les plus considérables , savoir le canton de Berne , qui était encore le plus grand de- tons, même sous l'acte de me* diaoon, et contenait ISO milles quarrés. (*)

D'un autre côté , en comparant l'étendue de l'Oberland avec la surface de toutes les Alpes dans leur plus vaste étendue, il n'en fera que la 240ème partie, en admettant pour l'ensemble le calcul d'Ebelj qui la porte à 6000 milles quarrés. - *" ;

H n'e*t pas facile de fixer au juste la population de notre pays des montagnes. L'on fait trèsrarement des dénombremens en Suisse, et .s'ils ont lieu, leur résultat reste ordinairement. enterré dans les archives des divers gouvernemene.'

(") Voyez Hassel, fierold et ReicHarii. Maintenant la canton de Berne a gagné environ ÎO milles qu'arre'fe par l'adjonction d'une partie de l'tfvtcnd d« Baale. Avant *7W> on lut dmnait 16-1% milles qnarri» pbur"le territoiro allemand, , <at-80%' potor le p*J* dt Va ufl; "

H est. certain que, relativement à la population: de toute la terre , celle de nos montagnes est bien peu considérable. Si, d'après Malte-Brun , la terre contient 632 millions d'habitans et l'Europe 173 millions; si, enfui-, la Suisse en compte l,84cr,o<X>, la population de l'Gberlarid bernois paraîtra bien chétive avec ses 20)000 âmes. (*)

Si nous, admettons, pour toute .l'étendue des Alpes en Europe « 7 millions d'ames , ces 20,000 'âmes n'en feront que la 350ème partie . En donnant , suivant la carte de Keller , au canton de Berne » sous l'acte de médiation 232,800 âmes , ou en somme ronde, suivant la géographie de Lutz, 232,000., rOberland en contiendra à peine la onzième partie. Depuis l'adjonction de Bienne et d'une partie de l'évêché de Bâle , il faut ajouter au canton de Berne environ 64,000 âmes , de sorte qu'il a maintenant environ 300,000 habitans , dont l'Oberland , dans le sens le plus resserré , contiendrait la douzième partie. U n'y aurait donc que 1000 âmes par mille quarré

(*) Nom suivons encore ici dans cette indication du nombre des âmes en Suisse , les (abelles d'Ezdorf. Les géographes, suisse* Flittli et Fiisi adoptent la somme ronde de deux millions. Jean de Millier, dans ton Histoire de ia Suisse, 1 y 2 millions. Hassel don. nait aux 19 cantons de la médiation 1,637,403 âmes. KCrncr , dans son Abrégé de la géographie de la Suisse (Winterthur 18ftS) admet 1,660,2». Reicbard , dans son Guide des voyageurs, 1,600,000. Il compte pour le canton de Berne Sii^OS amas.

qitarré , tandis que dans la Suisse , en général , on en compte 2283, et dans toute l'Europe 383 par mille quarré de 14,440,000 toises quarrées.

On voit par là combien les nombreux rochers et glaciers inhabités de nos montagnes nuisent ila population du pars. Cependant elle se rapproche assez de celle de la France, où l'on compte seulement 1094 âmes par mille quarré. Mais ce n'est que d'après des évaluations très-générales que nous avons indiqué la population de l'Oberland , comme étant de 20,000- âmes. (*) Qu'il nous soit permis de citer un calcul plus exact , fait en 1798 — 1799 , et sorti du bureau du ministère de l'intérieur de la République helvétique.

En admettant donc que l'Oberland commence sur le lac de Thun, d'un côté à la paroisse de Leensingen, et de l'autre côté à la commune de Beatenberg , et au promontoire avancé de la Nase (Nez), les paroisses qu'il contient, étaient alors peuplées comme suit: j

Hasli im Grund et im Boden , y compris les vallées de Guttannen et de Gadmen . . 837 âmes.

Meyringen .-..■* 3734 -*■

' Donc la vallée de Hasli en tout 4571.

(*) Cette indication est prise dans le voyage de Kôuij: dent Ici Alpes. L'auteur a vifta long-tems dans cm «oatreei , et son évaluation est asses juste pour l'année 1S14. ou son ouvras^ parut, au moins pour les nrdfeeturss d'Interlscksfi et ds Hssli.

:. . Transpw*, j,; ; . .'.(fiâmes.,

Brime.. . ... . ,.. . . . , „ ,'.. . 2307 — .

Ringgenberg .. .. . .. .■■*. * .,..-..> .741 — :

Lauterbrunnen , H 12 —

Grindelwald . ' 7 l - . .. : . - . .. . 1985 ■■ —

Gst*ig pues d'Interiacfcea • ... ■ 3518 — ■,

Unterseen.. . t.. . ... . ■- . ■•: i < . 713 — ., .

Habkeren . ... . ...... . . . .461 —

Beatenberg . 563 —

.,■ i, . Total . . 15871

En.' ajoutant Leisfigen . - ■ .- • - 503

On trouvera pour l'Oberland .; ... . 16374 a

Mais on peut y ajouter, si l'on veut, les communes sur le lac de 1 Thun , au-dessous de la Nase, celles dès préfectures de Frïitigèn , de Wimmb ou Simmenthal infe'rieur, et de Tliuû; savd'ir :

Âeschii .'.'." . ".'.;*.. - • 1292 ames.-

Spiez . ' '■' • - 1352 —

Thuh -(douté la. ïiaroisuft^ï ... . j» , ■ 2691. —

Hilterfingen .. . *LàuL- *.;,..;■.,. Ml ,,. 1250. r- Sig«6wylC*)v ....,,,,. 2137,— ; -

(*) En ajoutant ces communes au nombre de 16,374 cï dessus , on trouvera la somme'Jt Îi,l66, qu'on peut porter maintenant i 26 ou 27 mille , puisque depuis l'introduction de ta vaccine, il "y a eu bien plus de

' chances pour l'augmentation de là population que pour M diminution. ' ' " ' ' ..-•-»

Si

D'après cela , si noua admettons , selon toute probabilité , que la population de l'Oberland propre*ment dit aurait augmenté depuis l'an- 179,9, on trouvera peut - être que nous l'avons exagérée , en la faisant monter maintenant de 16,374 âmes , tette qu'elle était alors , à 20,000 âmes ; mais ce calcul ne paraîtra pas trop haut à ceux qui refléchiront que ces calculs ont été faits pendant les tems d» notre révolution , et qu'il n'y a aucune raison de croire qu'ils aient été enflés. Ê

Les paroisses ci-dessus appartiennent, 1 d'après" la division actuelle du canton de Berne, aux pré^ ïectures suivantes : Celles de Thun , dfc HJlterfuigeri et de Sigriswyl sont de la préfecture de Thun; Spiez de celle de Wïmmis; Leissigea, Beatenbergf Habkeren, Unterseen, Ringgenberg, Brienz , Gsteig j Grindelwald et Lauterbrunnen , sont compris dana la préfecture d'Interlacken ; enfin , Meyringen et Hasîi im Grund, dans celle d'Gberhasli. '

- Il est difficile de donner des notions -justes sut le caractère , le naturel et les mœurs de la peuplade qui habite ces paroisses. Les nuances -sont trop nombreuses et se confondent -trop, pour pouvoir distinguer aisément, ce qui appartient exclusivement à l'habitant de l'Oberland.

Nous trouvons chez lui les traits caractéristiques qui appartiennent aux paysans en général; nous en trouvons beaucoup aussi qui distinguent tous les habitans des montagnes et dont nous avons dit un mot plus haut. Nous y trouvons enfin beaucoup de particularités , qui dérivent probablement de l'essence originelle des peuples de la Suisse et de l'Allemagne , ou de la simplicité de la vie pastorale , ou de la profession de la religion réformée , ou de la constitution républicaine de l'État de Berne. Qui pourrait démêler dans une aussi grande diversité de causes, ee qui appartient à chacune d'elles ? . Qui pourrait calculer ce qu'il faut attribuer à l'antique origine, aux dispositions physiques et corporelles, ou au climat? Qui pourrait enfin approfondir ce qui provient du libre arbitre , de la réflexion, des moeurs et des penchans individuels de ce peuple?

Une grande difficulté résulte aussi des différences, qui existent d'une paroisse et d'une vallée à l'autre.

La vallée d'Habkeren , par exemple , est toutà-fait isolée , d'un abord difficile , sans aucune route qui la traverse ; elle n'est jamais , ou très-rarement visitée par les voyageurs. La petite peuplade de la vallée de Saxeten est tout aussi écartée et sans communication. Dans ces deux villages il n'y a point de cabaret , et cette . circonstance est ordinairement très-favorable à la simplicité des mœurs. Interlacken, au contraire, est ouvert de tous cotés

aux voyageurs. Des citadins, des étrangers commencent depuis quelques années à s'y établir, mémo pendant des étés entiers. Il doit en résulter chez les habitans des mœurs plus polies , plus d'industrie et d'activité , mais aussi plus de vanité , de luxe , plu» d'avidité pour le gain , et un plus grand désir de sa procurer les commodités de la vie; enfin, une plus grande tentation d'employer la ruse pour faire des profits. Lauterbrùnnen et Grindelwald sont de véritables vallées pastorales, et- leurs habitans sont astreints par l'apreté extrême de leur sol à des travaux plus pénibles. Aucun transit commercial ne se faisant chez eux , et la vente de leurs productions étant peu facile, ils sont moins coramunicatifs et moins polis que ceux du Hasli ; mais aussi , ils sont moins avides de gain et des jouissances du luxe que les paysans, du Bodelein. (*)

On verra, d'après cela, que, soit par Tes résultats nécessaires de ces données , soit par des faits existans , il est presque impossible de caractériser l'habitant de l'Oberlaud par des 'traits généraux.

J'essayerai , cependant , de compiler dans les descriptions d'autres voyageurs et dans mes propres observations , ce que j'ai remarqué de plus positif,

(*) C'eit ainsi qu'on appelle communément la plaine où •ont situes Unterteen, Intevlacken, Malien, Wtliier*. wrl et Bônigen.

et 'ce -qui • semble 'devoir résulter naturellement de ^histoire et de l'état du pays.

