‹ Voyage dans la Grèce, comprenant la description ancienne et moderne de l'Épire, de l'Illyrie grecque, de la Macédoine Cisaxienne ... avec des considérations sur l'archéologie, la numismatique, les moeurs, les arts, l'industrie et le commerce des habitants de ces provinces;Chapitre 154 sur 160 · TOTAGE DANS LA GRECS · texte numérisé non relu

TOTAGE DANS LA GRECS

rive gauche de la Thjamls , Dommer les ports et faire connaître la suite du littoral de la Gestrine^ ou Ofaa* mouri. Je terminerai par cette narration ce que j'ai à dire relativement au canton de Margarid , chef>lieu de la partie septentrionale du pays des Tfaesprotes. Les montagnes qui s^élèTcnt à lorient de Paramythia^ lancent letns faîtes à une telle hauteur, qu'on les aperçoit à une très-grande distance de la mer pardessus les escarpements du cap Chimœrium et de la ligne élevée des coteaux qui flanquent les rivages de rÉpire compris entre le fleuve Glykjs et la Cala* mas. Pour atteindre à la crête qui établit la démarcation des versants entre les deux bassins de la Thésprotie, il faut marcher une lieue et demie au nord et au. nord-ouest depuis Paramythia jusqu'aux sources de sa rivière, qui jaillissent de la base de rochers stratifiés de gypse et de pierres siliceuses. Ces eaux, qui forment à la naissance de la vallée une infinité dje ruisseaux séparés, sont employées par les habitants à faire tourner plusieurs moulins à blé ; d autres sont destinés à mettre en œuvre les fabriques de tabac à priser, dont TÉpire fournit la Turquie d'Europe, depuis que cette denrée paitage avec le plaisir de la pipe, le privilège de satisfaire Tindolente sensualité des Orientaux. Après avoir dépassé cette station, où le voyageur trouvait autrefois un khan pour s abriter, on traverse, au bout d'un quart dheure, le village de Néochori, restant quatre milles nord <> ouest de Paramythia. De -là, en montant pendant un mille dans k même direction , on domine la vallée de la Calamas , qui coule une lieue et un quart au nord de

CRAFITRS XXXI. 479

«e Tersant , dont la croupe forme le point culminant «ntre les deux bassins principaux du sangiac de Gha« mouri. Cest par ce chemin qu'on descend à un gué de la Galamas, qui mène à Sellopia^ village du Gazi de Scala^ dont j'ai tracé précédemment la topographie. On découvre au septentrion le Mertchica couvert de neiges , qui plane au-dessus de toutes les montagnes de l'ÉpirCy dans le nord-est on a la vue du Smolica, pic dominateur du Pinde, et un aspect nouveau des versants occidentaux des monts Tymphéens^ ou Oiichiniens.

Du travers de Sellopia, village long-temps insoumis et récemment désolé par la peste , en laissant une lieue au nord -est Himinina, séjour favori des beys Thesprotes au temps de leur indépendance, et duquel relevaient huit tchiftliks , si on fait route à Toccident, on entre dans le sentier commercial qui conduit à Gomenizze. Après une heure ^e marche dans cette direction à travers un pays saccadé de monticules, on passe près de Dramizi, bourg autrefois considérable et maintenant dévasté par les guerres civiles. Une lieue au-dessous on aperçoit sur la gauche, à trois quarts d^heure de distance^ Nonéchatis, et on pénètre aussitôt dans le défilé de Libotchari. Ge passage est enveloppé au midi par une pente abrupte du montPancrati, chaîne méridionale de la Thesprotie, dont les contre-forts dessinent les vallées de Charati^ de Vola , de Nitw , d'Arpitza , et terminent à l'occident le villiueti de Margariti, au-delà duquel s'élève le •ap Ghimaerium, sur lequel est bâtie l'acropole de Parga.

