‹ Voyage dans la Grèce, comprenant la description ancienne et moderne de l'Épire, de l'Illyrie grecque, de la Macédoine Cisaxienne ... avec des considérations sur l'archéologie, la numismatique, les moeurs, les arts, l'industrie et le commerce des habitants de ces provinces;Chapitre 41 sur 160 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Monastère du prophète EUe. Village de Dzidza. Seconde entrevue avec le visir Ali pacha. Route jusqu'à Janina, Arrivée dans cette ville. Séjour au château du Lac. Départ de M. Bes^ sières pour retourner en France.

Le monastère du prophète Elie couronne le son* met dvne butte arrondie, du haut de laquelle on découvre la Tallëe supérieure de la Thyamis, la gorge par laquelle ce fleuve entre dans la Tbesprotie, la surface montueuse du canton de Pogoniani, et les coteaux de Velchistas. Vers le sud, VoàX pénètre entre les monts Olichiniens jusquli Passaro, et Thorixon n'est borné à Torient que par la chaîne du Pindc, dans les ressauts duquel se déploie la Perrhebîe, vulgairement appelée canton de Zagori. On domine du même point le cratère de Dzidta^ orné de vignubles dont les pampres et les moissons, aux jonrs da >prin* temps, tranchent agréablement sur le fond rooge «Tun terrain volcanique.

Les moines dont nous étions ies hôtes ne fiaiîsaient pas remonter la fondation de leur monastère i plus de quatre cents ans^ quoique ses réduits, tes portes hasses couvertes de lames de fer, pantssent annoncer plus d'ancienneté. Je ne pus jamais savoir s'ils avaient des titres, et Tigoumenos, ou prieur, parut étonné, quand je lui parlai de manuscrits. Ce religieux , plein de vertus, mais plus occupé du soin de ses vignobles que de littérature, justifiait le nom de Grégoire,

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qu'il avait reçu au baptême. Sa réputation de fraiic buveur était établie dix lieues à la rouda, et op ue lui connaissait d'antagoniste digne de lutter avec lui le verre à la main , que le prieur de labbaye voisine d<s Patères. Aussi ne piirlait-il de ce confrère qp avec estime ; et il citait , comme son plus ipémorable triomphe^ l'honneur d avoir vaincu SJouctar pacha, q,uiy stur l'article du yip , n'e^t ^ien moins qu'observateur des préceptes du Koran. La figur^ enluminée du bon prieur , son enjouement, sa tournure d'esprit, me rappelaient ce que disent nos chroniqueurs dfi ces chfib de nos abbayes , aux temps de jojeuse mémoire , où la France , demi-barbare, ^e vantait de ses prejux, de ses ubhés mitres et de ses trouvères. JLt'igoumepos Gregorios était tout cela; il chantait ^ U buvait, il improvisait, et, dans sa j.eunesse, p)us d'un Turc avait éprouvé la force de son bi^; m^ûj, comme tous les buveurs, il était honnête homme. ]\ nous raconta, presque .en pleurant, la perte d'un gxm^ d'^u'bres sous lesquels il faisait sa mëri^i.çnpe accoul^uroée. Il avait dû se résigner à les laisser couper pour en faire la charpente du sérail du vj^;r! Ces pauv^ arbres avaient près de de.ux ^èdes d'âge; on dansait sous leurs ombrages da;as les jours de fête ; il avait vu son vieux pèr«e as3i^ à leurs p\eds ; il^ lui rétractent des souveiiirs ^i p^^s, des moments si heureux , que je sentis battre mon cœur à ce récit! Et qu^l homme né à la campagne, n'a paii cQnixuce charni,e attaché aux compagnons de son enfance? Qui n'aime pas à se rappeler les vieux maronniçrs du ,ci;netière.et le clodier de sm village? Qu'où me pardonne cett<^ digi*essioD|

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j'étais triste, le pacha venait de nous inviter à une seconde conférence; il était levé avant le jour pour nous attendre, et je sentais déjà ce que de pareilles entrevues avaient de désagréable!