Jean de Mûller m'en fournit les bases principales dans le tableau concis mais frappant, qu'il a fait des habitans des montagnes dans les cantons primitifs. . . . ...

a Les Suisses, dit-il, habitaient des villages où f, la plupart des maisons , comme chez les anciens ,, Allemands , étaient dispersées dans les prairies , » sur de belles collines et au bord des sources. t> Ils ont Certains principes consacrés par l'habitude „ et la- tradition. Lorsque des étrangers osent y „ porter atteinte , ils leur deviennent suspects , et »' ces tentatives ne servent qu'à fortifier les "leçons „ qu'ils tiennent de leurs pères. Toute innovation „ leur est odieuse , parce que dans le Cours unii, forme de la. vie pastorale, chaque jour Ressemble ■ » au même jour de l'année précédente et de celle u . qui doit suivre. Ils parlent peu et observent tou- » jours , car ils ont dans leurs cabanes isolées le » loisir et la paix nécessaire pour réfléchir. " (*)

h . On retrouve encore dans nos montagnes, presque dans toute leur pureté , quelques traits , que Stumpf attribuait aux anciens Suisses. ,, On trouve „ en Suisse , dit-il dans son langage antique et naïf, „ un peuple beau, bienfait, mâle et courageux ,

(') Voyez HiMoire des Suisses , par Jean de MOller t tom. III, pus- à», tr«d. franc. ?

„ fort de corps , plus grossier 1 que 1 méchant ' ou „ malin. , paisible , accort et badin chez lui , ne se „ mettant pas facilement en colère , et ne courant „ pas trop rapidement aux armes. Us n'aiment pas „ les hommes turbulens et ne souffrent point parmi '„ eux de querelleurs ni de batailleurs. Lorsqu'on „" leur montre de l'orgueil ou qu'on se glorifie trop „ devant eux , ils vous humilient Un étranger va- ■„ niteux et présomptueux ne ferait pas fortune „ parmi eux; mais tel, qui se présente modeste- » ment, est bien reçu et se fait aimer. " (*)

Il n'y a rien à contester dans, cette allégation 'que l'accusation de grossièreté. D'après le témoignage très-fidèle de Kônig, L'habitant de l'Oberland est généralement poli et ne manque point d'esprit naturel ; mais , à peu d'exceptions près , il est moins éclairé que ses voisins, les industrieux habitanstie l'Emmenthal , où se fait une espèce de commerce. „ Leur idiome et leur langage , dit cet auteur , est „ cependant plus doux et plus raffiné. Le désir de ■ v s'instruire n'est point un trait caractéristique àb „ cette peuplade; bien, au contraire, chez elle., ■■» comme chez la plupart des peuples des montagnes, H tout tend à la plus grande commodité, et l'on ne „ fait ordinairement pas, ce qu'on n'est pas obligé de „ faire. Le penchant à prendre ses aises va si loin, „ chez les femmes , qu'elles se mettent à genouxpour „ arracher les pommes de terre, afin de ménager

1 (*) Chronique misse de J. Stumpf , édition de Zurict

■a'-ïftiir échine:; que dans leurs travaux champêtres , n elles mettent souvent des gants et prennent, lorsqu'il m 'pleut , des parapluies , lorsqu'elles sont obligées de „ traire les vaches en plein air. On doit leur pardonner „ cependant , continue Kônig , ce défaut d'activité „ et de goût pour le travail , lorsqu'on considère „ qu'il est le résultat de leur bien-être et de ce „ qu'ils sont contais de leur sort. Ces bonnes gens, » avec leur nourriture très-chétive , se trouvent plus „ heureux que des milliers d'autres humains , qui » vivent dans la plus grande abondance. Ils sont „ satisfaits de ce que la nature leur donne, et rient „ de ceux qui , pour se procurer une meilleure n table ou de meilleurs vc terriens , passent leur vie „ à se donner de la peine. "

Je pourrais alléguer une foule d'exemples de cette espèce d'inertie, je me bornerai à en citer quelques-uns.

Environ dans la première moitié ou , an plus tard, au commencement de la seconde du siècle passé , une femme , avec deux garçons , fut envoyée dans l'Oberland par le Gouvernement du canton ou par un de ses départemens , pour enseigner à quelques-uns de ses habîtans l'art de polir les crystaux, dans le but bienveillant de procurer aux pauvres ' un moyen de gagner leur vie. Ce métier pouvait devenir lucratif, depuis que l'on avait découvert en 1719 , au Zinkenberg , une riche mine de crystal. On espérait que , du moins , quelques femmes ou quelques enfans l'apprendraient , mais ce fut envain.

sr

.La personne que l'on y avait envoyée demanda bientôt, au nom de Dieu , d'être rappelée , car personne ne voulait recevoir ses instructions, et elle se voyait exposée à mourir de faim.

Une douzaine d'années après, la société économique de Berne, dont l'activité pour 1m progrès de l'agriculture et de l'industrie était aussi grande qu'heureuse dans ses résultats , établit des prix pour la fabrication des boîtes de bois dans l'Oberland. On fit quelques essais qui réussirent et furent récompensés ; mais , dès qu'on cessa d'allouer des prix , cette fabrication finit tout de suite, et depuis lors , elle ne s'est pas reproduite.

Lorsqu'on voit les industrieux Glaronoîs parcourir toute la terre , chargés de leurs ardoises et de leur Schabziger, avec la certitude d'un profit assuré; lorsqu'on considère l'habitant d'Appenzell avec ses filatures si productives ; lorsqu'on sait que ceux de la Forêt noire fabriquent, pendant les loisirs de la soirée , des horloges de bois et gagnent ainsi 40,000 florins par an ; que les Tyroliens font un commerce très - lucratif de serins de Canarie en Russie et en Angleterre; qu'ils en ont porté dans une année jusqu'à 1600 dans ce dernier pays ; lorsqu'on voit des figures en bois sculpté et des joujoux d'enfans fabriqués à Nuremberg et Berehtoldsgaden, couvrir tous les marchés des Contrées les plus lointaines , on ne peut s'empêcher de déplorer l'oisiveté de l'habitant de l'Oberland, tandis qu'il pourrait employer à de pareils petits ouvrages ,

eh s'amusant, ses longues soirées d'hiver, et ensuite les exporter ou les expédier dans la bonne saison et en retirer les mêmes avantages.

Mais aussi l'avidité du gain, le luxe et l'incontinence sont trop souvent les suites d'une industrie plus laborieuse; on n'oserait donc pas la recommander trop implicitement à l'Oberlandais , et encore moins l'y forcer. L'éducation des bestiaux et leur produit doivent être naturellement sa première et sa principale industrie. Une santé plus robuste , la simplicité de ses mœurs peuvent le dédommager de ne pas faire de plus grands profits , à moins qu'il ne veuille courir après les jouissances plus raffinées des riches , sans se donner la peine de travailler davantage. Dans ce cas-là , ne pouvant subvenir aux frais de la consommation des marchandises qui s'introduiraient en plus grande abondance dans ses vallées', soit pour satisfaire sa gourmandise , soit pour se mieux vêtir , ou pour orner son habitation , il serait bientôt' ruiné et malheureux.

On ne comprendra pas peut-être comment cette indolence peut se concilier avec les travaux fatiguans auxquels les habitans de l'Oberland sont astreints pendant l'été et la saison des pâturages sur les Alpes.

En effet, les vachers ont souvent beaucoup de peine , mais cela dure rarement plus de deux mois. Lorsque les troupeaux redescendent sur les pàtu-

rages- inférieurs , leur travail est moins fatiguant. Bn tout cas , cette peine n'est guère plus forte que celle des paysans agricoles; étant d'ailleurs commandée par une nécessité impérieuse r elle doit l'emporter sur la paresse naturelle.

Enfin , elle trouve aussi de riches eompensa* lions dans la pureté de l'air sur les montagnes * dans l'usage salutaire et agréable dn laitage , dans «ne liberté illimitée et dans l'aspect d'une nature sublime , auquel l'habitant des Alpes n'est, point insensible , quoiqu'il exprime moins ses sensations et les concentre plus dans son ame , que le citadin bavard , qui , souvent , affecte des sentimens qu'il n'éprouve pas.

En rassemblant encore quelques traits caractéristiques de l'habitant de l'Oberland qui lui sont particuliers, ou qu'il a de- commun avec d'autres Suisses des montagnes , nous le trouvons, pareil à l'air qu'il respire , calme , froid , pur et serein , concentré' en lui - même , quelquefois un peu mélancolique , sans 1 passions violentes. Ses qualités les plus estimables sont une contenance franche , ronde , sans, gêne, et une égalité d'humeur, qui n'est facilement troublée , ni par des désirs , ni par des caprices ou des fantaisies. D n'est. -ni. bruyant ni grand parleur. II s'exprime avec clarté et netteté. H s'abstient presque tout-à-fait de juremens, ou au moins beaucoup plus -qu'une grande partie des habitans de la plaine. II n'a pas> tout-à-fait l'esprit aussi malin et la- conception aussi prompte et fine

que les Appenzellois; cependant, on le trouve souvent un peu railleur , et il montre toujours du bon sens . lorsque l'ignorance ou la superstition ne l'aveuglent pas.

H ne manque ni de valeur ni de résolution mâle. Une conscience calme de sa force le préserve de l'imprudence , de la crainte ou de la timidité dans les dangers. Son corps robuste et l'adresse qu'il acquiert dans ses exercices et dans ses travaux , lui donnent souvent une hardiesse surprenante et hii fournissent les moyens de se tirer d'affaire. Les périls attachés aux sites des montagnes et aux différons moyens d'y gagner sa vie , tels que la chasse au chamois , la récolte des foins sauvages , la recherche des crystaux , leur rendent familières des entreprises qui supposent de L'indifférence pour 1a vie et qui endurcissent le corps. A la guerre , ils sont excellens soldats , mais ils valent mieux dans la ligne ou pour le service de l'artillerie que pour celui de l'infanterie légère et de chasseurs à pieds, qui exige de la légèreté, de l'adresse et de la vitesse dans les marches et dans des postes isolés. Seulement, lorsqu'il s'agît de gravir des montagnes ou d'éclaircir en tirailleurs et de loin quelque position , par un feu sûr et bien dirigé , on peut les employer avec un succès assuré dans cette arme.