48o VOYAGE DAXS LÀ GRECB^

Le mont Pancrati^ dont j'iguore le nom ancien ^ possédait, avant la conquête du Gbamouri par AU: pacha y dernier dévastateur de la Thesprotie^ une ville habitée par huit cents familles albanaises chrétiennes, qui avaient fondé plusieurs villages dont la po* pulation formait une anarchie plussagement constituée que celle deSouli. Partagés en guerriers et en travailleurs, une partie de ces montagnards se mettait à la solde des beys, ou faisait à ses risques et périls le métier de voleurs , tandis que d'autres , en plus grand nombre , louaient leurs bras aux riches propriétaires^ pour cultiver leurs terres^ et recevaient leur salaire en nature, comme aux premiers âges du monde. Chez eux ils abandonnaient aux femmes et aux eniants le soin des riches vignoBles de leurs coteaux ; ressource qui , avec le produit des troupeaux , concourait à suffire à leurs besoins.Tel était 1 état des choses dans ce centre montueux de la Thesprotie , dont tous les accès étaient fortifiés par des retranchements , ( comme les avenues d'une place de guerre ) , qui. furent long-temps défendus par la valeur de leurs habitants.

A lextrémité du défilé de Libotchari , qui a deux milles et demi du nord-est au sud-ouest, on voit les ruines d'une des tours des Pancratiotes, qui a été détruite depuis lasservissement de leur pays. A peu de distance , on entre dans un vallon semi-elliptique , où Ton trouve trois villages , dont le plus gi^and est Chouvlès , qui donne son nom au gué de la Calamas qu on passe en bac , pour communiquer entre le nord et le sud de TÉpire. On n'est guère qu à deux lieues

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etdemie de Philalès^ et à sept milles deGraya, port situé ,à lembouchure du fleuve, où lesyaisseaux de hautpbord font aiguade en partant de Corfou. La pureté de l*air et des eaux , ainsi que la beauté des sites, me feraient penser que cette vallée posséda autrefois la villa ^ ou métairie d*Atticus. Ces bords, maintenant sauvages^ auraient donc vu le père de l'éloquence romaine. Gicéron, parcourant les rives de la Thyamis , voyageur aux terres de la Grèce, aurait promené sur ces bords avec réçlat de son nom, les chagrins des malheurs publics et les inquiétudes qui présageaient la chute de cette république, qu*il n'avait sauvée des fureurs de Catilina, que pour la voir succomber sous Tautorité de César! La Grèce , à chaque pas, ne rappelle que des souvenirs historiques. Les champs remplis de lupins et de fèves, me retracèrent bientôt à leur tour ce que dit Athénée (i), relativement à la qualité de. ce terrain , qui fut de tout temps propre à ces plantes légumineuses. La voie commerciale entre Phit latès et le cap Chimœrium , où les marchands indifférents aux souvenirs de Rome et aux remarques du Deipnosophiste, passent machinalement, est d'une lieue et demie entre Chouvlès et Grava. De*là à une égale distance, dans la direction sud-est entre ce bourg et celui de Mazarachi , il y a quatre milles et demi jusqu'à Margariti, et un peu plus de trois heures de marche par Gouria et le village d'Agia^ jusqu'à la

(t) Lm fèves apportées d*Égypte farent plantées pour la pre^ mière fols dans les marais de la Thyamis, sons le règne d'Alexandre , fils de Pyrrhus» ~ Atuejt., in Epitçm,, lih. III.

46a TOTJIGB .04«4 tsJL «EBCB,

▼iUe de Parg». 1^1 ^ )e Iracé d'un Aenlâer Ticiifal p^u fréquenté, que j*ai pru Béoeasaire d'indiquer, afin d'établir des r^*oiipes dans feouics les directions , pour suppléer aux mesures géoBiétrîques et aux triangulations qu'il ne m'a pas été possible d^exécuter.

C*est au bac de Chpu^lès qu*il faut passer la Calamas , pour visiter les ruines d'une Tille maintenant appelée Palœa-Vienetia ^ ou la vieille Venise » qu'on trouve (]i^ux milles à l'occideut dans un cirque qui s'ouvrç sur 1^ rive droite du fleuve. L'indication de d*Anville, fondée sur raulorilé de Tite^Live (i)^ m'avait appris que q^ restes étaient ceux de Giunea située à dix milles d* la mer, sur le chemin qui de ^s rivages conduit par Jauiua dans la Macédoine , et en suivant la côte au midi jusqu'à Nioopolis, et dans les provinoes d' Acarnanie et d*EtoUe. Dans sa dégradation , on trouve encore à Gitanes une enceinte à base cjrclo* péenne avec des restaurations helléniques', romaines et modernes |Si|pçrposées coicune par époques histo» riques , pour attester le passage défi diverses nations qvi ont commandé daus l'Épire. Ces remparu em«* brassent l'étendue d'une demi-lieue de terrain disposé en pente vers le sud -ouest. On remarque, à des intervalles irréguliers, une porte principale d'entrée, des

