SUD
Ce joli plan, l'un des chefs-d'œuvre de l'architecture antique, comprend quatre subdivisions :
DKNDÉRAH.
1° La salle A n'est qu'un lieu de passage. Les portes du Nord et du Sud sont réservées aux prêtres et aux employés du temple. La porte principale est réservée au roi et aux grandes processions. La salle A n'est; à proprement parler, que la façade du temple. Sous les deux soffites extrêmes du Nord et du Sud est gravé le zodiaque rectangulaire qui a tant occupé les savants. Le zodiaque. circulaire, maintenant à Paris , formait le plafond d'une petite chambre de l'édicule du Sud située sur les terrasses.
2° Les chambres B, C, D, E, F, G, H, I, J, K, L forment une seconde subdivision, tout entière consacrée au culte, aux préparatifs des fêtes, lesquelles consistaient presque uniquement en processions, au dépôt d(}< objets sacrés., à la manipulation des offrandes, à la réunion des prêtres, à la formation des cortèges. Le départ des processions avait lieu dans la salle B. La chambre F était le laboratoire pour les huiles, les onguents. La chambre J était le trésor oîi l'on conservait les vêtements du culte, les pectoraux, les enseignes, les bijoux, les pierres précieuses. Dans toutes les autres chambres on préparait et on mettait en dépôt les offrandes diverses en vins, en fleurs, en fruits, en pains sacrés. Les porteurs de ces offrandes, que les provinces de l'Egypte étaient censées envoyer en don au temple, passaient par la porto de la chambre I pour les provinces du Nord, par la porte de la chambre H pour l'es provinces du Sud. Les chambres G, D. E étaient une annexe de cette deuxième subdivision. On ne faisait que passer dans les chambres G, D. On mettait en dépôt dans la salle E les quatre barques sacrées, ornement principal des processions, et le grand coffre dans lequel était enfermée, loin de tout regard profane, la statue de la déesse éponyme du temple.
3° Le corridor R, les chambres S, T, U, V, X, Y, Z, A', B", G', D' constituent la partie du temple où la divinité est censée habiter. Cette troisième subdivision appartient au dogme, comme la seconde appartienl au culte. A chacune des onze chambres correspond une des formes locales d'Hathor, adorées dans le temple, La chambre Z est particulièrement tin lieu vénéré. Une niche ménagée dans l'épaisseur de Lamuraille s'ouvre au fond. C'est dans cette niche, dont le roi seul peut ouvrir la porte, qu'est profondément caché le sanctum sanctorum, qui consiste en un sistre d'or.
4° La grande fête du temple était célébrée le jour du Nouvel-An, lequel tombait le 21 Juillet, c'est-à-dire le jour du lever héliaque de l'étoile Sirius. La chapelle L, la cour M, les chambres N, 0, P, Q. les deux grands escaliers du Nord et du Sud formaient cette quatrième subdivision. C'était comme
DENDÉRAH
un petit temple dans le grand, puisque ce petit temple avait son sanctuaire (L), sa cour (M), son trésor (N), son lieu d'assemblée (G), sa crypte (placée sous lo dallage do la chambre 0), ses chambres de préparation (0, P, Q). Le jour du Nouvel- An, le cortège se formait dans la salle G, montait sur les terrasses par l'escalier du Sud, allait sur la plus haute partie du temple présenter la statue de la déesse aux premiers rayons du soleil levant, et descendait par l'escalier du Nord.
III. Considéré dans son ensemble, le Temple deDendérah se compose de deux temples. L'un est le temple proprement dit, celui que tout le monde visite et que tout le monde admire; l'autre est le petit temple bâti sur les terrasses, comme un appendice du grand. Le premier est élevé à Hathor, le second à Osiris.
