‹ Voyage dans la Haute-Égypte (volume 2)Chapitre 10 sur 19 · E— LO · texte numérisé non relu

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MEYDOUM.

de la deuxième Pyramide de Gyzeh et le petit monument qu'on appelle « la Pyramide de Righa, » il semblerait résulter, en effet, qu'il n'y a pas que des pyramides dans la région de Memphis, et que sous l' Ancien- Empire on a construit des tombeaux composés d'une grande base qui a la forme d'un mastaba, et d'une haute tour carrée à pans inclinés, avec ou sans pyramidion, posée sur cette base.

Si ces vues étaient confirmées, la Pyramide de Meydoum serait donc une révélation dans l'histoire de l'architecture égyptienne. Elle serait le spécimen le mieux conservé que nous possédions d'une forme extérieure de tombeau qui n'est ni le mastaba proprement dit, ni la pyramide, et dont on pourrait trouver d'autres exemples en Egypte.

La Pyramide de Meydoum n'a pas plus de quarante mètres de hauteur dans sa partie visible. Elle n'est pas ouverte et son entrée n'a jamais été cherchée. On la trouverait probablement, comme au Mastabat-el-Farâoun, à la face Nord de la base.

La Pyramide est d'ailleurs construite par assises concentriques qui font autour du noyau comme autant d'enveloppes successives. 'Chose remarquable, ces enveloppes ne sont pas toutes égales au point de vue du choix des matériaux employés et de leur mise en œuvre. Il en est qui témoignent d'une négligence extrême: il en est qui sont, comme appareillage et comme nature de pierre, ce que l'Ancien-Empire nous a légué de plus parfait. Le même fait s'observe à la Pyramide à degrés de Saqqarah et aux Pyramides d'Abousyr. Il semblerait que le travail ait été exécuté à la tâche ou imposé à des corvées qui s'en acquittaient plus ou moins précipitamment. (Voir Hérodote, II, 124).

La Pyramide, bien entendu, n'a pas d'inscription, et réussirait-on à pénétrer dans l'intérieur, que selon toute vraisemblance, on n'en trouverait pas davantage.

On sait que les grands mastabas qui entourent, principalement du côté de l'Est, la Pyramide de Ghéops, appartiennent à des fonctionnaires de la. cour de Ghéops et que les cartouches de Ghéops s'y rencontrent, pour ainsi dire, à chaque pas. Ge fait a son importance dans la question de savoir à quelle époque il faut faire remonter la construction du monument de Meydoum. Dans les mastabas qui entourent la Pyramide de Meydoum, on ne ' ouve pas d'autre nom que celui de Snefrou Ier (le S^ouptç de Manéthon), qui y est fréquent. L'exemple de la Pyramide de Ghéops semblerait donc autoriser l'attribution de la Pyramide de Meydoum au roi qui vient d'être nommé.

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IMPRIMERIE GOUPIL Se ':"

MEYDOUM

MEYDOUM.

En somme, le curieux monument que reproduit la planche 15 est le plus ancien de tous ceux que nous avons rencontrés jusqu'ici, puisqu'il serait contemporain des dernières années de la IIIe dynastie.

Planche 16. — Ces deux admirables figures parlent d'elles-mêmes, et la photographie me dispense de les décrire.

Elles ont été trouvées, placées l'une à côté de l'autre comme nous le voyons ici, dans un tombeau de Meydoum. L'une représente un prince du

sang qui avait le titre de J^^fjf (probablement pour Jâj^ hm général

d'infanterie), très rare sous l'Ancien -Empire, et qui s'appelait ^

jo a:

Ra-Hotep, l'autre une femme nommée — Jfe Nefer-t (la belle) et qui n'a pas d'autre titre que celui de « parente du roi. » Nefer-t était-elle la femme ou la sœur de Ra-Hotep, et à quel titre ces deux personnages ont-ils été réunis dans le même tombeau? C'est ce que nous ignorons.