(i) Marcitu et Attilius ad Gitanes , Epiri oppidum, deoem xnillla ab mari quum ascenderent, concilio Epirotarum babito, ctub magna ommam adsensn aoditi aunt : et quadringentos juventutis eorum in Orestas, ut praraidio essent libertatia ab ae Macedonibiu » miserunt, inde in ^toliam profecti sont.

TiT.-LiT., lib XU, c. 3«.

cHA^itAt xxii. 483

bastiioiis, et un chemin couTert ou plutAt de longues murailles qui aboutissent à la Thyaknis. Sur les bords de ce fleuTC) on troure une place publique en forme de quai , défendue par un tétragone régulier. Dans l'intérieur de la vRle , oh voit plusieurs itlurailles qui la divisaient en estacades échelonnées par étages, eomme on en trouve encore dans la TÎlle de Lépante (i). Dans ces intervalles , qui forment une suite escarpée de retranchements y on voit des débris d'édifices , des tombeaux ayec des inscriptions ftinéraires^ et les dé^ oombres de quelques églises, dont le style atteste le séjour des Vénitiens, qui ont laissé, à Gitanes, le nom de leur ville capitale.

Depuis Chouviès jusqu'à Gomenizze , la distance est de neuf milles. La dernière bourgade qu'on trouve de ce côté, à peu de distance de la mer, est Grico* Chori, défendue pat un petit château bastiotiné, qui sert de poste aux Albanais chargés de la police ou plutôt du pillage de la côte (a). Une rivière venant du su J- est, après avoir fait tourner quinze moulins dans on cours de quatre lieues et demie depuis les momâgnes de Ma%arachi , vient se rendre à là mer au fond de ce golfe. Les principaux villages éé la vallée qu elle fertilise,. renferment cent quatre-vingts familles, qui sont presque toutes,inahométanes(3)!r De toutes

(0 ^ojrez la vue de Lépante ,( par le P. CoronelU. (a) Ss| distance relative c^^ dfi trois heures et demie de chemin avec Margariti S. S. E.^ct de cinq lieues et demie S. S. O. avec Parga. (3) Les principaux villages situés sur les hords de cette rî-

484 TOTAGB DAMS !•▲ C&BCE,

parts on Toit des plants d'oUvien, des ckanxps coo- Terts de blë , de Un , et de tabac d'une qualité in* férîeure & celui du Cazi-Di*ScaIa, que son bas prix fait ordinairement acheter par les soustraitants des fermes des îles Ioniennes. Le poft de Gomenizze (i) offre une bonne rade aux bfttiroents de guerre, qjoe les vents empêchent de prendre le mouillage de Cor* fou, et une station commode à ceux qui tiennent en temps de guerre la croisière dans le canaL

Au midi de Gomenizie, après avoir doublé un cap qui se prolonge au nord-ouest, on entre dans le golfe de Niua, que d*AnvilIe nomme l'autel de Diane, ad Dia^ nom (2). Si la physionomie des lieux était la même dans les temps anciens, on peut dire que jamais dénomination ne fut plus justement appliquée qu*à cette vallée couverte de hautes forêts remplies de £iuves, qui est encore un des plus beaux pays de chasse de TÉpire. On tire par cette échelle une quantité considérable

vièr« iont, en xemontani son cours, à lue heure de distanœ de son embouchure, Godioritza, ioixante familles turques et diretiennes; deux lieues et un^quart aunlessus, Charati, cent vingt familles mahométanes.

(i) Gomenizze ou Cammunitia du pays de Butrotia, dit Paul JoTe (lib. XXXVI), fait encore partie du district de Bntliro'> tum, puisque l'évéque de Paramythia prend cette quaUfication dans ses titres. C*est aussi un des camps de Soliman, comme le prouve une lettre de Jean Crispus au souverain pontife. Lorsque le suhan descendit d'Appollonie , pour se porter à Gomenizze.

(1) Grsc. Afitiq. Geogr. Specim, Auct. Danville.

