‹ Voyage dans la Grèce, comprenant la description ancienne et moderne de l'Épire, de l'Illyrie grecque, de la Macédoine Cisaxienne ... avec des considérations sur l'archéologie, la numismatique, les moeurs, les arts, l'industrie et le commerce des habitants de ces provinces;Chapitre 98 sur 160 · CHAPITRE XXI. aSi · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI. aSi

trois cent mille francs, les gens aisés achètent des capes des Mégalovlachites (car les paysans fabriquent leurs Télements eux-mêmes); et tous, selon leurs besoins^ se pourvoient de fer, de clous, de poterie et de quelques aiticles d épicerie, quon tire des Tilles voisines et particulièrement de Corfou. Mais ces objets sont si p^u étendus , et les besoins tellement bornés, que toutes dépenses faites, la balance du commerce est encore des deux tiers en faveur des Albanais , qui gardent sans retour Téxcédant du solde en espèces dans leurs montagnes, où il reste enfoui.

La température et Pair varient dans l'Acrocéraune, suivant les aspects des montagnes. Du c6té de la mer d*Ionie, croissent les plantes et les arbustes des climats chauds. Au nord et dans les vallées supérieures , les coteaux sont tapissés de sapins , d'érables, de noisetiers et de buis. Vers FAoùs, on trouve des pâturages abondants et des terres fertiles ; mais nulle part j quels que soient les sites, on ne remarque ce ton d aisance et de contentement qui annonce le bonheur d*un peuple. Le paysan , courbé sur la charrue , n emblave point ses champs, en invoquant le ciel protec^ teur des moissons! Armé, soucieux, il paraît jeter au hasard les semences qu'il confie à la terre , sans compter sur les retours de la récolte. Les moissonneurs , tristes et abattus , se hâtent de fouler leurs grains, sans mêler aux travaux de la campagne ces chansons d'allégresse qui signalent l'abondance. Ils craignent de paraître riches, et ils cachent dans des greniers souterrains, quils appellent ambaria , leurs

aSa YOTAGE DANS LA GRECE,

denrëes céréales, comme l'avide fourmi qui entasse sordidement ses provisions au fond de son terrier. La joie , incompatible avec la barbarie qui exclut le plaisir, n'existe nulle part, parce que la violence se trouve par-tout unie à Tanarchie. C'est aux éclats du tonnerre , aux bramepients des cerfs ^ aux cris sinistres des aigles et des jacals , que répondent les échos de TAcrocéraune! Jamais ils ne redisent les chants des pasteurs ; jamais ils ne répètent les sons champêtres du flageolet. Le berger comme le laboureur, le paysan et lliomme des bourgades , le pauvre et le riche , tous sont charges d'armes, et portent avec eux Finquiétude , les soucis et la méfiance , jusque dans leurs fêtes qui se terminent souvent par des rixes sanglantes; et ils appellent cette déplorable condition liberté\ Personne, je pense, ne sera tenté de lui donner ce nom , ni d'envier leur pays , dont le destin sera toujours d'être la contrée la plus agreste, la plus pauvre et la plus barbare de TEpire, quelles que soient les révolutions prospères qui pourraient faire :renaitre la Grèce , si le ciel , dans sa clémence , daignait un jour faire remonter son peuple au rang des nations.

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