‹ Voyage dans la Grèce, comprenant la description ancienne et moderne de l'Épire, de l'Illyrie grecque, de la Macédoine Cisaxienne ... avec des considérations sur l'archéologie, la numismatique, les moeurs, les arts, l'industrie et le commerce des habitants de ces provinces;Chapitre 93 sur 160 · CHAPITRE XX. at · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX. at

ne peut l'oublier, et Argos, en mourant, est le dernier nom que sa bouche prononce :

Et dulces moriens reminiscitar Argos.

Une autre nature végétale et physique distingue le ▼ersant oriental de la lapygie de celui de la Chimère. Mais avant de les particulariser, je dois tracer les limites de cette éparchie entière, afin de suivre le plan que je me suis imposé. Je dirai donc que la masse de FAcrocéraune est bornée au septentrion et au nordouest par le golfe d'Avlone, en dedans d'Oricum, jusqu'au cap de la Linguetta, et à Toccident, par la mer Ionienne. Au midi , ses limites sont déterminées par une ligne tirée d*orient en occident, depuis le défilé de Cormovo, par Cardiki, jusqu'à Santi-Quaranta. Du midi au nord, sa frontière est réglée par le confluent du Celydnus et le cours de la Yoïoussa, jusqu a Tendroit où ce fleuve reçoit la rivière de Suchbta. Dans la première des directions , que Strabon fixe au port Onchisme (i), on compte de ce point extrême jusqu'au cap de la Linguetta, vingt lieues marines , cinq lieues depuis ce promontoire , au fond du Sinus œneus, qui a onze lieues et demie de tour , jusqu'à Bocca" F^ecchiéi f SLU'dessus du port d'Avlone. De cette rade, en conduisant une ligne qui tomberait sur la Yoïoussa, à cinq lieues et demie de son embouchure dans la mer, et en remontant ce fleuve jusqu'à Tebelen , on trouvera quinze lieues. Enfin on

(i) Ô^iau.cç X40*6v rà ^aiAixà ix^x twv Ktpauvittv.

Lib. Vn,p. 3a4.

^^4 VOtAGS hkVi LA GRECS,

«lira deux lieues pour lëtendue du défilé de Cormovo, et douze dorient en occident , jusqu'au canal de Corfou. Ainiî le développement de la masse en-* tière des monts Cérauniens, mesurés par leurs bases , donnera une périphérie de soixante lieues marines.

Le premier des contreforts de l'Acrocéraune borde la partie littorale de la Chaonie^ en face de Ttle de Corcjre, depuis port Palerme, jusqu'à Buthrotum^ où il expire par une pente rocailleuse, qui encaisse à l'occident le lac Pelode, et la rive droite du faux Simoïs. Je ne rappellerai pas les villages et les calanques situés sur cette ligne , dont j^ai fait mention dans un des chapitres précédents; et je ne nomme Borchi que pour indiquer quelques positions intéressantes sous le rapport de la topographie (i). Je me contente d'indiquer dans le vallon de Fpari le château de Sopoto, qui a été dessiné par Goronelli dans sa géographie, sans oser affirmer, comme Niger (2) le décide , qu'il ait remplacé l'ancienne ville d'Olpé , que nous retrouverons dans l'Âcarnanie. Quoi qu'il en soit de l'érudition de cet auteur, Sopoto mérite une

(i) Une lieue i lorient de Borchi, est situé Ftera, village albanais. Une demi-lieue au nord, on trouve Tchioradez, dont le rapport de distance est de six lieues avec Delvino. Près de cette bourgade, on voit plusieurs ruisseaux tributaires de la Pavla^ rivière qui prend ses sources quatre lieues et demie N. N. £. , au»desstts du bourg de Cagliàssa, et de Doxeus, chef-lieu des MalirScrueles.

(a) Supra Panormum, Olpac in colle erat valido cincta muro, aune oppididum, Sopoto ibi est.