CHAFITRB XXXI. 4^5

de vallonée produit des chênes ^ qui s'exporte à Triesté et à Ancdne. Entre Nitza, village habité par cent familles mahomëtanes, et Gomenizze^ à une lieue de distance de la mer, est situé Salitza, bourg de deux cents feux, dont les habitants sont pasteurs et guerriers, et au sud-est de la Tallée, Plataria, éloigné d'une lieue et demie de la plage de la mer. Là , s*ouTre un troisième golfe appelé Vola , et le riyage se déploie ensuite au sud -ouest pendant dix milles pour dessiner celui de Mourtoux, ainsi appelé d'un village bâti à deux milles dans les terres. En portant le cap à l'ouest, on range les îles désertes de Sjyota, situées près de la terre-ferme, à l'orient du cap blanc de Gorfou (i). Comme autrefois Syrota ou Mourtoux , car on confond cette partie des attérages sous un même nom , offre un mouillage près de la terreferme et un autre autour des îles. C'est pourquoi Thucydide rapporte (a) qu'après le combat naval entre les Corinthiens et les Corcyréens, ceux-ci élevèrent un trophée dans le Syvota d*Épire, et les autres dans les îles du même nom (3). Ces écueik étaient

(i) Ta «u^Tdi, tUl èk vii9Î^i< Ts liAôrtLf etc. Le§ fles de Syrota iont peu distantes de l'Épire , situées à Torî^nt du promontoire de Corcyre appelé Lencimne (Blanc).

STKAB.,Ii]i. Vn, c. 3«4.

(a) Les CorintUens éUvèrent un trophée sur la partie contio nentale de Syrota; 4v tsTç h rf Èirtip^p Zu6oTot(.

TnnCTD.y Ub. I, e. 47.

(3) Les Gorcyréens en érigèrent de leur côté un autre sur une des flei SyvoU. K.al rpoiraTov èvtçvic«v Iv relç <v rf m«i Za-

486 VOTAGS DAK« LA CRBCX,

déaertê dès le temps de Strabon, eomme ils le sont roainteDant. On ne peut donc appliquer la destrucdoB d*une Tille, ou des établissements existants à Syrou, qu'aux ruines situées en terre-ferme qiû existaient encore il y a peu d'années du côté d*Arpitza, village bâti sur les montagnes à une lieue au midi (i) de la plus grande des trois îles, qui est maint^iant appelée Saint-Nicok).

£n dehors du mouillage de Mourioux^ on trouve, au bas du mont Galoïera, une cri<jpie fréquentée par les caboteurs de Levkimo. On suit immédiatement une côte escarpée formée par le mont Toronesa (a) , qui envoie deux contreforts, dont louverture embrasse la rade continentale de Mourcoux , que les anciens appelaient Sinus - Toronaïcus. La branche orienlale qui couvre ce vaste attérage s'appelle , au nœud qui se relève dans Tintérieiu* des ressauts , MaUli^BMa. I^ chaîne parallèle, qui porte le nom de Toronesa, prend, en remontant dans l'intérieur des terres, ceux de Strongiii( rond ), Sçronii ( déchiré ), Banii et Scombi ( bossu ) , jusqu'auprès iTEnmthCastron^ acropole en construction cjclopéenne, que j'appelle sans hésiter Torone (3) ou Toryne , ville indiquée par

(i) Il exisuit enooro une Tille de ce celé en 3f5iy ionqne les Gothft» envoyés p«r Totila avec ut>is cents vaisseaui, ravagèrent Gorcyre, SybothM» le pays de Dodoae, Nieopolis et Anchisus. J. Gorarrr* Sraima., GoAic.^ lib. YIII.

{%) Vh Specim* Attt, Danyille; Steph. Byz. Zu^ora v^vo; xat XtfUQv. Cîc. ad Attk,^ lib. V, ^. 9. Q y a encore des tafllîs en çhénes, maU plus de sanf^iers. TancTD. Scbsl.