Le prieur , qui nous avait demandé la permission de nous accompagner, appuyé sur un long bâton recourbé comme un sceptre pastoral, descendit avec nous la montagne. Sa barbe blanche^ agitée par le vent, reflétait une douce lumière sur son antique visage; sa chevelure tombait en grosses boucles sur les larges plis de ses vêtements, et le sourire, image de la paix intérieure de sa conscience, animait tous ses traits. Les paysans, rassemblés aiiprès d*un grand abreuvoir, saluèrent leur igoumenos, en le priant d'intercéder pour eux auprès du visir, afin d'obtenir quelque allégement. Ils le nommèrent leur père, leur saint abbé, et il soupira. «Je m'adresserai pour vous, leur « répondit -II, & ces Finançais (en nous montrant); « ils sont chrétiens : notre maître , qui les aime, «les écoutera; espérez donc mes enfants, Dieu nous « assistera !

« Je vous prie , messieurs , dit - il , quand nous « fûmes un peu éloignés, de ne demander aucune « grâce au pacha pour mes enfants. Il vous pro- « mettrait tout, et -il nous punirait d avoir parlé de « notre oppression à des étrangers. Le remède à nos « peines ne peut venir que den haut. » A ces mots, les yeux du vieillard se remplirent de larmes, et nous entrâmes au sérail.

Deux têtes fraîchement coupées étaient plantées sur des pieux au milieu de la cour, sans que personne

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parAt 7 faire attention. La foule des clients , indiJETërente à ce spectacle horrible, se pressait vers les escaliers, afin d'arriver aux pieds du satrape. Les uns venaient solliciter des grâces^ en apportant des pré« sents , d autres cherchaient à établir leur crédit par de lâches délations, ou bien en prostituant Thonneur de leurs familles : car dans ces cours de corruption on ne se soutient , on ne se dérobe aux persécutions et on n'arrive à la faveur, que par de For ou par des crimes. Des cahouas , espèces d'huissiers à verge, armés de longs bâtons, firent écarter la foule pour nous ouvrir le passage, et je vis pour la seconde fois Ali pacha. H approchait de sa soixantième année; sa taille , qui n*est guères que de cinq pieds trois pouces , était déformée par un embonpoint excessih Ses traits , chargés de rides , n'étaient cependant pas entièrement effacés; le jeu mobile de sa physionomie, réclat de ses petits yeux bleus , lui donnaient le masque terrible de la ruse jointe à la férocité. Parmi les éclats d'un rire guttural , il sut nous dire des choses mêlées d'une certaine grâce. Il reçut avec avidité les cadeaux que M. Bessières hii présenta, et, devenu tout radieux, il se répandit en protestations vulgaires. Il nous appela ses enfants, ses frères, sei bons amis, et, comme s il m'eût aperçu pour la première fois , il daigna me promettre sa protection pour Vexercice des fonctions consulaires, auxquelles j'étais appelé; e:ifin, il fiit décidé que nous partirions dans l'après-midi, pour nous rendre à Janina.

Après cette entrevue, S. A., qui avait commandé une grande chasse , prit les devants. Nous vîmes dan&

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un moment les coteaux voisins couverts de cavaliers Albanais, qui traquaient le gibier, pour le ra* battre du côté de leur maître. Après avoir joui de ce spectacle , avant de quitter Dzidza , nous partîmes , en dirigeant pendant une lieue à Test , jus* qu au village de Protopapas. Nous laissâmes ce hameau à gauche, en entrant dans un défilé sinueux, qui a près d'une demi-lieue d étendue. A ^ sortie , nous tournâmes au raidi, lespace d'un mille et demi, en prolongeant le lac de Labchistas, ou lac inférieur , jusquà K^novrio Khan^ d où Ion compte deux fortes lieues en plaine ju^u*.â Janina.

Ia buS^ commençait à toqil^er, Idirsquo^i i^ous fit faire halte à la tâ^e du lac de Janina , en dedans de la b^jrière 4« la ville, près de Féglise Sain ^«Nicolas ^ où nous étions attendus p^r un bateau équippé de rameurs, qui nous débarquèrent au château appelé Ghatirwan , .o^ noUoe logement était prép^. Un grand feu , des pages, des donyiQÇitiqueSy Ttappareil du clinquant oriental, nous .dédommagèrent dans cet asile, 4^ privations que nous avions éprouvées; mai^ nous perdions en quelque .sorte notre Uberté en y entrant.

U avait été convenu q^e i;ious habiterions au sérail, pour gai;der l'incognito , ju^u a ce qu'un Tartare , expédié à Goqstantinople, qi'^At apporté le iarat ou e^œqnurtiir d'usage, indispensable pov^r m accréditer légalement. Néanmoins nous ^tinn^es, à condition de prendre le «ostume du pays^ la faculté de pouvoir faire .quelques promenades. A la faveur de notre déguisement, nous primes part à une chasse aux ^-

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