CHAPITRE XXIX. 44l
rivière , on voit quelques groupes d'oliviers , avant de rencontrer le moulin à blë de Rokino-Lithari, (pierre rouge ) , dont la rivière descend d'un village éloigné d'une lieue et demie. A la droite de ce torrent , on trouve dés champs, et une fontaine d'une excellente qualité^ dont je fais mention comme d'une chose essentielle , qu'on ne sait bien apprécier ^ que quand on a voyagé dans les climats brûlants de rOrient.
Les Turcs ainsi que les Grecs ^ ont un respect particulier pour les fontaines ; et s'ils ne chantent plus les nymphes, fi Iles des sources et protectrices des fleuves( i ), ils les révèrent encore comme des dpns spontanés des génies bienfaisants. Ils élèvent leur urne au niveau d'un autel rustique placé dans un encadrement en maçonnerie, et ils font couler leurs eaux par des robinets qui fournissent aux hommes une boisson pure , dont les restes tombent dans une auge en pierre, destinée à abreuver les bestiaux. Presque toutes ces fontaines sont décorées d'inscriptions à la louange de ceux qui ont veillé à leur conservation. On ne manque jamais non plus d'y pratiquer une niche quarrée , destinée à recevoir des offrandes mystérieuses destinées aux Ana* rcudes ou divinités des sources. Personne ne se désaltère, sans y déposer quelque don. C'est ordinairement un poil de ses vêtements, des fleurs, un caillou, ou
(i) Les nymphes particulières aux sources portaient le nom de Virgines , nymphes Lauréates et Naïades. Les Grecs les appellent maintenant Avof aï^aiç. Bsboald. y Not, in Asin, Àure ApuUi,
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quelque fragment d'arbuste qu on met dans ce tronc, pour remercier le bon démon d^ la solitude , ou bien afin de détourner le mauvais œil y qui pourrait donner la fièvre, des coliques, ^ même tarir les eaux, si on oubliait de lui rendre quelque hommage capable de le satisfaire. A uoe lieue et demie de la rivière de Kokino-Lithari , en continuant à prolonger la Kéramista , on trouve un grand pont en pierre de trob arches, dans lequel on remarque quatre bustes antiques de forme égyptienne, extrêmement mutilés, qui sopt incrustés dans ses piles. Ce pont est le point de communication entre Philates, et le Cazi- De-Scala , dont j ai donné un trait descriptif. Tout auprès et à la droite du chemin , on voit un puits d'une construction solide , et sur une des croupes de la montagne , le charmant village de Pheniki , auquel les piétons seuls peuvent monter de ce côté, par une rampe taillée en Umaçon^ dans les flancs du rocher. Cette position rappelle la seconde Phenîce, située dans la Molosside, qu'il faut se garder de confondre avec celle de la Chaonîe, qui, suivant les chroniques des motoes, aurait été bfttie par QËchalius, fils de Phénix. Comme cette tradition n'est pas historique , je crois plutôt que ce village a succédé à Phylace, sur- tout si on fait attention à la nature des ruines pélasgiques , qu'on y remarque de nos jours. II est également vraisemblable, que les villes d'Hprreum , de Tecmon, que Tiie-Live cite comme si elles avaient eu pour points extrêmes Pbylace et Passaron existèrent dans cette vallée (i). Cependant je ne donne
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ces indications , que comme des conjectures plus vraisemblables que prouvées , car je n ai ni mé<« daiiles, ni inscriptions à rapporter à l'appui de mon assertion.
Dès quon a dépassé la montagne de Pheniki, on découvre à Toccident Philates, qui se déploie au haut d'une croupe escarpée. Le site ravissant de cette ville, qui apparaît au voyageur en sortant de la vallée de la Reramista, étonne même les personnes les plus insensibles à la beauté des perspectives de TEpire. De vastes maisons, de sveltes minarets, des monticules couverts de citronniers et doliviers vieux comme les siècles, forment des aspects variés, que je n'ai ja* mais vus sans regretter de ne pouvoir les dessîtier, pour en composer des paysages, qai sans cesser d*ètre vrais , auraient surpassé les créations des plus grands peintres*
Du puits de Pheniki , on marcbe en plaine an nnlieu de champs fertiles, jusqu'au pont de la rivière de Phi* lates , dont les sources existent trois lienes au nord dans le mont Pbarmacovouoi. Torrent impétueux dans la saison des pluies, cette rivière paneovrt une vallée transversale et spacieuse, qui coupe A angle droit l'extrémité occidentale de la gorge de Kéramitza, où
(i) Tite-Live place les villes ^e Je viem de citer dans la Molossîe. L. Aaîcius in Molossidem transgressas , cnjos omnibus oppidîs , prater Passaronem, et Tecmonem, et Phylaoen , et Horrenm, receptls, primum ad Passaronem ducit. Liv., lîb. XLV, c. a 6. Stephanns, qui nomme Tecmon , Tattribue à la Thesprotie, T^xfu«v fsùxç SteirptwT&v. Stkpr. Bti.