CHAPITRE XXTtl
chés âu collège de Janina, prétendait que le lac coulait sous terre, comnie celui de Labchistas,.eC qu'il formait la Pistritza? « Cette espèce , repartit-il, ne sait rieti voir naturellement. Il a pourtant demeuré ici ; mais comme ses pareils il aime mieux s'en tenir aux Tieilles histoires qu'on leur débite, que de vérifier les faits.- J en connais , en regardant sçn Kiaya (i), qui font comme cela , des contes à dormir debout; qu'en penses-tu , savant ?» Le Kiaya , tout in* terdit , ne savait que répondre ? « Cet homme-là, poursuivit-il , est encore de ceux qui lisent dans les brouillards. Croiriez-vous qu'il prétend que la peste se com* pose dune multitude d animalcules , quon pourrait voir à l'aide d'une loupe, si on en avait une assez forte ? » Et après s'être égayé aux dépens du Kiaya : « Tu dîneras avec nous, lui dit-il, qu'on apporte du vin, du meilleur entendez -vous, il est fort bon ici. Consul , tu en boiras, toi, n'est-ce cas ? « en apostrophant celui qu'il mystifiait. Comme il s'en défendait : « Mais autrefois, tu n'étais pas si difficile, et puisque tu pré* tends réformer ta conduite, va manger à la cuisine. •—Mais, seignetir, la loi de notre prophète? — Tais* toi^ je suis prophète dans mon pays, et si je voulais, ajouta-tpil ironiqtiement, je t'en ferais.bien 'convenir. » A ces mots , le pauvre Kiaya se retira pour prendre •on repas , dans un autre appartem*ent.
(i) Lieutenant-général du TÎsir. Ou verra avec quelle ironie amère S. A. traite ses confidents les plus intimes, et le mauvais ton de sa convelwition habituelle.
388 TOTAGS DANS LA 6KEGB,
Nous restâmes donc en téte-à-tête ; le cortège bril« lant des pages et des officiers de bouche ayant dressé le service, sur un large plateau en vermeil qui sert ordinairement de table, on nous présenta dabord quelques mets dans de belles porcelaines de Sèvres ^ ornées des dessins de 1 école française. Suivant son usage, on servit au visir un agneau entier du poids de douze livres, dont il avala sans mâcher plus de la moitié, ainsi que des têtes dail, des œufs durs, un« anguille et une foule d'objets; se contentant de toucher du doigt un plus grand nombrç de plats , pour montrer quil les agréait, et qu'on pouvait les retirer. Lorsqu'arrivé au riz bouilli ou pilaw, plat ordinaire de dessert chez les Turcs , sur lequel on répand de la crème caillée, le visir en enfonçant sa cuiller, dé«> couvrit une pelotte de plumes ^ qui prouvait quon lavait fait cuire dans l'eau bouillante, où les aides de cuisine plongent les volailles pour les plumer ! Je vis alors pâlir le satrape, et un mouvement de frayeur saisir les assistants! « Qu^est^ce , comment.... » Sa voix s'altérait, lorsque ses regards tombant sur les miens, il ne put ( je ne sais par quel charme inconcevable ) poursuivre son discours, et il partit d'un éclat de rire! « Vous Tojez, mon fib, comme je suis servi ? Oh! quelque jour^ je les ferai pendre. — Cela ne leur apprendra pas à faiire la cuisine. — Si fait, si vous saviez commo cela est nécessaire pour le bon ordre. — Pour cette fois au moins, vous leur ferez grâce ? • — Oui , mais j'exige qu'ils mangent le pilaw cuit à Peau de vaisselle, avec les plumes sans les éplucher. » Et U
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sentence fat exécutée à la lettre. « Sans vous, dit-il,> sa téee serait dans la cour (i)! »
Comme j avais pris mon logement au sérail de- Dgerovina, afin d'être à proximité du visir, sans habiter le même village déjà encombré par son entourage, je me trouvai réuni au docteur Louis Frank ,. qui était alors son médecin, avec lequel je passais mes moments de loisir. Nous reconnûmes ensemble le cours de la Calamas ou Thjamis , qui sort à l'orient du lac ; et les paysans nous dirent qu'ils péchaient dans ses eaux des truites et des écrevisses (ïleGTf6(f<xiç xai KapaêiÂftiç), et qu'ils y prenaient au moyen de la ligne , quatre espèces différentes de poissons , parmi lesquelles , les carpes sont la plus nombreuse.
La soufrière, objet de notre voyage, sur laquelle on avait déjà fondé de grands projets et des spéculations , se trouve à la surface de la terre en remontant le lit d*un torrent par le travers méridional du lac , dans le mont Chamousi. Les masses qu'on en avait extraites, présentaient le soufre natif englobé dans une enveloppe terreuse de couleur noire. On fit des essais en petit, on commanda 4es fourneaux, on allait
(i) n.y en avait dans ce moment une demi-douzaine dVx* poséet, et comme c'étaient c^les de chefs de yolemrs, on allait les expédier à Gonstantinople. Cet usage barbare « que je voyais se renouveler, était aussi pratiqué sous les empereurs chrétiens d'Orient. Ainsi Adolphe promit d'envoyer les têtes des tyrans à Honorius. Les têtes de Sébastien et de Juvien, dans Qoe autre circonstance, furent exposées sur des pieux, aux portes du palais. Btzjjtt. ,. X*. I, p. 1 48.
390 TOTAGE DAVS LA GRECE,
faire expirer les paysans dans les fouilles, car àé\m les ordres étaient donnés pour former des ateliers destinés à travailler par corvées. Mais la maladresse d'un italien préposé à la direction des opérations, ayant brûlé le soufre, au lieu de le distiller de sa gangue, dégoûta heureusement le visir d'un desseia auquel il renonça avec autant de légèreté qu il avait mis dempressement à Tentreprendre.
Dans ce voyage , comme nous prîmes notre cke-. min de retour à Janina, le long de la chaîne du mont Ghamousi, ^ous passâmes devant Moucheri, tchiftlik éloigné d'une deroi-lieue de Mouchari , qui envoie des eaux à la Thyamis. Trois quarts de lieue plus loin , nous laissâmes à droite, sur le penchant de la montagne, une autre métairie , et en tournant au nord pendant un mille, nous arrivâmes à un ambari ou magasin de grains, dans lequel le visir nous avait précédés. J'entrai dans ce grenier, au moment où les habitants de Coucou* lios (i) venaient de répandre devant S. A. , un vase de lait^ et des poignées de farine , en signe de la prospérité et de Tabondance^ qui naît sous les pas de l'homme puissant. Privez ^ lui disaient'Us^ ^vwez et sojrez rassasie données ( « noXi>j^povi(7(Afve va IIoXujj^povwwç ) , mais faites^nous pendre j faites -^nous nojrcr^ ou diminuez les impôts qui nous accablent. Le pacha, sans paraître entendre ces gémissements , m'ayant af«* fectueugement invité de m'asseoir sur un tas de grains de maïs recouvert d'un tapis ^ fit signe aux paysans
(i) Coucottlios» village situé un mille tu S. de VAmhari, dans Je mont Cbamousi.