CHAPITRE XXIX
mouri ûu pays des Chamides , le distinguent à leur tour en villaietis ou cantons de Philates ou Scaloma, de Param jthia et d*Aïdonie , seul nom consacré par lantiquité. Quant à la partie connue sous la dëno* mination dé Cassiopia ils Tappèlent Rogous; enfin la Selleïde est le pa js de Souli, qui forme comme autre^ fois , un enclave séparé dans TÉpire.
Pour entrer dans la vallée inférieure de la Thja* mis y qui dut être la partie septentrionale de la Thesprotie , puisque ce fleuve est qualifié de Thésprotique (i) , il faut remonter le bassin de laHellopie, deux lieues au nord*ouest de Janina,jus-» qu'au village de Rodotovi. De là on fait route à Toccidenten marchant dans le berceau d*un torrent, pour arriver à un plateau hérissé de pointes de rochers, dépourvu d'eaux, d'arbres, et qui n'a pour végétaux que des groupes de sauge, dont les paysans, se servent à défaut de bois, pour chauffer leurs fours. Ce terrain stérile, image du désert, s'élève en se renflant du côté de Proto-Papas et de Dzidza, et décline insensiblement pendant un mille à l'occident, jusqu au réceptacle d'une multitude de torrents, dont les eaux privées d'issue^ s^absorbentdans des cavités souterraines. Elles ne forment point des flaques permanentes, comme dans les lieux encaissés , et il suffit même , comme je l'ai observé dans la saison des pluies , où
(i) Ptolem. , tab. X , Europ. ; Thacydid. , lib. I ; Gc. ad Attic. , EpUt. 11,13). H; Strab., lîb. VII,p.394. Athens., in Epit.^ 13>. ni; Plin., lîb. Il, c. i. On voit ainsi qa'Ortdius le plac« indûment entre les Afréens et les Amphilochienf . *
4^2 YOTÀGB BARS LA 6&BGB,
les plaines sont inondées de manière à les rendre long-temps impraticables, il suffit, dis -je, de moins dune demi -heure, pour voir s*absorber les eaux accumulées dans ce vaste puisard , comme si elles disparaissaient à travers un fonds de sable. Depuis cette cavité jusqu à Yelchistas, la distance est d'une lieue et un quart. On laissa à gauche avant d entrer dans ce village, la Velchis qui sort avec fracas d'un terrain entremêlé d'éboulements, à la naissance d'un précipice creusé dans les rochers, à plus de cent pieds de profondeur. Il est vraisemblable que ce phénomène avait été observé des anciens, car il était trop frappant pour n'avoir pas fixé leur attention; cependant Mélétius est le premier des géographes, qui en ait parlé. C'est d'après l'absorbtion de la décharge des lacs près du khan d'Ammos , et la reproduction de leurs eaux au-dessus de Velchistas, qu'il bâtit son système géographique, duquel il conclut que le lac de Janina (car il ne parle pas de celui de Labchistas) est rAchérusie\ et la Calamas , VAcheron. Mais il ne serait pas tombé dans cette erreur, s'il avait réfléchi que Polybe place l'embouchure de l'Acheron au port Glykys , et que la Velchis , avec laquelle il le confond^ se jette dans la ThyamiSy^M^e des Thesprotes.
Velchistas, village de quatre-vingts familles grecques, serait, à cause de la fertilité de son territoire et de l'excellente qualité de ses vins, un séjour de prospérité, si le bonheur pouvait se concilier avec la tyrannie. Mais ses habitants au lieu de l'intérêt qu'ils méritent,* vivent dans des cabanes bâties en pierres
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sèches, recouvertes de schistes calcaires, et assimilés aux animaux, avec lesquels ils partagent les travaux pénibles de Fagriculture. On ne fait attention à eux, et on ne les épargne, qu'en raison du produit qu'ils rapportent à des maîtres avides; et leurs montagnes déboisées, les sources qui sVteignent chaque jour par le manque d arbres , portent à croire qu'ils s'éteindront bientôt eux-mêmes, sur une terre qui n'est arrosée que de leurs sueurs et de leurs larmes (i).
En descendant de Yelchbtas , pour entrer dans la vallée inférieure de la Thyamis , on voit à droite un bastion en maçonnerie hellénique , qu'on croit avoir fait partie de l'ancienne ville de Mélie ou Mile. Théophcaste qui en fait mention, dit quelle était située près de Tjmphé; et il est probable que son nom était dérivé des meules de moulin , qu'on tire encore des coteaux qui bordent la Velchis. A Texception du pan de mur qu'on aperçoit, les restes de cette place sont couverts d'attérisseraents du côté de la rivière et à l'occident, où elle est bornée par un précipice, au fond duquel mugissent les eaux d'une multitude de torrents fougueux. De cette forteresse ancienne , qui commandait probablement le défilé , on marche au nord pendant trois cents toises par une rampe inclinée, pour arriver à un pont jeté au dégorgeoir des torrents.
