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Planches 35 et 36
Dendérah est le premier temple d'époque ptolémaïquo que l'on rencontre en venant du Caire. Ce que nous avons dit autre part trouve ici sa vérification , et le contraste est d'autant plus frappant, qu'en arrivant à Dendérah on quitte à peine Abydos, qui est un temple d'époque pharaonique. Aucun temple n'est, en effet, plus que Dendérah, prodigue de renseignements, ne livre à l'étude des visiteurs un plus grand nombre de tableaux, ne se laisse plus facilement deviner.
Le déblaiement du temple a été commencé, il y a une quarantaine d'années, d'après les ordres de Méhémet-Ali. Il a été continué par nous, mais est encore inachevé. Pour le compléter, il faudrait débarrasser l'extérieur et particulièrement la façade, des décombres qui l'obstruent et nuisent d'une manière si fâcheuse à l'aspect général de l'édifice.
Deux planches du Voyage sont consacrées au Temple de Dendérah.
PLANCHE 35. — On reçoit de cette planche l'impression de tristesse que procure la première vue du temple. Les colonnes sont mutilées, le monument tout entier semble comme enfoncé dans la terre. Il est certain cependant que, si le déblaiement dont je viens de parler avait pu être
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terminé et si, dès le pylône d'entrée, on pouvait voir se développer la colonnade dans toute son étendue, aucun monument de L'Egypte ne donnerait au voyageur une meilleure idée de la grandeur à laquelle pouvait atteindre l' architecture égyptienne.
Les colonnes employées pour la décoration de la façade et de la salle qui la suit sont d'un style particulier qui est digne d'être remarqué. Elles procèdent encore du pilier, et aux Temples de Deir-el-Médinch et de Doirel-Bahari elles ont môme conservé cette forme. Ici, l'art plus savant des Grecs a surmonté les colonnes de ces grandes figures do femmes à oreilles de vaches, qui regardent au loin la plaine et qui produisent un effet si saisissant. Les architectes du temple ont été plus loin encore. Hathor étant la déesse principale du temple et le sistre étant l'emblème principal d'Hathor, ils ont donné à la colonne la forme d'un immense sistre. D'aussi loin qu'on l'aperçoit, le temple se révèle ainsi comme un monument consacré à l'Aphrodite égyptienne.
Le Temple de Dendérah est tout entier de construction ptolémaïque. Il a été commencé par Ptolémée XI et on finissait de le bâtir quand Ptolémée XIII mourut. La décoration n'a pas été achevée aussi tôt. Les plus anciennes parties sont du même Ptolémée XI, et c'est le nom de Ptolémée XI et de Ptolémée XIII qu'on trouve à l'intérieur; mais à l'extérieur on ne termine les grands tableaux qui ornent cette partie de l'édifice que sous Néron.
Il résulte des inscriptions recueillies ça et là dans le Temple de Dendérah, que ce monument, qu'on regarde comme un des plus modernes de l'Egypte, puisque la salle hypostyle est contemporaine de Jésus-Christ, remonte comme fondation jusqu'aux Mânes, c'est-à-dire jusqu'à ces rois quasi-légendaires dont le règne a précédé celui de Menés , ce qui en ferait le monument le plus ancien de TÉgypte et certainement du monde entier. Remanié et peutêtre reconstruit par Thoutmès III, il tombait en ruine quand Ptolémée XI fit élever sur remplacement qu'il occupait l'édifice dont nous avons la façade sous les yeux.
On aperçoit sur le haut du temple des restes de murs éboulés, grossièrement construits en briques crues. Ces restes do murs proviennent des maisons de fellahs qui, il y a cent ans, couvraient encore les terrasses du temple.
Le chemin bordé de murs, que la photographie montre et qui part du pylône pour aboutir au milieu de la façade, remonte à Méhéinet-Ali et au temps du déblaiement exécute par son ordre. Il est bien entendu
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que ce chemin disparaîtra quand le déblaiement pourra être repris et la cour qui précède le temple remise en son état normal.
On peut visiter successivement dans le Temple de Dendérah l'extérieur, l'intérieur proprement dit, les cryptes qui sont des couloirs secrets, ménagés dans l'épaisseur des murailles ou dans les fondations, et enfin les terrasses auxquelles on arrive par deux escaliers magnifiques et où se trouvent des édicules dignes d'intérêt.
Planche 36. — Vue de la façade postérieure du même édifice. Cette planche donne lieu à plusieurs observations que nous résumerons ainsi qu'il suit:
I. Au centre même de la façade, et par conséquent sur la ligne du grand axe de l'édifice, est une figure colossale d'Hathor, vue cle face et coiffée de ses cornes aiguës. Ceci est comme une sorte d'enseigne du temple, analogue aux colonnes en forme de sistre de l'autre façade. Vue de près, cette figure est entourée de trous rectangulaires, régulièrement percés et qui doivent être contemporains du temple lui-même. C'est au moyen de ces trous qu'en certains jours la figure d'Hathor devait être voilée et cachée aux regards par le moyen d'un vélum qu'on enlevait à volonté.