Il y a des versions très-diverses sur la propreté et la sobriété des habitans de l'Oberland. Dansl'exercice de leur métier de pâtre et pour le soin

des bestiaux , ils ne paraissent pas égaler en habileté l'AppenzelIois et l'habitant de l'Emmenthal; celui du Slmrnenthal aurait peut-être même quelque supériorité sur eux ; mais , d'un autre côté , ils surpassent , à cet égard , les Vallaisans , et , en général , ils soignent plus la propreté dans leurs habitations d'hiver que dans leurs chalets sur les montagnes. Là , ils ne l'observent que pour le» ustensiles du laitage dans les laiteries et les fromagères ; mais les étables, la cuisine ou la pièce principale où se fait le fromage , la couche du vacher , ses vètemens et les alentours les plus rapprochés du chalet , ne sont rien moins que propres.

C'est aussi pendant l'alpage que la sobriété règne presque généralement parmi eux. La nourriture des vachers ne consiste pas dans cette crème épaisse , ces fromages gras , ce beurre savoureux, dont les voyageurs se délectent , c'est plutôt le ceré , le lait écrémé , le petit-lait (lait de fromage) et des mets maigres et moins précieux qu'ils s'approprient Mais, dans la vallée, ils ne dédaignent point les boissons fortes dans les jours de fêtes , et se nourissent de salaisons de porc. Le vice de l'ivrognerie n'est cependant pas commun chez eux, et on ne les voit pas fréquemment faire usage de gourmandises, si ce n'est de sucre, de café, de vin brûlé , de pain blanc et de gâteaux.

Il y a mille preuves de l'hospitalité et de la complaisance du peuple de nos Alpes ; mais il ne &ut pas rechercher ces vertus sur les routes . et

dans les passages lés plus fréquentes , parce qu'ici les habitans, déjà plusaccoutumés à être bien payés et cependant souvent trompes dans cède attente ; se laissent guider par l'appâs du gain et reçoivent tantôt bien les étrangers , ou tantôt les repoussent avec humeur, par l'effet d'une méfiance assez excusable.

On peut appliquer ici ce que Gôthe a dit avec tant de justesse du Vallais : „ Plus on s'éloigne des „ grandes routes , du théâtre de l'industrie humaine, ,i plus on pénètre dans les montagnes où les hom- „ mes sont limites dans leurs jouissances , isolés et „ réduits aux premiers besoins de la vie, où ils „ sont astreints , pour se les procurer , à un travail „ simple, lent et uniforme, et plus on les trouvera „ meilleurs , complaisans , bienveillans , désintëres- „ ses, hospitaliers, malgré leur pauvreté. "

• Dans les endroits où il n'y- à. point d'auberges, point de guides qui fassent métier de l'être , les habi* tans trouvent tout naturel qu'on s'adresse â eux pour leur demander quelque service , un- asile pour la nuit, quelque rafraîchissement, quelque aliment; qu'on les questionne sûr la route qu'on doit suivre"; ordinairement ils y défèrent avec une espèce, de satisfaction fondée sur la confiance qu'on leur témoigne ; ils y mettent même ' beaucoup de' zèle et de bonne volonté. Mais ils traiteront toujours le Suisse, qui parle leur langage , avec plus de désintéressement et d'empressement, que' l'étranger qu'ils se peuvent comprendre qu'au moyen d'un

interprète et qu'ils envisagent souvent comme* un, oiseau de passage aux plumes dorées , dont ou peut bien , en passant , arracher quelques-unes. .

L'amour de la patrie et de la liberté chezjes. montagnards suisses est généralement connu et se retrouve aussi chez ceux de l'Oberland. Mais ici il paraît être plutôt négatif et inerte , je dirais presque centripète qu'actif ( centrifuge.) et inventif.

i On se trouve bien dans la maison de ses pères, le vallon où l'on est né, les forêts et les collines qui l'entourent , maintiennent la paix de l'ame; sur. les Alpes , on vit tranquille et sans contrainte, La vie pastorale s'écoule avec uniformité et simplicité. L'horizon même est plus borné ; il ne s'étend pas dans. cet espace infini, qui semble nous entraîner sans cesse -au loin. Le cœur s'accoutume àJa jouissance calme des dons journaliers et naturels de la Providence, que produit le sol de la patrie. Une douce habitude ramène , -par-un attrait irrésistible -, le montagnard dans ses vallées, lors même que le besoin, les désirs -ou. le sentiment des forces de la jemnesse l'ont conduit sur une arène étrangère. Qui n'aurait pas entendu parler du, mal du pays ( .Heirnweh ) du fils des Alpes ?.. Mous nous, éleudrons davantage là-dessus dans un autre endroit. ».,.-V

L'amour de la liberté chez l'habitant de l'Oberland, 'se ressent aussi beaucoup de eë quîTentouré. Aurait-il la force et le courage de combattre sans cesse la puissante nature , s'il sentait ses facultés

enchaînées par un gouvernement despotique? La liberté est très-ancienne dans les montagnes de la Suisse , et même Rome , ce conquérant du monde , ne l'a jamais ravie aux habitans de nos Alpes. Les soldats des Césars opposaient des murs et des remparts aux peuples des montagnes , avides de butin et qu'aucun frein ne pouvait retenir. (*)

Aucune tradition, aucun vestige ne nous indique que l'aigle romain ait flotté sur nos hautes montagnes. Où combattit dans le Grindelwaid , contre la puissance de Berchtold V , duc de Zâringen , et la vallée d'Oberhasli essaya de se soulever contre l'oppression des Seigneurs de Weissenburg. Toute cette contrée se soumit de bon gré et paisiblement au canton de Berne , et conserva d'importantes franchises. Il n'était donné qu'au torrent de la révolution française de porter jusqu'au fond de ces vallées la tyrannie du pouvoir arbitraire et de l'y maintenir pendant quelques années. Mais, nous le répétons , l'amour de la liberté chez l'Oberlandais est plutôt calme et passif que remuant et productif. Il ne se donne pas la peine de réfléchir à ce qui pourrait être utile à son pars natal , sans cela , il ne négligerait pas de faire: des établissement et des entreprises utiles au bien publia.

Ce

(*> Voytn Lettre» de M. William Coxe avec lu tdj.ot

Uon» de Romand. .

Ce n'est que la plus absolue nécessité qui a pu l'engager, ainsi qu'on l'a fait à Meyrmgen , à : construire des digues contre les dévastations de quelques torrens de la montagne , dont plusieurs exercent encore leurs ravages, sans qu'on ait es-' tayé de s'en défendre. Dans les vallées, on laisse le meilleur terrain devenir marécageux ou se couvrir de sable et de limon.

On a peu de soin des forêts particulières ; on n'a point réparé les routes, les chemins vicinaux depuis leur première construction. L'agriculture, même l'économie des pâturages alpestres , y a fait bien moins de progrès que dans d'autres parties de la Suisse. Tous les nouveaux établissemens qui devraient être formés par les communautés ou'par des corporations , ne se font point, et il en résulte que le particulier a d'autant moins de courage et' d'habileté pour opérer quelque chose, qui tendrait au bien général , dût-il même y trouver son propre avantage.

H en est de même de l'amour de la liberté.' On défend bien ses anciens droits; on ne veut pas se laisser restreindre ou entraver dans ce que L'an-v elenne coutume autorisait, ou dans ce qui était' abandonné au libre arbitre d'un chacun ; mais on" ne cherche point à se délivrer des restrictions , de* charges que la coutume aussi a consacrées et on les considère même quelquefois comme des privilèges. L'habitant de l'Oberland s'entend tout aussi peu que celui des villes et de la plupart des cam-

pagnes, k se délivrer du fardeau- de ses dettes, à se rendre plus -indépendant par son intelligence , sontravail et par l'ordre qu'il pourrait mettre dans se» affaires et dans son ménage ; il ne comprend pas qu'il en résulterait pour lui de l'aisance et qu'ayant moins besoin d'autrui , il en deviendrait plus indépendant- Mais nous nous laissons aller, sans nous, en appercevoir , à dessiner les ombres du tableau. Il est vrai qu'elles ne doivent point être oubliées , Qt nous nous contentons d'en avoir donné quelques teintes, sans prétendre, d'ailleurs, être infaillibles.

C'est sons amertume et sans vouloir le déprécier que nous avons reproché, à l'habitant de l'Oberlanâ trop de penchant à ses aises. La curiosité est nécessairement aussi le résultat de sa position isolée v c'est un défaut de l'enfance , qui peut devenir quel* quefoîs fastidieux, mais qui , rarement ou jamais , n'a de suites fâcheuses. Chez le peuple de nos montagnes, il na dégénère passouvent en hardiesse indiscrète et en- grossièreté. Cependant les étrangers", qui voyagent dans les Alpes , feraient quelquefois trè** bien d'en agir comme Francklin T lorsqu'il paroou-. rait les parties reculées de l'Amérique septentrionale , et qu'il rencontrait une chaumière habitée. Au premier abord, avant de rien demander, ni d« se reposer, il rassemblait autour de lui tous Isa lubitans de la maison, et' connaissant la curiosité" 4e ces, bowea gens > U leur disait : u Je suis ua

-:.;-, ■:,::■„■ G O.Og le

, tel, mon n»m est Franckfin, je. viens de tel en-» , droit, se vais à tel autre, dans tel but; maintcn nant donnez-raoi à manger et 1 boire."

On ne doit pas s'étonner de trouver un certain degré d'ignorance et de superstition dans nos montagnes , où il se fait si peu de trafic Cela provient plutôt de défaut d'instruction, et d'un sens vaguement poétique , propre à leurs habitans , que d'un esprit borné.

Ce peuple est cependant disposé à la méditation et n'est pas dépourvu d'idées ; U a souvent du penchant à l'exaltation religieuse et au quiétfsme. Si l'on 'remarque quelquefois chez lui un peu de dissimulation et de flatterie, principalement vis-à-vis des étrangers et des citadins , il faut l'attribuer à une certaine vanité , au désir de masquer ses côtés faibles et de paraître aimable , plutôt qu'au but coupable de vouloir tromper. Mais il a aussi un penchant décidé à se moquer des sots présomptueux et â faire des contes au questionneur idiot. U découvre promptement les manies favorites des étrangers -, et s'empresse de les flatter , de les ménager , même aux dépends de la vérité. Dans ce cas -là, quelque histoire analogue est bien vite fabriquée. L'habitant de l'Oberland se plaît toujours à exercer dans ses discours sa petite- malice enfantine , et s'il aime à la voir combattre avec les mêmes armes, il se fait aussi un plaisir d'attraper îcs étrangers. La dextérité de son esprit l'entraîne . même quelquefois' à des supercheries et à des ruses

plus sérieuses , au préjudice de ses concitoyens et de ses plus proches voisins. Ici , la mendicité est ordinairement plutôt une spéculation financière des enfkns indisciplinés , qu'on métier des grandes personnes. Mais la générosité trop prompte et trop irréfléchie des voyageurs a déjà corrompu jusqu'à un certain point tous les âges , à cet égard.