D. NiOBR. Comment, XI, p. 990.

cHAPitAB ix. aSâ

attention particulière, à cause de rentassement dei constructions de ses remparts, dans lesquels on re* marque, depuis la maçonnerie cjclopéenne, qui en forme la base, jusqu^aux restaurations successives des Vénitiens et des Turcs. Telles sont les particularités qui se rattachent à mes premières narrations. Je ne pourrais que me répéter, si je décrirais l'espace eom^ pris entre le vallon de Borchi et port Palerme , où je reprends mon récit.

Les piétons de FAcrocéraùne comptent une heure de chemin depuis le torreht qui se décharge au fond de ce port, jusqu'à Chimara) et les caboteurs, cinq milles de navigation , pour arriver à sa calanque. Ce fut de ce mouillage que mon frère (t) monta pendant une demi-lieue par une rampe fieûte à main d'hoiùme , pour arriver à la ville. Suivant son rapport j la moderne CUmara n'offre aucun vestige d antiquité; ma» à peu de distance, on voit les ruines dune enceinte pélasgiqne, qui est probablement celle de la Chimara'liomérique , que Pline place dans TAcrocéraune , près de la fontaine Royale (a). Les habitants, qui ignorlsnt ces faits historiques, appellent ces murailles , dans lesquelles ils parquent maintenant leurs troupeaux, le Tfieux château de la reine ^ parce qu'on

(t) MôH frère m'AtiSt réjoint à JftAma, rà ibois de mars 1807. C'est à ses obsenntioiis que je dois me grande partie des déûBs sur FAcrocéràBBe et lA Taulantîe on Musacbé.

(1) In Epîri ora castellum Acrbceraunis Chimœra sub eo aqu^ . régis fons. Plin., lib. IV, c. I; Ann. Ck)niB«n, p. 368; Cang , p. 386; LemcltT. Pandect, n^ )ao.

a56 totags dahs la gebck,

y trouve continuellement et presque èxclusiTemetit des médailles portant la figure d*une femme (i); mais cette explication est vague. U est plus vraisemblable que le nom de château de la mne vient de ce que cette ''place fut réparée par AnneComnène (a), qui en parle deux fois dans le récit des guerres d'Alexis contre les Latins commandés par Boêmond. On peut en conclure également quelle a été détruite pour la dernière fois, à une époque très-rapprochée de la conquête de l'Épire par les Mahométans, et que les restes de sa population auront fondé le bourg de la Chimère , qui possède aujourd'hui cinq cents familles albanaises chrétiennes.

Un contrefort appelé Calibaki, du nom d'un capitaine mort en combattant pour son pays contre les Turcs, divise au septentrion le territoire de Chimara de celui de Vouno, seconde boui^ade du versant occidental de l'Acrocéraune. La disunce entre ces deux places, qui sont séparées par ti*ois ressauts es*

(i) Argent. T4te de femme à droite. R. Pégase yolant, à gauche; attribuée à la colonie corinthienne d'ApoUonie.

(i) Anne Gomnène, en racontant l'expédition du gouyemeur de la province d*Épire, dit: Que craignant la rencontre des Romains, au lieu de se rendre à Aylone, il aborda à la Chimère. k^Xk tty Pttp.aîxbv 6^o^tt|Atvoc çdXov , Xuoac rt irpuf&viiaic (tucpbv 'KtKJ^Vfùhau^ xartuOù Xt^bOf «< t^v àiroirXouv iirotiîro. Elle ûxt ensuite la distance entre la Chimère et Aylone à soixante stades, mesure inexacte, et elle ajoute que le comte Etienne, pour éçiter Boëmond, passa à la Chimère, sous prétexte d'y prendre Us bains : Ô ^è Kovroct^avo^ |v TM irpoç Xi|Aapav àin^vflu ^oXavticu x*f(^-

' CoMXEX.f Alexiad. f lîb. X,p^*999 et^seq.

f^àrpés , est évaluée à deux lieues y pendant lesquelles on trouve à de grandes distances quelqi^es vignobles., et le village de Piliori , situé au versant de la lapourie. Avant d'entrer à Vouno, qui possède une population chrétienne de douze cents ames^ on.tra<verse un plateau cultivé, qui de tout temps a dû être habité à cause de sa fertilité, quoiqu'on n'y re* marque aucun vestige d'antiquité.

