CHAPITRE XXTIII
« pouyaii l'intéresser autant que ^éducation de ce jeune « prince , en confia le soin à des hommes sages y qui « conçurent le projet de former sa jeunesse loin des «plaisirs et de la flatterie. Ils le conduisirent dans « cette intention à Athènes; et ce fut au sein d'une ré- « publique , que lliéritier du trône s'instruisit des de- « Toirs mutuels des souverains et des sujets. De retour « dans ses états , il donna un grand exemple, en disant « au peuple, qu'il voulait limiter son pouvoir.lX établit « donc un sénat , des lois , des magistrats. Bientôt après, « les lettres et les arts fleurirent par ses soins et par ses « exemples. Les Molosses, dont il était adoré, adoucirent « leurs mœurs , et prirent sur les nations barbares de « VEpire , la supériorité que donnent les lumières aux « peuples qui les cultivent. » Depuis ce changement, Passaron devint le chef-lieu des états de TÉpire. Les rois , à leur avènement au trône , après avoir sacrifié à Jupiter guerrier, juraient aux peuples, de régner $01* vant les lois; et ceux " ci j de défendre la royauté conformément aux lois (i). Aussi cette ville où l'on vit , peui-étre pour la première fois dans le monde, lunion auguste du souverain et du peuple, du pouvoir monarchique et de la liberté , fut-dile la plus florissante, et la seule embellie de monuments de la sauvage Epire, dont jusqu'à cette époque de régénération, les arts enfants de la paix, et les lettres, semblaient avoir été bannis. Là , se trouvaient un vaste
(i) dùaxvrfç À^ii«> Ail opxttf&ortîv toIç AicttpMTaiç xal ôpxiCttv Xa^tty x«Ti tovç voj*ooç. Piut. , Fit, Pyrrk,
4tO VOYAGE DANS LA GE£CB,
théâtre, des temples ^ une acropole consacrée à Pallas (i), des aqueducs, un agora et des portiques ornés de statues.
Comme si on eût voulu punir Passaron de sa prospérité , les Romains vainqueurs de Persëe , lui firent sentir particulièrement les effets de leur ressentiment! Ce fut du sein de ses murs, où Paul*Emile s*était retiré après la conquête de la Macédoine (a), que partirent les ordres de destruction , qui transformèrent rillyrie, et les provinces les plus florissantes de la Grèce, en une vaste solitude. Un jour, un seul jour, vit -exécuter Tordre daté de Passaron qui ordonnait la ruine de soixante -dix villes, et Tesclavage de cent cinquante mille Epirotes ou Macédoniens qui furent transférés et vendus à Rome, au même lieu, où dans la suite les restes non moins malheureux du peuple de Dieu furent mis à lencan! Ainsi passa la splendeur première de rÉpire, dont tout le crime était de s'être opposée à lambition de Rome, qui ne voulait de gloire, de liberté et d'indépendance que pour elle seule, sur la terre qu'elle opprimait.
Les ruines de Passaron , qui s'était relevée ( si on en juge par des restaurations postérieures aux Hellènes) , attestent , malgré leur délabrement, sa grandeur et son importance primitives. On y recoiuiaît encore l'enceinte bastionnée dune citadelle (3) , qui est dans
(i) Paillas présidait aux acropoles en général et à tous les lieux élerés. Oyro., Fast., lib VI.
(a) Tit..Liv., Ib. XLV, c. 84.
(3) L'acropole ou citadelle a trois bastions de yingt-six pieds huit pouces de saillie sur dix-sept pieds quatre pouces de largeur»
CHAPITRB XXVIII. 4ll
les proportions de toutes les acropoles connues de Tancienne Grèce ;. des restes d'édifices et des tombeaux. A Tangle occidental de cette citadelle, faisant face au midi, est adossé un théâtre des plus grands et des mieux conservés de la Grèce. Son élévation découveHe, car je présume qu'il y a des attérissements à la base , -est de soixante gradins hauts d'un pied superposés en retrait , comme dans toutes les construoûoiMS de ce genre. La rangée supérieure de ces siégea , mesurée dans son étendue demi «circulaire mV donné trois cents pas ; la corde de 1 arc à sa piu*tie inférieure entre les escaliers latéraux par lesquels on y montait , cent huit pas , sur une profoQdeur de trente-huit, dans le sens de la direction de lorchestre, ,au cçntre de la première banquette inférieure. Quoique appuyé à un terre • plein , le théâtre, dans sa partie inférieure, reposait sur une arcade voûtée, qui était encore accessible en 1807, ™^^^ dans laquelle on ne peut plus entrer, depuis le tremblement de terre de 1809.
dans M ligne septentrionale. La courtine en pierres de taille est épaisse de huit pieds et demi, dans un développement de cent quatre-yingt «seize pieds entre les bastions. Au front occidental , il y a une poterne pratiquée dans un des bastions angulaires, et k lorient , une porte de dix pieds d'ouverture , défendue par deuat tours quarrées. Au midi , le rempart n'est flanqué qu'aux angles, le terrain étant coupé de ce c6té à une hauteur de soixante pieds au-dessus du niveau de la vallée , par la pente brusque du contrefort des montagnes, à l'extrémité duquel cette forteresse était bâtie. Au midi, on remarque un caveau funéraire, long de seize pieds sur six de largeur , dont la voûte était soutenue par une architrave appuyée sur deux piliers d'un travail grossier.
4l3 VOYÀGB l>AirS LA GRÈCB,
Au midi du théâtre et de l'acropole ^ se trouvait la ville basse de Passaron , qui était environnée d un rempart défendu par un double fossé. Cest dans cél espace, plus régulièrement fortifié que la citadelle et d'une étendue considérable, qu'on voyait lors de mon arrivée dans l'Épire , le péristile d un temple, une porte d'entrée, T Agora, appelé par les paysans Bazard^ nom qui répond à son usage ancien. Parmi les mines qui couvrent le terrain , j avais vu , un dauphin sculpté sur marbre, des broderies d'architecture, et deux têtes presque frustes, quil ne ma plus été possible de retrouver dans mes autres voyages; tant les ruines elles-mêmes sont périssables (i). J eus même quelque difficulté à me reconnaître en i8i3,lorsqueje fis lever le plan de Passaron par un ingénieur. Le temple autour duquel j avais compté les bases de plusieurs colonnes, avait été bouleversé. On avait déplacé de très-grandes pierres de ses fondements , la ceUa en était détruite. Des gens qui n'étaient ni les soldats de Paul Emile, ni ceux de Bajazet, par un amour mal -entendu de découvertes, avaient sans fruit, comme sans résultat, détruit des restes d'antiquité, qui attiraient encore les voyageurs dans la vallée de Dremichoux.
Les débris même échappés aux coups du temps et des barbares, ont donc leur terme fatal! On les lyiutile dans leur vétusté , pour tâcher d'y découvrir
(i) Sur un linteau en marbre, il y avait des fleurs aoulptées. Une autre plaque représentait , avec deux têtes encadrées dans une sorte d'auréole, les initiales D. M. Enfln la chouette éuit empreinte sur deux pierres qui ont disparu.