LES ENVIRONS DE TARSE
Le Cydnuii) l'Ile de Gordj» eu de Tarse: village* an «ud de Taraou» : mine* de Mantacht le* bahémleaa et le village de Djlgane-kol \ la grotte et la légende des Heat-DormanU.
Le Cydnus prend sa source dans la crête du Boulghardagli, d'où il sort en trois branches principales qui se réunissent au nord-ouest de Tarse, à des distances différentes. Près de cette ville, le fleuve forme une cataracte qui constitue les derniers traits de son caractère alpestre , si fortement prononcé dans son cours supérieur. A partir de la cataracte, le fleuve, changeant complètement d'aspect, coule par une pente uniforme et presque insensible jusqu'à la mer, en formant de nombreux marais qui infectent l'air de leurs miasmes.
De sa source au point de jonction de son affluent oriental, le Cydnus a reçu le nom moderne de MèzarUk- tschai; mais à partir de ce point et jusqu'à son embouchure, il est désigné sous celui de Tarsous-tschai.
Les écrivains de l'antiquité et du moyen Age qui fout mention de la Cilicie, s'accordent pour comprendre le Cydnus dans leurs descriptions ; mais on doit s'étonner
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du silence que lu plupart d'entre eux gardent sur l'existence du Sarus, fleuve beaucoup plus considérable, dont je m'occuperai bientôt en cherchant à expliquer les causes de ce silence. Selon les géographes le Cydnus aurait, dans l'antiquité et jusqu'à une époque assez rapprochée du \vc siècle, traversé la ville de Tarse. Barbaro, qui visita cette ville vers ce temps - là , est le premier auteur qui ait signalé le Cydnus comme ayant son cours en dehors de la ville, cours qui depuis n'a pas varié.
Sous le règne de Justinien , la fonte des neiges donna lieu à un tel débordement du Cydnus, que ia ville fut submergée, et l'empereur, pour prévénir le retour de nouvelles inondations, fit creuser dans l'intérieur de ses murs un canal destiné à recevoir la surabondance des eaux du fleuve et à faciliter son écoulement jusqu'à la mer 2. Le canal que cite Procope a complètement disparu ; mais il est remplacé sur divers points par un assez grand nombre de tranchées ou conduits d'eau, dont plusieurs traversent Tarsous et vont se jeter dans le fleuve, au sud et à peu de distance de la cité. Sur plusieurs de ces cours d'eau, on a bâti des moulins sur lesquels on lit des inscriptions turques, dont l'une, bien conservée, rappelle que le constructeur fut un certain Mahmoud - pacha , gouverneur de Tarsous, en 1 155 de l'hégire (17/12).
Les dépôts de cailloux et de sable entassés sur les rives du Cydnus et tous les terrains qu'ils occupent, donnent à
• Strabon, xiv, 4. — Philostrale, Vie d'Apollonius A Tyane, 1. 7. — Pompon. Meta, ch. xm. — Arrien, De bello Alex., 11, 4. — Denys Periég.— F. Avienus. — Étienne de Byzance.— Procope, Edif., v, D, 6.— Vib. Séqucster.— Geseniu'j.
• Lsg.y m.— Léon le Diacre, m.— Guillaume de Tyr, m, 19.
• Procope, Eàif. v, 5.
penser que ce fleuve était autrefois beaucoup plus large, circonstance qui vient à l'appui des assertions des écrivains de l'antiquité et du moyen âge sur le cours et l'importance du Cydnus.
Le Cydnus était réputé chez les anciens pour la fraîcheur et la limpidité de ses eaux \ Suivant Pline, elles avaient la propriété de guérir la goutte , et Vitruvc 2 confirme ce fait : « Cydnus.... in quo podagrici crura macérantes levantur dolore. » Cependant Rinneir 3, l'amiral Beaufort * et M. Kotschy 5 assurent que la température des eaux du Cydnus n'est pas inférieure à celle d'autres courants du littoral.