Une heure au nord-ouest de Vouno, on laisse, à peu de distance sur la gauche^ le village de Liâtes, pour franchir une contre-pente de TAcrocéraune ap* pelée Tchica^ et on marche encore pendant une lieue et demie à travers un terrain entrecoupé de torrents , pour monter à Drimadez. Ce bourg, composé de deux cent quatre-vingts feux , est divisé en quartiers situés sur des îles réunies par des ponts jetés sur une multitude de torrents, qui rendent les communications très-difGciles, et font presque de chaque maison une forteresse. Une riv4ère , formée de la réunion de plusieiirs sources, et du concours de leurs ruisseaux, après avoir cif-culé entre ces mornes habités , et fait tourner quelques moulins ^ di.sparaît au fond des précipices, qui dégorgent ses eaux dans la mer, «n formant plusieurs cascades.

Les habitants de Drimadez , aussi pauvres en antiquités que ceux de Vouno, raniment cependant Tat* tention du voyageur ^ en lui montrant au penchant d'un coteau voisin une source d'une fraîcheur dé^ ïicieuse. Ce trésor , dans un pays aride , lui avait sans doute mérité le nom de fontaine Royale. Mais «st-ce bien la même qui fut autreibis désignée A 17

a58 voyage DÀlfS LA GBBCEf

âous cette dënomination P Pline porterait à le croife, puisqu'il n'en parle que comme d'une source ordinaire; mais Anne Comnène, en disant qu'on j prenait des bains, donnerait à entendre quelle était thermale^ Les habitants ne connaissent plus dans leur arrondissement aucune fontaine d'eau chaude, ce qui me porte à penser que la veine s'en est perdue, comme celles de tant d'autres, qui ont disparu, à la suite des tremblements de terre qui agitent fréquemment FÉpire. Ainsi je suis bien éloigné de récuser , sous ce rapport , le témoignage il' Anne Comnène, parce que j'ai vu moi-même tarir, ou se former spontanément des sources et même des ruisseaux, à la suite des commotions souterraines qui sont périodiques dans la Grèce»

La distance de Drimadez à Palœassa est d'une lieue , et il y a quatre milles entre ce village et la mer. Son nom qui dérive sans doute de celui de Paleste, rappelle le souvenir de cette ville près de laquelle César parti de Brindes aborda, pour combattre Pompée et les derniers enfants de Rome^ qui s'étaient réfugiés sous ses drapeaux. Mais on ne reconnaît pas la rade placée entre des rochers y où le dictateur trouva un abri commode pour ses vaisseaux. On ne voit aucun vestige de ville ancienne à Palœassa? « J'étais K donc incertain, lorsqu'en relisant le texte des com- « mentaires (i) avec attention, je pensai, que j'avais « devant moi une étendue de huit lieues de côtes^ « jusqu'au cap de la Linguetta, et que je pouvais 1^— — ^— — ■ ■ Il ■— ■———#.———*— i———,

(i) De bello clvili, lib. HL, c. k«

dans cet espace, trouver le moyen de reconnattre une position histori({ue impoi^Unte à fixer. « Dans cette idée, je passai à une lieue et demie de Palaeassa^ le torr£fit de Strau-Bianca, au-delà duquel s'ouvre la tade Daorso , plus connue des na« TÎgateurs^ sous le nom de val Dorso. Je crus être sur le lien du débarquement de César. Je cherchais les rochwi qui Tabritaient^ et je me perdais en conjectures ; lorsque mon attention fut attirée par des objets nouveaux et inespérés» C'était un hiéron ou enceinte Mcrée pareille à celle de Dodone, et comme elle pélasgique. Dès « lors je ne doutai plus que je retrouvais rAome, lautel des Ëuménides auxquelles Ovide dotene Tépithète de divinités de PaF* leste , et cette ville elle-même. Mes ^guides m'assure* rent que cette plage était exposée aux fréquentes vi* sites des diables, et que leêPagajua (i}7tenaieot leuc sabbataccoutuné, enfin quxm y trouvait souvent des gouUafia^ ou médailles (2). Ces droonstances elles* mêmes quoique en partie futiles, 4X>nfirmaient et la tradition des anciens, et le témoignage de mes propres yeux*