■ Nous terminerons ici cette esquisse caractéristique générale. Nous aurons occasion d'y ajouter encore quelques traits particuliers et individuels , k mesure qu'ils se présenteront dans les différentes vallées que nous décrirons.

Nous devons encore indiquer , pour terminer Cette section , les diverses routes qui conduisent ' dans l'Oberland, ainsi que M. Stapfer les a fort bien désignées dans l'introduction de son voyage pittoresque de l'Oberland.

L'une de ces routes est praticable dans toutes, les saisons. C'est celle qui conduit de Berne à Thun et sur le lac de ce nom dans la .vallée d'In-, terlacken , à laquelle viennent aboutir celles de Lauterbrunnen et de Grindelwald, d'un côté, tandis qu'elle va se terminer, de l'autre côté , au lac d* Brienz dans la vallée d'Oberhasli. .

On parvient du- V allais -dans- l'Ôbérland par le passage très - fréquenté , quoique pénible , do Grimsel , du coté du midi. Sur ses limites orientales se trouve la route de montagne du Susten* cette haute et remarquable séparation (ScheideekX*) entre la vallée du Merenthal, qui est une branche latérale de la. grande vallée d'Uri, et entre celle de Gadmen , qui est aussi une ramification de celle de Hasli. Sous le règne de Napoléon , le canton de Berne , réuni à celui d'Uri , avait commence* d'y construire une très-belle chaussée, Pour éviter l'oppression des péages et des douanes françaises* il était devenu nécessaire d'abandonner le passage ordinaire duGrimsel, qui conduit en droiture dans le V allais , et de prendre la voie la plus oourte pour parvenir du canton de Berne sur la route du Saint- Gothard. On changea donc un sentier dangereux et peu usité, dont les Français avaient profité quelques années auparavant pour leur invasion dans le canton' d'Uri, 'en une superbe route parfaitement sure et la plus belle de la Suisse ; mais cet ouvrage , que des circonstances survenues depuis lors , n'ont pas encore permis de terminer, est. maintenant suspendu. Sa beauté est garante qu'il sera bientôt achevé.

(*) Rareté la plus haute d'un passage de m ont «ne s , «Un* entre deux vallées. ou deux communes, se nomme en général dans l'Obérland Scheidevk ou IVasserscheid* (séparation des eaux >, parce que les sources et la fonte des neiges coulent de la dam des sens opposés.

I>ig -ver.»/ GOOglC

Au nord, H y a deux moyens de communication entre l'Oberland et le canton d'Unterwalden. Un chemin très-pénible conduit par-dessus le Joch (col) de k vallée de Gentel dans celle d'Engtlberg; il n'est pratiqué que rarement par des chevaux do somme. Une route plus courte, qui ne se bouche même pas tout -à - fait 'en hiver , monte depuis la vallée principale de Hasli sur la pente du Brûnig, sb joint , presque à sa plus grande hauteur , avec un autre sentier qui y aboutit depuis Brienz , et descend dans le vallon de Lungern , situé dans le canton d'Unterwalden supérieur.

Enfin, des sentiers qui ne sont ni faciles, ni agréables oonduisent de la sauvage vallée de Habkeren aux montagnes de l'Emmenthal dans le vallon de Tschangnau et dans l'Entlibuch , situé dans le canton de Lucerne.

, A l'occident , des piétons très hardis osent quelquefois traverser depuis le Gasterthal, en venant de la Gemmi et du Kandersteg, une mer de glace longue de' six lieues, pour se rendre dans la 'partie, la plus reculée de la vallée de Lauterbrunnen au Steinberg à VAmmerten. Un sentier plus facile» mais peu usité, conduit depuis le Kienthal (vallée de la Kien) par-dessus la montagne de la Furggen k Mùrren , ce village de montagne, situé à une grande hauteur au-dessus des parois de rochers de la vallée de Lauterbrunnen ,. ou dans celle de Seyinen , qui est une gorge latérale de la vallée principale de Lauterbrunnen. Outre ceux -la , il n'y a

à l'occident point d'autres chemins COnnuS potlrSe rendre dans l'Obérland , s) ce n'est les deux sentiers sur les deux rivages respectifs du lac de Thurt, dont l'un, à gauche, vient de Frntigen et du Sim- .menfcha! et aboutit à Leissigen, et l'autre, adroite, part d'Qberhofen., traverse Merligfin et longe le pied du fieatenberg (montagne de Saint-Beat ).

D'ailleurs , tout dépend du point de départ du voyageur. On a pu voir ci-dessus qu'en venant de Lucerne , les chemins les plus courts sont ceux qui traversent l'Entlibuch et le Brûnig. Depuis Engetberg., on prend le passage du Joch. De Wasen, dans le canton d'Un, la route du Sus ton est la plus convenable. Depuis le Saint-Gothard , on peut se rendre en peu de tems à la Furca, et de là sur le Grimsel , en grimpant la pente escarpée de la Mayenwand. La meilleure route depuis le V allai* est celle qui passe à Obergestelen ; mais le passage de la Ueinrai au Kandersteg est plus fréquenté * parce qu'il conduit directement aux bains de LiJsoh. On peut aller du Kandersteg au Lautertmmnen par cette mer de glace au fond de la vallée de ûastertt dont nous avons parlé; ou bien, on peut avancer jusqu'à Raichenbach et traverser le Kienthal et la montagne de la Furggen \ ou bien encore , on peut aller jusqu'à Aeschi , de là , tourner à droite et côtoyer le Uc de Thun jusqu'à Leissigen. On dit aussi qu'un sentier Conduit depuis Mùlilenen par la vallée de Suid. et par-dessus le Renggli i Saxcten. Enfin, de nombreux, passages depuis le pays de Vaud . et nommément depuis Vevey, Aigle,

•et les contrées alpestres du canton de Fribourg , .depuis Bulle et Gruyères, .aboutissent dans le Gessenay et le Simmenthal, que traverse Une route passable jusqu'à Wimmis. De là, on peut aller .dans y-ois directions différentes dans I'Oberland proprement dit , soit par Aeschi, Spiez ou Thun.

La plupart de ces chemins peuvent se pratiquer sans danger à cheval ou sur des mulets , même de petits chariots légers peuvent passer du Kander-

;steg à Muhlenen, Spiez et Thun, et sur la route qui descend du Simmenthal. La navigation sur le, lac: de Thun est très-agréable. En général, la

«route: la plus commode est la superbe chaussée

•qui va de Berne à Thun , et qui est praticable pour toute espèce de voitures. Dans cette dernière ■vil le , on trouve des bateaux très-surs pour aller

iplus loin. . '

, : . C'est en effet cette route qui est la plus pra~. tiquée, et que l'on peut conseiller avec assurance à tous ceux, qui se proposent de voyager dans I'Oberland et qui sont libres dans le choix de celle qu'Us veulent prendrez Non-seulement on y trouve la plus grande sûreté .et la plus grande facilité pour se transportée soi-même et ses bagages, mais on y jouit aussi de. la plus grande variété d'objets et de points dé Vue. On voit toute la niasse des Alpes sous l'aspect le plus avantageux; on s'en rapproche par la gradation la plus riche et la plus gracieuse; on y distingue plus facilement l'enchaînement des diverses branches des montagnes et des vallées;. et

enfin,. on a la meilleure occasion de se pourvoir, soit à Berne , Thun ou Interlacken , de tout ce qui est nécessaire ou agréable pour un pareil voyage, de faire tous les arrangemens et Les préparatifs les plus convenables , mieux qu'on ne le pourrait sur toute autre route, même en y sacrifiant beaucoup plus d'argent.

Du matériel du voyage et des préparatifs iié-> cataire*.

Quiconque veut faire un plus grand tour en Suisse avant ou après avoir parcouru l'Oberland , se pourvoit ordinairement d'un livre, ou manuel général pour le guider dans tout ce qu'il doit faire et pour lui indiquer ce qu'il y a à voir , à observer dans chaque endroit, selon les dispositions ou le but qu'on y apporte.

Parmi ces ouvrages qui traitent de la Suisse en général , l'un des meilleurs est le Manuel de* voyageurs en Suisse ( Handbuch fur Reisende in die Schweiz ) de Heidegger , dont la troisième édition , considérablement augmentée et corrigée , a paru en 1799 à Zurich , chez Orell , Gessner ; Fussli et Corap. Le Guide des voyageurs -en Italie et en Suisse, de Jieichard, 7èm« édition, Weimar

1813 , me paraît aussi très-abondant en matières f> dans im petit volume. Il traite de la Suisse y compris la vallée de Chamouni , dans 134 pages , d'une impression serrée.

Le Voyageur en Suisse, ou Manuel instructif et portatif à l'usage des voyageurs qui se proposent de parcourir ce pays, qui a paru en dernier lieu à Genève, où l'on avait commencé à l'imprimer déjà en 1811 , est aussi un ouvrage fort utile, mais un peu volumineux; il tient 754 pages en grand in-8.° Il suit le même ordre que Heidegger , et commence par des indications et des descriptions générales; viennent ensuite des plans de voyages et une table des distances; enfin, une liste alphabétique et raisonnée de diverses villes , bourgs , villages , rivières , montagnes , etc. , et de ce qu'elles contiennent de remarquable. L'auteur se signe au bas de la préface des deux lettres initiales F. li.

Le Manuel pour les savons et les curieux qui voyagent en Suisse , par M. Besson, avec des notes par M. W. ( Wytten&ach) , II tom. Berne 1786, est particulièrement 'destiné aux minéralogistes.

Tous ces ouvrages ont leur- mérite et leurs avantages ; ' mais le plus utile et le plus estimé de tous ceux qui ont paru , est assurément le Manuel

(*) Une huitième édition encart mieux corrige' e doit «voir paru tout récemment. '

' Digitizeo oy GOOgk

4tEèel t qui 'se trouve entre les matas de presque tout' le monde et qui n'a que le défaut d'être d'une dimension trop considérable ( 4 roi. assez gros ). Le premier (de la troisième et dernière édition touti-fait refondue, Zurich 1809) traite, avec le plus grand -soin , de tout ee qu'on doit savoir pour voyager en Suisse , relativement aux préparatifs , aux dispositions et arrangemens , aux connaissances préliminaires, aux livres qui traitent de ce pays et aux cartes géographiques qui le représentent. Dans les trois autres volumes , on trouve , par ordre alphabétique , tout ce qu'il y a de remarquable dans chaque endroit individuellement.

