CHAPITRE XX
Description de V A€rocéraune\^ appelée mainte' ncuitlapfgieoulapourie. Topographie de sa région occidentale , formant le canton de la Chimère, Conjectures sur VAorne d^ Homère et le temple des Furies, Ruines.
Les monts Acrocérauniens (i) célèbres dans la mythologie^ nommés et non décrits par les anciens, sont la partie de VEpire la plus rapprochée de TEurope civilisée , et la seule dans laquelle les étrangers n'ont jamais pénétré. Les écrivains grecs et latins , ne font connaître que quelques parties de leur littoral ; et le voyageur qui navigue à l'entrée de l'Adriatique, semble sêtre toujours contenté de les reconnaître du large, et de répéter après Horace , infâmes scopulos ctcroco'^ raunia , sans qu'aucun ait hasardé d'y aborder, pour
(i) Acrocéraumens ou Céraimîens « montagnes du Tonnerre^ étaient ainsi apkpelées, à cause que la foudre tombe souvent sur leurs sommets. Ta Ktpswvia Sfn cOta» xoXouf^ivft ^tà t^ cru^voiic
IXSÏ fTlITTIlV XlpOCUVOUÇ. EUSTATHIUS.
Les observations faites sur la c6te de la Chimère par M. Gauthier, tapitaine de frégate, en 1816, fixent :J
Latît. Long, k l'E. de Puii.
Le cap de la Lingaetta par ^o"* 26' i5*. ... xG"" 54' 3o*
Sirau-Bianca 40 7 10 .... 17 17 45
|*orto-Palenno 4o a 45 .... 17 aS 40
Connais, des Temps pour xSaïf p.. »77.
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étudier leurs sites et les dëerive. De nos jours pourtant quelques émissaires grecs d origile au service d une puissance étrangère, y pénétrèrent pour traiter avec les Chimariotes; mais de tels hommes étaient aussi incapables d^obserrer, que de donner des renseignements exacts, à cause de leur exagération naturelle, et des vues particulières qui les portaient à enfler la ▼oix, pour se donner de Timportance (i). Les Ioniens, qui fréquentent de temps immémorial les calanques et les ports de TAcrocéraune, n'étaient pas plus propres aux recherches scientifiques; et ceux de leurs compatriotes qui pouvaient être capables de les Satire, étaient forcés à trop de circonspection par le gouyernement vénitien, et sur- tout trop peu entreprenants pour risquer un voyage qui n'était pas exempt de dangers. Cependant la connaissance de cette partie barbare de l*Épire, était aussi neuve qu'importante pour la science. Je m'appliquai donc à aplanir les difficultés qui pouvaient m'en fermer l'entrée , en faisant connaisaance avec les chefii les plus influents du pays, et en y établissant avec eux des rappoitsqui plusieurs fois m'appelèrent dans leurs montagnes. On a vu dans les premiers chapitres de cet ouvrage, que je pris terre à port Pa- Borme après avoir longé la côte de la Chimère; et je vais maintenant exposer le résultat de plusieurs voyages que j'y ai faits à des époques différentes.
On croit qu'Homère a voulu désigner TAcrocé-
(i) Ge$ émissaires , dont le chef était an Grec de Zea nommr
P , Tinrent, en 1770, se fédérer ayec les Chimariotes, pour
raffiranchissement de la Grèce.
aJO TOTÂ6B DANS LA GRECE,
raune, lorsque Circé donnant à Uljsse ses dernières instructions, lui indique la plag^ sur laquelle il trouvera TAorne qu'il doit yisiter, pour évoquer et interroger lombre de Tiresias. Aloîrs cet Aome ne serait pas le méme^ que Sta^bon place au Lord de rAchéron fleuve des Tbespi:Qtes9 qui tombe dans le port Glykis, mais une autre bouche du Tartare voisine du temple des Furies, qu Atys dans son délire appelle divinités de Paleste (i). Ainsi il y aurait -eu deux Avemes, l'un près de Cichyre capitale de l'Aidonie, et lautre dans r Acrocéraune , où Pline indique une ville des Cimmériens, appelée encore de nos jours Chimara, et le peuple de son canton Chiroariotes , nom qui se serait conservé depuis une très -haute antiquité. La priorité de l'Aoxne, appartient donc probablement à r Acrocéraune , où le prince des poètes fait aborder son héros au sortir de Hle de Cir^ré, avant de le conduire auprès diu pacifique jcoi des Phéaques (a).* Un jour « de pavigatioxi nous suffit, dit le fils de Laerte, lors- « que le vent enflant nos voiles, après avoir vogué n jusqu'au cpucher du «oleil, nous anivâmes aux ex* « trénûtés d^ profond Océan. Là , se trouvent la ville {c et ie peuple des :Ciinniériens, .enveloppés de nuages « et d^ brouillards /épais. Jamais le brillant soleil ne « les éclaice, soit quil s élève dans le firmament , soit « quil descende .de ses hauteurs, pour se cacher sous
(i) Hicfîirit^et
Sape palettmas jarat adessa deai.
