Ckevêéx et boitâtes
De Neubaus à UnEerseen 1 fr.
.-— — Interlacken .... 1 Promenade dans le Bôdelein ou vallon
d'fnterlacken , par heure . . . 1 Journée d'un cheval avec un chariot
et un conducteur ....... 6
— de deux chevaux . . . . . .10
— de deux chevaux et deux hommes 12
Depuis Brieuz à Meyringe» ares un" chariot , un cheval et un homme r et vice versa 5
Un cheval de monture avec un homme pour aller de Brienz ou de Merringen à Lungern, en traversant le Briinig ou rigoureusement jusqu'à la frontière du canton d'Untenralden S
Relativement aux diverses monnayes et au* cours de l'argent , j'observerai ce qui suit :
Dans le canton de Berne, dont l'Oberland fait partie , on a les monnayes suivantes , frappées dans; le canton:
En or : Des pièces d'or, communément nom-
mées Louis ,■ simples et doubles; les
premières de 16 francs , les secondes
---. . '■ de 32 .francs, dont 16 équivalent en
. effet à . la valeur d'un Louis de France,
Des'Ducats triples, doubles et simples, et des demi-Ducats , qui sont rares
\ dans U circulation. Les anciens Ducats simples étaient tarifes à 75 batz ,
■ mais à présent on les. prend à 78 batz.
En argent : Des écus neufe' et des demi-écus à 40 et à 20 batz. •','■<
gg* Des francs entiers, des demi-francs
et des quarts de francs à 10, 5, 2 f / 2 batz ; des batz et des dcmi-batz, deskreutzer dont 4 font un batz , et des demi-kreutzer, que l'on nomme aussi Vierer (prononcez Firer) ; enfin , des rappes dont -. 10 font un batz, et des pièces de deux rappes.
On prend aussi au même taux les espèces de monnayes de la ci-devant République helvétique ; mais elles 'commencent à devenir aSsez rares. î
Les monnayes idéales avec lesquelles on compte plus ou moins souvent, sont : a) des écris -de 30 fcaïz; i) desRronen ou couronnes' à 85 batz (4 kreutzer valant un batz); c) des francs ou livïesî
à 20 sols (S.) (le-S. à % batz bit 12 deniers). Les comptes les plus 'justes ou -les plus clairs sont toujours ceux qui se font en- livres de Suisse réelles, en batz et en rappes (L. btz. rpp.) On entend aussi quelquefois parler de livres bernoises , lors* qu'il est question de sommes capitales , de taxer les fortunes ou d'évaluer des fonds de terre , et l'on entend alors par une - livre bernoise la valeur d'un demi-florin de Berne ou i% batz. (10% florins de Berne équivalent à un Louis). On ne fait presque plus mention des Heller dont 8 valaient un kreutzer, ni des Schillings qui valaient 1 Vi kreutzer. Lés monnayes étrangères ayant maintenant cours en Suisse, sont :
En or:
Les Louis d'or neufs de France valant dans le canton de Berne . L. 16 de Suisse. Les pièces de 20 francs de France. 13 btz. 6
Les Carolins 16 —
Les Ducats de Hollande ou de Krem-
. .nîtz ....>........ 7 8
Les. souverains d'or ... ... . 23 ,. . ■ 2
Les. doublons piémontais . . ,.. . 18 .8 Les quadruples. . . .... . . Si . —
Les Max d'or . . ....*. ,. . -■ . .10 \ 6
Les guinées,. .. . .^ .... ........ 16 —
Les sequins. . . ■ , .... ....... . 7 .. ,6
£es Frédérics d'or-, . .' .. ... . 13 /■■*'»
Les vieux Louis de France ....... ■-,. 13 .» .2
., ,Ea,t&genU yn .:■•■;' ■-. :-.•■•■<■■■ H ■• :
Kasire* sans' tête .'.*■ v ; ... : A " 6J&
Piastres svee la- têt* . . . .%< 3 btz. 5% Écus neufs de France k h. 4 «maintenant . , 3 9
Écus d« 5 francs- de France ... 3 4
Écus de Brabant , 3 9
Anciens écu* de" Bavière .... 3 kVi
Écus de Piémont .......... 4 6
Écus de Milan 2 S
Écus dH Species-Thaler .... 3 3
Ecus. de banque d'Angleterre . . . 3 5Vj
Écus ou 1 couronnes anglaises ... 4 —
Il faut observer que les petits ou deraj-éous de France , lorsqu'ils sont vieux et que le coin en est effacé' , ainsi que les écus neufs de France qui ne pèsent pas 548 grains , ont été mis hors de cours. II faut aussi que les monnayes étrangères" sus- indiquées , principalement celles en or , aient leur poids Iégall Parmi ces dernières, M n'y a que les quatre premières nommées , et parmi celles d'argent, seulement les sept premières , qui' soient généralement connues, et qu'itsoit prudent deprendre avec soi' dans les montagnes. On fera mieux de changer les autres dans les villes. Quant 1 à k petite' monnayé, outre les pièces delO , S, 2% batz, les bafz", les demi-batz et les krtutzer bernois, on reçoit encore celles de" m'ênte valeur, frappées dans le* autres cantons t ainsi que lès schilling de Zurich* k Vfy kr. , les florins à* i6 bte. , les demi-ff. 3 sbte. , les quarts de fl*. (ou Bdokte) âr 4 otz. et toute espèce de billon helvétique , excepté celui du VaO'aisS de Neuefcâtel et âe quelques aubes pays ^ qui ne sont p**
va
au même titre et- ne passent pas;, mais aussi on reçoit fréquemment les Ducats de BoMme , de- Kremnitz et de Hollande pour 80 batz , lorsqu'ils sont de poids. On fera toujours bien de- se pour* voir de la valeur de quelques écus en pièces, en m«*nayc , en billon , quand on ne dort pas Graver' ser des endroits un peu considérable», parce qff'on ne trouve pas à changer de l'or partout. Les po* tites monnayes et le billon d'Allemagne n'ont point de cours. On réduit très-aisément les livres tmnv nois en francs de Suisse , parce que trois des pre* «itères font air juste 30 batz- ou deux francs de Suisse. Les franw de France valent 37 kreutzer. iy après les indications ci-dessus, il Sera en générât très-facile de réduire tout eakul 1 dé valeurs étrangères en francs de Berne.
6) II n'est point indifférent aux étrangers de savoir dans quelles parties 1 d'un voyage dans nos montagnes ,. l'on peut se servir de voitures 'et de chm vaux et où l'on est obligé d'aller à piadi ft n'est pas besoin de dire que sur les lacs de Thun et de Brienx on voyage ordinairement en batean ■; mais ceux qui n'en auraient pas le courage ©ir. qui' préféreraient ne pas naviguer , peuvent les eôtoyer à pied on à cheval Cependant les bateaws sent bons et les bateliers sont -extrêmement surs, à moins qn'ils ne soient ivres, ce qui arrive très^Baremcnti La route qui suit les bords de ces lacs est' longue eCpen commoda. .. . ■■<)
• - Dès qu'on a traversé le premier de ces lacs, on aborde à Neuhaus, où l'on trouve quelquefois des chariots tout prêts , si non , on peut les y faire venir depuis Unterseen. La route , pour aller à ce petit bourg ou à Interlacken, est agréable et sans aucun danger. Depuis Interlacken , - on peut aller, à Ringgenberg .en bateau, ou à cheval sans le moindre inconvénient , ou bien à Bônigen en chariot, et l'on peut faire de la même manière d'autres promenades charmantes en diverses directions dans le vallon d'Interlacken , et' nommément à Gsteig et Wilderawyl. Plus -loin , ; dans la, vallée de Zwey- Itttschinen y le»- chemins sont déjà plus rudes; cependant, on va encore en chariot depuis Zweylùtschinen à Lauterbrunnen et même jusqu'au fond de la vallée de ce nom, jusqu'aux maisons de Stechelbcrg. La route est pierreuse et raboteuse ; mais de jour , on peut la fewe sans aucune crainte , d'autant plus que les conducteurs sont très -surs.
Si l'on voulait pousser jusqu'à Trachseilauenen> où étaient jadis des mines,. On pourrait y aller à cheval depuis Stechelberg.
Laroute'qui traversé la seconde branche pria; cipsle de la -vallée de Zweylutschinen , pour aller dans celle de Grindehvald , est nontueuse et même assez escarpée' eh certains endroits; on la pratique cependant sans danger jusqu'à l'auberge ou jusqu'au presbytère de Grindelwald.
- On peut passer à cheval les deux ficheideok *
ç»tre la vallée de Lauterbrunncn et celle de Griadelwald, et entre cette dernière, et celle de Oberhasli. Les habitons de l'Oberland n'élèvent point de. mulets et leurs chevaux, sont ordinairement us peu lourds. Souvent les voyageurs, gardent les, mêmes chevaux gui les ont -amenés d'Unterseen, , et ils font bien , parce qu'on n'est pas parfaitement sûr d'en trouver partout. , ,
La route entre BrienZ et Meyringen .est égaler ment bonne etsure pour les chariots, à I'<excep-i lion de deux lits de torrens remplis' de cailloux , qu'elle traverse, et où l'on peut' mettre pied . à terre* Cette même route continue jusqu'au pied duiKirclihet. De là, jusqu'au sommet du Grimée! , on $$ sert quelquefois de chevaux de somme ; mais il y, a beaucoup de places-, où 1! on préfère marcher à, pied, ce qui est aussi beaucoup pUis sûr. On peut aller à cheval dansla vaUée de, Gadruenj mais dans, la partie la plus reculée, de la. vallée d'Urbach-, il est plus prudent d'aller à pied. :
.. On traverse sans.,, a«çun danger : le Briipig à. cheval, soit depuis. Briejiz, soit depuis Meyring*n.; En général, il faut .avoir une tète -, mesure ,§t moins sujette aux vertiges pouivyoyjage.r achevai^ que pour aller à pied. ., Assis sur Ja croupe- dit. cheval j on est plus élevé et l'aspect d** précipices; ' que l'on cotoye sur .un sentier étroit , o'sn , parait, que plus effrayant, Quelquefois le. fihetnui est si resserré qu'il .faut regarder avec beaucoup datten-, t">HÀ droite, et. à. SAucbe s .où, ; i'on.<a«^lftS pieds..,-
peur ne pas se hcmter contre les saillies du r*û que l'on frise de très-près. On avance aussi beaucoup plus lentement a cheval ou en char; les chemina montueux on raboteux ne permettent pas d'aller vîte , à moins qu'en ire s'expose à être séeoué jusqu'au fond des entiaUles.
On n'oserait pas vanter non plus le genre -d* voitures , dont on est dans le cas de se servir. Les 'feabitjui* ne seraient pas dédommage^ des frais que leur coûterait l'établissement de voitures plus commodes , plus élégantes , plus solides que leurs chariots. Ceux-ci sont de simples chars à banc assez solidement construits , mais non Suspendus sur des ressorts d'acier. Ordinairement ils sont pourvus de - bancs à dossier arec des coussins, et d'une planche en guise de siège pour le cocher. Le cheval est attelé dans une limamere , et si l'en en prend deux , le second s'afctele- en avant ; les chemins seraient tarop étroits pour les mettre de front.
Il ne faut pas s'attendre à trouver des chars couverts , qui puissent préserver du soleil ou de la pluie; à cet égard , il faut se confier à sa bonne fortune. Les chars Sont ordinairement arranges pour quatre personnes ; il r en a cependant 06 six personnes peuvent se placer , pai-timi- Hèrement lorsque ht route est moins mauvaise. Je me sais toujours fié entièrement a mes conducteurset je îqs 'ai presque^ toujours trouvés étonnamment adroits, forts, prudens et Surs. Souvent je les ai vu courir pendaat- une denû-tauro à côté du cherra
au trot dans les chemins les plus étroits , entre des h&yes , des buissons , des arbres , des rochers sailliaus axas se Faire aucun mal.
7} Les guides et les porteurs qui se consacrent au service des piétons une petite troupe ague tàer générai est à Unti on n'a pas besoin de , cette ville, ni même veut commencer la c.
*t se donner un Jel « dans les meilleures au bateliers de Thun mai
viléges de montrer et de nommer aux voyageurs tout ce qu'il y a de jrenwwïuatue dans le cours de h navigation.
Dès qu'on débarque à Neuhans, ob y trouve déjà quelques*»* des guides d'Unterseen et d'In* terlack.cn, tout prfts à conxqieaeer leur oftae : c'est là le moment de traiter avec eux.
