‹ Voyage dans la Grèce, comprenant la description ancienne et moderne de l'Épire, de l'Illyrie grecque, de la Macédoine Cisaxienne ... avec des considérations sur l'archéologie, la numismatique, les moeurs, les arts, l'industrie et le commerce des habitants de ces provinces;Chapitre 81 sur 160 · CHAPITRE xvn igj · texte numérisé non relu

CHAPITRE xvn igj

s^es à droite le village de Mazi. Comnie nous ayioos* peu de chemin à faire , pour gagner le gite où nou5 nous proposions de terminer la journée , mes guides. demandèrent à s'arrêter, sous lombrage d'un groupe de chênes, qui environnent une chapelle dédiée à la. vierge , et j*y consentis. Tavais au nord , le village de Sanovo , que j*ai précédemment indiqué, et une demilieue à Fouest, la butte et le monastère du prophète Élie, qui est desservi par deux caloyers. Autour de nous , le silence d une campagne agreste et inculte , n'était interrompu que par le chant monotone des ci- ^ gales. Je visitai en vain , les murs , lenceinte y et la chapelle de la vierge ^ pour y découvrir quelques traces d'antiquités. Je parcourus avec aussi peu de succès la rive du fleuve, les coteaux voisins, sur lesquels je dus me contenter de recueillir quelques plantes vulgaires. Nous n'étions plus dans le pays classique , où le voyageur trouve presque à chaque pas, un nouvel aliment qui le soutient dans ses travaux.

Après m'être orienté sur la boussole, et avoir calculé autant qu'il m'était possible sa déclinaison , nous reprimes notre route , en côtoyant l'Aoûs , jus* qu'auprès d'un pont en pierre de quatre arches, placé au-dessous de son confluent avec le Yoïdo-Mati. Je remarquai à sa rive gauche trois cascades qui font tourner plusieurs moulins , et en dirigeant au nord , nous entrâmes dans les Stena ^ où nous marchâmes pendant un mille , pour arriver au village de Melisso-Petra.

Le canton que les Grecs appellent Sesaratès et les Albanais Caramouratadez , est séparé par le hameau où nous nous trouvions , du territoire de Ck>nitza. J'avais

igS VOYAGE DANS LA GRÈCE,

un mille à l'occident de Tautre côté du fleuve , Ostanitza, et les ruines de Pogoniani , ville resuurée, diton, par Jean Paléologue sur l'emplacement d^Appon, qui faisait partie du Second Thème de la vieille Epire ( i )• Enfin à peu de distance de notre position, je voyais une chapelle dédiée à saint Anastase , et une toUr servant de poste aux dervendgis y. préposés à la garde du défilé» Deux milles an nord de Melisso - Petra , en poursuivant notre route sur la berge du fleuve, nous trouvâmes un aqueduc , qui distribue des eaux à plusieurs moulins; et presque aussitôt nous vîmes le pont de TAoùs, sur lequel passe le chemin de Jamna,qui conduit dans h. haute Albanie. Nous étions un peu au-dessus du confluent du Saranta-poros, et nous dûmes le remonter par sa rive gauche, pour prendre un pont au-delà duquel se croisent les sentiers qui conduisent par Lexovico et le canton de Caulonias à Ochrida, et en descendant les défilés de Pyrrhus^ dans le Musaché ou Taulantie. Les ponts rapprochés qu'on trouve sur l'Àoûs et ses affluents, tels que ceux du Voïdo-Mati et de Gonitza , indiquent le tracé de» communications qui existaient anciennement entre Janina, FAtintanie, et Vévêché de Greveno en Macédoine. Celui qu'on voit près de la butte du prophète Elie, établissait les rapports avec le canton de Pogo-

(i) Constant. Porphyrogen. , De Adm .Imper, , them. Il, lib. 1 1 ; Martin Cnisins, lib. lY, p. 3 87; Thomas Smith, In notUid patrîar'^ thatus Constantùiopolis; placent à tort le diocèse de Pogoniani dans la Macédoine, près de Thessaloniqiie. Le dernier de ses évéqaes connus est Euth^nne, qui vivait en ijai. Or. CHaiSTiAirvs.

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Miani; enfin le rapprochement de tant dé ponts qui ae succèdent à peu de distance les uns des autres , prouTe à défaut de lliistoire, que cette partie de FEpire dut être très-peuplée, et le centre d'un passage eonsidérable. Pendant qu'on attendait nos bagages, je remontai la rive droite du Saranta*Poros^ afin de rallier quelques points de reconnaissance pris en sens inverse, dans ma marche rétrograde de Caulonias sur Conitza. Je fus assez heureux pour apercevoir du haut d'un coteau, les villages de Saranta-Poros et de Goûtehiki (i) , ainsi que le cours de la rivière de Lexovico qui les sépare.

Ne pouvant rien découvrir au-delà de cet horizon, je revins au lieu où mes gens m'attendaient, auprès dune tour de Dervendgis, qui étaient alors les fermiers d un tchiftik d'Ali pacha , situé à peu de distance. De cette position , je relevai sur le penchant des montagnes qui prennent à cette hauteur le nom de Mertchica , le village grec de Dipalitaa. Son territoire borné au nord par un large torrent, forme la démarcation entre le canton de Pogoniani et celui de Garamouratadez. La partie supérieure des mon* tagnes est couverte de sapins, dominés par des pics chargés de neiges, qu'on aperçoit de Janina et de toutes les parties de la Basse-Épire.