« Biais comme je n'apercevais pas les rochers , ni l'abord dangereux dont parle César (qui s'exprimsf avec une exactitude toujours positive ) , je résolus de me rendre au port Condami, situé une lieue au nord-ouest du val Dorso. Mes fatigues furent récom-

(i) Les pagania des Grecs sont les lonps-garoux , 4{ai courent^ •UTant eux, depuis Noël jusqu^à la Théophanie, on féf des rois.

(a) Bpoku, Tête d*ApoDoii imberbe , coiflé da pileiis. R. Dam «Bt oonroBiM de chliiei AAOPZOIi.

sfiO VOYAGE DANS* LA GRÈCE^

«pensées. Là, je vis le port, commode et abrité^ « (quand on a évité le passage desseclies)) etle lieu « où César put trouver un asile assuré , et dérober à « tous les regards , son escadre qui avait échappé k c la surveillance des croiseurs de Pompée, comme . c dans ces derniers temps, nos marins surent cons*' . A tamment s'y. soustraire à celle des Anglais (i). » Ainsi malgré sa distance dé Paleste , cette ville, dont le port Gendami est Féchelle^ nea doit pas moins être citée, comme le lieu du débarquement de César, puisqu-eUe étaitsans doute la seule existante à cette extrémité de y Acrocéraune. D'ailleurs ne peut^on pas^croire , que ce fot après avoir pris* terre, l'endroit d*oii il se mit en marche pour se vendre à Orioum ?

* J'ai dit ailleurs que Testrémité du canton de la Chi-' mère^ qui se tenmne'en face de Tileclu Sasino, n offiie qu'une solitude aride et privée d'eau. Les oiseaux n'y Ibnt jamais- ent^dtê leurs concerts. Les bergers n^y , aont que de passage «n hiver. Le chasseur uy poursuit Jamais saproie», et lés paisibles daims, les lièvres timides et -les espèces iikuocentes jîiient ce aéjour, qui est le domaine absolu des serpents, dès que les pra-» mièjnes chaleurs de -Fêté, se iont sentir « JSais cette contrée si mal partagée par la nature, a est cependant .pas à dédaigner» Le corail qui tapisse ses rochers sou-

(i) Condatni, pendant les huit années <pie nous avons occapé Corfou, fut le port de salut de nos navigateurs. C'était de ce refuge qu'ils cinglaient à la fayeur de la nuit vers Otrante*. après avoir observé et. calculé les bordées de l'eiuiemi,' ^ui tenait i» croisière à Tentrée de TAdriatique^

HiMHntf ponrvait offrir* une pèche peut-être plus riche et plus commode à exploiter que celle du bastion de France des côtes « d'Afrique. G«s.t ce que les voisins de ces plages peuvent examiner, afin d'ouvrir une carrière nouvelle à l'industrie des Napolitains» et den hadiitants des îles Ioniennes* . .

La botanique, et^laminéralogie auraient aussi leurs, conquêtes à faire dans cette région inconnue. Il est probable qu'on y retrouverait les traces des volcans ». qui exhalaient une vapeur capable d'asphixier les oi« seaux (i)^ circonstance d^où elle awaitpris le nom d'Aorne. Enfin peut-être quon se proeurerait, nonseulement des médailles ,jnaift des preuves arehéologi-* ques capables dedéterminer d une manière précise , le temple des furies , le Charonium et la viUe des Daor^es,.

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