CHAPITRE XXVII
le son s était lait entendre. Bientôt on aperçut un long cortège descendant de la montagne, précédé de Dadoueho^phores qui tenaient des torches de pins en* flammées, et de gens qui portaient des drapeaux. Chacun avait fait silence, lorsque les chants de Tépithalame se firent entendre* « Vous épousez , disaient les « chorjphées de la scène pastorale, le fils du roi, « TOUS êtes la reine du hameau , ô la belle des belles ; « et des instruments rustiques exécutaient la ritournelle de ce distique , qui fut couvert de mille et mille lo répétés.
h^, pompe étant arrivée sur la place publique , la foule fit passage aux mariées , qui parurent les cheyeux tressés avec dc^s fils d'or, et la tète couverte du flammeum ou voile de pourpre. Des en&nts portaient devant elles sur un carreau , les couronnes nuptiales destinées , hélas à ceindre encore Iquts fronts le jour de leurs funérailles (i). Elles s avan^rent belles et timides comipe la pudeur, jusqu'aux pieds des vieillards, qu'elles saluèrent en s'inclinant , et dont elles baisèrent respectueusement la main droite. Soutenues ensuite par le parrain de la couronne ( N(ivoç ) , car c est ainsi qu on nomme le témoin particulier du mariage ( appelé lui-même couronnement) y elles s'acheminèrent lentement vers la maison des époux , au bruit des tambours de basque, des musettes, et des voix qui recordaient Tantistrophe de l'épidbalame.
Après avoir vu défiler ce cortège, je ne pus résister
(i) Si les époux meurent sans avoir changé de liens, on les pare le jour de renterrement de leurs couronnes nuptiales.
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au plaûir de me rendre » dès que j'eus soupe , aux noces qui se célébraient, non suivant 1 étiquette ennuyeuse des Grecs , au fond d*un harem , mais comme dans TEden à la face du ciel, que le premier homme au jour de la création, prit seul pour témoin de ses chastes amours. Les convives assis sur la pelouse, ou sur des nattes, autour de tables séparées « couronnés de fleurs, étaient tout entiers aux plaisirs. Les torches de pin odorant dont la scène était éclairée ne déro» baient rien de la voiite du firmament, embellie par le doux éclat des étoiles^ qui se balançaient dans son azur diaphane. On respirait les émanations par^ fumées des montagnes, des fleurs et des arbres des forêts , lorsqu'une des mariées (Nupif t) ) entonna d une voix émue, les couplets suivants :
Zelis , an sortir de l'enfance , Chantait lei fleurs et lei mÎMeaiiz; Set accents simples et nouveanx,' An lys dcHinaient la préférence; Et ses nymphes disaient en chœor, Viye le lys et sa blanchem*.
Mon bien jdmé dans la prairie Cueille des lys pour me parer; Le jasmin a beau se courber, n dit à sa tige fleurie; Et TOUS répéterez en chœur, Viye le lys et sa blancbeur.
Les lys donnent à la jeunesse L*air intéressant du désir I Leur parfum invite au plaisir.
Et semble inspirer la tendresse :
Répétez donc toutes en cbcrar, Viye le lys et sa blancheur.
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La nuit était avancée, lorsque je quittai \^s cou* vives ; j'entendis leurs chants se prolonger , et j*ap* pris à mon réveil , que le jour seul avait interrompu leurs plaisirs, pour rappeler aux travaux des champs ces hommes, dont des siècles d'esclavage n*ont pu effacer le caractère aimable.
Delvinaki, que j'appelle Omphalon, oocu{)e le pourtour d'un entonnoir dont la position est unique dans rÉpire, et qui dut être très -anciennement habité, puisque dès le temps de la conquête par les mahométans , il fut inféodé à lapanage des sultanes à titra de dotation. Or on sait que la confiscation mise en pratique par les Turcs, envahit le domaine impérial , les biens des églises , et des seigneurs chrétiens auxquels ils succédaient, par le droit barbare du plus fort. Cependant il ny a pas de ruines apparentes, mais en bâtissant Téglise située au milieu de la place , ainsi qu'une maison d'Ali pacha, on a découvert des débris de colonnes , qui prouvent Texistence d'une ville ancienne, au fond de ce cratère. Au reste, ce bourg, quel qu'ait été son nom ancien, possède upe population de six cents chrétiens, qui seraient heureux, si on les laissait jouir des fruits de leurs travaux.
Une lieue au midi de Delvinaki , après avoir Iran, chi des coteaux, on entre dans la voie commerciale de Janina. On dirige alors à l'orient au milieu des bois, en doublant de quart de lieue en quart de lieue des croupes dépendantes du mont Charoousi, qui expire à l'orient de la vallée de Pogoniani sur les bords de la Thyamis, au détour quelle fait poiur entrer dans le bassin inférieur de la Thesprotie. Les
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montagnes de Delyinaki, couveites de vastes rideaux de chênes y se rattachent parallèlement au mont Papingos, en arrière du rillage de Dgerovina, quelles enveloppent de leurs contours.
On m avait dit que son lac (i) était la source de la Pistritza, quil n^avait pas de fond, qu'il absorbait les objets qu on j jetait et mille autres choses pareilles. Deux fois j'avais parcouru ses bords sans pouvoir m'y arrêter, lorsqu'une occasion particulière qui me donnait le temps dy séjourner, se présenta. On venait de trouver des mines de souffre dans le mont Chamousi, et Ali pacha, avide d'une pareille découverte, m'ayant engagé à faire un voyage avec lui pour les visiter, je me rendis à son invitation. Fixé à Dgero* vina, je né fus pas long-temps à voir que les rapports qui m'avaient été faits par les Grecs , relativement à son lac, étaient des fables de leur invention. Le visir Ali m'apprit qu'il l'avait traversé autrefois en bateau» ce qui détruisait le conte qu'on fait encore sur la prétendue absorption des objets qu'on y jette, à moins, dit «il en riant à ceux qui nous écoutaient, que ce ne soient des pierres. Il raconta ensuite , comment ayant fait examiner sa profondeur , la sonde avait rapporté immédiatement au bord de la plage, trente brasses, puis quarante, et dans le milieu, de cent jusqu'à cent vingt. Mais il ne put s'empêcher de rire, quand je lui dis qu'un des professeurs atta-
(i) P^ojrcz ch. VIII, 1. 1 de ce voyage. Le lac de Dgerovina ne •erait-il point le Pambotis des Molosses , indiqué par Enstath. ai Odfu., lib. m, vers. i88.