Hathor est l'harmonie, la cohésion, la pondération, l'équilibre, l'amour, l' universelle attraction , la force cachée dans la nature qui fait que tout subsiste sans choc, que tout se renouvelle et que tout dure. C'est la nature dans ses changements, dans ses transformations, dans sa lutte du froid contre le chaud, de l'aridité contre la verdure, de la sécheresse contre la fécondité, de la vie contre la mort. Hathor est la déesse de la germination, de la florescence. de l'épanouissement. De là ces fleurs, ces fruits, ces emblèmes formés de scarabées et de phénix, qu'on trouve à profusion dans le temple. Dans le rôle particulier qui lui est attribué à Dendérah, Osiris est, si je puis m' exprimer ainsi, une continuation d' Hathor. Il personnifie non pas seulement, comme autre part, lo bon et le beau, mais le bon et le beau en lutte contre le mal et la laideur; il est le symbole vivant du combat de la vérité contre lo mensonge, du jour contre la nuit, du soleil qui meurt à un horizon et ressuscite à l'autre. Ainsi se vérifie en Osiris la parole d'Hermès: « Là ou tout finit, tout commence éternellement. »
Ce sont ces doctrines dont lo visiteur rencontrera la trace sur toutes les parties du Temple de Dendérah. Ces offrandes de fleurs, de fruits, d'eau, de blé, de vins, de produits de la terre, ne sont que dos emblèmes à peine voilés do la nature productive et féconde, de la nature qui semble mourir l'hiver, pour renaître plus brillante l'été. Les cryptes cachées dans l'épaisseur des murailles et des fondations, représentent aux yeux de l'initié l'épi de blé enfoui dans le sein de la terre, et cette période d'incubation d'où va bientôt sortir la vie. Tout un ensemble de chambres est réservé dans le temple à la célébration de la grande fête du Nouvel-An. Autre symbole du renouvellement do la nature et de son épanouissement. L'hiver est
DENDÉRAH
vaincu, Typhon est terrassé, Osiris ressuscite d'entre les morts; le Nil sort de son lit, la terre jusqu'alors stérile va de nouveau devenir féconde.
Aussi célébrait-on dans le Temple de Dendérah deux sortes de fêtes : il y avait les fêtes gaies, il y avait les fêtes tristes.
Les fêtes gaies étaient un véritable carnaval. On y chantait le printemps, la renaissance. Dans les processions, les assistants se couvraient la tête de cartonnages peints, imitant Apis et Mnévis, les taureaux emblèmes de la force toute puissante du Soleil. Selon l'expression même des textes hiéroglyphiques, des jeunes gens couronnés de fleurs parcouraient la ville, ivres de vin. Les fêtes orgiaques de Bacchus, plus désordonnées et avec un moindre souci de leur origine, ont pris naissance dans les temples égyptiens élevés, comme le Temple de Dendérah, à l'Hathor qui symbolise l'éveil, ou pour parler plus exactement, le réveil de la nature.
Les fêtes gaies avaient pour corollaire les fêtes tristes. Nous dirions aujourd'hui que le carême succède au carnaval. Osiris est mort. Il a succombé, victime de la trahison et des embûches de Typhon. C'est la nature que l'hiver a vaincue, que la sécheresse atteint, qui perd en apparence sa richesse et sa fécondité. On célèbre alors des cérémonies qui rappellent la vie et la mort du dieu. Osiris est couché dans son cénotaphe. D'heure en heure les prêtres, debout au chevet, chantent les litanies funèbres. On procède alors à ses funérailles. Une sorte de statue a été fabriquée, qui imite le corps d'Osiris. Un long cortège se forme. C'est la nuit, et des lanternes sans nombre éclairent sa marche. On se dirige vers un endroit de la nécropole oii se trouve la sépulture du dieu. On enlève la momie sacrée qui y avait été déposée l'année précédente, et on y introduit celle qui vient d'être fabriquée. Depuis quelques jours, on avait semé de l'orge, du fenouil, diverses plantes hâtives dans un bassin de granit rempli de terre. Sous l'influence des forces cachées de la nature, le germe en apparence inerte devient une tige verdoyante. Dès que l'une d'elles se montre, on dit que la vie sort de la mort, ei une nouvelle série de fêtes gaies destinées à célébrer la résurrection d'Osiris commence. Le roi y préside, les prêtres le suivent, portant les étendards sacrés. Des reposoirs sont disposés ça et là, et le cortège s'y arrête pour faire les cérémonies prescrites. Le chanteur récite les hymnes sacrés. On immole les victimes, on répand sur la route des libations d'eau et de vin.
