‹ Voyage dans la Grèce, comprenant la description ancienne et moderne de l'Épire, de l'Illyrie grecque, de la Macédoine Cisaxienne ... avec des considérations sur l'archéologie, la numismatique, les moeurs, les arts, l'industrie et le commerce des habitants de ces provinces;Chapitre 97 sur 160 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

pole me rappelaient la fondation primitiTe de Byllis par Néoptolème^ chef des Myrmidons (1). Quoique stirnominée luaritime , je pouvais encore concilier cette qualification^ à cause de sa distance de la mer, qui n'est guère de plus de trois lieues, depuis le golfe d'ATlone. On avait donc pu lui donner le titre de port (Necipiov)y à cause des vaisseaux qui- j abordaient; car dans Tantiquité , à l'époque des grandes eaux , les barques, qui étaient les bâtiments de ce temps là , pouvaient arriver jusqu'à Byllis, qui aura pour cela reçu Tépithète de maritime, quoiqtie située dans les terres , comme plusieurs villes commerçantes de nos jours sont appelées ports, parce que les armements- des navigateurs y abordent. Cette explication venait à l'appui de l'inscription existant sur le rocher , qui nomme Bullis^ ses mines de poix y et qui indiquait sans doute d'autres villes, dont les injures du temps ont effacé les noms du rocher sur lequel ils étaient inscrits. Cette position me permettait encore de comprendre comment César, campé à la rive gauche de l'Apsus, pouvait, par sa position, couvrir Apolloniè, Oricum, Bylfis, Amantia et les. villes de l'Epire qui avaient embrassé sa cause, puisqu'il tenait de cette manière l'entrée de la vallée

Stephanus les place aussi indétenninément ▼ers llByrî^j ftvoç irtpl iXXufidtVt et donne lé titre de maritime à leur -ville, no>.ic irafoi6a>.«99ia, ce qui ne veut pas dire qn^elle- flitport de mer. Strab., lib. VII, p. 3a&; Stephan. Byz?; Cic, Epût. ad Ment, . ptCet.,^lib. ra,iS:/». 4ï;Plin.,ltb. ni,c. 43, et lib. IV, c. 10; Ptolem. ,lib. III , c. i 3 ; Hut. de VÉtah, des Col. grec,, t. H, p. 378. (i) Twv [i.8Tà NicwToXf'uiou Muppn^ovt»v xt'>tt«. Stsph. Bts.

2^8 TOTAGS ITÀlfS £▲ GHÈCB,

ie TApsus qm conduit à Berat^ celle des gorges de rAoûs, par laquelle on pénètre au centre de VEpire; et y maître d'Oricum ,. il fermait les défilés de TAcro-^ eéraune (i).

A quatre lieues de Garbonara^ en remontant la rive gauche de la 'Voïoussa, en passe à Lunetzi, viliag»^ près duquel se trouve un fort ruiné bàtî par les Latins, qui me paraît être l'ancien château de Tropa (a)^ dent parle Léon AUaùus. Trois lieues plus haut^ on passe à Liopesi , et une lieue au midi , on trouve le pont de la Bentcba , voisin des ruines de Seinte-Se* verine (S) , que les Albanais appellent château de Jarre. Enfin à une demi-lieue de là ^ on arrive à Te-^ belen, dont j'ai donné la* description.

Une traverse peu fréquentée, et que f ai en partie relevée, part de cette ville pour conduire à port Pa«^ lerme , en coupant la chaîne de 1* Acrooéraune d orient en occident (4). C'est sur cette route qu'on trouve,

(i) Les Apolloniates ayant rendu leor TiHe à César, les Biil« lidiens, les Aman tiens et les autres villes de l'Épire les imi»

tèrenty et députèrent vers César pour lui demander ses ordres

Prévenu (César) à DyrraGhium 9^ ralentit sa marche,, et canpasur les terres des Apolloniates, près de l'Apsus, afin de cou-» vrir par ses postes et ses redoutes , les villes qui s'étaient Biei^ tonduites. Guerre eipile , lib. 111»

(9) Tb Kfl^cpov i Tpo'ir«« 3CBTc*vc{i.d^ftTo,

Lbo. Ajxat.^c. y, p. X28.

