‹ Voyage dans la Grèce, comprenant la description ancienne et moderne de l'Épire, de l'Illyrie grecque, de la Macédoine Cisaxienne ... avec des considérations sur l'archéologie, la numismatique, les moeurs, les arts, l'industrie et le commerce des habitants de ces provinces;Chapitre 134 sur 160 · Chapitre xxviii. 4i · texte numérisé non relu

Chapitre xxviii. 4i

le secret du passé. Lés paysans les démolissent, pour servir à leurs besoins ^ ou pour conquérir quelques sillons, quand de toutes parts, d'immenses terrains sont délaissés! Lorsque je vis pour la dernière fois Passaron , les Grecs labouraient dans l'orchestre de son théâtre. Des chèvres broutaient quelques plantes sauvages qui croissent maintenant autour des gradins, où , des milliers de spectateurs s asseyaient dans les solennités de TÉpire, pour assister aux représentations des chef-d*œuvres de Sophocle et d'Euripide* L'écho qui répondait à leurs acclamations , ne répétait dans ce moment que le chant plaintif du laboureur qui déchirait le sein de la terre. A peine pûmes -nous trouver sur cette terre désolée , un arbre rabougri assez élevé pour nous abriter en face des ruines ^ que mon compagnon de voyage dessina.

A midi nous nous acheminâmes vers Alepou (i), bâti au penchant des monts Olichiniens. Dans notre route, nous laissâmes à gauche un puits de construction ancienne , une chapelle dédiée à saint Georges environnée de beaux arbres , et nous arrivâmes au village, en remontant le lit d'un torrent. Le primat chez lequel nous descendîmes, me vendit le doigt annulaire en bronze d'une statue colossale, si on en juge par ce fragment, qui pesait près d'une livre. Il ne connaissait pas le lieu où il l'avait trouvé, ou bien il refusa de me l'indiquer, afin de ne pas

(i) Alq>oa9 village du Renard, un mUle à VO. da théâtre de Passaron.

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se compromettre. C'est cette crainte qui engage les paysans à enfouir les statues et les bas •reliefs, que leur volume ou leur poids ne leur permettent pas d'enlever, pour les vendre clandestinement. Ils avaient ainsi recouvert de terre , des sarcophages , des marbres et plusieurs autres- objets, pour netre pas accusés d'avoir détourné des trésors , que lavidité du satrape revendique comme étant sa propriété, danr quelque partie de ses états où l'on peut en découvrir. Mon hôte , rassuré sur ma discrétion , me procura quelques médailles des Épirotes , et des temps du bas empire, et il fut si content de nta générosité, qu'il voulut me montrer lui-même plusieurs particularités des ruines qui avaient échappé k mes observations. Il me fit remarquer des chouettes sculptées en plusieurs endroits des murailles de laî citadelle, le plan entier de là ville , et des détails que je n'aurais pas aperçue. Gomme le jour finissait, je le récompensât de nouveau, et nous venions à peine de nous séparer, lorsque nous fiknes rappelés par ses cris ! il était afssailli par un chien énorme , dont nous ne pAmes , malgré ht rapidité de notre marche , le débarrasser assez à temp» pour l'empêcher de recevoir des morsures^ dont il mourut trois jours après , dans les convulsions de rhjdrophobie (i).

(i) Lliydrophobie des chiens et des loups est très-fréquente dans l'Épire et dans la Macédoine. Je Tai vue se renouveler presque périodiquement vers Tautomne. Elle ne se manifeste jamais à Constantinople, m dans l'Egypte, sans qu'on paisse ea dire la raison. J'ignore si ellft a lieu dans les Iles de rArcliipel.