Nous avons déjà indiqué h salaire qu'on leur donne par jour; mais il faut aussi leur payer les mêmes journées , pour retourne* che* eux ,i moins que l'on n'y revienne soi-même avec eux. On y ajoute ordinairement un Trinkggld , ou bonne main, suivant les services qu'ils, ont rendus et l«ur<4twéé*
pu peut êtM sÇr, presque sans auciuie, e#cept#>n. t que l'on sera satisfait du zèle et de la lîdélité de,, tous ces gens-là , si l'on se comporte bien avec çux. : - Ils font l'office de bous domestiques auprès du maître auquel ils se donnent momentanément; ils ont le plus grand soin de tout ce qui le concerne \ nonseulement ils le servent, le conduisent, lui portent son bagage , mais ils sont aussi ses interprètes , ce qui. est souvent très -nécessaire aux étrangers.- Il faut se garder de les traiter avec trop de hauteur, de dureté ou d'autorité ; ils vous quitteraient bientôt dans ce cas-là ; et ,- en générai; tisse mon'-' trent moins cômplàisans-, moins zélés envers' des? voyageurs capricieux, moroses et- défions • qu'avec' r ceux qui sont gais, de Bonne -humeur,- qui leur' témoignent de* la-cénfiïnce , 'de là bienveillance -et de la conde3Cendàn«; ia " j ~ ■ '■''■' ::: ' i
'- • 'D'aiHe'tïrs-J'o'n distingué- -aisément deux espèces"de guides. Les mis sont connus généralement-' pour'tels. Ils en font leur métier; c'est là leur industrie; Hs ont ordinairement "des. 1 livrets remplis de.^témoignageSsfiKorables^.'de-Ia-'Eart. jdaixeux qu'ils tout Conduits:, -et sonb.piiis.' .'habitues • aux : :djalectes .i -et à la prononciation' .'étrartgèneï. 1 . Us .mériteât qu'-oo. les recommande et qu'on ait quelques égards pour eux. Les autres, — eu lus ipofi, .ceux- gui.ja'ont pas l'habitude d'exeçcer, jçe^é^ier-;, ,ne . ^euv^nt passer que jouç. d^. ("Waehi^e^ o^vrièrçs-,, qui por^ tent ce çu'on /ftlace^-suff ^M 1 "^ ?; .mais rarement Us savent, répondre, auxiffugêtion^-qu'^n leur fait;, nj Ûifie rtypwqwff i ^ s ;^>J<îïs. ù 1 t 1 |PS* s * H s j, ils, ne .se. recom-
recommandent , que par le prix inférieur qu'ils demandent et qui est proportionné à leur peu d'utilité. Souvent ils énoncent leur capacité avec effronterie et promettent aux voyageurs de leur donner tous' les renseignemens qu'ils pourraient désire?; mais ceux - ci sont bientôt désabusés en s'appercevant promptement de leur ignorance. 11 n'y a guère que les voyageurs, qui sont astreints à beaucoup d'économie ou qui parcourent pour la secondé fois le même chemin , qui puissent se passer de guides expérimentés.
Nous avons déjà indiqué le lieu principal , où séjourne cette petite troupe. En arrivant de Berne, on trouve ordinairement l'un ou l'autre chez lui. Cependant , lorsqu'il y aurait beaucoup de voyageurs, on ferait bien de se faire assurer d'avance d'un guide par les aubergistes dlJnterseen ou d'Interlaclcen. On peut faire de même , en venant des petits cantons ou du Yallais , si l'on n'amène pas déjà quelque bon guide de ces contrées.
Il faut cependant convenir qu'en général l'Oberland n'offre pas un choix de guides aussi bons que ceux que l'on trouve à Chamouni, depuis M. de Saussure. L'esprit d'industrie n'est pas encore assez actif chez ses habitans , pour qu'ils s'appliquent à étudier et à raffiner, cequi.peut être utile et agréable au voyageur , soit pour sa commodité , soit pour son instruction. Cependant , on remarque que depuis quelques années ils ont fait beaucoup de progrès. Déjà les guides commencent à étudier kvxE&el.
-:.;-,:,::. ,GoOg[e
Ils ont L'intention de former entre eux une espèce de tribu ou de maîtrise , qui serait soumise à la surveillance du Préfet et à une espèce de police, et qui pourrait présenter aux étrangers une garantie de la sûreté et des connaissances de ceux qu'ils' emploieraient. Ce serait d'autant plus à désirer , qu'il y a eu quelques exemples, que par un vil intérêt, on a cherché à persuader , dans d'autres lieux, aux voyageurs , qu'ils ne trouveraient pas de guides à Unterseen et surtout aucun qui parlât le français , et qu'ils seraient obligés de se confier au pre- . inier porte-faix ou à un guide étranger, pour ne pas courir le risque d'être retenus à la porte des Alpes, faute de renseignemens et de conseils.
Parmi les guides exercés et fréquemment employés, on peut distinguer, les sutvans, qui sont la plupart domiciliés à Unter3een ou dans les environs les plus rapprochés de ce bourg. Ils passent pour être des hommes connus , éprouvés , serviablea et modérés dans leurs prétentions.
1) Jacob Michel, le vieux , cordonnier , demeurant à la Goldey , né le 12 Septembre 1751. C'est le Nestor des guides et il parle l'italien et le français.
2) Henri Michel, maréchal de train, frère du précédent, né le 20 Avril 1761 , qui parle aussi le français.
3) Jean Rotk, propriétaire, né le 21 Octobre 1759, parle le français.
4) Gaspard Michel, l'aîné, surnonftné Gaspard le Welsch (le Français), propriétaire, né le 1er Janvier 1756 ; son sobriquet indique déjà qu'il parle français.
5) Jacob Michel, le jeune , demeurant à la Halsstud, propriétaire, né le 15 Mars 1767. Quoiqu'il ne parle pas courramment le français , c'est un guide honnête et zélé.
6) Pierre Ritter, père de famille, né le 2 Juin 1771 , parle très.-courramment Je français et a été long-tems domestique du général Schauenbourg. C'est un homme de haute taille et fort adroit.
7) Jonathan Michel, fils de Jacob Michel le vieux , père de famille , né le 3 Juin 1782. 11 ne parle courramment ni le français ni l'italien;, mais, d'après ma propre expérience, je peux le recommander comme un guide loyal , fidèle et complaisant.
S) Gaspard Michel, le jeune, domicilié au village d'Interlacken , né le 15 Décembre 1776.
Il a un bras estropié , mais il connaît fort bien le pays et parle le français.
9) Ulrich Koïh , homme marié , sans enfans , né le 16 Août 1761. Il ne comprend pas bien le français.
10) -Jacob Huber , du canton de Zurich, domicilié an village d'Aarmuhle , jadis valet de M. le peintre Kônig à Unterseen. et recommandé par lui , ne sait pas le français.
11) Jean^Jacob Michel, ûrère de Jonathan , pas encore marié et né le 26 Août 1792. Ce n'est qu'un commençant et le cadet de la troupe.
Voilà les hommes auxquels un voyageur peut
s'adresser -avec une pleine confiance, lorsqu'il a besoin d'un guide , et si aucun d'eux ne se trouvait à sa disposition, l'aubergiste de la maison de ville à Unterseen, M. Blatter, pourrait encore lui indiquer quelque autre conducteur tolérable. On peut aussi consulter les aubergistes d'Interlacken , Brienz ou Meyringen , si l'on veut se pourvoir d'un guide dans l'un ou l'autre de ces endroits. En général, il est toujours prudent de faire un accord d'avance avec toutes les personnes de ce genre que l'on serait dans le cas d'employer, et cela en présence d'un homme expérimenté , tel* que le sont -les cabaretiers. S'il s'élevait des contestations , on pourrait s'adresser , pour obtenir justice , aux Préfets de Meyringen, d'Interlacken ou de Thiui, suivant le beu ou les personnes. Si ce n'était qu'un mésentendu , on pourrait invoquer la médiation de MM. les pasteurs, avec espoir- de réussite. Je ne conseillerais cependant pas de faire un accord par écrit, ce qui pourrait éveiller la méfiance, et paraîtrait trop minutieux pour une affaire qui., dans tous les cas, se réduit à peu de valeur.
Nous devons' encore faire mention d'une autre espèce de guides, qui, bien que muets, méritent quelquefois la préférence sur les guides vivans. Je veux parler des cartes et des plans géographiques.
Nulle part il n'est plus nécessaire et plus agréable d'avoir toujours sous les yeux l'aspect du pays en entier , que dans- les montagnes dans lesquelles il est si facile de s'égarer. On se fatigue de demander à chaque instant au conducteur les noms des ■ sommités , des vallées , des villages et des ruisseaux. On s'embrouille dans la, multitude de ces objets. Presque à chaque pas que l'on fait » on les voit sous des formes différentes. Le même mont , la même chaîne se présentent d'une manière si singulièrement variée , que dans l'espace de trois ou quatre heures , on est obligé de demander trois on quatre fois l'explication de ce qu'on- voit. A chaque instant la curiosité se reveille pour savoir ce qu'on trouvera au-delà.
n Où séri-t-on, lorsqu'on aura monté sur ces „ hauteurs? Quelle vallée,- quel village, quelles „ montagnes sont là derrière , là-haut , de tel coté ? "
Ce sont' des questions que l'on peut souvent éviter, lorsque l'on consulte une carte, qui vous donne en un coup-d'oeil une idée' nette de tout le pays et des objets qu'il contient. Les jouissances et les souvenirs du voyage sont considérablement augmentés, en regardant la carte dont on a été accompagné, et 'lorsqu'on se, rappelle d'avoir vu
sur les lieu* tous les endroits remarquables qui y sont désignés. On s'épargne aussi le chagrin de ne pas avoir fait attention à des objets, sur lesquels la carte pourrait inspirer des doutes , relativement à leur existence ou à la manière plus, ou moins juste dont ils y sont représentés.
Cette dernière circonstance peut se rencontrer d'autant plus souvent , que jusqu'à ce jour aucune des esquisses nombreuses, que l'on a faites de ces contrées , n'a été parfaitement fidèle et entièrement conforme à la réalité. Ce reproche ne peut concerner les cartes générales de la Suisse , dont l'échelle est trop, petite pour exiger une parfaite régularité jusque dans les plus petits détails. Si cependant on veut s'en contenter , la carte de voyage de Relier (Zurich, chez Fùasli et Comp. 1814) rendra incontestablement les meilleurs services , quoique les cartes de Mechel et de Weiss aient aussi leur mérite. . ,
Mais celles qui représentent l'Obèrland en particulier sur une plus grande échelle , doivent toujours avoir la préférence , et l'on commence depuis quelque tems à s'en occuper d'une manière fort ntile. En premier lieu , je dois faire mention de la Carte de la Suisse suivant la nouvelle division > tic, par Mollet, qui n'est pas sans valeur et qui représente dans tut quart de son ensemble , lequel embrasse toute la Suisse , la partie de pays et toutes les montagnes qui s'étendent depuis le lac de Genève et Chamouni et le V allais jusqu'au lac des quatre
cantons, si non avec une entière exactitude , au moins avec assez de régularité, Mais- la Carte d'une partie très-intiressuntc de la Suisse, à l'usage des voyageurs-, par tVeist , qui a parue déjà en 1795 et qui est principalement consacrée à l'Oberland, est infiniment préférable. Elle contient , en partant de la contrée au-dessous de Thun , la chaîne des glaciers de l'Oberland , une partie du -Sirnmenthal et de Frutigen , tout le Kandersteg, Lauterbrunnen , Grindelwald , Hasli , les lacs de Thun et de Bricnz, une partie de l'Emmenthal et de l'Entlibuch , même le Haut-Vallais et une partie des montagnes qui sont au-delà. Si cette carte était plus exacte à l'égard des noms , dont en général elle est trop dépourvue * elle laisserait peu à désirer au voyageur.
La Carte des voyages de MM. Meyer dans le* glaciers du canton de Berne serait encore plus estimable , si la moitié septentrionale de l'Oberland avait pu y trouver place. Son joli format la rend d'ailleurs fort agréable.
Il y a peu de choses à dire de la carte itinéraire , jointe au voyage pittoresque de M. Stapfer , que nous avons déjà cité fréquemment. Elle né contient pas les enchaînemens des hautes montagne* au midi , et se borne à un petit nombre d'indica* cations et de dénominations , d'ailleurs exactes , des objets situés sur les routes principales.
On peut citer encore, comme très -utiles, les deux, numéros du grand Atlas de la Suisse de Meyer
et Weiss , qui embrassent ensemble l'Oberland ; mais , d'une part , ils pèchent par les mêmes omissions de noms et les mêmes fautes d'orthographe que nous avons reprochées plus haut à la carte du même auteur (Weiss); et de l'antre, ils ne sont pas commodes à porter , vu leur grand format , et on les trouve rarement détachés ;et collés , à l'usage des voyagejirs.
H n'était donc pas superflu que l'éditeur du présent ouvrage se décidât à faire exécuter des petites cartes dans le format le plus commode, d'après les meilleurs matériaux déjà existans. Remplies d'indications plus nombreuses et soigneusement corrigées, elles pourront répondre, d'une manière plus satisfaisante , au but des voyageurs , jusqu'à ■ ce qu'enfin des mesures prises avec exactitude puissent produire une carte plus grande et parfaitement juste de ces. contrées. 'Plusieurs travaux préparatoires ont déjà été exécutés dans ce but. Dans l'été de 1814, le Gouvernement de Berne fit lever, par M. Frey, lieutenant du génie de Zurich, des signaux jiur des hauteurs choisies avec soin , et dans l'été de 1815, le digne successeur de Tralles , M. le professeur Trechsel de Berne , commença à dessiner un ^certain nombre de triangles pour servir au plan hien soigné d'une telle carte. Cependant il faudra, d'un côté , beaucoup de tems pour terminer un ouvrage aussi long , et de l'autre , il n'est pas encore certain que le Gouvernement veuille se charger des frais de sa publication.
Si notre' petit Atlas portatif n'est pas calqué sur des mesures' faîtes avec autant de justesse, il pourra. cependant guider les e'trangers avec une justesse qui ne se démentira que bien rarement et qui ne se retrouve dans aucune des représentations de l'Oberland qui ont paru avant ces feuilles; il a été compile' et rectifié pendant deux ans , et exécuté avec toute l'attention possible. (*)
^&y Nous terminerons cette section de notre introduction , en indiquant les distances les plus" essentielles pour toute* les routes principales et latérales qu'on peut parcourir dans un voyage complet et varié de l'Oberland. Les calculs sont fondés .pour la plupart sur les indications des guides les plus experts , et sont adaptés avec assez de précision à l'usage des étrangers qui ne sont pas exercés à gravir rapidement les montagnes et qui veulent se donner le tems d'exâwMnertout ce qu'ils rencontrent d'intéressant. Mais nous demandons encone dé l'indulgence pour les inexactitudes et le vague inévitables de quelques données.