THÈBES - LOUQSOR
Planches 37 et 38
Thèbes ne paraît dans l'histoire égyptienne qu'avec la XIe dynastie, et c'est à ce moment que, selon toute vraisemblance, elle fut fondée. Il n'est pas hors de propos de remarquer qu'après la chute profonde qui marque la fin de la VIe dynastie et l'avènement de la XIe, la XIe semble une renaissance due à des étrangers venus du Sud. Si ces étrangers ont choisi comme emplacement de la ville dont ils ont voulu faire leur capitale les deux larges bandes de terrain oïi s'élèvent aujourd'hui les ruines que nous allons décrire, Thèbes aurait une origine non-égyptienne, et serait une ville que ses fondateurs ont opposée à Thinis, à Memphis, à Eléphantino, àHéracléopolis, jusqu'alors les capitales plus ou moins célèbres de
l'Egypte.
Thèbes offre une particularité dont il n'y a pas d'autre exemple en Egypte. Elle est assise à la fois et par parties à pou près égales sur les deux rives du Nil. C'est à cette position que sans nul doute le prophète Nahum fait allusion quand, parlant deNinive, il s'écrie : « Es-tu meilleure que Nô-Ammon assise au milieu des fleuves, ayant de l'eau autour d'elle, dont la mer (le Nil) est la force, qui a la mer pour muraille?»
Gomme toutes les villes égyptiennes, Thèbes avait plusieurs noms, sur
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THÈBES - LOUQSOR
lesquels on consultera tout ensemble la Géographie de M. Brugsch-Bey et les Recherches sur le nom Égyptien de Thèbes de M. Cliabas.
Considérée comme ville sacerdotale, Thèbes se nomme n()= Pi-Amun ou • Wa Nu-Amun, Momokiç; considérée comme chef-lieu do province, elle
- I ^ AAAA/A
s'appelle f°, qui se transcrit Vas selon M. Brugsch, Obé selon M. Chabas. Tarn selon M. de Rougé.
Thèbes avait encore deux autres noms. On rappelait tantôt ® Naï, Nu, No, (époque de Tahraka), tantôt ^\\Q Tema ou ^J()® Tema-u, tous deux signifiant «la Ville par excellence». Nous disons de même quelquefois « la Capitale» pour Paris, comme les Égyptiens modernes disent «El-Medineh»
pour le Caire.
Le premier de ces deux noms ne donne lieu à aucune explication. Naï. Nu, No, est le No des Hébreux, le Ni des textes cunéiformes. Quant à Tema, il faut se rappeler que rien n'est plus fréquent dans l'antiquité que la permutation de Y m et du b. Le fleuve de Damas est appelé Abana et Amana. Nemrod du texte hébreu de la Bible est appelé NsêpwS par les Septante. On trouve indifféremment XvoO&ç et XvoO^tç. Hangmatana des inscriptions cunéiformes est devenu Ecbatan. Los Blemmyes s'appellent les Blembies. Massaouah est nommé Basa (Bassaouah) par Makrizi, etc. On se rappellera, d'un autre côté, qu'il y avait déjà avant Homère une Thèbes en Béotie, et que c'est par Homère que le nom de la Thèbes d'Egypte « aux cent portes » est passé dans le monde ancien. La filiation est donc facile à suivre. Homère a connu une Tema (Teba) égyptienne dont le nom sonnait à son oreille comme celui de la Srfiai de Béotie, et il a adopté ce nom. C'est ainsi, comme nous le savons déjà, qu'avec Abut, qui est un nom égyptien, les Grecs ont fait Abydos , qui est un nom grec.
