MONUMENTS ARMÉNIENS DE L ÉPOQUE MUSULMANE
Couvents de Sis. — Contraint par les Égyptiens d abandonner le siège patriarcal de Roum-kalah, le catliolicos (patriarche) vint s'établir au sein même du royaume d'Arménie, près des takavors Roupéniens et sous la protection delà nation arménienne. Le patriarche résida dans le tarbas tant que dura la royauté; ce fut seulement lors de la conquête et de la dévastation du pays, et après avoir erré longtemps dans les montagnes pour se dérober à la fureur des conquérants, qu'il obtint des gouverneurs égyptiens l'autorisation de s'établir à Sis et d'y bâtir un monastère. Jusque-là le patriarche n'avait pas eu de résidence fixe, et s'il venaifdans cette ville à certaines époques, c'était pour consacrerdes éveques et des prêtres.
Le premier patriarcat fut d'abord une simple maison qui peu à peu prit des développements. On voit encore, dans ce qu'on appelle l'ancien patriarcat, édifice construit par le calholicos Lucas, une masure en ruines qui servait de demeure au patriarche et à ses moines.
Monastère construit par le patriarche Lucas. — En 1734, le patriarche Ghougas ou Lucas éleva un monastère et une église qu'il dédia à saint Grégoire Lousavoritch ou l'Illuminateur ; l'église, qui est fort bien construite et assez bien entretenue, a été transformée en école où de jeunes Arméniens vont apprendre les éléments de leur langue et les préceptes de leur religion. On a laissé dans l'intérieur et à la place qu'ils occupaient dès l'origiue, les trois autels et le siège patriarcal fait à Alep pour le catholicos Guiragos ou Dominique, vers le milieu du xvme siècle, par un sculpteur nommé Mikaêl Gaspar. Le siège, en bois sculpté, est orné
d'une légende en deux lignes dont les lettres sont rehaussées d'or.
La tombe du patriarche Lucas, qui administra le diocèse de Sis de 1734 à 1737 se voit dans cette église devant l'autel de droite; c'est un monument prismatique, en marbre blanc, portant de chaque côté une inscription de deux lignes en caractères arméniens minuscules enchevêtrés. Entre les légendes, dont la transcription est ci-après, sont sculptés la mitre et le bâton patriarcal :
ijh\ mitjf. m tn^p 1 nul^uju l^m ^ n l rj^[i I/n n ^li np II
* Ceci est le tombeau du catholicos dom Lucas, chef suprême des Arméniens, qui mourut dans la grande ère 1186, le 26 du mois de [janvier] et le troisième jour de la semaine. •
L'année 1 186 de l'ère arménienne commença le 18 septembre 1736, et finit le 17 septembre 1737 inclusivement. Du 18 septembre 1736 au 17 septembre 1737, le mardi ne peut tomber le 26 qu'en janvier; par conséquent nous avons : 1 1 86 de l'ère arménienne, 26 du mois, mardi, d'où l'on tire la date 1737, 26 janvier, mardi.
Dans une cour que l'on traverse avant d'entrer dans l'église, on remarque un carré long, formé de pierres dures, haut d'environ un mètre, et ayant sur le devant neuf niches très-étroites; c'est l'ancienne sépulture des patriarches de Sis.
1 Saint-Martin, Uim. sur l'Arménie, t. I; Chronologie des patriarches de Sis, p. 478.