L'intérêt que présentent les deux statues de Meydoum, sous le rapport de l'art incomparable qui a présidé à leur exécution, est augmenté par la certitude que nous avons de leur extrême antiquité. L'âge approximatif du mastaba où elles ont été recueillies ne laisse, en effet, aucune prise au doute. Tout, décoration et construction, y est franchement archaïque, et aussi ancien que les vieilles tombes de Saqqarah, lesquelles sont antérieures à l'avènement de la IVe dynastie. J'ajouterai qu'une tombe voisine, que l'attache des pierres prouve être du même temps que la tombe de Ra-Hotep, est celle d'un fonctionnaire attaché à la personne de Snefrou Ier. On ne se trompe donc pas en faisant des deux statues de Meydoum 'des monuments de l' avant-dernier règne de la IIIe dynastie.

On ne peut regarder qu'avec respect et une sorte d'admiration ces vieux témoins d'une civilisation qui, il y a plus de cinq mille ans, était assez parfaite déjà pour produire des œuvres d'art comme les deux statues dont la nécropole de Meydoum a enrichi le Musée de Roulaq.

Les statues de Meydoum terminent la série des monuments de l' Ancien- Empire. Le voyage de la Haute-Egypte ne nous en fera plus rencontrer d'autres.

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BENI-HASSAN

Planche 17.

Avec Beni-Hassan nous entrons dans la XIIe dynastie et dans le Moyen- Empire. Une seule planche du Voyage est consacrée à Beni-Hassan. En voici l'explication :

Planche 17. — Beni-Hassan est une nécropole dont les tombes principales, toutes creusées dans le roc et à mi-côte de la montagne arabique, excitent justement l'admiration des voyageurs. La ville qui envoyait ses morts à cette nécropole est inconnue et ses ruines n'ont pas môme été retrouvées; nous savons seulement qu'elle était située dans le nome de Sah, lequel deviendra plus tard la province dont Antinoë sera la capitale. Peut-être s'appelait-elle Menai- Khuf-u, d'où la Minieh moderne, qui n'en est éloignée que de quelques kilomètres, aurait pris son nom.

Les tombes de Beni-Hassan qu'on peut visiter sont au nombre de douze. Toutes appartiennent à la même dynastie. Les deux tombes qui occupent l'extrémité la plus éloignée au Nord sont les plus remarquables.

La première a servi à la sépulture d'un gouverneur en chef du nome de Sah, qui s'appelait fl!3)^ Ameni, fils de la dame j(Ss5 Hen. Il vivait sous Usertasen Ier, le deuxième roi de la XIIe dynastie, et se distingua par

BENI-HASSAN

quelques expéditions dont les inscriptions gravées sur la porte d'entrée ont gardé le souvenir. Il semblerait qu'Ameni, dont le nom est celui d'un roi de la XIe dynastie, se soit aussi appelé fl™|^r?É Amenemha, nom qui est celui de plusieurs rois de la XIIe. Cet emploi d'un double nom n'est pas sans exemple. Un roi, Ameni-Antef- Amenemha, a môme composé le sien avec les noms de trois de ses prédécesseurs au trône.

La deuxième tombe (en venant du Nord) est celle d'un autre fonctionnaire qui s'appelait Ql3^ Nam-Hotep, fils de la dame ^*f Qs§ Beket, et qui exerça, sous Amenemha II et Usertasen II, les fonctions de gouverneur des pays de l'Est et de chef de la ville Menat-Khuf-u. Gomme Ameni, Num- Hotep semble avoir possédé un second nom que les légendes de la porte nous font connaître sous la forme Q^fcTlâ Num-Hapi.

L'intérieur de l'hypogée consacré à la sépulture de Num-Hotep serait ce que l'antiquité égyptienne nous a laissé de plus curieux, si de déplorables dégradations, qui ne sont pas toujours l'œuvre du temps, ne le rendaient pas aujourd'hui en partie méconnaissable.

