‹ Voyage dans la Grèce, comprenant la description ancienne et moderne de l'Épire, de l'Illyrie grecque, de la Macédoine Cisaxienne ... avec des considérations sur l'archéologie, la numismatique, les moeurs, les arts, l'industrie et le commerce des habitants de ces provinces;Chapitre 1 sur 160 · CHEZ FIRMIN DIDOT, PÈRE ET FILS · texte numérisé non relu

CHEZ FIRMIN DIDOT, PÈRE ET FILS

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MDCCCXX.

Gïï*r

PRÉFACE

I^'estud avantage dont je sens toute l'impor'^ tance, en publiant un ouvrage à -la -fois historique et descriptif, que d'avoir à faire connaître l'état de la Grèce. Cette contrée , théâtre de gloire, d'illustration et de malheurs, loin d'avoir épuisé l'admiration , la réveille par un si grand qombre de souvenirs éloquents, que les moindres relations des voyageurs qui en ont parlé ont intéressé, à défaut même de mérite intrinsèque, parce qu'on est toujours certain de fixer l'attention quand il est question du territoire mythologique. A la vérité, la plupart de ces productions, qui sont au voyage ce que le roman est à Thistoire, n'ont pas survécu à la vogué du moment; et un succès de circonstance ne pouvait entrer dans mes vues, lorsque je me décidai, en i8o5 , à retourner dans ]e Levant.

Je venais d'être nommé consul-général près d'Ali pacha, visir de Janina; je ne vis que des devoirs à remplir, des fatigues à supporter, /. a

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des jouissances tardives dans l'avenir, où les voyageurs affranchis d'obligations n'aperçoivent que des délassements, et le moyen d'acquérir de la célébrité. Je balançai donc à renoncer à mes goûts paisibles, car l'Orient n'était plus pour moi une terre de prestiges, pour entrer dans une carrière orageuse qui me mettait en rapport avec un homme déjà plus que fameux dans la Turquie par les crimes auxquels il doit son élévation. Mais, en réfléchissant que j'avais contracté une sorte d'engagement avec le public, qui avait fait un accueil trop favorable à mon Voyage en Morée , k Constantinople et en Albanie^ publié la même année, pour ne pas saisir l'occasion de remplir une tâche que j'avais à peine ébauchée , mes irrésolutions cessèrent. J'acceptai donc avec reconnaissance l'honneur que me faisait un ministère protecteur des sciences et des belles-lettres (car l'esprit des découvertes utilesanima de tout temps celui des affaires étran* gères), qui m'offrait une occasion unique de connaître la Grèce; et je partis en disant adieu pour long-temps à la France ainsi qu'à mes amis. Mes instructions portaient que je devais exécuter, indépendamment des fonctions auxquelles j'étais appelé , le voyage dans la terre classique, non à la manière de ceux qui n'a-

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bordent dans un pays que pour Vhonorer d'un coup-d œil , mais en m'identifiant avec lui. On n'attendait pas de moi des notes ou des croquis relevés au milieu de la confusion des langues et des ruines, mais une description exacte du pays, sans rien supposer; une étude approfon- . die des institutions et des mœurs , débarrassée de maximes ou de métaphores qui servent communément à voiler des allusions ou des arrièrepensées. D'après ces bases précises, je présumai que mon plan était entièrement tracé par les auteurs anciens, et qu'il fallait simplement rechercher la Grèce dans la Grèce, en les prenant pour guides et pour autorité quand ils s'accordent avec les lumières de la raison, que' le Ciel a départies à Thomme afin de distinguer, en tout état de cause. Terreur de la vérité.

