‹ Voyage dans la Grèce, comprenant la description ancienne et moderne de l'Épire, de l'Illyrie grecque, de la Macédoine Cisaxienne ... avec des considérations sur l'archéologie, la numismatique, les moeurs, les arts, l'industrie et le commerce des habitants de ces provinces;Chapitre 75 sur 160 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Canton de CauloniaSy regardé comme la Phœbeatie. Contrée des monts Candaviens, Ses limites. Cours ^ de ses eaqx, Rmère appelée Desnitzà. Sources de VApsus, Dwerses dénominations de ce fleuve. Feré - Toubas , ou Caverne des tombeaux. Ruines. Etat actuel dupajrs. Population et mœurs de ses habitants.

Le canton de Caulonias forme, par sa projection, la clef d une voûte qui sépare les versants de TÉpire de ceux de rillyrie macédonienne, en divisant les eaux que &es montagnes envoient à TAoùs et à l'Apsus. Je suis porté à croire que cette partie de la Grèce, successivement appelée Candavie et Devol, porta, dès une haute antiquité, le nom qu'elle conserve encore de nos jours. Mon opinion se fonde sur une médaille, qu*on trouve fréquemment dans cette contrée, et que Riga a mal interprétée dans son Atlas informe de la Grèce (i). Cette nouveauté n^imismatique pour TÉpire pouvait conduire lauteur à dé-

(i) Cette médaille « porunt tm cerf à gauche, et à Texergue on guerrier nu, déoochant une flèche avec rin8cri{itit>D det Cau* loniateft KATAONIATON, peut être revendiquée par la ville de Caulonia en Italie, qui fut détruite par Pyrrhus. Mais les médailles homonymes, qu'on trouve dans le canton de Caulonias , sont sî nombreuses , qu'on croira difficilement qu'elles aient été apportées d*outre-mer, dans ce seul canton de TÉpire, oà Ton en trouve encore souvent.

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couvrir le canton de CauloDias , doift j*ai fourni le nom à M. Palma pour sa carte , dans laquelle il figure. Mais au lieu de suivre une trace nouvelle, Riga l'attribue aux Âvloniates; et la chose est d autant plus surprenante, qu'écrivant et sachant parfaitement les langues grecques ancienne et moderne, il ne pouvait pas ignorer que KAÏAQNIATilN et ATAnNIATQN, Cauloniates et Avloniates, neuiient pas le nom d'une même ville , ni d'un même peuple. Il devait pareillement se rappeler que , par la perte de la majeure partie du septième livre de la géographie de Strabon, nous sommes privés de renseignements sur riUyrie grecque et la Macédoine, et de la nomenclature de plusieurs peuplades de l'Épire. En consultant rhistoire, il n'était pas moins évident que ce pays, dévasté par les Romains et par tous les barbares auxquels il fut en proie, avait perdu sa physionomie native, avant l'invasion même de Paul Emile, puisque dès ce temps, les Dolopes et plusieurs autres nations avaient disparu des cantons qu'elles occupaient dans les siècles homériques. Mais le géographe thessalien, plutôt homme d'esprit que savant, à l'exemple de Meletius, son devancier, avait bâti des systèmes capables, s'ils eussent été mieux combinés, d'arrêter la curiosité des voyageurs, en faisant croire que la Grèce et l'Epire étaient connues par son travail. Le savant d'Anville et le géographe d'Anacharsis avaient agi d'une manière bien différente, lorsque le premier, à Texemple de Paulmier, faisait des veeux pour voir un jour paraître une description de TEpire, et quand celui-ci, agissant avec une sage

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réserye dans la publication de ses cartes, attendait des travaux exécutés sur les lieux, pour voir renaître une contrée qui semblait, par le manque des documents anciens, perdue pour la géographie. Car quels renseignements trouvait-on dans les auteurs-, si ce n'est quelques dénominations de villes et de provinces , qu on savait, de leur temps, classer et mettre à leur place. Mais ce qui achevait sur-tout de porter la confusion dans cette partie de la science, venait des docu« ments erronés, puisés dans les écrivains de la Byzantine, dont les auteurs avaient mal calqué, sur les antiques dénominations , des équivalents empruntés des barbares , qui ont changé jusqu^aux noms historiques, de la Macédoine et de Tlllyrie.

Après avoir examiné avec attention ce qu'on sait sur la moyenne Albanie, et d'après la connaissance des localités, je pense que le canton de Caulonias , fut occupé par une de ces nations illyriennes dont Pline avait sans doute oublié le nom ( i ) , comme . ceux de plusieurs villes qu'il semble condamner à l'oubli. Le territoire de cette peuplade, qui fut peut^ être primitivement celle des Phœbéates , se trouvait resserré entre la Dassarétie, la Macédoine proprement dite et TAtintanie. Dans sa démarcation moderne, ce même enclave qui a pris le nom de Caulonias, s'il

(i) Après «voir énuméré vingt-cinq villes ou nations illyriennes, Pline ajoute : Pr«terea muUorum Gneci» oppidorum. deficiens memoria nec non et civitatum validarum.

Hui.^Ub, ni, c. a».

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ne la pas, comme je le crois , toujours porté (i) , confine au nord avec le villaïéti de Gheortcha , au nord-ouest avec celui de Tomoritza , et à Touest avec la Desnitza. Enfin dans les autres parties de Fhorizon , en remontant jusqu'au nord -est, il est entoure par les cantons de Premëti, deConitza, d'Anasëlitzas et de Devol , qui est traversé par les montagnes dans lesquelles TApsus prend ses sources. Ainsi, on peut regarder le territoire de Caulonias comme le centre de rillyrie méridionale , et son emplacement, comme faisant partie ou étant très-voisin de la Pbœbéatie des Dassarels.

Dès mon arrivée dans l*Epire, j ayais formé le projet de me rendre à Ochrida en parcourant la chaîne du Pinde , du midi au nord , et j*avais constamment éprouvé des difficultés de la part d'Ali Pacfîa , qui sous des prétextes spécieux , avait jusqu'alors traversé mes projets. Les Français occupaient les provinces illyriennes , il croyait que je voulais reconnaître le pays y pour leur enseigner le chemin de rEpire;il était inquiet , et je lui devais des égards. Cependant comme j avais lié connaissance avec la plupart des beys

(i) Car c*e<(t peut-être la partie montuetue de lUlyrie qae Ptolémée appelle CanaluH montes y Europ., tab. X. Cantacuzene fait mention des Albanais de Coloneian, qui vinrent saluer l'empereur (lorsqu'il se trouvait à Ochrida }, avec leurs voisins, les nomades de la Devol. Ôxri» ^c i^u/pat; rf kyj^i^cL tv^iaT^itj^avra PaoïXea, oi ri tki Aea€&>.si; viu.o\u.tvoi A>.Cavct vofAC^ic, taî et ràç KoXuveîo; ':?po9ex\)vr<9av i).6ovT8ç. ^

CAHTÀcnz. , //û/. , lib. I, c. 55.

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