Les observations que nous avons présentées à propos de Dendérah et de la place relative des maisons et des édifices religieux dans les villes sacerdotales, trouvent encore mieux ici leur place. L'étude du plan de Thèbes montre on effet que la partie de la ville réservée aux habitants est sans rapport avec la partie de la ville réservée aux temples. Ainsi se révèle le caractère principal qu'il faut reconnaître à Thèbes, ville sacerdotale ne vivant que du culte. Ainsi encore Thèbes prend véritablement sa place comme capitale de l'Egypte. Organisée comme elle l'était, faisant de la religion le pivot de toutes ses institutions et ne durant que par elle, plaçant ses rois si loin en dehors de la nation, qu'elle les regardait comme
dos demi-dieux, l'Egypte ne pouvait avoir une capitale qui ne fût pas en
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THÈBES — LOUQSOR
môme temps la première et la plus importante des villes sacerdotales du pays. Thèbes aurait été une cité commerçante et industrielle à la manière d'Alexandrie, qu'elle n'aurait jamais pu être la capitale de l'Egypte.
Quand on arrive à Thèbes, en venant du Caire, on aperçoit à gauche, c'est-à-dire vers l'Est, un grand pylône inachevé, des portes, des obélisques, un amas confus de ruines; c'est Karnak. Un peu plus loin dans le Sud se dessine la silhouette de Louqsor. Si l'on se tourne vers l'Ouest, une bonne lorgnette fait distinguer, en premier lieu, le Temple de Qournah, un peu caché par un rideau d'arbres; en second lieu, la Nécropole de Drah-Abou'1-Neggah, toute criblée de tombes ; en troisième lieu, l'Assassif, autre partie de la nécropole, avec Deir-el-Bahari au fond; en quatrième lieu, le Ramesséum suivi des colosses de Memnon; en cinquième lieu, les buttes noirâtres, restes de l'importante ville copte qui s'est greffée sur les ruines de Médinet-Abou. Tout au loin, dans un pli de terrain, est
Bab-el-Molouk.
Il y a une distinction profonde à faire, quant à leur caractère propre, entre les monuments qui couvrent la rive droite et la rive gauche de Thèbes. C'est sur la rive droite qu'était la ville proprement dite. La rive gauche, toute peuplée qu'elle ait pu être et quel que soit le nombre des édifices qu'on y trouve, n'est que la ville des morts.
Sur la rive droite sont Karnak, Louqsor, deux temples, à proprement parler impersonnels, monuments de la dévotion de plusieurs générations de rois envers les divinités locales.
Sur la rive gauche demeurent les embaumeurs, les choachytes, les paraschistes, tous ceux qui vivaient de la préparation des momies. Les temples comme Médinet-Abou, le Ramesséum, Deir-el-Bahari, n'étaient eux-mêmes que des monuments funéraires. Ceux-ci ne sont pas anonymes comme les temples de la rive droite. Médinet-Abou est le Temple de Ramsès III, le Ramesséum le Temple de Rainsès II, Deir-el-Bahari le Temple de la sœur de Thoutmès. Chacun de ces édifices, construit à la lisière de la nécropole et au milieu des tombeaux, est un monument élevé par chacun de ces rois pour lui-même et à sa propre gloire. C'est une voix qui parle de l'autre monde à la postérité pour faire connaître et célébrer ce qu'a fait de son vivant celui qui l'a érigé.
Les planches 37 à 64, ont été photographiées d'après les monuments de Thèbes et en commençant par la rive droite. Nous en donnerons 1 explication en suivant l'ordre topographique.
THÈBES - LOUQSOR
Planche 37. — Vue générale de Louqsor, prise de l'Ouest. Ou voit le temple se développer dans toute son étendue, depuis le pylône d'entrée situé à gauche de la planche jusqu'à la Maison de France, qu'on aperçoit à droite, et qui cache d'une manière si malencontreuse le sanctuaire. La petite construction blanche, placée entre les deux dahabiehs, est la Poste. Celle qui précède la colonnade, au milieu, est ce qu'on appelle à Louqsor le Gouvernorat. Les consuls, les marchands et les fabricants d'antiquités sont dispersés çà et là dans les maisons de la ville.