Tout à l'extrémité gauche de la planche, on aperçoit un groupe composé d'un roi et d'une reine dans la posture de l'adoration. Ce roi est Ptolémée Césarion, fils de Cléopatre: la reine est Cléopatre elle-même. On a cru voir dans cette dernière figure un portrait de la fameuse princesse qui a joué un si grand rôle dans les dernières années de l'empire égyptien. Mais on doit bien remarquer que, dans les traits de cette figure, tels que le bas-relief du temple nous les montre, il n'y a aucune intention iconographique. Cléopatre y a ici le profil conventionnel, aux joues pleines, au nez retroussé, au menton rond, qui, sous les Ptolémées, aussi bien à Dendérah qu'à Edfou, à Ombos, à Phikc, a été donné à toutes les reines. Deux lions de face semblent sortir à mi-corps de la muraille et contribuent à rompre d'une façon très pittoresque la monotonie de la longue façade dont ils font partie. Une distinction est à faire. Ces lions se trouvent sur des temples d'origine pharaonique, par exemple à Médinet-Abou. Ils sont alors dépourvus d'inscriptions, et comme ils communiquent par une sorte de rigole percée à travers la muraille jusqu'à la terrasse du temple, on doit les prendre tout simplement pour des gargouilles : on ne concevrait pas en eifet que l'eau des pluies ou des libations si fréquentes dans les céré-
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monies, pût ne pas avoir de communication des terrasses à l'extérieur. Les mêmes lions avec la môme destination se trouvent sur les temples d'origine ptolémaïque , et Dendérah, Edfou, la partie du mur de l'Ouest du Temple de Ghons remaniée par les Lagides, en font foi; mais c'est alors que ces mêmes lions sont décorés de légendes qui les rapprochent du solstice d'été et qui mettent le commencement de l'inondation en coïncidence avec le signe zodiacal du Lion. Je viens de dire qu'une distinction est à faire. En effets ce n'est que postérieurement^ à une époque où l'astronomie était plus en faveur que jamais, que les constructeurs dos temples se sont avisés de créer un rapprochement entre la crue du Nil et les têtes do lion qui, à l'origine, servaient tout simplement d'ornement pittoresque à la rigole par laquelle l'eau s'écoulait de la terrasse des temples.
Il est difficile de se défendre d'un certain étonnement quand, du haut des buttes qui s'élèvent à l'angle Nord-Ouest des ruines, on embrasse d'un coup-d'œil l'ensemble extérieur du Temple de Dendérah. Le contraste entre l'architecture et les idées religieuses que le temple représente est frappant. Pris dans sa masse, le temple, vu du dehors, n'est que l'assemblage de trois ou quatre grands cubes de maçonnerie d'inégale hauteur, placés les uns derrière les autres. Tout y est froid, pesant, rectiligne. Sans le soleil qui égaie ces immenses surfaces planes et leur donne la vie, on se croirait devant quelque fortification, illusion qu'augmente l'inclinaison des murs bâtis en talus. Une autre comparaison s'impose à l'esprit. On sait que Dendérah est un des lieux de l'Egypte ou Osiris passait pour être enseveli, et quelques bas-reliefs nous donnent la forme qu'avait sa momie. Le dieu est à l'état de larve, il est couché sur le ventre, les bras et les jambes serrés et cachés dans un étroit linceul, la tête droite et relevée comme si le dieu aspirait les premiers souffles de la nouvelle vie dans laquelle il va entrer. Ne semble-t-il pas que le temple soit un immense coffre posé sur l'image étendue du dieu? Le plafond plus haut de la façade couvre et emboîte la tête relevée; le corps s'allonge en s'amineissant jusque sous les dernières salles, les plus basses de tout l'édifice. De quelque point qu'on l'envisage le temple, vu de l'extérieur, n'évoque donc par sa masse, par son mode de construction, que des idées sombres. Et pourtant c'est à l'Aphrodite égyptienne, à la déesse de l'amour, de la grâce, de la naissance, de la résurrection, qu'il est élevé. Y a-t-il là un parti pris, el ce démenti donné par le corps à l'âme qu'il contient est-il intentionnel? Ce n'esl pas seulement au beau que le temple es1 élevé, mais (nuance à noter) au beau vainqueur
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du laid, à la vie victorieuse de la mort; c'est la nature qui rajeunit et ressuscite au printemps qu'on y chante; Hatlior et Osiris y ont des autels. Le temple, tout resplendissant de couleurs à l'intérieur, à l'extérieur triste et nu, exprime-t-il par son architecture cette double face de sa destination, ou bien ces grandes surfaces planes ne sont-elles que la manière d'être habituelle de l'extérieur des temples égyptiens? Le sujet est trop complexe, il exige de trop longs développements pour être abordé ici.
IL Jusqu'ici nous n'avons considéré que l'extérieur du Temple de Dendérah. Nous allons maintenant pénétrer dans l'intérieur.
En voici d'abord le plan :