CHAPITRE IX
Route deMouchanà Dzidza.Cours de la Thjra-mis ou Calamas. Khan et village de MazarakL Arrivée à Dzidza. Première entrevue avec le visir Ali pacha.
On avait remeublé à la hâte un des salons du visir. Une femme albanaise très -mal vêtue, qu'on ap* pelait la concierge du château (dixovo{Jia), vint allumer un grand feu, dont nous sentions le besoin, à cause de la saison , et sur-tout du voisinage des montagnes neigeuses, au pied desquelles le village est situé. En même temps , le soubachi ou syndic se présenta pour prendre nos ordres, qui lui furent donnés sans notre participation, par Tofficier du visir chargé de nous accompagner. Nous entendîmes aussitôt une proclamation, par laquelle il était prescrit, sous, peine corporelle : « Que chaque famille eût à appor- « fer au sérail une charge de bois ! Que le village eût «à fournir deux agneaux, des poules, du lait, du « fromage, du beurre, des œufs, du vin et du pain. »
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Tout cela 9 cdmme on peut bien le croire, n*était pas pour nous. Une seconde criée fit connaître aux habitants le nombre des rations qu'on exigeait pour les chevaux, auxquels on nen donna pas la moitié, quoiqu'on eût pris soin den requérir plus quil n en fallait! Au bout d'une heure, on apporta quelques fagots de bois sec, et une douzaine de troncs de sapin. Quant au souper, on nous ser\dt un agneau entier, du pain cuit sous la cendre, et du vin quon nous présenta dans une cruche ébréchée. Pour des verres et du liage, on s'en passa, parce qu'il n'y en avait ni au sérail, ni dans le village. Il en fut de même des draps , dont l'usage n'est pas encore répandu dans TEpire. Nous nous résignâmes sans peine à des privations qui nous étaient ordinaires; mais nous ne capitulâmes pas sur l'article du feu , et nous eûmes du bois à discrétion pour toute la nuit.
La diète et la fatigue de la journée nous avaient fait trouver délicieux ce qu'on avait bien voulu nous donner pour souper, et comme nous allions nou^ étendre sur le sopha pour dormir, l'officier du visir demanda à nous parler. Il nous dit que, dans l'instant, il allait se rendre à Dzidza, où son maître éuit arrivé, afin de savoir dans quel lieu nous devions lui être présentés. Comme cela nous importait asses peu, nous le remerciâmes de son attention, et nous nous contentâmes de le charger de nos compliments pour son altesse.
Le lendemain , dès qu'il fut jour, je visitai le sé^ rail, dans lequel je ne trouvai de passable qu'un grand salon , rei)fermant un bassin de douze pieds
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carré, revêtu en marbre blanc, d*où jaillit une gerbe d'eau destinée à rafraîchir l'air. Je passerais sous silence les peintures à fresque; car il y en a parr tout dans les grandes maisons de TÂlbanie, si je ne devab prévenir quelles se ressemblent comme les villes turques. Notre Tartare, qui faisait gravement les fonctions de cicérone^ me dit que celles-ci représentaient Constantinople, parce qu'il y avait une mer, des vaisseaux, des poissons et des mosquées entassés pêle-mêle, et je convins que tout cela était la plus belle chose du monde. J'admirai aussi sincèrement les autres appartements, les cours remplies de boue et de fumiers, le jardin encombré de pierres et d'orties, et je laissai tout le monde enchanté de mon bon goût. Pouvait -il y avoir rien de pareil en France, puisque tout cçla appartenait à leur bon maître Ali , dont ils ne prononçaient le nom qu'en tremblant?
L'officier du visir, ei) nous quittant, avait laissé auprès de nous le trop fameux di'ogman, qui était chargé de nous servir et de nous espionner. Je m'étais aperçu depuis long -temps qu'il observait toutes mes démarches, et comme il voulut me donner un Albanais pour m'accompagner dans la campagne, je le remerciai d'une telle façon , qu'il ne se permit pas d'insister.