(3) Serait-ce aussi la même yillf dont Pausanias veut

CHJIPITBB XXXI. 487

Ptolémëe au midi de Femboiicliuver d« k Thyami^. Dominique Niger , répété par Philippe- du- bourg, indique m poaîtion à Parga, que Maginos et Gastaldus, sous les dénominations de Gouceni et Camerusa, paraissent appliquer à Gomanixate; mais les uns et les autres sont comme on le Toit dans Terreur (i). Il est probable que ee fut au sortir du golfe Ionien qu Auguste s empressa de prévenir César, en s emparant de Toryne; mais était-ce la TÎlIe du cap Chimserium, dont je Tiens de £iire connaître remplacement , ou bien les hauteurs Toisineil de Nicopolis? c^est sur quoi je reTÎendrai dans la suite de ma narratioil (a).

Le cap. occidental, formé par U contre-pente du mont Toronesa, appelée Scroubi^ prend le nom de MonoUM (3) ,. à cause d'un récif qui s'élève à peu de ' distanee du rivage au-dessus d^ niveau de la mer, A deux cents toises de-li , au sud-ouest, on trouve les Calanques de Bacoura^ et presque à égale distance sur la même ligne , le cap Calamo , dominé par les étages des monts Lemi^Caiari et Goute-'Lerté , qui se

ptrler^ loiwp'il nomme Thronium , que le cap Chimffrimn , aiir lequel elle est située, lai fait placer indûment dans rAcrocéraune. È èï ÂCdivrlc xoXoOfA^w x/â^ûL^nud Uùxo^ûl Iv oc&TJi Spovîcv riiç •i9ffpéTt^o< taoft Èirtifouxarà xk ^ rà Kipouviou

El., lib. V, c. al.

(i) D. Niger., Comment, XI; Palmée., lib. Il, c. 5.

(9) Platarch. , in Fit. August,

(3) Tontes les indications de détail que je donne sont tirées d'une carte levée géométriquement sur les lieux, par ordre du lieutenant-général Donzelot pour cette partie de l*Épirep et dont j*aî vérifié reiactitnde.

488 VOTJIGB DXVS hX G&ÈCE,

prolongent pendant une demie-lieue. A son eitrëmité les barques accostent les attérages appelés Daverna , Molissa et BerMini^ qu'on reconnaît à l'ouverture blanchâtre d'un torrent d'un cours peu étendu. Uq promontoire^ qui incline au sud-ouest, porte ensuite \p nom de TrophaU^ oaoap du Trophée^ plus bas est celui de Sarakinico , dépendants l'un et Fautre des monts Conki (i) et ZagopouU. On trouTO à un mille dans les terres qui sont de la dépendance d'Agia, l'église et la tour du prophète Élie, la chapelle Saint*> Nicolas et la ferme de Babakia.

A partir du cap SarakiniOy la côte se redresse à l'orient pendant une lieue et demie, en présentant successivement les caps de Frango^Pidima^ Salùzatay Stouy et la pointe du monastère de la Klaeherenay près Parga. Lea promontoires, danç Tordre de leurs gisements , appartiennent au mont Spartila, qui possède les chiipell^ de ^inte r Vénérande et de Saint-* Nicqlfis, et la <nétairie de Kéropouia^ de laquelle dépendent les coteaux dp Griwz^Quri. Telle est la partie septentrionale du littoral compris entre l'embouchui^e de la Thyamis et Parga, dont la côte et le terrain ont été relevés dans les- plus grands détails par les ingénieurs français, et qu'il était important de faire connaître, pour comprendre les récits Ji/es auteurs anciens. C'est aussi la ligne frontière de Parga, dont

(i) OrteUns fait mention d'une ville appdée Ciniu, qni était située dant l'Épire , k !*£. du cap Blanc. Était-ce Coniti» oi\ §vvQta , oui fut détruite par les Goths ?

CHÂFITAB XXXI. 4^9

je parlerai dans le chapitre suivant car il nie reste auparavant à faire connaître l'intérieur du canton de Mainariti^ afin de compléter la topographie de la Cestrine.

Si le lecteur se reporte à Paramythia , d'où je suis parti , pour faire connaître la rive gauche de la Thja*mis et la vallée inférieure de TAchéron , à deux lieues de cette ville en plaine, après avoir vu plusieurs villages maintenant dépeuplés , on passe sur un pont en pierre la rivière de Margariti. On aperçoit bientôt deux milles au sud-ouest « par une ouverture des mon-* tagnes, le village de Palseo-Kistès, que je crois être la Cestria, dont Pline seul a conservé le souvenir (i), rappelé par Ortelius , qui assure qu*un de ses évéques prit rang au concile de Chalcédoine. Cette ville qui fut le chef-lieu de la Cestrine, dont il ne reste plus que quelques pans de murs, est encore le chef- lieu d*un grand nombre de tchiftliks et de villages, constitués en corps fédératif dans la ligue du: Chamouri, au temps des libertés de l'Épire.