Un petit discours très-bien fait par M. Brideï, rempli d'un zèle vraiment patriotique , sur la manière dont les jeunes Suisses devraient voyager dans leur .patrie , quoique dédié particulièrement à la jeunesse , contient quelques conseils très - bons , et se trouve dans le Conservateur suisse, vol III, pag. 243. Il est très-bien écrit et respire l'amour de la patrie.

Mais nous allons essayer d'indiquer a ceux qui ne peuvent pas suivre un plan plus étendu et qui , par goût ou défaut de teras , veulent se borner à' visiter FOberland, ce qu'ils doivent prendre avec eux et ce qu'ils doivent observer , soit pour l'esprit', soît pour le corps; car on ne saurait leur conseiller de se charger des ouvrages généraux susmentionnés , dans une aussi petite excursion.

Commentons par le corps , ce fidèle compagnon de l'ame, qui, dans un voyage de montagne, a doublement à faire et mérite aussi des doubles soins. Voyons , .comment nous pourrons le faire avancer de manière à ce qu'il fasse heureusement son chemin , et à ce qu'il soit toujours bien disposé* à seryîr l'ame.

1) Il faut d'abord' considérer la saison dans laquelle on veut voyager. Il faut prendre ses pré-; cautions pour que la route ne soit pas trop pénible, que l'on ne soit pas tout-à-coup empêché delacontinuer, et que les jouissances que l'on se promet ne soient pas troublées par une foule d'obstacles. Décidément, il faut choisir pour cela l'été, nonseulement parce que c'est la saison la plus agréable, où la nature développe tout le luxe de ses richesses , mais encore parce qu'alors on peut se rapprocher de plus près des cimes couvertes de neige de nos hautes montagnes; que les routes des Alpes sont 'aux dernières limites de le l'automne , elles sont ; glace et presque imîr les hautes montagnes , ujours préféré les mois, parce qu'alors elles sont ge et le plus abondant-.

On peut' ordinairement encore ajouter à ces deux mois celui de Juillet , comme étant favorable à de pareilles Courses. Depuis quelques années, il a presque toujours été pluvieux ; mais auparavant , il était réputé le meilleur moment pour voir de près les montagnes. H a même sur le mois; de Septembre l'avantage , qu'au moins dans sa seconde moitié, on trouve les pâtres des' Alpes établis sur les pâturages les plus élevés.

Dans tout autre tems , il y règne la plus profonde solitude , qui paraît même plus triste , en voyant les chalets abandonnés et en n'appercevant aucun mouvement autour d'eux.

■ Non - seulement -Pâme s'élève et éprouve les sehtimens les plus doux , à l'aspect de la simplicité, de l'innocence de la vie pastorale , dans des régions aussi élevées, aussi éloignées du monde et de sa vaine gloire , mais on est encore très-heureux de trouver, pendant quatre ou six semaines , que les vachers passent dans les chalets les plus élevés, un asile , et même une couche , lorsque des orages, des averses vous surprennent sur les hautes cimes des montagnes, comme cela arrive fréquemment dans cette saison.

Si l'on ne voulait parcourir que les vallées et ne pas aller de l'une dans l'autre , en traversant les- Scheidech ou passages de montagnes, on pourrait y employer déjà le mois de Mai et encore le mois d'Octobre; mais on y. perdrait respect de ce qu'il.

f a de plus beau et de plus remarquable. Souvent on peut voyager dans le mois de Juin aussi agréa» élément que dans le commencement de Juillet, même par les passages difficiles, et certainement, les cascades sont alors plus belles , à cause d« f abondance de leurs eaux en Mai et Juin.

On fera toujours bien de ne pas fixer invariablement le moment du départ, avant d'avoir observé la température que promet l'été en général et le mois que l'on voudrait choisir.

H 7 a encore une grande dinVrence à faire entre ceux qui n'ont qu'un nombre de jours fixe et restreint à consacrer à une telle course , et ceux * qui peuvent y employer plusieurs semaines. On peut , à rigueur , la faire en cinq ou six jours el voir ce qu'il y a de principal, en se pressant et en courant beaucoup \ mais, pour jouir pleinement, pour faire des excursions de côté ou d'autre et rechercher les objets remarquables que l'on visite moins fréquemment, on ne pourra guère finir la tournée entière, que dans deux ou trois semaines.

2) C'est ici'le moment d'indiquer les ouvrages qui concernent exclusivement l'Oberland et qu'on peut recommander pour servir de guides dans cette contrée, quoiqu'ils soient plutôt consacres à l'instruction intellectuelle qu'aux besoins corporels.

L'ouvrage de M. Wyttenbach , qui existe en français comme en allemand, sous le titre à'Jjutruc-

3i 9 iti«dbyGobgJ , e

itonpour bu voyageur* qui vont voir les glaciers et U* Alpes du canton de Berne, à Berne 1777, en

26 pages in-Ô.^O, doit avoir au moins le rang de

V ancienneté.

Ce petit ouvrage , qui ne sd trouve plus dans les librairies, mériterait sans doute d'être réimprimé , parce qu'il était à très-bon marche* et pouvait se porter facilement en porte -feuille, li donnait des indications très - utiles , quoiqu'on abrégé , et prévenait au moins les erreurs si fréquentes au sujet des noms propres , qui sont presque toujours mal orthographies par les auteurs étrangers.

Quelques autres ouvrages très-utiles n'existent qu'en .langue allemande, tel que celui du même * auteur estimable , sous le titre de lULsen durch die luerkwurdigiteK Alpen des SchweUerlandes , c'està-dire, Voyage* dans le* Alpes les plu* remarquable* de la Suisse.

Mais il n'en a paru qu'un cahier, enrichi d'une, préface par le grand Haller. Il devait servir de texte aux Vue* remarquable* des montagnes suisse* de Wolff, que Wagner avait commencées à dessiner r mais .que son successeur Henzi n'a jamais terminées. On pouvait acheter le texte sans lej gravures.

O Une nouvelle édition de cet ouvrage , en grande partie réformée , a paru a Berna ni 1787 , dans un format u» pcm pins, iftné.

Une description plus complète de toutes' no»' Alpes en général, à l'exception de la haute vallée de l'Aar et du Grimsel , se trouve dans l'ouvrage de M. le professeur Meisner : Voyage* dans les Alpes avec mes élèves, Berne 1801; mais l'auteur, en. ayant égard à la jeunesse des lecteurs auxquels îl était dédié , a dit. peut-être quelquefois trop , quelquefois trop peu , mais toujours beaucoup de choses intéressantes.

L'on doit à l'habile peintre, M. F. N. Kônjg, un ouvrage mieux adapté aux hommes faits , intitulé Meise in die Alpen ( Voyage dans les Alpes) ; Berne 1814. Ce ne sont que des esquisses , mais on y trouve des indications aussi sures que nou- -velles. Il y a joint, dans le même volume, quelques mémoires très-instructifs , rédigés par d'autres écrivains , sur l'histoire naturelle , la géologie des montagnes et sur la théorie des glaciers.

Le meilleur ouvrage sur l'Oberland est, san* contredit , celui de M. Stapfer , que nous avons cité déjà quelques fois. Il est intitulé Voyage pittoresque de l'Oberland, ou Descriptions de vues prises dans l'Oberland, district du canton de Berne, accompagnées de notices historiques et topographiques, a Paris 1812, in-4.° et se distingue par son beau style , par l'abondance des idées et par la manière dont il rattache ses observations aux sciences et aux beaux arts.

Si le savant auteur avait pu exécuter cet 'ouvrage

si

▼rage plein dé mérite, après s'y être !ong-tems préparié et après avoir fait un nouveau Voyage dans la contrée qu'il a décrite , si l'ouvrage même était moins coûteux et d'un format plus commode , il ne laisserait certainement rien à désirer. Mais ce ne fut qu'accidentellement que M. Stapfer fut induit à l'écrire. Quinze dessins colorés du peintre Weibel , représentant des vues de POberland , devaient être gravés et paraître avec une description Ou explication instructive. Les éditeurs qui voulaient faire cette entreprise s'étaient adressés pour ce texte à un homme très en état de le faire , par ses connaissances dans cette matière; mais il mourut peu après avoir commencé son travail. Alors, M. Stapfer, mu par un motif de bienfaisance envers la famille du premier écrivain , se chargea de le terminer ou plutôt de le faire en entier. Malgré sa longue absence de sa patrie , il réussit , au moyen de ses souvenirs et de quelques secours puisés dans d'autres écrits, à composer un chef-d'œuvre qui, suivant nous , est infiniment supérieur aux dessins qui y ont donné lieu, et qui, en renchérissant l'ouvrage, sont plutôt une charge superflue qu'une ressource agréable.

D'ailleurs, la route que suit Stapfer est celle que prennent en général les voyageurs ordinaires et n'est pas fort étendue , de sorte que son ouvrage laisse encore beaucoup d'objets à décrire, dont il ne fait pas mention. Nous ferons nos efforts pour le compléter , en glanant après lui , et de cette manière nous espérons qu'on nous pardonnera de

profiter souvent de notre estimable devancier, da le citer même, sans courir le risque d'être accusé de plagiat et de n'avoir fait que le copier.

Je passe sous silence les ouvrages de géographie et de statistique qui font connaître l'Oberland et peuvent préparera le parcouru' avec fruit. J'aurai souvent occasion de les citer même textuellement. H pourra aussi m 'arriver quelquefois de reproduire par réminiscence des idées que tel d'entr'eux m'aura fournies, sans le vouloir, ou sans me rappeler ni indiquer à qui je les dois. Il entre même dans le plan de cet ouvrage de faire mention des descriptions plus anciennes de l'Oberland de Scheuchzer , Altmann et Grimer, qu'on aurait tort de négliger.

3) Après les livres , nous devons naturellement en venir aux cartes géographiques ; mais nous renvoyons à en parler dans la section où nous traiterons des guides , qui sont pour ainsi dire des cartes ambulantes ou qui du moins peuvent en tenir lieu, jusqu'à un certain point. Nous allons donc indiquer les soins que l'on doit prendre relativement au physique.

