‹ Voyage dans la Grèce, comprenant la description ancienne et moderne de l'Épire, de l'Illyrie grecque, de la Macédoine Cisaxienne ... avec des considérations sur l'archéologie, la numismatique, les moeurs, les arts, l'industrie et le commerce des habitants de ces provinces;Chapitre 36 sur 160 · CHAPITRE TIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE TIII

isolément se rendre au fleuve j enfin, à cent toises de ses bords , nous trouvâmes le caravansérail de Mour* taza bey* La caravane ne s'arrêta auprès de cette hôtellerie , que le temps nécessaire pour laisser souffler les chevaux ; et à cent toises de là , nous traversâmes enfin le Celydnus , rivièi*e torrentueuse y qui fertilise et désole tour à tour, dans sa marcli^ capricieuse, la vallée qu elle parcourt dans son diamètre longitudinal, du midi au septentrion, pour se rendre à TAous ou Voïoussa.

En nous éloignant du Celydnus, nous gravîmes la chaîne qui borde à l'orient la vallée de Diynopolis^ et dans une demi heure, nous atteignîmes le khan et le village de Palaeo Episcopi. Gomme on s'y arrêta, je visitai les sources nombreuses qui jaillissent de ce plateau, situé à la base du mont Mertchica. Texaminai les fabriques de tabac à priser, les moulins à pilons, quon emploie pour le broyer; j allais entrer dans la connaissance des détaib de la préparation , lorsqu'il fiillut partir. Nous descendîmes et: nous montâmes un versant inculte , pendant une heure et un quart , en faisant Test -sud -est, jusqu'à une fontaine bien entretenue , placée à la plus grande hauteur de la route. Je pointai, à un quart de lieue nord dans la montagne, le village de Dgianosto, et, en portant mes regards à Toccident, je pus aligner les tours de Moursinaèt le chemin que nous avions parcouru depuis Delvino. Ce coup d'œil me persuada , comme j ai eu lieu de le vérifier dans la suite, que le niveau des vallées et les chaînes des montagnes setagent, en s'élevant depuis les rivages de la mer Ionienne jusqu'à Ta*

yd VOYAGE DANS LA GRCCE,

rête supérieure du Pimle, qui sépare géographlquement TÉpire, de la Macédoine et de la Thessalie.

La fontaine auprès de laquelle je faisais ce relevé , sert de limite entre le canton de Drynopolis et celui de Pogoniani ou Paldeo Pogoni , dans lequel nous entrâmes en déclinant au sud -est, pour descendre dans le bassiti de Xero Valtos , où nous fîmes halte à un khan éloigné d'un mille, de la source deDgianosto. Nous 7 trouvâmes une partie des gens de notre caravane, qui avaient déjà fait main basse sur les vivres. Le chef du khan était battu ^ ses garçons se sauvaient, et il fallut notre présence pour ramener Tordre. Quand on fut parvenu à s'entendre, chose assez difficile, lorsqu'on a débuté par des violences; on nous procura des olives salées, des figues sèches et quelques œufs frais. Nous nous établîmes ensuite au soleil contre une meule de foin, et nous primes, encore cette fois , notre repas de midi , en plein air. Je vis des beys et des agas, non moins modestes que nous , assis dans la cour , qui se régalaient avec du fromage et de la boutargue.

Le vallon de Xèro Valtos, dans lequel nous novis ti^uvions y est abrité au nord et à Torient par une courbe^ de montagnes nues, qui dépendent du mont Mertchika. En face du caravansérail^ nous avions le village de Pundicaki , Tchiftlik (i) de Mouctar pacha, fils d'Ali ^ et le fond de la vallée était occupé par un

(i) TchifUik signifie fenne, métairie, qu'on exploite soi-mém^t ou qu'on fait cultiver par des métayers. Ce mot est dérivé de tchift, qui signifie en persan /Mr/re, cot^le en général , et en par-v

CHAPITaBVIII* 77

lac d'une demi -lieue de longueur, formé des eaux pluviales. Nous sûmes qu'il desséchait ordinairement en été , et qu'on y sème alors du maïs , dont on fait une abondante récolte. A l'occident, rencaissement est formé par une ligne de mamelons calcaires, et dans le midi, l'horizon n'est borné que par de vastes bois taillis, qui se déploient à la distance de plusieurs lieues. C'était le point par lequel nous poursuivîmes notre route , dès que nous eûmes dîné , en faisant le sud-est jusqu'à l'extrémité du lac, à l'autre côté duquel j'aperçus , dans la montagne , le village de Xèro Yaltos. Nous tournâmes ensuite à l'orient^ l'espace d'un mille par un terrain uni, puis nous franchîmes des collines ondoyantes , untôt boisées, tantôt cultivées , et au bout de deux heures et un quart , nous ftïmes par le travers de Delvinaki , bourgade que je décrirai , en traitant du canton de Palœo Pogoni.

A droite, nous avions de vastes forêts, qui s'élè^ vent en se groupant sur les montagnes, dont la ligne forme la démarcation entre la Chaonie et la Thesprotie. A peu de distance du défilé de Delvinaki, nous doublâmes un coteau boisé, et une demi - lieue au - delà , nous retrouvâmes le Célydnus, à sa sortie du vallon de Bouveri, qu'il traverse en descendant du mont Papingos , branche escarpée du Mertchika. C'est dans ses ressauts qu'on

tiealier, n» con^ de bmufs attaekés à la menu charmé pour laiois^ Tcr la Wirt; et en tarç» ws thamp labùuri.

^8 TOTÀGX DAlfS LA 6RBCB,

trouTe les sources de cette rivière qui, suivant les géographes anciens, sortait des montagnes de la Chaonie (i). Bientôt nous vîmes les piles d'un pont dont il ne reste plus quune seule arche, et retendue du lit de la rivière prouve qu'elle est consi* dérable dans la saison des pluies , même à cette distance, quoique très rapprochée de son origine. En nous éloignant du Gelydnus, nous montâmes pendant une demi -lieue un coteau boisé, du haut duquel nous eûmes la vue des montagnes de Conitza ; ville située dans les gorges de FAous au pied de la chaîne supérieure du Pinde. Le bassin de Pogoniani se déployait devant nous jusqu'aux buttes de Dzidza, dont les croupes arrondies sont parées d'arbres et de vignobles. En avançant dans cette riante vallée, qui s ouvrait comme un golfe bordé de forêts, nous fîmes une lieue pour arriver au' lac de Dgérovina , source mère de la Thyamis ou Calamas , fleuve des Thesprotes, qui tombe dans le canal de Corfou. Le village dont cet étang limpide a pris «on nom, car j'ignore celui qu'il portait dans l'antiquité, nous restait à gauche à la distance d'un mille, sur une plate-forme couverte d'arbres et environnée d escarpemens rocailleux. Les gens de notre caravane ne manquèrent pas de nous faire les contes d'usage sur le lac que nous côtoyions. A les entendre, il n'avait pas de fond, il engloutissait les bateaux, il donnait naissance à la Pistritza ; enfin , c'était une source

(i) Palmerius» de Crœe, antiq,^ lib. Il, c. 3 , p. 249*

Page 1