CHAPITRE XTI. âo
d'arbres fruitiers. Une fontaine coulait au milieu du bazard désert, et ses eaux fuyaient dans un canal cou* ▼ert de plantes parasites. Les oiseaux chantaient, mais ce n'était plus pour Thomnie qui ayait disparu de ces bocages , et leurs Toix paraissent plaintives. A quel« que distance , nous traversâmes le cimetière , où la prière des morts n'est plus récitée au déclin du jour , et au-delà nous guéâmes une petite rivière ombragée de saules pleureurs.
Au penchant du Mertchika , dans la région des villages qui sont bfttis presque tous à la même hauteur , je voyais Gépa qui envoie de ses sommets une rivière torrentueuse à laVoioussa. A cette distance le vallon au fond duquel nous marchions , au milieu des champs couverts de blés , de lins et de pâturages remplis de trèfle , peut avoir trois milles de diamètre , entre les bases des chaînes parallèles. Au bout d'un mille nous passâmes un ruisseau limpide qui termine cette fertile campagne, et une demi-lieue plus loin , nous laissâmes à droite sur la montagne , le village turc de Stoïani. Le fleuve reçoit à cette distance une rivière que les pluies gonflent souvent au point d'obliger les voya* geurs à faire un long détour par les montagnes, pour la passer vers ses sources. Je laissais de cette position un mille en arrière dans la chaîne de gauche , Drat« >chova qui fournit un torrent au fleuve et une lieue au nord sur la même ligne , le tchiftlik de Caracanicoli ^ qui passe pour avoir les meilleures eaux de ce canton.
Sur la droite , aune demi^^lieue de Stoïani, nous vîmes le tchiftlik d'Élia , et un mille et demi plus loin , le bjourg de Fonrca , ( la Fourche) dont le nom indique.
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l'endroit où se bifarquent avec le chemin de la Basse- Epire , la route dés tables de Peuttinger , qui coupe les montagnes et la vallée de Saranta poros, pour entrer par rëvéché de Greveno dans la Macédoine. Comme je n avais point alors visité ces provinces situées audelà du Pinde, et ne sachant pas qu^il se trouvait des restes d antiquités à Fourca , je crus inutile d'y monter. Mais il résulte des renseignements que j ai recueillis depuis, qu'en cela je commis une faute, qu'il ne m'a jamais été possible de réparer. Les habitants de Fourca et ceux des villages voisins , m auraient accueilli avec d auunt plus d égards , qu ils étaient alors les pourvoyeurs des bœufs qu'ils Vendaient à nos foumissetirs pour le service de la garnison française de Corfou. Je pense que Fourca est le lieu que les géographes appellent le camp de Pyrrhus , où les romains établirent une de leurs stations militaires , lorsqu'ils eurent réduit rÉpire et la Macédoine en provinces tributaires de l'Empire.
Au*>delà d'une rivière qui s'ouvre un passage àtravers les montagnes de Fourca , jeus en vue un quart de lieue au nord , le village de Toronico ; et à une lieue plus loin en plaine , nous nous arrêtâmes au bord de la rivière d'Ardès , qu on passe sur un pont en pierre. Le chef de mdn escorte fut interpellé par un émir armé de pied en cap et monté sur un cheval enharnaché , qui dans cet équipage gardait ses moutons. Ce noble pasteur lui demanda quel était Vin/îdèle qui voyageait si bien escorté , s'il venait pour explorer le pays ; et comme on lui imposa silence , il s*éloi* gna en crachant et en murmurant certaines paroles
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qui me parurent insultantes. J'appris que ce grave personnage était un gentilhomme albanais , bey ou baron de qualité, et que ses pareils étaient dans Tusage de mener paître leurs troupeaux , montés et équipés comme des paladins, sans quoi, me dit ingénuement un de mes guides , ils croiraient déroger. Au-dessous du village d^Ardes , je remarquai un bois qui enveloppe une chapelle dédiée à saint George et à trois quarts de lieue de là, nous arrivâmes au-dessous d'un village turc appelé Monastir. En poursuivant notre route, une demi-lieue plus bas, nous vîmes Venetzi et sa rivière , à un mille et demi nord Luscinia ; et à peu de distance à l'ouest, nous arrivâmes à un pont en pierre de trois arches , sur lequel on traverse la Yoioussa , un peu au-dessus de son confluent avec Ja rivière Levkaritza (i).
