CHAPITRE XXI
Partie orientale de VJlcrocéraune^y appelée la*^ pàurie. Défilé du mont Longara. Ruines d'Ori* cum. Origine de cette ville. Observations sur la marche de César depuis Paleste jusqu*à Apollonie. Nymphœum ou mines de poix fossile. Position d'jdmantia et de Bjrllis. Foie romaine de Cosmari. Population. Nombre des villages. Productions.
La partie orientale de l'Acrocéraune est appelée de nos jours lapourie^ dénomination qui retrace celle
(i) Xopvoç, sans oiseaux.
afia VOTAGB OANS LA GBXCC^
de riapjgie d*Épire , qu'en eroit aroir été peoplëe fmt une colonie de Pëlasges , quHercule rameim de Tltadier dans la Grèce. Afin de pénétrer dans ce canton , en partant de Palieaasa, il but monter pendant une demi-lieue pou^arriTer au sommet dumontTchlca, et de là, on descend par un défilé étrtMt qui tourne à rest-nord«est pendant une demi-lieue, A cette di^ fltance, on passe près de aes souroei, une rivière quir coule dans la direction de Ducates, pour se reftdre au golfe d'Avlone, près de Porto • Raguseo. De» bords de cette rivière (i), dont le nom ancien ne m'est pas connu , on commence à gravir les croupes^ escarpées du mont Longara pendant une heure et demie, pour arriver à son sommet Dani cette route ^ on ne voit que quelques chênes qui portent des glande doux, de stériles halliers de rhamnus paliurus, et des buissons de chêne vert, sur lesquels on recueille te kermès propre à la teinture. En avançant un peu au nord sur le plateau du mont Longara, séjour orageux des hivers (a), on trouve une belle fontaine renommée pour la pureté de ses eaux ^ autour de laquelle les bergers se rassemblent en été pour
(i) C'est pent-^tre ïa Salnii on SaTnîch d^ Maginas^ (») Au mois de janvier i8o8> im défacfaement de cent quatre^ vingts soldats d'uu régiment italien, poursoiri par la croisière anglaise, fat obligé de débarijuer à Porto « Raguseo. Qaoiqne bien armés, «es soldats eurent beaucoup à souflfrir des Albanais de Ducates; plasieurs moururent de froi^, au passage du mont Longara, et le détachement dut son salut à sa prudence et à son courage, qui le sauvèrent de la fureur des brigands de certes €ontrée«
passer les nuits. De cette hauteur, part un défilé dans la direction nord demi -quart est, qui aboutit à la distance de cinq lieues en montagnes au bourg de Ducates, chef-lieu d^un canton indépendant et tout entier adonné au brigandage. Cette capitale de ria« PJgie» dont la fondation est attribuée à Michel Ducas, se compose d'une population féroce de deux cent cinquante familles chrétiennes et mahométanes, plongées dans une telle barbarie, quelles semblent appartenir au «ècle de Rhée. Comme dans l'âge d'or, elles vivent dans un état d'anarchie où la violence, gui confond les notions les plus simples du juste et de l'injuste, n'a pas encore permis le règne des lois. On se dit chrétien ou mahométan, sans avoir d'idée d'aucune religion. La morale est inconnue, et les idées de ces hommes primitifs se réduisent aux combinaison» qui tendent à la nourriture de l'espèce, à . la guerre des montagnes et à la plus brutale corruption y qm dut être le partage de toute société privée de l'ordre et des lumières de la civilisation. On se contente donc de cultiver le maïs, parce que le blé et les autres grains «lemandent plus de temps et de labours. On a aussi dès troupeaux; mais telle est la grossièreté de ces montagnards , que leurs talents ne se sont pas élevés jusqu'à savoir séparer le fromage du beurre, qu'ils conservent dans des outres, mêlé avec la partie caseuse du lait. Enfin il est vraisem* blable que si la nécessité ne les avait forcés de fabriquer la bure grossière qui leur sert d'habillement, ils se vêtiraient encore, comme les Dardaniens, dont ils sont peut-être les descendants , de peaux de bétes^
â64 - TOTàGB dans t GRÈCKf
et qu'ils habiteraient dans le creu& des rochers. La ri* gueur du climat leur a fait sentir le besoin d'autres vêtements et suggéré l'instinct de les tisser, comme le génie du mal leur a appris Tart de fabriquer la poudre a c^non , qui se fait dans presque toutes les familles (i). Produire pour consommer, et vivre pour voler, voilà leurs occupations, leurs soins et leur avenir. Cependant iU n ont point encore, à Texemple des Maniâtes et des piratçs du golfe de Yolo , osé braver les flots pour satisfaire leur cupidité. S'ils portent leurâ regards sur les mers , c'est pour découvrir les vais^ seaux que la tempête chasse vers leurs plages, oà ils les pillent impitoyablement, quand ils s'y naafragcnt.
