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Voyage dans l'Oberland bernois

Ce petit Atlas de poche fait partie du Voyage dans rOberland, qui se trouve chez le même Editeur et qui peut être considéré comme le commentaire détaillé de ces cartes. Dans l'ouvrage même , les voyageurs trouveront une introduction , qui , à côté d'autres objets, leur indique en détail ce qu'ils ont à faire avant de se mettre en route , pour voyager avec plus de fruit , de commodité et à moindres fraix. On y a traité de la durée du voyage , des secours littéraires , des cartes géographiques , des guides , de la manière de pourvoir à la faim , à la soif, à la fatigue ? aux vétemens de Y argent nécessaire et de son cours , et enfin des distances les plus importantes. Afin que le texte de l'Atlas ne devienne pas aussi un gros volume, nous n'ajouterons ici que quelques mots à l'égard des guides et de quelques distances.

Nous donnerons une explication particulière de chacune des dix feuilles dont cet Atlas est composé, après avoir fait encore quelques observations générales.

Cinq de ces feuilles sont des cartes proprement dites les cinq autres sont des pians , des dessins et

des contours de différens genres. En adoptant pour les titres et les observations la langue française , on a cependant conservé les noms allemands, et leur véritable orthographe dans cette dernière langue , parce que les endroits désignés n'ont pas , comme beaucoup d'autres en Suisse, des noms français , différens de ceux qu'ils portent en allemand , ainsi que Morat en allemand Murten ; Av anches y en allemand TVifflisburg ; Payerne, en allemand Petterlingen. Ici il serait ridicule d'ap-. peler le Stochhorn , corne de bâton ou corne de tronc y le Wetterhorn, corne du temSj et le Staubbach , ruisseau de poussière.

L'ordre dans lequel les cartes de cet Atlas sont placées est celui qui probablement doit être le plus utile aux voyageurs. En premier lieu dans le Nro. 1 nous donnons une vue des montagnes de l'Oberîand, telles qu'on les voit depuis Berne \ ensuite dans îe Nro. 2 une échelle de la hauteur des montagnes et des endroits les plus remarquables de cette contrée; on y a joint les mesures de quelques autres localités , afin de pouvoir faire des comparaisons. Au Nro. 3 commence la suite des petites cartes, par celle du pays entre Berne et Thun. Le Nro. 4 représente le lac de Thun. Dans le Nro. 5 on voit l'attrayante contrée autour d'Interlacken , où les voyageurs se plaisent à s'arrêter et d'où ils peuvent faire commodément des excursions dans les environs. Le Nro. 6 montre une esquisse de la vue dont on jouit depuis le Hohbuhl , et qui embrasse dans un contour agréable , la contrée pré-

cédente et rappelé avec exactitude l'un des points les plus intéressans qu'elle contient. Dans le Nro. 7 on trouve le lac de Brienz avec toutes les montagnes situées sur ses rives jusqu'aux glaciers. Dans le Nro. 8 sont représentées les régions supérieures des glaciers de l'Oberland, jusqu'au Vallais , avec le passage du Grimsel et la partie la plus élevée de la vallée du Rhône. Le Nro. 9 donne sur une pins grande échelle , une vue du Faulhorn dans la vallée de Grindelwald , prise dans la proximité lapins rapprochée des hautes montagnes, et de manière à ce que l'on peut mieux distinguer leur liaison en tr 'elles. Enfin dans le Nro. 10 on a retracé quelques-nnes des attitudes de nos lutteurs, afin de donner le tableau fidèle d'un exercice qui n'est pas assez connu , mais dont les voyageurs auront peut-être l'occasion de voir le spectacle.

La petite gravure sur le frontispice de l'Atlas , représente l'Hospice du Grimsel , dont l'image se retrace involontairement au souvenir de ceux, qui se sont une fois reposé de leurs longues fatigues sur cette montagne et dans cet azyle solitaire.

Quatre des cinq petites cartes ont été dessinées par Mr. Sigismond Wagner de Berne , le Nro. 8 l'a été par Mr. Scheurmann d'Aarau. Toutes ont été examinées avec grand soin et corrigées par des géomètres et d'autres connaisseurs en topographie de notre patrie. Enfin les empreintes , non encore achevées , ont été complettées et rectifiées sur les lieux , pendant un voyage dans l'Oberland en 1815. Malgré cela nous n'avons nullement la pré-

tention de livrer au public un ouvrage parfait. Bien au contraire nous allons indiquer franchement ce que Ton peut encore attendre de travaux à venir, et ce que nous n'avons pu exécuter en entier.

1. Avant tout il manque encore une mesure trigonométrique exacte de la contrée de nos Alpes bernoises , au moyen de laquelle on pourrait fixer d'une manière bien positive la situation , et les distances des lieux 5 des sommités et des principaux villages. Lorsqu'une fois les travaux géodésiques, que Mr. le Professeur Trechsel a commencés par ordre du Gouvernement de Berne auront été achevés , ou que Ton ait seulement publié ce qu'il a déjà exécuté , il sera facile d'ajouter avec précision , à une pareille esquisse, les détails topographiques.

2. En second lieu on ne connait point encore suffisamment les régions les plus élevées de nos montagnes , on ne les a point encore parcourues avec assez de soin pour pouvoir indiquer la direction de quelques-uns de leurs chaînons , la situation et l'étendue de quelques parties des glaciers , des forêts , et des rochers des Alpes , d'une manière aussi exacte , que l'exigeraient des cartes géographiques.

3. On n'a point encore désigné avec assez de précision le cours de quelques torrens et leurs ravins, ni quélques petits lacs sur les montagnes , ni quelques ruisseaux qui n'ont de l'eau qu'une partie de l'année, ni d'autres, qui coulent sans interruption, et qui sont cependant intéressans sous plusieurs rapports.

4. On n'a pas indiqué tous les sentiers et toutes les routes les plus importantes , qui parcourent les Alpes , tant celles que pratiquent les bestiaux que celles qui ne sont qu'à l'usage des hommes.

5. On ne possède point encore assez de mesures exactes des hauteurs ? au moyen desquelles on pourrait indiquer mieux qu'on ne l'a fait jusqu'à présent, les rapports mutuels des élévations plus ou moins grandes et les rendre plus évidens.

6. Il y a enfin encore de grandes lacunes dans les milliers de dénominations qui devraient principalement fixer la topographie. D'un côté quelquesunes manquent tout-à-fait , ce qui d'ailleurs aura probablement toujours lieu dans les cartes d'une échelle médiocre, de l'autre les noms les plus ordinaires et les plus reçus ne sont pas encore déterminés assez positivement et d'après des principes stables. Mais comment aussi pourrait- on y parvenir ? La même montagne porte , dans trois ou quatre vallées , des noms différens ; une autre avait encore de mémoire d'homme une dénomination toutà-fait différente de celle qu'on lui donne à présent. D'autres n'ont pas encore de nom générique , et l'on n'en donne de particuliers qu'à quelques-unes de leurs parties , tandis que l'on serait souvent absolument dans le cas de nommer l'ensemble. Quelques fois la prononciation et l'orthographe des noms existans est tellement vague 5 que l'on ne sait à quoi s'en tenir.

Doit-on remonter à la signification ou à l'étymologie des noms , ou doit-on faire imprimer le mot cor-

rompu par l'idiome ou l'habitude du peuple de la contrée ?

On pourrait admettre que les noms consacrés dans les anciens documens sont les véritables et qu'on y trouverait la source la plus sure des dénominations, mais on ne peut pas même toujours s'y référer. Souvent ces noms ont vieilli , sont tombés en désuétude , ou ont été tout-à-fait changés contre d'autres plus récens. Souvent aussi ils ne sont pas écrits de même dans les différais actes, ou bien ils sont inlisibles , ou enfin employés d'une manière si vague , que l'on ne peut pas décider avec certitude à quelle localité ils s'appliquent.

Si nos petites cartes participent plus ou moins à tous ces défauts , on ne notis en fera pas un crime , si l'on considère qu'aucune fortune particulière ne pourrait atteindre aux fraix du mésurage exact d'une étendue de pays aussi grande et aussi difficile à parcourir , ni à d'innombrables recherches dans des milliers de documens.

En poursuivant strictement notre but d'indiquer au voyageur tout ce qui peut lui être nécessaire et agréable , nous pouvons affirmer que nos cartes sont infiniment plus riches en indications de routes , de villages , de montagnes , de pics , de ruisseaux , de cascades , que nulle autre carte de l'Oberland qui ait paru jusqu'ici , et que nous avons mis plus d'attention à l'orthographe des noms , et à leur position sur la carte , qu'aucun de nos dévanciers. Mais nous sentons bien , que nous n'avons

pas pu tout-à-fait atteindre notre but , et que l'on pourra encore nous reprocher quelques fautes d'omission ou d'inexactitude. N'est-il pas arrivé souvent que deux ou trois personnes et même un plus grand nombre ont été réciproquement en contradiction sur des noms , quoique se trouvant sur les lieux mêmes ? Plusieurs parties de nos cartes ont été changées jusqu'à trois fois , même effacées sur la planche , rectifiées et peut-être aussi falsifiées. Des gens qui avaient habité toute leur vie la contrée , se trompaient quelque fois lorsqu'ils nous indiquaient de mémoire des changemens à faire. Il nous a été impossible d'évaluer au juste l'importance de tels noms , que nous aurions peut-être tout aussi bien fait d'omettre. Quelquefois la petite échelle de nos cartes ne nous permettait d'insérer qu'un ou deux noms , tandis que nous avions le choix entre une douzaine. Auquel devait-on donner la préférence ? Il fallait éviter la confusion qu'aurait produit un trop grand nombre de mots y et laisser la place nécessaire , pour ombrer le dessin et pour les noms les plus importans.

Leur petite dimension avait en général l'inconvénient, de nous forcer à omettre plusieurs indications et à ne pas désigner plus positivement , tels pics, tels rocs, telles parois ou terrasses de rochers que nous connaissions et dont nous avons fait mention dans notre ouvrage.

On pourrait encore nous faire un autre réproche , sur l'inégalité respective des échelles de nos différentes feuilles. Cela provient de l'impossibilité,

où nous nous trouvions, de réduire à un format commode , tout ce qui nous paraissait exactement nécessaire pour remplir notre cadre, de manière à ne pas trop distraire l'attention de l'objet principal. Le vallon d'Interlacken devait raisonnablement être dessiné sur une plus grande échelle ? que toutes les autres cartes , parce que c'est là que la plupart des voyageurs séjournent le plus tong-tems. Les feuilles Nro. 7 et 8 sont sur une échelle différente , parce qu'elles devaient être de la même dimension et qu'on ne voulait pas s'étendre au-delà des bornes du voyage indiqué. Il en est de même des Nro. 3 et 4 j qui sont aussi différens parce que chacun devait présenter un ensemble circonscrit et satisfaisant, et c'est ce que l'on a obtenu.