Les distances sont calculées par lieues de Berne de la longueur de 18,000 pieds de Berne, dont 110 "^3
f) Une préface particulière pour cet Atlas rendra un compte pluâ détaillé de la manière dont il a élé exécuté. On a voulu laisser aux voyageurs l'option d'acheter les cartes sans le livre, ou le livre sans les cartes.
équivalent à 100 pieds de Roi , de sorte que la lieue de Berne est de 16,250 pieds de Roi , tandis que le mille géographique est de 22,843 ou, suivant d'autres , de 22,872 de ces pieds. Le mille suisse est évalué à 34,303 pieds de Roi, et il en va, suivant Feer, 2i 6,7, /i 00 ot au degré.
A. De Berne à Vnteraeen 10% lieues.
De Berne à Mûri % de lieues ; de-là à Krailigen 14 , à Rubigen 1 , à Munsingen % , à Nieder- Wichtrach % , à Ober-Wiehtrach % , Kiescn Jfc, au commencement de la montagne de Heimberg % , à Thun 1 lieue. On compte 5 lieues de Berne à Thun, qui sont marquées au bord 041 chemin par des pierres nulliaires. La cinquième se trouve à un demi-quart de lieue en-deçà de la porte de Thun ; mais on fait ordinairement ce trajet en 4 heures. La longueur du lac de Thun est aussi évaluée à S lieues , mais on le traverse en 4 heures et même en moins de tems , si le vent est favorable. On estime Ralligen pour être à moitié chemin. Les piétons mettent £■ heures sur la rive gauche en remontant le lac, et. ,6 heures sur la rive droite en passant par Krattigen et Leissigen. On débarque à Neuhaut ( maison neuve ) , d'où l'on se rend dans une forte demi-heure à Unierseen.
fi y a aussi un chemin de Berne à Thun sur la rive gauche de l'Aar, qui conduit en iVg heure à Belp; de là en 2 heures jusqu'à Kirchdorfet de là en 1% heures à Thun par Kircndorf, qui est à peu près à moitié chemin.
h. D'Unterseen , considéré comme point central
d'excursions à faire dont les environ*.
WUnterseen à Interlachen Vi.de lieue , et de i là à la promenade sur le Hohbuhl , élévation d'où l'on a une belle vue, '/( , à Gald&wyl ? À , à Ringgenberg 1 , au village «de Bonigen au bord du lac de Brienz % , à Gsteig % , à Gsteigwyler 1 , au château d'Umpunnen et à fVilderswyl % , à la colline du Sattler-Hilbeli % , , à celle du Rugen- ou Galgen-Huhel où se trouve le gibet Vj , à YOberbleiki (blanchisserie d'en haut) sur le Harder l 1 /, , sur la Waldegg du côté de Beatenlerg , d'où l'on a une fort belle vue, 2Y2 à 3, à Wyssenau, ruine située à 1,'embouchure de l'Aar , % de lieues. ,
Dans une promenade du matin , on peut, facilement visiter , depuis Unterseen , les lieux suivans : Interlacken %, de là sur le Hohbuhl % , de là à Galdswyl % , de là à Rùtggenberg % , d'où l'on peut revenir en bateau à Interlachen. en % heure , ou bien retourner à pied à Unterseen sans faire le détour du HohbUhl an 1 heure.
Après dîner, on peut aller à Sonigen % de lieues, de là à Gsteig Vt > à Gsteigwyïer H , dt là en passant sur le pont élevé qui traverse le torrent de la LUtschine à WUàerswyl et revenir à Interlachen en lYi heures, ou retournera Gsteig % , de là à Wdderswyl % , à Vnspunnen y% , de là sur le Rugen-Hubel % ej. i Vmserteen, % de lieue. |B ^
D' Unterseen sur le petit Rugch, colline boisée a* r ec une promenade arrangée et des reposoîrs il y a une lieue , et autant pour y aller depuis Inter-
lacken.
Si l'on veut faire des courses de montagnw et visiter des pâturages alpestres , on peut recommander cinq promenades différentes.
a) lYUntertcen à Ilabktren 2 lieues ' très - pénibles ; de là à Poihochst 3, de là à Wydegg % , et de là sur le sommet du Hohgant 2 lieues. On peut aussi monter de Polhochtt au pâturage de HagUtsck en % heure > et ensuite atteindre ce sommet très -commodément en ih heures. Cette course est la plus fatiguante, mais c'est aussi, dit-on, celle où l'on aurait le plus de chance d'apper- . cevoir des chamois et de pouvoir leur donner la chasse.
î) \y Unterseen dans ta vallée latérale de Saxeten jusqu'au village de ce nom 2% lieues; de là sur la Suleck, belle montagne avec une vue superbe, 2'/i> lieues. C'est probablement la course qui donnera le plus de jouissance.
e) D' 'Uiiterseen encore à Sexeie» 2V 2 lieues; de là sur la Rothe Ech ( coin rouge) sur l'arrête de YAhendberg au-dessus de LeUtigen 2J4'» d'où l'on a une jolie vue. H est presque plus agréable d'aller à' Unterseen sur le Innerbergli, 3 lieues, et de gagner la hauteur ci-dessus , 1- lieue. Peut-être u»
sentier conduit-il depuis là à Leissigen, mais la pente est rapide et dangereuse. Il vaut mieux, retourner par Saxeten.
d) WUnterseen à Gsteig % $fi I.; de la aux chalets du pâturage ( ou Alp ) de Breitlauenen i x /t ;* de là on voit le vallon èî Interlachen et de Lauterbrunnen et les montagnes de neige du Grindelwald.
e) WUnterseen sur l'Alp (pâturage) du Halz- Jl'dh 2Vi 1. ; de là sur la Gemmen-Alp 2Vi 1. On y jouit d'une vue fort étendue sur la chaîne des hautes montagnes. (*)
.* C. Autres voyages dans l'Oberland.
o) A la valle'e de Lauterbrunnen..
jyUnterseen à ZweylUtschtnen à l'entrée des vallées de Lauterbrunnen et de Grindelwald 2 1. ; de là au village de Lauterbrunnen 1 1. Plus loin à Trachsellauenen où l'on exploitait jadis une mine de plomb, 2 L; de là par la Nadel (aiguille) au Steinberg 1 1. ou, à la superbe cascade du Schmadriback 2 1.
Ou bien de Zwcylutsc'hinen immédiatement sur les hauteurs au nord de Lauterbrunnen , au village
<*) Kûnî%, dans son Voyage dans les Alpes décrtt cène promenade et ne compte que 4 lieuesSle chemin. Sa gravure coloriée de ce point de vue, enrichie des nom» de plusieurs montagnes , est fort jptéresiint*.
A! EUen/Iuk 1 1. (d'où l'on pourrait se sendre en 2/j heures sur la Suteck"). Puis, en suivant les coteaux au-dessus de la chute du Staubbach jusqu'au village de Murren 3 à 4 1. On jouit ici d'une vue magni- ' figue sur la montagne de la Jungfrau qui est visà-vis.
De Murren jusqu'à la &hiltatp i 1. ; plus loin j à l'Ai]) de Boganggen ou Buganggen au fond de la vallée de Sevinen 2 1. De là sur le Schilthorn (ou pic du Schiit > 3 I. Quelques personnes trouvent la vue dont on y jouit, plus belle même que celle du Faulhorn, Pour retourner à l'auberge de Lauterbrunnen SI. La route ordinaire de lauterbrunnen à Murren, par où les paroissiens de ce dernier village viennent à l'église , se fait en montant en 2VÎ heures et en descendant en 2 heures.
Depuis l'Alp de -. Boganggen , on peut, en côtoyant le torrent de la Sevi-Lutschinen, aller en 2'/; heures à Stechelberg, dans la partie plus reculée de la vallée de Lauterbrunnen , éloignée de l'église de 1 à IVî de I.; de là à Trachsellauenen il n'y a plus qu'une petite lieue.
De Lauterbrunnen au Grindclwald en traversant le passag» intéressant de la Wengen-Atp on compte V'i à 8 lieues , d'après les distances suivantes : De Lauterbrunnen au village de fVengen l'/ 4 de 1.; de là aux chalets de la Wengen-Alp 2% de 1. ; de là sur la hauteur de la Scheïaech ou du passage Yi 1- Enfin , d« là à l'auberge de Grindelwald 3'/ t 1.
i) Au Gr'mâelwald.
Le chemin depuis Zweyliltschinen par la vallée de Luttchinen ne peut se faire qu'en 3 à 4 lieues , à cause des fréquentes montées , d'après les distances suivantes : De Zweylutschinen à Giïndlitckwand y t de 1., à Burglauenen 2 1. , à Gydisdorf où sont une église, une cure et un cabaret l'/j lieue.
De l'auberge de Grindelwald au glacier inférieur % à % de 1. Jusques à la mer de glace ou au plateau en tout 3 1. Plus loin , à Banisegg / 2 L On compte environ 4 heures pour cette excursion , mais il faut un jour entier pour la faire commodément.
Excursion sur le Faulhorn. Jusqu'aux chalets de la Bachalp environ 3 lieues , de la jusqu'au sommet 2 1. (Vue très-étendue. )
Passage de la Scheideci pour se rendre dans la vallée de Hasli, Jusqu'au glacier supérieur il.; delà jusqu'à la hauteur de la Scheideci 21. . à l'Alp du Sehwarzwatd 1 1. (Si l'on veut se détourner pour . aller aux bains de Roscnlaui il y a % à % de 1. ) Depuis l'auberge du Schwarzwald au Zwirgi 2 1. ; de là à Mcyringen 1 à l'/jj I. , et en visitant les diverses cascades du Beichenback, près desquelles on s'arrête plus ou moins, 2 à 2V?, 1. (On évalue ordinairement la longueur de cette course à huit lieues. ) ....
tas
c) De Meyringen et des environs.
Petites promenades depuis Meyringen à la vieille tour de Resti % de lieue; à la cascade de V'Alpbach, où l'on a placé un banc pour y jouir de la vue kt.de 1.; sur le sommet de la montagne du Kirchhet % '■ Dans la f mettre Schlauehe (gorge obscure) 1 à 1 % de 1. ; à la lanière Schlauehe (gorge claire) % de, l. Jusqu'à la chute supérieure du Ràehenbach 1 I. Jusqu'à sa dernière chute Ys I. Sur la montagne du Hatliberg au village de Rtiti i à l l /i 1. A falcheren sur les hauteurs opposées
1 à 1 Vt 1. (Ce sont de jolis villages de montagne. )
Pour aller plus haut. De Meyringen à l'auberge de Matli an Grand il.; de là, en se dirigeant à l'orient jusqu'à Muhlithal 1 1. Plus loin , à Gadmen
2 1. ; de là sur la hauteur de la Schcideci (passage) du Susten 3 à 3 1 /* 1. Enfin , de là à Wasen dans le canton d'Uri 4 1.
Un autre passage va du Muhlithal dans la vallée de Gentelthal 1 1. ; de là sur la hauteur de VEngstlcn-Mp 3 1. Plus loin , à Engelberg 3 1. Il va donc de Meyringen à fVtuen a peu près 11% 1. et à Engelberg 9 1.
Au sud-ouest, une excursion dans la vallée d'1/rbach et jusqu'au glacier du Gauli prend à peu près 4 1. , par un chemin en partie difficile à gravir. U faut un jour pour aller et revenir. . .
Au
Au sud-est se trouve lagranderoute qui conduit au Grimsel, à 8 à 9 lieues de Meyringen. Nous adopterons plutôt le dernier de ces nombres, d'après les distances suivantes : De Hasl't im Grund jusqu'au pâturage dit v ordere Urweid (Urweid antérieur ) V„ de 1. ; de là au kintere Urweid ( Urweid poste'rieur ) % 1. ; jusqu'au hameau d'im Boden 1 1. , à Guttannen % ; de là à la Handegg ( chalet où l'on se raffraîchit et d'où l'on va voir la fameuse chute de l'Aar) 2Vi 1. Plus loin, à la kelle flatte (plateau clair) H de 1.; au Wdtruhade.n (petit vallon avec un chalet) %% 1.; enfin, à l'Hospice du
Grimsel il.
d) Excursions depuis l'Hospice du Grimsel.
Course au Sidelhorn, d'où l'on a une vue magnifique sur les hautes Alpes , depuis le Luftmanier dans les Grisons jusqu'au Montblanc eu Savoye, 3 à 4 lieues ; de là au glacier de YOber-Aar 2 à 3 1. ; retour à l'Hospice par YAarloden 3 à 4 1. -
Visite aux glaciers du Vorderaar et du Lauteraar. De l'Hôpital à XAarboden jusqu'au commencement de ce vallon 2 1. ; de là jusqu'au haut de la pente d'où l'on peut mieux voir l'ensemble 2 à 2% 1.
Depuis l'Hôpital jusques sur le Nagetis-Grà'tli (petite arête du Nàgeli) on compte 3 1.
Depuis l'Hôpital jusqu'à la hauteur du passage du Grimsel ou au Todteruee (lac des morts) 1 lieue.
De là jusqu'à là Meyenivand % de 1. Pour descendre de là au glacier du Jthâne i% 1. On compte 3 1. pour toute la course. Je conseillerais pour le retour à l'Hôpital de passer à Obergestelen 2 1. et de suivre le chemin ordinaire des muletiers sur le Grimsel y 3'/ 2 lieues.