OyiD.y Fastarum 4* ()) Odyss. XI» vers, ii usque ad 30.
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« la terre; une nuit funèbre enyironne toujours les « infortunés habitants de cette contrée. » Tel était le pays de FAorne peint des couleurs ^e la poésie, dans un temps où Ton se «ouvanait encore de Fexistence des volcans qui ayaient hràlé celte contrée ! Ces phénomènes n'existent plus, mais on peut en reconnaître encore les traces pour explnfuer le tableau phpique tracé dans VOdyssée , et la position de l'Aorne nytlîolo* gique, qui se trouve directement placé sur la coûte d'Ulysse^ si comme le prétendent quelques géographes, nie de Circé j était située aux attérages de Fltalie.
On n'attend pas de moi sans doute, que j aie reconnu aux rivages de V Aorocéraunelesgouffcesdu Tar» tare , ni les enfers poétiques qui n'eurent j^onais plus de réalité , que la forêt enchantée du Tasse dans les déserts de TArabie. Mais comme on a toujours imaginé que les lieux infernaux exhalaient des vapeurs empestées, Homère dut placer les sâens dajas des lieux qui après avoir long**t6mps voBii des feux , exhalaient sans doute encore de son temps «des nuages de fumée. Car oom« ment aurait*il ofté accréditer des fables qui n'auraient pas reposé sur des iaits probables^ puisqu'il parle d'une coiiftrée alovs .coimue de ceux qui dbantaient ses vers? Mais cond>ien de siècles se ^ont écoulés, combien de générotiopsid^hommes se sont succédées , avant que l'aspect de l'Acrocéraune devînt ce qu'il est maintenant ? Combien de soleâls ont dû renaître pour dissiper cette nuit pecniçieuse qui voilait les cieux, puisque nulle autre partie de VEpire n'offre mainte* nant un ciel plus pur et un air plus salubre , que le versant occidental de la Chimère. Car c^est là quou
a52 TOTAGB BÀR5 LÀ «RBCX,
jouit de jours presque constamment sereins, qu'un air vivifiant prolonge lexistence au-delà de son terme commun, puisqu'on y yoit des yiôllards presque centenaires, en plus grand nombre qu*ailleurs, et moins de maladies que dans les autres cantons de TÉpire.
Les avantages dont jouissent les Acrocérauniens , sous le rapport de la longévité, sont rigoureusement compensés par le pays qu'ils habitent. Le voyageur frémit, en contemplant ses mornes qui s élancent dans les airs ; il tremble , en voyant les précipices des montagnes, et il s^attriste à l'aspect d'une contrée frappée de stérilité. Mais les Chimariotes r^rdent d'un autre œil les gorges profondes , les rochers et les torrents qui sillonnent et déchirent leur territoire. Ces sites, au lieu de les affliger , ont pour eux chaque jour de nouveaux charmes. Ils aiment le bruit des cascades qui se brisent entre leurs montagnes ; ils se plaisent à voir les vagues de la mer bondir contre leurs rivages ; ils prêtent avec délices l'oreille au sifflement des vents, et tous chérissent, malgré leur pauvreté , le pays sauvage où ils reçurent la vie. Ainsi l'habitant des montagnes, par-tout le même, et plus patriote encore que Tinsulaire, aime avec transport le lieu de son berceau. Quelque contrée qu'il habite, quelle que soit sa fortune, il ne perd pas de vue son pays. Un instinct particulier l'y rappelle^ et jamais les souvenirs de la jeunesse, si la mort n'interrompt ses projets , ne manquent de le ramener sou» le toit de ses pères. Mais, termine -t -il sa carrière sur une autre terre, à son heure suprême, ses dernières pensées se reportent vers sa chère patrie f il