(i) Comme la position de Yelchistas ett un point de recoo« naissance important pour le géographe, je croîs à propos de dire que ses rapports N. £. S. O. sont de deux lieues arec le monastère de Palionri , et de cinq lieues et demie, entre Paliouri et Janioa*
4^4 TOTAGB BAlfS LA GEBCB,
De U le sentier tourQe i Toocident en s élevant sur la pente rapide des montagne» , à une hauteur considérable au-dessus des gouffres , dont la vue cause des vertiges, lorsqu'on fixe leur profondeur. On s'a- Tertit ordinairement en poussant des cris, dès qu^on est entré dans ce défilé , afin de prévenir ceux qui s'y présentent en sens opposé, parce qu'une fois engagés, il est très-difficile de pouvoir rétrograder. Il arrive même sans cela, que les bétes de somme r en heurtant les angles des rochers , sont précipitées par le contre -coup au fond des abîmes. Tel est le pas qui circule au-dessous de l'ancienne acropole de Mile, dont la restauration met» trait Janina à l'abri d'une invasion , du côté de la Tfaesprotie.
Au sortir du dervin de Yelchistas , on passe près d'une chapelle, dont le bois sacré est formé par un groupe de tilleuls, arbres peu communs dans l'Ëpire. On revoit de cette hauteur Yelchistas , ainsi que les villages de Dudza et de Grammenos. La Yelchis, qui coule à gauche, s'enfonce au revers méridional d'un coteau boisé. Au nord de cette butte remarquable par sa configuration, on trouve une fontaine abondante, revêtue en maçonnerie. C'est i cette source, qui coule par quatre robinets, que les habitants de Yelchistas, malgré la distance, s'approvisionnent pour leur boisson; les eaux de la rivière étant regardées comme dures etgypseuses(i). On rencontre ainsi soir et matin des femmes char«
(i) r6(|ioc , gypse ou plâtre. Théophraite rapporte qn'il txU*
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gées de barils, qui transportent leur proTision d^eau sur leurs épaules. A cet égard les nouvelles mariées ont, pendant le premier mois de leur ménage, le priTil^ de s'y rendre montées sur un âne enharnaché de son bât, la quenouille au côté; mais elles doivent regagner à pied le village , le baril plein d*eau chargé sur le dos, et en chassant devant elles leur monture. Elles se préparent par cette ini* tiation mitigée, a la dure condition des paysannes de rÉpire, qui sont condamnées 'aux travaux domestiques les plus pénibles.
Un quart de lieue à Toccident de cette fontaine , on passe un ruisseau qui conflue avec la Yelchis. C'est sur les bords de cet affluent, que les paysans ramassent la terre à foulon ou cimolia, dont parle Théophraste, qu'ils emploient comme dans lantiquité, pour dégraisser les capes et les étoffes de laines, quon £8ibrique dans les ménages, pour s'habiller. Une demi*lieue au-delà, après avoir doublé un contrefort cultivé, on laisse à droite au penchant d'une colline , le village de Bourdari, habité par quarante familles grecques, naguères adonnées au brigandage* Trois quarts de lieue plus loin , après avoir traversé deux ruisseaux qui coulent vers la Yelchis, on arrive au pont de Raîco, sur lequel on passe la Thyamis.
En 1806, le territoire de la domination du visir
tait en «piantité «uz enTirons de Tymphé. Des oopistes igno* rants , font dire à cet aatenr qa'on s'en aeirait pour dégraisser les étoffes. Mais CMt de la terre à foulon profire à cet usage qu'il « voulu parler, et qu*on trouTe à peu de distance.
426 VOtAGB OÀNS LA GftÈCE,
Ali pacha, finissait à cette limite , au-delà de laquelle commence la vallée inférieure de la Galatnas, alors défendue par la ligue des bejs du Chamouri. De ce pont situé à un mille d un village de ce nom bâti sur un coteau enveloppé d'un fourré épais de bois taillis, en marchant au sud-ouest , pendant une demi-lieue à travers des champs glaiseux, couverts dans les basfonds de saules et d'osiers^ on entre dans une gorge taillée comme une embrasure, enti^ les montagnes de Souli-Apano et de Souli-Cato, qui encaissent la Calamas. Souli d'en haut se reconnaît de loin par une église, et Souli den bas par une tour délabrée, reste de la splendeur d'un bey de Janina, qui Vavait implantée sur les mines de Cimolia(i), acropole peu considérable de la Tymphéïde , si on peut en juger par quelques débris épars aux environs de cette colline. Un bois épais de chênes poumarisy ombrage le goulet dans lequel le fleuve resserré, coule à plein canal. Un autel taillé dans le roc^ sur lequel on remarque l'image de la sainte Vierge peinte à fresque , est le seul lieu fréquenté de ce défilé ténébreux, où l'on ne voit que des hérons bleus et quelques oiseaux aquatiques amis de la solitude.
A un demi-mille de lautel rustique dédié à la vierge de Souli , on trouve deux moulins à tabac (a)
Httt XdcfAia, xal 'h Tu(xfaûe^ Tirapm. Thsopha., lib. £1.
Voilà 0*01$ villes retrouTées. Quant à Samia, il pourrait se faire qu'elle eût existé à Souli-Apano.
(3) Dans toute l*Épire , le tabac à priser se prépare par des