Pour redescendre de l'Hôpital du Grimsel à Meyringen il ne faut que 7 heures.
e) De Meyringen en bas, à Brienz, etc.
De Meyringen jusques sous la Heid 1 I. ; de là au pont de Wyl 1 1. ; enfin , à Brienz 1 1,
De Meyringen jusqu'au hameau de Brunigen Wi L; de là jusqu'à la frontière du canton d'Unterwalden V 2 I. Plus loin, jusqu'à la Chapelle VA, ( très-belle vue sur Lungern , le lac de ce nom et le canton à! Unterwalden supérieur).
La route de Meyringen au BrSnig est plus intéressante et un peu meilleure que celle qui y tend depuis Brienz , que l'on évalue à environ 3 lieues ; savoir : de Brienz à Hofstetten % de I.; de là à Brienzwyîer '2 1. ; de là à la frontière 1 à 1% de'l.> à la Chapelle Vi L
Le joli trajet par eau depuis Brienz ou Tracht pour aller voir la belle 'et remarquable cascade du Giestback est de 3 /. de 1. , et tout au plus dans un quart d'heure on monte depuis le rivage au point
le plus élevé d'où elle se précipite. De là â Isellwald i 1. Enfin , à Interlacken 2 1. (On garde le bateau.} En côtoyant le rivage du lac du côté droit, on va de Brienz à Interlacken en 3 heures.
De Brienz. sur le Rothhorn , dont la vue est très-vantée , il y a 3% à A lieues. Il y a un sentier pour les piétons , le long du lac , pour se rendre de Brienz à Interlacken- Il passe par Ebligen ty„ de I. , à Oberried Vt 1. , à Niederried Y 2 l. , à Ringgenberg 3 /i de L , à Goldswyl % de 1. , à Interlacken Vz lieue.
Ces , indications satisferont presque à tout ce que les voyageurs peuvent désirer de savoir et les dirigeront dans la répartition de leurs journées , pour profiter avantageusement de leur teins.
Si l'on veut avoir égard à la qualité des différentes auberges , Ies> meilleurs gîtes se trouveront avec plus ou moins d'avantages , à Thun , Neuhaus , Unterseen , .Intprlacken , Zweylùtschinen , Lauterbrunnen , Grindelwald , Schwarzwald , Meyringen, im Hofà Hasli im Grand, Gadmen, Guttannen, l'Hôpital du Grimsel, Obergestelen; enfin, Brienz et Tracht au retour. En outre , on trouve chez ce bienveillant peuple de pàtrds*, à se raffraîchir dans chaque hameau , et même dans les chalets les plus élevés et les plus reculé% Il s'entend que 9*
les auberges sont très-inégalement bonnes et que îe traitement varie suivant les aubergistes ou les particuliers chez lesquels on s'arrête.
A Lauterbrunnen et à Grindelwald , où l'affluence des étrangers est considérable , MM. les pasteurs se sont arrangés pour recevoir chez eux les étrangers avec beaucoup de complaisance.
Des connaissances et des moyens nécessaires pour que l'ame et l'esprit profitent d'un voyage dans l'Oberland.
En discutant , ce qui est nécessaire aux besoins du corps, nous' avons déjà fait de fréquentes invasions dans le domaine de l'esprit.
Mais , si nous avons conseillé , sous le rapport physique , de voyager à pied , nous conseillerons au contraire à l'esprit de se choisir une monture quelconque , un pégase sur lequel l'imagination s'élèvera à une hauteur où ses jouissances seront doublées. Cet animal innocent, toujours gai, infatiguable, trouvera partout une abondante nourriture. Si l'on n'en possède pas déjà un pareil chez soi , on fera bien de se le procurer exprès pour le voyage. Pour laisser là le^ens figuré qui ne sera probablement pas aussi clair aux lecteurs français qu'aux allemands (chez lfpquels on nomme toute espèce de
manie , de goût favori pour un sujet quelconque , Steckenpferd ou cheval de bois), je m'explique et je dis qu'il est infiniment plus avantageux et plus agréable en faisant un voyage dans les montagnes , d'avoir un goût particulier pour une science , un art, une occupation quelconque, qui entre du plus au moins dans le but du voyage. Combien le botaniste est heureux, lorsqu'il se voit enfin salué par les tiges mobiles du Rhododendron et des Gentianes ! Le géologue est transporté de joie, en appercevant les rocs primitifs , les granits qui bordent la route du Grimsel, les contours des roches calcaires sur le Ballenberg , les couches d'ardoise décomposée sur les passages des diverses Scheidecks. L'amateur des insectes poursuit avec avidité l'Appollon ou le Cerambix des Alpes , avec ses bandes noires , sur ■ un fonds bleu. Celui qui étudie les langues , recherchera des racines étymologiques, essayera de deviner le sens des antiques noms des montagnes et se réjouira (comme s'exprime Jean de Mùller ), en retrouvant dans le dialecte de la vallée de Hasli , le^ sons du poëme des Nibelungen (l'un des plus , anciens poèmes allemands.).
Pour le physicien , c'est un devoir ( suivant Humboldt) d'enrichir de nouvelles observations; la connaissance , la théorie des glaciers dans les Alpes suisses, tout comme on examine sur les cotes de la Lapponie l'aurore boréale ou les volcans , et les effets des tremblemens de terre dans l'Amérique espagnole.
L'agriculteur , l'administrateur feront des recherches sur la tenue des pâturages alpestres , sur . la culture et l'exploitation des forêts, sur l'exportation du bétail et des fromages.
L'historien s'informera de l'origine primitive de la race des habitans , de leurs anciens rapports avec Rome et l'Empire germanique; il recherchera les traces des Gaulois, des Romains, des Bourguignons , des Huns , l'histoire des anciens Seigneurs du pays, les villages enterrés par des avalanches, les anciens châteaux détruits.
En général, ici, comme partout, c'est de l'intérieur de notre ame et de l'état dans lequel elle se trouve, qu'émanent, comme d'une source inépuisable , la lumière et le coloris qui ornent à nos yeux les ohîets gui nous environnent. Quelques Parisiens efféminés témoignèrent de l'humeur, il y a quelques années , contre la grandeur et l'aspect agreste de nos montagnes , comme s'ils eussent attendu de trouver des vallées sans hauteurs. Des Anglais allèrent dernièrement à Lauterbrunnen et retournèrent aussitôt en arrière , parce qu'à la distance de quatre à' cinq minutes du Staubbach, ils avaient trouvé qu'il ne répondait pas à leur attente. Des centaines de voyageurs , en voyant telle ou telle chose dans no3 Alpes . s'écrient : n'est-ce que cela ! Leur imagination s'était créé des tableaux phantastiques et ils ont moins de dépit contre ce qu'ils voient, que de ne pas trouver leurs folles espérances réalisées.
Il n'est pas précisément nécessaire de se préparer à un voyage de montagnes par la lecture d'une trentaine d'ouvrages; mais il n'est pas prudent non plus d'abandonner à la seule imagination, l'idée qu'on s'en Fait et ce qu'on en attend. Des auteurs sages , exempts de romanesque, tels que Çoxe, JRamond, FMI, Stagfer, sont les plus propres à nous placer au point le plus convenable et quelques dessins fidèles et bien exécutés, tels que ceux de Rieter , Z.ory , Konig , Lafond, Bidermann , achèvent cette opération. C'est vouloir trop raffiner ses jouissances , que de se réserver partout le charme de la nouveauté, pour ne voir qu'aeec jm propres yeux , ainsi qu'on se l'imagine. Lorsqu'à chaque pas on trouve un nouveau tableau , quelques points de vue que l'on connaîtrait d'avance ne sont rien dans la masse des richesses de cette belle nature. Lorsque tour à tour des idées , des sentimens inconnus se développent irrésistiblement pendant des journées entières , avec un essor toujours nouveau , une activité non interrompue , tous les auteurs de voyages avec leurs descriptions * leurs exclamations , ne sont tout au plus que des précurseurs propres -à donner de l'impulsion à nos sensations et à les diriger.
Si , d'ailleurs , l'action de la pensée tend constamment à réunir, résoudre et diviser, il s'ensuit que celui qui. possède le plus de connaissances . est aussi le plus propre à puiser dans l'enceinte des Alpes, de l'instruction et des jouissances. „ Comn bien d'idées , dit Lichtenberg , errent éparses dans
» ma tête ; si seulement deux d'entre elles se ren- „ contraient , elles pourraient conduire aux plus ,, grandes découvertes. Mais elles sont aussi éloi- „ gne'es les unes des autres , que le souffre des „ mines de la Saxe l'est du salpêtre que l'on tire „ de l'Inde , et du charbon que Ton fabrique dans „ les forêts de la Thuringe, tandisque ces maté- „ riaux réunis produiraient de la poudre à canon. " Tel qui portera dans ces montagnes une mémoire ornée de faits puisés dans la science de la nature et de l'histoire , ou des souvenirs poétiques, 'des principes philosophiques, une ame accessible au sublime, au beau, au vrai, Verra se développer son entendement, au moyen des contrastes, des comparaisons , de la réunion de ses idées ; il éprouvera ce que nul autre n'a ni éprouvé , ni même pressenti. Ainsi Humboldt compare de la manière la plus instructive tantôt les Pyrénées , tantôt l'Etna, le Pic de Ténériffe , les Cordillières avec nos glaciers et leurs merveilles. Lorsque des voyageurs auront une fois parcouru le Thibet, cette Suisse de l'Asie, et l'auront comparé à nôtre patrie , ils pourront encore faire des observations toutes nouvelles. Un amateur des langues anciennes ne verra pas sans intérêt et sans une agréable surprise telles descriptions , telle notice à demi-fabuleuses de Pline, Strabon, Mêla, Silius Italicus , se vérifier ou paraître infiniment mieux fondées , qu'il ne l'aurait imaginé en lisant ces auteurs dans son cabinet.
Nous nous bornerons à donner seulement quel-
ques indices à l'usage de ceux qui ne font pas profession d'être des savans, sur les moyens de rendre leur promenade dans .les Alpes soit instructive , soit amusante et variée.
1) La connaissance des différentes hauteurs des montagnes et des limites des neiges éternelles qui les couvrent dans les différentes parties du globe , fournit des observations très -remarquables et offre des contrastes surprenant. Une des premières questions qui sc-présentent sera: comment, depuis quand, pourquoi telles montagnes se trouvent-elles précisément ici ? » Tout observateur sera frappé , „ dit Herder , de ce que le grand Continent de „ terre ne soit pas situé autour de l'équateur ,- „ ainsi qu'il devrait l'être , suivant les lois de la fl formation d'une sphéroïde liquide. C'est là que' „ notre globe a son plus grand diamètre, sa plus „ grande force mobile ; c'est là qu'il y a le plus „ de frottement ; c'est donc là aussi que den vrait se trouver la plus grande étendue de mon-
„ tagnes Mais elles ne s'y trouvent pas.
u La plus grande élévation de l'Asie est fort éloignée ■■„ de l'équateur vers le nord , et les Andes traversent „ cette ligne. " Les Alpes européennes en sont distantes de plus de quarante degrés.
Lorqu'une fois on sera certain , qu'au commencement la terre était un corps liquide ou au moins très-mol, ce qui n'est pas encore hors de doute,
on devra naturellement supposer que la plus grande masse de solide , ou de pays , et les plus hautes chaînes de montagnes , devaient se former autour de l'équateur , où le mouvement de la rotation de ■ ce globe était le plus Fort. Mais, puisqu'elles n'y sont pas , l'hypothèse que l'axe de la terre s'est déplacée, gagne une probabilité presque décisive. Ainsi nos pays septentrionaux auraient été jadis plus rapprochés de la zone torride , comme leurs fossiles paraissent le prouver , et les déserts mids , dépourvus d'eau de l'hémisphère méridional , plus près du pôle antarctique.
En tout cas , on doit admirer la simplicité des moyens dont la Providence s'est servie pour produire une si grande variété dans la nature , soit inanimée , soit vivante. Elévation d'un côté , enfoncement de l'autre , voilà la cause première de mille et mille phénomènes. Sans hauteurs et sans profondeurs , point de ruisseaux , point de fleuves , point de couraus d'air , même point de terrain , car la mer aurait couvert toute la surface du globe, si elle ne formait qu'une plaine continue.
La nature dût bientôt commencer à construire un théâtre sur lequel devaient se développer toutes les riches et sublimes merveilles de la Toute-puissance divine , dans la création des végétaux , des animaux et de l'homme. Si même , d'après les idées de Leibnitz , la surface du globe était primitivement tout-à-fait unie, il devait bientôt se former des montagnes et des vallées , afin que la séparation des eaux et de la terre laissât de l'espace aux nobles
créatures , que le génie protecteur de notre planète attendait avec toute l'impatience du désir.