Nous n'avons aucun conseil particulier à donner à ceux qui ne veulent voyager qu'en voiture ou à cheval. Ils doivent s'attendre cependant à trouver dans l'Oberland des voitures dures et peu commodes et des chevaux assez lourds. Je leur

défendrais seulement de faire route le soir dansl'obs-: curité , où presque tous les chemins de, moutagneai sont dangereux. U ne faut pas vouloir trop se pres-r; ser, U faut prendre du tenu et s'arrêter de bonnfli heure au gîte. Les chemins raboteux sont au mpjnai tout aussi fatiguans pour les constitutionsfaiblcs , en. voiture qu'en allant à pied. De cette, dernière manière , on arrive avec plus de sûreté et on a plus! de jouissances. On n'a guère jL Redouter le vertige % quand on reste sur les chemins usités,. .fin marchant: lentement et prudemment, en mesurant d'un ceit tranquille toutes les hauteurs, toutes les profondeurs,.en ayant une confiance entière pour, le guide habile* qu'on a pris , et en réfléchissant à la rareté pres^ qu'inouïe des accidens arrivés à des étrangers., «n, parcourant nos montagnes, les plus timides pour n ront prendre courage. Plus souvent qu'on ne pense, il entre de l'affectation datif les craintes que l'on manifeste en pareille occasionnel ■ surtout, dans ceilô du vertige. ■ >, . -•< ■•■■. \ , - t -,1»

„ Rien n'égale (a. dit un aujteur) le bien-être h d'un voyageur à pied qui,., l'aine pleine de;:ca^-j n rage et de sérénité, les membres forts, souple)} n et dispos, porte lui-même son petit bagage snr t, le dos , comme Platon et Pythagore." C'est ce qu'éprouve surtout jusques dans, le moëtje des «s.> celui qui parcourt ainsi nos Alpes. Cep.end.an>., même le sentiment de ses. propres forces , cette hardiesse mêlée de .gai té, qui tient «n peu du gueiy rier , la satisfaction que l'on éprouve à franchir les montagnes, les torrens, les glaciers, ont au$sj 6*

leur danger, te piéton, peu accoutumé â mesurer Ifishautes croupes des montagnes, qui s'attend à-retrouver ici les collines sur lesquelles il est monté dans les pays* de plaines ; et ne calcule pas là- pente longue et rapide des sentiers ; qui ne réfléchit pas que le terrain est souvent glissant, surtout sur les rOchëvs, qu'il est quelquefois mouvant lorsqu'on : marche sur des amas de décombres de pi«Wes 7 de terre et de gravier; ce piéton, dis-je, qtd>,' s*abandônnaht : 'à son impétuosité ou à son impatience , veut défier les habitans des montagnes , ^trouvera bien Vite' épuisé et harassé. Il faut, i!Omme en toutes' choses, un certain apprentissage pour'gràvir les Alpes, et les' facultés corporelles Ont aussi leurs droits,' qull faut irrémissiblement respecter, Sous'p'euie de les voir bientôt .succomber.

■'' La faim et là 1 soif , les sueurs, les - ardeurs du Soleil, la fatigue /de- l'oppression dans la poitrine , des refroidissemens , des pieds écorchés , voilà à peu près les souffrances que doit le plus souvent éprouver le VoyagêiA". Il est donc nécessaire- de lui ' donner ici quelques règles sur la conduite qu'il doit observer.

;i -' On 'se préserve facilement de la faim ; elle est toujours le meilleur cuisinier. Cependant les'froniagès'etïe cè'ré'ne conviennent pas ' à tous les estomacs.' Il faut donc Sur toutes ch'osesse pourvoir de paiin.' "On sentira souvent tout lé mérite 'd'ùrië-'crôufcè'-dé' pain- sec sur le col élevé d'une ■jhontâ'gnej' et même au milieu d'une abondance de

-mets montagnards. II ne faut pas négliger de prendre avec soi de la viande froide , à moins qu'on ne soit sûr d'atteindre une auberge pour faire au moins un bon repas par jour. La boiason.de* laitages trèsgras , l'usage du fromage salé » entraînent souvent une soif inextinguible ou des constipations , contre lesquelles la crème de tartre est un remède trèsutile. Les œufs, les poissons sont des fortifiai» agréables , salubres et toujours propres. Parmi les friandises des villes , le bon chocolat qui peut se manger ou se boire, est ce qu'il y a de plus commode à porter. Je n'ai jamais essayé l'usage des tablettes de bouillon, recommandées par Kbel.

Parmi {es liquides, le bouillon du fromage chaud et le petitrlait .me paraissent les breuvages les. plus ïnnocens. Le lait pur gonfle souvent, lorsqu'on en prend à sa soif et en grande quantité Je n'ai jamais regretté d'avoir fait usage de l'eau. de source bien fraîche ; mais je la buvais toujours plutôt en marchant, que dans un Long moment ,<£?■ repos ,■ où elle peut . facilement occasions des refroidissemens dangereux. On 1 se pourvoit ordinairement d'eau-de-vie de cerise pour couper l'eau ; mêlée avec un peu de sucre, elle i est. aussi, saine qu'agréable. Cependant, à la longue, elle pqu£ donner des étoucdjssemens , des diarrhées ou même répugner au goût. Quelque autre-, liqueur simple du même genre» telle que la bonne eau-de-vie ou le Rhum, me paraît presque, plus avantageuse. Il mjfi.a des momens, où une gorgée de cette liqueur -çesUure pour, plusieurs heures , et lorsqu'on a pris

des mets alpestres en abondance , l'estomac éprouve un vrai besoin d'en faire usage. Cependant, le breuvage lé plus" généreux et le plus sain est toujours un verre de bon vin, et les guides se chargent volontiers d'en porter quelques bouteilles , dans l'espoir d'en' avoir leur part. On est aussi parfaitement bien reçu dans les chalets, lorsqu'on y apporte du vin, et l'on fait plus facilement connaissance avec leurs habitans , en buvant un coup avec eux' dànsrlé même vase, à l'ancienne manière de «os aïeux, ■ Le pâtre devient alors plus communicatif, on s'entend mieux avec lui, il vous instruit et vous amuse avec plus de complaisance. Il faut cependant réserver autant que possible le vin pour le repas principal de la journée -, si l'on ne veut pas s'exposer â l'ivresse ou au relâchement des -forces. En général, il faut beaucoup dé modération dans l'usage de toute espèce de boissons. M5'est une règle principale. Lès liquides en trop 'grande abondance augmentent la transpiration , font revenir la soif beaucoup plus vîte , et produisent souvent dé l'épuisement. On peut l'éviter "en ' tenant' à là Bouche quelqulnnocent brin d'herbe, Comme le font nos paysans , ou par le moyen de quelques tablettes savoureuses fabriquées par les -confiseurs , telles que les tablettes de menthe. Un 'morceau de sucre fondu dans de l'eau, avec ou saris eau de cerise, fait aussi un breuvage sain et restaurant. On peut encore recommander le vinaigre ou le sirop de framboises et la poudre de limonade mêlés avec de l'eau. Four le déjeuner, surtout sur les hautes montagnes , lorsqu'on se propose

sr

de gravit quelque cime ou quelque roche escarpée avant le lever du soleil, rien ne réchauffe et ne réveille mieux que le café bien préparé , dont on peut facilement apporter les matériaux avec soi , depuis la dernière auberge où l'on s'est arrêté.

La transpiration est souvent, pour le piéton, d'un grand désagrément, cependant elle est trèsbienfaisante pour plusieurs constitutions. Celles qui sont faibles doivent surtout se garantir des refroidissemehs et des transpirations arrêtées. Si, en marchant, l'on a ôté l'habit et la cravatte , il faut les remettre dès qu'on se repose ou dès que l'on entre dans quelque gîte. II ne faut pas se livrer au plaisir que fait éprouver la fraîcheur sur les hauteurs aérées , ou lorsqu'on est surpris par quelque pluie ou quelque orage. Si l'on veut' se baigner dans l'eau froide, il faut y mettre beaucoup de circonspection. De la flanelle ou quelque autre tissu de laine porté sur la peau, peut être fort utile à ceux qui peuvent le supporter ; mais je ne la recommanderais sans restriction qu'aux personnes maladives. L'usage d'un bonnet léger de coton ou de toile sur la tête, peut être fart agréable à ceux qui sent sujets à de fortes transpirations dans cette partie et au front; cette coiffure absorbe l'humidité et ôte la peine de s'essuyer à chaque instant. Le geste que cette opération nécessite peut mène devenir souvent dangereux et faire perdre l'équilibre , parée qu'il change nécessairement la pose des bras. Un bonnet garantit #©û*fe l'-échattfleraeut du front et des

tempes , produit par la chaleur des rayons du soleil (incommodité qu'on appelle dans nos mon. tagnes le Bretmer ) , et des coups de soleil. Four s'en guérir , il faut appliquer sur la partie souffrante , ou même sur toute la tête, des linges mouillés d'eau froide , mêlée de vinaigre de roses ou simplement de vinaigre ordinaire , ou bien encore du jus de pourpier , de laitue ou de verveine. On fera mieux , en général , de ne pas rester trop longtems à tête nue à l'ardeur du soleil, si l'on veut éviter de pareils maux à la tête. Il est bon aussi pour s'en préserver, de se laver souvent avee de ■l'eau fraîche.

Lorsqu'on se sent généralement très-échaufie , de l'eau sucrée ou du vinaigre mêlé avec de l'eau ou, du salpêtre, , ou quelque poudre calmante, soulagent beaucoup.

Four calmer la douleur produite par la piquure des, insectes, il faut bassiner la partie piquée avec 4e l'eau de Lu ce , ou y poser un morceau de gazon fraix avec la terre qui y est attachée , et le renouveler quelques fois. L'eau de Cologne peut rendre en général de très-bons services dans ce cas , comme dans d'autres.

-Pour se remettre de la fatigue, rien n'est meilleur qu'un sommeil tranquille. On se repose déjà en se déshabillant, ce .qui vaut infiniment mieux que 4e se coucher, avec ses vêtemens. Au moins devrait-on en changer en st levant, lorsqu'on a éljé

obligé de coucher sur du foin ou dans des chalets. Une petite méridienne , d'une heure au plus , au milieu du jour pendant la plus forte chaleur , fait souvent beaucoup de bien ; mais il faut se garder de la faire longue , ce qui rend quelquefois pesant et paresseux.