Le Temple de Louqsor s'appelle dans les inscriptions YApei du Sud, par opposition à Karnak qu'on devait désigner par le nom à'Apet du Nord. Gomme Karnak, il est élevé à la triade de Thèbes, composée d'Ammon qui est le père, de Moût qui est la mère, et de Ghons qui est l'enfant.
On distingue dans le Temple de Louqsor trois époques principales. Toute la partie située à droite de notre planche 37 jusqu'à la grande colonnade est d'Aménophis III. Un des schismatiques qui ont succédé à Aménophis IV (celui que les légendes nomment Amen-Tu-Ankh), a construit la grande colonnade. Tout le reste, depuis la colonnade jusqu'au pylône, est de Ramsès IL A la chute de la XXVe dynastie, le vieux sanctuaire d'Aménophis III tombait en ruines; il a été refait par Alexandre IL
Une mer montante de huttes superposées, de murailles de briques éboulées les unes par-dessus les autres, de détritus de toutes sortes, a envahi le Temple de Louqsor, et peu à peu l'a submergé. Ce qui se cache encore sous ces décombres, qui pourrait servir la science et élargir peutêtre son domaine, personne ne le sait. De ce qui était le Temple de Louqsor, on ne visite guère aujourd'hui que le pylône et l'unique obélisque qui le précède .
Le pylône n'a d'intérêt que le matin, quand le jour est frisant, et que la lumière éclaire vivement les sculptures dont il est décoré. Le sujet des représentations est la bataille livrée par Ramsès II contre les Khétas. La scène se passe sur l'Oronte. Ramsès II s'était laissé entourer par l'armée ennemie. Ses propres troupes avaient fui. Il était seul pour combattre. Résolument et grâce à l'ardeur de ses chevaux, stimulés par son propre courage, il fit une percée à travers les Khétas qui s'enfuirent éperdus. Jusqu'à la fin de sa vie, Ramsès II a vécu sur cet exploit de sa jeunesse. Le pylône de Louqsor conserve le souvenir des principaux épisodes de la lutte. Un poëte du temps, en souvenir de ce brillant fait d'armes, avait composé une œuvre de haute littérature que, du nom de son auteur, on
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appelle le « Poème de Pentaour ». C'est un exemplaire du Poëme de Pentaour que nous trouvons sur le soubassement du Pylône de Louqsor : « Le prince des Khétas vint avec ses archers et ses cavaliers bien armés; un char portait trois hommes. Ils avaient rassemblé les guerriers les pins rapides de ces vils Khétas, soigneusement armés..., et s'étaient placés en embuscade au Nord-Ouest de la ville de Kadesch. (Ils attaquèrent) les soldats du roi quand le soleil, dieu des deux horizons, fut au milieu de sa course; ceux-ci étaient en marche et ne s'attendaient pas à une attaque. Les archers et les cavaliers
de Sa Majesté faiblirent devant l'ennemi, qui était maître de Kadesch
Alors Sa Majesté, à la vie saine et forte, se levant comme le dieu Month. prit la parure des combats; couvert de ses armes, il était semblable à Baal dans son heure ... Le roi, lançant son char, entra dans l'armée du misérable Khéta; il était seul, aucun autre avec lui. Cette charge, Sa Majesté la fit à la vue de toute sa suite. Il se trouva environné par doux mille cinq cents chars, et sur son passage se précipitèrent les guerriers les plus rapides du misérable Khéta et des peuples nombreux qui raccompagnaient. Chacun de leurs chars portait trois hommes..., et le roi n'avait avec lui ni ses princes, ni ses généraux, ni les capitaines des archers ou des chars. Mes archers et mes cavaliers m'ont abandonné ! pas un d'entre eux n'est là pour combattre avec moi. Voici ce que dit Sa Majesté à la vie saine et
forte, etc. (1)».