Dès le premier pas que le voyageur fait dans le tombeau de Num-Hotep, il s'aperçoit que les traditions de l' Ancien-Empire sont encore vivantes, et que l'esprit qui a présidé à la décoration du tombeau de Ti à Saqqarah, est encore l'esprit qui a présidé à la décoration du tombeau de Num-Hotep à Beni-Hassan. Le défunt est toujours chez lui, et dans ceux de ses domaines qu'il a affectés à la production des dons funéraires. Il pêche, il chasse, ses troupeaux défilent, on construit des barques, on abat des arbres, on cultive la vigne et on récolte le raisin, on laboure la terre, on se livre à des exercices nombreux de gymnastique, on construit des magasins, les barques traversent les canaux, et le défunt circule au milieu de tout ce monde porté sur son palanquin. Ce sont ces tableaux variés que les mastabas de l'Ancien- Empire nous ont déjà montrés et que nous retrouvons ici. Seulement, à Beni-Hassan, la décoration prend en quelque sorte une teinte plus personnelle, et les inscriptions contiennent, sur le défunt, des détails biographiques qu'on ne trouve jamais autre part ni aussi précis, ni aussi étendus.

C'est dans le tombeau de Num-Hotep et sur la paroi Nord de la chambre principale qu'est cette représentation fameuse dont Champollion a le premier fait valoir l'importance. Num-Hotep est debout. Devant lui se présentent deux employés de sa maison, l'un nommé Nefer-Hotep, l'autre nommé Kheti. Ils amènent à Num-Hotep toute une famille de gens que les

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BENI -HASSAN

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BENI-HASSAN

légendes appellent des %M Amu (1). Ces Amu ont le type des races étrangères à peau blanche ou rouge-clair, c'est-à-dire, qui n'habitent pas les contrées situées au Sud de l'Egypte. Leur chevelure est épaisse et noire, ils portent la barbe taillée en pointe, ils sont vêtus de caleçons ou de longues robes bizarrement bariolées. Ils ont avec eux leurs femmes, leurs enfants, leurs ânes, leurs bouquetins, leurs gazelles, leurs armes, et même leurs instruments de musique. La troupe, dit l'inscription, se compose de trentesept personnes. Ils apportent au gouverneur de la province, peut-être dans le dessein de lui demander la faveur d'y résider, des lingots de ce minerai précieux que les hiéroglyphes appellent Mesfem, et que les Égyptiens recherchaient parce qu'ils s'en servaient pour se teindre en noir le bord des paupières et les sourcils. On voit, par ces détails, l'intérêt qui s'attache au tableau peint sur les parois de la chambre du tombeau de Num-Hotep. En définitive, nous sommes ici en présence d'une de ces immigrations de peuples étrangers, analogue à celle dont la famille de Jacob fournira plus tard un autre exemple.

On peut, presque sans sortir de la nécropole de Beni-Hassan, assister à la naissance de cette transformation qui marque comme le second âge de l'architecture égyptienne et dont nous avons déjà parlé dans Y Avant-Propos.

La colonnette légère n'est point abandonnée; en principe, elle conserve sa forme; mais elle devient pierre, de bois qu'elle était. A l'extrémité Sud de la nécropole, un ou deux hypogées montrent leurs plafonds soutenus par des colonnettes de ce genre, formées de quatre tiges de fleurs liées par des bandelettes; les quatre boutons réunis forment le chapiteau. C'est cette colonnette qui, reniant son origine et cessant d'être elle-même pour devenir, comme masse, comme solidité, comme lourdeur, la rivale du pilier, donnera naissance à la grosse colonne fasciculée, au chapiteau en bouton de lotus fermé ou en fleur ouverte, qui commence à se faire voir dans tout son épanouissement à Karnak, à Louqsor, et dans les temples des premières années du Nouvel-Empire.

Le côté Nord de la nécropole prouve qu'on n'abandonne pas non plus le pilier, principe des constructions mégalithiques de l'Ancien-Empire. Seulement, tandis que la colonnette se fait lourde pour ressembler au pilier, le pilier se fait léger pour ressembler à la colonnette. On le taille d'abord

(1) Ce titre, qu'on ne prendra pas pour un nom, signifie proprement des bouviers, et s'applique d'une manière générale aux peuples de l'Asie occidentale qu'on est convenu d'appeler des Sémites.