Nous voulions autant que possible faciliter l'usage de nos cartes , qui serait devenu pénible , si elles eussent été trop grandes et qu'il eût fallu les plier en plusieurs doubles. On n'a pas toujours le tems de s'asseoir et de déployer une grande feuille , pour chercher péniblement dans son espace le nom de quelques maisons.

A l'ordinaire on ne désire de s'éclairer , que sur les alentours les plus rapprochés de la place où l'on se trouve et dans ce cas là , les cinq sixièmes de la carte que l'on a devant soi sont superflus, et ne sont qu'un embarras dont on s'effraye et qui empêche de s'en servir.

Si quelqu'un désirait se représenter l'ensemble de nos cartes et leurs liaisons avec les contrées limitrophes , il pourra recourir à la Carte d'une partie

très-intéressante de la Suisse à V usage des voyageurs j, par J. H. Weissy Aarau 1796. Cette feuille part au nord de Kiesen sur la route de Berne à Thun et s'étend jusques au delà du Simplon dans la vallée de Formazza. À l'orient on y voit encore le village de Schùpfen dans lEntlibuch et celui \de Lungern dans le canton d ' Unterwalden , ob dem Wald. A l'occident elle pénétre fort en avant dans la vallée du Simmenthal, dans celle de Frutigen et jusques sur la Gemmi. Si l'orthographe des noms était plus exacte et qu'elle en eût deux ou trois fois d'avantage , elle ne laisserait presque rien à désirer. On pourrait même la couper en petits quarrés pour le voyage et elle serait alors plus commode pour la consulter sur les différens points , qu'elle ne l'est, dans son entier.

Nous n'avons pas négligé d'en tirer parti et nous avons même profité du grand Atlas suisse de Meyer autant qu'il pouvait avoir rapport à notre but. Nous avons aussi eu recours à la carte que l'on a publié , à l'usage du voy age de MM. Meyer sur la Jungfrau. Nous la considérons comme un auxiliaire très-utile à la connaissance des glaciers. Nous avons cherché à rectifier les parties principales de nos feuilles d'après les célèbres tableaux en relief de Meyer, à Berne et à Aarau, et nous n'avons épargné aucune peine pour nous procurer de toutes parts les renseignemens les plus positifs. Dans le Haut-Vallais un digne ecclésiastique , à la requête de M. Studer, Professeur à l'Académie de Berne , a eu la bonté de nous fournir plus de 40 dénominations ■de son pays., que nous n'avons pas même toutes in-

sérées , pour ne pas traiter plus favorablement cette contrée , que celles du canton de Berne.

Peut-être devons nous encore nous excuser visà-vis des géographes sévères , de n'avoir pas orienté nos cartes comme le sont ordinairement toutes les autres. Nous n'avons point voulu travailler pour la science exacte , mais uniquement pour la commodité des voyageurs , et nous nous flattons d'avoir heureusement atteint notre but. Il m'a toujours été extrêmement désagréable , de me servir des cartes ordinaires , en voyageant dans l'Oberland. Sans cesse lorsqu'on le parcourt, on se dirige tantôt à l'orient, au couchant ou au sud , tandis que sur la carte il faut toujours se diriger d'après le nord, ce qui impose à l'imagination ou à l'oeil une gène continuelle, lorsqu'on veut s'éclairer sur ce qui est du côté droit ou du côté gauche , en avant ou en arrière de soi. Quand on examinera nos cartes chez soi , dans son cabinet , on éprouvera peut-être quelqu'embarras , parce que le nord n'est pas placé en haut , mais certainement dans le voyage ou quand on sera de retour , on trouvera la manière dont nous les avons orientées , infiniment plus avantageuse , excepté cependant dans le cas ou les voyageurs entreraient dans l'Oberland par le Grimsel , le canton d'Un , celui d'Unterwald ou par le V allais.

Il faut encore observer , que nous n'avons pas pu indiquer partout les routes , les forêts et les hauteurs d'une manière parfaitement conforme à la réalité. Ces deux derniers genres d'objets auraient

exigé trop d'ombres, et de charge dans le dessin, si on avait voulu les représenter exactement tels qu'ils sont dans la nature ? ce qui aurait d'ailleurs été presqu 'impossible sur une aussi petite échelle. On s'est donc borné à indiquer superficiellement les forêts et les talus des montagnes , surtout ceux qui sont plus éloignés des routes ; on s'est même permis de les omettre quelque fois tout-à-fait , comme cela se fait fréquemment dans toutes les cartes. Quant aux chemins, on en a retracé plus que suffisamment, et nous ne reclamons de l'indulgence que pour n'avoir pas indiqué précisément toutes les sinuosités qu'ils forment sur la pente de quelques montagnes. Il en résultera peut-être le petit inconvénient , qu'en comparant les distances et en les mesurant avec le compas d'après l'échelle , on pourra se tromper sur leur véritable étendue et croire que telle , qui serait en réalité de 3 à 4 lieues , n'aurait tout au plus qu'une demi lieue de long. Enfin, on n'aurait jamais pu donner aux dessins de ces chemins , qui serpentent en divers contours , une pleine exactitude , et on aurait mis beaucoup de tems à l'essayer , en ôtant aux cartes une grande partie de la netteté de leur aspect. Il vaut donc beaucoup mieux consulter la description du voyage, à l'égard des distances , et l'on trouvera dans son introduction , les plus essentielles à connaître , pour parcourir l'Oberîand.

Relativement aux signes qui représentent les divers objets , on a laissé au graveur la liberté d'employer les figures , que l'on adopte dans toutes

les cartes géographiques; c'est ainsi qu'il a désigné les églises , soit paroissiales soit annexes , par un petit cercle surmonté d'une croix , les châteaux habitables par un quarré , ceux qui sont en ruines par un angle équerre , les cascades par une petite flèche, les sommités élevées par un zéro avec un point au milieu , les eaux minérales par un double croissant. On n'a pas indiqué les points de vue par un signe particulier , parce qu'il aurait fallu en mettre en trop grand nombre et parce que le texte du voyage en fait une mention suffisante.

Personne n'exigera sansdoute , de trouver dans une carte le nombre des maisons de chaque village, ni tous les chalets dont les Alpes sont couvertes. Quelque fois le graveur s'est permis de réunir trop d'habitations sur un point , afin de mieux faire remarquer un chef-lieu , comme par exemple à Grindelwald. Nous avons fait graver seulement quelques chalets que les voyageurs visitent ordinairement pour s'y reposer. Mais on est sûr d'en trouver sur tous les pâturages alpestres , seulement on ne peut indiquer positivement ceux qui sont habités , ou non , parce que cela dépend des saisons et du tems. Il faut s'informer d'avance pour ne pas être trompé, si l'on espère y trouver un repas ou une couche.

Préparatifs du voyage et veille du départ.

On trouvera dans l'ouvrage à'Ehel l'indication de ce qui est nécessaire pour un voyage quelconque dans les montagnes. Nous avons essayé dans 1 introduction du nôtre, d'indiquer avec plus de détail ce qui l'est

particulièrement pour un voyage dans FOberland. Si pour l'entreprendre, l'on part de Berne , ce que je conseillerais toujours presque sans exception , on pourra se procurer facilement dans cette ville tout ce dont on a besoin. On a bien aussi occasion de se pourvoir de certaines choses à Thun , à Meyringen et à Uuterseen. Des vétemens convenables , pas trop légers, mais forts et durables, sont un objet principal. On trouve des provisions de bouche dans chaque auberge , d'où Ton peut les emporter avec soi.

On ne peut presque pas se passer de quelques livres et d'une carte géographique. La quantité de bagage dépend des besoins et des habitudes d'un chacun et du tems que l'on veut passer en voyage. On peut bien le faire porter par ses propres domestiques , mais il faut absolument prendre un guide 3 aumoins la première fois. On peut attendre d'être arrivé à Unterseen pour s'en procurer. On va ordinairement en voiture jusqu'à Thun et l'on préfère aussi de remonter le lac de Thun en bateau, parce que la course à pied sur ses bords ne donne proportionnellement pas autant de jouissances , que de peine et de fatigue.

D'ailleurs , l'argent supplée à tout ce que l'on pourrait porter avec soi. Mais il y a de certains objets que l'on ne trouverait plus à acheter au delà de Thun. On a indiqué , en grand détail , dans l'introduction du voyage , les monnaies qui ont cours dans ce pays. Les grosses pièces d'argent, telles que les écus de France et de Brabant sont les plus commodes. En fait de petite monnaie il faut se

munir de celles de la Suisse , qui ne sont pas prohibées et surtout de celles au coin de Berne. Un nouvel arrêté du Gouvernement (de 1816) a défendu le billon des autres cantons. Ouant aux pièces d'or, celles de France , et les ducats de Hollande , sont les plus connues et les plus usitées. On trouve toujours moyen de les changer dans les principaux villages, mais on ne le peut que rarement dans les hameaux et dans les chalets. — Il n'est pas facile de préciser d'avance le montant des dépenses d'un pareil voyage. Nous sommes obligés; de convenir, que l'on fait ordinairement payer plus cher , les voyageurs étrangers , que les Suisses. Mais on aurait tort de vouloir juger des auberges dans les pays des montagnes, en les comparant avec celles du plat pays et de se plaindre de la cherté des premières* Ce n'est que pendant une très-petite partie de l'année, que les aubergistes des l'Oberiand peuvent faire quelque profit. Lorsque les étés sont froids ou pluvieux l'affluence dés étrangers n'a guères lieu que pendant deux mois *, même dans les meilleures années elle dure à peine pendant quatre ou cinq mois. C'est dans ce court espace de tems , qu'ils doivent gagner de quoi payer de gros loyers , couvrir les intérêts du capital qu'ils ont employé à l'achat des meubles et des ustensiles nécessaires , subvenir aux fraix du service , à l'achat des denrées. Le Vin surtout ? qu'ils sont obligés de faire venir de loin et avec des fraix de voiture énormes , leur revient très- cher.