GHAPITRB XXVIII» ^iS

Le bassin de Passaron (i), s étend Vespacc de cinq lieues et demie du midi au nord-nord*ouest, jusqua la vallée inférieure de la Tbyaitiis, à laquelle il aboutit au-desscms de SooU* Apano. Â Toccidentil est borné par la chaîne élevée des monts Tympheus ou Olichi^ niens (2) , et à l'orient par les montagnes de Cosmeras, qui laissent, entre \enf9 bases ^ une gorge sinueuse d'un mille , dont la grande ouverture est au septentrion. V»e lieue au midi d'Alepoo, sur la même ligne y se trouve Mélingos, et une demi-Ueue audelà^ une chapelle dédiée au prophète Elie, bâtie au faîte d un contrefort qui sépare la vaUée de Pas» saron, dn bassin de rAiachthua cm Lourcha. D' Aiepou , d où je prends pour cette topographie mon poiïit de reconnaissance, en remcmtant au nord, au bout d'un mille^ on passe atu cabanes de Tzérénovitza, près desquellei» il existe un moulin alimenté par les source» itièves du Térino, et une chapelle consacrée à saint Nicolas. A l'autre côté du ruisseau, s'élève une seconde chapelle bfttie sons Tinvocation du sommeil de la vierge , emblème de sa glorieuse aS'cension'yet à trois cents toises de là, on arrive au village de Dremichoux. Des sources abondantes et innombrables, qui coulent des flancs de la montagne, grossissent le cours du Térino. En examinant quelques restes de maçonnerie, je crus reconnaître qu'elles coulaient autrefois dans un canal , et comme j'avais

(i) Maintenant appelé yallée de Courendas, de Dremiclumx et de Théritchiani. On le cannait aous ces trois dénomînationi, ('») 0>.UTCixa €cûvft. Mblbt., Géogr,

4i6 votàgb dans là grsgb,

remarqué que Passaron n'avait qu'un seul puits situé près de la chapelle Saint^Georges, je commençais à examiner ces ruines, lorsque les paysans me dirent, qu il avait existé autrefois un grand pont avec des arches sur lesquelles coulaient les eaux de Dremichoux, jusqu'aux ruines du Palieo-Castron. Cette indication ne tarda pas à me faire retrouver les débris de cet aqueduc , doiit les bases existent dans Talignement des monts Olichiniens à Passaron. Un vieillard m apprit encore que la vallée était autrefois couverte de bois, et de pâturages , desséchés par la destruction des arbres. « Tout a changé» dit-il en soupirant, sur cette terre, depuis le temps où nous gémissons sous la tyrannie de \ Albanais ( faisant allusion au visir Ali ) 9 et je ne reconnais plus rien de ce qui fit le charme de 'ma jeunesse ,' que le chant de nos rossignols. »

Depuis Dremichoux jusqu'à Textrémité de la vallée du côté de la Calamas , on compte quatre lieues de distance. Un mille au nord dans cette direction , le Térino reçoit un ruisseau venant de la chapelle de Sainte- Anaîs, située un mille à Test Deux milles au* delà, sur la base des monts Olichiniens, s élève Piecha (i) , trois quarts de lieue plus loin Baouchous, et une demi-heure au-delà Tchéritchiani , en face du

(i) Plecha; une lieue £. O. de Monch-Spina; Baouchoux, Crois quarts de lieue £. O. de Kokino - Chôma; Tcheritchani £. O. , trois quarts-d'heure de Brestani ; une heure'N. de Tcheritchani» Dragoni ; de Dragon! à SouU-Apanoy deux milles et demi N.; de Souli-Apano £. N. £. au monastère de Pallouri^ trois quarts d'heure.

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pont de Brestani. Le Térino, qui passe sous ses arches, commence à se recourber au nord-ouest, en coulant Vers Dragoni, yillage qui semblerait avoir emprunté sa dénomination du dragon du mont Tjm» phé (i), dont Lycophron a fait mention. Il trayerse de là le plateau verdoyant et fertile de Paliouri^ en serrant la base des montagnes, pour tomber dans la Velchis, rivière formée par la décharge souterraine des lacs de la Hellopie.