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52 BENI-HASSAN

à six pans (X? dynastie), puis à huit ou à seize (XIP dynastie et suivantes jusque sous les Ptolémées), avec ou sans cannelures. La colonne à six pans repose sur une base qui est un cube. Eût-elle un chapiteau? C'est ce que la mutilation du petit temple, où des piliers de ce genre ont été employés, ne permet pas de dire. Quant à la colonne à huit et à seize pans, elle a pour chapiteau l'abaque carré, sans Yéchinus. La base est un simple disque à bords arrondis et beaucoup plus large que le fût. Le diamètre du fût luimême n'est pas sensiblement plus grand en bas qu'en haut.

La colonne de Beni-Hassan, telle que la représente la planche 17, mérite-t-elle le nom de proto-dorique que Ghampollion lui a donnée? Ces questions d'origine deviennent de plus en plus obscures à mesure qu'on les approfondit, et, à vrai dire, nous n'avons pas le moyen critique de résoudre celle qui vient de se présenter. Remarquons, en effet, que la colonne de Beni-Hassan est de la XIIe dynastie et qu'elle est antérieure à Abraham; remarquons qu'entre la colonne de Beni-Hassan et la colonne de Pœstum il s'est écoulé environ deux mille cinq cents ans, et que le rayonnement de l'une à l'autre sans intermédiaire serait un phénomène d'une explication très difficile. Or, c'est cet intermédiaire que nous ne connaissons pas et qu'il faut chercher.

La planche 17 donne lieu à une dernière remarque que je ne saurais passer sous silence. Beni-Hassan est, entre toutes, la nécropole qu'on admirait le plus il y a soixante ans, et celle qui, aujourd'hui, s'est le plus dégradée. A ne rester qu'à la porte du tombeau, notre planche 17 en fait foi. Je ne conçois pas qu'on vienne en Egypte et que, venant en Egypte, on salisse et détruise les monuments qu'on est censé venir y admirer. Des voyageurs, inconscients du mal qu'ils font et du tort qu'ils causent à la science, gravent leurs noms à travers les inscriptions , écrivent leurs initiales (qui ne peuvent rien rappeler à personne), aussi souvent, balafrent les parois des temples et des tombeaux de dessins grossiers comme ceux qu'on aperçoit sur la planche 17. A quoi cela sert-il, si ce n'est à prouver l'ignorance, pour ne pas dire le vandalisme, de ceux qui se rendent coupables de semblables mutilations? Pourquoi détruire en une minute ce que quarante siècles ont respecté? Cinq cents fois un Monsieur P. T. a écrit ses initiales sur les monuments de l'Egypte avec un pinceau trempé lourdement dans du goudron, et trois cents fois je les ai fait patiemment effacer. Et qu'on ne dise pas que le premier endroit venu était bon. Plus le bas-relief était propre et frais, et sortant de la fouille,

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BENI-HASSAN. 53

■ plus il y avait intérêt à conserver une inscription que la moindre dégradation M

■ pouvait rendre illisible . et plus le goudron remplissait son office. . .

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■ La description dos tombes de Beni-Hassan n'entrait pas dans le plan 1

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■ primitif du Voyage, et je ne me suis décidé qu'en dernier lieu à l'y introduire.

1 Ton1 le monde comprendra cette réserve. Les ignorants, les indifférents, ] |

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triomphent à Beni-Hassan; celui qui a la charge de conserver les monuments

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■ égyptiens et de les préserver dos atroces barbouillages qui les déshonorent. Il H

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■ n'y est en quelque sorte qu'un vaincu. Si Ton est véritablement ami de 1 |

la science, on verra Beni-Hassan pour la première fois avec le plus vif

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intérêt : mais on quittera ces lieux avec chagrin pour n'y plus revenir et

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n'en plus parler qu'à contre cœur.

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