Si le mouvement de rotation du globe avait rassemblé sous l'équateur une masse de matières , et si tout-à-coup notre planète changea de position, un second équateur, qui se forma, dut aussi attirer autour de lui d'autres amas de matières ; ainsi les divers fondemens des plus grandes chaînes de montagnes furent posés pour toujours. Un troisième changement de l'axe fixa l'ordre des saisons , des jours et des nuits, des climats et des productions de toute espèce, pour un tems incommensurable. Mais on n'ose pas présumer qu'une seule de toutes ces causes possibles ait opéré l'élévation des hauteurs. L'hypothèse de Leibnîtz, que la superficie de la terre , liquéfiée par l'action du feu , aurait formé une espèce de croûte, laquelle, en se refroidissant, aurait produit des bulles d'air ; que celles-ci se seraient crevassées et brisées , seraient tombées en pièces , et auraient formé les montagnes : cette hypo* thèse , dis-je , est d'une imagination forte et gigantesque. Mais que ce soient les eaux ou le feu qui aient opéré l'élévation ou le creusement de la matière, que la mer ait changé de place, que plus tard même un déluge ait exercé ses ravages, nos Alpes ont sans doute été les témoins de toutes ces métamorphoses , puisqu'elles furent les premières de ces formes nouvelles. — Il est au moins croyable que dans leur origine toutes les montagnes , à l'exception des vol. caniques , possédaient le plus haut degré de leur hauteur, et qu'elles se sont affaissées dans le cours des siècles en se décomposant par l'action de l'air.
II nous serait donc permis de penser que le* planètes de Ve'nus , de Mercure et la Lune sont plus jeunes que notre terre,. vu la hauteur gigantesque de leurs montagnes , et même que la terre remonto à une antiquité plus reculée que Saturne et Jupiter» •*il est vrai , ainsi qu'on l'a prétendu , que la densité de la terre serait le double de la densité du granit , tandis que celle du Soleil serait pareille à celle de l'eau, la densité de Mars pareille à celle du verre , celle de Saturne tenant le milieu entre le liège et le bois de sapin; enfin , celle de Jupiter et d'Uranus égale au bois de chêne. Si , en effet , les corps célestes subordonnés, depuis la comète jusqu'aux planètes , tendent continuellement dans leurs progrès à se densifier, la terre devrait avoir été la première entre les planètes les plus éloignées du soleil , qui aurait dû devenir compacte , et le soleil lui-même ne pourrait compenser que-par son immense grandeur, la solidité qui lui manque encore pour prouver son antiquité.
D'un autre côté, Vénus et Mercure ayant plus de densité que la terre, seraient, en raison de leur distance du soleil, les premiers de ces globes qui se seraient consolidés.
Quoiqu'il en soit, l'état de la terre laisse présumer que ses montagnes ne sont pas toutes delà même antiquité. Il parait prouvé, d'après les différentes influences destructives qui agissent puissamment sur les plus hautes sommités > qu'entre, deux parties du inonde , la plus ancienne est celle
où tes montagnes, toutes circonstances d'ailleurs égales , sont les plus abaissées , fendues ou rongées, à plus forte raison , lorsqu'elles tombent en débris et se décomposent en gravier et en cailloux.
Si donc nous trouvons en Amérique encore les plus hautes chaînes de montagnes que nous connaissions avec certitude sur notre globe , malgré les nombreuses et puissantes causes de destruction qui agissent sur elles , nous devons en conclure que l'Amérique est la plus récente de toutes les parties du inonde. Les chaînes des montagnes asiatiques de Wral et de l'Altaï sont tellement morcelées, fendues , broyées en sable , qu'elles paraissent assigner à l'Asie la plus haute antiquité , à moins que l'Afrique ne date de la même époque , ou ne soit même encore plus ancienne, s'il est vrai que les sables qui couvrent ses vastes déserts ne soient que les débris de montagnes brisées et réduites en poussière, sous le poids des milliers d'années qui se sont écoulées depuis l'origine de notre globe. — Mais aussi les cimes des Alpes sont d'une origine qui se perd dans la nuit des tems. Nul ne peut nous dire l'époque où elles s'élevèrent au-dessus des ondes de la mer qui brillaient jadis sur toutes les parties de notre séjour terrestre. La cuirasse de glace dont elles sont revêtues les préserve des atteintes , que leur portent les rayons ardens du soleil et les pluies orageuses. Si elles diminuent , ce n'est que lentement, et cependant il paraît que jadis elles ont jonché tous leurs alentours des décombres de leurs «rètes et de leurs lianes écroulés. Toute l'Helvétie
jusqu'au Jura, jusqu'au Rhin est un vaste bassin; plein de débris des hautes montagnes. Des morceaux de *roc tombés du Gothard , du Grimsel , de toutes les montagnes des Grisons, ont rempli maintes plaines, maintes vallées. Mais l'époque est encore bien loin de nous , où ces masses cesseront de s'abaisser et pourront se couvrir d'un manteau de végétation qui protégera les roches nues contre les fureurs de la gele'e , de la pluie et de l'ardeur du soleil.
En attendant que nos montagnes suisses et toutes ' celles de la terre se soient métamorphosées en plaines , selon les bienveillantes espérances de quelques poètes, et nous procurent ici-bas une demeure plus heureuse et plus commode qu'elle ne l'est maintenant, contemplons avec admiration ces masses élevées comme un moyen digne de notre reconnaissance, dont la nature, cette bonne mère, s'est servie pour augmenter nos jouissances et nous procurer des avantages multipliés.
L'un des phénomènes les plus singuliers qui existent , c'est sans doute cette neige éternelle, qui couvre en Europe les cimes des Alpes et en Amérique , même dans le voisinage brûlant de l'équateur , les têtes altières des Cordillières , dans le Spitzbergen déjà les plaines et ■ les vallées et vers les deux pôles, jusqu'à la surface de la mer.
Le domaine des glaces éternelles s'élève comme un ' arcboutant posé aux dernières extrémités du
nord et du raidi pour former une voûte invisible ■' au-dessus de nos monts et des Andes du Pérou , qui , pareils à d'immenses pilastres , semblent la soutenir. Froide peut-être dans la profondeur de son sein , froide encore dans ses régions les plus élevées , la terre renferme dans une couche de 18,000 pieds la, où elle est la plus profonde, les principes de toute vie et de toute végétation. En se rapprochant des pôles , cette couche devient si mince qu'elle finit par être tout-à-fait nulle. Combien les dons de Cette terre maternelle ne sont-ils pas singulièrement partagés sur ce théâtre inégal, où le souffle de vie qui réchauffe toutes les créatures paraît émaner uniquement des rayons du soleil , lorsqu'ils tombent perpendiculairement sur notre planète et y exercent leur bienfaisante influence.
La température de la Suisse tient le milieu entre celle des terres polaires et celle des pars situes sous les tropiques.
En Suisse , on peut fixer les limites des neiges éternelles à la hauteur de 8000 à 8500 pieds. Au Kamtschatka , elles descendent à la hauteur de 3500 pieds ; en Islande , à celle de 2100 pieds. Au contraire , sur le mont Liban , elles sont à 9100 pieds au-dessus du niveau de la mer. Sur le pic de Ténériffe , on n'atteint pas encore ces neiges à la hauteur de 11,424 pieds; et sur le Chîmborasso, elles ne commencent qu'à celle de 14,760 pieds. Sur cette dernière montagne , on cultive l'orge
jusqu'à une hauteur de 13,300 pieds, et c'est jusques là qu'il tombe de la neige. Le chêne y croit à celle de 9000 pieds , et le froment même encore plus haut ; la canne à sucre et le coton à 6000 pieds; au-dessous de 6000 pieds , on, récolte du café et de la canne à sucre en plus grande quantité. Le pîsang et les palmiers se trouvent encore à plus de 3000 pieds d'élévation. Plus bas , il y croit en - abondance de l'indigo , du cacao , du pisang , du jatropha , du maïs et toutes les productions du riche et beau climat des pays méridionaux.
La hauteur extraordinaire , dit Humboldt , à laquelle s'élèvent , sous les tropiques , non-seulement les montagnes, mais encore des pays entiers et la froidure qui en est la conséquence, procurent à l'habitant des tropiques un aspect singulier. A côté des palmiers et des bois de pisang, il voit aussi croître les végétaux qui paraissent n'appartenir qu'aux pays septentrionaux-, les cyprès , les sapins, les chênes , les berberis et les aulnes couvrent encore les vallées des montagnes du Mexique méridional , et les chaînes des Andes sous l'équateur. C'est ainsi que la nature a accordé à l'homme , sous la zone torride , la jouissance de voir tous les végétaux de la terre sans quitter les régions où il est né. O
<. Dans
(*) Humboldt, Tableaux do la nature, tom. I, p. 202 de l'original.
Dans quel état d'humilité apparaît au contraire l'Islande, où des buissons de hêtres rabougris., ne s'élèvent qu'à peu de hauteur au - dessus de la mer , et la Lapponie , où les sapins ne végètent plus à 1000 pieds au - dessus de son niveau. La Suisse, plus tempérée, tient le modeste milieu entre ces extrémités. Ici (suivant Wahlenberg) la culture-des céréales y réussit encore à 3700 pieds , le chêne y croit à 2800 pieds,. D'après les observations sur le baromètre d'un homme expert dans la science des forets, (*) la végétation des arbres indigènes atteindrait les hauteurs suivantes : Le Rhododendron ou rose des Alpes 6780 pieds ; l'Arve 6450 pieds ; le sapin rouge 630Q pieds , l'érable des montagnes ( acer pseudoplatanus ) 5250 pieds ; le3 hêtres 4760 pieds \ le cerisier 4160 pieds; les poin-
(') M. Kasthofer, employé dans la partie des forêts à Berne, qui travaille actuellement a un ouvrage sur la végétation et l'économie des forets de- nos -Alpes. Ebel, a l'article jflpes, admet des hauteurs moins eu nsid érables. Les hêtres et les charmes, selon lui, atteignent, quoique rarement, la hauteur de 4120 pieds au-dessus de la mer; te sapin blanc et l'if restent audessous d'eux. L'érable K le sorbier sauvage, l'aulne -des Alpes, l'alisier et h>8apto rouge s'élèvent encore plus haut, le dernier jusqu'à la hauteur de 4S67>j3W pieds. A ceux-ci succèdent le mélèze, le pin atvjer, le pin mugho. Au-dessus de SkQQ à 5800 pieda de hauleur, il ne croit plus d'arbres dans aucune partie des Alpes, et sur les revers septentrionaux, ils ne s'élèvent guère auudessus de 4000 pieds. On peut comparer k cet égard l'ouvrage de Zchoike sur les forêts des Alpes, a Tubingue 130} , etc.
miers et les poiriers 4050 pieds; les pruniers 3700 ■ pieds ;. les noyers 3500 pieds. Wahlenberg estime que la croissance du foyard ne dépasse pas sur les montagnes- 3300. pieds et celle du noisettïer 1820 pieds, tandis qu'il admet la végétation des pins alviers à 5700 pieds sur ie Montblanc.
m. 'Les, plaines et les habitations des hommes se -trouvent situées dans la mime proportion. On voit
sur les^montagnes de l'Amérique des vastes plateaux -fertiles, à une hauteur, où celles de la Suisse sont .-jdL.ià coiiuertes de leurs neiges éternelles , savoir à
2.00 — 3000,riiètres4le mclre-a 3 pieds ll^oo lignes) -au-dessus du -niveau, de la mer. . ~-
-: Jjaiville.de Mexico avec «oh climat si doux et si agréable est. à..706.2 pieds, au-dessus de la mer, c'est-à-dire, seulement 13, pieds plus «as que li cime sauvage du mont Pilate. Santa-Fé di Bagolta dans, la nouvelle Grenade est à une hauteur de 8082 pieds j savoir à 62 pieds plus haut que le Faulhorh: La ville de Quito dans l'Amérique méridionale est située sur un terrain qui n'est jamais .couvert de neige, à une élévation de 9036 pieds, .seulement 68 pieds plus bas que les. parties les plus «levées duGriinsel, suivant les calculs de De Saussure. Enfin , Micuicampa dans la même partie du monde , à la hauteur de 10,950 pieds est encore à 40 pieds plus haut que le pic du Susten toujours couvert de glace, entre Gadmen et le Meyenthal.
Mais on trouve- encore à une plus grande éli-
vation sur les Andes de l'Amérique des habitations et des fermes isolées. La ferme de l'Antisana, à la hauteur de 12,606 pieds, surpasse de 46 pieds la pointe menaçante du Schreckhorn, et n'est que 266 pieds plus bas que la puissante cime de la Jungfrau.
Eu Suisse, au contraire, les plaines fertiles se trouvent pour la plupart à la hauteur de 1000 à 1600 pieds. Berne , l'une des villes les plus élevées parmi les plus grandes , est dans sa partie supérieure à la hauteur de 1708 pieds au-dessus de la mer; Saint-Gall est estimé l'être à celle de 2086 pieds; le village de Guttannen sur la route du Grimsel à celle de 3198 à 3252 pieds. Les dernières habitations de Gadmen peuvent bien se trouver à 4128 pieds, tlrseren atteint une hauteur de 4356 pieds. Réalp sur le Saint-Gothard est situé à une élévation de 5000 pieds, et enfin, le hameau de Mùrren au-dessus des parois de rochers de la vallée de Lauterbrunnen et le plus élevé de l'Oberland peut être estimé à 5156 pieds d'élévation. (*)
C'est â ce degré-là que cessent les habitations où l'on peut passer les hivers. Il n'y a que les chalets des pâtres des Alpes qui se rapprochent encore davantage des limites de la neige éternelle.
(*) Suivant les calculs barométriques de M. Kasihofer, Nous renvoyons pour d'autres indications pareilles , 4 notre Atlas portatif.
2) Maïs on pourrait demander : Cela fut - il ainsi de tout tems ? Ces pilastres de la voûte des*-' cieux furent-ils dès le commencement de toutes choses revêtus de leur enveloppe hivernale ? Jamais un soleil moins rigoureux ne les a-t-il réchauffé et fertilisé par ses rayons ? Jamais un terrain docile n'a-t-il nourri des germes bienfaisans sur ces cimes sourcilleuses ?