Du pont de Kistès , le sentier traverse Tchiftlik , éloigné dun mille, et un mille au-delà, Carvounates ou Carvounari, bourg habité par soixante*dix familles mahométanes. A Test on relève Zelioso , autre peu* plade dont les habitants capables de porter les armes, se sont expatriés pour passer en Egjpte depuis Fasservissement de leur pays par le satrape de Janina. A une lieue de Carvounari, on laisse, à peu de distance sur la gauche, Pessovouni , et deux milles plus

(OPlin.ylib. lY, c. f.

4Q0 TOTAGB dans la 6&BCB,

loin, on arrive à Rezani, gfOê village turc, don il part une travene qui mène par Logaratès à Hargariti (i). Cette ville « qui renferme une population de quatre cents familles turques, est le dief*liea d'un cadi du tribunal duquel relèvent trente -cinq villages, dont le nombre des habitants était évalué» avant Tépoque fatale de la peste de i8i5, à huit mille cinq cents individus des deux religions. On fait remonter la première restauration de Mai^riti au temps de l'occupation de laThesprotie parles Latins, quicorrespond au commeneementdu quinzième siècle^ d'après la tradition conservée dans les archives des monastères. Son château , qui a remplacé l'acropole de Buchetium, place , dît Strabon (a) , peu considérable située au-dessus de Cichyre , a presque effacé les traces d'une ville primitivement fondée, au rapport des mythologues , par Thémis , dans le temps du déluge de Deucalion (3). Cependant on reconnaît encore quelques vestiges d'une partie de la base cyclopéenne du fortin , et des indices des ouvrages des Eléens (4) 9 par lesquels elle fut repeuplée; mais tout cela

(i) De Rézani i Logaratès, trois qaarts d'heure; de Logaratès k Margarîti , deux tiers dlienre.

(s) Strab., lib. Vil, p. 394.

(3) BwixtTà irôXic ici t^ Âirtcp«u.... ^ fnol Mi^opoç ÀiM|ME«lac

Xîttvoç xaToucXu9|AOv. Buchetium, viUe d*Épire, prit son nom, dit Philochore, de Thémis, qui y avait abordé, montée sur un tau* reau, au temps du déluge de Deucalion. Suidas.

(4) Hist. de l'Établis, des col. grec. , 1. 1, p. iio; t. Il, p. aa^ Palmer., Gnrc, Ant,, lib. Il, c. 6.

CHAl'ITBE XXXI. ^ 49'

s'aperçoit d'une manière si Tague, qu'on pourrait douter de son existeA<»8, et des noms de la plupart des villes ancienoes que je viens denuroerer, si les médailles conservées dans le sein de la terre, où elles ont échappé à la destruction , ne nous révélaient les villes quoot retrouve sans pouvoir souvent recon>» naître leur .physionomie. C'est ainsi que j'ai reconnu Batia,au moyen dune monnaie en argent, sur laquelle on voit une tête de femme casquée, et au revers, les initiales de. son nom B A sur une proue de vaisseau; emblème des colonies Éléennes, qui an rapport de Dénosthènes , se rendirent par mer dans VÉpire , pour y bàdr cette viUe. Celles de Margariti, non moins significatives, avec une tète de femme du plus, beau type grée , présentent à l'exergue , une barque à k voile portant une déesse assise de côté , qui rappelle la feible de Thémis, et peut-être la navigation des Eléens, auxquels on dut la restauration de Bnchetium. Enfin , les. ruines de Torone m ont fourni une autre médaille en bronze, ornée de la tête et du trident de Neptune, auquel était probablement conaacré son golfe et les ports de la Thésprotie, répandus sur une c6te florissante par le commerce et les arts , si on en juge d après la beauté des médailles frappées avant les malheurs de TÉpire, qui firent un tombeau d» ses villes, de ses monumenteet de la partie de sa population , que l'avidité du vainqueur dédaigna de traîner en esclavage (i). Je ne peux