Le pylône était originairement précédé de deux obélisques. 11 n'en reste plus qu'un, le second ayant été transporté à Paris.
Pendant les opérations de l'abattage du second obélisque, il a été reconnu que ce monolithe avait 22 m 85 de hauteur, qu'il reposait sur une première base do lm 80, laquelle était elle-même assise sur un bloc rectangulaire de lm 65. La pointe du pyramidion de l'obélisque s'élevait donc de 26 m 30
au-dessus du temple.
Les dimensions de l'obélisque encore en place sont un peu plus grandes. Son fut a 25m 30 de hauteur, ce qui lui donne une élévation totale
de 28 m 75.
Le socle original des deux obélisques n'est pas celui qui a été adopté pour l'obélisque maintenant en place à Paris. Nous savons déjà que ce socle se composait de deux blocs de granit superposés, un peu en retraite l'un sur l'autre. Le bloc inférieur est orné d'une légende horizontale qui
(1) Traduction de M. de Rougé.
THÈBES - LOUQSOR
en fait le tour; on y lit les seuls noms de Ramsès II avec les formules habituelles de dédicace : « II a fait (cet obélisque) en souvenir de son père Amon-Ra, etc. ». Le bloc supérieur présentait sur deux de ses faces (U^ images gravées du dieu Nil apportant des dons divers au temple; sur les deux autres faces étaient sculptés, en haut relief, quatre cynocéphales adorant. Quant aux obélisques eux-mêmes, on n'y lit qu'une fastidieuse énumération des noms et des titres de Ramsès II, sans aucune indication qui puisse être de quelque utilité à la science.
L'idée de faire transporter à Paris les deux obélisques de Louqsor appartient à Champollion, et ce sont les doux obélisques de Louqsor que, sur les instances de M. Mimaut et de M. le baron Taylor, Méhémet-Ali concéda à la France. Le 6 juin 1830, M. Mimaut, Agent et Consul général de France, écrivait à Champollion : «Je peux vous rendre compte du complet et brillant succès d'une négociation dont vous êtes certainement le principal moteur, à laquelle vous me dites, dans votre lettre du 15 mars 1830, et vous m'avez dit tant d'autres fois verbalement, que vous preniez un si grand intérêt, et qui avait pour objet d'enrichir la Franco de ces deux obélisques de Louqsor dont vous avez fait connaître le mérite et dont personne mieux que vous ne pouvait apprécier la valeur. Le Pacha, qui est toujours prêt à montrer son dévouement à la France, et qui me donne personnellement des marques d'une bienveillance inépuisable, a cédé de la meilleure grâce du inonde aux instances que je lui ai faites pour avoir ces deux obélisques. Il existait une grande difficulté, vous le savez, mais vous m'aviez suggéré vous-même le moyen de la lever; cotte idée m'est revenue, comme une inspiration, au milieu des perplexités de Son Altesse, qui la accueillie avec empressement, et les deux obélisques ont été à nous ».
On sait que la moitié seulement de ce projet grandiose a pu être menée à bonne fin. Un bâtiment, le Louqsor, avait été construit à Toulon expressément pour aller chercher celui dos deux obélisques dont l'enlèvement avait été résolu. Le Louqsor, commandé par M. de Verninac de Saint- Maur, alors lieutenant de vaisseau, partit de Toulon au mois de Mars 1831. Il était le 17 juillet à Boulaq, le 25 juillet à Siout. Le 15 aoûl i! arrivait au village qui lui avait donné son nom.
M. Lebas était l'ingénieur en chef de l'expédition. On construisit sur les terrasses du temple la maison destinée à loger l'état-major et qui, depuis, s'est appelée trop pompeusement la Maison de France. On creusa un canal du Nil au pied de l'obélisque, et le Louqsor y fut introduit. Le 31 octobre 1831 .