Anastase le bibliothécaire* mentionne une île située près de Tarse, à laquelle il donne le nom d'Jnsula Corttiana, Cordionis, et même Cordianén 7 . Ce nom vient sans aucun doute de Gordys, qui suivit en Cilicie son père Triptolème, à la recherche d'Io, et se retira ensuite dans la Gordyène, où il établit une colonie. L'île de Gordys, qui devait se trouver au sud de Tarse et non loin du rivage, a totalement disparu, soit qu'elle ait été nivelée par les flots, soit, et ceci parait plus vraisemblable, que la mer en se retirant l'ait abandonnée à la terre ferme. C'est ainsi que l'antique île d'EIœusa, mentionnée par Oppien *, fait maintenant partie du continent.
1 Ovide, Art d'aimer, m. — Léon le Diacre, m. — Strabon, xiv, 5. — Pline,
8. — Et. de Byxanco, v° TVpw;. - Pausanias, Arcad., xxvm. s De Arch., m.
r- Voy. en Asie Min., t. I, pa^e 192.
* haramania, page 276.
5 Retse in den Ciliscischen Taurus, page 135.
• Vie desaint Sylvestre, page 44 éd. de llom., 1717;. 7 Cf. les mss. d'Anastase, à In Bibliolh. Mazarine.
« Cynegét., m, 8, 6.
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On remarquera que depuis les temps anciens, de notables modifications se sont opérées sur les cotes de la Cilicie : le Pyrame, le Sarus et le Cydnus ont subi des variations dans leur cours. Suivant Strabon, ce dernier fleuve formait près de son embouchure, au lieu appelé lihegma, un immense lac qui depuis s'est transformé en un vaste marais. On pourrait supposer peut-être que là se trouvait l'île dont parle Anastase, et que, par suite des débordements qui ont amené des changements, soit dans le cours du Cydnus, soit dans la configuration du sol arrosé par ce fleuve, l'île de Gordys et le lac situé près de Rhegma se seraient métamorphosés en marais. On pense avec raison que c'est aux environs de l'embouchure du Cydnus que se trouvait, au moyen Age, le port de Tarse, appelé Arias*.
Tout près de Tarsous s'élèvent de nombreux villages habités pour la plupart par des Turkomans, des fellahs Noussariés et des Grecs. Au sud, et après un quart d'heure de marche au delà du Gueuzluk-kalah, on arrive à Giaour- /;oï, occupé en grande partie par des Grecs qui y ont une église.
A une heure de Tarsous et sur les bords du Cydnus est Mantach, localité bâtie sur des ruines romaines. On y reconnaît les restes d'un bain antique dont les constructions s élèvent encore à deux mètres au-dessus du fleuve et qui a sa voûte au niveau de la plaine. Une route de communication, commune à plusieurs villages et fermes appartenant à de riches Tarsiotes, passe au-dessus et près des débris de ce bain. En i83(3, M. Gillet, consul de France à Tarsous, découvrit, dans des fouilles qu'il fit pratiquer sur
1 Edrisi, Géogr., part. 5, cl. iv.
ce point, un réservoir revêtu de plaques en marbre blanc et la porte principale du babieum, que des masses de sable, provenant d'un ancien débordement du Cydnus, avaient complètement encombrée 1 . Mantach offre en outre d'assez nombreux vestiges de constructions en briques de l'époque romaine, des fûts de colonnes et, sur une assez grande étendue de terrain, une masse de fragments de briques et de tessons en terre cuite.
A une heure de Tarsous, dans la direction du couchant et sur le versant de l'un des monticules rapprochés de la base du Taurus, s'élèvent plusieurs villages dont le plus remarquable est Djigane-koï, habité, comme l'indique son nom, par des djiganes ou bohémiens sédentaires.
Au nord et à l'est de Tarsous, on voit aussi de nombreux villages, dont les principaux sont Dedeler, Karamusat, Eskilidj, etc. Ce dernier, situé sur les bords du Cydnus, est renommé pour ses jardins plantés d'orangers et de citronniers. C'est près d'Eskilidj que se trouve la cascade du Cydnus dont j'ai parlé plus haut.
La grotte dite des Sept-Dormants est située au nordouest et à trois heures de Tarsous, sur le versant d'une montagne isolée, bien que rapprochée de la chaîne du Taurus. Cette montagne s'étend sur la rive droite du Cydnus et se trouve comprise dans le territoire de la tribu tnrkomane de Thor-oglou.
