‹ Voyage dans la Grèce, comprenant la description ancienne et moderne de l'Épire, de l'Illyrie grecque, de la Macédoine Cisaxienne ... avec des considérations sur l'archéologie, la numismatique, les moeurs, les arts, l'industrie et le commerce des habitants de ces provinces;Chapitre 95 sur 160 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

placement d'Oricuni) pour faire coïncider le texte de Polybe ayec les traditions t peuvent, maintenant calculer par les distances précédemment données , que Cé^r aurait eu treize lieues en montagne à parcourir • dans le. co^rs d*un soleil pour arriver juscpia. cette ville, qu'il soumit le même jour de son débarquement^ après être parti de Paleste (i). En vain on. alléguera , que. les^armées romaines étaient acoutumées à faire dçs marches forcées, et que César commandant alors un corps peu nombreux et débarrassé de bagages, aurait pu fournir une pareille carrière dans l'espace d*une journée. Je reviendrais malgré cette réflexion, si je n'avais donné les. raisons qui font connaître Oricum 9 à ctiercber encore cette ville ailleurs qu à Canina* En eifet ne voitron pas, quaprès avoir marché pendant huit lieues depuid Paleste pour arriver à. Portos Raguseo , le dictateur eut sufBsamment le temps qui .lui. étajt nécessaire ) pour amener JLucius Torquatus général de Pompée, et la garnison des Parthxnieos qu'il commandait , à se soumettre } les négociation^ , toutes faciles quon les suppose, devant malgré l,es dispositions favorables des habitants , absorber le restant de la journée. Comment s'il eût fait treize lieues aurait -il pu, ( nullâ interpositâ mord), le texte est précis, se remettre en route sur le champ y pour aller s'emparer d'ApoUonie? César qui a. lui-même écrit ses commentaires, n'aurait pas manqué, de dire sUi

(i) At ille, expositift militibus, eodem die Oricum proficisçi" lui*.... £t recepto Onoo« nuUâ interpositâ mor^,, ApoUoitiaiXi proficiscitur. . D4 Mlo, civiU^ lil». III.

VJO T0TA6B DÀV8 LA €ASCS,

avait laisse reposer ses soldats; et il est probable que les beures qui s'écoulèrent en pour-parlers, suffirent pour leur procurer le délassement d'une balte militaire, n Tenait de faire buit lieues, il lui en restait dix à parcourir pour se rendre i ApoUonie, ce '^ coupait sa marcbe en deux parties à -peu-près égales. Tout s'explique donc d'une manière plus simple sous le rapport des distances pour les marcbes, et les rapports des ▼illes, qui, dans l'ordre ordinaire des cboses , ne sont pas entassées. Ces faits même vont me serrir à re* trouver Byllis, ainsi qu'Amantia, car Aylone n*exis* tait pas encore à cette époque.

On voit que ce coup de main fot décbif pour la suite des événements; car tandis que César s'avançait rapidement à travers l'Acrocéranne^ où il aurait pu être arrêté par un ennemi déjà maître du pays, Pompée campait avec son armée patricienne dans la Candavie (i), doù il se disposait i descendre dans ses quartiers dliiver i Apollonie et à Djrrachium , lors* qu'il apprit et le débarquement de César, et la perte dune partie des villes où il croyait bivemer (a).

(i) Canton de Gheoricluiy dans les montagne» de Can* Tonîas.

(i) H. Tiupin, qui explique lea commentaîret, aorait àh ac* «user Pompée , plut^ que ton amiral , de ne s'^étre pas opposé au débarquement de César. Celninà avait à la yérité des foroea supérieures en vaisseaux, et de nos jours, ce reproche pourrait eue mieux fondé, sans être juste. 11 aurait fallu penser à ce qu'était la marine des anciens , poor savoir qu'elle était incafiable de tenir une croisière, dans on des parages connus pour le plus orageux des mers» à rembouchure de cette Adriatique,

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Comme il avait trente^deux lieues i parcourir pour arriver à Apollonie, il fut donc prévenu par son ad« versaire, et il ne put regagner les lignes de Dyrra** x^hium qu'avec une extrême confusion. De part et d'autre, on établit ensuite ses ^camps aux bords de l'Apsus f pour 7 passer lliiver.

