CHAPITRE m
Jiaguse. jiperçu sur son gous^ememeni tel qu'il existait en 1 8o5. Etendue et division de son territoire. Population.
Raguse, située sur les côtes de la Dalmatie dans le golfe Adriatique (i), doit, comme on le sait, son
(i) Raguse, 36 long., lat. 4a° 35'.
lO TOTÀGS DANS LA. GRECE,
origine aux restes de la populations d'Epidaure (i), que les Goths renyersèrent sous le règne de lempereur Valërien. Augmentée ensuite par une colonie de Salone, saccagée par les Sclaves en 698, cette ville, née du sein des orages, et, comme l'appelle Férich (2), nid d'Alcyons, commençait à peine à sortir du sein de ses rochers, que son existence fut menacée par des ennemis redoutables. Attaquée par les Maures, inquiétée par les Vénitiens , qui voulaient réunir son territoire à celui de leur république, alors grande et puissante au milieu de FEurope encore barbare, harcelée par les roitelets qui gouvernaient la Bosnie ; elle paraissait destinée à succomber, et elle aurait probablement cessé d exister, sans la protection formidable d*Orchan, sultan des Turcs. Au bruit des armes victorieuses de ce prince, qui venait d^ehlever l'Asie mineure aux Césars dégénérés de Byzance, les barons ragusais, par une de ces in« spirations salutaires, qui décident du sort des états, avaient tourné leurs regards vers l'Orient. Flatté de leurs hommages, le vainqueur de tant de nations et de tant de contrées, accueillit les députés d'une peuplade chrétienne de l'Occident, qui était venue se prosterner à ses pieds, dans sa résidence impériale de Brousse , et lès envoyés rapportèrent un traité de commerce et de protection signé du sultan (3), qui a
(i) Epidaare, aujourd'hui Ragusa Vecchîa, ou Raguse Vieille. (3) Ferich periegesis orao Rhacusins. i8o3. (3) On dit que le sulun avait signé ce traité arec sa main trempée dans Tencre^ qu'il appliqua sur le papier.
CHAPITRX III. II
consacré rexistenoe politique de leur gouvernement, jusqu'en iSiS^année £aitale aux républiques (i) de Vancien continent.
Raguse nouvelle, bâtie sur un entablement de rochers à la base du mont St.-Sergef entre deux ports, s'élève au*dessus des flots de l'Adriatique, comme un poste destiné à observer les moutemetits , qui ont lieu sur cette mer. Une enceinte bastionnée, deux faubourgs, des maisons construites danis le goût italien, le palais du gouvernement, les églises dé Saint-Blaîse , de Saînte*Marie, de Saint-Pierré, de Saint4iaurent, de Saint- André et cette des jésuites, qui est maintenant desservie par dea dominicains, Sont les choses peu intéressantes, que le voyageur peut voir,, sans être firappé d'admiration.
Le gouvemeinent, tel qu'itetfstirit encore en i8o5 , méritait une autre attention , et; , quoique rayé du nombre des institutions humarnes, il est bon, je pense, d'en dire quelque chose, pMr les lecteurs qui ne seront sans doute pas tentés d^ compulser les livres fastidieux ^ e« d'ailtieuvs' ^^rares, qui en font meiuion. Raguse, mddetéë stiV h f^ubKqtlé de Venise à plusieurs égards, consistait toûtfe entière dans un grand conseil, composé des Aébles, sans exception, âgés de vingt ans révolus, dtâlit les hoths étaient inscrits sur un registre appelé le miroir, U specchio. Suivant sa constitution , datée de ForigrAe des siècles barbare», ce corps unique de l'état, iduquel sortaient
(i) Raguse, G^nes, Genève, les Sept-Iles ont été à cette époque réunies à dVutres états, ou soumises ù des protections.