Qui oserait répondre à de telles questions ?
Peut-être le pourrait-on par des suppositions , par d'obscures traditions. Mais l'histoire garde un silence modeste, et désespère de trouver jamais le mot de cette énigme.
Nos montagnes doivent être de la plus haute antiquité. Le langage muet et souterrain des pétrifications ne se fait même entendre que rarement sur les roches les plus élevées et sur les flancs de ces montagnes. A peu près à moitié hauteur de la Jungfrau , à trois lieues au-dessus des maisons de Stechelberg , encore plus haut que la vallée de Rothen, maintenant envahie par des glaciers, l'on trouve dans les débris d'une montagne écroulée , à l'endroit nommé Kriegsmatten , des belles pétrifications d'Ammonites , et c'est le dernier lieu en montant, où l'on découvre quelques traces d'un état dùTérent et primitif de ce pays de rochers, (*)
{*) Je dois celte noiîce à des communications verbales ile'M. le pasteur Wftlenbac h, que sessavantes recherches de la nature ont conduit juaquFS-là. J'en profiterai en* core quelques fois eu tsms st lieu Sans rappeler cette source estimable.
Mais si , d'après les assertions de M. de Humboldt, ou trouve encore des coquilles pétrifiées à Huancavelica, savoir à 2238 toises au-dessus de la mer , et d'autres pétrifications à la hauteur de 2337 toises , il faut eu conclure que la Jungfrau , que le Finsteraarhorn même furent jadis ensevelis dans les abymes des eaux, ainsi que le chante un poëte national 1 :
» Ces rochers, dans les âges sans bornes du » monde primitif, entendirent les chants des Nayades ; ; , ils virent Neptune agiter son trident sur les pics n des Alpes , ignorés encore des frima ts ; Os virent le „ peuple des coquillages chercher, dans ses joyeux „ ébats , sa pâture sur les rocs humides , et la corne o d'Ammon jouir de son existence , avant qu'un it- „ gard de Méduse n'en eut arrêté le cours. " (*)
Mais pourrait-on aussi attribuer l'existence de «es chaînes de montagnes aux alluvions que pourraient avoir produites les vagues en tourmente d'un vaste Océan , ou au dépôt des eaux saturées de matières? Quelle hardiesse? Quelle difficulté de le prouver ? Et cependant ou ne trouve aucune trace d'une action volcanique qui aurait soulevé hors du sombre sein de la terre ces géants , et les aurait poussés dans les airs ? Ce serait trop hasarder que d'admettre la supposition avancée par Hermann au sujet de l'Altaï et de l'Ural , savoir que les laves
(*> Ode à la Jungfrau dans les jilpenrosen, charmai» aloianaçh qui s'imprime annuellement à Berne.
même se seraient décomposées dans la suite des siècles. On n'a pas encore pu-refuter l'assertion, qu'il n'y eut jamais de volcan dans les Alpes, tandis que les Andes en comptent encore de nos jours un grand nombre, (*)
En observant l'aspect des rochers , des diverses espèces de pierres et de couches confusément éparses et mêlées les unes avec les autres, j'ai toujours trouvé que de toutes les hypothèses par lesquelles on a cherché à expliquer l'origine des Alpes et de la plupart des autres montagnes, la plus satisfaisante est celle qui suppose , qu'après la formation de la matière primitive , qui se mouvait en masses plus ou moins grandes dans l'espace infini , plusieurs de ces masses qui , peut-être , se tournaient autour d'autres mondes plus grands , comme les satellites autour des planètes, furent attirées peu à peu et à des époques toujours plus éloignées dans le cercle d'attraction de ceux-ci, de sorte que, n'ayant pas assez de force centrifuge pour y résister , elles s'y réunirent, en se précipitant et en s'écroulant sur eux , et que la terrible pluie de pierres , que leur chute occasiona, dût produire des métamorphoses incroyables sur la surface du globe qui la recevait.
(*) Bonstetten dit dans ses nouvelles œuvres, toro. I, pag. 159 , que l'on a trouvé des coquillages , des cornes il'Ammon, des poissons pétrifiés sur les plus haute! Alpes,, tels que le Rublj , le Mollaison et les parties les plus élevées du Crispait. Voyez aussi Ha lier dans sa préface aux Icon. plant. Helvet. , édtt. Wytienbachiï t p. XII et XIII , et Humboldt ( Ausichten der Nalur) qui cite M volcans en Amérique.
Il s'en suivrait que notre -séjour terrestre' at, serait devenu ce qu'il est maintenant que par l'effet d'un grand nombre de pareilles chutes et de pareils amalgames. A mesure qu'il en arrivait une, la nature, poussée par une force à jamais inexplicable, commençait à animer les plaines et à orner les montagnes et les vallons de plantes , d'arbres et de buissoiv ; mais une nouvelle chute survenait , anéantissait toute cette nouvelle création, et l'ensevelissait sous ses ruines. C'est pourquoi l'on trouve des traces d'antiques forets sous des débris de montagnes et des restes d'animaux qiri ne se retrouvent plus dans la nature actuelle, sous des masses de rochers.
Une pareille chute qui couvrait de ses décombres les belles et riantes vallées ,- métamorphosait les pays chauds en froids , le fond de la mer en croupes de montagnes , et la terre ferme en mer , transportait les monts d'un corps céleste sur un autre , y versait toutes ses eaux. Dans ce choc épouvantable , les rochers devaient se briser, tomber en pièces, se disperser de tous côtés, remplir' les vallées et les plaines. Les mers devaient être soulevées hors de leur enceinte, forcées. de se verser par-dessus les hauteurs, opérer, ainsi toutes les ' dévastations , toutes les destructions/ dont nous avons fait mention, et rendre à Ja terre sa forme sphérique , autant que les masses solides le permettaient.
Quoiqu'il en soit, l'état originel de nos montagnes sera toigoursenvelopp^d^e'^oileimpéné-
trahie. Si, dès je Commencement , elles fiirent couvertes par la mer primitive, dont les flots s'étendaient sur toute la terre, suivant l'opinion générale, il parait cependant qu'elles s'élevèrent bientôt au-dessus des ondes qui s'abaissaient successivement. Mais les changemens qu'éprouva , selon toute probabilité , l'axe de la terre , en prenant une direction différente, et d'autres puissantes révolutions, qui placèrent ces colosses sur les diverses parties du globe et sous divers climats . ainsi que les neiges dont ils sont revêtus, ces phénomènes, dis-je, ont précédé peut-être de peu de tems l'origine du genre humain. Mais aussi, depuis l'instant où ces montagnes sortirent du sein de la mer , elles ont subi la loi générale d'un rabaissement et d'un rapetissement continuel. Darcet prétend que les Pyrénées baissent d'un pied par siècle; mais il est probable que ce calcul est audessous de la réalité et que la hauteur des sommités et des arêtes des montagnes diminue encore plus rapidement. Toutes les forces de la nature travaillent sans cesse extérieurement et intérieurement, par-dessus et par-dessous à attirer en bas ce qu'elles avaient miraculeusement amoncelé. Aucun motif isolé n'explique, d'une manière satisfaisante, les causes des formes variées des rochers , de la direction des vallées , des couches des différens fossiles et de la figure de la surface de la terre.
Laissons toutes ces discussions aux recherches plus exactes que feront peut-être les savans pour jeter quelques traits de lumière sur l'obscurité du monde primitif. Nous allons maintenant interroger ■
les traditions et l'expérience » pour apprendre ce qu'elles nous diront, soit, historiquement, soit poétiquement, du premier état de nos Alpes.
La Suisse , dit Montesquieu , paye à la nature de plus grandes rétributions que le Turc ne paye au Sultan.
M. de Bonstetten dit , dans quelques - unes de ses excellentes observations sur les Alpes : » Sur » les flancs de toutes les montagnes s'élèvent évi- » demment des monceaux de brèche. Celle qui » forme le Righi est très-remarquable ; il en résulte „ que les Alpes étaient surchargées d'énormes mas- „ ses , dont les débris ont pu former une aussi haute' „ montagne ; car ja ligne de projection d'une mon- » tagne qui s'écroule se dirigeant toujours en bas , „ on peut juger de la hauteur de son point le plus „ élevé , d'après la hauteur et l'éloignement de ta » brèche qui en est tombée. Le Nïesen, sur le lac n de Thun , est aussi très -frappant. Cet amas jj de brèche est presque aussi haut que les mon- » tagnes de pierres calcaires , auxquelles il touche. „ Peut-être les débris dont il est composé repo- „ saient jadis en couches à plusieurs milliers de „ pieds de haut sur la Jungfrau. " C'est ainsi , continue M. de Bonstetten, que les Alpes sont entourées, jusqu'à de certaines distances, de décombres \ leurs habitans vivent , au milieu de ces ruines , comme les Arabes sur les restes des palais de l'antique Palmyre. Si l'on pouvait se représenter tous les siècles rapprochés sur une échelle plus resserrée ,
on ne verrait, on n'entendrait dans les Alpes que des éboulemens et des métamorphoses continuelles , qui , maintenant , nous frappent moins , en raison de la brièveté de notre vie au milieu de ces mondes écroulés.
Le peuple de bergers de nos Alpes a conservé néanmoins dans d'heureuses traditions le souvenir d'un âge d'or, comme les Grecs et les Romains.
Ils font un tableau gracieux de ce qu'étaient les montagnes avant les destructions qu'elles ont éprouvées , et plus d'une croupe jadis couverte de fleurs se souvient encore du moment affreux où elle fut subitement envahie par un glacier. Alors , dans ces jours plus fortunés , toutes les Alpes étaient revêtues de fertiles pâturages et les glaces éternelles . n'y séjournaient pas. Alors les plantes vénéneuses si fréquentes maintenant, telles que le napel (Acomtus napellus), étaient salutaires aux bestiaux et innocentes pour les hommes. Les vaches mangeaient sans danger le tithymale empoisonné , qui couvre des Alpes entières et n'en donnaient que plus de lait. Mais les vices des humains excitèrent la colère des cieux, qui les punirent, en faisant disparaître sous le poids des glaciers le tapis.de gazon émaillé, qui ornait les montagnes.
Si ce tableau, tracé avec un zèle patriotique, est peut-être exagéré, il n'en est pas moins vrai, que l'on trouve encore à une grande élévation sur les montagnes des traces d'une ancienne végétation ,
d'une ancienne culture où maintenant régnent les horreurs des boule versemens.
„ Sur les rochers les plus élevés de nos Alpes , j, dit encore M. de Bonstetten, où l'on n'apperçoît „ plus aucune trace de végétation, l'on trouve de m grands arbres renversés , comme sur le Geisten- „ berg dans le Schâchenthal (vallée de la Schachen) n au .canton d'Uri. Il y avait donc là de la terre „ et de la vie , et il n'y en a plus. Dans le Vallais , & on a trouvé un pont de pierre près des montagnes „ de glace, à un endroit auquel ne conduit plus i, aucun chemin frayé. II y a sur les Alpes des „ traces d'anciennes routes qui aboutissent mainte- ■n nant à des précipices. Il existait donc des arbres , t, des hommes dans cette nature maintenant morte. „ L'élan le plus hardi de la pensée s'arrête devant „ l'abime du passé. Qui oserait encore, à cet as- „ pect, rêver des systèmes sur l'origine du monde?"
Des faits nombreux , des traditions répétées viennent à l'appui de ces observations. L'on cultivait des céréales jusques à une grande hauteur sur les montagnes. Les Bernois amenaient à main armée des grains depuis Spiez sur le lac de Thun , dans leur capitale, lorsque leurs guerres les empêchaient de se procurer des subsistances dans leur voisinage. Plusieurs routes dans les Alpes , par lesquelles , encore de mémoire d'homme, on se rendait d'un canton dans un autre, sont à présent devenues impraticables , et sont obstruées par des glaces éternelles. Haller a dit souvent qu'il a vu dans sa jeunesse
plusieurs monts qui n'étaient couverts de neige que pendant l'hiver et qui le sont maintenant pendant toute l'année. Dans une partie des montagnes de Lucerne où personne maintenant n'oserait passer l'hiver , ona trouvé les ruines d'un village et d'un moulin. On pouvait se rendre autrefois en 6 heures de marche de Chamouni à Cormayeur dans la vallée d'Aost , par un chemin que les glaces du Montanvert ont maintenant envahi , et qui a été découvert en dernier lieu par M. Bourrit. Ainsi le chemin très-remarquable entre Kandereteg et Lauterbrunnen est devenu presque impraticable par l'accroissement considérable des glaciers. Jadis on pouvait traverser , dit-on , le mont Avicula en côtoyant de beaux pâturages. Le glacier du Lauteraar fut un jour une vallée fertile et riante , qui portait , en raison de sa beauté, le nom de Blùmlisalp (pâturage fleuri )j celui du Grindeiwald était un passage ouvert et frayé pour se rendre dans le Vallais; et sur les bords de tous les glaciers en général, on trouve des traces de l'accroissement des glaces qui poussent devant elles , en avançant dans les vallées , des arbres brisés et dqs quartiers de roc.
Nous pourrions ajouter encore quelques traits à ce tableau, qui se retrouvent soit dans les traditions , soit dans les monumens historiques de notre Oberland. Dans la vallée d'Urbach si reculée et presque toute parsemée de débris et de pierres , les . habitans racontent qu'autrefois un pâtre n'aurait pas trouvé par terré un seul petit caillou qu'il eût pu jeter après un veau désobéissant.