Une lieue et demie au nord de Ducates , on trouve les ruines d^ricum , ville citée par une foule d'aUteùrs anciens, à laquelle Lucain donne le surnom de
(i) En 1811, AU paclia, qui renaît de s^einparer de Berat, d'AvIone et do canton de la Chimère, répandit une telle frayeur dans rAcrocéranne , qat les habitants de Dacates revnokwnaUL 0O11. avtorité. Il ne. leor imposa avcnn trilmt ; nsiaii il yottlut qae le^ Mahométans „ ou ceux qal aç disaiei^ tçls , fussent circoncis. Quelques-uns se soupiirent à cette cérémonie; piais comme il y avait plus de soixante ans qu*on ne Favait pratiquée dans le pays , cette mesure y excita une si" grande fermentation , que le ^sit* dut renoncer à son entreprise; et les Ducatîotefc sont restés àpeu-prds uns aucune tupbce de rdigion. « Que 'vpuleai^Tous, m$ m disait le pacha ^ Turcs on chrétiena, il Candrait les faire pendra • pour Uur (prendre à vivre ^ et ils n'en valent pas la peine. « Depuis ce temps ^ il s* est rendu maître du pays y et il a déporte un^^ f'^'ie des habitants dam les maréh d'Àviùnis (mv i:di$)v
€ nA PI T R B X X i.*^ afiS
Dardahique (i), parce que Helenus et Tros .régné* rent dans cette partie de TEpire; ou, suivant d^lutre• auteurs, Dardanus, qui était leur père. Mais. ce n«st là qu une tradition mytliologique très4ncertaine (a). Hérodote, Scymnus, et Hécatée cité par.Stephanus^ se contentent de la qualifier, du titre de port de mer , sans parler de son gisement. Ainsi il est probable . que ceux qui la placent dans le yal Dorso ont été in* duits en erreur -par un passage sans doute altéré de Polybe , dont Iç sens serait : Qu'elle se troui^e à la droite d*un vaisseau portant le cap ^ pour entrer dans I Adriatique. Mais il suffit d un peu dé réflexion pour reconnaître Terreur, si on fait attention que César ^ débarqué sur la plage occidentale de TAcrocéraune , employa une journée de marche pour se rendre de Paleste à Oricum , oit Bibulus était mouillé avec k flotte de Pompée, tandis que le dictateur prenait terre de lautre côté de la chaîne des montagnes. Pro^ perce (3) dit plus clairement encore que cette .ville était située dans le golfe d^Avlone, lorsque après «avoir dit adieu à Cynthie^ il souhaite qu'un vent
(i) Tum qui Dardaniam tenet Oricum.
LtrcAirtrs ,lib * Hl. * (2) Apixov 7.t(A^va, Herodot. , lib. IX ; napoc>.iov 'iroXtv^ Sc^-niii^' ▼. 44<>9 XifiévA xoc>4i àiretpou rbv ripÎKiov jv ril SupcoTrip, HecaUeutf apad Stqjhanum. Chaonis cmtas, Ptolem. , lib. ITI, c. t4; Tit.- Liv., Ub. XXIV, c. 40. Plin. eam MacMlonî» attribuit , lib. ITT, f. ftS; celebratur Vîrg., ASneid,^ lîb. X^t. â36. (5) Vt le felici pnrrecta Cerannia Remo-
Accipiat placMii Oritoi aiqnoribna. ' > '
«propiœ la conduise au-delà des monts Gërau* « niens, dans le port paisible d*Oricum. » Preuve évi* dente, comme le remarque Paulmier, que cette yille se trouvait dans TEpire, au-delà des montagnes. Mais un fait parlant pour celui qui, comme moi, connaît le pajs« c'est le 6uis renommé d'Oricum, dont Ni« candre (i) emprunte la comparaison, qui (sans les raisons que je viens d exposer), suffirait seul pour me déterminer à placer cette ville à Porto-Raguseo. On ne trouve cet arbuste dans TEpire occidentale qu'aux environs de Ducates, pays froid (2). Nul doute en con* séquence que les ruines voisines de Porto-Raguseo ne soient celles d'Oricum , et son port celui où Philippe se retira de nuit, après avoir échoué dans son entreprise contre ApoUonie,. qu'il avait essayé d^emporter, en remontant TAoûs, avec une escadrille de ' cent vingt barques. Il parait, par la facilité qu'il eut à s'emparer de la ville d'Oricum, qu'elle était alors aussi peu forte que peuplée (3) ; mais elle ressentit dass
(i) Nicandre, dans ses Thériaqoes, dit, en parlant de Taristoloche , qu'elle est semblable pour la coalenr an bois d'Oricom : nû^oâ ^è jj^^A irpo9iX<pYxioc Opuuoç. Vers 5 16.