(i) Le premier de cea TÏUages est situé trois quarts d« lieue E. N. E. , et le second , une demi-lîeue au - delà dans le même air de vent. Aufirès de celui-ci « on troure des eanx thermales tolfnrensesy qui sont regardées oomme salutaires dans pluaieurt maladies.

!kOO TOTAGE DANS LA GEECK,

La première bourgade située à la rive gauche de ta Yoïoussa , dans le territoire du Garamouratadez, est Mëzareth ou Sésareth , qui a peut«tre remplacé lancienne Sésaréthie (i). Yis-à-Tis, sur le chemin que nous tenions , nous traversâmes Glina , village dont les champs sont fertilisés par des sources coulantes. Une demi-lieue plus loin , nous passâmes à Pérati, et sur le flanc des montagnes opposées , je relevai Avos* ritchiani , vitle de cent £unilles albanaises mahomé* tanes , dominée par le hameau de Via , qui n*a pour habitants que des bergers. La largeur de la Voïoussa qui coule à plein canal, occupe le diamètre entier de la vallée. Nous marchions à une grande hauteur,, sur un trottoir formé par les montagnes , qui est eà hiver exposé à la chute des avalanches , dont les éboulements arrêtent par fois le cours du fleuve et la marche des caravanes.

A une demi-lieue de Pérati, nous passâmes au-de^ sous du bourg de Séran qui envoie un ruisseau lim« pide à r Aoûs. En regard , sux le Mertchîca , je voyais Biovicha , village mixte habité par des Turcs et des chrétiens , qui est groupé sur deux buttes qu un ra* vin profond sépare , sans pouvoir arrêter le cours des ▼engeances de deux peuplades qu'un égal fanatisme a rendues irréconciliables.

Nous nous arrêtâmes en vue de Séran ^ auprès, d'une source qui s'épanche dans FAoïis , par une cas-

(i) 2E2APHeOZ. Stq>h. Byz. Ses habitants, qui étaient appelés Sesarcthiniens, sont les mêmes ^ue la Chronique de Janina nomme Mtzarachiens. Foxe» chap. XI , p. 114 de ce voyage..

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cade de quarante pieds. Delà , nous mîmes une demi* heure , pour descendre à la rivière de Tcharchof , qui prend ses sources dans les glaciers du mont Ghomi^ près de Lexovico , trois lieues et demie environ à lorient. Nous n'étions qu'à trois cent toises de son confluent avec l'Aoûs , lorsque nous la passâmes sur un pont en pierre. Nous primes immédiatement un sentier tracé en spirale à Test sur le flanc des montagnes, que nous gravîmes avec de grandes fatigues, pendant trois*quarts d*heure. A cette distance en rabattant au nord, nous atteignîmes le plateau de Tcharchof , d'où je découvris le mont Panesti, le pic de Kamila , le Smoiica et les escarpements des montagnes de Caulonias.

Le village où nous mîmes pied à terre , fut en alarmes en nous voyant paraître , et après avoir longue* ment négocié , il fallut agir d'autorité pour nous loger chez le codja-bachi qui était un papas à mine rébarb^ative et armé de* toutes pièces. D abord il contesta lauthenticité du boîourdi du visir y qu'il retourna en cent façons , en criant à' tue*téte, à la violence* Comme la populace ameutée par ses vociférationsycommençait à nous lancer des pierres, on fut obligé d user de représaiUes , en éloignant à coups de fouet les plus téméraires. Après ce début , tout s'étant arrangé , nous f&mes agréés et aussi bien traités que nous pouvions l'être dans un pareil pays.

Les environs de Tcharchof quoique plantés de vignobles , sont à cause de leur élévation , couverts de Qeige pendant l'hiver. Le papas qui s'humanisa au point d'accepter notre souper , nous raconta que dan£

903 yOTA6B DAKfl LA CAECE,

cette saison le pays était dësolë par les loups et par les ours qui se glissaient jusques dans les maisons. Un de ces animaux avait même forcé la porte de Téglise, et on Yj avait trouvé mangeant les pains de la liturgie (i), sans oser le tuer, dans la crainte de profaner le lieu saint. Mais en revanche il Tavait , disait-il excommunié, et il devait, par suite delanathéme, mourir dans Tannée. Cette histoire que j'écoutai avec la confiance quelle méritait , me valut plusieurs autres contes qui m'endormirent, et j'appris le lendemain que notre hôte s'était si bien réconcilié avec mes gens^ qu'il avait passé une bonne partie de la nuit , à boire et à chanter avec eux.

Au lever du soleil , nous étions à cheval et nous quittâmes Tcharchof en faisant route an nord. Je reconnus les montagnes de Lexovico, qui me restait trois lieues environ à Test, et après avoir traversé des champs labourés, des torrents, des bms taiUis, pendant une lieue , nous arrivâmes an village ruiné de Marchéki. Les maisons incendiées et à demi renversées, étaient encore entourées de jardins remplis

(i) Les papas déposent sur une table auprès de Tautel, lesi pains que les fidèles leur donnent pour dire des messes, et ils ne sont dans l'usage de les manger qu'après en avoir détaché la parcelle destinée i la consécration. Comme ils n'officient pas tous les jours, il arrive souvent qu'il y a accumulation. Quant à l'excommunication de l'ours, elle n'a rien que de naturel, dans un pays où l'on est encore dans l'usage de lancer l'anathéme contre les sauterelles et les limaçons, ainsi que de faire des exorcismes contre la grêle; choses que j'ai vu pratiquer très-sérieux sèment.

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