Le village de Paliouri, dont le monastère a pour patronne la Panagia , est célèbre dans le pays , à cause d'un panégyri, qui s'y tient chaque année le huit septembre, auquel les Grecs se rendent par dévotion et par plaisir. Indépendamment de cette aubaine, lès pèlerins, qui le fréquentent pour obtenir des guérisons, augmentent de leurs aumônes le revenu des moines, qui ont une dotation en biens fonds, montant à plus de vingt mille francs de rente. A Torient de cette retraite, et non loin du village, on remarque des ruines pélasgiques contemporaines de celles de Costaniani , qui me paraissent avoir appartenu k la ville de Tymphé ou Trampya, qu'Etienne deBysance place au voisinage de Bunima(2)9 dont il attribue la fondation à Ulysse. Ce fait prouve en même temps que les monts Olichinisens sont le Tymphé

(i) Âfflbuiy Tufifflûoç. f^ûU Lyoopbron , ▼. 795 nsque ad t. 798 , in AUm.

(a) Bo6vii(ia aut Bcuvtf&ovy Booyt|ittv a bonm pascuis dicta. Hùjl^ j[«tipou KTCafMi Ô^a<«i< iiv Uv\9% kXdviov Tfaf&iràXac.

Stsph. Brz. , in B,

des anciens. Sans discuter ce fait je dois pour le moment me contenter de dire que cette montagne , dépendante du Pinde(i)9 était enclavée dans la Thesprotie (2), province souvent confondue , comme je l'ai déjà fait observer, avec la Molossie. Je ferai ensuite reparaître du sein de leurs décombres, à côté de TjiHphé, dont Callimaque a célébré les pâturages (3), les villes de Melia et de Cimolia , dont Théophraste a parlé (4); et j aurai ainsi fait sortir du chaos, la partie la moins connue de TEpire, si peu connue ellemême, diaprés l'état des renseignements qae nous tenons'des anciens.

Le plateau de Paliouri contraste avec la gorge de Dremichoux, dune manière si frappante, quon ne peut y méconnaître le territoire consacré à Diane. Un sol inépuisable, produit dans toutes les saisons, des légumes, et des plantes aussi variées que les époques de la nature. Là , sont des prairies toujours vertes , des champs couverts tour-à-tour de blé et de maïs, qui donnent jusqu'à deux récoltes, des jardins remplis d oignons, d'aulx et de poireaux, plantes dont les Grecs, font une consommation énorme. A côté, se trouvent de vastes carreaux couverts de melons, de

(i) Pindi pars quadam versus Epirum, excurrens fait Tuf&fn, unde regio Tup.fouT). Palxer,, Grœc. Antlq,^ lib II, c. 9.

(1) Tufiovi , 6^oç 6cai7puTixoy, xai Tuftfftîa IIoXiç. Stsph.

Hesychius, qui parle de cette peuplade, la qualifie dath^^ Tû/içaiov , àOtcv £Ovoç. Hkstchiits.

(3) Callimaq., Hjnin. III, in D'umam,

(4) Theophrast.;lib. II, dt LtpitUbM, ubi de terris fossilJa loquitor.

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courges, ensemences de haricots, de melongènes, debamianSj et d'une quantité prodigieuse de radis et de betteraves. Il est probable que cette culture, et les prairies couvraient les coteaux et la vallée entière , lorsque les forêts, qui attirent les nuages fécondateurs, protégeaient cette contrée, dans laquelle des sources nombreuses qui se sont éteintes, ont cessé de répandre Tabondance.

La rivière Térino^ qui reçoit plusieurs ruisseaux des environs de Paliouri, après avoir coulé sous un aqueduc de dix -huit arches, ouvrage des souterrazzis de la Londgiaria , ( par lequel on élève leau d'une source jusqu'à Souli-Apano ) , tombe dans la Velchîs, qui conflue avec la Calamas ou Thyamis, entre les promontoires de Souli-cato et de Souli-Apano. C'est là que se termine la contrée des Tymphéens, par la topographie de laquelle j'ai dû commencer la description de la Thesprotie, ayant d'exposer celle de la yallée inférieure de la Calamas.

aj.

4aO TOTAGB DANS I.A 6EÈCE,

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