Si l'on veut cependant faire d'avance un calcul

approximatif de ce que peut coûter jour par jour un voyage dans l'Oberland , il faut considérer la modération que Ton veut mettre dans sa manière de vivre et la société avec laquelle on doit voyager. Si Ton porte soi-même son bagage sur ses épaules , on peut s'associer avec trois ou quatre compagnons de voyage et ne prendre qu'un seul guide en commun , qui portera même si Ton veut , une charge de 30 ou 40 livres. Dans ce cas là le voyage se fera à très-bon marché. On peut faire des épargnes 7 en se servant du bateau du courier pour traverser les lacs et des petits chariots de la poste qui sont en usage sur quelques-unes des routes. Si Ton évite enfin les repas dans les auberges , si l'on sait se contenter fréquemment de laitage pris dans les chalets , deux écus de France (8 francs de Suisse) peuvent suffire à la dépense d'une journée , et avec 2^2 de ces écus (10 fcs. de Suisse) on pourra y subvenir très-commodément. Le guide coûte 4 fcs. par jour lorsqu'on ne paye pas sa nourriture , et ces 4 fcs. repartis entre quatre voyageurs ne font pas une grande différence dans la dépense journalière. On peut même encore lui donner un pourboire à la fin du voyage proportionné à sa durée. Si l'on s'engage à nourrir le guide et qu'on lui paye outre cela 2 francs par jour , on n'y gagnera rien? bien au contraire , cet arrangement pourrait induire à de plus fortes dépenses et donner lieu à des difficultés. Voyage-t-on avec sa famille, avec des femmes , des enfans et des domestiques , on pourrait compter pour ces deux dernières classes de personnes , sur une dépense de 5 francs par tête ?

et pour les maîtres , les grandes personnes , hommes ou femmes 10 francs ou plutôt 12 ou 14 francs par jour, parce qu'on est alors dans le cas de prendre des bateaux ou des voitures particulières, parce qu'on occupe plus d'appartemens dans les auberges, que Tony est envisagé comme étant de haute condition et qu'on y est réellement mieux servi. Dans ce cas là on pourrait bien dépenser jusqu'à deux Louis par jour et il ne faudrait pas même exiger à ce prix là des vins étrangers et des mets raffinés. Si l'on passe les montagnes à cheval, cela augmente encore la dépense. On demande six francs par jour pour un cheval avec son guide, et même quelquefois d'avantage selon les circonstances. Il est d'usage de payer autant pour le retour du cheval , ce qui est aussi le cas avec les guides qui accompagnent les voyageurs , et l'on ne peut pas le trouver injuste , parce que le retour employé du tems et qu'ils ne trouvent pas toujours l'occasion de gagner quelque argent en regagnant leur domicile.

D'après ces données il sera facile à chacun de faire le calcul de ce qu'il aura à dépenser , mais il est toujours prudent d'avoir en réserve une somme pour les cas imprévus , pour des petites dépenses inattendues. Il faut aussi penser à la chance d'un jour de pluie , qui vous forcerait à rester dans quelque auberge , ce qui est infiniment plus sage, que de s'opiniàtrer à continuer son voyage par un tems mauvais et dangereux qui prive de toute espèce de plaisir.

On

On peut employer la soirée ou toute la journée qui précède le départ , de la manière la plus intéressante à Bei*ne , en visitant la Bibliothèque et la galerie d'histoire naturelle où l'on voit un grand nombre de productions de nos Alpes , et quelques tableaux en relief qui représentent l'Oberland , et donnent par l'exactitude de leur exécution, la meilleure et la plus juste idée de ce pays. Une promenade à TEngi, d'où Ton a la vue des Alpes, que l'on se propose de visiter , terminera la journée de la manière la plus convenable et servira à s'orienter dans cette vaste étendue de montagnes. L'on peut se procurer deux différens dessins de ce point de vue , pris depuis FEngi ou Enge , avec les noms de toutes les sommités. L'introduction à notre voyage donne de plus grands détails sur toutes ces choses et le peu de mots que nous venons d'en dire , suffit pour les indiquer.

Plans de voyage.

L'on peut parvenir dans l'Oberland de divers côtés, ce qui donne lieu à tout autant de plans de voyage différens. Cependant on s'y rend le plus fréquemment soit par le lac de Thun , soit par la vallée d'Oberhasii y compris le passage du Brûnig. D'autres routes qui y conduisent , comme celle des vallées de Habkeren , ou de Frutigen , sont si peu commodes et si peu usitées , qu'elles n'entrent pas en ligne de compte.

La meilleure manière d'arranger et d'arrondir

le voyage est sans contredit d'arriver dans l'Oberland par la Furca et le St. Gothard , ou bien du Haut-Vallais par le Grimsel , et de le finir par le lac de Thun , ou bien vice versa de commencer par le lac de Thun et de finir au Grimsel. Cette dernière est la plus fréquemment pratiquée et nous nous y attacherons plus particulièrement , après avoir cependant donné aussi des conseils à ceux qui arriveraient d'un autre côté.

Si Ton est parti du canton d'Unterwaîd et qu'on ait traversé le Brûnig , on peut aller d'abord à Interlacken en passant par Brienz v depuis là on fait une course dans la vallée de Lauterbrunnen , puis au Grindelwald , de là dans la vallée de Kasli et enfin au Grimsel , d'où Ton peut se rendre sur le Gothard ou descendre par le Vallais , et si Ton veut , remonter encore la Gemmi et rentrer ainsi dans le canton de Berne. On peut aussi en suivant une marche opposée., aller d'abord du Brûnig à Mejrringen et de là sur le Grimsel , mais dans ce cas il faut redescendre la route du Grimsel jusqu'à Hasli im Grund , d'où l'on peut se diriger sur le passage de la grande Scheideck , qui conduit au Grindelwald, sans descendre tout-à-fait jusqu'à Meyringen. Du Grindelwald on peut se transporter à Lauterbrunnen par la Scheideck delà Wengenalp y et de là à Interlacken; dans ce cas là, on ne se répentira pas de faire un petit détour et d'employer une partie d'une belle journée, pour aller voir le Giessbach et Brienz, qu'on aurait laissé en arrière en suivant cette route.

Il faut s'arranger presque de la même manière, ,si l'on arrive à Gadmen par le passage du Susten en partant deWasen, village du canton d'Uri, situé sur la route du St. Gothard, et que l'on descend de Gadmen à Hasli im Grund dans la vallée de l'Aar. On sera encore dans le même cas , si Ton vient d'Engelberg par le Joch , dans la vallée de Gentel et de là à Hasli im Grund. On peut dans ces deux occasions faire une course sur le Grimsel, si Ton a envie de le voir , puis revenir à Hasli im Grund , traverser le petit mont Kirchhet , voir ensuite Meyringen ? passer les deux Scheideck mentionnées ci-dessus y arriver à Lauterbrunnen et finir par Interiacken et par une promenade à la belle cascade du Giessbach.

Si au contraire Ton vient du Vallais ou de la Furca ou du St. Gothard par le Grimsel dans la vallée de Hasli , on peut suivre des plans infiniment plus commodes et plus faciles , pour ne pas revenir sur ses pas. Il faudrait alors descendre jusqu'à Meyringen 5 remonter de là le Hasliberg et aller au Brùnig , pour gagner ensuite Brienz par la route ordinaire, et Meyringen en remontant le vallon. On prendrait ensuite la route des deux Scheideck susindiquées. Enfin si Ton vient de Berne , on peut suivre deux directions principales : ou commencer par Hasli et finir par Lauterbrunnen , ou vice versa aller d'abord à Lauterbrunnen et terminer par la vallée de Hasli. Dans les deux cas on passe par Unterseen et Interlacken , où Ton peut $e pourvoir de guides,

On peut régler les marches pour chaque jour» née suivant le tems que Ton peut employer pour le voyage en général et suivant que l'on est favorisé par la température. Nous renvoyons à notre ouvrage pour les principales distances , qui y sont indiquées , mais nous allons donner ici des plans, pour des voyages plus longs et pour des journées entières. Nous indiquerons d'abord la tournée la plus usitée et la plus convenable , qui commence par Lauterbrunnen , en la prenant pour base de toutes les autres ; chaque voyageur aura toujours la faculté d y faire les changemens qui pourraient lui convenir.

Tournée de quatre jours.

Si Ton veut courir comme un chamois , ne pas s'écarter d'un seul pas de la route , et y employer toutes les forces et toute la santé que l'on possède, on peut à rigueur voir en quatre jours , tout ce qu'il y a de plus essentiel dans l'Oberland \ mais notre conscience nous permet à peine de tracer le plan d'une pareille course.

Le premier jour on part de bon matin de Berne en voiture pour se rendre à Thun, on s'embarque à 8 ou 9 heures du matin sur le lac , on aborde environ à 1 heure à Neuhaus. L'on y dine, ou l'on va dîner à Unterseen. On se promène dans les environs. Puis l'on part à pied ou en voiture pour Lauterbrunnen où l'on couche. Comme on ne peut pas donner beaucoup de tems au Staubbach , on le voit sans effets de lumière et il parait insignifiant .

Second jour s'il fait beau , passage à pied de la jjetite ou JVengen-Alp-Scheideck pour aller à Grindelwald. Si le tems est mauvais , on retourne en chariot à Zweylûts chilien , et Ton se rend de la même manière à Grindelwald , où il faut tacher de visiter encore dans la journée le glacier inférieur. Si l'on veut prendre cette dernière route même par un beau tems , on peut rester encore à Lauterbrunnen jusques vers midi , et alors on verra dans la matinée le Staubbach bien éclairé.

Troisième jour. Passage de la grande ou Hasli- Scheideck en passant auprès du glacier supérieur. On peut faire cette traite à cheval. Arrivée à Meyringen. Il faut visiter en descendant, les cascades du Reichenbach.

Quatrième jour. Il faut partir en chariot de bon matin pour Brienz , s'embarquer à 7 heures sur le lac de ce nom , à midi au plus tard sur celui de Thun , prendre une voiture à Thun , en partir à 4 ou 5 heures pour retourner à Berne , ce que l'on fait facilement en 4 heures de tems. Il faut prendre ses repas sur les bateaux en traversant les lacs.

Ce voyage qui ressemble une chasse , me parait être le plus rapide , qu'il soit possible de faire. Quelques personnes sont cependant parvenues avec de grandes efforts à aller d'un jour de Lauterbrunnen à Meyringen et prétendent même avoir éprouvé encore beaucoup de satisfaction. La légèreté de quelques descriptions de voyage , pourrait faire soupçonner , quelles sont les fruits de pareils trajets , faits pour ainsi dire à tire d'aile, On pourrait

tout au plus pardonner à un coureur de profession de voyager aussi rapidement.

Tournée de cinq jours.