On amenait depuis le Vallais des enfans pour les baptiser à l'église de Grïndelwald , en traversant la montagne avec- tout le cortège du baptême. Sur la hauteur du Sulwald, plus haut que le village déjà si élevé d'Eisenfluh , était un moulin dont la censé se payait encore jusques dans les teins les plus récens, quoique depuis long-tems il ait disparu avec la culture des grains dans ces contrées. C'est de mémoire d'homme que les neiges et les glaces ont pris pied sur la Schwalmera et le Schwarzhora. Un petit glacier azuré s'y forme pour un long avenir , et présage de futures destructions. Partout des villages et des châteaux ont été détruits. L'éboulement qui a dévasté Schwanden et Hofstetten date d'un an avant la révolution. 11 n'y a que deux siècles que Kienholz subit une inondation. Flinsau, Grenchen , Bïirglen , Wartenberg , SchiUingsdorf , Ammerten sont les noms d'autant de villages qui ont existé et dont il n'y a plus de traces , ou tout au plus quelques pauvres cabanes échappées au désastre. Dans l'AIgau , sur les pâturages les plus reculés de la vallée de Habkeren, était, dit-on, jadis mime une ville. Sur ceux de Flanalp au-dessus de Brienz et de Sausalp , fort au - dessus de Lauterbrunnen , des villages considérables, habitables en hiver, furent détruits par les eaux. Sur les rivages du lac de Thun , la tradition place près de Ralligen une ville nommée Roll, qui fut ensevelie sous les débris de rochers écroulés; Plus haut que Guttannen , su* la route du Grimsel, un 'grand village a été écrasé par la chute épouvantable d'une montagne. De nos jours , le Lauihorn (pic de Laui) . et le Ruliberg dans
la vallée de Hasli , couvrirent d'affreux décombres les pentes verdoyantes de leurs flancs. C'est ici où , dans les siècles passés , pâturaient les troupeaux à l'ombre des forêts et des bocages , où séjournaient de paisibles humains , que se réalisent les chants du poëte Matthisson :
„ Ici ne soufflera plus la douce haleine du prin- „ tems ; ici l'oiseau ne se balancera plus sur le vert „ branchage. La mousse et le lychen seuls tapissent n ces ruines sauvages."
3) Souvent, en refléchissant à ces indices d'une Antique culture, il m'a paru que des recherches sur les commencemens de la population et sur la marche progressive de l'établissement des hommes dans les différentes régions de la terre seraient trèsimportantes et infiniment intéressantes. L'imagination alors a bientôt adopté un système, qui n'est goûté que. par peu de personnes, que beaucoup d'autres combattent avec une foule de raisonnemens, mais qui cependant a aussi son mérite, et, au moins, celui d'une certaine hardiesse. C'est ce qui a engagé en dernier lieu un savant Allemand estimable! M. P. J. Kanngiesser, professeur à Breslau, à le défendre avec beaucoup d'esprit.
La terre entière , dit-il , fut jadis couverte d'eau. — En diminuant peu à peu par l'évaporation, les
eaux se retirèrent des parties les plus' élevées de la terre et les laissèrent à découvert. Celles-ci furent bientôt douées de fertilité par l'influence de l'air, de la lumière, de la chaleur et produisirent les premières plantes, les premiers arbres, les premiers animaux et les premiers hommes. Toutes les traditions historiques des tems primitifs ne parlent que des plus hautes montagnes. Ce sont-elles qui , selon toutes les cosmologies, furent créées les premières. C'est sur le Caucase que Prométhée forma son premier homme. La terre enfanta le divin Pelage sur des monts hérissés de noires forêts. Les Scythes et les Phrygiens- prétendent au rang de la plus haute antiquité' , parce qu'ils habitent dès lieux élevés. Les monts sont sacrés et respectés comme les berceaux vénérables de l'humanité, comme là patrie et le séjour des Dieux. Les peuples les plus anciens vécurent ou vivent encore sur les montagnes. On y trouve les langues les plus variées. Elles furent le théâtre de la première culture et des premières villes. Les documens sacrés même le confirment partout. Le Paradis terrestre , d'où découlaient les plus grands neuves, devait être situé dans une région très-élevée.
Avec le tems les montagnes se détruisent. Leurs débris forment les plaines, les remplissent , les agr grandissent. Leur hauteur et les traces de destruction qu'elles portent, donnent la mesure de leur antiquité. C'est pourquoi les masses de montagnes les plus remarquables, de l'ancien monde sont celles de la Suisse, de l'Arménie et de l'Inde septentrionale.
En considérant le Saint - Gothard comme le point central de la Suisse, ce pays est situé environ 3500 pieds plus bas que l'Arménie , et ce dernier, à son tour, est de 3 à 4 mille pieds au-dessous des hauteurs de l'Asie orientale. D'après cela, l'Asie orientale doit être sortie des eaux beaucoup plus tôt que le centre de l'Asie , et l'Europe beaucoup plus tard que cette dernière contrée. La proportion des destructions fournit à peu près Tes mêmes résultats. La chute de plusieurs montagnes de la Suisse dans les derniers tems , est connue.
Cependant, ces catastrophes y sont en général assez rares, et le Montblanc s'élevant orgueilleusement au-dessus de tous les autres , brave encore l'action des élémens. Quand des milliers d'années auront rongé ses flancs, il s'abaissera à son tour, comme le Sipylus et d'autres montagnes de l'Asie.
Les effets de la destruction sont beaucoup plus évidens et plus frappans dans les montagnes -de l'Arménie , principalement sur l'Ararat. D'énormes fentes dans les grandes masses de ses rocs , des immenses monceaux de brèche , de sable , de graviers , sont des preuves certaines de sa haute antiquité. Mais c'est dans l'Asie orientale que le brisement et le broyement, qu'ont éprouvés ses montagnes , paraissent sous les formes les plus terribles.
Là , des rocs de granit sont transformés en plai teaux et tellement décomposés , qu'ils se dispersent comme des brins de paille au gré des vents et des orages.
Dans
Dans les tems primitifs , les sommités des montagnes n'étaient ni agrestes, ni stériles; élites n'atteignaient pas encore à la- ligne des neiges éterneltes, L'océan qui couvrait à une grande hauteur le reste? du globe, rendait plus tempérée la- couche 1 d'air qui les enveloppait, et qui était à peu 1 près pareille à celle qui règne maintenant sur le» piailles. La chaleur et la fertilité' en étaient les' suites nécessaires; -mais l'abaissement de la mer entraîna aussi 1 celui de cette cQuche d'air qui fat remplacée surla croupe des monts par une autre plus subtile et plus froide. La neige, la pluie, la grêle s'y formèrent. La terre fertile fat emportée par les eaux. Le roc primitif ' parut alors dans sa raideur nue, froide et aride. Les plantes., lès animaux , les Hommes., s'enfuirent dans les plaines devenues. productives et riantes. Mais il s'écoula un long espace de tems avant qu'elles fussent habitables , lorsque , poussé par sa multiplication , les changement du climat et les besoins d'une plus grande quantité de productions de la nature pour le soutien de son existence , le genre humain commença à émigrer de son pays natal dans l'Asie orientale ; il prit pour guides lès chaîhes~dès montagnes et s'étendit en les suivant, dans l'Asie méridionale, et occidentale, et dans l'est et le sud-ouest. dé l'Europe. Des siècles s'écoulèrent avant que toutes les plus grandes montagnes de l'ancien monde furent peuplées; et ce n'est que dans la suite , que les lieux les plus bas furent occupés en partie par des nouvelles émigrations sorties de l'Asie , ce berceau des humains.
Les races originaires se maintinrent toujours le * plus long-tems sur les montagnes , et c'est encore, là que se réfugièrent les premiers habîtans des plaines , à l'approche de nouveaux arri vans. C'est là qu'ils défendirent long-tems leur liberté ; mais eu-, suite ils tombèrent dans la barbarie et dégénérèrent ' en hordes de brigands , qui opprimèrent les peuples des vallées. Enfin, ils succombèrent aux armes des étrangers , ou repoussés par eux , se répandirent à leur tour victorieusement dans d'autres pays.
Ces opinions de l'auteur sus -mentionné sont déduites avec une grande richesse de connaissances , et il travaille actuellement à un nouvel ouvrage encore plus détaillé sur le même sujet. Nous devons convenir cependant , qu'il ne jette que bien peu de lumières sur notre patrie , dont l'histoire est encore si jeune, qu'elle ne nous donne aucune notion sur ses premiers habitans. Ce n'est que sous : les Romains que l'on commence à faire mention d'Helvétiens et de Rhétiens sur nos montagnes. Leur origine, leurs moeurs, leur langage, le degré ' de leurs lumières sont encore enveloppés de doutes. ' Les noms de nos villes et de nos monts ont quel- [ quefois une couleur celtique ou romaine; mais le plus souvent ils paraissent être d'origine allemande et dater des invasions des Bourguignons et des Allemanniens , depuis la fin du quatrième siècle de notre ère.
Le tableau du pays des montagnes dans les teins ' primitifs est affreux.
„ Des collines innombrables de sablé et de Ii- „ mon étaient couvertes de plantes aquatiques , de j, coquillages , de poissons et de troncs d'arbres „ pourris. Au nord et au midi , des marais offraient' » des gouffres profonds. Des arbres élevés , d'une „ circonférence inouïe, couvraient de leurs épaisses „ forêts des déserts sans fin. Les fleuves se pré- „ cipitaient avec impétuosité, sans être contenus „ dans des digues. Les lacs nombreux étaient bour- „ beux. Au-dessus de la surface des eaux roulaient ; , des nuages obscurs , froids et pestiférés. Les „ plantes , comme dans tous les pays incultes , „ contenaient des sucs malfaisans. C'est d'elles que „ les insectes, les vermisseaux, les reptiles tiraient' „ leur venin; ils étaient d'une taille extraordinaire, „ Les élémens se déchaînaient contre les côtes in- „ constantes et variées à chaque instant. Long-ten» ,i le cri des vautours, le mugissement des buffles, „ le rugissement des ours troublèrent seuls l'af- • : , freuse solitude des montagnes; long - tems un ., silence lugubre régna dans les pays déserts du „ septentrion (dans la chaîne des Alpes). " ( # >
La tradition se, glisse timidement dans la nuit de ces siècles obscurs. Elle parle d'un lac , qui s'étendait depuis, le pied du Stockhorn jusqu'à Belp et Seeluofen (**) à proximité de Berne. 11 se joignait
(*) Voyez Histoire des Suissesse J. de Mû! 1er, tom. I, pag. 49 et suiv. de la traduction française.
(**) Ce" dernier endroit se nommait jadis, a ce qu'on assure, Seehofen (ferme du lac}.
peut-être à celui de Thun. A Mùhlîdorf et Kirchdorf , du côté de Thurnen , quelques prairies portent encore le nom de Seematten (prairies du lac) A Gurzelen, il y aurait eu un château au bord de cet ancien lac. On reconnaît évidemment à Munsingen et Kiesen, sur la route de Thun, des traces d'antiques rivages. Le lac de Thun pre'sente encore sur les rochers de ses rives escarpées , à plusieurs, centaines de pieds au-dessus de son niveau actuel, les effets des rongemens de ses ondes. Les mêmes traces de l'action des eaux se montrent aussi à. une grande hauteur sur quelques parties des rochers de I.auterbrunnen. Les lacs de Thun et de Brienz n'en formaient qu'un seul. Le petit vallon de Hasli im Grand offre l'aspect du bassin d'un autre lao , et trois ou. quatre différais ravins , formés par l'Aar sur le mont peu élevé du Kirchhet , indiquent l'abaissement progressif des eaux. La vallée entière que traverse la route du Grimsel était une suite de réservoirs d'eaux, placés graduellement les uns au-dessus des autres, dont les digues naturelles se rompirent peu à peu , et dont les flots se déchargèrent dans le canal commun de l'Aar , et s'écoulèrent dans les vallées inférieures.
Pendant des siècles , ces bas fonds restèrent dans un état marécageux , ou furent couverts par ■ de sombres forêts , ou traversés par des torrens impétueux. Les cotes dos montagnes seules offraient la possibilité d'établir des habitations. La beauté des sites autant que la sûreté attirèrent probablement les premiers colons sur les croupes et sur les pentes
les plus élevées. Quelques cavernes , une route et les traces d'un pont, qui portent encore le nom de caverne , route et pont des Payens (Heidenlôcher , Heidenweg, Heidenbrûcke) , sont peut-être des restes de cette première population. Il faudrait
alors se représenter ces pr — : — i— *-ti— -
des Troglodytes , vivant dan:
Si c'était une race d'homi expliquerait les cavernes • lôcher), que l'on montre fi décidé si ces nains , qui j
dans toutes les traditions de l'Oberlawt ..n'étaient que des gnomes fabuleux. On leur attribuait des connaissances en botanique et en hygiène. Mais le récit extraordinaire qui se trouve dans Wagner(*) et d'autres auteurs, rentre tout-à-fait dans le domaine de l'imagination. Ils rapportent qu'on à decouvert , en l'an 1460 , à la profondeur de 100 coudées , dans la tranchée d'une miné dans les montagnes du canton de Berne, un vaisseau avec ses ancres , rempli de 9,$ ou 40 corps humains pétrifiés j d'ustensiles de bois aussi pétrifiés , et même de 27 casques de fer et d'autant de hallebardes. Jamais la tradition , ni des recherches bien constatées n'ont donné aucune consistance à cette fable.