I!à TOTAGB DÀHS LA GBECS,
toules les autorités, se réunissait chaque année ^ le i^ décembre, sous la présidence du recteur ou chef du pouvoir exécutif, afin de procéder à lelection des magistrats de la république. Après avoir pris séance par rang d'âge , celui qui tirait d'une urne disposée à cet effet une boule dorée, était admis à voter, pour les élections; et si la boule était noire, il per* dait pour cette année sa qualité d'électeur. Cette opération préliminaire, qui constituait le corps électoral, étant terminée, le choix des magistratures avait lieu au scrutin et à la majorité absolue des suffrages. Dans cette même assemblée, le grand conseil sanctionnait les lois qu'il se faisait représenter, délibérait sur le rappel des bannis, prononçait le pardon des crimes, connaissait des créances, des dettes de Tétat, et décidait enfin de la paix et de la guerre, événement qui n'arrivait guère dans la paisible Raguse. Cependant cette question était solennellement agitée, mais pour la forme, qui fait tout dans un système de gouvernement hypothéqué sur de vieilles légendes. Après cette cérémonie, qui arrivait à la fin des vendanges, les sénateurs ragusais, tour-à-tour juges et avocats, qui avaient fini de pressurer leurs olives , passaient l'hiver en ville pour pressurer leurs clients. Jugeant et plaidant à tout venant, ils avaient des causes de tons les pays, non -seulement de leur juridiction , mais même encore des états de la Turquie, d'où le grand seigneur permettait par -fois d'évoquer des procès au tribunal de Dobroçich, nom. que les mahométans donnaient à la répubhque souveraine de Saint-Biaise.
CHAPItRB lit. l3
Après les assises du grand conseil, Vadministration publique passait à une cour appelée pregati {optimaltés) ,^ composée du recteur, de onze membres du petit conseil, de cinq proTéditeurs de la ville, de douze juges civils ou criminels , des trois membres du conseil des fabriques de laine (i) et de vingt -neuf conseillers. Ce corps réglait les impositions, jugeait les afFaires civiles et criminelles en dernier ressort, nommait les ambassadeurs, les chefs militaires, les gardes de l'arsenal, les caissiers et receveurs des deniers publics, et s'assemblait , pour diverses branches de service y quatre fois la semaine.
Le petit conseil , section de la haute magistrature , était fdrmé de onze membres, la plupart avancés en âge, et tirés de la haute aristocratie de la noblesse. Leurs attributions avaient pour objet de recevoir les ambassadeurs étrangers, de traiter les affaires politiques, de juger les procès relatifs aux revenus publics; mais ils devaient, dans les cas difficiles, référer au grand conseil, chambres assemblées en divan général.
Le chef du pouvoir exécutif de la république, était, comme je Fai dit , appelé recteur y titre qui avait prévalu sur celui de comte ^ depuis Tannée i358. Ce ma* gistrat était primitivement investi d'une grande au-
(i) DepuiB le troisième siècle, qui est approximativement Tère de Raguse, on n'y a pas fabriqué une aune de drap, ni même une paire de bas. Mais il y avait un conseil des fabriques de lune à Venise^ et, pour Texactitude du calque, il en fallait un à Raguse.
l4 TOTAGB DANS IiA GBBCE,
torité; mais quelques comtes en ayant abusé au point de tyranniser leur patrie, on dut restreindre son pouvoir. Dans les derniers temps, ses attributions se bornaient à présider le sénat, composé du grand et du petit conseil, et ces deux corps séparément; à apposer le sceau de l'état sur les décrets publics ; à être le gardien des clefs de la ville , des places fortes et châteaux de la république ; enfin, à convoquer les assemblées, dans lesquelles il n'avait que sa voix. Pour préve* nir les empiétements du pouvoir, la durée des fonctions du recteur était fixée à un mois et pendant cette phase , ses honoraires se montaient k cinq francs, et à douze langues de bœuf par jour pour le service de sa table. Ces langues étaient sans doute emblématiques , et il est probable que le noble prince, malgré la parcimonie des Ragusais, dépensait quelque chose du sien pour soutenir la prééminence de son rang et £aiire vivre èe% domestiques. En cas de maladie , il était remplacé par le doyen du petit conseil ; à sa* mort on fermait les portes de la ville, et les premières familles de l'état le portaient , ^ur leurs épaules, au lieu de la sépiftlture.
Afin de réunir les coti^ de Fétat , il y avait à Baguse une cloche destinée pour convoquer le grand conseil f c'était le bourdon de la ville ; une de moindre dimension appelait le conseil mineur à ses séances; enfin , une troisième devait servir à rassembler la bourgeoisie , lorsque le recteur sortait d'exercice , afin de l'accuser du mal qu'il aurait pu faire , pendant k durée de son règne. De mon temps , on m'assura que les cloches des classes privilégiées étaient en fort bon