La partie de la vallée que je viens de décrire , ne posséda suivant toute apparence que des postes ou stations militaires destinés à protéger la marche des armées. Antérieurement à la conquête par les Romains, les habitants vivaient dans des bourgs et dans des villages , adonnés sans doute à l'agriculture , aux soins des troupeaux ; et ils devaient être considérés à cause de leurs mœurs rustiques comme des barbares , par les Grecs chez qui les arts étaient cultivés.«Gependant tout porte à croire qu'ik participaient à la valeur
(i) Le versant parallèle da Mertcbîca, depiiU la hauteur d^ Fourca, est garni par les villages de Palomba, Strimpetzî, Ga- Uoudi, Monssocari et Petrani, qui donne son nom au pont do rAoiis, que je viens d'indiquer.
qu'on accorde aux Epirotes ; et cette qualité se retrouye encore parmi leurs descendants , restés libres anmilieu de TEpire bouleversée par tous les conquérants qui ont ensanglanté son territoire. Mais les Schype* tars on Albanais du Caramouratadez^ sont- ils indigènes de TÉpire , e est ce que je tâcherai d'expliquer en examinant dans une autre partie de cet ouvrage ^ si dès la pins haute antiquité , il n'a pas existé deux nations différentes non-seulement dans TÉpire^ mais dans la Macédoine et dans la Thessalie. Il me suffit de dire maintenant que les Albanais du canton de Catamouraudei, avaient échappé aux poursuites des Mahométants, et qu'ils fermaient en 1760 une éparchie de trente^six villages gouvernés spirituellement par l'évéque de Pogoniani, sufFragant de Belgrade ou Berat. Retranchés dans leurs montagnes , ils pouvaient espérer d'être respectés. Cependant après un derai-«iècle de guerres sanglantes, ils avaient succombé sous les efforts des mahoméunts de Prémiti » de Lexovico et de Gaulonias , qui après les avoir subjugués de la manière la plus barbare , les traitaient avec les raffinements d'une oppression envenimée par le fanatisme. Les violences, les meurtres marquaient tous les jours de la domination de ces maîtres insatitbles et cruels ; et les chrétiens poussés à bout , n'ayant plus d'espoir que dans k protection divine, recoururent à celui qui dispense les grâces et les afflictions à ceux qu'il veut éprouver. Inspirés , non parla résignation qui désarme le ciel , mais par l'esprit tentateur que la parole divine réprouve et condamne, les villages résolurent donc d'un commun accord,
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d'ëpaûer la rigueur des jeûnes et des mortifications , pour se rendre le ciel Êivorable , avec la résolution s'il n^exauçait pas leurs vœux, de renoncer à son culte.
Envam le prélat qui veillaît sur le troupeau de Je-* Stts-Cbrist , représenta qu'il ne fallait pas terUer le seigneur , le peuple fut sourd à sa voix. On observa avec plus de sévérité que jamais le long et rigoureux carême qui précède la fâte de Pâques; et le jour so* lennel de la réstirrection ayant paru sans apporter de terme ni d*espérance aux malheurs publics, Tabjuration générale fut prononcée. L'évéque et les papas recurent ordre de s'éloigner; et le peuple après avoir reproché aux simulacres des saints , leur indifférence, déclara à la face du ciel , qu'il embrassait la religion de Mahomet. Après cette révolte religieuse qui eut lieu le même jour dans tous les villages , on appela un cadi et des imans , on récita la profession de foi et on se fit circoncire , par récrimination contre la providence. Le petit nombre de ceux qui révisèrent dapostasier durent se retirer du pays , comme IV vaient fait les ministres des auieb ; et c'est depuis peu d'années seulement, qu'on a vu se rétablir quelques villages chrétiens dans cette vallée.
Cet événement qui consterna l'église d'Orient , devint pour les Turcs une calamité inattendue. En embrassant le mahométisme , les opprimés égaux en droits à leurs tyrans , ne tardèrent pas à leur faire sentir les effets d'une vengeance d'autant pins t^rible, qu^elle avait été long*temps dissimulée. Impatients de satisfoiie leurs ressenmnents^ à la première insulte, les
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nouveaux mahomëtans du Caraisouratadez, entrèrent à main armée sur les terres de Prémiti , et se dédom* magèrenty dans une seule excursion , d^un demi-siècle d outrages et d assassinats. Après ce débordement , ils déclarèrent la guerre aux habitants de Lexovico et de Gauionias, qu'ils massacraient sans pitié dans toute» les rencontres y et dont ils vendaient, comme esclaves, les femmes et les enfants qu'ils pouvaient enlever. Cet état de choses ayant attiré auprès des Albanais du Garamouratadez tous les vagabonds de l'Épire, leur nom fiit redoutable^ jusqu'au temps où Ali pacha en les attachant à sa cause, les soumit par la division quîl sut ensuite semer entre eux, et les rangea sous le joug de son autorité.
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