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PHOTOGRAVÏÏBE & IMPRIMERIE GOUPI] -
THEBES LOUOSOR
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l'abattage eut lieu, et le 19 décembre, l1 obélisque était placé à bord du Louqsor.
Il fallut un an pour que tout fût arrimé, terminé, et ce n'est que le 1er octobre 1832 que le Louqsor arriva à Rosette. Le 2 janvier 1833, il était à Alexandrie, le 11 mai à Toulon, le 12 août à Cherbourg, le 14 septembre à Rouen, le 23 décembre à Paris.
Le 25 octobre 1836, l'Obélisque de Ramsès II prenait, à Paris, la place qu'il y occupe encore.
Planche 38. — Quand les sculpteurs chargés de la décoration du Temple de Louqsor ont gravé sur les murs de ce temple le joli profil dont notre planche 38 est la reproduction , ils ont évidemment voulu faire
un portrait.
Ce portrait, qu'on retrouve identique à Bab-el-Molouk, à El-Kab, dans les hypogées de Gournah, sur les côtés du Colosse de Momnon, est celui
d'Aménophis III.
Les inscriptions contemporaines ne laissent aucun doute sur les liens de parenté qui unissaient AménophisIII à ses prédécesseurs. AménophisIII avait pour père Thoutmès IV, pour aïeul Aménophis II, pour bisaïeul Thoutmès III ; sa mère était la reine Mout-om-oua. Parmi les ancêtres du côté paternel, figure la reine Ahmès-nefer-ari, femme d'Amosis, dont les traits sont ordinairement peints en noir sur les monuments.
L'influence du sang s'est-elle exercée à distance? Est-ce l'effet de l'atavisme qui a fait revivre dans Aménophis III la couleur d' Ahmès-nefer-ari , quelque peu mélangée de la teinte plus pale des Thoutmès? C'est ce qu'on ne saurait dire exactement, Quoi qu'il en soit, il n'y a pas à s'y méprendre : Aménophis III occupe une place a part dans l'iconographie des rois égyptiens. Ni Chéphren. ni la Régente, ni Thoutmès III, ni Séti I", ni Ramsès II ne lui ressemblent. lia la figure courte, les yeux grands et bien ouverts, le nez petit rond et fin, la bouche épaisse des races demi-couschites, demiégyptiennes qui habitent au-delà de la deuxième Cataracte, et de nos jours envoient au Caire tant de ces émigrants que l'on confond un peu légèrement sous la dénomination commune d'Abyssins. Quelquefois même, AménophisIII apparaît dans les tableaux des hypogées le nu peint en brun.
Ce n'est pas le lieu de faire rendre à cette question tout ce qu'elle peut produire II importe cependant de -remarquer qu'en envoyant au Soudan, et à ce qu'on appelait alors le pays de Conseil, des gouverneurs égyptiens, les
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J^ — = Cn^^
cr-, — =
co — =
KO —
98 THÈBES - LOUQSOR
rois de la XVIIIe dynastie, qui prirent les premiers cette mesure, ne faisaient
peut-être que revendiquer des droits qu'ils tenaient de l'ancêtre commun de
B , leur race, lequel les tenait de sa femme. Dans cette hypothèse. Ainosis.
B ! relégué parles Hycsos au-delà de la Cataracte et y épousant une femme du
CO
pays, aurait été le véritable fondateur de ce royaume qui eut Napata pour capitale, et qui se servait de la religion, de la langue, de récriture el des
Cn =
usages de l'Egypte.
Une autre remarque serait à faire qui a également son importance.
Il s'agit du Colosse de la plaine occidentale de Thèbes . qui représente
Aménophis III. Évidemment le caractère couschite de la tête de ce prince
h- > = co —
n'a pas été sans influence sur la création du mythe original, qui a fait
d'un roi d'Egypte un fils de l'Aurore et un roi d'Ethiopie. J'y reviendrai
ID
en expliquant la planche 56 de notre recueil.