‹ Voyage dans la Grèce, comprenant la description ancienne et moderne de l'Épire, de l'Illyrie grecque, de la Macédoine Cisaxienne ... avec des considérations sur l'archéologie, la numismatique, les moeurs, les arts, l'industrie et le commerce des habitants de ces provinces;Chapitre 155 sur 160 · CHAPITRE XXXIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIL

Enclave de Parga. ancienneté de la fondation de cette ville. Son état actuel. Mœurs de ses habitants.

A 1 extrémité occidentale du cap Chiman'ium y pyramide lacropole dePai|[a, qui a donné son nom à un canton de l'Epire très-peu étendu , mais resté jusqu^à présent libre au milieu des ruines et de VesclaTage de la Grèce. Mélétius , qui nomme cette ville Hypargon , ne dit rien de son origine, que j'essaierai de Êiire connaître d'après une. chronologie grecque imprimée à Paris en i8o3 (i) , et les connaissances que j*ai puisées dans ses archives.

La Tieille Parga ( IlfltXaio Ilapya ) (a), dont j'ai indiqué la position en décrivant les montagnes voisines d'Âgia^ existait long*terops avant la prise de Constantinople par les Mahométans. Mais lorsque ces barbares, ayant envahi la capitale de l'empire d^Orient ,

s'étendirent dans les provinces quils couvraient de

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Iruities et de carnage, les prêtres de Parga, qui prévoyaient une catastrophe inévitable, songèrent à préparer aux habitants un dernier ^yle vobin de la mer, dans lequel ils pouvaient se défendre ou fuir dans une terre hospitalière, en cas d'attaque et de revers. Il était difficile d'engager un peuple attaché à ses foyers à les quitter; des considérations ordinaires auraient été peu déterminantes; ils firent parler le Ciel! Un chevrier (î) découvrit, dans une caverne du cap Chimaerium, une image de la Sainte- Vierge, quon fit transporter en cérémonie au bourg de Parga. Malgré les hommages qu'on lui rendait, comme elle retournait d'elle*roéme dans son antre, il fallut se décider à ly suivre; et ce fut autour de ce palladium miraculeux que s'éleva la nouvelle Parga. On abandonna ainsi le bourg voisin de Sinitza et d'Agia, pour se retirer sur un promontoire fortifié par la nature et à Tabri des surprises auxquelles on était exposé de la part des Turcs devenus maîtres de la Thesprotie, sous le règne de Bajazet II. Parga, située sur un rocher abrupte d un mille au plus de développement extérieur ^ est environné à sa base par les eaux de la mer , qui baignent trois de ses odtés. Enfin on n'entre dans ce donjon que par une porte pratiquée à un angle du rocher, qui ferme le col de la presqu'île.

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fî^STat. l9x,Ihid,, p. 83.

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Le territoire annexe à cette Yille, qui est la seule extrémité libre de la Grèce restée à ses légitimes possesseuTSi est env^ppé, du côté de la Thesprotie, dans tous les points du compas^ par la chaîne du mont Pe^Tolos (i), dont les sommets prennent, en s'étendant à loccident, les noms de Gègoloussa» Lassi, Stobeico, et Alecci. Ce demi -cirque, pareil à un théâtre antique, dont Parga serait le proscenium ^ comprend une étendue de quinze milles mesurés depuis la chapelle Saint*Nicolas à l'orient, jusqu'au cap Salizata, qui est l'extrémité méridionale du mont Spartila. Sa profondeur est formée par un rayon de trois milles, depuis la mer jusqu'à la frontière turque prise au départ des eaux d'un torrent qui descend d'une ligne moyenne entre les monts Bali et Massouli. Cette modique étendue de terrain, reste de l'héritage antique des chrétiens thesprotes, ne compense pas par sa fertilité l'ayantage de sa position. La partie supérieure des montagnes n'offre de toutes parts que des rochers calcaires frappés d'aridité. A leur centre, on voit quelques bouquets d'arbres, mais au renflement de leur base, se développent, comme par enchantement, des bosquets d'orangers, de citronniers et de cédrats , qui descendent par étages jusqu'au fond d'une vallée romantique , dans laquelle ils se groupent , s'entrelacent et forment des jardins ombragés d'une

(i) PezoTolos, montagne de l'Épervîer, à cause de sa blance avec le filet de ce nom, lorsqne le pécheur le lance pour prendre le^ poiaaons.

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verdure éternelle , qui se déploient jusqu'à Fentrée des faubourgs de la ville.

La tradition porte que cette terre , embellie et cultivée par- tout où la végétation a pu réussir y n'offrait quune mélancolique solitude , lorsque les Schypetars Parguinotes s'y établirent. Elle resta même long-temps après dans sa nature sauvage, car à peine fixés à cette extrémité du promontoire Chimœrium y ils durent songer à défendre leur liberté avant de s'occuper des commodités de la vie. D abord aux prises avec les Turcs , Fimage miraculeuse qui les avait avertis du danger ne semblait pas s*intéresser à leur salut menacé par des ennemis supérieurs en nombre; et <;omme Dieu a commandé de s'aider pour sortir du danger, on eut recours à la protection des Vénitiens, alors maîtres de Tarchipel Ionien. En conséquence, le ai mars i4oi, la république reçut le serment de fidélité des Parguinotes, qu'elle reconnuti ensuite pour ses sujets, le 9 août 14479 Aous l'arcbontat de François Foscarini, doge de Venise (i).

Depuis cette époque, les Parguinotes, protégés par une puissance qui tenait alors le sceptre vacillant

(i) Les députés qui signèrent le traité par le^el Pargi s« donnait à Venise furent :

Jean, prêtre et proto-papas;

Jean Antiocbus;

Demetrius Virvitziotes ;

Jean Coumanut. Itfr.^p. 89,

498 voTJLGZ dàhs la grecs,

àes mers, furent aux prises avec les Mahométans toutes les fois que la guerre éclata entre Venise et l'empire Ottoman, C est pourquoi on commença , en iSytfk fortifier leur Tille, dont les travaux furent terminés en iSjS, époque à laquelle les Turcs relevaient de leur côté le château de Margariti , pour opposer un point de défense aux chrétiens y qui venaient de bâtir la nouvelle citadelle de Parga. Mais comme par-tout où la république arborait ses drapeaux il lui fallait des nobles pour asservir les plébéiens , elle porta ses institutions jusque sur le cap Chimaerium. Elle créa donc douze familles patriciennes à Parga, dont les noms furent inscrits sur le livre dor, et elle divisa le reste de la population enproprié'^ taires, formant trente-six familles, en marins, clergé, et étrangers (^^voi) exempts du droit d aubaine , qu'elle soumit à un provéditeur investi de l'autorité souveraine. Voulant allier aux formes gothiques les usages soi» disant antiques de la Grèce, elle décréu que chaque année, la veille de Noël et des Bois, les archontes, le clergé et les gens en place seraient invités à un festin , présidé par le proto-papas qui 7 avait double ration ; enfin il avait été décrété que le peuple aurait aussi sa fête le i^ de mai. Ainsi à Parga, comme dans les lagunes, si le sénat Vénitien gouvernait par la délation , il la couvrait du voile des plabirs. Dans cette dernière solennité, on dépensait le produit des douanes en festins, en jeux, en danses, qui se terminaient , au bout de huit jours , par une guerre simulée, dans laquelle les Parguinotes, vêtus d'uniformes véni-

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