CHAPITRE XZIX
bâtis au bord d une cascade bruyante qui tombe en écumant des coteaux yoîsins. On tourne ensuite au sud-ouest, en prolongeant le lit encaissé de la Calamas sur un trottoir, qui na guère que trois pieds de largeur et dont les garde-fous sont formés par de gros platanes. Au bout d'une demi-lieue, on revient à l'ouest, et on traverse l'ouverture de deux contre-pentes qui enveloppent une rivière tributaire du fleuve. On double le plus éloigné de ces coteaux, dont le terrain est entièrement gypseux, pour éviter un pas dangereux tracé en spirale à une grande élévation perpendiculaire au-dessus de la Thyamis. Oa monte immédiatement un ravin étroit ,* et au bout de trois heures de chemin, depuis le pont de Raïco, on entre en suivant une chaussée délabrée, au village d'Aréochovitzas ou Sarachovitzas. Tel est le chemin que je tenais en hiver dans mes voyages de Janina par Sayadez, pour me rendre à Gorfou. Les marchands, avec leurs bagages, suivent le sentier commercial qui prolonge le rivage du fleuve par le moulin de Sarachovitzas, placé sous la volée d'un ruisseau qui coule des montagnes, et ils relaient à un khan nouvellement bâti, une demilieue plus bas,
La position de Sarachovitzas, dans un des étages
moulins à pilons d'un mécanisme très*simple. Ainsi on épargne aux hommes une manipulation nuisible à la santé, et on donne au tabac, sans avoir besoin du tamis, le degré de finesse ({uon désire. On fait des envois considérables de cette denrée , dans toute retendue de l'empire.
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méridionaux du mont Chmmoari, est une des plus riantes et des plus pittoresques de l'Epire. De son plateau romantique , Toeil s ^pire au loin sur des ûtes enchanteurs, formés de monticules enchaînés par des rideaux de forêts, qui présentent dans toutes les saisons une pompe nouvelle de feuillages, de fleurs, où se joueraient les Faunes et les divinités champêtres, si la Grèce était encore enchantée par les gracieuses illusions de la théogonie d'Hésiode. Les habitants de la teiTC, qui avaient peuplé le ciel (i), j chante^ raient encore le père des saisons, les beautés de la nuit , qui , semblable à une vierge parée de ses charmes, attire à elle seule tous les regards, en voi* lant la terre de son crêpe mystérieux , pour concentrer lattention sur la voûte du firmament, oii elle a placé le trône silencieux de sa majesté. De quds ravissements j aurais été saisi, si quelqu'un des enfants de la Grèce m'eût nommé , au milieu des ombres , les étoiles qui se succèdent et se remplacent sans interruption dans les cieux , et ces sentinelles qui chaque jour se relèvent pour annoncer ou pour accompagner Tastre du jour, aux portes de Torient et de Foccident. Mais tout est muet sur la terre des prodiges et des oracles. Sa gloire a disparu de la fsice du monde, devant le dieu qui mesure la durée des existences périssables! Le soleil seul qui éclaira l'arrivée des Grecs aux bords du faux Simoîs ; le soleil qui vit la puissance de Pyrrhus, les dévastations des Romains et
(i) La terre • produit le cieL Hâtions ^ TkeogoRte, t. is6.
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des Mahométans; le soleil qui échauffe et vivifie encore la Thesprotie, est seul resté le même pour cette terre désolée. Lui seul est immuable, et sans parler des villes renversées , la nature même des lieux a varié. Car où retrouve-t*on les prodiges dont plusieurs écrivains anciens ont parlé comme témoins oculaires? Qu'est devenue la fontaine intermittente de Dodone , qui allumait et éteignait les flambeaux ? Où sont les bœufs énormes de la Tymphéide? Gomment la race des Grecs s'est-elle éteinte dans la Tbesprotie, etdanslaChaonie^oùlesSchjrpetars paraissent maintenant indigènes? Le temps a fait un pas : les mœurs, les institutions y les religions, les détails particuliers de la nature ont changé^ et il ne reste pour se reconnaître que les projections des montagnes et le cours des principaux fleuves, trop souvent confondus sous des dénominations équivoques, par les géographes* Aréochovitzas (i), que j'ai souvent visité, m'avait suggéré ces réflexions générales. Je ne pouvais y méconnaître l'emplacement d'une ville considérable transformée depuis la conquête en chef-lieu de canton, dont la population s'élève à peine à trois cent soixante individus, qui sont les dernières Êimilles grecques qu'on rencontre dans cette vallée, car au-delà, on ne parle que le schype ou albanais. Les maisons , comme celles de Velchistas, sont bâties en pierres sèches et recouvertes de larges dalles de schiste. Hais ici , chaque habitation a son enceinte entourée de haies, ombragée par
'(i) On croit qu'Areodvmtias est une oorraptlon delp«ox«»p«« pvys de Mort,
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de gros arbres de Judëe, dont les habitants ramassenc soigneusement les feuilles , pour en couvrir leurs pains de maïs, dont elles activent, à ce qu*ils prétendent, la fermentation , et auxqueb elles donnent une belle couleur dans la cuisson.