(i) La plapart de ces médailles font, eomme celles de Lencade , |l*Apoll<mie, etc., au type de Coripthe. Je ne les garantis donc

49^ VOTAGB DANS LA. 6&SCB,

expliquer que par les rapports du commerce ou des pèlerinages au temple de Pluton, la découverte des médatUes phéniciennes avec des inscriptions grecques trouvées dans les villages voisins d'Agia-Glykis. Elles montrent la communication qui avait lieu dans les temps anciens , entre les différentes contrées du monde civilisé, et les rivages qui, dès la plus haute anti* qui té, avaient attiré les législateurs et les héros, tels qu'Orphée, Thésée, Hercule, et peutétre le fils de Laérte, si toutefois TAome de FAcrocéraune nem* porte pas cette prérogative sur l'Aîdonie.

La vallée de Margariti, dont l'étendue est de six lieues environ du nord-iiord-ouest au midi, se termine de ce côté au-dessous de Varphani , village éloigné d'une demi-lieue de F Achéron. Ce fleuve reçoit à louverture de cette vallée une rivière formée par les eaux de toutes les gorges affluentes quon parcourt depuis Paramythia , et des veisants orientaux des montagnes du cap GhimaBrium , desquelles j'ai décrit la partie septentrionale et dont je poursuis l'orographie.

En reprenant les masses escarpées des montagnes littorales de la Thesprotie , trois lieues au nordouest de Margariti, et une lieue au sud de Maoarachi , pyramide le Kiapha, ou sommet de Molouri dont le village qui porte son nom est bâti en plaine et comme abrité par les étages. Une demi-lieue à l'ouest de ce pic est située la tour de Scato'Bélla, près de laquelle jaillissent les sources de la rivière qui parpas comme autonomes i parce que je sais qu'on peut les attribuer i plusieurs autres colonies.

GHAriTHE XXXI. 49^

court la vallëe d'Arpitza, du sud-est au nord-ouest, pendant deux lieues et demie, jusqu'à la rade de SjYota. Cette gorge est peuplée par les villages de Somati , et ornée de plusieurs tcbiftliks appartenant jadis aux agas de Margariti , dont Ali pacba a enrafait les domaines. Son territoire formait la ligne de démarcation entre les possessions turques et TenclaTe d*Agia, divisé en phares ou partis, comme lanarchie de Souli, dans lequel vivaient quatre cents familles chrétiennes albanaises , qui sont restées libres jusqu'en i8i4> époque de leur dispersion par les bandes d*A1i pacba (i). Le sentier qui part de ce village (a) passe à Scalarotîj Rapeza^ Cato-'Rapeza, d'où il pé-

(i) Détails, De Mouloori à Gouria, denz milles S.; goi|[e en« ▼eloppée par les reflsaats du MaiUe^Logara, qui embrasse Yentoimoir de Dohrota, dont rextrémité aboutit au bassin de Margariti; au Tersant occidental , Alabarda, tour; une demi^ieue O. , Agia,

(a) Détails, Au S. à* Agia , sommet du mont Longé y qui sm rattache à Celui de Castri, dans rinterralley plateau de Dasgna»^ défilé de Kiapka'tow^tmou, aboutisssant à Poima^Parga, Ce plateau est séparé de Cdui de Saint-Nicolas par la chaîne du mont Alecci' Le sentier qui d'Agia conduit à Parga , est échelonné par ter» rasses de la manière suivante : En descendant pendant un quart de lieue, on voit Scalanti ,• ex à droite, Camco; une demî*heure plus bas, Rapeza; un quart-dlieure inférieurement , Cato^Bapeza; enfin un quart de lieue inférieurement, on entre sur le territoire de Parga, dont le défilé est orné par les chapelles dédiées ,k saint Geotges, saint Caralambo et saint Pantaléon.

Le chemin direct entre Margariti et Parga est de tro» lieues en ligne droite par Chendeli, Saint-Nicolas et le mont Pezoçolot, dont le sommet établit la démarcation de la frontière, entré la Turquie et 1« territoire de Parga.

494 TOTAGB DâHS LA GlLBCB,

nètre dans le territoire de Pârga , que je vais bite

connaître , en terminant la description da cap Ghim«eriuni.

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