D'Avlone, que je ferai connaître dans le chapitre suivant, après trois heures de chemin, on entre dans le canton de Coudessi, qui comprend une partie de la lapourie orientale et le territoire ancien d'Apollonie, dans laquelle sont les mines de bitume, qu'on emploie pour calfater les vaisseaux (i)« L'emplacement de cette vaste source de poix fossile est enveloppé dans Tangle que forme l'Aoûs, avec la Su* cfaista, rivière qui prend ses sources dans la forêt de Cosmari (2), et la base des monts Acrocérauniens* L'étendue des mines qu'on n'a pas cessé d'exploiter

que les Anglais samomnient Sêa of diaèlg» M» du. DMU^ dont ils étaient sonrent oUigés de quitter la station, lorsqu'ils Uo* qoaient Gorfou. Qui ne connaît d'ailleors les chances de mer, et de quoi dépend on avantage ou on rerers? Mais les théoriciens , qoi font la guerre dans leur cabinet » sont inexorables envers les vaincus. César respectait mieux son hean-père, puisqu'il ne dit pas pourquoi Pompée y qui le savait à Brindse, au lieu de garder la c6te, était allé prendre le frais avec la noblesse de Rome, dans les monts Candaviens.

(i) Est et Piflsasphaltosy mixta bitumini pice naturaliter ex ApoUoniatum agro. Plîn. , lib. XXIV, c. 7. JElien confirme la même chose. HUt. Var,^ lib. XIII, c. x6, et Vitmv., lib. YUI^ c. i3.

(a) Cinq lieues E. N. E. de port Palerme.

TA7^ voyage DAKS tA 6ftSCÉ^

depuis un* grand nombre de siècles^ paraît se pr<H longer fort loin au sud-est; et la quantité de la pots est telle, que l'Europe entière pourrait j puiser pour ses besoins , sans craindre de l'appauvrir. Aux. envi-

« rons, on trouve par*tout le soufre combiné avec différentes substances, qui jusqu'à présent- n'ont pas été

- suffisamment analysées; et les paysans assurent qu'on voit presque toutes les nuits des flammes bleuâtres voltiger à la surface de la terre, chose qui est conforme au . témoignage des anciens (i). A ces caractères y peut«on méconnaître le lieu désigné par Plutarque, comme le Nymphœum , qui roulait sans cesse des sources de feux au' milieu de la campagne, sans endommager sa verdure (2) ; puisque le phénomène vu par ^lien s y perpétue, et quon y retrouve, comme il lavait observé, le bitume mélangé dans certains endroits avec des substances sulfureuses et

. (i) Aristote , en parlant de ce phénomène , place le Nymphcum aux confins du territoire des Atintanes, indication qui justifie mon opinion. sur: cette peuplade et celle des Apolloniates. Mais je doute, comme il le rapporte « que l'huile prit feu, par le moyen do la flamme qui s'élevait à la surface de la terre, quoiquoiqu'il assure Je fait : t-xti^èpf ^ï ikamo^ im^^ iit* aùrh^

• (s). 6 ^i ÀffoXXMvia icXviàiGY iç\ xac irpoç aOrf rb Nupifcûcv, Upè;

pvi^tK^ itiùAyJStç ^lovTOc. Dans le voisinage d'Apollonie ( six lieues S. E. de cette viUe)^ est situé le Nymphsum , terre sacrée , où deir soiutses de feu perpétuelles coulent, sans les endommager, an milieu d'une vallée verdoyante et des prairies.

Pluta&qve , f^ie de SjUa,

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aluBiineuses (i). Ainsi la cause primitive de ces phé* Domènes existe; mais, comme au temps de Dion Çassius, qui parle eu témoin oculaire (2), des tor* rents de feux ne coulent plus au milieu des champs* Je doute même que Tencens s'y >enBammât alors, sans une connivence avec quelque ministre complaisant, chose qui n'éuit pas rare dans lantiquité ^ oix le don des prodiges fut plus d'une fois exposé aux sarcasmes de gens qui osèrent » dès ce temps ^ accuser les hiérophantes de <x>rrupûon. Mais il n'j a plus ni oracles, ni feux perpétuels dans le tei** rîtoire dédié aux nymphes , et les paysans de Carbonara, qui exploitent la poix fossile , sans s'inquiéter 4es divinités auxquelles les mines étaient consacrées, ni des prodiges passés, se trouveraient heureux, s'ils nétaient pas obligés de rendre au fisc une partie du produit de leurs travaux.