L'horizon de ce plateau est fermé au septentrion par la chaîne boisée du mont Chamousi , dont les forêts sont remplies de cerfs ^ de chevreuils, de daims, de sangliers et malheureusement de loups , qui sont le fléau des pasteurs et des troupeaux. Dans le nord-est, à la distance d'une lieue et un quart, on découvre le village de Rizo , et trois quarts de lieue au nord-ouest , le monastère, dédié à la Sainte -Trinité, bâti sur les ruines d'un hiéron dont les premiers chrétiens sanctifièrent la terre, en y élevant un autel au vrai Dieu. Au midi, on découvre le revers occidental des monts Olichiniens ou Tymphéens, et Tétendue du canton de Courendas, dont les villages sont éparpillés dans des bosquets. Enfin au centre de ce point de vue, les environs de la bourgade sont ornés de bois taillis, de vignobles , de plantations de tabac, de tarasses cultivées en maïs, que des sources nom* breuses vivifient et fertilisent. Mais comme si la na* ture compensait toujours les faveurs qu'elle accorde aux hommes, elle semble avoir placé sous ce territoire le foyer d'un volcan. Les feux souterrains, car réchauffement des couches calcaires ne pourrait fias produire de pareils phénomènes , ébranlent fréquemment cette partie des montagnes. J'y ai presque toujours ressenti des tremblements de terre, (même en couchant en plein air) , qui étaient précédés , comme
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dans la yallée de Janina, d*un sifflement dans Tair et d'un bruit sourd pareil à la détonation de plusieurs mortiers à bombes. Les pajsans m'avaient assuré qu il ne se passait guère de semaines et très-» peu de jours dans certaines saisons , sans ressentir des commotions. Tavais consigné ces faits dans mes journaux ,Iorsquau mois de décembre i8i3y Sarachovitzas fut presque entièrement renversé par un tremblement de terre ^ accompagné dun orage mêlé de tonnerres et d*éclairs, qui s'étendit à la même beure d'orient en occident, depuis Janina jusqu'à Corfou., où je me trouvais alors en quarantaine (i). Je pense donc qu'on pourrait conclure de ce pbénomène répété y qu il existe un volcan dans le mont Chamousi» où Ion trouve des mines de soufre, sans y découvrir cependant ni laves, ni pierres ponces, circonstance qui prouve que s'il y a un foyer, jamais il n'a fait éruption (a).
De Sarachovitzas , on marche en plaine au midi pendant un mille, et on descend par un escalier, afin de rentrer dans la route commerciale de Phi-* lates. BientAt on laisse à droite le khan que j ai indiqué, et dans Tespace d'une demi-heure de chemin , on passe à gué trois torrents qui tombent dans la
(i) Cette même nuit, la foudre tomba dans la sainte-barbe de la frégate française la Thénùsy dont le capitaine fut assez heureux pour noyer à temps les poudres.
(a) Ali pacha m*a assuré qu'on a vu plusieurs fois sortir de la fumée d« ceUe montagne » ainsi <jae de oalles qui entourent Conitza.
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Calamas. On fléchit ensuite au sud-ouest durant un tiers de mille, et on entre dans le vallon de Coutchi, ayant à gauche, de Vautre côté du fleuve sur les montagnes, le village de Gribovo. La voie pratiquée suit le contour d^une pente dangereuse , à cause de son escarpement et du peu de largeur de son trottoir, qu*on évite en hiver, en doublant le col de ce pro* montoire. Le village de Coutchi , qu'on voit à droite, est élevé sur un coteau abrupte, duquel tombe une cascade de soixante pieds d'élévation, qui répand ses eaux dans la plaine. A un mille de là, en marchant à Toccident, on passe à gué la rivière torrentueuse de Courmeri, dont les sources exis» tent deux lieues et demie au nord dans la chaîne du Ghamousi. Elle conflue, à une demi-Ueue du gué, avec la Thyamis, qu'on perd de vue , de manière que le voyageur qui suit le sentier ordinaire de Philates, pe peut concevoir la projection de son cours, vers la mer dlonie. »
Des bords de la rivière de Courmeri, dans leten^ due de deux milles, on passe deux collines et autant de torrents, pour monter à Levtocaria, où Ton entre de ce côté , en suivant le plateau formé par le sommet des coteaux. Ce beau village , habité par quarante familles albanaises chrétiennes, vassales des beys de Philates, couvre le faîte aplati d'une colline entièrement couverte de champs de tabac. De cet amphithéâtre on plonge au midi sur la Calamas, qu on revoit parcourant la vallée méridionale , dans laquelle elle reçoit une partie des eaux du territoire de Gourendas, par une rivière venant du sud-est , qui débouche entre