En augmentant le nombre des journées , on augmente aussi celui des jouissances. Si l'on en consacre cinq au voyage de l'Oberland, on peut suivre pour les trois premières le plan précédent. Dans la quatrième on pourra monter sur le mont Kirchhet, jetter un coup d'oeil sur le vallon deHasli im Grund, ou visiter la F nstere Schlauche (tranchée obscure), cette singulière gorge formée par l'ancien lit de l'Aar. On va encore dans la soirée en chariot jusqu'à Brienz, d'où l'on se transporte par eau au Giessbach , dont on admire les superbes cascades , et l'on se remet en bateau pour aller coucher à Interlackeu ou Unterseen , d'où l'on revient le cinquième jour très-commodément à Berne.

Tournée de six jours.

On peut consacrer selon son bon plaisir, le sixième jour que l'on ajoute au plan précédent, à la vallée de Lauterbrunnnen , à celle du Grindelwald , ou au Hasli. Si Ton se décide pour la première . on a le tems de faire un pélérinage dans le fond de la vallée jusqu'à la belle chute d'eau du Schmadribach , ou de monter à la cascade supérieure du Staubbach, ou bien au village élevé de Mùrren. Ces deux courses sont richement payées par le plaisir qu'elles procurent. On pourrait aussi en partant dlnterlacken gravir depuis Zweylùtschinen à Eisen-

fluh , se rendre depuis là à Mùrren et aller coucher à Lauterbrunnen.

Si c'est au Grindelwald , que l'on veut passer le sixième jour, on peut choisir entre une promenade à la mer de glace sur le glacier inférieur et une course sur le Faulhora d'où Ton a une vue immense. Depuis le Faulhorn on pourrait continuer sa route en suivant l'arête de la montagne sans retourner à Grindelwald , et gagner ainsi la grande Scheidech , et si l'on ne pouvait absolument pas atteindre Meyringen , être logé tolérablement pour la nuit au cabaret du Schwarzwald. Enfin si l'on veut jouir pendant ce sixième jour de la contrée duHasli, on peut aller dans la vallée de Gadmen et voir la nouvelle et superbe route du Susten \ ou bien l'on peut monter le Hasliberg , visiter les jolis villages situés sur sa croupe , aller jusqu'au Brùnig, redescendre depuis là à Brienz , visiter encore dans la soirée le Giessbach et atteindre même Interlacken , dont on a le tems de voir les environs le jour suivant*

En général on ne regrettera pas de consacrer le sixième jour au vallon d'Interlacken et à ses délicieuses promenades , dont le souvenir restera à jamais ineffaçable.

Tournée de sept ou huit jours.

Si Ton s'accorde un ou deux jours de plus, on peut encore aller dans le premier jusqu'à Unterseen , et voir très-commodément tous les beaux sites des environs de Thun , le petit bois dit, Bâchi-

hôlzlein , la caverne de St. Beat sur les bords du lac et aller même depuis Unterseen , admirer dans la soirée la vue de la colline du Rugenhubel,

On pourra consacrer deux jours à la vallée de Lauterbrunnen , d'après les indications données cidessus. Le quatrième, on passera la Scheideck delà Wengenalp. Le cinquième on pourra faire le tour des glaciers ou monter sur leFaulhorn dans leGrindeîwald ; le sixième on se rendra par la grande Scheideck dans la vallée de Rasli , où l'on séjournera une partie du septième, dans lequel on pourra encore atteindre Brienz ou Interîacken. Enfin le huitième on pourra retourner à Berne.

Si l'on veut employer les deux jours de plus à aller voir le Grimsel^ il faut voyager de la manière suivante. Premier jour : à Lauterbrunnen. Second jour : passage de la petite Scheideck. Troisième jour r passage de la grande Scheideck , mais au lieu de descendre à Meyringen , il faut à la hauteur du Zwirgi se détourner à droite , passer le mont Kirchhet et aller coucher à Y auberge de Hasli im Grand. Quatrième jour : à Y Hospice du Grimsel. Cin~ quième jour : au Sidelhorn, aux glaciers de l'Aar ou à ceux du Rhône , et coucher encore à l'Hospice. Sixième jour : retour jusqu'à Meyringen. Septième jour: à Interîacken. Huitième jour: retour % Berne. On peut aussi varier les courses du cinquième jour ou l'employer dans la vallée de Hasli, ou plus bas , suivant les plans précédens.

Grande tournée très-commode, de quartorze jours, que I on peut abréger ou varier suivant le tems et les circonstances.

Premier jour : Départ de Berne , déjeûner à Thun, voir le Bachïholzlein et la Schadau. Traversée du lac et en chemin la caverne de St. Beat. Coucher à Unterseen.

Second jour: Séjour à Unterseen. Promenade à Bonigen , de là par eau à Ringgenberg et retour à pied par le Hohbiïhl. Le soir , promenade sur le petit Rugen. (D'autres promenades sont indiquées dans Fouvrage).

Troisième jour: A Zweylutschinen en passant à Unspunnen et Wilderswyl , monter par la montagne à Eisenf'ih et Murren. Coucher à Murren.

Quatrième jour: De Murren par Gimmelwald à Stechelberg et à la belle cascade du Schmadribach. Ancienne mine à Trachsellauenen. Coucher à JLauterbrunnen.

Cinquième jour : A Ginndelwald par la TVengenalp. Vue de la Jungfrau et des deux Eiger. Coucher à Grindelwald.

Sixième jour : Sur le Faulhorn, ou visiter les deux glaciers. Coucher à F auberge de Schwarzwald.

Septième jour : Voyage au Grimsel , et coucher à V Hospice.

Huitième jour: Voir le glacier du Rhône , et retourner à Y Hospice „ ou visiter le glacier inférieur

de VÀar , (unéerer Àargletsche.r) .ou monter sur le Sidelhorn et retourner à Y Hospice.

Neuvième jour : Voyage à Meyringen. Voir en passant le défilé de la Jinstere Schlauche sur le. Kirchhet , en faisant un petit détour.

Dixième jour : Séjour à Meyringen, Voir le Reichenbach et toutes ses chûtes et les hauteurs au-dessus, vers Falcheren.

Onzième jour: Voyage par le Hasliberg et ses villages au Br'dnig. Redescendre dans la vallée de Hasli„ vers le pont de Wyler. Couchera Tracht ou à Brienz.

Douzième jour : Visiter le Giessbach et ses cascades. Navigation à Iseltwald et de là à Interlacken.

Treizième jour : Lac de Thun. En bateau jusqu'à Spiez , de là à pied jusqu'à Gwatt> (Bel/erive)^ à Amsoldingen ou aux bains de Blumenstein.

Quartorzième jour : Retour à Berne pour diner , en passant par Thurnen ; ou bien par le Gournigel^ et n'arriver à Berne, que le soir? ce qui est une forte journée.

Ce plan peut encore être étendu , si par exemple 5 on veut aller jusqu'au fond de la vallée de Lauterbrunnen et monter au glacier du Tschingelhorn, ou au lac d'Oherhorn, ce qui nécessite une couchée de plus \ ou bien en employant un jour de plus dans le Giindelwald à voir les glaciers , ou bien encore en prenant pour chacune des courses qu'on peut faire depuis {'Hospice du Grimsel , un jour enr

tier; enfin si Ton veut en descendant visiter îa vallée de Gadmen , et la nouvelle route du Susten et pousser même jusqu'au haut de la Scheidech du Susten, ou grimper dans la sauvage vallée à'Urbach.

Si l'on veut, après être parti de Berne , terminer son voyage au Grimsel , il faut s'y prendre de la manière suivante. Les six premiers jours comme dans le plan précédent. Septième jour: à Meyringen et voir toutes les cascades du Reichenbach. Monter jusqu'à Falcheren. Huitième jour : Brie?iz, le Giessbaeh retour à Brièîiz. Suivre la route du Brunig jusqu'à la chapelle vers Lungern, Coucher à la maison de garde sur le Brunig ou au village de Briinigen. Neuvième jour : La montagne du Hasliberg ; descendre à Meyringen et aller jusqu'à Hasli im Grund. Dixième jour : Sur le Susten et retour à Gadmen, Onzième jour : De Gadmen à Guttannen pour diner. Coucher à Y Hospice du Grimsel. Douzième jour : Le glacier de YUnter- Aar. Treisième jour : Le Sidelhorn. Quatorzième jour : Par le Grimsel au glacier du Rhône, d'où l'on peut se rendre immédiatement à Oberwald dans le Haut-Vallais ou à la Furca ou sur le Gotthard.

Comme d'après ce plan on ne retourne pas à ïnterlacken , on fera bien de s'y arrêter en allant, ou bien de demeurer plus long-tems à Thun , et de passer toute une journée dans les délicieux environs de cette ville.

Je dois encore observer , qu'on ne peut espérer de bien jouir d'un voyage de montagnes , que dans les mois de Juin , de Juillet et d'Août où Ton peut le mieux compter sur le beau tems et où les pâtres habitent les hauts pâturages. Cependant le mois de Juin est quelque fois pluvieux et Ton sera peut-être obligé de prolonger son voyage jusques dans le mois de Septembre, ce qui nécessite des journées plus courtes et met dans le cas de porter avec soi , plus de provisions de bouche , parce qu'alors les vachers sont déjà revenus sur les pâturages inférieurs. Dans le mois de Mai les vallées et les cascades sont déjà très-belles , mais ordinairement il y a encore beaucoup de neige sur les hauteurs et les vachers n'ont pas encore conduit les bestiaux sur les pâturages. Les mois de Juillet et d'Août réunissent le mieux tous les divers avantages , quand même quelquefois une année extraordinaire y apporte des changemens.

Dans les chemins dont nous venons de parler, on peut aller en bateau ou en voiture , savoir : 1) De Berne à Thun. 2) Sur le lac de Thun. 3) Sur le lac de Brienz. A) D'ïnterlacken à Lauterbrùnnen , et jusqu'à Stechelberg au fond de cette vallée. 5) D'ïnterlacken ou de Lauterbrunnen , par Zweylùtschinen à Grindelwald. 6) De Brienz à Meyringen ou vice versa.

Quand une foi la route du Susten sera terminée et se prolongera jusqu'à Meyringen, on pourra aller avec des chars légers , jusques tout au haut de cette

montagne et sur son revers jusqu'à Wasen. II se peut cependant, que l'on ne permettra qu'aux chevaux de somme de pratiquer cette route si coûteuse , parce que ceux-ci îa détérioreraient moins que des chariots.