L'on éprouve ordinairement de l'oppression et de la difficulté à respirer, lorsqu'on commence à monter. On l'évite en marchant lentement , posément et en s'arrètant souvent pour reprendre haleine. 11 . ne faut absolument pas que la poitrine et le bas-ventre soient serrés et comprimés et les vètemens, qui passent par dessus les épaules, tels que les bretelles , doivent être lâches et larges.

Ce sont les pieds qui endurent le plus. Pour s'en garantir, il faut principalement se munir de bons souliers de montagne à double ou triple semelle, afin que le pied ne souffre pas en se posant. Il ne faut pas les mettre tout neufs ; ils sont beaucoup meilleurs lorsqu'on les a formés, en marchant quelquefois en plaine. S'ils sont trop étroits , ils produisent des ampoules ; s'ils sont trop larges , Us empêchent le pied de prendre une pose ferme et assurée, surtout, à la descente. On se préserve des ampoules en portant des chaussons de laine , ou en enduisant les bas de fil de suif ou de 'graisse de cerf. Des nœuds ,. des plis , des morceaux restoppés dans les bas , ou des inégalités et des saillies dans le cuir des souliers., peuvent aussi en donner, ou. éQorch#r : la peau , e.t ces petits açcidens

obligent quelquefois d'interrompre le plus joli plan de voyage et empoisonnent le plaisir qu'on s'était promis. Un emplâtre de suif et de cire mêles ensemble, que l'on se procure facilement, est un remède éprouvé à ces inconvéniens. Ebel recommande aussi avec beaucoup de raison de se rafraîchir les pieds , en les plongeant tout habillés dans quelque ruisseau. S'il est avantageux pour guérir les écorchures , ou pour diminuer la fatigue , d'enduire les bas de suif, cet expédient n'est pas des plus propres. 11 vaut mieux se laver la plante des pieds avec de l'eau de cerise ou de l'eau-de-vie , auxquelles on peut mêler un peu de graisse quel* conque. Les bains de pieds amollissent facilement les pieds , et il est peut-être plus prudent de ne les prendre , ainsi que tous les bains chauds en général , qu'à la fin du voyage ou la veille d'un jour de repos; mais, dans tous les cas, on conseille de les prendre plutôt tièdes que trop chauds.

4) Nous passons* maintenant à la manière de se vêtir et aux ustensiles ou petits meubles dont on doit se pourvoir , ce qui est aussi fort important. — H est absolument nécessaire qu'on soit vêtu d'étoffes fortes et pas trop légères. Il vaut mieux prendre avec soi peu d'habits et qu'ils soient bons, que , par une fausse économie , des vêtemens vieux et usés. II faut se couvrir la tête d'un chapea» ou d'une casquette de feutre .qui retienne la phùe.

Un chapeau de paille est quelquefois agréable; maïs il faut avoir au moins quelque chose de plus solide en réserve. Les cravattes ne doivent pas décharger leur 'couleur; les gilets ne doivent pas Être trop légers j ni d'une couleur claire , si l'on craint les taches. L'habit devrait descendre à peine jusqu'à la jointure du genou. On peut le faire de mi-laine ou d'une étoffe de laine légère, ou de coton; mais il faut- absolument se pourvoir d'un surtout plus épais. Il serait préférable même de voyager seulement avec un surtout qu'avec un habit seul. Les soirées sont fraîches , les chalets exposés aux vents; il fait très-froid sur les cimes des montagnes et sur les glaciers , et l'on ne peut- se flatter d'échapper à des averses ou à des orages. Des culottes de coutil, de nankinet ou de nankin seraient presque trop légères; il vaudrait mieux qu'elles fussent de demi-drap ou de casimir , surtout si l'on veut se coucher habillé. On ferait encore mieux d'avoir avec soi des culottes de casimir pour les jours froids, et l'on pourrait, dans ce cas là, les mettre dessous un pantalon plus léger. Le pantalon est infiniment préférable aux culottes courtes. Mais il faut qu'il soit long et large et qu'il descende fort bas. On peut aussi le faire finir en forme de guêtres autour des chevilles et l'assujettir par une courroie qui passe sous le soulier. Mais les guettrons ou demi-guêtres me paraissent infiniment plus avantageuses. EHes doivent être de coutil fort ou de toute autre étoffe souple et solide. C'est une pièce essentielle de l'habillement, et il vaut mieux en prendre arec soi deux paires qu'uneseule, qui

ne sérail pas en bon état. Dans les terrains marécageux , elles tiennent les souliers plus fermes , elles empêchent les pierres ou le sable d'y entrer; elles préservent de la piquure des mouches , des .plantes piquantes , des cailloux pointus ou des saillies de rochers que l'on ne peut éviter , lorsqu'on voyage dans ces sauvages contrées. II est nécessaire que les demi-guêtres soient munies d'une petite chaînette de fil de fer qui passe sous la .semelle du soulier : cette chaînette ne se rompt pas aussi facilement qu'une courroie de cuir, et sert aussi à assurer la marche sur le gazon glissant et sur la pente unie des rochers. Une courroie de mes guêtres, qui se cassa un jour subitement, me fît tomber , en raison de la posture dans laquelle je me trouvais dans ce moment là.

Enfin , le soulier doit être particulièrement fort et bien fait. Je ne conseillerais pas les bottes. Elles ne répondent point au but de la chaussure. „ Les souliers que l'on porte ordinairement ailleurs, n dit Ebel , ne peuvent guère résister plus d'un „ jour ait frottement et. à l'action des pierres trann chantes et pointues, qu'on rencontre partout sur » les montagnes. Au boutde trois ou quatre heures „ de marche sur les neiges , on les voit aussi se „ découdre et tomber, pour ainsi dire, en lam- ,, beaux. D'ailleurs , on ne saurait trop prendre „ de précaution , pour mettre ses pieds à l'abri du „ choc des pierres et pour assurer son pas autant „ qu'il est possible , dans le but de .se garantir de » toutes sortes de dangers dans ces che mins diffi-

„ elles. " On fera bien, d'ailleurs , de" prendre une paire de souliers ordinaires , moins lourds , soit pour s'en servir en guise de pantoufles, et en changer, lorsqu'on arrive au gîte, soit pour marcher sur le terrain uni des vallées. L'empeigne doit être d'un cuir souple , mais fort; elle doit être garnie ou recouverte d'une bande de cuir d'un pouce et demi de hauteur, tout autour de la semelle, et remonter considérablement de toits côtés , de sorte qu'elle' recouvre bien tout le dessus du pietfj jusques sous les guêtres. Quand on voyage dans les^ Alpes , il faut toujours songer à la pluie'; à l'hii- : midité , à la rosée , au serein , aux cascades :' tout Cela exige de bons souliers autant que 'la rudesse du terrain pierreux. La semelle est la partie" le plus essentielle. Elle doit être au moins épaisse d'un demi-pouce et garnie de clous. Ebel , dans son Manuel du voyageur en Suus , tom. I , p. 68, donne la description des clous qu'il conseille particulièrement pour Cet usage ; mais j'ai trouvé que pour une course de quinze jours ou trois semaines dans l'Oberland bernois , les clous ordinaires" à têtes fortes et anguleuses pouvaient suffire. Les petites pointes de Paris ne font presque aucun effet. (*)

(*) On n'a besoin de crampons pour marcher bot le» glaciers que dans des cas extraordinaires, i-tja courue*: de montagnes ordinaires ne conduisent pas dans 1er lieux où ils seraient absolument nécessaire!. Ebel en donne la description et la forme dans la 4ème planche - du tom. I ci-dessus. '

Voilà donc les vêtemens qu'on porte'sur soi. H s'entend que l'on doit aussi en avoir en reserve pour le besoin , le plaisir ou la commodité d'en changer.

Je ne ferai pas mention des petits objets dont on se charge dans tout, voyage quelconque. Je ne prescrirai pas non plus le nombre de chemises , de mouchoirs, de cravattes, de serviettes, de bonnets, de gilets que l'on doit prendre avec soi. Cela dépend du tems que l'on veut consacrer au voyage et de l'habitude qu'on a de porter soi-même son bagage ou non. Les guides payés se chargent sans difficulté d'une valise ou d'un paquet du poids de 30 à 40 livres. Si l'on porte soi-même ses effets , un havresac attaché avec des doubles courroies sur les épaules , de manière à ce qu'il soit immobile , est ce qu'il y a de plus convenable. On peiif cependant se servir d'une gibbecière ordinaire.

Je recommanderais aussi une veste à manches ou Spencer, que l'on pourrait mettre avec ou sans surtout, principalement le soir, ou lorsque le tems devient froid ou que l'on couche dans les chalets. Un grand collet de toile ou de taffetas ciré pourrait tenir lieu d'un surtout, au moins dans les coufans d'air , sur les hauteurs , ou en tems de pluie. On peut aussi ie faire de gros drap ou de coutil; il rendra toujours de bons services, et on peut l'attacher sur le porte-manteau et en dehors, afin de pouvoir le prendre plus facilement et pour que la peine de le sortir de la valise ne fasse pas que l'on préfère de ne pas s'en servir.

Je conseille à chacun de prendre un porte, feuille ou un livre de poche pour écrire , lors même qu'on n'est ni peintre ni auteur. On peut toujours annoter des souvenirs , qui font plaisir pendant toute la vie , et souvent le soir à l'auberge , ou lorsqu'on y est retenu par la pluie , on est enchanté de pouvoir employer utilement ses loisirs en écrivant. .On fera: bien, par la même raison, d'avoir un livre ou deux, dans son porte-manteau , et surtout de ne pas oublier une carte géographique ,sur laquelle on peut inscrire les noms qui ne s'y trouveraient pas déjà , pour mieux conserver la mémoire de tout ce que l'on a vu. Une description de voyages dans les Alpes peut être fort intéressante en pareil cas. Peut-être aussi un recueil de bonnes poésies suisses serait -elle la meilleure source de jouissances ; lorsqu'elles décriraient le caractère particulier du pays et de ses hahitans, on pourrait les comparer avec la réalité qu'on aurait sous les yeux , on sentirait mieux alors ce qu'on a éprouvé et les objets se graveraient plus profondement dans l'ame. Il est aussi très - amusant et très-utile pour la mémoire de dessiner quelquefois, eu grands traits et en croquis , les contours , les formes des montagnes, en y ajoutant leurs dénominations. Une foule d'idées , de souvenirs , de tableaux se rattachent dans la suite à. ces esquisses et la mémoire s'imprègne d'une manière ineffaçable de l'enchaînement de la grandeur, de la ligure et des noms des montagnes. U ne faut qu'une pratique très-modérée pour parvenir à exécuter tolérablement ce genre de dessins, et cela procure en

outre l'avantage de faire plus d'attention aux points de vue, aux objets que l'on rencontre , de les regarder avec plus de sens et de réflexion , et de prendre des momens de repos, que peut-être on ne s'accorderait pas sans cela.