La Suchista, qui pourrait pei^t-ètre disputer à la rivière d*Argyro - Gastron le nom ancien de Celydnus, prend sa source dans la forêt de Cosmari, aux monts Scruélés, à dix lieues environ de son oonfluentavec l'Aoûs. A son origine, elle est grossiede plusieurs sources abondantes, et «lie reçoit audessous de Calaratès, nne rivière venant du sud-

* ^i) On ▼oît, par le récit (TRKen, quel compte on doit tenir •de ce mot au 'voisinage^ lorsqu'il place Dyrrachium près d'Apol- Ibnie , qui en est éloignée de deux jours de marche pour un piéton. H parle de Todeur de soufre et d*alun , qu'exhalaient les feux du Nymphœum. Hist, Var. , ihid. ut supr.

{2) Voyez Dion Cassius, lib. XL.

est. Augmentée de cet afOuenI, elle continiie soA -cours au-dessous de Nivitza-Malisiotes, ou Nivitu des montagnes, puis devant Coudessi-Gréotes (i), doù elle se dirige au nord. Cest auprès de Nivitxa^ auquel les Schypetars donnent le nom de Montueuse^ quon trouve les restes d'Amantia.

Les auteurs anciens, qui ont parlé de cette TÎUei disent ou laissent entendre quelle était située dans rintérieur des terres. Cette fois, contre Favis de Paulmier^ je trouve que Scylax, dont il regarde à tort le texte comme falsifié, indique dune manière précise sa position au midi d^Apollonie, lorsquil la place à trois cent vingt stades ou onze lieues et demie de cette viHe (a). En effet la distance depuis les ruines d*ApolIonie jusquau confluent de la Suchista, est de six lieues et demie, et il y en a cinq environ de là, pour remonter à Nivitza-Malisiotes , de sorte qu^aucune position ne pouvait être plus parfaitement dé* terminée. Les ruines consistent dans une acropole en maçonnerie cyclopéenne avec des restauration^ d*uii ftge postérieur, au milieu desquelles on trouve des um^^ bours de colonnes et des inscriptions. Ainsi les débris épars d'Amantia , dont Pline , Gicéron et César parlent comme d'une place importante (3), qui subsistait en*

(i) Les distances des bourgs et villages y ainsi que leors rap* ports, sont portés sur la carte.

(a) Les Tables de Peutinger s'accordent à peu de chose près avec Scylax , pour la distance entre Apollonie et Amantle, qu'elles portent à trente milles.

(3) f^'ojtz Plin,, lib. IV, c. lo; Cicér.» PhOipp. XI; César, ih BéUo avili, lib. III; Constantin, Zls Them,, lib. Il, them. ».

xHAPiTBx xxau nyS

eore au temps de lempereur Basile (comme on le ▼oit dans la vie de ce prince écrite par son fils ) (x), méritent Fattention des voyageurs.

Coudessiy dont je viens de parler, est une ville de deux mille âmes, et le chef- lieu d*un canton qui renferme dans son arrondissement quatorze villages répandus sot les coteaux de la vallée, que baigne la Suchista. Les plus remarquables de ces hameaux sont .Trebatchi, Tratchiovitza , Smoctina, Vramachiotes, situé sur le chemin d'Oricum , ainsi que Griva -et Carbonara, bâti dans une anse formée par VAoii», une lieue au midi des mines, et du confluent de la Suchista, quil reçoit à sept lieues environ de soià embouchure dans l'Adriatique. A sa rive droite, presque en face de Carbonara, sur un terrain un peu ^levé, on retrouve remplacement dune ville, que les modernes appellent du nom de Gradista. J'avais d Sabord cru reconnaître dans ces décombres, les restes des Getus; mais quand j'eus examiné la vaste «tendue des débris, qui couvrent une butte aplatie de près ^e trois milles de circonférence, je commençai à <;roire que je foulais remplacement de Byllis, place fameuse de l*£pire, dont j avais inutilement recherché les traces aux environs du golfe d'Avlone. J'y remarquai ^ comme je lai fait depub à Corinthe, les ornières oreusées par les roues des chars dans les ro-

(i) Dans son Qu'orage, publié par Léon Âllatins, en parlant 4e Nicéphore Phocas, dit qu'après avoir battu les ennemis, il Vempara d'Amantie : Trcf Tt f àp irôXiy Aficcvrtav tùOi^ ixtt^iMUxo.

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