Là où Ton peut aller en char ? on peut aussi aller à cheval , mais on est mal en mesure pour cela dans notre Oberland. Il n'y a que peu de chevaux , et ils ne sont pas très-bons , de même que les selles. Il y manque encore tout-à-fait de mulets , le transport des marchandises sur le Grimsel étant abandonné presque en entier à des muletiers étrangers. Cependant on trouve presque toujours les moyens de voyager à cheval : 1) De Lauterbrunnen par la petite Scheideck. {On l'appelle la petite , parce que le trajet en est d'une lieue plus court que celui de la grande Scheidech entre Grindelwald et Hasli). Pour éviter les erreurs nous préférons de la nommer ordinairement la Scheidech de la IVengen-Alp ; elle porte aussi le nom de îa Scheideck de Lau terhrunnen. 2) De Grindelwald à Meyringen par îa grande Scheideck. 3) DeMeyringen à l'Hospice du Grimsel. 4) De là à Oberwald dans le Vallais , ou bien pour retourner à Hasli im Grund et sur le Susten. 5) Pour retourner du Susten à Hasli im Grund et jusqu'à Meyringen. 6) De Meyringen sur le Brùnig et de là à Brienz. 7) De Brienz à Interlacken en côtoyant le lac. 8) D Interlacken à Thun aussi sur la rive du lac , ce qui cependant n'est pas très-facile partout.

Guides. Provisions de bouche. Auberges.

Nous avons déjà dit que l'on peut se passer de guides jusqu'à Unterseen. On en trouverait certainement déjà à Berne et à Thun , mais je connais trop peu le mérite de ceux là , pour pouvoir les recommander nominativement Sur le lac de Thun et pour aller voir la grotte de St. Beat, les bateliers peuvent assez bien tenir lieu de guides proprement dits.

Ma propre expérience et de bonnes recommandations m'ont fait connaître les guides qui habitent Unterseen , et dont je fais mention plus au long dans ma description du voyage. Les meilleurs sont, Jacob y Henry , Gaspard, Jacob le jeune , Jonathan, Gaspard le cadet et Jean Jaques, tous de la famille Michel , puis à peu-près sur la même ligne Jean Roth, Pierre Pat ter , Ulric Roth et Jacob Huber. Ces hommes, auxquels on pourrait en ajouter quelques autres très-recommandables, se sont tous rendus dignes de la confiance générale , par leurs fréquens voyages , leur fidélité et leurs connaissances. Il ne serait pas juste de déprécier l'un ou Tautre d'entreux , mais on doit bien penser , que l'un ne sait pas exactement tout ce que saurait l'autre, et qu'ils ne conviendront pas tous également à tel ou tel voyageur.

Il peut arriver aussi que tel guide d'ailleurstrès-bon n'aurait pas encore fait exactement toutes les courses et toutes les digressions que nous avons indiqué dans notre grand plan de voyage \ dans ce cas là il serait prudent de prendre encore avec soi

un habitant d'un village voisin, qui put instruire de tout ce qu'il y a de remarquable sur la route, conduire avec plus de certitude , et aider à servir d'appui aux voyageurs dans les endroits dangereux et difficiles. A l'Hospice du Grimselpar exemple les valets de la maison sont ordinairement des guides inteliigens et complaîsans , lorsque le maître peut s'en passer. Il s'entend qu'il faut toujours faire un accord particulier avec ces gens là pour le prix qu'il y a à leur payer.

Quelqu'un , qui connaîtrait déjà suffisamment les chemins des montagnes, n'aurait pas besoin d'un des guides susnommés ? et pourrait se contenter de prendre à moins de fraix le premier venu pour porter son bagage. Lorsqu'on en aurait trop pour que le guide proprement dit put le porter seul , on pourrait encore engager pour un prix très-modique un homme robuste à se charger du surplus et il est facile d'en trouver. Il peut arriver par exemple que l'on veuille faire porter des vivres sur les hauteurs que l'on doit passer , depuis l'auberge la plus voisine , mais où l'on ne doit pas revenir, par exemple à Lauterbrunnen pour aller à Wengen- Alp , ou à Grindelwald ^ pour monter sur le Faulhorn. Dans ce cas là un porteur de l'endroit met les provisions dans sa hotte et les porte jusqu'à la place où l'on veut faire son repas , et quand on Fa fait ou le renvoyé chez lui chargé des bouteilles vuides , des verres et des services.

En général la plupart des voyageurs agiront très-prudemment en prenant avec eux des provi-

sions de bouche 7 quand ils doivent traverser les hautes montagnes , ou escalader quelque cime élevée. Les laitages qu'on y trouve ne tiennent pas lieu d'une manière suffisante , de vin , pain et de viande , comme il le faudrait lorsqu'on a épuisé ses forces , en gravissant péniblement quelque forte montée. Il faut donc bien se consulter avant de s'exposer à la chance de n'avoir pour se fortifier, que les mets des montagnes et la nourriture des pâtres. Il ne faut pas mettre de la parcimonie dans la quantité des provisions que l'on prendrait avec soi ; l'air des montagnes est vif, il donne de l'appétit , et dans une promenade aux glaciers , ou sur le Faulhorn on est souvent tenté de faire deux ou trois haltes.

Les meilleures boissons sont toujours sans contredit , du bon vin pendant la journée et du cafFé pour le déjeûner de bon matin. Outre cela on fera bien de se munir d'une petite bouteille de paille pendue sur le dos et remplie de quelque breuvage encore plus fortifiant. Il est bon d'avoir avec soi quelque liqueur , que l'on puisse mêler avec de l'eau et se procurer ainsi une boisson rafraichissante. Le choix doit' en être abandonné au goût et à la santé d'un chacun. De l'eau de vie de cerises avec de l'eau de fontaine et du sucre m'a toujours rendu de très-bons services.

Quant aux auberges il ne faut pas s'attendre à en trouver partout de fort distinguées , et l'on doit moins se régler sur le degré de leurs mérites , que sur le| désir qu'on] aurait de rester dans un endroit

plutôt

plutôt que dans un autre. A Tliun la Croix blanche et le Freyhof répondent à tout ce qu'on peut raisonnablement exiger d'une hôtellerie. Il vaut mieux ne pas faire de halte pendant la traversée sur les rives du lac de Thun , et prendre avec soi sur le bateau, ce dont on croit avoir besoin pour se raffraichir en route ; ce n'est qu'à l'extrémité supérieure du lac, à Neuhaus, qu'on peut espérer de trouver à manger convenablement. A Unterseen la Douane» (Kaufhaus) , maison isolée au milieu de la ville, est intérieurement mieux arrangée que ses dehors ne semblent le promettre. A l'auberge du Landhaus, à Interlacken, on est parfois très-bien servi. Tout dépendici comme partout, du moment, et des qualités personnelles de l'aubergiste et de ses domestiques.

Suivant l'ancien usage , la cure ou maison du Pasteur à Lauterbrunnen , est arrangée de manière à loger des étrangers , et la même facilité se trouve aussi à Grindelwald. Dans ces deux endroits j'ai toujours eu recours à l'hospitalité de MM. les Ministres , au point que je ne puis attester que par oui-dire, que les auberges y sont assez bonnes. A Meyringen, au Sauvage, j'ai toujours été infiniment satisfait du traitement et je n'ai jamais eu lieu de me plaindre de la cherté de l'écot. On peut aussi loger au Landhaus ou maison de commune. Hasli im Grund a une auberge d'un rang inférieur et Guttannen en a deux dans le même genre , où l'on trouve cependant toujours quelque chose à manger. Au chalet de la Hanrîeck sur la route du Grimsei

on trouve au moins du laitage et les moyens de faire du thé. J'ai toujours été très-satisfait et trèsreconnaissant de la manière dont j'ai été traité à l'Hospice du Grimsel, mais je ne puis pas le comparer à d'autres hospices du même genre, tel que celui du St. Bernard , n'y ayant jamais été. J'ai toujours été étonné qu'on trouvât de bons comestibles dans une pareille solitude , au sommet d'une haute montagne , et je ne l'ai pas moins été , d'apprendre , que quelquefois des voyageurs aisés ont eu la prétention d'y être traités gratis , et n'ont pas pu comprendre, que le concierge de cet hospice n'est tenu qu'à recevoir et à nourrir les pauvres, et ceuxci même d'une manière très-limitée.

A Gadmen on trouve une auberge , à peu près semblable à celle de Kasli im Grund , mais elle doit s'améliorer, si l'on achevé la route du Susten. A Tracht et à Brienz il y a des hôtelleries très-bien montées, que j'ai trouvé beaucoup meilleures depuis quelques années. Enfin sur le Brûnig à la maison de garde, et au Schwarzwald sur la grande Scheideck, ainsi qu'à Zweylùts chilien, il y a des espèces de logis où l'on peut prendre assez bien son parti, lorsque les circonstances obligent à y faire un repas ou y coucher.

Nulle part dans l'Oberland , je n'ai eu à me plaindre des lits, comme il arrive si fréquemment dans le Vallais , où l'on est dévoré par les punaises, si l'on craint ces insectes , ce qui n'est pas le cas de tous les tempéramens. Du reste il ne faut pas compter de trouver dans ces auberges de campagne

une foule d'aisances dont on jouit dans les grandes auberges des villes. Les femmes auront surtout à supporter beaucoup de privations. Je conseillerais en tout cas de préférer une nuit passée dans les auberges , à une couche dans les chalets. Les vachers n'ont ordinairement à offrir que leur litière, qui n'est ni fraîche , ni très-propre , et assez exposée à l'air, de sorte qu'aulieu de repos, on y éprouve souvent du mal-aise. Les granges à foin dans les villages de montagne, comme ceux du Hasliberg et de Mûrren sont déjà bien préférables. Ici, ou dans les lits des habitans , garnis de linge propre , le repos est déjà infiniment mieux assuré et plus agréable. Dans les chalets il est aussi souvent interrompu par les vachers 9 qui entretiennent le feu pendant toute la nuit et produisent ainsi une fumée continuelle , et par le bruit que font les bestiaux , particulièrement par le grognement des porcs 3 ainsi que je l'ai souvent éprouvé moi-même.

Presque partout , la fraîcheur des nuits ne permettrait pas de les passer en plein air , et il ne serait même pas prudent de le faire , à moins qu'on ne se fut égaré dans les montagnes , ou que l'on 4 fut monté dans les régions supérieures et inhabitées des glaciers. — Il faudrait alors , si possible , ta-* cher d'allumer du feu , et de se nicher dans quelque grotte ou sous quelque roc avancé, où Ton serait au bivouac à la manière des soldats. Ce ne serait à la vérité qu'une plaisanteiie pour un chasseur de chamois , mais les citadins accoutumés à

de bons lits , la trouveraient probablement un peu trop sérieuse.