Le village de Mouchari , qu'on embrasse d'un coupd'œil, se compose dune quarantaine de cabanes, habitées par dix familles d'origine grecque, et par une trentaine de race bulgare, réduites en esclavage par Ali pacha (qui tire parti de tout), au temps de 7. 6
8a VOTAGB DANS Ii A GHECE,
ison expédition contre Passevend Ogloa de Vidio, Une montagne abrupte, qui ferme son horizon au midi y fait qu on n'y voit le soleil qu à son lever et à •son coucher, pendant une bonne partie dé Tannée* €ommë il résulté de cette position <]ue la température et les eaux sont constamment fraîbhes, Ali pâcha l'avait choisie pour y bâtir un palais, dans lequel il aimait à venir passer la saison des gràiides chaleurs.
Ce fut de cet endroit, un peu au sud, en montant sur utie corniche de la montagne, que je fis quelques relèvements suffisants poiir mé reconnaître. Je pris le ^sèment une lieue et demie au nord-iiot-d-est dii grand village de Dougliana, que domine le pic dé Papingos. Une liéué à l'orient dé ée poiht, je releVai Gâlibaki , au-desstis duquel la seconde branche de la Calamas prend sa source, et forme une rivière abondante en truites , qui conHue , detijc lièuei et demie à lest-sudest, avec celle venant du lac de Dgèrovina. Enfin, une lieue environ au-déssons de Galibàki , j*apercevaiâ Gaborià ^t Zapandi, villages disséminés sur des plateaux fertiles. Comme la perspective était bornée à loriént par des collines, je ne pouvais rien découvrir de ce côté, mais je mè retirai consolé par Tespérance de pouvoir bientôt parcourir cette partie db la vallée qui me restait à explorer
Vers midi, le diligent officier du viiir, qui nous avait Quittés dans la nuit, fut de retour de ton voyage. Il nbUs annonça que son maître se trouvait à Dzidta , où il nous attendait. Eh conséquence nous dinâmes, et après avoir donné des étrennes à tous ceux qui tendirent la main , nous partîmes sur les
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deux heures , précédés , accompagnés et suivis de tous ceux qui composaient notre cortège depuis Porto-Pa«* lerroo. En descendant de Mouchari , nous rentrâmes dans le sentier que nous avions quitté la veille , et un mille à Test, nous passâmes devant le moulin à poudr« de Crionero. Nous montâmes ensuite un coteau boisé, et nous fîmes une lieue à travers un pays inculte , ei coupé de torrents, pour arriver à une montagne isolée déforme conique, qui semble fermer le vallon. Après avoir contourné sa base y nous traversâmes à cent toises de là un marais sur une chaussée solide p^t^e de dixhuit arches , et cent toises plus loin , nous passâmes sur un pont en pierre la Calamas , qui s'éloigne en décrivant au midi une vaste courbe, d'où elle remonte au nord pour former la cascade de Glizani, que je ferai connaître aillem^s.
A un mille et demi d:u pont de la Calamas , nous arrivâmes à un Khan situé en face du beau village de Maxaraki , qui est assis sur un ooteau à la rive droite du fleuve. Nous entrâmes à peu de distance dans le lit d'un torrent , que nous remontâmes dans l'air de vent nord-est, pendant un qnait de lieue. A cette dis^ tance, nous avions presque en face trois sommets arrondis qui dépendent de la chaîne de Dxidza, que nous perdîmes de vue en avançant dans la même gorge, pendant deux milles. Comme nous arrivions à son extrémité, la nuit devint tout-à*coup teile«» mcat obscure, que nos guides se trompèrent de ehemin. Nos chevaux s'abattaient sous leurs chaînes; nous tombions, presque à chaque pas, dans des fondrières , et nous ne uous reconnûmes qu'à la clarté des