Je n'indiquerai pas d'ailleurs ce que les peintres,' les minéralogistes, les botanistes ,' les physiciens, les observateurs des insectes, en un mot, 'les savans doivent prendre avec eux. Chacun d'eux sait de quoi il' doit se pourvoir pour faire un Voyage dans la plaine, et je n'ai pas remarqué qu'il leur en fallut davantage pour parcourir les montagnes , si ce n'est peut-être des moyens d'emporter un pluà riche butin.

Deux objets fort essentiels à tout le monde sont, une bouteille empaillée, remplie de quelque breuvage rafraîchissant ou fortifiant , et un bâton de voyage , qui doit naturellement différer des cannes que l'on porte dans la plaine. La bouteille se pend au moyen d'une attache sur les épaules , et il faut avoir dans sa poche un vase à boire de cuir poK et verni , qui puisse se ployer. Le bâton sert en même tems et d'arme et d'appui. 11 doit être fort pour supporter au besoin le poids de tout le corps ; long , afin de pouvoir , en descendant ane pente , le planter dans la terre à une certaine distance 1 au - dessous de soi , de manière à ce que les deux mains y aient encore prise; car on est; souvent dans le cas de se servir des deux mains pendant des heures entières, pour mieux s'appuyer et

49 retenir. S'il est joli d'orner un pareil bâton. d'une, corne de chamois en guise, de pommeau, cet ornement peut aussi devenir incommode et' s'accrocher aux vètemens. Il vaut mieux l'adapter à quelque canne 'de promenade, lorsqu'on est de retour dans la plaine. Le biWU de -montagne ne doit être ni épineux ni. tWft pesant ; il, faut qu'il soit «irai en bas d'une/pointe de fer, ainsi, il ne blessera pas les mains , se portera avec moins de peine et s'enfoncera mieux dans le gazon et dans les terrains pierreux. — U n'est pas aussi essentiel qu'on le croirait , de se pourvoir d'un parapluie. On, ne, peut s'en servir que rarement dans Jçf orages,;,^ le^ averses. . qui , les accompagnent, et un collet pré"-, serve suffisamment de l'humidité. Cependant ,. ont peut le permettre aux Dames, quand les guides 1er lgur, portent , mais plutôt, comme un ^préservatif contre les rayons du soleil, que contre .la ; pUù£< Il ne faut pas le choisir de couleur rouge, qui est souvent désagréable aux raehes sur les montagnes , et peut occasioner des dangers. Les. parapluies verds sept fcHvjour^ préférables, ..'■■-, ■ ■;, :. .. ■ i

, - ûuan£.au;X( araiçs». je.iles. trouve .absolument inutiles,, lorsque» $e serj, a>,,gûidçs. ..prdinajrtis \ «lies jij^ ,foqt. au'SftGit^r la. méfiance , . ou >;do»ner l'idée qu'on est chargé de beaucoup J .d!argflnA»ac£ qui, pourrait être dangereux.

CO Jftn*. »'■<„. K £-,' ; -.t .•:;.■„ ;,":•'". : ; s-j'

t 4 .,^c>fin ( , je dois encore. reçûinn^ander aux,Y©y>T jfçu£S de .se niiuih , i d'une f bonne lunette d'approche, .B^jn^nûii^ xçf ai'der ; aujqin,ç gu$ pfiRf : .vpir a.yeo

plus de clarté Ct d'exactitude les objets moins éloignés qui attirent l'attention d'une manière si variée. Les vues étendues ne sont d'ailleurs pas très-fréquentes sur nos montagnes. Il ne faut cependant pas qu'un tel instrument soit ni trop pesant , ni trop précieux. 11 y a trop de danger de le perdre ou de le briser en le laissant tomber.

Je ne sois point à même d'indiquer aux Dames tes vêtemens et les bagages qu'elles doivent prendre pour faire une course de montagnes. Elles doivent s'appliquer , avec les modifications convenables , les conseils que nous venons de donner aux hommes. Mais elles ne pourront absolument pas se passer de bâtons ferrés, de demi-guêtres et de bons aou- Jiers forts.

S) L'argent est toujours ce qu'il y a de plu* nécessaire pour tous les âges , tous les sexes , dans foute espèce- de voyage, soit sur lés montagnes , soit autre part, à moins, cependant, qu'on ne les fasse dans le paya de l'imagination , où l'on s'en tire a bon marché.

Les frais d'une course dans les Alpes sont en général assez modiques, mais ils varient beaucoup , selon les circonstances. Ils dépendent en premier fieudu nombre des personnes qui voyagent ensem-

We v ensuite , 4e la manière de voyager, soit -que Ton se serre de chevaux, de voitures ou de porteurs; enfin, de la dépense plus on moins forte et de la durée du séjour que l'on fait dans les auberges.

Dans tous les cas, il est avantagent de s'assoeier avec deux ou trois compagnons de voyage, qui aient le même plan , le même but et les mêmes habitudes. Cela diminue les frais de bateau , de voiture , de guide et de logement, en les répartissaut par tiers ou par quart.

Konig a trouvé dans son voyage des Alpes que » de cette manière , la somme de 113 francs de Suisse a suffi à quatre personnes avec un guide pour quatre, jours démarche,- en se servant même plusieurs fois' de voitures. Chacune des personnes payantes avait done dépensé 28 % francs , ce qui fait par jour t francs et quelques kreutzers. Efal porte la dépens* pour lui et son guide, un jour dans l'autre, i un' demi-Louis , et assure même que le salaire du guïâé à raison d'un florin ou (Ton florin et demi par jour,' âtesTque sa nourriture , y sont compris. Cela me paraît -e* effet la somme moyenne sur laquelle un' voyageur ordinaire doit compter. Si l'ou veut y' destiner 1% gros écus (de 4 fr. de Suisse ou de 6 fr. de France) par jour, l'on peut être sûr de se tbxT cPàffitire parfaitement bien. Mais il faut tou-' jours faîrt un calcul général, car il y a des jours plua dispendieux , lorsqu'on va en voiture ou à cheval, et- «"«titrer où l'on dépense moins , lorsqu'on

roaçche^oujeur&.à pied et quej'on prend ses re> pas dang I^s, chalets. Si l'on veut toujours sescrvir. de yûitures ou de .montures , ou inême se faire; porter ;i dos d'hommes pour traverser les jnontagnes,; il en coûtera bientôt deux ou trois fois plus, qu'en. allant à pied , parce qu'on est censé plus riche , dans les,.,a^ej;ges i> .ce quiffait,, peuMtre , qu'on y est mijîux^ servi, niais -aussi taxé plus haut. IJn ton fier .,et.imp.érieux,:est aussi, rançonné à un tarif plus, éle.ve'^. çt n'esil; point a^antageu^, g la bourse du. voyageur. .On. ne. peut ^ère éviter, que l'e'tranger, ne paye en général plus que- l'indigène. Les Suisses, sont aussi sujets à la loi du talfion à cet égard , lorsqu^ rço^ag^ ^ ;, r. f .<

, . Si .''on veut, voyager ayee beaucoup, d'eçpnojn^ * il r JR»u É v ^ç t ^ e r; v|r. Tdep .b 3-^eau ^ t djj, ; côurigr I!; oji.. de ,fo, poste ,,^lf's^que^..pn.peut; traverser, les Ja^s, pVnw tfu^ft. kur^ longueur ; pour le. prix, ;de ;ti;ois à cjiig,

^ans les auberges, porter soi-même son... bagage t pjfen^/è çour^guid^ quelque Jeune garçon, oujn,éjnft se Jo^r uniquement, chez des pâtres, eu de^paysans.-

Çê, cette, manière , un.écu de .4 francs suffira ROug. chaque journée; .s.ui'tjWt.si^.vQyageui^s'a^aç^enten n'ombre de. deux, trois, ou pluS-. . . ■., ..- r» w ...

" jÇôniine un Voyage d^i!(3brerh^d'pèutprendrjèi, selopja manière d9n,t..oa,Ifi^ fait,, de.six jourSjàj trois sernainès , : chacun, peut facileinenî (^alç-u(erd'ayaùce les frais .qu'il y^ meitr^ r ^uiyant le 1^103. qu il veut y employer ^ ei |i i:gn ^t v çgaipleri. a ue>*

-:.-^;;>;G00gle

ïôi

ques francs ou quelques écus de plus , on aura de quoi 'supporter la dépense d'un retard éccftsioné-par le mauvais tems , l'achat de quelques bagateHe* que l'on trouve sur les montagnes , tels que des cornes de chamois , des crystaux", des ustensiles de bois', etc. La sérénité d'ame , les dispositions généreuses que l'on éprouve dans un pareil voyage , rendent cette dernière circonstance digne d'attention. . ..

Il y a quelques années, que les autorités du canton essayèrent d'établir un tarif d'après lequel les aubergistes, .les voituriers, les. voyageurs même pourraient se régler, afin deyifer.-les disputes,, les mésentendus et les effets de la.mauvaisc foi. JVlais il a été impossible de l'introduire et de le faire observer généralement ; en effet , la, différence des heures de repas et des-, «ourses en char ouà cheval , d'autres circonstances imprévues devaient, naturellement y apporter des modifications , qui ne pouvaient pas être toutes -spécifiées,- Cependant , nous allorp donner ici le- tableau- de ces prix., parce -qu'il indique en grande partie; ee qui est le, plus usuel et au moins le minimum-, s,ur lequel on peut, tabler. 1. Les guides et les porteurs. v

Prix de la journée d'un guide, lorsqu'il ,.

se défraye lui-même ....... 4 francs.

Lorsque le voyageur &■ défraye . ■-. -: '. 2 — '■'

Page 1