Si Ton prenait querelle ou que l'on eut quelque contestation avec quelqu'un, on pourrait recourir pour se faire rendre justice aux autorités locales de chaque commune , ou au Pasteur du lieu , et si cela ne suffisait pas, aux Préfets d'Ober-Hasli ou dlnterlacken. Cette dernière préfecture s'étend d'un côté depuis le lac de Thun jusqu'à Lauterbrunnen et Grindehvaîd , et de l'autre jusqu'en-delà de Brienz dans une partie de la vallée de i'Aar. La préfecture d'Ober-Hasli , qui est gouvernée par un habitant de la contrée , commence au pont de Wyler endessus de Brienz et s'étend jusqu'au Joch , au Susten et au Grimsel.

Les paroisses de FOberland au-deîà du lac de Thun , sont celles d'Unterseen , Gsteig et Ringgenberg, situées à .une lieue de distance Tune de l'autre; ensuite Lauterbrunnen , Grindelwald et Meyringen. Entre cette dernière et Ringgenberg , à peu près au milieu se trouve celle de Brienz. Plus haut depuis cet été (1816) on a établi un Pasteur à Gadmen et un autre à Guttannen ; autrefois il n'y en avait qu'un pour ces deux villages, qui résidait à Hasii im Grund , et qui faisait chaque dimanche un service , alternativement dans ces deux vallées.

PLANCHE Nro. I.

Chaîne des glaciers de UOberland , telle quon la voit depuis Berne.

Cette petite feuilie doit être considérée , comme un fragment de la belle Chaîne des Alpes par Gottlleb Studer, qui a été levée, à la Chenaye (place des chênes , en allemand : Eichplatz) , près de la promenade de l'Engi , à V4 de lieue de Berne. Elle contient à peu près 50 numéros de cette grande estampe , ou plutôt de la feuille explicative si utile , qui y est jointe. Elle est propre à donner le désir de visiter celles de nos hautes Alpes qui sont remarquables , soit par la grandeur de leurs masses , ^soit par leur élévation et leur beauté, soit parce qu'elles sont voisines des principales vallées et des passages de montagnes de I'Oberland bernois. Elle sert aussi à en conserver le souvenir.

Derrière ces colosses est situé un vaste et ter* rible domaine de glaciers , dont le Finsteraarhorn, qui s'étend au loin en arrière , forme à peu près le centre et l'aiguille la plus haute. De ce mont partent au nord-est les arêtes de rochers du Schreckho m et du Wetterhorn, au nord-ouest les croupes des deux Eiger et de la Jungfrau et un peu plus au sud9 celles des montagnes qui sont au fond de la vallée de Lauterbrunnen , jusques à la vallée deGaster et à la Gemmi. La vallée d'Oberhasli à l'orient ? celle de la Kander à l'occident , le Haut - V allais au midi , les lacs de Thun et de Brienz au septentrion isolent tellement ce groupe de montagnes, qu'il ne se

joint immédiatement au reste de la chaîne des hautes Alpes suisses , que par les passages du Grimsel et de la Gemmi, A droite du pays représenté sur notre feuille est la vallée de la Kander , de manière cependant à ce qu'on n'y voit pas quelques-uns des hauts glaciers situés entre la Jungfrau et cette vallée , tels que le Tschinge/horn , le Gspaltenhorn * et la Blumlisalp. A gauche assez près du TVetterhorn s'ouvre le défilé de la vallée de Hasli jusqu'au passage du Grimsel. Cette ligne de glaciers finit peu-à-peu à l'orient en passant par la vallée de Gadmen , entre les cantons d'Un et d'Unterwalden vers le Wallenstock et le Rothstock. De l'autre côté à l'occident , en se dirigeant toutefois au midi , elle passe près d'Adelboden , Lenk , Gsteig et Gessenay , et va jusqu'aux Diablerets , où elle se termine par la Dent de Morcles sur la frontière entre le Vallais et le Pays-de-Vaud.

Dans sa continuation à l'orient, à la droite du spectateur de notre carte se trouvent le passage élevé du Susten entre Gadmen et Uri et celui des Alpes Surenes entre Engelberg et Uri. De l'autre côté dans sa prolongation occidentale se montre le passage de Rawyl ou Ravil pour aller de la Lenk dans le Vallais et le passage du Sanetsch , entre Gessenay et le Vallais. Mais le Grimsel et la Gemmi sont les plus enfoncés de tous ces passages , et se trouvent dans des entailles de la chaîne des montagnes, assez profondes, pour qu'au moins dans les étés chauds elles soyent tout-à-fait dépourvues de neige , quoiqu'elles traversent les plus hautes régions des monts primitifs.

Si l'on doit en croire d'anciennes traditions , il y avait jadis encore quelques autres passages au travers de ces montagnes , dont on faisait un fréquent usage ; savoir : de Grindelwald dans le Vallais , vraisemblablement entre les pics de Viège (Viescherhôrner) et le Mônch , (voyez notre carte Nro. 7) ; et de Lauterbrunnen, en côtoyant le pied du Tschingelhorn, aussi dans le Vallais. Les amas de glaces , qui se sont formés sur les croupes des montagnes supérieures , ont rendu maintenant ces routes impraticables , et de pareils glaciers menacent de fermer de même les autres passages encore existans, dans le cas où il y aurait une suite d'années froides. Si Ton continue à extirper imprudemment la végétation, et à mesure que la terre productive , qui est toujours imprégnée d'une plus grande portion de calorique , sera de plus en plus entrainée dans les vallées par les pluies , par les eaux de sources et par la fonte de la neige , ce danger deviendra toujours plus imminent.

Il serait intéressant de réunir sur une même planche les différens aspects , qu'offre la chaîne de glaciers représentée sur notre feuille , vue de plusieurs points différens, afin de pouvoir mieux déterminer par la comparaison , le rang qu'elles tiennent dans la grande ligne des Alpes depuis la Savoye jusques dans les Grisons. Mais il serait difficile de trouver un point d'où elle se présentât d une manière plus favorable , plus distincte et plus imposante , que justement l'endroit où celle-ci a été dessinée. Du Jura , des sommités du Chasserai et

du Weissenstein , même plus bas , de Bipp \ de Glairesse sur le lac de Bienne , et de Neuchâtel, elle se montre sous des rapports plus étendus , qui ont été représentés sur d'autres feuilles. On la retrouve distinctement dans le joli et nouveau dessin du lac de Bienne avec Fisle de St. Pierre près de Glairesse, par Lori ; mais combien ces masses y paraissent éloignées et petites ! Combien les montagnes du premier plan nuisent à leur eiîèt !

On les retrouve encore dans le panorama de rUetîiberg par Relier , dans le beau panorama du Eighi , du même auteur , dans le demi panorama de cette sommité, que le Lieutenant-Colonel Weiss vient de publier à Strasbourg , sous le titre de Vue de la chaîne des hautes Alpes dessinée au sommet le plus élevé du mont Highi en Helvétie. Mais comme elles y sont entassées , mal placées , défigurées, méconnaissables ? quoiqu'elles paraissent encore considérablement élevées ! — On les distingue encore sous une autre forme , dans la gravure de la chaîne des hautes Alpes , telle quelle a été levée et publiée dans une gravure coloriée , par Osterwald , (Vue générale de la chaîne des Alpes depuis Neuchâtel). Mais ici encore , leur aspect est bien inférieur à celui , vraiment pittoresque et sublime, qu'elles ont sur la feuille de Studer. Il est certain, que, vues du coté du nord, elles se présentent de la manière la plus avantageuse et qu'elles ne font pas un aussi grand effet à l'est et à l'ouest , ce qui est d'autant plus naturel , que leur direction va de l'orient à l'occident et qu'on ne peut jamais les voir

Ai

de 1 un de ces deux points qu'en racourci et plus ou moins cachées.

Mais si Ton croit que ces sommités vues à leur revers du côté du sud, offrent encore un spectacle aussi magnifique et aussi imposant, on serait aussi surpris que trompé , après les avoir cherchées vainement , lorsqu'on est au fond du Vallais , de trouver à peine sur les hauteurs les plus méridionales de cette vallée , une place d'où Ton pourrait les distinguer clairement. Cela provient de ce qu'entre elles et le cours du Rhône, il y a encore une quantité de cimes et d'arêtes , qui les cachent en grande partie ou qui les rendent méconnaissables. Cette circonstance a tellement induit en erreur un savant connaisseur des montagnes , Mr. Osterwald de Neuchâtel, que sur la route du Simpîon, d'où on peut cependant les voir, il n'a pas pu les discerner avec certitude. Nous croyons qu'il en sera de même pour tous ceux, qui voudront les chercher, même sur la jolie gravure , qui fait partie des vues de la route du Simplon , par Lori , et qui porte le titre de Vue de la gallerie du Schalhet prise du côté d'Italie. Cependant il est certain que les montagnes qu'on y voit, en haut sur la gauche, doivent être notre Jungfrau et ses compagnes gigantesques.

Mais revenons à l'examen de la chaîne de nos glaciers , telle que nous la voyons devant nous sur notre feuille Nro. 1 , sans parler d'avantage des autres points de vue.

D'abord on est frappé de la vérité des observations faites parSteffens, dans ses Mémoires géognostiques et géologiques (Hambourg p. 172 et suiv.) que Ton trouve ici confirmées. „ Le premier coupd'oeil sur les montagnes ne nous montre que destruction. Les cimes des hautes montagnes primitives , ne sont que les restes mesquins d'énormes masses qui ont été bouleversées de diverses manières. Les couches les plus récentes , se sont confondues entièrement avec les fragmens des plus anciennes. Les vallées , les ravins , les monts écroulés , le terrain enfoncé ou rélevé , les débris d'animaux et de plantes qui n'existent plus , dont les formes sont les plus étrangères et d'une grosseur extraordinaire , et que l'on trouve enfouis dans la terre ; tout cela dans un horrible mélange, ne présente au premier aspect, que l'action arbitraire des élémens dévastateurs. Ce désordre qui nous effraye dans les petits objets , se retrouve encore dans les plus grands. Il ne parait pas possible de découvrir la moindre trace d'une loi fixe dans la formation des montagnes. Sans aucune règle , on les voit s'avancer audacieusement d'un côté, disparaitre de l'autre. Des plaines plus ou moins élevées , des groupes de monts plus ou moins hauts , semblent être entremêlés aussi irrégulièrement, que le sont l'eau et la terre sur notre globe. La position du continent , la forme des mers , les isles éparses ça et là sur leur surface , ne laissent supposer aucune loi qui aurait présidé à leur formation. "

Si contradictoirement à cette opinion , la grande

masse des montagnes parait sur notre feuille se diriger de Test, ou plus exactement , du nord-est au sud-est et même sur plusieurs lignes parallèles, c'est une illusion ; car dans la réalité , il y a entre ces diverses chaînes une foule d'autres montagnes placées transversalement, qui se croisent dans tous les sens , mais que l'on ne peut pas voir depuis ce point, ou dont on n'apperçoit que quelques sommités isolées. Il faut donc abandonner bientôt l'idée d'une régularité quelconque dans leur alignement , et se convaincre, qu'à l'exception peut-être de l'arête principale de la Jungfrau , tous les autres groupes et chaînons sont jettés confusément et comme par caprice les uns parmi les autres.