(3) Koc rè tfc àjiaç £tin)fiviiç. Lbo. AixâT., UuL

(4) A deux lieues de Bentcfaa , éuan le mont Argenik, o& trouve Liacdouchi; deux lieues O., Progpnati; deux lieues et un tiers O., Cosmari. On passe une voie romaine; de là à port Païenne, la distance est de cin<) lieues O.

CHAPITHE XXI« 279.

près de Cosmari, la Yoie romaine eacore existante, qui remontait d' ApoUonie > par Byllis et Amantia, à Buthrotum. Daatres embranchements se détachaient de ce point culminant, pour étabUr les communica* tions aTec Oricum , Paleste, ainsi que port Panorme , et il est encore possible de les reconnaître. Ali pacha, qui m avait indiqué cette route, se proposait de la faire réparer pour exploiter les bois de construction de la forêt de Cosmari. Je devais en faire la reconnaissance , pour estimer Tétendue des travauxque nécessitait lentreprise, lorsque les circonstances qui m'obligeaient à quitter TEpire, m^eropéchèrent d entreprendra un travail, dont le résultat avantageux au commerce m*aurait permis de faite quelques découvertes importantes pour Tarchéologie. C'eût été de ce côté que j'aurais recherché les mines d'où lesanciens tiraient de l'argent. J'en avais déjà recueilli des échantillons dans les. torrents du mont Argenik. J avais examiné chez Ali pacha des minerais; et je réunissais assez de données, pour explorer avec succès les montagnes. Mais je dus. abandonner mon dessein. J'ignore donc dans quel endroit existent les filons qui pourraient récompenser les travaux de l'exploitation ; et je me serais gardé de les révéler, si je les avais découverts , afin d'épargner des larmes à lliumanité. Puissent-ils rester long -temps- cachés, ces trésors, pour le bonheur des Epirotes , que leur maître en* sevelirait dans les mines, afin de satisfaire la soif insatiable des richesses dont il est dévoré.

L'Acrocéraune, dont je termine ici la description, en me réservant de faire connaître les parties qui

â8o TOYAGE O'ÀSS LA GRiCE,

aToisinent les ▼dllëes de Drynopolis et de Delvino^ renferme, d'après les calculs les plus approxiiniitib que j'ai pu établir, une population de sept mille quatre cent cinquante familles. En portant ces &• milles ; qui en général sont nombreuses parmi ces montagnards, à six personnes, on trouvera pour cette contrée quarante -quatre mille sept cents individus répartis dans quatre-vingt-cinq bourgs ou villages^ dont les habitants, parlant le schjrpe, ne diffèrent entre eux que par le plus ou rnmns de barbarie, de grossièreté et de perfidie. Leurs richesses en troupeaux , évaluées à deux cent miUe moutons et le double de chèvres, permettent d'estimer ce mobilier, suivant le cours du pays, au prix de quatre millions trois cent soixante «> quinze mille francs, dont le produit brut, estime à trois francs par tête d'animal , donnerait une somme annuelle de douze cent mille francs environ. . Les revenus agrioples, consistant en blé, qu on cultive en petite quantité , en mais , calemboeh , millet, oige, lupins, pois-chiches, suffisent à peine aux besoins des habitaats trop indolents, ou peut-être assez sages , pour ne pas demander à la terre des res-i> sources qui ne tourneraient qu au profit de leurs oppresseurs-. On se contente donc en général de la culture •du maïs, dont tout le monde se nourrit. On exporte des laines, de la cire, et année commune, douze ou quinze cents oques de kermès, ainsi que des planches, du goudron quon emploie pour conserver le vin, quelques balles de peaux de lièvres , du bois de chauffage pour Gorfou, et du beurre de brebis. Avec largent de ces ventes, qui ne s'élèvent guère au-dessus de

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