Dans la direction de Tarsous à la grotte des Sept-Dorinants est un village appelé Garbouîji, près duquel on voit les restes d'une nécropole composée de sarcophages creu-
« Archives du consulat de Tarsous; Uttre à M. Thiers,* décembre 133G. Archéol, n°7.
ses dans les rochers et dont on distingue encore les cuves. Après avoir traversé Garboulji , se présentent des ravins boisés sur lesquels on remarque, ça et là, les restes d'une ancienne voie romaine.
La grotte des Sept-Dormants est désignée par les habitants du pays sous le nom de Djebel-el-keJ\ ou bien encore Hesrab-el-kef. C'est une caverne carrée et voûtée, creusée dans le roc au-dessous du niveau du sol et dans laquelle on descend par un escalier d'environ dix marches. Le jour n'y pénètre que par une ouverture ménagée dans la voûte. A coté de cette même grotte est une petite mosquée et quelques maisons abandonnées servant de caravansérail aux voyageurs musulmans et chrétiens qui, dans un but différent, vont en pèlerinage sur ce point.
On connaît trois grottes des Sept-Dormants, qui sont: l'une à Éphèse, en Ionie 1 ; une autre à M'gaouse, dans la province de Constantine % et la troisième dans les environs de Tarsous. La grotte d'Éphèse paraît avoir le plus d'authenticité. Grégoire de Tours et Métaphraste la citent; mais ils ne font pas mention des deux autres, d'où l'on peut conclure que les grottes des Sept-Dormants de M'gaouse et de Tarsous sont apocryphes.
Après la Mekke et Jérusalem, la grotte des Sept-Dormants de Tarse est l'un des principaux pèlerinages des musulmans. Suivant une tradition qui s'est perpétuée parmi eux et que j'abrège, sept géants sortis du château de Nemroun, chargés d'un message pour le roi (sic) qui gouvernait à Tarse, au-
« (irégoire de Tours, Métaphraste et le Martyrologe. — Barge», les Samaritains de Saplouse, page 82.
« Shaw cité dans la Re>me Archéolog., VI' année, pa»e 5 : Mémoire sur quelques villes de l'Algérie, par le commandant de La Mare.
338 VOYAGE EN C1LICIE.
raient pénétré dans cette grotte, s'y seraient endormis miraculeusement et n'en seraient sortis que deux cents arts après.
Au point de vue chrétien, on raconte dans le pays qu'à l'époque des persécutions exercées contre les néophytes de la foi chrétienne, la grotte des Sept-Dormants de Tarsous aurait acquis de la célébrité ; d'où l'on peut conjecturer que là se trouvaient des monuments du premier âge du christianisme, ou plutôt, que cette grotte était un lieu de refuge pour les chrétiens fuyant les persécutions qui s'étendaient de l'occident à l'orient de l'empire romain. Voici la légende chrétienne qui a cours dans le pays sur les sept donnants d'Ephèse, et que l'on applique aussi à la grotte de Tarsous. L'évéque maronite Germanùs Fahrat 1 l'a résumée ainsi : « Au temps du césar Trajan Dèce, les sept frères Maximien, Émilicu, Martinien, Denys, Jean, Antoine et Constantin faisaient partie de la milice de l'empereur. Comme ils voulaient se déclarer chrétiens, l'empereur ordonna de les faire mourir. On les mura alors dans une grolte où ils s'étaient retirés ; mais Dieu les fit dormir par miracle jusqu'au temps de Théodose le Jeune. Après i57ans de sommeil, Dieu les réveilla; mais plus tard ils vinrent mourir dans la grotte où ils avaient été si longtemps renfermés. On les fête le 27 juillet. »
Dans son I oyage en Asie Mineure, Paul Lucas raconte, mais d une manière différente, la légende qui a cours dans tout l'Orient sur les sept frères martyrs. Il la confond avec les récits musulmans, et partant de là, il mêle l'histoire des sept frères à celle du château de Nemroun et des géants qui, suivant certaines traditions, avaient construit et habité ce château.
' Dict. arabr, ms. in-f\ \° El Isef.