Même la vallée de FAar ne parait soumise à aucune règle dans la direction , qu'elle suit. Depuis Berne à Merligen sur le lac deThun, elle court presque sans déclinaison au sud ; depuis là jusqu'à Meyringen dans la vallée de Hasli, elle tourne à Test, et enfin en remontant vers le Grimsel elle reprend sa direction méridionale toujours plus prononcée , sans être en harmonie avec les montagnes et les autres vallées environnantes. C'est cependant évidemment la même vallée qui descend depuis le Grimsel jusqu'à Berne , et l'on pourrait dire avec une hardiesse poétique , que cette ville est située dans la vallée de Hasli , quoiqu'elle en soit séparée par les lacs de Brienz et de Thun et les vallons enfoncés au pied des rochers du Heimberg , du Belpberg et du Gurten. Le Grindelwald est tourné à l'orient presque jusqu'à son extrémité et L au ter-

brurinen au midi , en déviant vers l'occident dans

sa dernière branche la plus reculée.

De quelle manière qu'on veuille expliquer la formation primitive de ces hautes montagnes et des vallées limitrophes , leur essence prouve incontestable nient, qu'elles sont de la plus haute antiquité < et quelles doivent avoir éprouvé par l'effet des forces puissantes de la nature, des bouleversemens , des dissolutions , des brisemens et des métamorphoses considérables. Tout le pays depuis leur pied jusqu'au Jura est rempli de leurs débris, qui ont été précipités des cimes jadis plus hautes, ou entraînées par les eaux. Le granit même a été brisé, et l'on en voit des blocs isolés sur le terrain jusque sur les flancs du Jura. Ebel a donc raison de dire dans son ouvrage intéressant Sur la structure de la terre dans les Alpes: (Zurich 1808 vol. 1er p. 59) 5, Les caractères que la nature a gravés sur les Alpes primitives sont trop gigantesques et leurs traits trop étendus , pour qu'on puisse les déchiffrer au premier coup-d'oeil. Il faut s'y être longuement habitué avant de pouvoir les lire. "

Cependant des indices évidens , que Ton remarque dans l'état actuel de ces contrées , prouvent la fréquente action des eaux qui les couvraient , il y a des milliers d'années ou qui les ont traversées avec une violence destructive. C'est à ces eaux et non à celles de FAar et des autres rivières qui s'y joignent et qui seraient trop faibles pour produire de pareils effets , qu'il faut attribuer l'encombrement successif des vallées, la rupture des parois de rochers

AS

et les sillons formés par leurs chûtes , sur les flancs des hauteurs , que l'on observe si souvent dans rOberland. Il parait évident que les divers groupes de montagnes avaient autrefois plus de cohérence entr'eux qu'ils n'en ont à présent , qu'ils étaient récouverts de plus de couches moins inclinées et n'étaient pas sillonnés par des vallées aussi profondes. Peut-être y avait-il sur leurs croupes des plaines élevées comme à Quito et à Mexico, au milieu desquelles s'élevaient les mêmes sommités , alors de plusieurs milliers de pieds plus hautes, qu'elles ne le sont de nos jours. Dans le cours des tems . et peut-être avant que la végétation s'y fut formée , les eaux se frayèrent une route au travers de ces montagnes. Peut-être cet événement eut lieu lorsque l'axe de la terre se déplaça et que le grand océan se versa du nord au midi. Ces flots détachèrent alors des grandes masses des montagnes et les roulèrent au loin , découvrirent jusqu'à une grande profondeur les couches primitives , en soulevèrent ici une , là deux ou plus encore , tantôt seulement jusqu'aux roches calcaires , tantôt jusqu'à celles de schistes j de gneiss et même jusqu'au granit. Ils remplirent les abymes , laissèrent en s'écoulant des lacs et préparèrent ainsi une seconde période de la conformation du pays , moins terrible , mais tout aussi générale.

Plusieurs faits viennent à l'appui de cette hypothèse; d'abord les couches des montagnes de gneiss, qui s'adossent presque verticalement ou avec une très-légère inclinaison contre le granit, qui est la

masse de roche la plus ancienne , en ! second lieu , ces couches paraissent , dans leur adossement , se diriger de tous côtés vers un centré commun comme le Montblanc et le St. Gothard ; en troisième lieu 5 la stratification des montagnes plus récentes , comme par exemple des roches calcaires , qui ordinairement se dressent contre les hautes Alpes et s'inclinent vers les plaines ; quatrièmement , toutes les vallées des Alpes se dirigent en ligne ascendante contre quelque haute arête de montagnes et se terminent en cul de sac ; enfin en cinquième lieu , les blocs et les grandes masses de brèche, qui sont des débris de hautes Alpes , se trouvent principalement amoncelés au débouché des grandes et hautes vallées des Alpes du côté de la plaine , comme le mont Righi , et nos montagnes de poudingue , telles que le Niesen , les rochers près de St. Saphorin , le mont Jura et d'autres , dont l'origine est incontestablement plus récente.

Quels qu'ayent été d'ailleurs les effets du mouvement des eaux , quelle qu'ait été la cause de leurs courans , il est sûr qu'elles trouvèrent déjà des montagnes solides et bien affermies, qui par un procédé quelconque, peut-être par une espèce de crystalisation, avaient reçu une conformation pour ainsi dire organique. Peut-être ces montagnes furent elles le résultat d'une précipitation chymique ou mécanique , qui s'était accumulée au fond de l'océan primitif ; peut-être enfin avaient elles été soulevées hors du sein des mers par des tremblemens de terre 3 car ainsi que le dit Ebel expressé-

ment , (dans l'ouvrage cité plus haut à p. 202) la formation primitive des roches , était originairement un tout unique , un système de stratification solidement lié , dans la structure duquel régnait généralement Tordre le plus grand et le plus fixe , la grande loi du Parallélisme.

Les géologues varient absolument dans leurs opinions respectives sur l'origine des montagnes, et depuis une époque récente on n'accorde plus même au granit le rang qu'il avait toujours occupé, ayant été- considéré jusqu alors comme la première base fondamentale des montagnes. Mais on trouve des couches ou des blocs de granit sur des monts, que Ton considérait comme étant d'une formation plus nouvelle ; et les diverses espèces de roches sont si singulièrement mêlées , que l'on serait tenté d'accéder à l'opinion que Steffens a établie en disant (dans ses traités géognostiques p. 221) : „ Les corps, qui conservent leurs propriétés comme matières distinctes , dans toutes les expériences , doivent nécessairement et suivant l'histoire , provenir de la même source , dans leur origine. " Il ajoute encore l'observation que : „ depuis qu'on a découvert que toutes les espèces de terres et d'alcalis sont des métaux , toutes les montagnes paraissent être des métaux déguisés , qui ont été fixés à un certain degré d'oxydation. "

Il est tems en effet de croire qu'il a régné plus de vie et un véritable organisme dans la formation des montagnes. C'est une supposition aussi trop extraordinaire , que celle de cette mer morte , au

fond de laquelle se seraient accumulés successivement des dépôts., par une précipitation mécanique. Quelle masse ne devait pas être un liquide qui aurait contenu d'abord seulement toutes les substances du granit , du quartz , du mica , du feldspath , dans un mélange complet , et qui n'aurait déposé premièrement que ces substances là , souvent avec une régularité de formes surprenante qui aurait ensuite couché par dessus, les gneis , les schistes argileux , les calcaires primitifs, le gypse, les pierres calcaires communes etc. , dans le même ordre immuable et surprenant ; et qui enfin aurait déposé les coquillages et les animaux aquatiques pour les livrer à la pétrification ? Ou bien voudraiton s'imaginer des mers différentes et toujours nouvelles, qui se seraient succédées, sans qu'on puisse expliquer d'où elles seraient venues ; dont chacune aurait été imprégnée d une autre espèce de substances et qui les aurait successivement déposées ?

Combien il est plus beau , plus grand , plus digne de l'importance du sujet , d'avoir recours aux forces actives et vivantes de la nature, telles que l'électricité , le galvanisme , le magnétisme et même à des facultés organiques , pour expliquer ces phénomènes , ainsi que l'on commence à le faire ! Que l'on pense aux pierres météoriques , auxquels Steffens nous renvoyé. Il est certain, dit il, quelles se forment dans l'atmosphère , et cependant avant que leurs masses métalliques se fussent réunies , il ne paraissait exister dans l'espace , que de l'air atmosphérique , et sans doute , en analysant

sant cet air aussi exactement que possible , rien n'aurait trahi la présence des matières métalliques dont les aërolithes sont composés. Cependant après l'opération par laquelle ils se coagulent subitement , on trouve une masse extrêmement complexe , à laquelle on ne s'attendait pas et qui contient du fer tout formé , du nickel , du silice , de la ma^ gnésie , de la terre calcaire , du braunspath 5 du charbon et du souffre."

Serait-il donc absurde . de se représenter la terre , comme une espèce d'aërolithe , produit par des forces plus puissantes , composé de matières et de formes plus variées , et dans lequel^ au moment de son origine , se serait opéré la séparation du solide et du liquide. „ La période , dit Steffens, dans laquelle la nature produisait seulement des masses , suppose une direction différente de toutes les forces formatrices. Non seulement leur produit inanimé, mais l'action dont il était le résultat, devait prendre une autre forme , à chaque nouvelle période. u

Mais où nous laissons-nous entraîner ? A peine a-t-on commencé de se mêler de géologie , que l'on est aussitôt saisi de la maladie de tous les géologues, de la manie des hypothèses. C'est le sort de toutes les sciences dans l'enfance , comme c'est aussi celui de tous les jeunes gens , de rêver beaucoup et de se laisser aller aux écarts de l'imagination. Lorsque de nouveaux Humbolds auront fait sept fois le tour de la terre, que d'autres Saussuresy Eschers et Ebels auront parcouru la Suisse « nous

serons mieux affermis dans nos connaissances géo~ gnostjques. Les recherches et le savoir de tels hommes , procureraient à cette science un accroissement rapide d étendue et de consistance.