Conformément à ces idées naturelles, je pensai qu'avant l'époque désirée par les savants, où les Visconti futurs viendront librement interroger les ruines de la Grèce; Ârrago, digne émule de Thaïes c^t d'Euclide , déterminer astronomiquement les positions de ses villes ren- Tcrsées; Desfontaines ou Uumbolt, en étudier la botanique; Haùy, en énumérer les richesses minera logiques; et quelque autre infatigable Thouin , coordonner dans les jardins d'Alcinoùs le système des plantes décrites par Théo-

IV PRÉFACE

phraste et Dioscoride; je pensai , dis*je, que je rendrais un service de quelque importance, en débrouillant le chaos qui couvre Tantique Hellade. Quoique très -supérieure à mes forces, une pareille entreprise n'avait cependant rien de téméraire. Je connaissais la physionomie des hommes avec lesquels j'allais entrer en communication. Je savais le grec vulgaire assez bien pour traiter directement avec eux. Je possédais ce qu'il faut d'hellénique pour déchiffrer les inscriptions anciennes. Je n'étais point étranger aux sciences physiques ni à Thistoire naturelie; et pendant ma longue captivité aux Sept* Tours, le sage Nestor de l'Orient, M. Buffin, m'avait suffisamment initié à la science du gouvernement turc, pour soutenir le caractère dont j'étais revêtu. Enfin ce fut sous les auspices de mon excellent ami M. Julien Bessières, qui avait été prisonnier d'Âli pacha (i), qu'après avoir traversé l'Italie et parcouru Tétat de Baguse, j'abordai à Port-Panorme dans l'Acrocéraune. Quelques jours après, je* vis Ali pacha, qui

(x) M. le cheTalier Julien Bessières , qui était chargé d*nne mission diplomatique, a rempli depuis ce temps les fonctions de consul-général à Venise » de commissaire impérial à Corfou, d'intendant d*armée en Espagne, de préfet avant et depuis la restauration ; et il a laissé partout des souTenirs aussi honord»les que justement mérités.

PREFACE. V

n'était pas tel qu'on me Tavait représenté, et l'Épire tout autrement que je ne l'avais décrite. Avec quels transports je parcourus cette terre de nouvelle découverte ; car , quoique connue des anciens, la perte de leurs ouvrages, pour me servir des expressions du savant M. Gossellin, fait qu'elle nous est moins connue que la majeure partie du nouveau monde. Je voyageai, je moissonnai à pleines mains; et trois ans après mon départ de France, je me trouvai assez riche en matériaux pour essayer de faire connaître dans leur ensemble TÉpire ainsi que rillyrie macédonienne.

Cette opération me paraissait d'autant plus facile que, sur soixante-dix villes des Epirotes renversées par Paul-Émile, j'en avais retrouvé cinquante • cinq , dont je pouvais déterminer les époques des fondations. D'après mon système, j'avais placé au premier rang les acropoles en architecture cyclopéenne pure, et qui par conséquent n'ont pas été relevées depuis une haute antiquité. J'avais rangé en seconde ligne les substructions pélasgiques restaurées partiellement en maçonnerie hellénique, ainsi que les villes entièrement de fabrique grecque. Descendant de-là à travers les siècles qui: suivirent la conquête, depuis Paul-Émile jusqu'à Auguste, j'avais également distribué par classas

-Vl PRÉFACE.

lies enceintes à bases cyclopëennes, restaurée» par les Hellènes, et surchargées de réparations romaines; les places uniquement bâties en briques et moellons, telles que Nieopolis; les fabriques mesquines des siècles du bas-empire, et le plâtrage même des Turcs, quon trouve appliqué a certaines forteresses des premiers âges, telles que celle de Sopoto , où j'ai compté cinq époques de réparations successives et différentes.

Je ine complaisais à lire dans les murs en polygones irréguliers , en belles pierres de taille , en briques ou en blocage, Thistoire des siècles écoulés depuis les Pélasges jusqu'à l'invasion des mahométans. Mais, lorsque je voulus élever mon édifice sur. ces décombres, je m'aperçus bientôt que je bâtissais sur une base mobile. J'avais découvert des enceintes; mais quels noms leur donner? de quel point partir pour raisonner sur leurs emplacements? Les auteurs anciens me manquaient pour former un ouvrage complet. Je m'aperçus donc qu'il fallait recommencer ce que je croyais terminé, en procédant en sens inverse de mes opérations premières, et partir par conséquent de l'état moderne pour remonter aux siècles héroïques, sauf à revenir de ce point, par mes narrations, à Tétat actuel de la Grèce.

Dans la marche rétrograde que j'adoptais, je

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