L'inclination qu'ont les Allemands à habiter sur les montagnes , à s'y établir , est si ancienne , qu'on
(*) Voyez son Hiitoria nafuralîs Heîvetisa curiosa , Tiguri 1680, pag. 356. Il cite Baptista Fulgosna Collect., aeu Dictor. et Faotdr. > X. I , chap. 6,
pourrait , peut-être avec quelque fondement , la ranger parmi les traits du caractère originaire de cette nation.
Dans la grande transmigration des peuples nommés Barbares, les Bourguignons (Burgundîones)) peuple de race Vandale (*) remontèrent, depuis les Gaules, le mont Jura et pénétrèrent dans les vallées des Alpes Pennines , après s'être rendus maîtres de tous les pays , qui s'étendent depuis les bords de la Loire jusqu'aux neiges éternelles du Grimsel. Le général romain Aétius leur céda par un traité ceux qui sont situés aux pieds des Alpes , qu'avaient habités les Allobroges et les Helvétiens. Ils paissaient au loin leur bétail dans ces contrées abandonnées. Le lac de Thun conserva jusques dans le moyen âge sa dénomination . vandaltque (Lacua vandalicus), nom qull portait certainement avant que la ville de Thun Fut bâtie.(**)
Sur ses rivages , l'on voit encore l'antique tour de Strâttlingen , ancien manoir héréditaire , ou
■ O Voyez Plinîi Hist. nat. Lib. IV, cap. 28, éd. Bip.
4 et Mnl 1er , Histoire des Suisses , Tom. I , pu*. 187 et suiv. Laztua, de migra tionibus genliuro, prsfàt. psg, m. 1.
(*») En allemand IVendel.See , Wenden. ou Wandeï. Set. C'est ainsi qu'il est désigné - dans la chronique manuscrite de la vieille église d'F.inigen , que Millier appelle aussi la chronique de StrStllinj;en, Ebel ,tom. IV, article Lac de Thun de son Manuel , place cette dénomination positivement dans le septième siècle.
plutôt séjour favori de Rodolphe I , fondateur . du nouveau royaume de Ia Bourgogne transjurane. Je me permettrai quelques doutes sur l'opinion de Ramond , (*) qui voit dans les noms de Wendenthal et Wendenberg (la vallée et la montagne de Wenden ) au fond de la vallée de Gadmen , encore des monumens consacrés à la mémoire des Vandales ou Vendiles. Cependant, ce n'est point absolument impossible ; mais on ne peut pas décider jusqu'où les Bourguignons ont pénétré sur la rive droite de l'Aar. L'Aargau ( Argovie ) s'étendait jadis jusques à l'endroit où est maintenant la ville de Thun et où la rivière sort du lac. Sur la rive gauche de l'Aar commençait le Nuchtland , qui n'a probablement pas tiré son nom du peuple des Nuithones , (**) puisque l'on écrit aussi Ueehtland ou Oechtland. Il paraît plutôt que ces mots signifiaient en général dans l'ancien langage un terrain marécageux , inculte et désert. Muller, dans son Histoire de la Suisse , L. I, chap. 12, dit, en parlant de l'an 879 jusqu'en 1033 : „ Depuis les lacs qui » baignent le Jura jusqu'aux rives de l'Aar était „ un Ueehtland en grande partie désert entre des » forêts marécageuses. " Au chap. 6, il appelle ces contrées le désert helvétique, ce qui confirme cette interpréta don.
(*) Voyez Lettres de Cote, etc.; traduction de Ramond ,
Totu. I, pag. 2S0.
(**) On trouve ce peuple dus Tacite Gerraan. c. 40 ,
et l'on se plaisait a faire dériver sa dénomination de
Nuchtland. Stumpf le fait aussi dans sa Chronique suisse, Vol. IV, chap. 2S, d'après Rlieuanus.
De l'autre côté de l'Uechtland et de l'Aar, dans ' l'Argovie ( canton de l'Aar ) , le pays était habité par les Allemaniens , qui parcouraient en peuple pasteur leurs pâturages communs arec leurs bestiaux.
Ils n'estimaient que ceux-ci et leurs armes. Us détruisaient les villes et vivaient de' rapine. Mais on ne peut pas fixer l'époque où les Allemaniens et leurs vainqueurs , les Francs , pénétrèrent dans la région de nos hautes montagnes.
Trois autres traditions font descendre leurs habilans de l'Italie , de Rome et de la Suède. Suivant la chronique allemande d'Etteriein , imprimée à Bâlë en 1764, des Goths battus par Bélisaire vinrent s'établir dans le pays d'Uri. C'étaient , dit-il, quelques puîssans Seigneurs , de race princière , avec leurs serviteurs. Des Romains chassés de leurs foyers par des discordes intestines , ainsi que par les Goths et les Huns , se réfugièrent dans l'Unterwalden. Des Suédois , ayant émigré de leurs régions boréales , vinrent se fixer dans le pays de Schwytz et dans l'Oberland. Nous en parlerons plus au long dans le cours de l'ouvrage.
4) Ces vues générales suffiront pour prouver qu'une foule de connaissances préliminaires deviennent utiles aux voyageurs dans l'Oberland, tant étrangers qu'indigènes 9 et pour leur faire sentir
eombîen elles peuvent ajouter a l'intérêt d'une excursion de ce genre, et à combien de découvertes curieuses elles pourront conduire celui qui voudrait s'appliquer â faire quelques recherches.
Nous réservons encore d'autres points de cbrù'paraison pour le corps de notre ouvrage. Là mythologie des Alpes, l'architecture dès maisons dans. i'Oberlaiid , l'interprétation dés noms des montagnes* les végétaux , les animaux considéras sous le point de vue dé leurs formes les plus générales, sont quelques-uns des objets qui nous en fourniront là matière, et dont, jusqu'à présent, on n'a traité que d'une manière défectueuse ou trop scientifique.
Nous allons donc terminer cette longue introduction par quelques avis ou règles de conduites , que nous recommandons aux voyageurs , tant d'après Ebel t Reichard et Heidegger, que d'après notre propre expérience et les observations que nous avons pu faire.
à) 11 ne faut pas se ranger dans une des classes principales de voyageurs que Yorick désigne , telles' que le voyageur simple, le voyageur oisif, curieux, menteur, orgueilleux, vain, hypochondre, etc. Si l'on veut absolument avoir une place dans son registre , je conseillerais d'être un voyageur sentimental , c'est-à-dire , de voyager avec sentiment , d'observer avec réflexion , même les petits objets , de rechercher le vrai sens de tout ce qu'on remarque dans la nature et dans les ouvrages des hommes.
, Avoir l'esprit serin et content , et du courage , voilà la première loi d'un pareil voyage. *
1} Que l'on ne s'associe pas avec des compagnons humoristes, atrabilaires, ou que l'on ne connaît pas. N'est-ce pas une des plus grandes jouissances dans les voyages que de se sentir libre , dans une espèce d'état de nature , et de ne pas être rappelé à chaque instant aux entraves , aux ennuis qu'imposent les convenances dans la société ? J'ai toujours préféré pour compagnons de voyage les naturalistes et les peintres. S'ils s'arrêtent quelques fois , l'on peut prendre de l'avance et les attendre là où l'on trouve soi-même quelque chose de remarquable.
c) Que l'on ne se presse pas. — Un voyage n'est pas un défi à la course. C'est une folie que de vouloir gagner sur les heures ; on perd d'autant plus de vrai plaisir. C'est surtout à la montée que la précipitation est toujours pernicieuse. Il faut , en gravissant une montagne , se retourner souvent , et l'on jouira dans une heure de dix points de vue différens et enchanteurs. II est insensé de vouloir se réserver le plaisir de la surprise pour le point le plus élevé. On verra alors une carte géographique au lieu d'un délicieux tableau de paysage de Poussin , de Claude Lorrain , de Salvator Rosa , ou d'un charmant dessin de Gessner ou d'Aberli.
d) Il faut, autant que possible , gravir les montagnes le matin, du coté de l'occident; le soir, du
côté de l'orient. H faut, si on le peut, profiter des forêts pendant lea chaleurs du milieu du jour, et ne pas perdre la fraîcheur des matinées , afin de ne pas trop souffrir de l'ardeur du soleil qui se concentre dans les vallées. Si l'on doit traverser des neiges ou des glaces , il vaut mieux que ce soit le matin , avant que la chaleur les ait ammoHies» Il faut les éviter tout-à-fait par un tems doux et humide. II faut tâcher de se trouver au milieu du jour sur des hauteurs bien aérées.
* ) Il ne faut pas se hasarder sur les glaciers quand il vient d'y tomber de la neige, qui cache alors les crevasses dangereuses. On doit en général les parcourir avec beaucoup de circonspection , surtout ceux qui sont en'pente. On peut se munir dé longs bâtons ou de perches , ainsi que de cordes , et même d'un crêpe noir ou vert pour garantir les yeux.
/) Les torrens des forêts ne sont ordinairement pas guéables et sont très-dangereux après de fortes pluies , parce qu'alors les eaux creusent le terrain dessous les pierres sur lesquelles on doit poser le pied, et les rendent mouvantes.
g) Que l'on s'éloigne le moins possible de son guide. Qu'on ne lui permette pas d'aller trop loin en avant ou de rester trop en arrière , même lorsqu'il affirmerait,que l'on ne peut pas se tromper de chemin. Les guides connaissent si bien la bonne route , qu'ils ne font presque aucune attention aux sentiers latéraux, et ils vous assurent qu'il est impossible
ira
de manquer la première, tandis que, sans eux ; on se trouve au bout de quelques minutes incertain de celle qu'on doit choisir entre deux ou trois qui se présentent , et que l'on court le risque de s'égarer.
A) Que l'on ne se laisse pas entraîner 2 se dévier pour gravir dés sommités ou des rochers qui paraissent rapprochés et nullement dangereux. La vue trompe d'une manière incroyable, Là, où l'on n'apperçevait de loin que de petits cailloux , on trouve d'énormes quartiers de roc que souvent l'on ne peut ni traverser ni contourner. Ici , l'on croit arriver au bout d'un demi-quart d'heure et la distance s'étend â des lieues entières. Si l'on veut s'écarter des chemins ordinaires et principaux , il faut faire son plan d'avancé , le concerter et le calculer mûrement avec un guide bien instruit ou avec des gens du pays , sans quoi , l'on s'expose à des désagrémens.
i) Si l'on veut s'arrêter pendant une journée entière, il vaut mieux le faire où l'on se trouve bien et où l'on se sent retenu par un certain attrait, auquel on fera même très-bien de céder, quand on n'en aurait pas eu l'intention. Un jour de repos passé tranquillement sur un haut pâturage alpestre , tel que la Scheideck, dans un village de montagne, tel que Mûrrèii , dans un hospice comme celui du Grimsel , se familiariser ; s'associer avec le peuple des Alpes , observer avec intérêt et sentiment les travaux des vachers pendant toute une journée ,
tfJt .
contempler le lever du soleil , ses derniers rayons à son couchant , la magie des effets de lumière , se pénétrer du spectacle sublime de l'activité infatiguable de la nature, n'est-ce pas se transporter dans l'âge des Idylles et en savourer toute la félicité ? Mais les vallées aussi sont pleines de charmes*, Que de chaumières, de cascades, de fontaines, de rochers , de ponts , de groupes d'arbres vous enchantent dans ces champêtres vallons. Dans chaque hameau , autour de chaque cabane isolée , vous retrouvez tous les tableaux de Kônig et de Freudenberger. Vous retrouvez surtout les scènes les plus délicieuses dans les villages de Bônigen , de. Ring-: genberg , de Meyringçn ; mais ce n'est pas en les traversant à la course , ce n'est pas tous les jours , ni sur tous les points, ni sous toutes les teintes de lumière.
i ) On éprouvera une. bien grande jouissance si l'on se trouve -dans les. hautes montagnes par un beau et plein clair de lune. Toutes les images d'Ossian, ses Morven, Lochlin, Sel ma Se présentent à vos yeux sur leurs trônes de nuages. Le mugissement des torrens au milieu du silence de la nuit ,■ la majesté de ces masses colossales, qui se dessinent dans l'ombre, les clochettes des bestiaux sur les montagnes , le tonnerre des avalanches dans les glaciers , rempliront votre ame d'une profonde et douce mélancolie.
/) Que l'on n'oublie jamais que la Toute-puissance infinie de Dieu règne et agit dans, ces mon-
tagnes. L'idée 'sombre et monotone d'an désert doit céder à la pensée qu'il est l'attelîer immense et solitaire de la Nature toujours active'' et puissante. Elle semble repousser les humains avec leur chétive industrie loin de ses palais aériens , par la rudesse âpre et sauvage de leurs alentours, afin de préparer , de travailler , d'opérer sans témoins , ce qui ne se manifestera pour notre bonheur qu'après des milliers de siècles révolus. Souvent la destruction d'un monde primitif produit le germe de la félicité d'un plus heureux avenir. Dans les débris des rochers sont confondues mille vies passées et futures. La même mousse couvre le sol d'une foret qui n'existe plus , et d'un autre qui doit renaître.
m) Il faut apprendre la manière de contemple^ les montagnes. „ Lorsque nous voyons pour la pre- „ mière fois de tels objets , dit Gôthe dans ses lettres „ de la Suisse , l'ame commence à s'étendre. Elle „ éprouve un plaisir douloureux, une espèce de ; . plénitude qui l'émeut et lui fait répandre des „ larmes voluptueuses. Elle s'agrandit sans le sa- „ voir par cette opération et n'est désormais plus „ susceptible de cette première sensation. L'homme' „ croit y avoir perdu, mais il y a gagné. Ce qu'Si „ a perdu en jouissance, il l'a acquis en accroisseu ment intérieur. "