En attendant , outre la tentation de bâtir des systèmes sur des suppositions téméraires , l'aspect de nos Alpes nous offre encore d'autres attraits, auxquels nous voulons nous abandonner un moment. Il nous montre les neiges éternelles \ une chaîne de montagnes, qui relativement à sa grandeur occupe le second rang parmi celles de l'Europe ; il présente une gradation remarquable de vallées et de monts , intéressans et instructifs pour le naturaliste , sous des rapports infiniment variés.

Les chaînes et les cols de montagnes , marquées d'un C sur notre petite carte , et plus loin sur la même ligne , la Suleck avec l'arête qui y est contiguë , sont élevés de 6000 à 6500 pieds au-dessus du niveau de la mer. Elles sont situées en partie au nord du lac de Erienz et de Thun , en partie à l'occident de Lauterbrunnen. encore à 1500 pieds au-dessous des limites de la neige. Les pics du Faulhorn et du Rothihorn , entre lesquels je crois reconnaître celui du Simmelihorn , touchent précisément à ces limites , et on les verrait déjà couverts de neiges , si leur position n'était pas isolée i car la neige hyvernale ne peut se maintenir aussi long-tems , ni descendre aussi bas sur des petites masses , que sur des groupes de montagnes dune vaste étendue , où elle produit par ses grands amas plus de froidure, en-dessous d'elle , et semble pré-

parer d'avance un nouvel espace , oij elle pourra séjourner.

Mais la Jungfrau , le grand Mônch et l'Eiger (ces deux derniers sont appelés communément les deux Eiger) , les pics de Viège (Viescherhôrner) , le Finsteraarliorn , le Sclireckhorn , le Bergîistock, le Wetterhorn portent des neiges et des glaces éternelles. Ce sont ces monts, qui ont mérité à la Suisse de la part d'un poète allemand 9 Tépithéte de Palais d'été du Dieu de l'hiver.

Le Finsteraarliorn est la plus haute de ces sommités et s'élève suivant les mesures trigonomé triques de Traîles à 13,234 pieds au-dessus du niveau de la mer; mais vû de Berne il parait moins élevé que la Jungfrau j parce qu'il est beaucoup plus en arrière. En admettant que la hauteur de la partie de montagnes , qui s'étend au-devant de lui, soit de 7234 pieds , ce qui est plus que suffisant , on voit encore 6000 pieds de son énorme masse couverts de neige.

Notre feuille donne, d'après les mesures de Traîles, pour l'élévation du lacdeThun en nombre rond, 1780 pieds (au lieu de 1779,5. pieds). Suivant le même, Berne est à 71 pieds plus bas, c'est-à-dire à 1708 pieds au-dessus de la mer , dans le site le plus haut de la ville , près de l'hôpital. Celui-ci est à 148 pieds au-dessus de l'Aar , la chute de cette rivière depuis le lac de Thun à Berne serait donc de 219 pieds. Cependant de nouveaux mesuragesfaits par des ingénieurs français sous Napoléon , ne donnent au. lac de Thun qu'une élévation de 1756

pieds au-dessus de la mer, et il n'est pas encore décidé, si l'on doit préférer cette nouvelle indication à l'ancienne, si souvent répétée. Pour toutes les autres élévations que nous citons ici , nous avons suivi les mesures trigonométriques de Tralles, qui sont les premières et les plus remarquables par leur exactitude , de toutes celles qui ont été prises en Suisse. Seulement la hauteur de la Suleck a été indiquée d'après un calcul approximatif de Es cher dans YAlpina. Suivant ces mesures, la Jungfrau s'élève à 11,164 pieds au-dessus de la partie supérieure de la ville de Berne ; le Finsteraarhorn à 12,526 pieds. Le Montblanc ne s'élève qu'à 11,532 pieds au-dessus de la vallée de Chamouni , et le Chimborasso à 11,232 au-dessus de celle de Topia, de sorte que de Berne , sans compter l'avantage de la proximité et de ce que le pied de ces montagnes est caché , le Finsteraarhorn y parait plus grand que le Montblanc et la Jungfrau plus grande que le Chimborasso , dans les vallées susmentionnées situées à la base de ces montagnes.

Malgré la grande élévation des montagnes de FOberiand, elles ne sont cependant pas les plus hautes de la grande chaîne des Alpes , car le Montblanc , les sommités du mont Rosa et du mont Cervin ou du Matterhorn, sur la chaîne, qui s'étend au nord-ouest depuis ces montagnes gigantesques du Vallais vers le St. Gothard , sont encore plus élevées , ainsi que cela se voit clairement sur Féchelle contenue dans la seconde feuille de notre Atlas portatif. On ne se hazardera pas facilement à décider

si , d'après cette différence , l'ancienneté de ces deux chaînes doit aussi être différente. Car si le Montblanc, suivant de Saussure , consiste en granit jusques près de son sommet , la Jungfrau présente aussi suivant MM. Meyer \ de la hornblende , du mica et du schiste argileux sur sa cime. Tous * les deux remontent donc également dans le do- . maine des roches primitives^ et paraissent avoir perdu de leur hauteur par d'anciennes révolutions. Il est possible que, si le principal courant destructeur des mers primitives , venait de Test ou du nord-est , la Jungfrau et les montagnes voisines ayent plus souffert de Faction des eaux que le Montblanc et ses voisins.

La pente graduelle du terrain depuis les cimes les plus élevées jusqu'à Berne , est encore un objet très-remarquable dans notre vue. Tout ce que la nature a dispersé sur le globe , dans deux directions différentes, depuis l'équâteur vers le pôle arctique et vers le pôle antarctique , sur des milliers de lieues d'étendue , se retrouve ici en petit , rassemblé dans un espace resserré , c'est-à-dire, la gradation d'une nature animée et abondante en productions du règne végétal et du règne animal", jusqu'à l'inertie inanimée et immobile des glaces éternelles. Depuis le 80e degré de latitude , à dix degrés des deux pôles où la neige ne fond jamais, même dans les grandes chaleurs de Tété, s'élève insensiblement une ligne invisible en sphéroïde vers féquateur; on la nomme la limite des neiges, parce que tout ce qui monte dans les airs au-dessus de

cette ligne , participe de la froidure des pôles , et que tout ce qui se rapproche de la terre en-dessous d'elle est susceptible de quelque réchauffement et de quelque production organisée. Cette ligne coupe suivant Ebel les Alpes de la Suisse , à la hauteur de 7812 à 8100 pieds. Au-dessus de ce point , il règne sur les montagnes de notre patrie un hiver non interrompu. Les neiges et les glaces couvrent toutes les vallées et tous les rochers, qui ne sont pas absolument perpendiculaires.

Entre x cette ligne et la partie platte de la Suisse , qui s'abaisse graduellement vers la mer , et qui est au nord à Basle à 809 pieds et au midi à Bellinzona à 696 au-dessus de son niveau , l'on trouve les montagnes les plus belles et les plus reMîes , les lacs les plus riants , des pays couverts de productions abondantes et variées et un grand nombre d'habitations humaines , qui à la proximité des hautes montagnes , jouissent du climat de la Suède et de la Norvège ; à une certaine distance de là, de celui de l'Allemagne et du nord de la France, et plus loin dans des vallées très-profondes s'ouvrant au midi , du climat de l'Italie , et de la Provence.

Ebel divise la totalité des montagnes de la Suisse avec assez de justesse en trois grandes masses principales , dont il donne (dans son ouvrage Sur la structure de la terre etc. vol. I. p. 16 et 17) un apperçu exact et succinct.

1. „ Premièrement les hautes Alpes qui s'élèvent au-dessus 4e la limite des neiges et de 8000 à 145700

pieds au-dessus de la mer. Ce dernier nombre indique le Montblanc d'après les mesures de Saussure; Tralles lui donne 14,793 pieds. C'est la dernière borne entre la chaîne de nos Alpes et les cieux. Dans cette région on ne voit que de la neige , de la glace , des parois de rochers nuds , et des débris de pierres. Seulement à quelques places abritées , se montrent par-ci par-là jusqu'à la hauteur de 10,o00 pieds 5 quelques plantes alpestres , quelques lychens que l'on retrouve sous le climat de la Sibérie. Cette élévation des hautes Alpes leur donne un horizon extraordinairement étendu ; la moitié de son diamètre est de 40 à 68 lieues (de 2000 toises). C'est aussi d'une telle distance qu'on voit les Alpes lorsque l'air est clair et pur. On apperçoit par exemple, dans des journées d'hiver trèsserènes , le mont Titlis (haut de 11,000 pieds) et ses voisins dans le canton d'Unterwalden , depuis les collines situées entre Strasbourg et Hagenau , de même que l'on voit le Montblanc en Savoye , des environs de la ville de Langres. Si la chaîne des Apennins ne masquait pas le littoral de Gènes , on pourrait voir du Montblanc , la Mer méditerranée jusqu'à 10 ou 12 lieues en delà du rivage. "

2. ^Les Alpes moyennes , situées entre la ligne, où finit la végétation des arbres , et celle où commencent les neiges éternelles , s'élèvent à la hauteur de 4o00 à 8000 pieds. Elles sont ornées de la richesse si variée de toutes les plantes alpestres les plus précieuses, et c'est sur leurs flancs, que s'éten-

dent les pâturages les plus fertiles pour les troupeaux innombrables des habitans des Alpes. "

2. » Les Alpes inférieures ou antérieures , sont cette chaîne de rochers situés entre la ligne où commencent les plantes alpestres et celle où finit tout-à-fait la végétation des arbres. Leur élévation est de 2000 à 5000 pieds. C'est là que se trouvent les forêts les plus considérables et les pâturages des montagnes inférieures, que les troupeaux vont d'abord occuper, lorsqu'ils quittent les vallées au printems. Les régions les plus basses de la chaîne des Alpes , savoir les grands lacs , situés à leurs extrémités méridionales et septentrionales étant élevées de 600 à 1700 pieds au-dessus du niveau de la mer, toutes les chaînes de montagnes et les monts dont la hauteur absolue ne surpasse pas 2000 pieds , et qui ne s'élèvent que de 300 à 1400 pieds au-dessus du niveau des lacs , ne peuvent plus être considérées que comme des collines, qui ne se distinguent par aucun caractère particulier. u

Wahlenberg , en s'attachant plus particulièrement au règne végétal et à la diminution graduelle de ses productions, à mesure que le terrain s'élève, a admis un plus grand nombre de degrés , et divise la gradation de la contrée depuis les fonds les plus bas jusqu'au domaine des neiges les plus élevées en six régions différentes, qui se confondent quelquefois du plus au moins , mais qui se distinguent cependant encore assez pour attirer l'attention du voyageur.

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