(1) Cesl de là qu'on lire le bnis qu'emploient les tourneurs de l'Albanie. Le yersant o]^M>sé des montagnes ne produit que et la sauge et des plantes propres aux climats cbauds.*
(3) Les députés envoyés auprès de M. Valerîus à Brundusium, luMracontent l'histoire de l'attaque de Philippe contre Apollonie, et ils ajoutent ^ Ut ea res tardior spe fnerit, ad Oricum clam Boctu exercitum admovisse, eamque urbem sitam in piano, neqne moenibus, neque viris, neque armis yalidam primo impetu •ppressam esse. Tit,*Lit., lib. XXIV, c. 40.
CHXrtTAE XZI. ^67
la mite les bienfaits' d*Hérode Auicus, qui k fit reconstruire, aiiui que plusieurs autres Tilles de l'Epire (i). Il est probable que le resuùrateur de la Grèce répasait alors les désastres causés par Paul Emile, qu'on peut regarder comme le précurseur d'Attila dans la Macédoine et dans TEpire (a). Mais on ignore à quelle époque elle fut de nouveau renversée, et on ne connaît pas, comme le dit Niger, ses ruines sous le nom d'Orethum. Elles sont restées sans nom, et les Grecs n'appellent plus son port que Porto ^Raguseo^ et les Turcs Uman^Padiseha ou Port^Impirial, dé* nominations toutes moderpes ou barbares. Cette station solitaire deviendrait encore Tccbelle principale de l'Epire du côté de l'Italie, si quelque changement favorable ramenait sur ces bords le commerce. et la civilisation qui en sont exilés. C'est la station la plus vaste et la plus commode du sinus OEneus, et le seul port de guerre qu'on trouve dans l'Adriatique, depuis le golfe de Cataro. Maintenant les vaisseaux marchands qui y abordent sont obligés d'être sur
(i) Philofttrate, dans la tie d*Hérode AttîciM , après avoir énn* faéré plusieurs villes qall avait fait reconstruire, dit qu'il releva pareillement Oricmn, située en Épire, etc. thxxfst èï wà Th
PHii^osrmATVS.
(3) Ce fat à Oncum que Paul Emile, chargé des d^youîlles tte ces provinces, s'embarcpia avec Pcrsée et sa famille ^ qu'il des-' tinait à orner son triomphe , après avoir signalé par le meurtre , le pillage et l'incendie, la plus éclatante vengeance que Rome, dans le cours de ses injustices, ait jamaia tirée d'an peuple yfv^cvL Voxt» Pl«t«, Vis de PtLul Emile.
a(S8 totàgb da!75 la grècb,
leurs gardes , et de surveiller les Ducatiotes qui 6ont ' sans cesse* aux aguets, pour sabir le moment de les attaquer et de les piller. «
De Ducates si on marche pendant une lieue au nord* est, en 'suivant la pente douce d'un coteau, on passe une rivière qui tarit dans la saison des chaleurs ; ec de ses bords en montant l'espace de trois milles, on* arrive à Dragiatès bourg habite par cent familles alba* naises chrétiennes, assis au penchant d'une montagne qui regarde le golfe d'Avlone. Le tetrain qui s'étend jusqu'à la mer dont on est éloigné de cinq railles, offir» par-tout un aspect riant et cultivé, jusqu'à l'entrée d'un défilé situé au sud-est, qui conduit à Vramachiotè^ village de la lapourie orientale, dont la vallée s'ouvre du côté de la Yoïoussa. Au pourtour du golfe , on voit une lieue au nord-est de Dragiatès, Radima premier village de la Taulantie ou Musaché, compris dans le canton de Ganina. Une lieue et demie de là au nord et à un 'mille de la mer, on passe à Mavrova bourgade de deux cents feux , riche en troupeaux, et autrefois par l'exploitation de ses marais qui donnent un sel égal eu blancheur à la neige du mont Ismarus. Tto\s quarts de lieue pins loin, on arrive à Crio* nerb, ainsi nommé à cause d'une fontaine non moins célèbre que celle de Longara,aiguade ordinaire des bâtiments qui fréquentent ces parages , où l'eau est trèsrare. Enfin de Crionero à Canina qu on laisse à gauche, il y a trois quarts de lieue en plaine , et du pied des rochers de cette forteresse, un mille et demi jusqu'au château d'Avlone.
Les géographes, qui ont oru voir dans Ganina Teo»*